‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 46 sur 120 · LA CHARITÉ-SUR-LWRE. M · texte numérisé non relu

LA CHARITÉ-SUR-LWRE. M

accorder cette permission et présider lui-méme cette assemblée. Les bourgeois purent alors activer le procès ; la sentence rendue régla déOnitivement leurs rapports avec le prieur, et agrandit les libertés communales ; elle leur garantit le droit de se rassembler sans permission aucune, et quand bon leur semblerait ( 1M9).

Après la bataille de Poitiers, Charles V, alors Dauphin, ordonna aux religieux de mettre La Charité à l'abri d’un coup de main , en réparant les fortiGcations de la ville et du château. Les soldats du roi de Navarre surprirent néanmoins la place, dans la nuit du 18 octobre 1361, et en tirent le rentre de leurs opérations contre le pays d'alentour. Charles V envoya contre eux son frère, Philippe-le- Uardi , à la tète de vingt-cinq mille lances ; celui-ci les ayant réduits à capituler,

Gt démanteler la ville , pour la punir d'avoir traliqué avec les Navorrais ; et ce ne fut que sous le règne suivant que le bailli de Saint-Pierre-le-Modtier permit aux bourgeois de relever leurs remparts. En l ‘itO, Charles VI allant assiéger Bourges, en compagnie de Jean, duc de Bourgogne, traversa M Charité avec une armée de cent mille hommes. Après l'assassinat de Montereau (H19), les fortifications nouvellement construites de La Charité tentèrent les Bourguignons ; ils pan inrent à s'introduire dans la place, et en confièrent le commandement A Périnet Grasset, seigneur de Lamothe-Josscrand , lequel se mit aussitôt à rançonner les habitants et surtout les moines de l'abbaye. Le prieur le fit excommunier par le pape, mais le gouverneur n'en tint aucun compte; il ne céda qu'en tâSI aux armes du Dauphin, et reprit même bientôt possession de la ville, à l'approche du roi d'Angleterre, Henri V, dont les troupes étaient supérieures en nombre. Périnet, pour la seconde fuis maître de l.a Charité, refusa de livrer la places la comtesse de Bourgogne, sa siueraine. Ni le duc d'Albret, en IV29, ni CharlesVII lui-méme avec l'appui de Jeanne d'Arc, en lUO, ne purent le contraindre A l'évacuer. Le roi, à qui le traité d’.Arras en avait assuré la possession, l'en nomma gouverneur perpétuel ; il l'y assiégea vainement en lâAO, et pour l'en faire sortir, se vit enfin obligé de lui donner sept mille huit cents livres.

Les habitants de l.a Charité eurent beaucoup à souffrir des guerres de religion.

Un grand désastre ouvrit, pour ainsi dire, cette ère de calamités. En 1559, un incendie s'étant déclaré dans le dortoir des novices, se communiqua au prieuré, et de là se répandit sur la ville : la nef de l'église, les grands et les petits cloîtres, riiabitation des officiers du monastère, et deux cents maisons de La Charité, devinrent la proie des flammes. Au milieu des ravages de l'incendie , on entendit , s’élever des chants religieux en langue vulgaire: c’étaient les calvinistes qui, déjà nombreux dans la ville , assistaient à la destruction du prieuré en chantant les psaumes de Clément Marot. Après la découverte de la conjuration d'Amboise, des huguenots étrangers vinrent demander un asile à leurs frères de cette cité , qui allait devenir une des places fortes du protestantisme. D'abord les calvinistes de La Cliarité vécurent en bonne intelligence avec les catholiques Lorsque les deux partis crurent la commune existence menacée par la guerre , ils s’entendirent même pour confier le commandement de la ville à Amédée de Laporte d'Vssertieux et à Jaucourt de Deux-Lyons, gentilshommes protestants du Berry, en prenant toutefois la précaution de leur adjoindre quelques gentilshommes ratlioliques du Nivernais, Ensuite , protestants et catholiques députèrent vers

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Charles IX un bourgeois nommé Lëjay, aHn de le prévenir que leur intention, à tous, était de maintenir chez eux la liberté des cultes Lejay, au lieu de voir le roi , SC rendit chez de Mouy, oIRcier de l’amiral de Coligny, auquel il proposa de livrer la place. L'offre fut acceptée par de Mouy, qui s'empara de La Charité pendant que les catholiques étaient à la messe; mais il ne put-empécher ses soldats de saccager les églises et les couvents 11561 ). I.es gentilshommes catholiques voulurent prendre leur revanche; leur tentative échoua, grAce à la vigilance d'Yssertieux : ils allèrent alors se joindre au seigneur de Castres, dont les troupes ne montaient pas à moins de quatre mille cinq cents hommes, et revinrent investir La Charité. Les assiégés étaient sur le point de signer avec eux une capitulation honorable, lorsque les soldats catholiques, désobéissant A leurs chefs, enfoncèrent les portes et firent irruption dans les rues. Les habitants se sauvèrent, les uns en escaladant les murs, les autres en franchissant la Loire a la nage. Bientôt arriva le maréchal de Ijifayette, gouverneur du Nivernais; loin de calmer l'cffencscence , il ordonna une procession publique , à laquelle tous les halvitants durent assister, sous peine de la potence, et il fit en outre piller les maisons suspei tes.

(Juand le maréchal de Lafayette eut quitté l.a Charité, la ville passa successivement entre les mains de deux gouverneurs qui rançonnèrent impitoyablement les calvinistes, (’.cux-ci ne tardèrent point A entrer en communication avec leurs coreligionnaires retirés à Entrains, ville du Donziois et refuge général des huguenots de la province. Dans la nuit du 2 mars 1563, de Mérille, leur chef, pénétra dans In place par escalade, et usa de représailles envers les catholiques, A celte nouvelle , les troupes du duc de fiuise „ empruntant des renforts aux garnisons de Nevers, de Cosno, d'Auxenv, de Gien et de Bourges, accoururent sous le commandement du duc de ChAtillon. .Mais de Mérille, avec soixantesept hommes seulement, rcSista aux trois miHe soldats des assiégeants, Jnsqu'A ce que ChAtillon, rappelé en Normandie pour joindre ses troupes A celles du roi, se vit foix-é de lever le siège. Ce ne fut qu’après le traité d’Amboise, que, 1.0 Charité étant rendue au roi, les religieux reprirent pos.session de l'abbaye.

De nouvelles calamités vinrent encore fondre sur les malheureux habitants de La Charité. I.a paix de Longjumeau n'avait fait que suspendre pendant quelque temps la guene civile, lîn 1568, le prince 'Wolfmng de Bavière envahit le Nivernais, à la tête de vingt mille lansquenets, et, avec l'aide des calvi cistes, réussit aisément A surprendre la ville. Les Allemands s'y portèrent à toute sorte d'excès envers les catholiques, sans distinction d'Age ni de sexe : ceux-ci, liés par douzaines A des perches et précipités dans la Loire y trouvèrent la mort : d'autres, plus malheureux encore, furent écorchés ou enterrés tout vivants; les religieux du prieuré périrent tous par le fer ou par la faim ; bref, le pillage , l'inrendie, le meurtre, ne cessèrent que lorsqu'il n’y eut plus rien à enlever dans la ville ni peisonne à tuer. Le maréchal .Vniie de Sanzac, envoyé par le duc d’Anjou, voulut reprendre une position si importante; le 6 juillet 1569, il arriva sous les murs de la ville avec sept mille fantassins, quinze cents chevaux et quinze pièces de canon. Dès quels brèche fut praticable, il s'y précipita; mais repoussé avec perte, il perdit dans cet assaut ses plus braves oHiciers.'Un mois

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«prè$, il fut contraint de se retirer devant des renforts ronduits par Blosset et que grossirent encore des réfugiés d'Oriéans. La Charité devint alors un lieu de ralliement pour ies calvinistes, qui faisaient chaque jour des sorties et répandaient au ioin ia terreur dans toute la province. C'était, après La Rochelie, une de leurs plus fortes places de sdreté ; elle leur fut cédée, pour deux ans, par le traité de Saint-Germain (ooùt 1569).

Sur la foi de ce même traité, Louis de Gonzague, escorté d'une troupe d'IUiliens, entra, le lendemain de la Saint-Barthélemy, dans la ville de lü Charité et y vengea, sur les protestants, le deroier massacre des catlioliques. Iji place resta entre les mains du roi jusqu'en 1575 ; elle fut, à cette époque , livrée aux calvinistes, en vertu de la trêve du 22 novembre ; enfin la paix de Monsieur la fit tomber nu pouvoir du duc d'Anjou ( 1576). Lu duc avait confié la garde de La Charité h Un calviniste, Jacques de Morogues; celui-ci eut recours 5 ses coreligionnaires de Sancerre et désarma les catholiques. Il soutint ensuite un siège contre Monsieur, qui, au mois d'avril 1577, investit la ville avec une armée de vingt mille hommes. Au bout d'un mois Jacques de Morogues demanda à capituler et obtint des conditions favorables : il sortit de I>a Charité l'épée nu rrtté , tandis que le duc d'Anjou y pénétrait par l'ouverture dont on a fait depuis la por/n de la Brèche. Le duc de Nevers, auquel le prince laissa le commandement de la place, y établit pour ^touvemeur un gentilhomme du nom de Doys, lequel fut chassé par son lieutenant. Ce dentier se mit aussitôt à rançonner indifféremment les protestants et les papistes ; mois un bourgeois catholique , appelé Robeiin , eut la hardiesse de le saisir à la gorge, au milieu même des siens, et le conduisit en prison, menaçant de l’étouffer s'il se refusait à le suivre. La Charité fut encore inquiétée par les soldats du duc de Nevers et les arquebusiers d'un sieur de Saint-Aubin ; les lins battirent forcément en retraite, sans avoir pu commettre aucun dégôt; les autres furent taillés en pièces par le régiment du duc de Hochefort (1587). A la mort de Henri de Guise , les Charitois ayant embrassé le parti de la Ligue , se contentèrent d'expulser leur gouverneur, « homme de bien, mais plus propre A dire son chapelet qu'à manier l’épée, » et qui avait voulu donner passage aux troupes do roi de Navarre (1588). La lutte religieuse prit bientôt fin dans leur ville ; les bourgeois purent sans crainte vaquer à leurs affaires et renouer leurs opérations commerciales.

La réaction contre les idées de la réforme ne se manifesta que par l’érection de ' plusieurs couvents; quant au prieuré, il recxiuvra, sinon son ancienne puissance, du moins son ancienne richesse. Les noms les plus brillants des xvii' et xviii* siècles figurent sur la liste de ses derniers prieurs : nous y trouvons un Richelieu, deux Colbert, un Latour d’Auvergne, un fjirochefoucauld, et en dernier lieu l'abbé, depuis cardinal de Bernis.

Louis XIII passa deux fois à 1^ Charité , accompagné du cardinal de Richelieu (1612-1630). Pendant la Fronde, Bussy-Rabutin, dont on connaît les façons cavalières et bravaches, voulut y loger ses troupes chez les habitants, en dépit des franchises municipales. Les éclievins s'y refusèrent et firent prendre les armes au peuple ; mais effrayés bientôt des menaces et des apprêts militaires de Bussy, ils demandèrent à composer. L'auteur de ï Histoire ammweust des Gaules., sin- IV. 32

DiqitiZfitUiï C^Oglc

aso BOURBONNAIS. — BERRY.— NIVERNAIS,

géant Édouard III d’Angleterre, consentit à pardonner sous la condition que six bourgeois lui seraient livrés pour être pendus; six bourgeois, en effet, se dévouèrent, mais il leur pardonna gracieusement. Cette clémence, préparée sans doute, lui réussit d’ailleurs à merveille , ses troupes furent accablées de cadeaux, et il reçut, en outre, cinq cents pistoles pour ses officiers et deux mille livres pour l’aider à faire le siège de Montrond; plus, dix mille boisseaux de blé et vingt mille rations de pain qu’il envoya à l’armée du roi (1652).

A ce curieux épisode se termine l’histoire de La Charité. Il ne reste plus actuellement d'une ville, dont l’importance et la célébrité ont été si grandes, que de vieux murs et de vieux monuments : les remparts , qui chaque jour tombent en ruines, sont encore beaux à voir, entourés de tours rondes cchancrées par le lierre. Quant à la cathédrale, fondée au vi° siècle par le premier prieur du monastère et consacrée, au xii', par le pape Pascal II,. c'est encore un des chefsd'œuvre de l'architecture religieuse en France. Elle devait être immense et divisée en cinq nefs, puisqu'elle a encore cinq portes, dont quatre bysanthics, ornées de bas-reliefs comparables à tout ce qiie l'art bysantin offre de plus remarquable ; sa forme est celle d'une croix latine que terminent cinq absides entourant le chœur ; les ornements et les chapiteaux des colonnes appartiennent au style roman.

La Charité, dont la population s’élève à près de 6,000 âmes, fait aujourd'hui partie de l’arrondissement de Cosne. Bêtie sur une colKne en amphithéâtre , cette place dominait la plaine du cété des tertes par ses murailles, et pouvait d'un autre cété intercepter la navigation de la Loire, au moyen de ses deux ponts que rattachait l'un à l’autre une Ile fortifiée et sise au milieu du fleuve. La ville est aujourd'hui entourée de forges, auxquelles elle sert d'entrepét; il s'y vend beaucoup de fourrages et de grains. Nous citerons parmi les hommes célèbres que La Charité a vu naître, Macer ou Mathieu, moine du xv* siècle, qui a traduit la Bible entière en vers français; Bertrand de Chasnay, théologien, auteur d'un livre intitulé: la Sainte Curiosité ; le général Lespinatte, dont le nom est glorieusement inscrit dons les fastes de la Révolution et de l'Empire ; et M. Hyde de Neuville , ministre de la marine sous la Restauration. '

DONZY.

Donzy était autrefois le siège d'une baronnie et la capitale du Donziois, petite contrée, qui, d’abord indépendante du Nivernais, y fut déOnitivement réunie,

1. Orderic Vlul. — Gallia CAr<*fiano. — Lebeuf, Bistoire d" Auxerre. — Parmentier, Bittôire mamuerUe det évéquu de Never». — Secoiuse , Ordonnance» de» roi» de France. — Froissart.

Honslrelet. ~ Sisroondi « Bi»toire de» Françai». ~ Beniot île Cliaraut , Hittoire de La CAa*> rité. — >Théodo«e de Bèze. — Charles de Lacretelle, Bi»toire de France pendant le» guerre» de religion. — Mémoire» de RiLsay-Rabiitin. — Fr. Née de I.,a Rochelle, Mémoire* »ur le départe^ ment de la ;VtVrrr. — Mérimée , Voyage dan» le midi de la France. —, Victor Hugo , Littérature #1 phüotophi» miléets «

DON Z Y. âSl

lorsque ses barons devinrent comtes de Nevers. Le pays continua cependant, après cette réunion, de relever de f évêché et du bailliage d'Auxerre, comme s'il eût fait partie de la province de Bourgogne. Il nous serait dilficile de démêler la véritable étymologie de Donzy dans ces diverses variantes: Dominicus, Donciacitm, Domiciacum, Domicilium , Dyonisium, Donzeium. Guy-Coquillc adopte Dyonisium et le fait dériver du nom d’un chevalier romain appelé Dionysius, lequel aurait établi une colonie romaine sur cet emplacement vers l'année 2*10 de Jésus- Christ ; mais cette supposition n’est conOrmée par aucun témoignage historique, ni par aucun vestige de l'antiquité. Quoi qu’il en soit , Donzy, dès le vi* siècle, était une paroisse qui ne tarda pas à acquérir assez d'importance pour que ses habitants fussent placés sous la protection d'une enceinte murée et d'un chAteau ; la ville ou plutôt la bourgade s'éleva et se développa insensiblement entre le prieuré de Notre-Damc-du-Pré et la rivière de Noain.

Geoffroi , HIs de Geoffroi. de Semur et do Mathilde de ChAlons, et neveu de Hugues, comte de ChAlons et évêque d'Auxerre, est le premier seigneur du Donzlois dont le nom nous soit connu. Enfermé dans le château de Loches par Foulqucs-Nerra , auquel il avait fait une rude guerre, iCy fut étranglé, en 1307.- GeolTroi eut pour successeur son flis aîné, Hervé 1*' ; son Accond fils, Savaric de Vergi , devint la tige des seigneurs de ce nom, per son mariage avec Elizabeth, fille de Gérard de Vergi. En 1055, Hervé I" donna l’église du Vieux-Donzy A l’abbaye de Cluny. Il eut un fils , Geoffroi II , qui hérita du comté de ChAlons en 1093 et le vendit, dix-neuf ans après, au moment de partir pour la Terre-Sainte,

A son oncle Savaric de Vergy (1112). De retour de ce voyage, le baron de Donzy se retira dans un cloître, où il rhournt sans laisser de postérité. Ij\l baronnie passa ensuite A Hervé II, mort vers 1120, et A son fils Geoffroy III. On a vu, dans notre notice sur Sancerre, comment Hermesende, fille de ce dernier seigneur, fut ravie par Etienne, comte de Sancerre, et devint sa femme. Geofrrni eut quelques démêlés avec Louis VII , roi de France, qui lui enleva Cosne, l'une d(» sept châtellenies du Donziois, et avec Guillaume III, comte de Nevers, qui détruisit de fond en comble Châtel-Censoir, autre châtellenie de la baronnie. Hervé III, déjà seigneur de Donzy, de Saint-Aignan et de Gien, du chef de son frère Geoffroi et de celui de sa sœur Hermensendc, y ajouta, par son mariage avec Mathilde, tout le Perche-Gouel. En recherchant imprudemment l'allianc» du roi d’Angleterre, il souleva contre lui Louis VII et Gui, comte de Nevers : tous deux ravagèrent le Donziois , mirent le siège devant sa capitale, s’en emparèrent le Il juillet 1170, et en firent raser le château. Hervé sm^vécut longtemps A cette guerre, puisque nous le voyons, en 1187, ratifier les donations faites par un de scs trois fils, Gauthier, au prieuré de Notre-Dame^Iu-Pré. L’ainé de ses enfants, Gutllaumc-Goclh, ainsi appelé du Perche-Gouct, suivit le roi Philippe -Auguste A la Terre-Sainte, et y périt au siège de Saint-Jcan-d’Acre sans laisser de postérité (1199). Sa baronnie et ses autres domaines furent recueillis par scs deux frères Philippe et Hervé (1191-1194).

Hervé IV, célèbre par son courage, ses talents et ses succès militaires, défit Pierre II, comté de Nevers, près de l'abbaye de Saint-Laurent-de-Cosne, et le fit prisonnier le 3 août 1199. Il n’en épousa pas moins .Mahaut de Courtenay, fille de

c« seigneur, par la médiation de Philippe-Auguste. Enl2IG.il fonda, près de Donzy, le prieuré de l’Epenu , sous la dépendance du Val-des-Choux. Hervé, du chef de sa femme, liérita du Nivernais, de l'Auverrois et du Tonnerrois, probablement en 1218 : il mourut , assurc-t-on , empoisonné à Saint-Aignan , environ cinq ans après (1223). Sa fille Agnès apporta le Bonziois en dot, à son mari. Gui de r.liétillon , comte de Saint-Paul, et en eut un fils. Gaucher (1 22.5- 1250), lequel ne laissa point d'enfants , et une fille , Yolande P*. Uu mariage de Yolande avec Archambaud X, sire de Bourbon , naquit Mahaut II , qui succéda à sa mère dans les barounies de Donzy et du PercluvGouct; à sa bisaïeule Mahaut I", dans les comtés de Nevers, d'Auxerre et de ronuerre, et à son père dans la sirerie de Bourbon (I25i-12G2). Cette princesse épousa Eudes, fils de Hugues IV, duc de Bourgogne ; clic en eut Y'oiandc II, h laquelle échurent les baronnies de Donzy et de Riceys avec le comté de Nevers ; et deux outres filles qui se partagèrent l'Auxerrois et le Tonnerrois (12G€-1276]. Enfin, Yolande II ayant fait passer la baronnie de Donzy et le comté de Nevers sous l’autorité de son second mari, Robert III , comte de Flandre (1271 ), ces deux Oefs demeurèrent unis depuis ce temps jus(|u’au xvi' siècle '.

Aiirès de longues contestations entre les héritiers d’Engilbert de Clèves, comte de Nevers, un partage de famille, conclu é Roanne, le 1” juillet 1525, donna la baronnie de Donzy, moins ChâtelCensoir, à Charlotte d’Albret. et, par suite, è son mari, Odet de Foix. A la mort de Claude de Foix, leur fille unique, que deux mariages ne purent rendre mère, le Donziois fit retour François de Clèves, premier duc de Nevers (I5i0). Ce fut cct illustre prince qui obtint, du roi, l'érection de la baronnie en duché-pairie et son incorporation définitive au Nivernais (février 1553).

Les historiens du comté ne nous di.scnt pas ce que devint Donzy pendant les guerres du xiV siècle. A en juger par les indulgences dont le pape Urbain V gratifia l'église de Notre-Dame du Pré, en 1364, pour y attirer les aumônes des fidèles cl en assurer la réparation, les Anglais avaient dd passer par là. En 14.34, les troupes de Cbarics VH assiégèrent Donzy, la prirent d'assaut et la détruisirent presque entièrement. La vieille cité fut alors abandonnée par ses liabitants , qui , passant le Noain, vinrent se grouper autour de l'église de Saint-Caradeuc, htMie par Hervé I", au pied du rocher sur lequel le château barannial avait été reconstruit dans les premières années du siècle précédent. Ayant obtenu du roi la concession d'un octroi pour subvenir aux frais de la ronstruction des remparts, ils entourèrent lu ville nouvelle d'une enceinte murï-e. D’un autre côté, févôque d’Auxerre les autorisa à construire une succursale, qui subsista jusqu’au commencement du xviir siècle, époque à laquelle on transmit à Saint-t'airadeuc le titre d’église paroi.ssialc : néanmoins Notre-Dame-du-Pré fut toujours regardée comme l'rglise-ntère et muUrestc de la ville et paroisse de Donzy ; et c'était là que les habitants étaient obligés , malgré l'éloignement , d’aller célébrer les jours de grande fête. Louis XI vint dans cette petite capitale en 1478. Le compte des dépenses occasionnées par sa visite, nous apprend que la ville de Donzy avait alors

t. L'aluHcr iitonéiairo du Douziots fui |>etidaiil lunglcn)|n> éüibli à Gion ; lorsque celle vülc ftU réunie ù la courumie, les barons de Donry perdirent le dnûl de battre monnaie.

DONZV. m

deséchevins etdes syndics; elle jouissait, enelTel, depuis le xii* siècle, de quelques fraïu'liises communales. En 1569 , les huguenots surprirent Donzy, pillèrent les églises et y mirent le feu ; ils avaient commencé à démolir la collégiale, lorsque l’idée leur vint de la enusener pour y établir le prêche. Onze prêtres furent massacrés dons le cimetière des Chevaux, et la dévastation de Notre-Dame-du-Pré réduisit les moines du prieuré à la plus grande misère. Ue là , les calvinistes, faisant des incursions dans les environs, ruinèrent le hameau de la Brosse et le prieuré de l'Epeau. Us furent entin contraints d'abandonner la ville. Plus tard, Donzy s'attira encore de nouveaux malheurs, en se déclarant pour la Ligue et en s'obstinant à ne pas reconnaître Uenri IV. Elle fut aussi au nombre des places du Mvernais qui, pendant les troubles de la minorité de Louis XIII, tombèrent au pouvoir du maréchal de Montigny [1616].

Le Donziois, pays fertile, entrecoupé de montagnes, de forêts, d'eaux courantes et d'étangs, avait, d'après Expilly, environ vingt-quatre lieues de superficie: U est aujourd’hui en grande partie enclavé dans le département de la Nièvre : quelques cantons cependant se trouvent dans le département de f Yonne. Louis I”, comte de Nevers , établit à Donzy un bailliage dont la juridiction s'étendit sur les sept châtellenies du fief, et qui fut reconstitué par Louis XI , roi de France ; il relevait, pour les ras ordinaires, de celui d'Auxerre, et, pour les cas royaux, de celui de Yilicncuve-le-Hoi. Cet état de dépendance, fort impatiemment supporté , devint le sujet de longs et vifs débats, auxquels la révolution de 1789 mit enfin unr terme. Le Donziois était régi par les coutumes du Nivernais, bien qu’il fût en deliors de son administration judiciaire : ses députés, après avoir été deux fois appelés à participer à la codJllcation de ces lois locales (1Y62-1531), furent également convoqués par les ofiieiers du bailliage d'Auxerre lorsqu'on s'occupa, en 1561 , de la rédaction des coutumes de l'.Auxerrois.

Le duc de Nerers , seigneur de Donzy, prit le titre de prince de Donzy jusqu'en 17-21. Les établLssemenls monastiques de celte ville ont disparu avec son bailliages le portail, les nefs et le clocher de l'église de Notre- Dame-du-Pré, subsistent pourtant encore en partie. On voit aussi quelques débris du donjon et les restes des murs de sa double enceinte, sur le rocher qui domine Ja ville. Le Donziois est riche en mines de fer et fertile en blés et en vins; on estime surtout les crus blancs de Puuilly, dont le parfum est très-agréable. La population de Donzy, qui s'élève à 3 ou i,000 âmes, fait le commerce du bois et du fer. '

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