SAINT-AMAND
La fondation de Saint -Amand ne remonte pas plus loin que le xv" sièrlc: c’était antérieurement à cette époque le champ de foire du gros bourg d’Orval, et l'on y voyait à peine, çà et là, quelques misérables échoppes où se logeaient les marchands. En làlO, pendant le siège du château de Montrônd, les Anglais saccagèrent Orval et le livrèrent aux llammes; mais Montrond déjoua tous leurs efforts. Le connétable d'Albret , seigneur du lieu , résolut alors d'abandonner le bourg en ruines, et d'en transporter les habitants dans la plaine de Saint-Amand , que dominait et protégeait la forteresse de Montrond. Saint-Amand, ainsi peuplé, ne tarda pas à s'agrandir, et, en li3V, le même connétable fit entourer la ville nouvelle de murailles. Pourtant res fortifications ne l’cmpèchèrcnl point d'ètre prise et orcupée, en 1M7. par un capitaine de bandes, espagnol, nomme Kodrigucs de Villandradc, lequel l’évacua bientèt, à l'approche des troupes de Charles VIL Louis XI s’empara aussi de Saint-Amand, en H65, pendant la guerre du Itien Public.
A ce simple aperçu se borne tout ce que nous avons pu découvrir sur l’origine et l’histoire de cette petite ville, dont le domaine, ainsi que celui d’Orval, api'ès avoir été un fief de la baronnie de Charenton en Bourbonnais, appartint successivemetit à l’illustre maison de Suilly, branche des comtes de Champagne, et à celle de Sully-Béthune; Henri II, prince de Coudé, en fit l’acquisition le 6 février 1621. Saint-Amand était accompagné autrefois de la désignation en Berry, parce qu’il .vvait toujours été compris, en effet, dans cette province, sur les confins de laquelle il était situé, quoique cependant il eût fait partie, depuis le xvi* siècle, de la chAtellenie d’Aisnay en Bourbonnais. La ville possédait, avant la Révolution, un bailliage et une élection dépendant de la généralité de Bourges. Quant à Montrond, fortifié par le duc de Sully (qui, dit-on, y composa ses Adieux à la Cour, en 1610), et regardé comme une des places les plus sûres du royaume, ce fut derrière ses murailles que se réfugia la princesse de Condé, pendant les troubles de la Fronde Les mécontents faisaient, de là, de fréquentes incursions dans le Berry, dans le Bourbonnais, et jusqu’en Auvergne. Le maréchal de Palluau investit .Montrond en 1651 , y entra par composition le 1" septembre de l’année suivante, et en fit raser les remparts.
Saint-Amand, aujourd’hui l’un des deux chefs-lieux du département du Cher, est une ville jolie et régulière, sise au confluent de la Marmande et du Cher, sur un embranchement du canal de ce nom. Sa population s’élève à près de 7,000 Ames; l’arrondissement en renferme plus de 98,000. Ses principaux établissements industriels sont des blanchisseries de laine, des chamoiseries, des forges, et une manufacture de porcelaines. Les habitants font le commerce du bois de merrain , du fer, des bestiaux , du chanvre et des peaux de chèvre ; ils ont , en outre, chez eux un entrepôt de toutes les châtaignes qu’on récolte dans le pays. Lne foire.
ditu d'Orval, laquelle dure quinze jours, atlirc, rbaque année, à Saint-Amand une alRucncc considérable d’étrangers. Cette ville a vu naître Godin des Odouais, l’un des compagnons de La Condatnine daiis scs voyages. Gaston de l'oix est né au château de Montrond. '
Nous ignorons complètement l’Iiistoire de Nevors avant l’invasion romaine. I.orsquc César entia dans les tiaules, cette ville faisait partie de la confédération éduenne, du moins à ce que raconte le conquérant tui-méme, qui, battu à Genjofia Arveniorum , fut abandonné par ses alliés de Bibracte lAutun). Une inscription gauloise, trouvée à Nevers le 2 septembre 1492, et sur laquelle on a lK!Rucoup écrit , nous appreiid qu’à la tiouvellc de l'a|iprochc de César, toutes les nations confédérées qui environnaient les Parisi , s’étant unies, dans le péril commun et dans l’intérét de l’indépembince générale, elles élevèrent au commandement supérieur des armées gauloises, un chef aulerque, connu par sun expérience, ses lumières, son courage, et surtout par sa haine profonde pour 1e nom romain. Ce général était Camuiogène, guerrier célèbre, druide généralement admiré , dont la mémoire nous serait probableinent inconnue aujourd’hui , sans les lignes que lui a consacrées César et sans la découverte de rinscription que nous venons de mentionner. Voisin des Éduens, chef d'une nation limitrophe des Boïens et des insumbres, habitant Cariloc, ville importante par sa proximité d’Avaric, de Nivern, de Bibracte et de Cabilhaun. Camuiogène était bien digne, sous tous les rapports, de la mission libératrice dont il avait été honoré; c’est ainsi , du reste , que nous le représente César, chaque fois qu’il parle de ce Toparque. Dès le commencement de la guerre, Virdomar et Éporcdorich ayant mis la main sur la capitale de la Nivernie, sous le prétexte de paralyser les manœuvi-es de Lutavic et de le contraindre à respecter la foi jurée, s'étaient emparés des provisions de toute nature que renfermait cette v illc , aussi importante alors que l’était Bibracte elle-même. Mais les habitants se soulevèrent; les Romailtt furent massacrés, la ville livrée aux ilammes, afin qu’elle ne pût plus servir 9HHL ennemis, et sa population traversa la Loire, pour s'opposer au passage du 4euve. César, arrivé presque en face de Nivern, courut sur les Senones« ravageant et pillant les campagnes, tâchant de rejoindre à travers le sang et l’incendie, les corps d’armée de Labiemis, qui se trouvait déjà devant Lutèce. Le génie des Gaules fut vaincu, comme on sait, et Nivern ne réparait dans l'iiistoire qu’à l’expiration de la domination étrangère, et sous le nom de Novlodunum , qu’il a conservé longtemps.
I. La TliauniassièrCy Hittoire du fierri/. — Coiriier-Dcmnrt't» f1i*toire du Bourbohf^ni» .
Siège de JWonfrand, Ménuiiret de Vhùtoire de France^ coU. PflUnl. — . />t>rfof»nutr«
wnioertg/ lU la France. Butel, Sfafûfiyud du départevtêni du Cher,
Jacques Taveau prétend que Nivcm est la première métropole des Gaules où l'Évangile fut annoncé, et que saint Snvinien, saint l’ollentien et saint Altin y vinrent par l'ordre même de saint Pierre, l’an k'i de Jésus-Clirist. Néanmoins, l’opinion de l’abbé Fleury nous parait plus probable : il dit que l’empereur Aurélicn, qui fit beaucoup de martyrs, condamna saint Kévéricn nu dernier supplice, i» pago n'ivernensi, selon le martyrologe de Nevers. Au commencement du V* siècle, le Nivernais faisait partie du premier royaume de Bourgogne (VI3). Attila passa à Nevers, vers l’an 433 environ, après avoir incendié Gergovia llmorum. La vingtième année du règne de Clilodwig, on voit apparaître, pour la première fois, un évêque de cette ville nommé Eulade : la légende nous apprend que, sourd et muet, depuis plus d’une année, il fut miraculeusement guéri par saint Séverin, appelé à Paris pour guérir le prince frank de la fièvre quarte (505). Dix ans après, Chlodwig érigea Nevers en évêché, et la Nivemie, détachée de r.Autunois, forma la dot de sainte Chlotilde, fille de Chilpéric. Jusqu’au VIII* siècle, à peu près, l'histoire de Nevers reste, d’ailleurs, purement ecclésiastique.
Ce fut dans la capitale du Nivernais, qu’eu 763, le duc Pépin tint son parlement; Charlemagne y fit battre monnaie, la première année même du ix* siècle: et, en 816, Louis-le-Dèbonnaire accorda un diplême à son Église. Charles-le- Chnuvc,en 8<i5, créa Bernard, son neveu, gouverneur du Nivernais; celui-ci usurpa le titre de comte de Nevers et mourut en 880. Il eut pour successeur Othon ou Olte-Guillaume P*, qui servit le roi contre Bosnn. Parmi les comtes du Nivernais, un ancien généalogiste mentionne aussi Hathicr, qui tenait l'administration de cette province de Uidiard-le-Justicier, duc de Bourgogne et comte d’Autun. Kathier, s'il faut en croire le même auteur, aurait joué un rôle fort tragique dans une aventure dont le dénouement se serait accompli à Nevers même. Accusé d’avoir entretenu des relations criminelles avec la femme de son seigneur, dit le généalogiste, il défia son accusateur, lequel s'appelait Alicher, au Jugement de Dieu par le combat singulier. Celui-ci accepta l'épreuve, et, de part cl d'autre, on convint de se servir de la lance ; Kathier, portant tout d'abord un coup à son adversaire sous la mêchoirc, lui enfonça le fer dans la bouche; mais, au moment où la victoire lui paraissait assurée, il reçut uii coup si rude qu’il expira aiissitêt. Alichcr, après ce suprême effort, tomba sans vie sur l’arène. L'auteur de \'Art de vérifier tes dates qualifie ce récit de fable. Ce qui parait certain, c’est que Hathicr perdit le gouvernement du Nivernais pour avoir manqué à son devoir de vassal envers Kichard-le-Justicier.
On place vers ce temps la construction du premier cliAtcau de Nevers, dont il ne reste plus que des vestiges. Bâti dans le style saxon ou danois, il avait, ainsi que le:t. remparts, des murailles extrêmement massives : on peut encore en apprécier la gigantesque épaisseur et l'étonnante solidité ; le tout était percé de fenêtres à plein-cintre. En 910, la cathédrale s’écroula et ne sortit de ses raines que grêce au xêle de l’évêque Othon. La guerre menaçait la ville d’un plus grand malheur, malgré les remparts dont elle venait d’être entourée : elle fut prise d’assaut, en 953, pillée cl livrée aux fiainmcs par le comte de Paris, Ilugucs-le-Blanc. Le pays tout entier passa, sept années après, sous ha domi- IV. 29
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nation d'Otlion , duc de Bourgogne, en vertu d’une donatien du roi Lothaire. Nevers avait cependant perdu presque toute son innportauce; c’est à peine si , depuis cette époque, il en est fait mention dans les chroniques. Son nom même subit une niodibeation assez signibeative : ce n’est plus Diiventum, mais bien Neveduniim ou iVivedunum, mot dérivé, selon quelques géographes, de l’ancienne appellation Hoviodunum .Etluonim , que les Romains donnaient à la métropole du Nivernais. Bientét ce n’est plus qu’un village, défendu par un vieux chéteau : Niveduntim, anliqviaimum castrum çuùUm, sed inslar viculi exiguum. A l’entour, il est vrai, se sont formés des faubourgs considérables, près des couvents de Saint-Genès, de Saint-Victor, de Saint-Etienne, de Saint-Martin, et des parois.ses de Saint-Arigle, de Saint-Pierre, de Saint-Troés et de Saint-Laurent ; mais aui'iinc fortification ne les met a l'abri d’un coup de main ; chaque ennemi (|ui se présente les saccage sans obstacle et en disperse les habitants.
La domination des comtes héréditaires de Nevers commence, l’an 992, par le mariage de Landri, seigneur de Maers et de Monceaux, avec Mahault ou Mathilde, bile de Otte-Guillaume, comte de Bourgogne. Nous ne reviendrons point, ici , sur l’histoire et la succession des seigneurs du Nivernais ( comtes ou ducs ) , que nous avons racontées avec détail dans notre introduction générale ; il nous subira d’indiquer les événements et les faits relatifs au gouvernement de chacun d’eux, quand ils nous paraîtront avoir un rapport immédiat avec les annales même de la ville. Ainsi, par exemple, nous signalerons, comme une particularité curieuse, que ce fut un évêque du siège de Nevers, Hugues II de Champallement , qui , le premier, employa la formule d'évrque par la ijràce île Dieu (1028). Vers la bn du xii" siècle, le comte Pierre de Courtenay bt élever à ses frais la nouvelle et dernière enceinte : il y enferma les faubourgs, depuis l’embouchure du petit ruisseau de Crou, dans la Loire , jusqu’à la rivière de Nièvre, vaste circuit qui n’avait pas moins de dix-sept cents toises (1194). Deux années, après, il remit aux religieux de Saint-Étienne le droit de gîte, le plus onéreux de tous les droits seigneuriaux. Nevers commença alors, selon Ducange, à jouir des avantages d’une municipalité : un ne fait dater, pourtant, que de l’année 1231 l’établissement définitif de sa commune.
Voici quelles étaient les principales dispositions de la charte d’affranchissement accordée par Pierre de Courtenay aux habitants de Nevers, laquelle fut confirmée, en 12.31, pr Guy de Forez et sa femme, Mahault 1", et sanctionné, sur leur expresse demande, par lettres-patentes de Louis IX. Le comte y renonce à tous les droits dont scs prédécesseurs ont joui dans la ville et les faubourgs, surtout àl’hosl el à ta chevauchée, ne se réservant qu’un crédit de quarante jours pour l’approvisionnement de sa table , ses justices et ses forfaitures. L’administration des affaires principlcs est conbée à quatre jurés, qui, nommés par les bourgeois, cl choisis par eux, peuvent seuls convoquer les habitants, proclamer le ban des vendanges , et intervenir dans le droit de justice et de forfaiture. Les bourgeois ont la faculté de repousser tout autre jugement que eelni de leurs juges naturels ; ils ne peuvent être saisis ni emprisonnés que pour vol , rapt et homicide, à moins de bagrant délit, « ou qu’il ne se présente un homme prêt à faire la preuve du forfait n ; dans ce ras encore, la faculté ptevisoire est accordée sous
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caution. Le hailM, aasrâté de quatre boiirjjieois auxquels les jures ont délégué cet oflice, rend la sentence ; elle est sans appel s’il s'agit d'un citadin, mais le forain a le privilège d'appeler. Dans ce cas, le comte ou son bailli, sur la réquisition des jurés, adjoint aux premiers assesseurs, au moins deux de ses chevaliers, cliélclainsou vassaux, sinon, et passé le délai de vingt jours, les bourgeois siégeant seuls prononcent un jugement irrévocable. Les droits du procès et l'amende, attribués au baron, ne doivent jamais s'élever, les uns an delà de trois sols, et l'autre de trente. Le droit de bourgeoisie, accessible à tout étranger, s'acqniert au bout d'un an et un jour de domicile ; il n’y a d'exception que pour les sergents et les serfs du comte, auxquels il est interdit de s'établir dans la ville sans son expresse permission ; mais si le comte ne les réclame point , quand le terme légal est expiré, ils sont et demeurent libres. Telle fut en substance la concession de Pierre de Conrtenay aux habitants de sa ville de Nevers ; la seule compensation que cet illustre seigneur retira de l'abandon de presque toutes ses prérogatives seigneuriales, fut une cense personnelle, variant de quarante sols à douze deniers, payable, ebaque année, à la Saint-Martin d'hiver, et dont le montant et la répartition, réglés sur le chiffre de la population et la fortune do chaque famille, étaient toujours arrêtés par les bourgeois.
En 1217, une famine si horrible sévit à Nevers, que, pendant sa durée, (Guillaume, le nouvel évêque, nourrit, chaque jour, deux mille pauvres. Nous remarquons que la capitale du Nivernais fut, à plusieurs reprises, désolée par divers fléaux. Du xiv siècle jusque vers le milieu du xvii*, ce sont tantftt des pestes affreuses, tantét de terribles incendies, et souvent ces deux calamités à la fois, qui en détruisent les divers quartiers ou en déciment les malheureux habitants. Après l'incendie de 1303, vint celui de 1308, sinistre qui laissa à peine quelques habitations debout. Les flammes consumèrent encore une partie de 1 1 ville, en 1395, en 1461 et en 1490. I.es pestes les plus anciennes que nous connaissions sont celles de 820 et de 1094; « cette dernière fit de tels ravages », dit M. Morellet, « que les habitants épouvantés crurent à la fin du monde». En 1393, un médecin fut appelé à Nevers pour donner les secours de l'art aux pestiférés, et on lui accorda, entre autres privilèges, l'exemption des tailles et des impositions. « En l’vOO, une pestilence affreuse », ajoute le même historien , « éclata dans la ville, et la mortalité y fut si grande que ie receveur demanda une diminution de t'aide accordée pour ta rançon du comte Jean, prisonnier de Ilajazet.» Du reste, la fréquence des incendies et des maladies contagieuses s'explique facilement : la plupart des maisons, avant 1305, n’étaient construites encore qu'en bois, et il y en avait bien peu qui, par le défaut de propreté, de soin et d'ordre, ne recelassent les premiers principes de la peste.
A ces désastres périodiques succédaient les solennités princières auxquelles on donnait le nom de joyeuses entrées. L'avénement d’un comte ou bien sa première visite était toujours une fête pour les bourgeois, et ils ne manquaient jamais de se mettre en dépense pour la célébrer convenablement. On ignore, les détails de ces réjouissances, durant le cours du xii' et du xiii' siècle; ce n'est que dans le xiv’que des titres authentiques, découverts dans les archives communales, nous en révèlent toutes les circonstances. D'ordinaire, les princi-
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paux boursenis sc portaient en ariiie.s au-devant du nouveau eomtc (ce qui avait éjjalenaent lieu pour sa femme, quand elle faisait séparément son entrée); ils se mêlaient à son cortège et l'accompagnaient jusqu’à l'une des portes, blo.sonnée des armoiries de France et de celles du comté, où il était reçu par les écbevins, qui lui présentaient k-s clefs et les privilèges dont il jurait l'observation. Ijt comte s'avançait vers le château, au milieu des cris de la foule, aux sons d'une musique do violons et de hautbois, entrecou|)és par des volées d'artillerie. Le reste de la journée était consacré à des représentations dramatiques , organisées dans la grande rue de Nièvre ou telle autre rue spacieuse de la ville ; c'étaient, ici, l’iiistoire de Judith ou de Joseph ou de Suzanne; là, le mystère de la Passion et la vengeance de Vespasicn , ou la légende de saint Jean-Baptiste, etc. L’accueil fait à la comtesse offrait quelquefois, avec non moins d'appareil, certains accessoires galants imaginés par les écbevins : ainsi, en 1V14, lit-on dans les procès-verbaux dont se compose l'inventaire des archives communales : « A l'entrée de Bonne d'.Vrtois, seconde femme de Philippe de Bourgogne, un ange babillé de plumes de paon [lequel courait sur une corde de quatre-vingts toises), lui m^t sur la teste, h elle et à son fils Charles de Bourgogne, un chapeau de fleurs artistement travaillé»; et, en 157.5, à l'arrivée de Paule de Brosse, deuxième femme de Jean de Bourgogne « un ange descendu par artifice lui mit sur la teste un chapeau de violettes. » La munici|>alité se munirait prodigue de scs deniers, dans ces oa'asions : c’étaient de magnifiques cadeaux de bienvenue, en vaisselle d'argent, en vins d'nn prix incsiimabic ; à côté des boites de confitures fines, on entassait les poissons les plus recberebés. Il y avait des présents , non-seulement pour le comte nu le duc, et, plus tard, pour le roi ou le gouverneur, son lieutenant-général , mais pour tous les ofliciei-s de leur maison et de leur suite. Les solennités les plus remarquables en ce genre que nous ayons à noter, dans les dernières années du XIV siècle, sont le passage à Nevers du roi Charles VI ( tl mars 1394), et celui de la reine de Sicile et de Jérusalem, et du roi, son fils (1399-1400). Il serait trop long d'énumérer toutes les entrées des comtes de Nevers : nous nous bornerons à rappeler celle du Jean de Bourgogne , fils de Pbilippe-le-llardi. Au mois d'avril 1393, il fit .son entrée solennelle dans la capitale de son comté. La ville lui fit hommage de deux tonneaux de vin, de plusieurs lamproies et de torches. Il revint au mois de mars de l'année suivante, et un lui offrit deux autres tonneaux de vin. Lorsqu'il eut élé fait prisonnier à la bataille de NicopoUs (1306), Nevers imposa sur elle-raèmc et sur tout le comté la somme de mille livres d'or pour payer sa rançon. Celle libéralité n’empèclia point les bourgeois de donner encore au comte Jean, quand, de retour de sa captivité chez les Turcs, il reparut dans leurs murs, au mois de mars 1400, une coupe d'argent doré avec le couvercle en or, dou/.c tasses d'argent, une boite d'épices, trois tonneaux de vin, vingtquatre lamproies, sans compter beaucoup d'autres poissons, et en outre deux tonneaux de vin à ses officiers. Ces dons étaient en partie, il est vrai, l'acquit d'une dette féodale, une obligation à laquelle les bourgeois, malgré la charte d'affranchissement, étaient tenus envers leur seigneur.
A la fin du xiV siècle, Nevers était déjà une ville considérable par ses fortifications, ses monuments civils et religieux , ses établissements de justice et de
finance, ses maisons de cliarité, son commerce et son industrie. L'enceinte des rem|iarts, duc à Pierre de Courtenay, avait été restaurée et partiellement reconstruite é l'aide d’un impôt que le comte Louis III, avec l'autorisation du Dauphin de France depuis Charles V, avait permis auv habitants de prélever sur les denrées pour subvenir à l'entretien des murs et des fossés de la ville (mai 13ô8). Ces octrois, accordi'is d'abord pour une année seulement, furent prorogé'S ensuite indéliniment, à cause des besoins publics; mais l'intervention de la royauté était nécessaire, à chaque concession nouvelle du comte, et les lettres n'étaient evécutoires qu'aprés avoir été vérifiées et homolojçuées au bailliage de Saint-Pierre. En 1371, les habitants obtinrent encore la concession de deux autres iin|>éls, sous le nom de Maille et de Courlepinle , lesquels ont été perfus jusqu'en 1789. La commune s'était, d'ailleurs, rachetée peu à peu de tous les droits féodaux , tels que le péage par terre et par eau , le pontonnage et passage du fleuve, etc., et elle en avait formé ce qu’on appela plus tard son patrimoine. L'ouvrage le plus considérable des fortifications béties au xiv' siècle, était la porte du Crou, défendue par un fossé profond ; la route de Paris y passait: lé se trouvaient la hei-sc et le pont-levis toujours levés en temps de guerre. Le guet se faisait du liuut du clocher du couvent de Saint- .Martin, où était renfermé le beffroi, lequel fut tran.spurté , en lUM), au-dessus des halles, dans une tour rebâtie plus tard, à deux reprises différentes (l'»39-IVô6|; la dernière fuis on y mit une horloge. Plusieurs ponts faisaient communiquer entre eux les divers quartiers de la ville , entre autres un pont de bois jeté sur la Loire, pour la rerxmstruction duquel Charles VI remit aux habitants, en liOti, deux cents livres sur les tailles dont l’arriéré datait de vingt ans; un pont sur la Mèvre, au bout de la rue de ce nom, et un pont sis entre les terrains occupés aujourd'hui par la poissonnerie et le dépôt de la marine : cv’s deux derniers étaient aussi en bois.
Le plus bel édifice de la ville était sans contredit la cathédrale, dédiée d'abord (on ignore la date de sa fondation) à la Vierge et aux deux martyi'S saint Cervais et saint Prêtais, puis placée, nu ix° siècle, sous l'invocation de .saint Cyr(8t7). Après plusieurs réparations ou rèédifications, comme, par exenajde, celle de l'évèque lUton, dont nous avons déjà parlé, un violent incendie la détruisit complètement en 1211. Jusqu’ulois, elle n'avait été couverte qu'en chaume : l'évèque Cuillaume de Saint-lazare la rebâtit entièrement en pierres. Cette église, un des plus remarquables monuments de l'architecture ogivale, terminée seulement dans le cours du xiv siècle, fut consacrée , en 1331, par Pierre de Palude, patriarche de Jérusalem, l'iuillaume de Saint-Lazare, que nous venons de nommer, est le | remier évêque de Nevers qui n'ait été élu que par le cliapitre de la cathédrale (1201 ); le peuple, auparavant, participait à la nomination du prélat. Depuis 1201 , les chanoines s'arrogèrent exclusivement le droit de remplir le siège , et l'exercèrent jusqu'au règne de François P'. Ils étaient au nombre de soixante, vivaient en communauté et formaient une véritable seigneurie temporelle, créée par l'évêque Hériman, dans le ix' siècle. Le chapitre était investi du droit de haute justice et possédait des serfs taiUablei et explectabirs à volonté, des vassaux leur prêtant foi et hommage. Le doyen, principal dignitaire , avait sous lui un grand archidiacre , un trésorier, un chantre qui était en
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mi'me temps chnncelier ou notaire du chapitre, et plusieurs simples officiers ou personniers. Le trésorier, par une prérogative consenée jusqu'à la Bn du xvm' siècle, entrait au chœur en habit de guerre et y siégeait l’épée au cété, l'oiseau sur le poing, en bottes et en éperons. Dt'puis l'incendie de 1211, la ntcfMc avait été divisée en prébendes dont la collation appartenait à l'évéque; le canonicat d’honneur était héréditaire , et les chanoines seuls assemblés jouissaient du privilège de choisir leur doyen.
Le clergé de l'église de Nevers, depuis que l’évêque Otton avait appelé Humbault, moine de Saint-Amand dans le diocèse du Tournay, s'était appliqué avec zèle à l'étude des sciences. A l'époque où nous sommes parvenus , il comptait plusieurs professeurs formant ensemble un corps d'enseignement ecclésiastique placé sous l'autorité du recteur. Il y avait même dans la ville, dès avant le xr siècle, plusieurs écoles particulières; car, en 1009, le chapitre de Saint-Cyr institua un certain Gaudon, grammairien des peliles écoles pour les enfants laïques. Il fallait bien que Nevers , de progrès en progrès , eût ouvert un sanctuaire à la science , puisque l'iiniversité d'Orléans, interdite par le pape Jean XXII, y fut transférée en 1316 ; mais elle n'y resta pas longtemps, a Gomme entre les escoliers, » dit Guy-Goquille, « souvent se trouvent plusieurs mal coraplexionnez, ils n’arreslèrent guères à avoir débat, et à certain jour plusieurs particuliers citoyens de Nevers prindrent la chaize du docteur en cholère, la portèrent sur le pont et la jettèrent en Loire, disant ces mots : que de par le diable, elle, relournast à Orléans dont elle estait tenue. »
L'enceinte des vieilles murailles, « fort haultes, de grande épaisseur, de bonne et forte maçonnerie » ne comprenait guère plus de sept cents toises de circuit. Cette enceinte, appelée plus lard la Cité, rcnfeminit la cathédrale ; la maison de l'évêque, située à l'endroit où s'élève encore aujourd'hui le palais épiscopal; celle des chanoines et le chatcau ; les églises et couvents des frères Prêcheurs et des frères Mineurs, appelés les uns et les autres à Nevers, dans le cours du XIII' siècle, par Agnès de Rourlion et Yolande de Hourgngne; le piieuré de Saint-Sauveur, fondé par Charlemagne, et dont l’église, écronléc en 18.38, était un des plus curieux monuments du roman fleuri,- les églises paroissiales de Saint- Arigle, de Saint-Pierre ou Saint-Père, de Saint-Troès et de Saint-Laurent; l'abbaye de Saint-Genès, où fut, dit-on, martyrisé saint Révéricn, et sous le courert de laquelle se trouvaient le prieuré de Saint-Nicolas et la collégiale de Saint-Loup; enfln, les abbayes de Saint-Martin, de Saint-Victor et de Saint- Étienne, autour desquelles s'étaient formés les bourgs dont nous avons parlé au début de cette notice. L'abbaye de Saint-Genès remontait l'an 621 : c'était un couvent de Bénédictines non cloîtrées, ayant de nombreux vassaux, exemptes de la visite épiscopale, et Ogurant avec le clergé dans toutes les cérémonies publiques. Saint-Étienne, où s'étaient sucu'dé tour à tour des religieuses et des chanoines de l'ordre de Cluny , avait eu pour père , au commencement du Yii° siècle, l'Irlandais saint Colomban (602-1063-1068). L'abbaye tenait, du comte Guillaume I", la jouissance de tous les droits seigneuriaux sur le bourg de Saint-Étienne, et il est à remarquer que ce fut un arrêt de la juridiction de ce bourg, qui, en 1293, chassa les juifs de Nevers.
Les maisons de bienfaisance et de charité , sans être aussi nombreuses que les couvents, ne laissaient pas que d'avoir quelque importance. Les deux plus anciens hôpitaux de la ville étaient Saint-Antoine et Saint-Lazare ou Saint-I^drc, fondés par l'évôque Hériraan, vers le milieu du ix' siècle, et approuvés par Charles-le- Chauve, en 830. La inaladrcrie de Saint-I.azare, consacrée au service des lépreux, dés 1-221 , était située nu delà du fnubourÿ; de Moûesse; celle de Saint-Antoine s'élevait sur la rive gauche de lu Loire, à quelque distance de Nevers. Venaient ensuite l’HOtel-Dicu , Domus Dei, ainsi nommé, en 107V, et enrichi successivement des donations de l'évéque Hugues et de la dame Agnès de Montigny ; et l'Iiospice de la rue des Merciers, dont l'établissement ne remontait pas plus liaut que l'année 1397. L'Hôtel-Dieu n'avait d'abord été qu'un oratoire dédié à saint Didier et sis hors des murs, vis-à-vis les deux tours de la porte épiscopale, il en est fait mention, dès 887, dans un diplôme de r.harles-le-Chauve. Cet hôpital souffrit beaucoup des pestes et des guerres qui désolèrent le Nivernais, dans le cours du XIV* siècle; Philippe-lc-liardi , par sa protection , le sauva d’une complète ruine, et, en IVll, les bourgeois y réunirent leur hospice delà rue des Merciers.
Nous avons dit qu’à partir de la charte de 119V, plusieurs assesseurs, bourgeois de la viHe, dont la nomination appartenait auv jurats, avaient assisté le bailli du comte dans l'administration de la justice; soin jusqu'alors exclusivement confié par le seigneur à .son sénéchal. Nous connaissons les noms des deux derniers sénéchaux : ce sont (ieolfroy de Fougues (1193) , et Gaucher de Joigny; lequel vendit à Mahaut tous ses droits dans la sénéchaussée de Nevers, quand elle voulut sans doute donner une garantie nouvelle aux franchises de 119V. le bailli serait donc postérieur A cette époque et ce n’e.st qu'en 1-231 qu’il aurait remplacé le sénéchal. Toutefois, antérieurement à la charte de Mahaut, qui n'était que la reproduction textuelle de celle de Pierre de l^ourtenay, il est fait mention d’un ofiieier de ce nom dans un acte passé, en 1206, entre le comte Hervé et .Alix de Cours, sa belle-sœur. Nous ne savons comment concilier ces deux fails contradictoires. Quoi qu’il en soit, le bailli de Nevers était d’épée ; il eut à ses ordres, d’abord un prévôt , garde du scci aux contrats et président le siège inférieur de la juridiction où étaient jugées les causes civiles au-dessous de vingt livres, et plus tard un lieutenant général qui le suppléa , sauf les cas extraordinaires, dans le senice du siège supérieur auquel ressortissaient toutes les autres causes civiles et les affaires criminelles. En 13-29, le comte Louis H avait institué Ut grand» jours du lyivernois, tribunal d'appel composé de Irait prend' hommet , set eonseil- Urt, un chevalier et deux gradués, pour juger des appeaux de ATp«moi'.ï, tant des prévosl que des baillis, avec pouvoir de juger, retenir ou renvoyer. Ias grands jourt s'assemblèrent trois fois l'an , jusqu'en 1563 ; un édit royal réduisit alors les trois assises à deux. Le bailliage siégeait au palais de justice, bâti dans la rue de la Revenderie ; le rez-de-chaussée était occupé par les halles. I.e8 comtes ne négligeaient pas cependant leurs intérêts : maîtres déjà, en quelque sorte, de la fortune des habitants, par le droit de monnayage, car ils avaient à Nevers un hôtel des .Monnaies dont la création datait, à ce qu'on prétend, de Charles-le-Cdiauve. ils étaient, en outre, dans une complète .sécurité relativement à la conservation
BOURBONNAIS —BERUY. — NIVERNAIS, de leurs ctiarte.s, de leur trésor et de leur dumuine privé, ronfiés à la garde et & la surveillance attentive et sévérc d'une chambre des Comptes, établie en 1403 par Philippe II de Bourgogne : les « président, maîtres de la chambre, clercs et concierge d'icelle, juraient sur les Évangiles, par la figure et rémembrance de Jésus-Christ, de n'avoir nul maître que le comte et de ne recevoir de pension que de lui. a
1.8 construction de l'hétel de ville datait de 1436. Les bourgeois s'assemblaient auparavant dans la salle du chapitre de l'abbaye de Saint-.Martin , dont le clocher, avons-nous remarqué, renrerma jusqu'à l'année 1400 le belTroi appelé le Grot Seint de la eommunauté. Cette cloche, mise en branle deux fois par jour, annonçait l'ouverture et la fermeture des portes ; chaque porte avait aussi sa cloche plus petite qu'on sonnait aux mêmes heures. Ces échevins (qualification donnée aux jurats dés 1288) , pouvaient être choisis dans la noblesse , aussi bien que dans le peuple ; leur élection était lixée au second dimanche du carême. Quand il devait y avoir réunion à l'hêtel de ville, un crieur ou piécuniseur convoquait les habitants, et tous sans exception, même les ecclésiastiques, quoiqu'ils eussent été déclarés inhabiles à l'échevinage, étaient tenus de s'y rendre sous peine d'un écu d'amende. .A ce crieur fut adjoint, au xv’ siècle, un trompette chargé de faire le guet, nuit et jour, du haut du clocher de Saint-Martin, où il logeait avec sa famille. Otte amende d'un écu, imposée aux absents, ne prouve aucunement que les habitants de Nevers prissent peu de soin de l'exercice de leurs droits municipaux : ils étaient, au contraire, très-fiers de leurs immunités et de leurs franchises, formées peu à |>eu de toutes les servitudes qu'ils avaient rachetées sur le domaine seigneurial. Mais l'industrie, qui avait acquis déjà dans le Nivernais un grand développement, absorbait quelquefois toute leur attention, et s'ils négligeaient alors d'accomplir leurs devoirs de bourgeoisie, c'est qu'ils étaient bien convaincus que personne désormais n'oserait attenter A leurs privilèges. A eux seuls, en effet, appartenait la garde de leur cité : chaque quartier avait scs soldats pour le défendre {qvariiniers) , désignés plus tard sous le nom de eompagnies bourgeoises; et cette prérogative essentielle leur avait été confirmée par le roi Charles VI (30 avril 1421 ). Les quartiniers étaient une sorte de milice urbaine recrutée parmi tous les liabitanis; le peuple en nommait les offlciei's ; le capitaine en chef de quartier était à vie. Ces hommes excellaient dans le tir de l'arbalète, dont une école avait été établie, en 1409, aux Chaumes de Loire, école fi-équentée bientôt par toute la jeunesse nivernaise. Les arbalétriers de Nevers fournirent leur contingent au corps des francs-archers formé par Charles VII, en 1448, et accompagnèrent même Charles VIII dans son expédition en Italie, d'où ils rapportèrent la maladie contagieuse qui désola la ville , en 1496
t. O En 15Si t du Parmentier, la ville substitua le tir de ran]tiebuse à ftdui de Varhalète , et de SC& deniers elle acheta tn'nte-deux pii>ces d’artillerie , de Guilhiiiroe de Saint -Vincent marchand à Nevers. » i/instiluliun de l'Oiseau ( Vaptgai ou Papeguut ) ne date que du ii murs 1609. Le vain* <|ueur, saltu^ du titre de roi de VOisraxi et o\ei»{it de tailles durant une année, en était quitte toute sa vie, s'il abattait roiseati iHMulant trois annéts de suite. Le* arquebu>ieis, délinitiveinenl organisés en confrérie (lar lo duc Charles de Unnzngiie* ( tOSI ) , devinriMU dt'S lors célébrt's sons le nom de Vompagmit de Sainl-CkarUs.
Le commerce deNevers, au moyen âge, roulait principalement sur les vins du pays, lesquels, afflrme-l-on, figuraient avec honneur sur la labié des rois de France; les habitants eiploitaient des fabriques d'émaui , dont les produits égalaient ceux des fabriques de Umoges , et des verreries d'où sortaient ces beaux vases à pied , en verre, que les autours contemporains mentionnent avec éloge. La constitution des corporations d'arts et métiers assurait à chacune d'elles la protection de son industrie et des ressources collectives. Nous voyons, en 12â0, celle des pécheurs, déjà fort ancienne, soutenir pour des droits communs un débat contre Id dame de Druy. Celle des boulangers est postérieure : en 1303 seulement, les habitants ne furent plus obligés de cuire leur pain au fuur du seigneur : ce fut le comte Louis I” qui permit à l'un d'eux. Gentil de Ficeul, et à Isabelle sa femme, o de bâtir un fuur dans leur maison , rue de la Tartre , et d'y cuire pour le public, i Ces art/sans et gent de métier avaient le sentiment profond du leurs droits et de leur force ; ils luttaient tant qu'ils pouvaient contre les notables, afin d'influer sur l'élection des officiers municipaux. En 1507, emporté par l'ardeur de la lutte, ils déchirèrent les papiers du contrôleur ou scribe. Le liailli de Saint-Pierre crut rétablir la paix, en portant, de son autorité propre, trois personnes de son choix à l'échevinage; les habitants s'adressèrent à l^ouis XII, qui, au grand dépit du comte Charles II, jaloux et irrité de ce recours à la puissance suieraine, régla que chacun des quatre quartiers de la ville nommerait à l'avenir son échevin. Malgré la charte d'affranchissement et les progrès graduels de letir indé)tendancc, les bourgeois n'ètaient pourtant pas encore complètement émancipés de toute servitude envers le seigneur; ainsi, jusqu'en 1587, il fut d'usage que tout habitant de Nevers, â moins qu'il ne logeât dans le quartier de. Saint-Étienne , se. présentât , le jour de son mariage, devant le comte, préc'édé des violons, et loi donnât a pour le festin de nopces, quatre deniers, un pain, deux plats de chair et une quarte de vin. » I.e comte partageait aussi avec l'évéque le droit de trumeau ou sabot; l'utr prenuit le trumeau de derrière et l'autre celui de devant des chacunes bestes au maille, bœuf ou s'asse, vieille ou jeune, tuées en la grande boucherie. Cette redevance a été en vigueur jusqu'à la révolution.
L'évéque, à titre de vassal du roi de France, était astreint envers lui au Service militaire ; on en a deux exemples reniarquablcs, l'un dans Kainald, qui, en 1235, conduisit à Tours le cuntingent de troupes dd eu service royal ; l'autre dans Robert Cornu, que saint Louis fit citer à Chinon, en 12H, pour le contraindre à s'acquitter de cette obligation. Les chanoines, entièrement libres dans leur cloître, déclinaient du reste sa juridiction particulière , et ce n'est que revêtu de leurs insignes qu'il lui était permis à lui-méme d'entrer dans le chœur; il fallait qu'il assistât, dans ce costume, aux matines, les jours de Pâques et de la Pentecéte, sous peine de l'amende ordinaire. Les ehanoines étaient de plus exempts du droit de lit, que le prélat percevait, â la mort de chaque curé du diocèse, ainsi que du droit d'héritage prélevé à la mort de tous les ecclésiastiques intestats du diocèse. L'évéque, en revanche, pouvait seul, lorsqu'un pape passait â Nevers, l'accueillir et !e défrayer de toutes les dépenses que lui remboursait ensuite son clergé.
L'évèché étant une seigneurie temporelle, comme le chapitre, le titulaire possédait des serfs nombreux qui lui payaient une redevance de joyeux avènement.