‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 44 sur 120 · IV · texte numérisé non relu

IV

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Cette condition du servage était d'ailleurs si bien établie dans scs domaines et ceux du chapitre, qu'en 1437, cinquante hommes ou femmes en ayant appelé au parlement pour se soustraire à l'une et à l'autre domination, Charles Yll accorda à l'évôque et aux chanoines des lettres de « saisine et nouvelleté » contre les hommes serfs qui refusaient le paiement des tailles. Le prélat, à sa première entrée dans la ville, où il arrivait é cheval par le faubourg du Martelet, recevait les compliments de la municipalité ; le prieur de Saint-Étienne , entouré de scs moines et précédé de la croix , l'attendait sous l'arcade de la porte de la Barre ; là , avant de pénétrer dans le pourpris du monastère, il jurait d'en maintenir les privilèges ainsi que ceux du bourg. Même engagement de sa part, sous le porche de l'abbaye de Saint-Martin, où il soupait et passait la nuit. Le lendemain, les quatre barons de l'évéché, qui étaient les seigneurs de (Æurs-les- Barres , de Givri, de Drny et de l'oiseux, venaient chercher l'évêque à Saint-Martin , afin de le porter sur leurs épaules jusqu'à la cathédrale. Les échevins, placés sur son passage dans la rue de la l'archeminerie, avaient eu soin d'y suspendre une chaîne de fer, laquelle s'abaissait devant le cortège, puis se tendait de nouveau devant l'évêque, pour tomber encore après qu'il avait prété entre leurs mains le serment de respecter les franchises de la ville. Enfin, quand toutes les cérémonies de son installation étaient achevées, le prélat se rendait aux prisons et y mettait tous les détenus en liberté.

Le comte de Nevers, Philippe 11, mort glorieusement, en 1413, à la bataille d'Azincourt, où il commandait douze cents hommes d'armes, avait laissé pour successeur un fils en bas-àge, Charles I", que son tuteur, Philippe-le-Bon, attacha de bonne heure au parti anglais (1419). Henri VI d'Angleterre fut proclamé et reconnu à Nevers, ainsi que l'avait été son père Henri V, comme héritier et régent de France (1328). Parmentier cite même deux chartes octroyées à cette ville par le même prince, qui s'y qualifie de roi d'Angleterre et de France. Bientôt, soit (hSvaffection , soit mépris pour le prétendant de Bourges, les habitants s'habituèrent à la domination étrangère; la prise même de Saint-Pierre-le-Moùtier par Jeanne-d'Arc ( 1429) nu put les déterminer à se rallier à la cause nationale. Les échevins, sans s'intimider de la cédule brutlce par les quatre bouts, contenant défiance de feu et de sang à C encontre des habitants d'entre les deux rivières, que leur avait adressée le commandant de Saint-Pierre, l'expédièrent à Moulins-Engilbcrt, où était alors le comte Charles, et pourvurent convenablement à la garde et à la sûreté de la ville.

I.e Nivernais était le théâtre d'une rude guerre, que ne tarda pas à compliquer le duc de Bourbon en refusant de prêter hommage au duc de Bourgogne; des bandes de Bourbonnais et d'Auvergnats fondirent tout à coup sur le pays ; elles commirent d'alTreuses dévastations autour de Nevers ; c'est à cette époque qu'on place la destruction des faubourgs de Saint-Gildard , de Saint-Bénin-des- Vignes et de Saint-Sylvam-du-Martelet (1433). I.e duc de Bourbon, cependant, désirait la paix, non pas pour lui seulement, mais dans l'intérêt du roi de France; il entama des négociations avec Philippe-le-Bon , et Nevers fut désigné comme Neu du rendez-vous (1435). Le duc de Bourgogne y arriva avec son neveu, le comte Charles, qui le premier avait sollU-jh! un rapprochement entre Philippe-le-Bon et Châles VII. Le connétable, Arthur de Bretagne, et l'archevêque de Reims, chancelier de France, mandés aux conférences, y travaillèrent au rétablissement de la

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paix générale , dont les préliminaires devaient aboutir au traité d'Arras. Délivrés du voisinage des troupes qui les menaçaient sans cesse, les habitants purent alors ouvrir leurs portes ; mais la campagne avait été tellement ravagée par ces bandes de pillards, qu'une disette afTreuse succéda partout aux meurtres et aux pillages, et enOn, en 1&37 et H38, la famine sévit cruellement dans la capitale du comté.

Le soin même vigilant et sévère que Charles VU apportait à la suppression radicale des voleries, piUerits et brigandages des soldats, souleva contre l'autorité royale la ligue de la Praguerie. En HVO , le roi poursuivant le Dauphin, chef de cette ligue , vint à Nevers où il demeura deux jours. On arma les coulcvrines , on fit pendant la nuit des patrouilles i cheval et avec des torches , et le guet doublé au clocher de Saint-Martin put surveiller au loin la plaine infestée par les sol^ datsdes seigneurs révoltés. Un an après, le duc et la duchesse d'Orléans, le duc et la duchesse de Bourbon, le comte d'Angoulème, le duc d'Alençon, le duc de Bourgogne, les comtes de Nevers, d’Étampes, de Danois et de Vendème, assemblés dans la capitale du Nivernais , y rédigèrent en commun un rahier de doléances et de remontrances au roi , sur leurs griefs particuliers et sur l'état malheureux du royaume. Cette manifestation séditieuse n'eut d'ailleurs aucun résultat ; mais des désordres plus sérieux' éclatèrent bientôt è Nevers. En t .lA5, le chapitre se conformant aux canons du concile de Bêle , avait procédé è l'élection du nouvel évéque, Jean d'Étampes, auparavant grand chantre de l'église de Bourges; le pape Eugèné IV, de son côté , avait presque en même temps nommé ou siège vacant Jean Tmnson, archidiacre de Cambrai. I^s deux rivaux eurent recours mutuellement à l'excommunication ; il se forma dans la ville deux partis qui en vinrent plus d'une fois A de sanglantes extrémités. Le roi , regardant l’élection de Jean d'Étampes comme seule canonique , ordonna A la municipalité et au chapitre de publier en français ja pragmatique-sanction , sans s'alarmer aucunement des censures pontificales ; et pour veiller A l'exécution de cette mesure, il envoya A Nevers Charles de Culant , son chambellan , capitaine de cent hommes d'armes ; celui-ci emmena avec lui le maréchal de Jallognes, son frère, auquel s'étaient adjoints les baillis de Sens et de Berry. t.es principaux partisans de Jean Tronson, bourgeois ou gentilshommes, furent cités devant le roi; ils n'arrivèrent point toutefois jusqu'A lui, la plupart ayant été, chemin faisant, mis secrèlement A mort, soit par la noyade, soit par la potence (1U6). Ces dissensions se renouvelèrent, en 1&G8, A propos du doyenné de la cathédrale que se disputaient deux concurrents ; mais elles n'eurent point la même gravité ; un arrêt du parlement de Paris termina l'affaire, en déclarant subreptice la bulle du pape Paul II qui avait jeté l'interdit sur le clergé de la ville. Nous intercalerons ici un fait assez curieux. En 1A61 , le duc de Bourgogne avait renoncé aux droits qu’il pouvait prétendre sur la succession de Jean Germain. Ce prélat, d’abord évêque de Nevers et plus tard de ChAlons-sur-Saône, chancelier de la Tuison-d’Or et ambassadeur de France A deux conciles généraux , était né serf et mort dans la même condition : malgré son origine, il avait disputé, dans le concile de Bâle, la pré.séance aux comtes de l’Empire ainsi qu'aux électeurs-souverains d'Allemagne , et , sans s'inquiéter des prescriptions de la Bulle d'or, y avait même fait prendre rang au duc de Bourgogne immédiatement après l'Empereur et les rois.

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La capitale du Nivernais eut un moment à craindre, an commencement du XVI* siècle, les mêmes excès auxquels la soldatesque s’était livrée dans ses environs, sous le règne de Charles VII. Les échcvins , elTrayés des menaces que leur faisaient les lansquenets, arrêtés au Four-de-Vaux et à Saint-Jean-de-Lichy, se liêtèrent de leur fournir des vivres afin de les éloigner ( 1522 1. Trois ans après, ils mirent la ville en état de défense contre les Italiens du comte de Bellejoycuse , par lesquels Decize avait été prise d’assaut; le guet fut doublé , et les compagnies bourgeoises restèrent longtemps sur pied. François 1”, en 1536, visita Nevers et logea BU chélean; l’année suivante, sa femme, Eléonore d'Autriche, y passa lors de son voyage en Provence. Le prédécesseur de François I", Louis XII , s’était également rendu dans cette ville, en 1508, avec Anne de Bretagne que les liabitants avaient revue dans leurs murs, en 1511. Leur commerce et leur industrie étaient déjà tri^-florissants , et l'on pouvait présager l'essor qu'ils prendraient à la fin du siècle '. Mais de fréquentes mortalités, portant la désolation et le deuil dans toutes les familles, suspendaient ou entravaient cette marche ascendante de prospérité. Nous en dirons queiques roots avant de toucher aux guerres de religion. Un ne compte pas moins de cinq pestilences à Nevers, pendant le cours du xyr siècle : la première se prolongea de 1516 à 1519; la seconde de 15^ à 1527; la troisième de 1530 à 1531 ; la quatrième se déclara en 1565 et dura dix-huit mois; la cinquième décima les habitants, de 1581 A 1583. Celle de 1516 fut si terrible, que presque tous les habitants abandonnèrent leurs foyers; celle de 1530 chassa aussi tous les nobles et les officiers de justice de la chambre des comptes; les deux contagions de 1565 et 1581 ne sévirent pas avec moins d’intensité , et les échevins, pour dissiper le fléau, curent recours au vau de cire, consistant en une chandelle roulée autour d’une roue de bois qu’on offrait à genoux devant l’autel de la chapelle du marché , dediée à saint Sébastien.

Au XII* siècle, lu secte des vaudois avait trouvé dans lé Nivernais et surtout à Nevers et à la Charité de nombreux prosélytes. Le clergé même de la capitale du comté n’échappa point à la contagion des idées nouvelles ; l’archevêque de Sens et les évêques de Nevers, d'Auxerre et de Meaux, formant une espèce de tribunal , citèrent devant eux les hérétiques ; parmi ceux-ci figuraient Bernard , doyen de la cathédrale, et Renaud, abbé de Saint-Martin. On renvoya le premier absous, mais le second , dégradé de la prêtrise , finit ses jours dans les cachots de l’abbaye. En 1198, la persécution prit encore un caractère plus cruel à Nevers : pinsieurs chefs de la secte des vaudois y expièrent leurs croyances dans les flammes des bûchers.

Jusqu'au xvi* siècle, rien ne troubla plus l’unité de bi foi ; mais les principes de la réforme religieuse commencèrent alors A se répandre parmi les habitants de Nevers. L'évêque de cette ville, Jacques Spifame, favorisait la prédication des doctrines de Calvin. Pendant les fêtes de Pâques, un jour que, dans l'église de Saint-Cyr, il administrait la commnnion aux fidèles , il prononça ces paroles :

1. L*éUblissciDcnt de la première imprimerie de Nevers est de 1535; le titulaire du brevet se nommait Jean Lenoir. — En 1560, il ; avait beaucoup de fontes dans le voisinage ib' la ville; It^ Itourgeois , effrayés de la cberté du bois occasionnée (lar celte industrie , demandèrent an rot la suppri*srion t>i démolition «le toutes les forges, cc qui leur fhi accordé.

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Rreoii la Jtgure du corps de Jésus-Chrisl , ou liou de la foritlulc ordinaire prescrite par le rituel. « Mentiris impudenlistime, tu mena errrontémeut ! » s'écria le doyen du chapitre, Fraii(ois BuurgoiriK, qui assistait à la cérémonie; puis ce prêtre, emporté tout à fait par la colère, lui ferma violemment la bouche avec le poing. Le scandale fut grand parmi les lidèles. A la faveur du tumulte provoqué par cette scène, le prélat sortit de l'église. Jacques Spifame ne tarda pas h se retirer à Genève, après avoir résigné l'évèché de Nevers en faveur de son neveu Giles ( 1559] ; il avait été appelé au siège épiscopal , en 15^7, par le roi Henri II. C'était un homme d'un grand savoir, d'un esprit rare, mais inquiet, versatile, enclin è l'intrigue; avant d'embrasser l'état ecclésiastique, il avait été maître des requêtes au parlement, conseiller d'Ëtat et chancelier de l'université de Paris. Jacques Spifame vivait depuis longtemps dans la plus grande intimité avec Catherine de Gasperne, femme d'un procureur au Chélelet: cette passiun le porta, bien plus que ses convictions , disent ses biographes, à se faire protestant. Il se maria à Genève avec sa maîtresse, dont il avait eu un garçon et une fille; mais un de ses neveux ayant contenité, devant le parlement de Paris, la légitimité de la naissance de ses enfants, il lit un faux acte de mariage, daté d'une époque de beaucoup antérieure, pour leur donner gain de cause. Plus lard, une intrigue ourdie avec la cour de France, auprès du laquelle il voulait rentrer en gréce, l'ayant fait traduire à la barre du conseil de Genève, comme coupable de trahison, ce faux acte fut découvert dans ses papiers. Dès lors, on résolut de le punir d'un clUllimcnt exemplaire ; écartant le crime vrai ou supposé dont il était accusé , on le condamna à mort pour adultère : il eut , en effet, la tète tranchée, le 23 mars 1566.

Les habitanis de Nevers, pour la plupart catholiques zélés, s'étaient roonircs hostiles à la réforma religieuse. I.e nouvel évéqiie, Giles Spifame, et son clergé les soulevèrent sans peine contre les calvinistes. Ceux-ci fournirent un premier prétexte è la malveillance de leurs ennemis, en se réunissant, le 23 mars 1561 , pour célébrer la cène, sous la direction d'un ministre de La Ch.vrité, Jean de la Planche, ancien bénédictin de Saint-Pierre-lc-Moùtier. L'Église opposa à celte manifestation une procession générale , dans laquelle l'évéque , vêtu de scs habits pontihcaux, et les échevins en robes rouges se montrèrent au peuple. Il y avait là une menace, qui se traduisit en voies de fait, le lendemain de la Pentecôte, à l'occasion d'une nouvelle réunion des rcligiounaires, au nombre de trente-cinq : une grêle de pierres, lancée par un peuple fanatique, assaillit les vitrages du prêche, et il ne fallut rien moins que l'intervention du grand bailli , Antoine de Flamarens, du licutenant-générni Rapine de Sainte-Marie et de Guy Coquille, procureur fiscal du duché, pour rétablir l'ordre. Le duc de Nevers, François 1" de Clèves , inclinait pour les calvinistes et ne dissimulait pas ses sympathies. Il envoya dans sa capitale le sieur de Giry, lieutenant de sa compagnie, pour les protéger; mais ce seigneur, ardent catholique , les poussa aussitôt à une infraction , d'ailleurs sans importance, afin d’avoir un prétexte pour sévir contre eux : tous à l'exieption de neuf, qui gagnèrent les cliamps , furent désarmés et jetés dans la prison municipale. Le duc, indigné, intima à son lieutenant l'ordre de les mettre en liberté.

Les élections communales approchaient; elles eurent lieu le 6 octobre. Les ca-

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tholiqucs repoussèrent violemment les protestants de l'assemblée des élerteurs et prononcèrent la destitution des magistrats municipauv connus pour leur attachement à la réforme. Un échevin , frappé par cette exclusion , s'efforça vainement de rappeler la majorité au rcs|iect des lois. On le poursuivit de crissi menaçants, qu'il alla tomber mort de frayeur sur le perron de l'hôtel de ville. L'arrivée du duc & Nevers rendit quelque calme à la ville ; de nouveaux désordres, cependant, éclatèrent bientôt sous ses yeux; et cette fois ce fut è la personne même de son gendre et è sa propre fille, le marquis et la marquise d'isie, que s'en prit l'émeute. Les deux époux, pour n'avoir pas craint d'aller au prêche, furent assaillis de coups de pierres. Ces actes de violence irritèrent tellement le duc, qu'il défendit à la multitude de s'assembler dans les rues, sous peine, pour tout contrevenant, d'ètre pendu sans forme de procès. La proclamation de François de Clèves porte la date du 6 décembre 1561.

On se fatigue à suivre l'histoire dans tous ces détails sans rencontrer un seul fait important. La persécution ne s’est jamais relâchée à Nevers, mais au moins elle n'y a point fait beaucoup de victimes. I.a municipalité catholique prend toujours part collectivement , ou dans la personne de queli|ues-uns de .ses membres , aux vexations oq aux violences auxquelles les rcligionnaires sont exposés, dès que la tolérance du gouvernement ou l'intervcnlion du duc cesse de les protéger. L'n de ces magistrats, Guillaume Tenon, court avec le peuple à la porte de la ville, pour la fermer et cmpéi hcr les protestants de rentrer dans leurs foyers, au retour du prêche hors des murs. Quelques jours après, les chanoines et les prêtres en armes, d'accord en cela avec les échevins . introduisent dans la place un capitaine du parti catholique, Chevenun, qui, avec d'autres gentilshommes, s'empare de tous les postes, et, de sa propre autorité, défend l'exercice du culte réformé. Le roi, instruit des troubles de Nevers, y dépêche le sieur de l.a Fayette. Celui-ci s’entend â meneillc avec les catholiques pour opprimer les malheureux calvinistes; ils sont cluissés de la ville, et leurs ministres traînés dans les cachots du monastère de Saint-Étienne. L'un d'eux , l.saac de la Barre, succombe sous le poids des mauvais traitements: son corps, promené sur un tombereau, est jeté ensuite à la voirie. La municipalité frappe d'une contribution de guerre de cinq cents louis ceux des rcligionnaires qui ne se sont point encore éloignés , malgré la violence de la persécution. D'un autre côté les chanoines de Saint-Cyr lui offrent une partie de leur argenterie. Avec ces ressources on équipe un petit corps de cavalerie et trois compagnies de gens de pied pour guerroyer au dehors contre les hérétiques; en effet, les capitaines de la ville poussent leurs excursions et leurs ravages jusqu’à Uecize , pillent le château de Druy, et ramènent des prisonniers dont quelquesuns sont pendus. Telle était la situation de Nevers , lorsque Boisaubin vint , au mois d’août 1563, en prendre le gouvernement au nom du duc, et procurer quelque répit aux calvinistes. François de Cléves étant mort, deux ans après , son snccesscur, Louis de Gonzague , par .sa fermeté et sa sagesse , mit enfin un terme à tous les troubles. Celte période de modération fut marquée par la nomination de Guy Coquille aux fonctions de premier échevin de la cité (1568). C'est vers la même époque que les habitants de Nevers et de La Charité défirent les Sancerrois & Saint-Thibault.

Le poignard de la Saint-Rarthélemy ne frappa pas im seul homme à Nevers. Cependant cette ville adhéra à la sainte-union et jura d’en soutenir la cause entre les mains de son évéque , Arnaud Sorbin. Nous avons sous les yeux une lettre signée Senault, et portant la date du 3 mai 1589, laquelle fut adressée aux Nivernais, pour stimuler leur zèle un peu tiède, u par les gens tenans le conseil général » de la Ligue à Paris. Il les exhorte à « estre constants et à persévérer en la sainteunion en laquelle il son entrez , considérant que hors iTiccellr, U n'y a point de salut, soit au ciel, soit en la terre; » il les engage surtout à ne pas se « laisser séduire par les artifices du seigneur de Nevers. •> Cette missive n'eut point l'eifet qu'en attendait le conseil général de la Ligue ; les échevins l'envoyèrent i Ix)uis de fionzaguc en lui renouvelant l'assurance de leur fidélité au roi. Après la mort de Henri III, le due de Nevers obligea l'évèque Arnaud Sorbin à rétracter des paroles séditieuses qu'il avait dirigées, dans un sermon, contre sa politique naodérée et contre la personne du nouveau roi. Louis de l'ionzaguc étant allé ensuite , avec une partie de ses vas.saux . ulfrir ses services nu Béarnais, la capitale de son duché, entraînée par son exemple, arbora l'étendard royal. Arnaud Sorbin, luiméme, lors de l'abjuration de Henri IV, rompit avec la Ligue; et telle fut la confiance qu'il inspira au roi, qu'en 1595 il fit partie de l'ambassade de Rome. Ix)uis de Gonzague fut un des hommes d'état et des capitaines les plus illustres de son temps. Il mourut à Nesle, le 22 octobre 1.595. Se trouvatit à Paris avec sa femme Henriette de Cléves, en 1.588, il y avait fait, de concert avec elle, « un acte de fondation pour marier, chaque année, soixante fiths dans le Nivernois. » Cette Iwnnc œuvre reçut son accumpli.ssemcnt jusqu'à la Kétolution, comme nous l'apprend Pauteur de l'Art de vérifier les dates.

Charles II de Gonzague hérita des domaines de son père et de son gouvernement de Champagne; mais il n'en eut ni la modération , ni les vertus. Nous passons sous silence ses premières campagnes et son ambassade à Rome , étrangèTes à cette histoire, pour arriver à la nomination des députés de la province du Nivernais aux états-généraux de 1615. Il y eut, d'abord , une réunion générale des mandataires des parois.scs, en u»e salle basse du château de Nevers, où parurent « monseigneur le duc , madame la duchesse et messieurs leurs enfants » , sur une estrade « élevée de quatre man hes >. Le sieur de Blanchefort, seigneur d'Asnois, « représentant le maréchal de Nivernois, et ayant une épée richement estolTée de perles et de pierreries, croisée sur ses deux cuisses siégeait, ■ un dègré plus bas , aux pieds des dits seigneurs , duc et duchesse ». I,a noblesse était a.ssise derrière la chaire ducale; les échexins de la ville de Nevers occupaient un banc à gauche : ces derniers portèrent la parole au nom du tiers-état. Après cette réunion préparatoire, on se transporta à l'hôtel de ville pour y procéder aux élections. Parmi les députés élus, nous ne distinguons aucun homme remarquable. Le duc de Nevers, esprit ambitieux et remuant, avait pris une grande part aux intrigues de la cour. Dans l'année même de la réunion des états, il donna le signal de la guerre civile en accueillant le prince de Condé dans son gouvernement de Champagne et en lui faisant ouvrir les portes de .Mézières a coups de canon [ février 1615). Depuis, il figura au premier rang dans toutes les révoltes et tous les actes d'hostilité des princes contre Marie de .Vlédicis. En 1616, il leva des tronpes

on 5’en prend à ses échcvins; ils répondent pour leurs administrés, de leur fortune et de leur corps. Plusieurs sont poursuivis, traqués, emprisonnés. Ces violences inspirent à la bourgeoisie une telle crainte et un tel dégoût, que personne ne veut plus se charger des fonctions municipales. L'intendant de la généralité est obligé de se rendre à Nevers pour y faire procéder, sous ses yeux , à une élection forcée : quatre notables citoyens sont choisis et contraints d’accepter l'échevinage. C'est au milieu du mécontentement profond des Nivernais que survinrent les troubles de la Fronde. Pourtant la ville ne remua point, soit qu'elle appréhendât de nouveaux malheurs, soit qu'elle se sentit contenue par la main vigoureuse de Roger de Rabutin, comte de Bussy, lieutenant-général de la province.

Ce seigneur, alors malade, s'était fait transporter à Nevers sur un brancard pour y prévenir par sa présence toute tentative de révolte. Bien loin de prendre part aux entreprises des frondeurs, la ville fournit trente-deux mille rations de pain à l'armée royale ( 1652 ). Il y avait depuis longtemps à Nevers des usines métallurgiques : en 1665, .\ntoinc Champion établit dans ses environs une manufacture de fer-blanc. I.es progrès de l’industrie ayant fait sentir la nécessité d’un tribunal de commerce, les plus notables citoyens furent autoris('-s à choisir parmi enx on juge et des consuls (fl 10). Mais tandis qu’on dotait Nevers de celte utile institution, on dépouillait sa municipalité de ses privilèges les plus précieux. Iji création d’un oRîce de maire, en 1692, bien qu’à la demande du duc on l'eùt réuni, en 1707, à la .seigneurie de Nevers, était déjà une première atteinte à la constitution communale. On alla plus loin, en ce qui touchait l’ancienne juridiction des échevins : ils avaient perdu, depuis l’ordonnance de Moulins, la connaissance des affaires civiles (t566); ils sévirent eidever successivement celle d(“S causes criminelles et des délits de police. Il ne leur resta , en définitive , que la proclamation du ban des vendanges ( 1G >3-1727 1.

C’est assez nous arrêter à d’arides détails ; passons à de plus agréables souvenirs. La ville de Nevers , qui ne pouvait plus tirer aucun lustre de scs seigneurs décourounés nu étrangers à son existence, dut tout à coup une gloire nouvelle à ^ un pauvre artisan. Adam Billaut était né à Nevers , ou dans Ses environs, en 1602 : ses parents lui firent apprendre l’état de menuisier ; il s'y appliqua pour vivre . mais son esprit ne pouvait s'enfermer dans ce cercle étroit. Il avait le sentiment et l'in.spiration innés qui font les poètes. Ses premiers essais, faibles sans doute, mais accueillis avec bienveillance par l'abbé de Marolles, pendant son svijour à Nevers, en 1636, et encouragés par les princesses de Gonzague, Anne et Marie, furent suivis d’œuvres plus parfaites. On admira ce génie inculte qui devait tout à la nature et rien à féducation : Adam Billaut devint célèbre sous les noms de Menuüier de i\ever$ et de Virgile au rabot. Le cardinal de Hicbclieu voulut le voir, et lui donna un vertement neuf, une pension de cent écus et une somme d’argent pour s'acheter une maison. Des princes, de grands seigneurs, lui promirent beaucoup dans ce premier moment d'enthousiasme , et l'oublièrent bientôt : malgré le succès de ses deux volumes de |ioésies, les Chevilles et le Villebrequin, il vécut toujours dans un état de médiocrité ; et sa famille dut plutôt l'existence à son travail manuel qu’à son génie poétique. Il mourut le 19 mai 1062. Ij's lettres étaicid alors en honneur à Nevers, grâce surtout au goût IV. 31

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BOURBONNAIS. —BERRY. - NIVERNAIS, des bonnes éludes que l'enseignement du collège, confié aux jésuites, d’abord en 1573, puis, une seconde fois, en 1006, avait répandu parmi ses habitants. Ün dota richement ces pères, et on n’eut point lieu de s’en repentir. Sous leur direction , le collège s’éleva à une haute prospérité , et compta parmi ses professeurs le célèbre père Bougeant. Gresset , ce poète si fin et si élégant, y fut régent de rhétorique ; c’est à Nevers qu’il composa son poème de Vert-Vert, dont il fit la lecture à la supérieure des Visitandines; l’abbesse, en femme d'esprit, en rit beaucoup. Le couvent des Visitandines avait été fondé, en 1690, par M. de Chiteau- Kegnnuld, baron de Lange, et par un marchand nommé Bouriat.

Le seul acté par lequel Nevers s’associa aux événements politiques ou militaires du xviii* siècle fut la construction d’un arc de triomphe en l'honneur du roi Louis XV, après la bataille de Fontenoy*. On demanda à Voltaire une inscription en vers pour ce monument; quoique son génie l’efit fort mal servi dans cette circonstance. l'illustre poète reçut de la ville un don de cciit louis. Le IV mars 1789, les mandataires des trois ordres de la province se réunirent en assemblée provin cialc, dans l’église des Kécolicts k Nevers; ensuite, chaque ordre délibéra et nomma séparément ses députés aux états-généraux. Le tiers-état, dans la rédaction de ses cahiers, fit preuve d’un remarquable esprit de liberté : il demanda à .ses représentants « de rester unis à tous les autres députés du tiers -état, comme formant la partie essentielle et intégrante de la nation. > On ne pouvait avoir un sentiment plus élevé de l’unilé nationale. Pendant les jours de la terreur, le conventionnel Fouché de Nantes vint en mission à Nevers, érigé en chef-lieu du département de la Nièvre. Il y fut suivi par les représentants Collot d'HeVbois et La Planche, qui signalèrent leur passage par un trait déplorable de vandalisme. Le 26 avril 1793, ils firent brûler, au pied de l’arbre de la Liberté, tous les papiers des seigneurs du Nivernais. Les flammes dévorèrent aussi soixante charrettes de documents précieux pour l’histoire. Le consulat et l’empire ne léguèrent d’autre souvenir è Nevers que le passage par cette ville, du premier consul Bonaparte, le 0 pluviûse an X. Le jeune chef de la république française fut logé à l'évèché.

Nevers s’élève en amphithéâtre sur le penchant d’une colline et sur la rive droite de la Loire, au confluent de la Nièvre: l’ensemble en est pittoresque, aperçu de la rive gauche ; mais presque toutes les rues, tracées sur une pente rapide, sur un terrain inégal, sont étroites et en général mal percées. On arrive à la ville par deux grandes routes , celle de .Moulins et celle de Bourges. Sur la Loire est jeté un pont de vingt arches, lourd, mais fort solide; une longue et large chaussée en pierres le relie k lu ville, du cété de Moulins ; des maisons trèshautes et régulièrement bâties bordent les quais. Il ne reste plus des vieux murs antérieurs à l’enceinte de 119i que de rares vestiges encastrés dans les terrasses de l’ancien couvent des Oratoriens , ou bien épars dans quelques jardins particuliers ; en revanche, on voit encore presque partout les murailles de Pierre de Courtenay, ainsi que la plupart des tours rondes et crénelées dont on les flanqua au XV* siècle; mais ce ne sont plus que des ruines; des trois portes du Crou, de Nièvre et de la Barre, celle du Croux, la seule qui subsiste, peut donner une idée assex exacte de ce qu'étaient les fortifications avant la découverte de la poudre à canon.

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Le châleAn et la Cathédrale de Sainl-Cyr attirent de loin tes regards, par leur situation dans la partie culminante de la ville. Saint-Cyr offre à l’observateur un curieux sujet d’études : la nef et le portail septentrional remontent au xii< siècle, le chœur au xiii*, le portail du midi an xv* ; la tour, carrée et chargée de statues et de sculptures , ne date que de 1509 è 1528. Des vitraux admirablement coloriés et de magniflques tapisseries de haute lice, sorties, dit-on, des mains de la comtesse Marie d’Albret et de celles des dames de sa cour, décorent le chœur de l’église ; à droite et à gauche du mattre-autel, on remarquait avant la Révolution les tombeaux en marbre du comte Jean de Bourgogne et des ducs François de-> Cléves et Louis de Gonzague. Le château rappelle l'histoire de Gérard de Nevers et de sa maîtresse , la sage et belle Euriant, racontée par un trouvère du ziii* siècle ; il forme une des façades d’une place spacieuse, construite en 1608, par le due Charles II de Gonzagne, sur le modèle de la place Royale de Paris ; le parc sert de promenade publique, depuis 1767, et les batiments renferment les tribunaux. Parmi les autres monuments de Nevers, nous citerons l’église de Saint- Étienne ; les beaux débris de Saint-Sauveur et de Saint-Genest ; la bibliothèque, où l’on peut consulter neuf mille volumes ; le collège , fondé en 1520 , dont le premier régent fut Jehan Arnolet, connu par un traité d’orthographe et des poésies latines; les casernes, l'arsenal, l’hétel de la préfecture; et enfin, dans la me de la Parcheminerie , la maison d’Adam Billaut.

Il y avait autrefois à Nevers, cité ducale, une chambre des comptes, un bailliage auquel ressortissaient les vingt-quatre châtellenies du Nivernais, une élection et deux maîtrises des eaux-et-foréts, l’une pour le roi , l’autre pour le duc. L’évéché était suffragant de Sens, il l'est actuellement de Sens et d'Auxerre: son domaine temporel comprenait, en 1789, les châtellenies de Prémery, d’L'rzy et de Parzy ; mais on en évaluait à peine le revenu A vingt mille livres. La ville n’avait pas moins de onze paroisses : nous avons déjà parlé de ses hépilaux , de ses antiques abbayes et de ses nombreux monastères ; nous ajouterons , ici , quelques mots sur ses manufactures de fa'ience, les plus anciennes du royaume. Cette industrie, rapportée d’Italie par les ducs de Nevers , y avait été d’abord trèsflorissante ; quoique singulièrement déchue, vers le milieu du dernier siècle, elle faisait subsister encore beaucoup de monde. « La faïence de Nevers , ■ dit Expilly, « se compose de deux espèces de terre, dont l’une est appelée (erre blanche ou terre fine , et l’autre est une (erre jaune .- l'une donne la beauté et la finesse, et l’autre la force. » La capitale du Nivernais est aujourd'hui le siège de la préfecture de la Nièvre ; la population du département dépasse le chiffre de 305,000 âmes; l’arrondissement en compte seul plus de 93,000, et la ville renferme près de 14,000 habitants. Elle a une société centrale d’agriculture, sciences et arts, et une chambre consultative des manufactures; on y fait le commerce du bois de construction , du vin , du sel , du cuir, de l’acier, du fer, des chaînes et enclumes, des émaux, de la faïence et de la porcelaine, et des caisses â eau pour la marine; ses principaux établissements industriels consistent en des fabriques de gros draps, des fa'ïenceries , des verreries, des manufactures de porcelaine, des fonderies de canon, des ateliers pour construction de machines à vapeur et de mécaniques â filatures , des fabriques de câbles en

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au BOüRBONNÀts. — hERRŸ— Nivernais.

fer destinés aui navires , des corderies , des fabriques de chandelles , de colle forte et de cordes à violon , des brasseries et des tanneries.

Iji biographie de Nevers est assez riche : il nous suffira de mentionner Gviliaume llapine, lieutenant-général au bailliage de cette ville, l’un des rédaclmrs de la Coutume du Nivernais , et député aui états de la province, en I53t ; Càarlat fie Lamoignon , qui suivit Alciat à Ferrare , où il prit le bonnet de docteur, en 1513, et que Charles IX, après la Saint-Barthélemy, désigna comme seul capable de remplacer le chancelier de L'Uospital, en cas de décés; Destrappet, docteur en droit civil et canonique, conseiller au parlement de Paris , porté par Henri IV au siège archiépiscopal d'Auch; t'torimond Rapine , député auz élala-générauz de I6U, rédacteur du journal de leurs séances; Jacquet Carpentier, lieur de Mnrigny, poète railleur et piquant , dont le poème du Pain bénit eut un grand succès k la cour; Rapine de Sainte-Marie , auteur de Jétut momrant, ouvrage digne de Fénelon ; Claude Gentil, prédicateur; Snvageon, qui, dans son Analo~ taie françaite et son Traité det plut céUbret médicamentt chimiquet . lit avancer de quelques pas la science de l'anatomie humaine et la pharmacologie ; Moquot et Potier, tous deux savants philologues; enOn, le fougueux révolutionnaire Pierre-Gatpard Chaumeite, procureur de la commune de Paris, mort sur l'échafaud, le 13 avril 1795. Nous n'avons pas besoin de rappeler le nom d'Adam Bitlaui, l’illustre et populaire artisan de Nevers. M. Ferdinand Wagnien, avocat distingué de cette ville , vient de publier une nouvelle édition des oeuvres du Virgile au rabot, précédée d’une notice biographique par M. Ferdinand Oenis. Cette édition, imprimée avec un soin et un luxe remarquable, est la plus belle et la plus complète que nous connaissions. '

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