‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 42 sur 120 · LA CHATRE. — LF, BLANC · texte numérisé non relu

LA CHATRE. — LF, BLANC

à laqiipllc abmitis.sait une voie, dont on s'cst servi pour élaldir une route déparmentale, et qu'un appelle eueurc eliemin de César. Les Visiguths, en 4G‘J , comnieneéreut leur conquête du Berry parle territoire d'Oblincum; ils rencontrèrent et détruisirent , à p<'u de distance , un corps de douze mille Bretons auxiliaires de l'empire. Au moyen ilge, cette position était défendue par trois chéteaux, dont le plus élevé se nommait le cbiUeuu de Bornes. Il n'y avait pourtant là qu'un bourg assez médiocre, comme nous l'apprend une charte de 1312 pur laquelle le seigneur du lieu donne quelques héritages aux' ermites de l'ordre de Saint- Augustin, à la charge d'y fonder une chapelle. La famille qui le tenait en fief, depuis plusieurs siècles, relevait des princes de Déols et possédait, en outre, la châtellenie de Cargilessc , ainsi que celle de Noillac. Cette famille , l'une des plus illustres de la province, a fourni aux armées un grand nombre de braves soldats, parmi lesquels on cite Pierre de Naillac, chevalier de l'ordre de Saint- Jean-de-Jérusalem , grand prieur d'Aquitaine, en 1395; Philibert de Naillac, grand maître du même ordre, en 139C; Guillaume, seigneur de Naillac et du Blanc, surnommé le Preux, conseiller et chambellan de Charles VI; et Jean de Naillac, seigneur du Blanc, grand panetier sous Charles VII.

En l'an 1000, Hugues, seigneur du Blanc et de Gargilessc, était propriétaire du château de Brosse , de moitié avec le vicomte de Limoges. Adhémar, fils du vicomte , introduisit en secret un renfort dans la place et s'en rendit complètement maître. Hugues, ainsi dépouillé, implora le secours de ses voisins. Les crvmtes de Provence, d'^ngouléme, de Poitiers et de La Marche, vinrent assiéger Brosse; mais le vicomte de Limoges les battit et dispersa leur armée. Iji fortune trahit ensuite Adhémar; il fut fait prisonnier par Hugues. Celui-ci le conduisit sous les murs de Brosse dont il fit sommer le commandant de se rendre , s'il ne voulait voir tomber la tète de son maître : les portes lui furent ouvertes aussitél. Iji guerre n'en continua pas moins, et l'Église fut obligée d'intervenir pour aiTéter l'elTusion du sang et la dévastation des campagnes.

Depuis cette époque jusqu'aux luttes religieuses du xyi' siècle, les annales du Berry ne relatent aucun fait historique concernant le Blanc. Tout ce que nous savons, c’est qu’en 1428 la seigneurie était passée de la maison de Naillac dans celle d'Alogni de Bocheforl. En l.'dJU, une armée cumn.andée par le duc de Deux- Ponts, franchit la loire à l,a Charité, s’avanya à travei's la province afin de joindre Coligny dans le Poitou, et occupa celte place. Les ducs d’Anjou et de Nemours étant accourus, il y eut quelques escarmouches enire le Blanc et Sévilly et sous les murs de Saint-Benoît-du-SauIt ; mais les deux armées s’éloignèrent promptement, pour trouver, dit La Noue, commodilé de livret. Henri de Navarre, en 1589, enleva le Blanc aux ligueurs; La Châtre, gouverneur du Berry pour la Salnte- L’nion, ne tarda point à le reprendre. Deux ans après, le prince de Conti , gouverneur général du Berry pour Henri IV, s’empara de cette ville, ainsi que des Angles. Ia‘S royalistes de la province conquirent la Gucrche sur les ligueurs, et la possession de ces châteaux fit que toute la contrée oii ils sont situés dev iut royale, pour nous sei'v ir de l'expression du temps.

Le Blanc, aujourd'hui chef-lieu de sous-préfecture du département de l'Indre, étailr avant la Révolution, lu siège d’une des sept élections de la généralité de

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èli bourbonnais. — BEHRŸ.—tilVÉRNAlS.

Bourges, laquelle comprenait dans sa juridiction financière une iwlic du Li.* mousin et du Poitou. La ville avait un maire électif breveté du roi ; elle comptait trois paroisses, deux prieurés séculiers et deux communautés de moines : il n'y a plus actuellement qu’une seule église; la population est de .î,300 habitants, et Farrondissement en renferme près de 5C,A50. f.a Creuse divise le Blanc en deux parties appelées , l’une la ville haute, l'autre la ville basse, fji ville haute est trèsescarpée ; les rues en sont mal pavées et très-étroites. La ville basse présente un aspect moins irrégulier. Un pont, récemment construit, les met toutes deux en communication. L’ancien pont ayant été enicxé par une inondation, en 1530, les deux parties de la ville sont restées séparées pendant trois siècles : on n’allait de l’une à l’autre que par bateau. Le site du Blanc est pittoresque : des sommets de ta ville haute , le regard suit le cours de la Creuse profondément encaissée dans son Ut de rochers, dont l’élévation commune varie de cinquante à quatrevingts mètres. L'auteur de Marianne et des Fausses Conjiilences , Pierre Cartel de Chambluin de Marivaux, est né dans les environs du Blanc, et non à Rouen, comme quelques biographes le prétendent. '

CHATEAUROUX

AROEMTOH. — TAI.XMÇAT.

ChèteaurouY, sur la rive gauche de l’Indre, ou milieu d'une plaine immense dont le sol varie , suivant qu’un s’approche ou qu’un s’éloigne de la rivière , ici sablonneux et aride, là verdoyant et fertile, est une de ces villes que le commerce et l’industrie de notre âge transforment sensiblement. Ses anciennes maisons , petites, irrégulières et sombres, font place à des constructions plus commodes et de meilleur goût; ses rues étroites, tortueuses et mal pavées, s’élargissent, se dressent, s’aplanissent, grâce aux soins persévérants de ses édiles. Le goût du luxe, introduit par l’aisance que le commerce y répand, et les besoins d’une population toujours croissante l'emportent enfin sur la lenteur, l’esprit de routine et l'apathie qu’on a souvent reprochés aux habitants du Bas- Berry. A l'une des extrémités de la ville, s’élève, sur une éminence, l'ancien château dont les fortifications, assez bien conservées, dominent tous les édifices ; on en a fait la maison commune. L'hôtel de la préfecture, bâtiment moderne, une salle de spectacle et deux églises, méritent à peine un coup-d'œil en passant : c'est à l’extérieur de la ville que doit se fixer l’attention. Des promenades qui l’environnent, on a|ierçoit , çà et là , de charmantes habitations , des filatures et des fabriques de draps,

1. V/tinéraire d'Anloniu. — Viytomata Caroli Calvi. — Chronicon Dolente. — Bigord , Getta Philippi-Juçutfi Francorum reffit. — Pi7a Benriei II, ex Benedicto Pefersburyenstt , Duchcsiiü , t. T, p. 367. — Glabcr. — Aübôinar de Chabannais. — Le Livre dei miraciet de saint Benoit. F roiséiri. — Nicolaî. La Thauinassière, Coutumet toeaies.— CAronolOgie novénaire de Palma Cayet. — JBémoirei de La Noue. — Me'moire fnanuterit sur le Berry. — Piganioi de la Force. — de i Indre, par D'Alphouse.

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que les belles laines , dont le pays abonde , ont fait multiplier. La fabrique de M. Mui*et de Bord, dite ChdIeau-tlu-Parc, se fait remarquer entre toutes : ses produits et ceux de la filature de MM. Godard , ont figuré avec distinction à toutes les expositions de notre industrie nationale. On divise en deux classes les draps de Châteauroux : la première comprend des étoffes qui ont de l'analogie avec les draps d’Elboeuf et conviennent aux personnes aisées ; celles de la seconde sont spécialement destinées à l'habillement des troupes et des artisans. L'activité de tous ces établissements industriels, favori-ée par un comptoir de la Banque de France, contraste singulièrement avec l'immobilité de mœurs et d'habitudes qui donne à la plupart des villes de province une physionomie si morne et si triste.

La ville de Chéteauroux , la seconde du Berry par sa population et la première par son commerce, est fille d'un bourg bâti sur l'autre rive de l'Indre, à une demi-lieue de ses mun. Ce bourg , où l'on voit encore une belle église et des ruines imposantes, portait sous les Romains, au v* siècle, le nom de l'icus Dolemii, dont on flt,au moyen âge, Déols; un l'appelle aujourd'hui Bourgdieu. Le bienheureux Lusor ( Lusorius , nommé dans le pays saint Ludre] , y fut inhumé dans un tombeau magnifique, au rapport de Grégoire de Tours. Lusor était fils de Léocade, de ce sénateur romain dont le palais, â Bourges, servit à établir la première église du Berry. Il n'en a pas fallu davantage pour faire conclure â quelques auteurs que le château de Déols avait été le séjour de prédilection de Léocade; et La Tliauma.ssière , d'après Jean de I.a Gogue, Cliaumrau, Péan et autres historiens de la province, a prétendu même que les seigneurs de Déols descendaient en droite ligne de cet homme puissant. Nous prendrons les choses de moins haut.

I.orsque Charlemagne lit à ses ofllciers la distribution d'une partie des terres du Bciry, Déols et son territoire devinrent le lot d'un de ces vassaux de la couronne {raui dominici). Telle est l'origine des .seigneurs de la principauté Déoloisc. Soumis, dans le principe, à la puissance immédiate du roi, ou à l'autorité des comtes du Bourges, ils figurèrent ensuite au rang des plus grands personnages de la province ; on les vit, â l'époque des usurpations féodales, se qualifier princes du Bas-Berry et marcher les égaux des comtes de Sancerre. Le premier de ces seigneurs qui nous paraisse digne de mention est Ebbon-le-Noble, contemporain du roi CharIcs-le-Simple. Ebbon, à l'exemple de Guillaume-le-Pieux, comte d'Auvergne et de Berry, fonda sur la rive droite de l'Indre un couvent de moines de l'ordre de Saint-Kenolt-d'Aniane, dont le fameux Bernon, abbé de Cluny et père de presque tous les mona.stères d'Aquitaine, prit d'abord la direction. Les moines firent à leur bienfaiteur une grande réputation de générosité et de magnificence : son nom parvint en Bretagne, que les Normands désolaient alors; et bientôt des religieux de t=aint-Gildas-de-Huis et de Locmcnech, échappés à la fureur des Barbares, se présentèrent devant lui , pour le prier d'accorder un asile aux reliques de leurs couvents. Touché de leur infoitune, Ebbon fit d'abord réparer quelques constructions abandonnées dans la vallée de l'Indre , un peu audessous de son monastère de Déols , et les y logea provisoirement. Deux ans plus lard , un couvent dédié à saint Gildas s'élevait pour eux dans une petite Ile formée par les eaux de la rivière (922).

Ebbon eut bientôt airairc aui Normands. Il comoqua , sans délai , ses vassaux répandus entre le Cher, la Gardempe et l'Anglin , et marcha droit aux barbares. La rencontre eût lieu sous les murs de Chdtillon-siir-Indre, aux frontières de la Touraine. L'ennemi mis en déroule s'enfuit jusqu'A Loches, où le roi de France s’apprêtait à combattre l'armée entière de ces piiaite-s campés dans les ehvirons. Ebbon partagea avec le roi l'honneur d'une seconde victoire ; mais, trop acliarné à la poui'suite des vaincus, il tomba frappé d'un coup mortel , après les avoir contraints à repasser la Loire. Transporté à Orléans, il y expira presque aussitôt, recommandant ses protégés de Déols et de Saint-Gildus à Géronce, son oncle, et à Laune, son neveu, tous deux plus tard archevêques de Bourges et qui avaient vaillamment combattu à ses côtés. Raoul, fds d'Ebbon, marcha sur les traces de son père et mérita , par ses largesses envers l'Eglise, le surnom de Largut. Après avoir mis la dernière main A Saint-Gildas et cédé aux moines de Déols le chAteau de ses pères, avec les champs, les prés, les vignes, les villages et les habitants d'alentour, il se relira sur la rive gauche de l'Indre, où l’on achevait pour lui une splendide habitation féodale. Ce manoir fut npi>elé CliAteau-ltaeul, du nom de son fondateur : on groupe de n aisoiis se forma au pied de ses murs et s’étendit rapidement.

En 951 , les Hongrois venant d’Italie envahirent l’Aquitaine première et poussèrent leurs inenrsinns jusqu»; dans la principauté Di'mioise, où ils ri'pandircnt un tel effroi que plusieurs habitants et les moines de Strade, qui vivaient A l’extrémité occidentale des terres de Raoul, se réfugièrent dans la citadelle de Loches. Raoul-le^^bauve succéda A Raoul-le-Large et prit le titre de baron de ChAteau- Raoul. L'abbaye de Déols continua A prospérer sous sa protection ; le pape Jean XIII la déclara, en 968, franche et quitte de toute dépendance; de celle des enfants du fondateur, aussi bien que de l’archevêque de Bourges et du roi lui-même. Les moines, si parfaitement libres, tenaient sous le joug un nombre considérable de familles ; A tel point que lorsqu'un garçon de Déols épousait une rdle de Saint-Gildas, les deux maisons stipulaient que les enfants issus de ce mariage seraient partagés entre elles, comme le produit d'un troupeau commun. Le» barons de ChAteauroux finirent par regretter les libéralités de leurs ancêtres et envier les immunités du couvent ; ce sentiment les fit attenter, soit A sa fortune, soit A ses privilèges : il en résulta des troubles qui mirent en émoi toute la province et dans lesquels la cour de Home intervint quelquefois.

Eudes-l'Ancien, fils de Rao<il, se rendit très-redoutable; il était doué d’une grande bravoure et disposait de troupes nombreuses. Il soutint avec succès la guerre contre tous sc;s voisins, contre le roi de France lui-même, Robcrt-le-I'ieux (1020), et attaqua ensuite Argenton. Cette place avait beaucoup d'importance, non-seulement par la force de scs murailles, mais encore par sa position géographique Située sur la rivière de Creuse , près des frontières de la Marche, elle commandait une voie romaine qui, partant de Nantes et conduisant, d'un côté à Bourbonne-lcs-Bains et A Dccise, par Bourges, et de l’autre A Neris, par ChAteaumeillon, mettait en communication l’occident et l’orient de la France. Wa'ifer, duc d’Aquitaine, au milieu de ses luttes terribles contre l’épin-le-Bref , détruisit Argenton de fond en comble, de peur que cette place ne tombAt entre les mains

DiQ!l:Z6.a

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de son ennemi ; le prince frank sc bâta de la relever, dès qu'il se Tut emparé du Berry. Il mit tous ses soins à la rendre imprenable, et en conOa la garde à l'oncle de Wa’iTcr, Remistan, dont nous avons vu la fin tragique à Saintes. Gisclar, son successeur dans le gouvernement du pays frontière, établit également sa résidence à Argenton. Cette ville eut d'abord des seigneurs qui relevaient , des comtes de l.imoges; ils étaient avoués de Saint-Benoll-du-Sault, et leurs vassaux marebaient sous la bannière de l'abbaye. En 1020, Eudes-l'Aecion conçut le projet de s'en emparer ; il s'y ménagea des intelligences, et s'en saisit autant. par adresse que par force. Ainsi tombée entre les mains des seigneurs de CbAteauroux , elle subit les vicissitudes des guerres dont le Bas-Berry fut le tbéAtre au moyen Age.

Eudes joignit l'cntbousiasmc religieux au courage militaire. En 1027, il partit pour la Terre-Sainte, en compagnie de Richard, abbé de Déuls. Assailli, à son retour, par une furieuse tempête, il invoqua les saints dont les reliques reposaient à Saint-Uildas, et attribua à leur intercession le calme qui suivit. Sa reconnaissance se manifesta , depuis, par de nouvelles libéralités envers le couvent. De son temps, une querelle sanglante s'éleva entre les populations séparées par le Cher; elle eut pour cause première la possession de ChAteauneuf, que se disputaient les barons de ChAtcauroux et les vicomtes de Bourges. Ebbes. lils d'Eudes, fut tué par le vicomte Geoffroy : cette catastrophe devint le signal d'une guerre générale (10.331. Eudes, à la tète de scs vassaux, livra bataille à Geoffroy et à Aimon, archevêque de Bourges, lequel, on ne sait pourquoi, faisait cause commupc avec le vicomte. A la vue du baron de ChAteouroux, l'ennemi, frapjvé d'une terreur panique, prit la fuite et sc précipita dans la Creuse, « où l'on trouva le lendemain , dit le chroniqueur de Déols, plus de mille cadavres , sans compter ceux que le glaive avait moissonnés. » Raoul-lc-Prudent , autre Dis d'Eudes, s’empara du chAteau, objet du conflit qui avait jeté le deuil dans sa famille. Est-ce par suite de cette longue contestation qu’en 1152, le roi Louis- Ic-Jcune brdia I.a ChAtre, et CbAteaumeillant, et que, de son côté, le baron incendia Cluis, comme nous l'apprend la chronique de Déols? Nous lisons dans cette même chronique, que ChAteauroui avait été la proie des flammes, en K 88; mais elle n’explique pas si ce fut par un accident ou par la vengeance d'un vainqueur impitoyable.

Quelques années après ces événements, le pape Pascal II vint A Déols (1107). I.’abbaye fut encore honorée, en 11C3, de la présence d'un pape et d’un grand roi; Alexandre III y passa tout un hiver, et Henri II, roi d'Angleterre, lui rendit visite, u Le monarque, dit la chronique, se prosterna humblement devant le pontife; mais, après le baisement des pieds et l’oblation de présents en or. il fut admis à l'embrasser. Un siège lui ayant été offert, il le refusa. Il voulut s'asseoir par terre, èn signe d'humilité, et forma avec ses barons, tous dans cette humble posture, un cercle autour des pieds du pape. Henri lit de larges dons au pontife, et se retira fort satisfait de cette entrevue. » Pendant son séjour à Déols, Alexandre III bénit le roaltre-autel de l'église du couvent, dédié A la sainte Vierge, lequel avait été consacré un demi-siècle auparavant par Pascal H. L’abbé du monastère, à cette époque (1107), était l'ami et l’historien du célèbre IV. 28

Sl8 BOURBONNAIS.— BERRY; — NIVERNAIS,

fondateur de Fontevrault, dont il partageait l'ardenr et l’esprit de propagande. Ce fat à Déols que Robert d'Arbrissel prononça son dernier sermon (1117); malade, au sortir de la chaire, et tombant à chaque instant en défaillance, il alla expirer nu couvent d’Orsan , le seul que possedit son ordre dans le Berry.

Raoul VI ne laissa qu'une fille en bas âge, nommée Denise, qu'il avait eue de son mariage avec une fille naturelle de Geoffroy Plantagcnet. I.e père, avant de mourir, en confia la tutelle à Henri II , dont il s’était fait complaisamment le feudatairc ; mais les seigneurs berruyers de la famille mirent la main sur les biens du défunt, et répondirent aux sommations de l'Anglais en fortifiant leurs ch<1teaux. Le barou de La Châtre enleva Denise et la conduisit dans le sien. « A cette nouvelle, dit Benoit de Péterboroug, Henri ordonna â son fils aîné de réunir une armée et de s'emparer de la terre de Raoul de Déols. Le jeune prince , obéissant sans différer, entra dans le Berry. » CliAteauroux, assiégé par lui, se rendit aiissitrtt(ll77). Deux partis étaient en présence dans la ville: la faction anglaise en avait déterminé la reddition; mais dés que l'armée étrangère se fut éloignée, les Français, devenus les plus forts, firent jeter dans les fossés les bannières du roi Henri. I.Æ fier monarque, ayant aussitôt rassemblé une armée considérable, franchit, vers la Saint Michel, les frontières du Berry, reprit Châteauroux, et se dirigea vers Ixi Châtre, dont le seigneur s’empressa de remettre Denise entre scs mains. |ji jeune fille fut conduite et gardée à Chinon. L'héritage était digne de l'ambition d’un roi, car il passait pour égaler en valeur les revenus de toute la Normandie : c'est pourquoi, dans le traité de paix qui fut signé, cette même année, entre Henri II et Philippe- Auguste, le roi de France se réserva fonnellemcnt ses droits de suzeraineté sur la principauté Déoloise.

Lu nouveau conflit ne se fit pas longtemps attendre : Philippe-Auguste tentant une diversion dans le Bas-Berry, pour appuyer le duc de Toulouse, son allié, vint inves'ir Châteauroux (1187). A son approche, les portes avaient été fermées, et les jeunes gens s'étaient élancé“S sur les remparts. Tandis qu'on se battait des deux célés avec fureur, Henri II et Richard arrivèrent , suivis de troupes nombreuses; ils dressèrent leurs tentes non loin du camp du roi de France, et lui écrivirent pour le sommer de renoncer à son entreprise. Toutefois les deux armées n'en vinrent pas aux prises , un traité de paix conclu entre leurs chefs ayant amené la cessation des hostilités.

En 1188, Philippe -Auguste conquit rapidement Châteauroux, Buzançais, Culan, Levroux et Argenton, places fortes inféodées aux princes de Déols. Il fit prisonnier Baudouin-de-Rivers, que Henri avait donné pour époux à Denise. Rirhard-(’.œur-de-Lion ramena sur ce théâtre ses troupes, occupées d’un autre côté, tiependant il ne combattit pas encore en personne les troupes du roi de France. Ixs armées des princes rivaux ne se signalèrent que par la dévastation des campagnes , le sac et l’incendie des églises , des villes et des villages. I.a perle de Châteauroux, dont on dit que Henri II avait eu comme la révélation, dans une chapelle où il était en prière, le fit tomber dans un sombre chagrin et contribua â abréger ses jours. Après sa mort , un nouveau traité fut signé entre Richard-Creur-de-Lion , son successeur, et Philippe-Auguste. Ce traité portait que le roi de France retiendrait et garderait toutes ses conquêtes ,

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notamment celles qu'il avait fuites en Berry (1189). On doit rapporter à cette époque le mariage de Denise de Cbâteauroux avec André de Chauvigny. Elle était devenue veuve, soit par lu mort de Baudouin-de-Rivers, son premier mari, soit par un divorce. André fut la tige d'une maison célèbre, non-seulement dans la province, mais encore dans tout le royaume. C'était un rude chevalier dont la grossièreté égalait la vaillance.

La croisade que Philippe et Richard avaient entreprise de concert, donna quelque repos au Berry ; mais le retour de ces deux princes fut signalé par de nouvelles guerres, dont la principauté Déoloise soull'rit cruellement (119ô). En déOnitive, Richard se reconnut vassal de Philippe, et obtint, en échange de ce sacriHce d’amour-propre, les tiefs situés i la gauche du Cher. La seigneurie de ChAteauroux rentra, cinq ans plus tard (1200), sous la domination de lu France, en vertu d’un traité conclu par Philippe-Auguste avec Jean-sans-Terre; ce qui n’eropécha pas le monarque Anglais de faire , quelque temps après , des incursions dans le Bas-Berry où il surprit Déols. Depuis la bataille de Bouvines jusqu’à l'époque des guerres funestes entre les premiers Valois et les rois d’Angleterre, la baronnie ne fut troublée que par des dissensions intérieures ; d’abord ce fut l’émancipation des communes. A Chéteauroux, elle se termina seulement en 1208, au moyen d’une transaction entre les bourgeois et Guillaume P', fils d’André de Chauvigny. Ce baron devint suspect à Philippe-Auguste, puisque le monarque l'obligea non-seulement à lui prêter un serment personnel, mais encore à faire jurer aux habitants de ses terres qu'ils se tourneraient contre leur seigneur, dans le cas où il s’écarterait des devoirs d’un Adèle vassal de In couronne de France. On peut conjecturer que l'événement jusliOa la déAunce de Philippe, et que le baron de Chéteauroux entra dans la ligue dissipée pur la prudente fermeté de Blanche de Castille; car la chronique de Déols nous appiend que ses domaines, conAsqués sans doute par le roi, furent rendus à Guillaume 11, Als et héritier de Guillaume I”,

Guillaume II , Adèle à saint Louis, le suivit dans sa malheureuse expédition d’Afrique, en compagnie d'Eudes, cardinal de Chéteauroux, que Louis appelait l’homme de son cœur. Guillaume III, d'humeur chagrine et querelleuse, fut en .guerre avec tout le monde : le roi le At enfermer dans la tour d’Issoudun, pour le punir d’étre entré à main armée dans une maison du sire de Cuinn, et d'en avoir brisé la porte. Guillaume à peine libre, se mit à altérer les monnaies pour payer l'amende à laquelle il avait été condamné, et poussa même les choses si loin , que les pièces frappées à Chéteauroux n’eurent plus cours dans les pays limitrophes. Il épousa , en secondes noces , une femme dont le caractère était encore plus aigre que le sien. La discorde entra avec elle dans la famille. Bientôt la maison paternelle devint un séjour insupportable pour les enfants du premier lit. Ils la quittèrent clandestinement et s'enfermèrent dans la tour de Vovillon , voisine de Chéteauroux , d'où ils ne cessèrent de faire des courses sur les terres de la haronoie. Guillaume, voulant mettre An à ces querelles, céda l'administration des biens de sa maison à son Als aîné, André de Chauvigny. Celui-ci soutint avec énergie les droits de Philippe de Valois contre les prétentions d’Édouard 111. Robert d'Artois, seigneur de Meheung-sur-Yèvi’e, ayant cherché

Qc-Usdiy ۔oog[(

220 BOrnÈONNAIS - BÈRRY. -NIVERNAIS,

vnincmcnt à rotilratnor dans sa n'-bcllipn , délcrniina le prince Noir, quand la guerre eut éclaté entre les deux couronnes, à diriger ses preniiers efforts contre (lhateauroiix. line partie de la population se dispersa dans les bois, à l’approelie des Anglais, et la jeunesse, sous la conduite du fils de son seigneur, s’enferma dans le château. Édouard fit sommer ces braves gens de se rendre, cherchant h's intimider par les plus terribles menaces ; mais les trouvant inébranlables , et jugeant qu'un assaut pourrait tourner à sa confusion, il fit sonner la retraite après avoir brûlé la ville. André de flhauvigny se rendit alors à Chartres, au camp du roi Jean, avec toute la population virile des terres de sa famille (I35C).

Il périt, avec la plupart des siens, à la bataille de Poitiers.

En 1359, Guy de Chavigny, baron de Châteauroux, tomba sur le chemin de Bourges entre les mains de Robert Knolles, qui parcourait le Bas-Berry à la tète d'une troupe de routiers, et demeura .son prisonnier jusqu'à ce qu'il lui eut payé une rançon de deux cent mille livres. Peu de temps après (1360), la ville faillit être surprise par un capitaine de routiers établi à Buzançais, château bâti sur l'Indre, à quelques lieues au-dessous de Saint-Gildas. l'n certain Oweres, autre capitaine anglais, qui, depuis le traité de Brétigny, était reçu dans la famille du baron , voulut livrer la forteresse à son compatriote. Mais l’entreprise fut découverte, et le vicomte de Vilicmure, tuteur des enfants de Guy I", fit jeter les traîtres dans les fossés de la place. Ce vicomte dilapidait les biens de ses pupilles . des seniteurs de leur maison Ini enlevèrent adroitement leur jeune seigneur Guy II, et firent déclarer la ville et la garnison du château contre l'ambitieux tuteur. Guy II partagea, avec ses vassaux, les travaux et la gloire de !>u Guesclin , qui l’arma chevalier. Tandis qu'il gagnait des villes au roi do France, le grand sénéchal de Poitou et plusieurs seigneurs du parti anglais, réunis à Poitiers, firent irruption sur le territoire de Châteauroux ( 1369).

I.a maison do Chauvigny s'éteignit dans la personne d'André III, en faveur duquel Charles VIII avait érigé la baronnie en comté (1497). Au xvr siècle, la majeure partie des biens de cette illustre famille échut 5 Hardouin de Maillé-dela-Tnur-I.andri et à Françoise d’Aumont, enfants de Henriette do Chauvigny, tante d'André III (150-2). Une rue de Châteauroux eut alors deux propriétaires. Cette rue, appelée de l’Indre, constituait à elle seule une baronnie; elle faisait partie du comté de Blois, dont elle suivait la coutume, tandis que le reste de la ville était régi par celle du duché de Berry. Les seigneurs n'en avaient permis la construction à leurs vassaux , qu'en les grevant de redevances onéreuses. Guillaume I" leur en avait fait abandon , et un usage singulier s'était établi en mémoire de cet affranchissement. Chaque année, le jour de la Pentecôte, la femme mariée le plus récemment en secondes noces , parmi les habitants de la rue, se présentait en grande pompe devant la porte du château, ayant sur la tête un pot garni de roses et orne de rubans : là, le seigneur, ou son représentant , brisait le pot encore posé sur la tête de l'épousée. Cette cérémonie s'est pratiquée jusqu'à la Révolution. La seigneurie étant ainsi divisée, il y eut deux années parallèles de barons de Cbâteauroux : celle des d'.Aumont et celle des Maillé. Charles IX l'érigea de nouveau en comté (1573), en faveur du brave maréchal d'.Vuraont, lequel servit avec éclat sous cinq rois. Henri III accorda éga-

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lometil le titre de comte à François de MailIé-de-la-Tour-I.nndri. F.n tfll2, Antoine d'Aumont, petit-fils du maréchal, vendit sa part à Henri II, prince de Condé , qui , l'année suivante , acquit l'autre moitié de Jean de Maillé. EnGn , en 1616, lesdeuv seigneuries furent ensemhle érigées en duché-pairie, avec union des boronnies de la rue de l'Indre, de Rourgdieu, de i-a ChAtre, etc., en faveur de Henri de ItourtMin, prince de Condé. I.e nouveau propriétaire jeta d'ahord un regard de convoitise sur l'abbaye de Déols, soumise depuis plus de deux cents ans h des abbés commandataircs, la plupart princes de l'Église. lü vie dissipée des moines était un objet de scandale public ; le prince fit exprès un voyage à Home et obtint leur sécularisation, l-es revenus du monastère furent désormais confondus avec ceux de Chdteaui'oui ; en 1623, Saint-Gildas éprouva le même sort : Condé mit la main sur ses revenus , et Ot substituer à scs moines des chanoines réguliers.

Par ces confiscations déguisées, les ducs de ChAteauroux avaient acquis cinquante mille écus de rente en fonds de terre, et près de deux mille fiefs en Bas-llerry. Au.ssi , durant les troubles de la Fronde, lorsque le grand Condé fut arrêté, les habitants de ChAteauroux prirent la résolution de fermer leurs portes aux partisans de la cour. Alais le comte de Saint-Aignan, créature de Mazarin, ai ait eu la précaution d'établir un poste militaire à Bourgdieu : A la première nouvelle du soulèvement, des troupes entrèrent dans la ville et le comprimèrent. Quelques jours après , le gouverneur réunit A ChAteauroux tous les prévois et tous les archci-s de la province , pour donner la chasse à des espèces de corps-francs qui, sous les couleurs des Condé, couraient les campagnes environnantes, rançonnant les .Mazarins et dépouillant les agents du f:sc. En 1736, Charles de Bourbon , prince de Clermont , vendit la terre de ChAteauroux A Louis XV ; le roi en Ot don A Marie-Anne de Nesle , sa maltresse, qu'il cn'si duchesse. A la mort de celle ci, le duché Gt retour au domaine.

Quant A Argenton, la seigneurie de cette ville avait passé par mariage, an commencement du xvT siècle, dans la maison de Bourhon-Monlpensier. Apre-s la journée des Barricades, les habitants demeurèrent fidèles A Henri III, tandis que le capitaine du château, créature de la duchesse, sœur des Guise, tenait pour la Ligue. Les deux partis en vinrent aux mains plus d'une fois. Le roi de Navarre accourut au secours des royalistes, et s'empara de la place, où il mit un gouverneur (1589). Le cliAleau , que f épaisseur de ses murs rendait presque inexpugnable, fut démoli par ordre de Louis XIV ; il était Ganqué de dix hautes tours, dont la plus grosse portait le nom de Tour d'Hèracle. La ville, divisée par la Creuse en haute et basse ville, est la plus pittoresque du département de f Indre, surtout dans la partie haute, où elle s'élève en amphithéAtre sur le flanc des rochei-s couronnés par les ruines du château.

Quoique Issoudun ait été capitale du Bas-Berry, le chef-lieu du département de l’Indre a été établi à ChAteauroux. Nous avons deJA dit quelles sont les principales branches de l'industrie de cette ville, où l'oa compte environ 13,0Ü0 habitants. L'arrondissement en contient 95,036, et le département 253,076. Argenton est, comme Valençay, dont nous parlerons tout A l'heure, un chef-lieu de canton , de la sous-préfecture de ChAteauroux ; sa population s’élève A plus de

4,000 âmes et fait le commerce des toiles, des draps, des tuiles, des briques et carreaux, ses produits les plus importants. Le cardinal Othon de Chdleauroux , prédicateur et ami de saint Louis; Philibirt de Naillac, trente-troisième grand maître dt'S chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, dont on voit encore le tombeau , ainsi que ceux de plusieurs membres de sa famille , dans une église de la ville, ont pris naissance à Châteauroux. L’auteur A’Iphiyénie en Tauride, Guytiiond de La Touche; David Porcheron, philosophe, historien, géographe et numismate distingué; l'ingénieur Boucher, inspecteur divisionnaire des ponts-etchaussées, député du département en 1815; et son neveu, l'illustre général Bertrand, sont aussi des enfants du pays. L’oratorien Jean Mauduit est né à Argenton.

Un mot maintenant sur Valençay , jolie petite ville située sur la rivière de Nahon, à trente-siv kilomètres de Châteauroux. Ce n'était, au x* siècle, qu'un bourg appartenant à lo famille d'Étampes, qui Ht bâtir, sur les plans en partie exécutés de Philibert de Lorme , le château dont on admire encore aujourd'hui l’architecture , le parc et les jardins. I.e château de Valençay est surtout célèbre par le séjour de Ferdinand VII et des Infants d'Espagne (1808-1814). Ferdinand n'y vivait pas prisonnier, comme les ennemis de Napoléon se sont plu longtemps à le dire ; il y était â peine l’objet de quelque surveillance , et ne cherchait même point à s'échapper. Il écrivait, au œntraire, des lettres charmantes à l’empereur ( « Un fils n’écrirait pas autrement à son père », lit-on dans le Mémorial de Sainte- Hélène), le priant de le laisser venir à Paris, demandant au roi Joseph sa fille aînée en mariage, et sollicitant son grand cordon. Enfin, a un Irlandais, le baron de Colli, pénétra jusqu'à sa personne, au nom de Georges III, et lui offrit de l'enlever; mais, loin d'y accéder, Ferdinand en donna tout aussitôt connaissance à l’autorité. » Par une singulière coïncidence, le Berry devait encore voir plus tard un prince d'Espagne dans l'exil. On se rappelle le récent séjour à Bourges du frère de Ferdinand VII ; c'est là, en elTet , que l'infant don Carlos fut contraint de se retirer après la défaite de ses derniers bataillons par les généraux de la reine Isabelle.

I.a propriété du château de Valençay passa successivement, de la famille d'Etampes, à M. de Villemnrin, ancien fermier-général, qui dissimula par de nouvelles constructions le défaut d'harmonie résultant de l’inachèvement de cet édifice; puis à M. de Luçay, préfet du palais, qui y établit une fabrique de bas , une filature de coton et une tixeranderie. Le prince de Talleyrand , nouvel acquéreur, laissa tomber cet établissement. Une nièce du prince, fille du duc de Dino, a porté le domaine de Valençay dans la maison de Montmorency. Valençay compte environ 3,000 habitants; il y a dans cette ville, une fabrique de draps, une coutellerie, et une filature de laine cardée et cachemire. '

1. Ademari Cabanensii chronicon.-'^Chrouicon Dol^tis cœnobii^ apud Labbeutn , nova 6ibliothera, M. S. — Dolerue chronicon. — Tiironenie chronieon.-^ Kemprrligiente ehronicon. — Gallia Christiana. — L’Aslrononie, Vie de Louit-le-Pieux. — Jean de LaGogiie, Hittoire det princes du Bas-Berry. — Histoire des grands officiers de ta couronne. — Dtcfionnatrc de la no> blesse. — FroÎ!v6aru~La TUaumassière. — U'Anville.— D'Alpbonse. — Mémorial de Sainte^Hèléne.

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