‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 45 sur 120 · LA CHARITÉ-SUR-LOIRE · texte numérisé non relu

LA CHARITÉ-SUR-LOIRE

A l'endroit même où est aujourd’hui située la ville de I.a Charité , s'élevait autrefois un bourg appelé Sir ou Seyr, dont les habitants se convertirent au christianisme vers le viii* siècle. Un .seigneur, nommé Rollon, y bâtit un monastère, lequel , après avoir été saccagé par les Sarrazins, fut reconstruit par Pépin, puis renversé de nouveau et abandonné définitivement ; les terres appartenant â l’église d’Auxerre furent inféodées par elle aux comtes de Nevers et de La

1 . Dont Boiiqnet. » De Thou • HUtoire univerêelU. —Bazin , Oùtoirt de Louit Xtll. — Fleary, iJiMtoire ecctéeiattifjue. — Pariiiuntier, Histoire abrégée de la province de Nivernais. Ms6. ^ Clanile-l.oiiiN Dollts, IW'nédit'lin , Histoire du Nivernais. Mm. — Guy Coquille, Histoire du pags et duché de Nivernais, t6tS. — Mémoires du due de Nevers. — Étienue Guyol Salnte-flt^ • lène, Notices nivemaites , t vol. in-8. — Louis de Sainte-Marie, Reekerehes historiques sur Nevers. — Née de l.:* Rochelle, pour servir à l'histoire et à la statistique du dé-

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Marche. A la fin du xi* siècle seulement , le prieuré au pied duquel devait naître la ville fut fondé, avec la permission de l'évéque du diocèse, par un moine de l’ordre de Cluny, nommé Gérard. L'église nouvelle devint bientôt une des succursales les plus importantes de Cluny, et prit à son tour le rang d'église-roère. Grèce aux bénéfloos et aux donations que lui attirait sa réputation de sainteté, elle put fonder des abbayes, dont elle choisissait les prieurs , jusqu'en Angleterre, en Portugal , et même en Orient. Ce monastère immense semblait naturellement appelé à être le berceau d'une ville : le pape Pascal II, ayant affranchi les terres dont il était environné, beaucoup de marchands venaient s'y établir, et la charité bien connue des moines y attirait, en outre, une affluence considérable de malheureux. C'est là même, à ce qu'on prétend , l'origine do nom de la ville, et ce qui fait comprendre le signe héraldique des armes du monastère : Irait boursrr d’or tira rt ampadontiért de même sur an champ d'amr. En 1174, les religieux achetèrent de Guy, comte de Nevers, le flef de l.a Charité, moyennant cinq cents marcs d'argent , sans compter divers présents offerts à la comtesse. Ils firent le même marché avec deux autres seigneurs , pour avoir le 6ef entier, et achetèrent leurs droits mille sols à l'un , et cent livres à l'autre. La ville , croissant rapidement , ne tarda pas à se livrer au commerce ; mais les marchands par lesquels elle était fréquentée , venant du Midi ou Nord , y déposèrent les germes de l'hérésie des Albigeois. Le mal empira tellement, que l'évêque d'Auxerre, Hugues de Noyers, surnommé le Harleau des héréliquet, y crut sa présence nécessaire: il accourut en toute héte , convertit et chassa un grand nombre de sectaires. Sa vigilaiure ne put toutefois étouffer complètement la contagion , et il appela à La Charité, pour achever son œuvre, l’archevêque de Sens, Pierre de Corbeil, et les évêques de Nevers et de Meaux. Ces prélats prirent ensemble des mesures énergiques : il fut réglé que toute personne suspecte d'hérésie serait inhabile à la prêtrise.

Dans le cours de ce sièide, la paix dont jouissait le couvent fut interrompue deux fois par des dissensions intérieures. Le prieur Guillaume, obéissant aux injonctions de l'abbé de Cluny, voulut contraindre les moines à se libérer de leurs dettes envers les Templiers; ceux-ci, mécontents, le déposèrent, sous prétexte qu'il était en même temps prieur de Sézannet, et élurent a sa place Geoffroi, fils d’Hervé, comte de Nevers et baron de Donzy. L'abbé de Cluny se rendit sur les lieux afin de rétablir la discipline ; mais les religieux refusèrent de le recevoir, et quand il se présenta aux portes du couvent, il fut attaqué, renversé de son cheval et forcé de se réfugier dans la maison d'un bourgeois. Le nouvel abbé, s’enfermant alors dans le monastère, invoqua l'assistance du comte de Nevers, et fit fermer les portes de la ville pour que l'abbé de Cluny ne pdl en sortir. Celui-ci lança vainement l'interdit contre les moines ; vainement le chapitre général de l'ordre, accouru à son aide, demanda qu'onj'admit dans la ville ; l'intervention même du pape Innocent III ne put ramener les rebelles. Enfin, Philippe-Auguste ayant ordonné trois fois au comte de Nevers de marcher sur La Charité et de soumettre les moines par la force, Hervé, quoique à contre-cœur, obéit aux ordres de son souverain. Geoffroy, revêtu des habits sacerdotaux , se porta processioonellement au-devant de lui, à la tête de ses religieux. Hervé, dans la crainte

M ÈOÜRËOKNaIS. - BEËËY. — NIVERNAIS,

de profaner les saints ornements, évita la rencontre du prieur, et, faisant un détour, pénétra avec ses gens dans le monastère par une porte de derrière, qifil Bt enfoncer; il déposa Geoffroy et réintégra Guillaume Les religieui s'adressèrent au pape, et pour toute réponse en reçurent une bulle où on lit ce passage : c Que par la suite vos vertus éclatent d'autant plus devant les hommes, que vos désordres les ont plus scandalisés. » Jusqu'alors, cependant, la nomination du prieur avait appartenu è l’abbé de (Sony ; la maison-mère lui présenta , depuis , une liste de quatre candidats, parmi lesquels il choisissait le prieur de La Charité ( 1307).

Quelques années après cette révolte, en 1370, les moines eurent avec l'évèque d'Auxerre, Érard I.«signes, de graves démtiés au sujet de la justice du couvent. la première fois iis obtinrent gain de cause, en réclamant, comme leur bourgeois , un derc nommé Guillaume d'Orléans , que le prélat poursuivait on ignore pour quel délit. laur seconde tentative fut moins heureuse : il s'agissait d’une femme suspecte d'hérésie , que l'évèque voulait interroger et dont les moines refusaient de se dessaisir, comme ayant seuls tonte juridiction sur elle. I.'archevèque de Sens et l’abbé de Cluny intervinrent : il hit décidé que la femme serait livrée au prélat, auquel un moine de La Charité demanderait è genoux pardon, au nom de tous ses confrères, en le suppliant de lever l’interdit jeté sur le couvent; que les morts inbnmés pendant tout le temps de ces défenses seraient déterrés ; que l'évèque leur donnerait l'absolution , et que leurs cercueils resteraient exposés à l’air, durant le sermon et l’office dits è leur intention dans l’église de Saint-Pierre. Le traité fut exécuté de point en point ( 1378 ).

Malgré cet exemple de soumission à la discipline religieuse , le prieur de La Charité n'en avait pas moins droit de justice sur les bourgeois , ses vassaux , du moins dans les affaires criminelles ; droit qui , d'ailleurs , lui fut reconnu par le bailli même de Saint-Pierre-le-Modtier. Quant aux affaires civiles, elles étaient du ressort du prévèt. Ce prévôt, dont la puissance égalait celle du prieur, contrôlait encore les deniers communs, et nulle somme n'en pouvait être distraite sans son consentement. Il est impossible de préciser l'époque à laquelle La Charité eut une commune : on sait seulement que la charte d'affranchissement est antérieure à l'année 1313, puisque la garde de la ville appartenait alors aux bourgeois , et que ni le comte de Nevers ni le prieur ne jouissaient du privilège d'y introduire des hommes d'armes. Les bourgeois, en outre, nommaient des éclievins et percevaient le péage par terre et par eau. En 1350 , ils se liguèrent avec le comte Eudes de Nevers , qui élevait des prétentions sur la juridiction de La Charité et qui leur avait promis de les affranchir, preuve qu'ils n'étaient pas encore complètement libres. Il s’ensuivit, entre le prieur et le comte, un conflit que le roi de ' France , auquel en avaient appelé les moines , termina en prenant la ville sous sa dépendance immédiate; le comte Eudes n’en eut que la garde. Les bourgeois, plut d’un siècle après ce conflit , egrent un autre démêlé avec le prieur, au sujet d’un procès pendant A la prévôté de Sancoins, dans lequel étaient mêlés les intérêts de la ville et du couvent. Le prieur refusait aux habitants la permission de se réunir pour se concerter; ils s'adressèrent è Charles VI , qui , par lettrespatentes , enjoignit au prieur de leur permettre de se rassembler, < toutefois que besoin le seroit; > en cas de refus de sa part, le bailli de Saint-Pierre devait

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