CLAMECY
mecy ; efle se rapporte au procédé évidemnient nuMleme du l>otta|;c en radeaux ou train» , v'est-à-dire en bois réunis et liés ensemble par des branches flexibles qu'on appelle roueths ou étoffes. Sainct-Yon, qui écrivait en 1610, parle dans les termes suivants de cette in(;énieuse et importante découverte ; « Le premier qui a fait venir du bois flotté du pays de Morvan en la ville de Paris , a été Jean Kouvet, marchand bourgeois du ladite ville, lequel, en l'année 15Y9 seulement, trouva l'invention en retenant par écluses, ès saisons plus commodes, les eaux de petits ruisseaux et rivières qui sont au dessus de Cravant, de leur donner la force, en les laissant puis après aller, d'emmener les bûches que l'on y jette à buis perdu jus«|u'audit port de Crevant, où on les accommode par trains sur la rivière d'Yonne, en la sorte qu'un les voit arriver en ladite ville de Paris. »
On comprend difflcilemenl qu'en présence d'un témoignage aussi prréis, l'invention des trains ait pu être contestée à Jean Kouvel. Cependant l'esprit ilc controverse, en s'emparant de ce sujet, n'a pas laissé de produire aussi des citations et des inductions spécieuses k l'appui de sa thèse. Les uns ont fait honneur de la première application du flottage en trains à René Anrault, qui, vers l'an 1560, obtint de Charles IX des lettres-patentes ayant pour principal objet d'écarter les obstacles qu'opposaient les immunités féodales a la complète exécution du nouveau mode de transport des bois destinés à l'approvisionnement de Paris. D'autres se sont armés d'une lettre de félicitation et d'encouragement adressée par Henri IV à un sieur Salonnier de Moulins-Engilbert, pour rapprocher davantage encore la date de celte précieuse invention en la lui attribuant. Une dernière allégation, enfin, celle de l'antériorité du flottage en trains sur le procédé du flottage à bûches perdues , a été émise pour trancher le débat. Mais cette allégation, n'est pas seulement dénuée de vraiscniblance, elle ne heurte pas seulement toutes les données historiques, conformes à bi tradition du pays : il est inexplicable qu'on ait osé la produire malgré l'objection qu'y avait faite, plus de cinquante ans d’avance, l'auteur de l'exccUent article Train qu’ont inséré Diderot et d'Alembert dans leur Encyclopédie. « La construction d'un train, dit-il, a été inventée par Jean Houvet, en 15V9, mais bien différente de ce qu'elle est aujourd'hui. Il n'y a pas plus de quatre-vingts ans qu'à Clamecy on inventa les nega (nages, nageoires) pour conduire et guider les trains... Ce qui prouve qu'on ise flollail point en trains avant 16Y9, c'est que, par ordonnance rendue au parlement de Paris , le dernier juillet 1521 , c. Ixj , art. 1 , la Cour ordonna à tous marchands de /aire charroyer en diligence, aux portes de Paris, tout Ut boit qu’ilt avaient de coupés, a peine de 500 livres d'amende. — Dés 1527, on amenait du bas de la rivière d'Yonne, sur les ports de Clamecy, Collange etChàteau-Censoy," des bois que l’on ciiargeait sur des bateaux. Coquille , en son Hittoire du Nivernais, fait mention, en parlant de Clamecy, que la rivière d'Yonne portait bateau jusqu'en cette ville, et elle n'a cessé de porter bateau que lorsque le flutlage en trains a été inventé. On ne peut pas dire précisément l'année. Dès lors, on amena à bûches perdues des lx>is du haut de la rivière d’Yonne, de celle de Benvron et de Fozay ; depuis , on a même ronionlé plus haut , et l'on a pratiqué , à la faveur des étangs, de petits ruisseaux i|ui partent bois et affluent dans les rivières ci-dessus. *
C'est donc à bonnes enseignes que la compagnie du commerce des bois flottés en trains pour l'approvisionneraent de Paris , .si justement intéressée à consacrer tous les souvenirs qui riionurent.a pris soin de les faire constater dans les actes de son institution, en même temps qu'elle a adopté, pour son symbole, l'efTigie de Jean Rouvet , en la plaçant sur ses jetons et têtes de lettres. I.’cnsemble des documents administratifs qu'a réunis et coordonnés M. C. Pierre Rousseau , dans son estimable travail sur le eommerre des bois pour t approvisionnement de Paris, prête une autorité vraiment historique à retposition qu'il y fliit des détails techniques de cette branche intéressante de l'industrie nationale.
On supposera aisément quels durent être , à l'origine , le peu d'importance et les innombrables difflcultés de l'industrie qui assure aujourd'hui la prospt'rité de Clamocy. l.a fin et les moyens du flottage étant révélés par le géide de Jean Bouvet, il ne s'agissait plus que d’en étendre les premières voies en les améliorant. Toutefois , il s’écoula prés d’un siècle avant qu’on entreprit d'y procéder en grand. Ce fut François Damas de Crus qui en donna le premier exemple, et l’essai fut loin d’étre encourageant. Pour foire arriver à Clamery la moulée des buis qu’il possédait snr la commune de Saint-Kevérien , il ht creuser, depuis l’étang qui donne naissatice é l'.trun , jusqu’à la fuutaiuo des Umbrenux-, d'où coule le Beuvron , un fossé large seulement de six pieds. Tel fut , à son origine, ce canal que les habitants désignent sous le nom de la l'oie creuse , et qui a maintenant , dans le parcours d’un quart de lieue, plus de cent vingt pieds de large sur quatrevingts de profondeur. Un aerruissement aussi démesuré, et qu’on avait été si loin de prévoir, fut considéré comme une triste expérience , et comme un avertissement sur le péril qui peut naître de la déviation imprimée aux courants torrentueux du Morvan.
Ijb fait est que cette Foie creuse n’a pas été seulement fatale aux propriétaires qu’elle a envahis ; elle est demeurée un endroit extrémejnent dangereux pour les ouvriers qui dirigent le flot. Et pourtant son étendue progj'essive est venue du seul déplacement des terres que de simples précautions d’entretien eussent préservées du frottement des bûches et de la rapidité du courant. On peut aujourd’hui, avec toute vraisemblance, considérer le flottage comme dérmitivement flxé, tant sous le rapport de ses procédés d'exploitation, que sous celui des règles de son administration industrielle , et de son organisation au point de vue du droit et de l'ordre publics. Sa disposition en quelque sorte préliminaire consiste dans la désignation et affectation de lieux de dépdt pour chaque coupe de bois ; ils sont généralement clioisis sur le bord des étangs. Là , ou fait le départ de la coupe en charbonnages pour les forges du pays , et un moulée pour Paris. Deux fois l’an, en avril et en novembre, c’est-à-dire à l'époque où les eaux abondent, un dispose les bûches sur une ligne à portée du perluis de l'étang : à un signal donné, l’écluse su lève, et la moulée est jetée péle-inèlc dans le torrent. De distance en distance sont apostés des hommes armés de longs pieux terminés par un crochet de fer; ils empêchent que les bûches ne stationnent et ne s’amoncellent, ce qui ne manquerait pas de produire de grands désastres par le refoulement des eaux, surtout dans le voisinage suit de certains obstacles naturels, comme roches ou ravins , soit des travaux d'art, comme pertuis et aqueducs, dis-