LA CHATRE. -LE BLANC
La Chfltre; assise sur la rive gauche de l’Indre, occupe le versant d'un coteau qui s'abaisse doucement vers la rivière , à peu de distance du lieu où elle prend sa source. Le nom de cette petite ville dérive évidemment du mot latin Castrum;
I. Gri’goirede Tour». — L'Astrouome, Vie de — Frédi^gairc et sescoolinualcurs.
— La Chroniqtte irAdhémnr de Cbalxinais, moine limousin. Chronique de Deo/jr.— CAront^ue df Richard de Poitiers. — Chronique de Toun. — Chronique de Kimperté. — CAroniçutf de Sainte Dente. — Flodoard. — Rymcr. — Froiiwart. — Mémoiree de Richeinonl. — Me'moire sur Jeanne d'Arc. — Nicol.'iî , (iéographie historique du Berry (manuscrit). — Chaumeau.— LaUiaiima&si^re, »— P'Alphunsis Mémoire statistique du département de i7ndre.
LA CHÂTRÉ. -LE ftLANd. 211
mais comme ce mot , dans nos anciennes chroniqncs, signifie tantdt camp, tantôt chftteau , l'on ne peut aflirmer si la ville a eu pour origine un fort au pied duquel elle se sera lentement formée, ou bien un camp romain qui aura servi d'asile à ses premiers habitants, l'n auteur avance qu'elle a commencé par un monastère, dont saint Sulpice fut le fondateur (624). Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au IX* siècle le lieu de La Châtre était une propriété ecclésiastique : Charlcs-le- Cliauve, en 832, en confirma la possession à l'abbaye de Saint-Martin; peu de temps après, il fut, on ne sait comment, annexé à la principauté Déoloise. Vers la fin du X’ siècle , Raoul-le-Chauve, seigneur de ChAteauroux , donna lui Chdtre en apanage A Ebbes son fils ; un descendant de celui-ci , étant prisonnier des Sarrasins, la vendit au prince de Déols , afin de se procurer une rançon. Du la maison de Déols', ce fief passa tour A tour aux seigneurs de Chauvigny, de d'Auinont, de La Tour-Landri, possesseurs du fief dominant, et enfin aux Chàmborand et aux Dupuis. Le maréchal d'Aumont l'acquit de cette dernière famille, en 1386; Antoine d'Aumont le vendit ensuite A Henri H de Bourbon, prince de Condé, qui le réunit , en 1614 , A son duebé de ChAteauroux.
La ChAtre a été le théâtre de quelques événements , parmi lesquels il en est certains dont les historiens de cette ville ont négligé, jusqu'ici, de parler. La chronique de Déols nous apprend qu'elle fut prise et brdiée par Louis-lc-Jeune, en 1152. Trois ans après, le seigneur de La ChAtre et de Charenton, Ebbes VI, commença , dit Rigord , A tyranniser les églises et A opprimer les clercs par des exactions insupportables. Ceux-ci n'y pouvant suffire, envoyèrent des députés au roi très-chrétien , pour se plaindre et demander justice. Philippe-Auguste arma des troupes contre ce tyran et ravagea ses terres. Ebbes vint se jeter aloi-s aux pieds du roi, et lui promit de respecter à l'avenir les églises et les couvents. En 1177, le seigneur de La ChAtre enleva Denise, sa parente, héritière de la principauté de Déols, et la conduisit dans son château. Henri II, roi d'Angleterre, tuteur de la jeune princesse , marcha aussitôt sur La ChAtre , A 1a tète d’une puissante armée. Le châtelain comprit qu'il ne pourrait résister longtemps et remit Dcni.se aux mains du monarque; mais il resta constamment attaché A la fortune de la France. Dans les guerres qui suivirent on voit, en effet, tes seigneurs de La Châtre figurer sur la listes des chevaliers banncrcts de Philippe-Auguste. Ils étaient en môme temps châtelains de Charenton, ut prenaient habituellement le nom de cette terre, sans doute parce qu'elle avait plus d'importance; La CbAtre, cependant, n'en était pas dépourvue, puisque le droit des bancs et étaux de son marché fut un des privilèges accordés, en 1177, au chapitre de Saint-Germain, pour lui constituer un revenu.
L'affranchissement des habitants de La Châtre date de 1216. La charte octroyée par Guillaume de Chauviguy, seigneur de ChAteauroux, porte « qu'ils seront libres et quittes de toute taille, A perpétuité, réservés dix sols tournois et une géline, que cbacun chef d'hôtel et père de famille seroit tenu de payer, la veille de Noël, qui la pourroit payer, et les autres moindre somme, selon leur faculté, A l'estimation et arbitrage de quatre prud'hommes d'iceux habitants. » Guy de Chauvigny ayant été fait prisonnier par le capitaine anglais Robert Knolles, fut obligé de lui payer une rançon de 2,000 livres. Ses vassaux , d'après les lois féo-
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212 BOURBONNAIS. — BEURY. - NIVERNAIS,
dales, (levaient le rembourser : les boucf'cois de Iji UbiUre se prc^'lcndiront alTranchis de cette obligation ; mais ils succombèrent dans le procès (|ue leur inleiitu François de Cliauvigny , fils de Guy, et se reconnurent taillables dans les quatre cas de loyaux aides.
A ces rares détails se borne tout ce que nous avons pu découvrir sur rhistuircde La Cbâlre. C'était, sous l'ancien régime, le chef- lieu d'un bailliage, qui, sur la demande de Marie-Anne de Nesle, duchesse de ChiUeaurout, fut transporté par Louis XV dans cette dernière ville; les habitants en conçurent un vif ressentiment contre la favorite. Il y avait i La Chfltre un chapitre fondé, en 1177, sous Tint ocation de Saint-Germain ; une communauté de Carmes, et une de Capucins . étabües, la première en 1375, la seconde en 1617. Les Carmes ayant été appelés de Limoges , étaient par conséquent de la province d’Aquitaine ; mais il s’éleva parmi eus une faction qui conjura secrètement la spoliation des fondateurs, avec d’autres Carmes de la province de France, résidant h Bourges. Ceux-ci entrèrent en conquérants dans le monastère d'où ils chassèrent les Limousins, et se saisirent de leurs biens, sans qu'aucune autorité civile ou religieuse s’opposât à une pareille usurpation. De tous ces établissements , il ne reste plus qu'une partie du cloître des Carmes, où l’on a, tant bien que mal, ménagé une salle de spectacle, et les ruines du porche de l'ancienne église de Saint-Germain. L'église du même nom qui subsiste encore fut construite , aux frais du chapitre, dans le xv* siècle; les plans primitifs n'ont pas toujours étésuivis, de sorte que l'édifice manque d'harmonie ; on y remarque deux vastes arceaux à plein cintre , d’une grande hardiesse. I.a ville, suivant Nicola'i, était, au xvi’ siècle, cluse et murée de bons murs et tourelles, « et dans son enclos, » ajoute-t-il, a est le chastel consistant en une tour carrée accompagnée d'une tour et de quelque autre peu de logis. » Il ne reste plus des murailles que quelques vestiges; mais la tour, servant de maison d’arrêt , se montre encore debout sur la cime d'un rocher escaïqvé.
I.a Chltre est aujourd'hui le chef-lieu du troisième arrondissement du département de l'Indre. L’arrondissement compte au delà de i7,000 habitants ; la ville en renferme V,6U0. On regarde son territoire comme le meilleur du département, sous le rapport agricole. Les terres, un peu sèches au sud-ouest, sont excellente» pour le pacage des moutons; sur la rive droite de l'Indre, elles sont grasses et fertiles. Les paysans s'adonnent à la culture, avec plus d'intelligence et de succès que leurs voisins. Jadis, le 1" du mois de mai de chaque année, le maire de I.a CluUre montait sur un bœuf et se présentait ainsi devant son seigneur pour lui offrir l'hommage de la ville : c'était tout à la fois une marque de servilité et un honneur rendu à l'agriculture.
I.a Châtre se glorifie d’avoir vu naître Sylvain Brossari , célèbre chirurgien du xviii* siècle; Porcher de iimanay, comte de Richebourg, conventionnel, auteur du fiuneux rapport à la suite duquel le tribunal révolutionnaire fut supprimé, en 1795 ; et la femme illustre qui , de nos jours , s'est élevée , sous le nom de Georges SanJ, au rang des plus grands écrivains de la Franc .
L'origine du Blanc remonte à une haute antiquité : l'itinéraire d'Antonin le désigne sous le nom d'rièb'ncuin. C'était sous les Romains une station militaire.