‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 53 sur 120 · CLAMECY · texte numérisé non relu

CLAMECY

posés pour conduire la déviation du flot d'une colline à l'autre, lîn semblable amoncellement se fit, en 1835, dans la Voie creuse; le flot s'éleva en un instant à plus de cinquante pieds; l'inondation instantanée qui s'ensuivit atteignit quantité d'hommes et de bestiaux qu'on fut dans l'impossibilité de sauver.

Au confluont de l' Yonne et du Beuvron , qui se joignent au-dessous de Clamccy, où ces deux rivières apportent le flot de tous les points du pays, il a été établi un barrage où le bois vient s'an'èter doucement. Là, dans l'eau jusqu'à mi;Corps, quelle que puisse être la rigueur accidentelle de la température, des flotteurs de la ville saisissent cl lancent sur le rivage les bûches <|uc d'autres ouvriers trient et empilent selon la marque de la vente ; puis les lots sont disposés en radeaux ou trains. Il en part ainsi annuellement de six à sept mille, qui sont dirigi^ sur Paris par l'Yonne , puis par la Seine.

Nous n'avons plus, en finissant, qu'à nommer deux institutions récentes, qui témoignent du progrès social dans l'arrondissement de Clamecy : le Comice agricole , la Salle (t asile. Présidé depuis su création , en 1839, par le député qui consacre avec bonheur son activité et son influence au développement de toutes les sources de lu prospérité et du la gloire de ce pays , le Comire prend soin lui-même de tracer ses propres annales : là, dans l'avenir, les enfants de Clamecy et de l'arrondissement trouveront un fidèle et imposant répertoire des titres d'honneur des citoyens qui auront fait le plus çt le mieux pour l'avantage commun du pays. Neuf ans après l'établissement de cet institut , on a inauguré sur les bords du canal un très-bel édifice dont la cnnstniction n'a pas (muté moins de soixante mille francs ; il est [vartagé en deux corps ; l'un sert d'école mutuelle . l'autre de salle d'asile. Dans celte dernière, environ deux cents enfants peuvent être recueillis.

Plusieurs hoinincs célèbres sont nés à t'Iamej-y : Pierre Venelle, auteur des Prouesses de la chevalerie légère en Prance ; Koger de Piles , le seul i>eintre du Nivernais, et à qui l'on doit la Vie des peintres, né en 1635; Jean-Née de la Rochelle, né en 1 695, connu par quelques romans et des Mémoires pour servir à C histoire du Nirernais ; André Dupin, très-habile médecin , auteur de plusieurs ouvrages manuscrits, et maire électif de (Clamecy eu 1769 ; Chartes-André Dupin , fils du précèdent, né à Clamecy le 20 juin 1758, membre de l'Assemblée législative en 1791, du Conseil des .Anciens de 1799 à 1800, du Corps législatif jusqu'en I80i ; nommé avocat général à la Cour de cassation le 12 frimaire an vti, et souspréfet de Clamecy de 1815 à 18.30. Scs trois fils sont nés près de Clamecy, à Varij : ,V. André-Marie-Jean-Jacques Dupin, le 1" février 178.3; son frère, M. Charles Dupin , le 6 octobre 178'v ; et le plus jeune, M. Philippe Dupin, dont la perte prématurée a été si vivement sentie,- le 7 octobre 1795. Nous ajouterons à ces noms celui de Pierre Ducicquet, né en 1765, ancien professeur de l'université, un des collaborateurs du Journal ries Débals, où il a remplacé lieoffroy, et anieur d'une traduction d'Horace , dont le premier volume seul a paru. '

1. (ialtia chriitinna. — l.elHuif, Mtmoiret pour Cliiitoire d'Auxerre. —- Recueil det foriVni de la Franecy l. v, p. 719, et t. IX, p. 69i.-^Coqii!liü, nieloire du ISlvernai». — St'coufuc, Ordonnances itcs rois de France. — Parmentier , Histoire des évêques de JVevers. — Née fie la Hodielle, J/émo>re« pour -irri'ir n l'Histoire de Nivernais.

AGRICULTURE. — liSOUSTRIE. - COMMERCE. — CARACTfeRE. MOEURS. — IDIOME. — ANTIQUITÉS.

Ce que Guy Coquille a dit de l'agrégation politique du Bourbonnais s'appKqurrait, ce nous semble, avec non moins de raison à la constitution de son territoire : c'est , en effet , une véritable naarquetecie ; le terrain change d'un canton à l'autre, et parfois même un seul champ présente A l'agriculleur jusqu’à dix espèces de terres différenles. luette extrême diversité nuit l>eaucoup A la culture. En gém'-ral, la partie basse de la province, où les grandes rivières ont leur cours, comprend soit des terres argileuses, soif des terres fortes, arrosées parliculièrcmeut parla Rouble, la Sioule et la Rèbrc : une argile plus ou moins décomposée à sa surface, s'étend en vastes couches sur les hauteurs. I.'arrondissement de Montlucon, entrecoupé de coteaux et ele plaines, que baignent un grand neunbre de rivières et de ruisseaux , renferme quelques terrains incultes, appelés Hrandtt, et e)ù ne cretissent qeie des joncs, des genêts et des bruyères; mais partout ailleurs se succèdent alternativement les pleines ferres, les prés, les étangs, les «ignés et les bois. L’arrondissement de Aloulins est le plus boisé du département de l’Ailier : celui de Montlucon possède la belle forêt royale de Tronçais, qui seule occupe environ dix mille hectares. Le quinzième environ de l’arrondissement de Gnnnat est couvert de liois ; le reste se compose de terres noires très-fertiles. G'est dans le canton de Saint-Pourçain que commence le magnifique bassin de la Limagne et de l’Auvergne : là , sur im fond argileux , repose une terre forte et profonde, plus faible, il est vrai, dans les cantons montueux et boisés de Ghantelle et d’Ébreuil. Les aeddents du sol se dessinent encore davantage dans l'arrondissement de La Palisse, où les montagnes des cantons du Mayet et de Cusset se relient, par la chaine du Forer, à celles de la Ilaute-loire et des Cévennes; cependant ce dernier canton , le seul montueux à proprement parler, ainsi que celui de Varennes et la vallée de la Bi'bre , ont uti sol argilo<alcaire d’une extraordinaire richesse. L'essence dominante dans les forêts est le pin; il y réussit mieux peut-être que partout ailleurs en France, et acquiert une grosseur prodigieuse. Enfin , dans le canton du Donjon et une partie de celui de Jaligny, le terrain est tanlét argileux, tantôt sablonneux et pauvre.

Les produits agricoles ne sont pas moins variés que les qualités du sol dans le Bourbonnais. Les seigles viennent bien, ainsi que l'orge et l'avoine, soit dans les terres argileuses, soit dans les terres sablonneuses mêlées d’une mince couche de gravier sur un fond graniteux ; on y cultive aussi avec succès la pomme de terre, les graines oléagineuses, les arbres fruitiers et la vigne à raisins blancs, d’où l’on relire un vin très-estimé. Le blé noir est presque la seule récolte du

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canton de Cbevagnes. Les fourragea, graa et abondants près des rivières, le sont moins dans les pays de cotcaui, surtout en avançant vers les bois ; on récolte également dans le voisinage des cours d'eau une quantité considérable de froment d'excellente qualité. IX!S terres fortes favorisent la vigne à raisins rouges : les vins de Sainte Catberine et de Segange, ceux de Saint-Pourçain et de Chantelle, et le vin fumeux de Souvigny, out eu de la réputaliun au xvr siècle; aujourd'hui les vins de Saint-Pourçain souffrent sans difliculté le transport ; ceux de Chantelle et des rives de l' Allier, en remoiUant vers Billy, sont moins corsés, mais bons et agréables. Dans la région montueusc de La Palisse , Le .Mayet et Gannat , un recueille du chanvre et du lin, et surtout beaucoup de noix. Le sol léger du canton de Moulins se prête merveilleusement bien au jardinage : aussi la ville est-elle entourée de jardins potagers qui approvisionnent de légumes délicieux les départements limitrophes. Le mûrier s’est également acclimaté aux environs de Moulins; sa culture, trés-ective et très-importante avant la révolution, avait tellement déchu dans les premières années du xix* siècle, qu'é peine suffisait-elle à l'entretien de quelques vei's, dont la soie rivalisait avec les soies les plus belles du Midi.

Malgré les comices agricoles et l'exemple de quelques propriétaires riches et intelligents, la culture en est encore & l'enfance de l'art dans le Bourbonnais; les prairies artificielles s'y naturalisent difficilement, et les anciennes méthodes, maintenues par l'habitude, y .sont presque partout préférées ani nouvelles. Nous remarquerons, toutefois , après un historien de cette province, M. Coilficr Demoi-et (|u'il faut bien que la culture n’y soit pas entièrement négligée, puisque le pays produit au delà de la consommation de ses habitants , tout en comptant « beaucoup de terres médiocres, d'autres très-mauvaises, et seulement quelques bonnes parties. » La l'ace des bestiaux, naturellement chétive, s'améliore par le croisement avec les bœufs du Charolais ; il en arrive aussi beaucoup du Périgord et du Limousin , qu'on engraisse particulièrement dans les cantons de Bourbon et de Souvigny, d'où ils sont conduits, pendant l'hiver, aux marchés de Sceaux et de Poissy. Dans l'arrondissement de Montluçon , les propriétaires se livrent surtout à l'élève dus bestiaux d'exploitation. Quant à la race chevaline , elle laisse encore infiniment à désirer. Les brandes du canton de Lurcy-le-Sauvage nourrissent de nombreux troupeaux de moutons ; les garennes dTssel sont très-renommées ; et l'on pèclie d’excellentes truites dans les eaux claires et vives de la Sioule, en cet endroit de son cours , où après être descendue de Pont-Gibaud aux Mines d'argent, elle se creuse un lit entre des rochers à pic.

1-e Bourbonnais renferme des mines de charbon , de fer, d’étain , de plomb et d'antimoine ; des carrières de marbre veiné et de pierre à chaux. L'industrie minière a peu progressé, il est vrai, quoique les gisements métallifères soient assez nombreux. Parmi les houillères, celles de Fins et de Comraentry se présentent comme les plus importantes ; de nouvelles voies de communication ouvrent ù leurs produits de prompts et sûrs débouchés. La mine de ChAtel-Perron n'est pas exploitée , et cependant les échantillons ont rendu trente pour cent de fer excellent, propre à la fabrication de l'acier. Les forges et hauts-fourneaux de Tronçais, l’un des principaux établissements de ce genre, en France, ont été IV. , 36

BOrnnONNAlS. — BERRY. — NIVERNAIS.

foMcIi'-s dans l'hivnr dt> 1788 à 1789, par M. Rambourg, directeur des forges d'imlret, lequel vint camper au milieu de la forêt, avec cinq cents ouvriers; les forges de Reauregnrd datent de 1742 , et celles de Messarges de 1751 . Il y a , en oiilre, une verrerie de bouteilles à Souvigny qui suffit, non-seulement à la consonnnatiuii du Bourbonnais, mais encore aux demandes qu'on lui adresse de Paris cl de la ligne parcourue par la Ivoire ; une manufacture de verres et de glaces à Commentry, dont les produits supportent très-bien la comparaison avec ceux de Sainl-liobain et de Saint-Quirin ; une pap<;terie à Cusset sur le Sichon, et des coutelleries à Moulins, avantageusement connues depuis longtemps. L'Allier, rivière large mais peu profonde, n'est navigable que sur une longueur de trente lieues environ , en dv^cendant, et ù l'époque des hautes eaux. Le flottage y a lieu par radeaux , dont un augmente la charge au fur el à mesure de leur parcours et qu'on déchire à Paris ; o les objets ordinaires de transport sont les houilles, les vins, les bouteilles, les chanvres, les bois de charpente, de merrain et de chauffage, les charbons el les pierres. » Les exportations du Bourbonnais consistent surtout en bois, blés, bestiaux, laines, cuirs et charbon de terre.

« Il est peu de departements, disait en l'an xii le préfet Dalplionse, dans lesquels l'agriculture ait fait d'aussi faibles progrès que dans celui de l'Indre. L'indomptable routine repousse les préceptes, les découvertes, les expériences, sans examen, sans règle et sans autre réponse, sinon que ce n'est pas la contumniice. » La même observation pouvait alors s'appliquer au département du r.her; mais depuis celte époque la division des propriétés et l'accroissement de lu population ont exercé une heureuse influence sur la production agricole de tout le Berry : le dessèchement des marais d'Yèvre et de Contres , comme le remarque M. Fabre, dans son Mémoire statistique sur le Cher, ont rendu à la culture des étendues considérables de terrain. I-e sol du département, argilocalcaire,en sa presque totalité, est très-fertile, à l'est, portion du pays connue sous le nom de Val ; médiocre, au sud-est, pays parsemé de plus de cinq cents étangs ; mélangé au centre et sablonneux au nord , où s'étendent les vastes landes de la Sologne, des sables, des bruyères et des marais. Le département de rindre, comme nous l'avons dit ailleurs, présente trois zones principales: le Bois-Chaud, région entrecoupée de bois, de fossés et de haies; la Chiimpayne, pays plat; la Bronns, territoire pétri d'argile et de marne, où les marais et les étangs ont plus de surface que de profondeur, où les ruisseaux bourbeux qui s'y traînent n'arrosent pas les campagnes, mais les submergent, ne fécondent pas les prairies, mais les pourrissent. Le sol de l'Indre est d'ailleurs si varié, que les habitants en ont classé les terres en neuf espèces différentes , ainsi qu'on l'a vu dans notre introduction.

La charrue triangulaire, l'areau, sorte de charrue sans ferrement, avec laquelle un mesure è volonté la largeur et la profondeur des sillons, la herse, le rouleau composé d'un brancard et d'une pièce de bois longue de trois mètres, et enfin, depuis quelques années, les cJiarrues de Brie et de Beauce : tels sont les instruments aratoires le plus communément employés en Berry. Après avoir bei’sé les terres, on les fume, en y jetant les engrais portas, que le laboureur divise ensuite et éparpille à la main. Un répand la sumcnce par-dessus, puis ou la re-

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couvre pour Kvrcr passage h la clurrue. La niétliode en usage est de partager les terres en trois, quatre et six soles ou réagis, comme on dit dans le pays. I.a plupart des fermiers, auxquels les grands propriétaires conflcnt l’exploitation de leurs biens, et les colons ou métayers, sur lesquels ceux-ci se reposent du soin de la culture, n'ont d'ailleurs aucune des connaissances nécessaires aux agriculteurs: le procédé ne cliange jamais; ils ne savent établir aucune distinction entre les différentes espèces de terrain auxquelles ils ont affaire. Les fermes sc divisent en domaines, ou corps de bâtiment entourés d’une vaste étendue de terres labourables, comprenant un logis pour les colons, des granges pour les récoltes, et des étables et bergeries pour les bestiaux ; en borderies ou domaines sur une moindre échelle, dans lesquelles on ne se sert que d'une petite charrue ; et en locatures ou simples maisons rurales dont dépendent quelques terres

Quel que soit l’état d'imperfection où se trouve encore l'agriculture en Berry, les deux départements se sullisent à eux-mêmes, et produisent, en céréales, au delà de la consommation des habitatits. On y récolte du froment, du seigle, de l'orge, de l’avoine, de la marsèche et du sarrasin. Le froment de la Champagne contient plus de principes farineux et a plus de finesse que celui du Bois-Chaud. A ces végétaux il faut ajouter les pois , les fèves , les pommes de terre , qu'on ensemence dans une faible partie des terrains labourables; les châtaignes, trèsabondantes, surtout aux environs de iàaint-Amand ; et le chanvre, dont la cultui'c est universelle, puisque non-seulement chaque ferme, mais encore ciiaque maison, dans le voisinage des viiles, possède « sa chenevière autour de son jardin. » l.c jardinage a fait aussi des progrès sensibles ; les légumes viennent bien dans les anciens marais; mais, eu général, les arbres à fruits sont partout fort négligés. On évalue à environ vingt-neuf mille sept cents hectares l'étendue des vignobles des deux départements, dont le produit aniiuei s'élève, pour le Cher, à deux cent cinquante mille hectolitres de vin, et, pour l’Indre, à trois cent mille. Le procédé de vinilication est encore as.sei défectueux; néanmoins, quelques crûs ont eu utio grande réputation au moyen âge, et la conservent encore, en partie, de nos joui's. Le vin de Bourges se bonifie beaucoup en vieillissant; les vins rouges du Sancerrois, où la vigne est cultivée d’ailleurs avec beaucoup d’intelligence, sc rapprochent de ceux de Bourgogne; les vins blancs de cette contrée acquièrent sans peine le pétillant et le mousseux de ceux de la Champagne. On prise enfin ics vitis de Reuilly, de Menoux, du Blanc, de Thenay, de Chabris, de Valençay et du la Houstiëre.

Les prairies naturelles s'améliorent, se multiplient; et, chaque jour, les fourrages artificiels envahissent les jachères. De vastes forêts couvraient autrefois le sol du Berry : le nom même de la Sologne {Solutii Ligneum) , et celui de nombreuses locaiités, telles qu'Aubigny (Album Ligneum), Humbigny (Humus ligni), etc., témoignent assez de la justesse de cette assertion. Aujourd'hui, cette riche végétation ne revêt plus qu'une faible partie du sol dans l'Indre ; d'immenses bruyères croissent sur les restes des taillis incendiés par rinsouciance ou l'incurie des pâtres ; il n'existe, en général, que peu de bois en futaie. Dans le Cher, toutefois, une grande étendue de terrains sont encore couverts. On connait les masses considérables de buis, prcsi{ue continues , des cantons du Sancoins, de

la Guerche, de Nérondes, de Sanccrgues, d'Henrichemont , de la Ghapelle- D'Am-Gillon , de Vierion, de Saint-Martin, de CMrost, de ChAteaunenr, de Levet, de Saint-Amand, etc. Les essences dominantes, dans les deux départenn-nts , sont le hêtre , le charme , le bouleau , le chêne , l'aulne et le chAtaignier. L’orme croît, d’ordinaire, autour des habitations; on en donne les feuilles pour nourriture aux agneaux. Le frêne, le saule, le peuplier, le noyer, le tilleul , se trouvent dans les vallées et les enclos. Le terrain de la Sologne se prête merveilleusement bien au développement du pin maritime.

Il existait, avant la révolution, une race supérieure de chevaux berruyers ; ils étaient renommés du temps même de Henri IV, qui envoya à la reine Élisabeth de beaux chevaux provenant des haras du Herry ; ceux qu’on vendait à la foire de Sancerre n’étaient point inférieurs aux chevaux normands. Des remontes se faisaient dans la province, surtout pour les dragons et les hussards. I.e pays d'Issoudun fournissait, en particulier, d’excellents chevaux de trait et de main. Les réquisitions et les suppressions des haras eui-ent bientêt fait dégénérer l’espèce. Ces animaux sont aujourd’hui de petite taille, d’une encolure courte et trèsfournie; ils ont la tête grosse et pesante, le coi-ps bien fait néanmoins, et les jambes sèches et nerveuses. L’espèce des ânes n’est point remarquable ; les mulets, tirés en majeure partie des Deux-Sèvres, de la Vendée et de la Charente, servent, dans quelques cantons, au labourage. Le bétail abonde : il forme une des branches les plus importantes du commerce et absorbe , ainsi que l’éducation de l'espèce ovine, presque tous les soins des cultivateurs. Le croisement de la race indigène avec une race supérieure était cependant encore inconnu dans le département du Cher, au commencement même du siècle; l’intendant, M. de Trudaine, n'avait, en 1T76, importé que dans la campagne seule de Châteaurouv un troupeau de deux cents bêtes d'Espagne ; mais les laines de la province avaient déjà une gi*ande réputation , qu’elles ont consenée de nos jours. Quand on parle des laines du Berry, c’est surtout aux toisons tassées, fines et moelleuses des moutons de la Champagne, qu'on fait allusion; on a remarqué que tes sujets élevés dans cette zone du département de l’Indre perdaient toutes leurs qualités quand on les transportait dans le Bois-Chaud , où les moutons ont généralement une laine grosse et diire. Les chèvres ont considérablement multiplié, et l’on engraisse dans les fermes beaucoup de porcs et de volailles. Les bois et les landes fournissent assez de gibier ; lièvres, lapins, sangliers et chevreuils. On pêche dans les rivières, qui sont très-poissonneuses, le brochet, la carpe, le barbeau, le saumon , la truite saumonnée , etc.

L’exploitation des mines de fer du Berry date d’une époque très-reculée; elles gisent en plateaux , dispersés presque à la surface ; le hasard en fait souvent découvrir les filons, et leur minerai donne ordinairement une fonte très-douce, qu’on réduit en un métal pliant et nerveux A la fois. On trouve également dans le pays de la tourbe, de la marne, du grès; des carrières de pierre de faille, de pierre calcaire et meulière ; de la manganèse , de l’ocre ; de la terre à porcelaine , à poterie et à foulon ; des mines de houille ; quelques indices de mines d’argent , de plomb et de cuivre; du granit gris et noir, et des carrières de marbre veiné de rouge et de blanc. L’industrie, tout en ne progressant encore qu’avec une

eitréme lenteur, est représentée pourtant par de nombreuses manufactures de drapa et de chapeaux, des toileries, des blanchisseries , des papeteries, des filatures de laine et de coton, plus de soixante-seize forges et de trente hauts-fourneaux , des scieries,- des poteries, des coutelleries, des fabriques de verre et de salpêtre, des parchemineries , des corroieries, des tanneries, etc. Quant au commerce, l'exportation ne consiste qu'en produits territoriaux : laines, vins, bestiaux, chanvres, bois de merrain, fer et fonte, faïence, truffes, volailles, montons gras , etc.

Des éléments fort divers entrent dans la composition du teiTitoiie de l’ancienne province du Nivernais, dont on a formé le département de la Nièvre. Le sol est, en général, ingrat et de qualité inférieure. Dans le Morvant <ui ne recueille que peu de blé; mais, en revanche, le seigle, l'avoine et ((uelquefois le sarrasin donnent une récolte abondante. Les terres labourables, sur les bords de la Loire et de l'Ailier, produisent de bons grains; le terrain limoneux et calcaiie s'y montre très-favorable è la culture du froment, surtout dans la contrée des Amognes , dans celle des vaux de Montenaison et du val d'Vonne. D’autres cantons fournissent du métcil et de l'orge. L’ouest de la province a recours, pour les céréales, aux importations du Cher. Les progrès agricoles ont, du reste, été remarquables dans le Niveriuiis depuis la révolution : une grande étendue de terres en friche ou de péturages stériles, est aujourd'hui livrée i In culture; sur remplacement des marais desséchés verdissent de grasses prairies , et la vigne tapisse des rochers et des terres sauvages où ne croissaient autrefois que des brou.ssailles.

Les meilleurs pAturages se trouvent dans l’arrondisseinent de Clamecy ; il n'est pas toujours possible de les convertir en foin , et les bestinux qu’on élève les consomment alors sur place. Les forêts, véritable richesse du pays, couvrent plus de cent quatre-vingt-quatre mille deux cent soixante-dix-neuf hectares ; le hêtre , le charme et le chêne y dominent. Nous avons décrit, dans la notice sur t'Iamecy, toutes les opérations du flottage, inventé )>ar Jean Kouvet, perfectionné par M. de Damas-Crux , et sans lequel les propriétaires n'eussent tiré aucun revenu de leurs bois, tant les chemins étaient alors en mauvais état dans toutes les saisons de l’année. Ces bois sont exploités de deux manières : on coupe en furetiére, toutes les dix années, ceux dü Morvant, c'est-à-dire en ne prenant que les arbres d’une grosseur qui se prête à la moulée ; quant aux bois désignés sous le nom de Nivernais, on les coupe à lire et aire à l’Age de quinze ou dix-huit ans, et leS menues branches impropres à la moulée servent à fabriquer du charbon pour les forges et le chauffage. Les vignobles occupent neuf mille neuf cents hectares, tant sur la rive droite de la Loire que dans l’intérieur de la province et sur les bords de l’Yonne. Les vim blancs de Charenton et de Pouilly jouissent d’une réputation méritée; les vins rouges sent médiocres, et leur qualité ne varie guère que par des nuances. Le Morvant, où il n’y a pas de vignes, s'approvisionne dans les départements de la Cête-d’Or et de Saéne-et-Loire.

La race chevaline du Morvant, autrefois bonne et très-eslimée , a dégénéré depuis quelque temps. On élève beaucoup <le bêtes à cornes dans les pAturages d'Aiileiy, Cercy-Latour, Alontigny-sur-Canne, Rouy et Moulins-Engilbert; c’est ce

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BOURBONNAIS.— BEKRV. — NIVERNAIS, qu’un appelle mettre à V embauche ; on les engraisse à la crèche dans les cantons de Saint-Révèricn, Corbigny , Brinon-les-Allemands et Varzy. ^'espèce ovine de la Nièvre est de petite taille et a une toison bien moins One que celle de l'Indre et du Cher ; quelques améliorations ont été introduites dans l'éducation de ces animaux, malgré l’esprit de routine et la négligence des colons; certains propriétaires, riches et éclairés, possèdent déjà des troupeaux de race et emploient les bonnes méthodes.

Il parait qu’on a Jadis exploité des mines d’or et d'argent dans le Nivernais. Les archives de l’ancienne chambre des comptes de Nevers nous apprennent l’époque à laquelles furent fouillées les mirres de Chitry et de Saint-Didier, situées, la première sur la rive droite de l' Vonne , la seconde sur la rive gauche de cette rivière, et contenant l’une de l’argent, l’autre de l’or. On remarque, en outre, dans la commune de Préporcher, au bas de Monjon, un rucher granitique à la surface duquel scintillent une innombrable quanlilé de paillettes d’argent extrêmement brillantes et presque impalpables. A Monceaux-sur-Yonne il y a une mine de cuivre, et à Sancy, près de Saint- Franchis, une mine de plomb argentifère. Le sol du Nivernais renferme aussi de la houille , de la marne, de l’orre jaune , du grès roussAtre avec lequel on construit les creusets des hauts-founreaux , de la pierre calcaire et meulière, de la terre à poterie, de la terre à fa'ience, découverte aux environs de Nevers par un Italien que l’un des ducs de Nivernais avait conduits en France à la fln du XVI* siècle; du sable quartzeux, du granit et du marbre d’un noir bleuâtre tirant au gris d'ardoise, parsemé d'une multitude de points plus ou moins foncés et de petites veines d’un blanc grisâtre ou d’un brun de cheveux produites par divers coquillages. Tout l'intérieur de la montagne de F’avée, commune de Saint-Quentin, est incrusté de marbre blanc ; mais aucun bloc n’y a plus de quatre décimètres du côté, et le surplus manque de cohérence. A Clamecy, dans le faubourg de Bethléem, il existe une pierre de couleur Isabelle, veinée d'un jaune plus ou moins foncé, et qu'un peut assimiler au marbre. C’est dans cette ville qu’avait été trouvée, suivant Üuffon , une main de femme parfaitement bien conservée, dont tous les os étaient convertis en turquoises, et que l’on montrait au Aluseum d’histoire naturelle de Paris. Mais la plus grande richesse métallifère du Nivernais consiste dans scs nombreuses et excellentes mines de fer, de l'espèce de celles qu'on appelle limoneuses, a En parcourant le pays, dit M. Gillet, on rencontre cil divers endroits la terre colorée en rouge foncé, ce qui annonce la présence du fer en état de rouille et plus ou moins oxidé. » Il y a dans le département de la Nièvre trois fontaines minérales universellement connues : celles de Pouges , de Saint-Parise-le-Châtel et de Saint-Honoré en .Morvant.

Ia: flottage, l'exploitation des mines de fer, plusieurs forges et liauts fourneaux , quelques fabriques de toiles , de draps et d’étoffes de laine , des manufactures de fer-blanc, d'ancres et de boulets, une manufacture d'armes blanches établie à la Charité, des papeteries, des fatenaTies , des verreries : telles sont les principales branches de l’industrie nivernaise. Le commerce des habitants roule sur les bois, les vins , les bestiaux , les laines el les ciiii-s, le fer, l’acier, le cuivre, la tôle , et le charbon de terre et de bois. L’extension remarquable qu’a prise le mouvement des affaires depuis quelques années , est due, en partie, au dévoue-

men( et à la sollicitude de l'un des plus illustres enrnnts de la province, M. Dupin. Avant cette époque, en effet, et comme il le dit lui-méme dans son discours pour l'inaiipuration du pont de Gonloux, situé sur la route de Nevers à Dijon, « il existait dans tout l’espace compris entre les villes d’Autun, Château-r.hinon, l.orme et Avallon, une enceinte de cent lieues carrés, presque entièrement couverte de de buis, et dans laquelle il n'y avait pas une seule toise de route royale ou départementale, ni même un chemin vicinal en bon étal de viabilité. » Par sa puissante intercession, M. Dupin obtint de la Chambre des députés le vote de la loi du 5 février 1838 , portant création d'une route royale , entre Saulieu et Vauclaix , laquelle devait établir, sur un parcours de douze lieues, une communication directe entre Nevers et Dijon, et relier non-seulement la route de la Bnurjroqne et celle du Roiirbonnais, mais encore le canal du Centre à Pouitly et celui du Nivernais à Chitry. t^ette route, dans tonte la partie qui traverse le doparlemeid de la Nièvre, se trouva presque terminée , dans un intervalle de dix-huit mois, sans compter trois ponts en granit, dont le plus beau, celui de Gouloux, sur la Cure, a réunit deux montagnes , en vne de deux cascades , connues sous le nom de Saut de Gouloux , » et fut salué par l'acclamation publique , le jour de son inauguration (20 septembre 1830), du nom de Pont-Dupin. Instruit, cependant, du vote auquel le pays allait être redevable d’une route royale, le conseil général de la Nièvre s'était empressé lui-méroe de voter une route départementale de t'.luUeau-Chinon à Montsauche, et de deux grands chemins de grande vicinalité, l’un rejoignant la route de Monsauche au pont de Boulois, l'autre se rattachant è Autun et complétant la ligne suivie autrefois par la voie romaine d'Autun h Orléans. De cette manière, un transit court et facile de la Bourgogne au Nivernais et de l’est è l’ouest de la France fut ouvert dans une contrée qui n’était auparavant « qu'un impasse impénétrable pour tout autre roulage (|ue celui des voitures à boeufs, n

L’habitant des campagnes , dans le Bourbonnais , comme dans tout le centre de la Francr; , est ennemi né de toute innovation. I.e trait saillant de son caractère , c'est la bienveillance, qualité bien amoindrie par une extrême indolence et beaucoup de légèreté. «Les Bourbonnais,» dit N'icola'i, «sont peuple doux et gracieux, l'esprit subtil et accort, bons ménagers et adonnés à leur profit, mais courtois aux étrangers. » On trouve en eux une sorte de naïveté rusée et de diplomatie campagnarde fort amusante k étudier. Porté naturellement à la chicane, l'habitant du Bourbonnais est homme à dépenser en procès jusqu'à son dernier écu. Mètinnt et superstitieux à la fois, il croit aux fées, aux follets et aux loupsgarous. Toujours prêt à céder à la vanité ou au plaisir, il justifie le vieux proverbe : Bourhonnichon , hubit de velours et ventre de son. I.es .Apports, ou fêles de village , la danse et le cabaret ont pour lui un attrait irrésistible. La bourr<h‘ hourlionnaise s’exécute, comme la bourrée d’Auvergne, au son de la cornemuse, triste intrument qui marque bien les mouvements traînants de ce divertissement monotone; les filles et les garçons dansent, les yeux baissés, le geste enilmrrassé , l'air morne et contraint. En général . les femmes sont de petite taille, mais leurs traits ne manquent ni de grâce, ni de finesse , et leur coitTure mérite d’être remarquée : c’e.st un chapeau de paille en forme de nacelle,

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& lai'i»* ourlet de velours, brodé de soie et d’argent, et dont le bord antérieur s'abaisse, tandis que celui de derrière se redresse et se courbe, comme une proue antique , et donne à l'ensemble une originalité piquante. Une noce bourbonnaise, inarcbant cornemuse en télé , l'époux au bras de l'épousée , et les conviés deux à deux , rappelle la joyeuse bonhomie des anciennes mœurs.

Ua France du nord nuit avec le Bourbonnais, et la France du midi commence avec l'Auvergne ; jamais constraste n'a été aussi brusquement tranché : aux pignons élevés, aux toits de chaume ou d’ardoise succèdent les toits abaissés et la tuile creuse, qui donnent aux fabriques du midi un si riant aspect. Le patois du Bourbonnais n'est qu'une simple corrupliou du français : cependant, comme cette province se Irouvait placée sur la limite de la langue d'Oil et de la langue d'üc,

' quelques roots du dernier idiome s'y sont conservés, surtont parmi le peuple ; on remarque enlin jusqu'il des nuances sensibles dans le dialecte de deux villages Toisins. Vers la lin de l'empire , on se servait encore sur les deux rives de l'AI- ^ lier d’expressions qui n’étaient pas en usage de l’une à l'autre. Le peuple , sans >..x ^ avoir d’accent particulier, appuie cependant avec force sur la dernière ou l'avantdernière syllabe de beaucoup de mots, et, par une certaine paresse d'organe, réunit plusieuis lettres en une seule ; cette habitude lui fait donner aux deux U ^ mouillées le son de l'y. Le paysan de l'Ailier est rarement propriétaire du champ f qji’il cultive : les grandes propriétés, presque toutes affermées, sont exploitées en aeus-ordre par des métayers dépendants du fermier, travaillant beaucoup, ga- ^ P***' vivant dans un état voisin de l'indigence. La mendicité , entretenue

la campagne par un esprit de charité mal entendu, est la lèpre du pays. Les cumiMinaleB se sont beaucoup multipliées depuis dix ans ; elles sont encore ^ HMrdWquentéii.'aiirtout pendant l'Iiivcr.

n’t déaxtvert dans le Bourbonnais aucune antiquité druidique bien remari|uat4e. Quelques troncs d'arbres , fendus en deux , et creusés pour recevoir un corps , ont été découverts à Souvigny, il y a une quarantaine d'années; l'intérieur ne renfermait aucun ossement ni même aucun vestige de cendre : on suppose cependant que c'étaient des cercueils gaulois. Les débris de l’art romain sont assez rares ; les plus importants proviennent des fouilles faites à Néris : ils consistent en fragments de marbre de Carrare et de Paros, lesquels ont évidemment appartenu à des temples, à des bains et à des palais ; en vases de toute forme, mosaïques, statues, lampes, agrafes, bracelets, pierres gravées, et surtout en monnaies et médailles il l'elTigie d’Anlonin-lc-l’ieu\, de Gallien, de Constantin et d'Ilonorius. Il ne reste plus aujourd'hui aucune trace de la cité romaine de Cordes, située à un quart de lieue au nord d’Uérisson, et par laquelle passait la voie militaire de Néris h Bourges. Le Bourbonnais possède, en revanche, une quantité considérable de monuments gothiques, tant églises que cliéteaux , dont quelquesuns sont même antérieurs au xiii* siècle. Pans la longue liste de ces édilices, il en est plusieurs que nous avons eu l'occasion de décrire ; tels que la cathédrale de Moulins, le château de Bourbou-l'Arcbambauld , etc. Nous mentionnerons ici la curieuse église d'Vzeure, dont la nef avec ses colonnes à chapiteaux ornés d'entrelacs et de figures grimaçantes, date du xn* siècle, tandis que le portail est du xV; l'église de Coulandnn, construite au milieu d'un cimetière où l’on découvre

fréquemment des cercueils taillés dans la pierre; l'église byzantine de Gypei-sur- Ours, les églises romanes de Mcillet, de Saint-Aubin et de Franebése; rancienne église paroissiale de SouVigny, où l'on remarque des arcades en ogive sarrasine, découpées de bordures élégantes; l'église du monastère de Saint-Menoux, qui a un clocher ogival avec deux étages de fenêtres percées de trèlles à trois lobes ; l'église à mâchicoulis de Montet; le pont jeté sur la Quesne, aux arcades cintrées remontant au xir siècle ; les tours du chétcan de Vesvres qu'on aperçoit de loin, adossées è un bois, an milieu d'une campagne fertile ; l'imposant et massif château de Noyant, de forme carrée, debout sur les hauteurs de la Pierre-Percée; les ruines immenses du château de Murat, dont l'ensemble présentait jadis vingtsept grosses tours; et enfln celles du château de l'Ours et du château d'Iluriel : ce dernier avait quatre tours rondes, et une tour carrée très-haute à ouvertures cintrées; c'était la résidence des puissants seigneurs de la famille des Brosses.

Nous venons d'observer que le Bourbonnais n'était point riche en monuments druidiques; la seule partie de la province qni en offre une assez grande quantité, est le sauvage et pittoresque canton d'Iluriel, limitrophe du Berry : c'est là que le regard a peine à mesurer ces gigantesques amas de pierres jaumâtbres on jo-malhr, débris informe de dolmens, de peulvens et de menhirs. Le canton d'Iluriel fait partie de l'arrondissement de Montluçon.

A l'extrême frontière de la province du Berry et du pays de Corabraille , dans le canton de Boussac, sur la montagne deToull Sainte Croix, la main des Celtes a entassé avec la même prodigalité les pierres jauroâlhres. Parmi les monuments celtiques du pays, il en est deux, celui du mont Barlot et celui de la vallée d'Ep Nell, qui appartiennent à la classe des pierres branlantes : leurs légères oscillations font l'étonnement des habitants des campagnes et rendent <|uelquefois des sons harmonieux comme la statue de Memnon. Les pierres druidiques du Berry sont environnées d'un prestige et d'un pouvoir mystérieux par les croyances et les superstitions populaires. Telle sert de prison à un esprit qni prédit l'avenir: telle autre garde un trésor dont la recherche serait pleine de périls. Il existe dans la commune de Moulins un dolmen assez considérable entouré de cinq peulvens; on en voit un autre, appelé la Pierre-à-ta-Marihe, dans la commune de Saint-Plantaire : ces monuments sont faits d'une pierre qui n'a pas été extraite du sol même qu'ils recouvrent aujourd'hui ; c'est parmi les paysans une opinion générale, que celui gui y porterait la main mourrait dans l'année. Les monticules des communes de Pellevoisin,de Moulins et deVatan sont évidemment des tuniuli: tous trois présentent une forme circulaire, et le premier a quinze mètres de hauteur. Dans le département du Cher, aux environs de Bourges, on rencontre trois tombelles : la bulle tiarral, la bulle des Prés-Fichaux et la lombelledes Vignes du Château. Des Pierres Folles, autre dénomination données aux ouvrages religieux des Celtes, sont parsemées dans le canton et la commune de Graçay. Du reste, on trouve jusque dans les moeurs et les coutumes des traces ineffaçables de ce vieux culte des Druides. Les gens de la campagne ont une vénération marquée pour les chênes; la formule sacramentelle : Le Guy fan mu! au Guy fan neuf est toujours en usage parmi eux, et presque tous ils disent encore, par une tradition évidemment gauloise, annui pour aujourd'hui.

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