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aux résultats promis. Comme on s'étonnait de ce qu'elle appelait toujours Charles VII le gentil Dauphin, elle répondit qu'elle ne le qualillerait de roi que quand elle l'aurait fait sacrer à Reims, obligation qu'elle s’était formellement imposée.
Toutes CCS épreuves étant terminées, les théologiens déclarèrent qu'ils ne trouvaient en Jeanne-la-Pucelle, en elle et en scs paroles, rien de mal ou de contraire à la foi catholique ; qu’ils ne voyaient rien que de lion dans son fait, et , qu'attendu son état , ses réponses si prudentes qu'elles leur .semblaient inspirées, ses manières, sa simplicité, sa conversation, sa sainte vie et sa bonne réputation ; et considérant aussi le péril imminent de la monarchie , le besoin qu'avait Orléans d’étre secouru et la nécessité prc.ssantc où étaient le roi et le royaume, qui'n'attendaient aide que de Dieu , ils étaient d'avis qu'on acceptât les offres de celte jeune Qlle et qu'on l'envoyât au secours de la ville assiégée. Quelques-uns des docteurs, pleins de fui et d'enthousiasme, affirmèrent même qu’ils étaient convaincus qu’elle était envoyée de Dieu tout exprès pour sauver la France. Restait une dernière épreuve : à cette époque où la croyance commune était que le démon pouvait user de ses artifices en se servant, pour instrument, de femmes dépravées, le sacrifice de la virginité étant, dit Bodin, dans sa Démonomanie, la première offrande qu’une fille qui se vouait à la magie faisait à l'esprit des ténèbres, il fallait que Jeanne fût reconnue vierge pour que tout soupçon de sortilège s’évanouit ; alors aucun scrupule ne pouvait empêcher ie roi d'employer une jeune fille qu'on avait tant de raisons de croire inspirée. La belle-mère de Charles VII, Yolande d'Aragon, duchesse d’.Anjou et reine titulaire de Sicile, accompagnée de la dame de Gaucourt, femme d'un guerrier de marque, et de la dame de Trêves, épouse de Jean Lemaçon, qui avait été chancelier de France, se rendit auprès de Jeanne, et , après un mdr examen de toutes les parties sccrcles de son corps , a relata au roy, lisons-nous dans un document original , qu'elle et ses dites dames trouvoicnl certainement que c’éloit une vierge et entière pucelle, en laquelle n'apparoissoit aucune corruption ou violence. »
Charles VII alors, complètement rassuré par Jeanne sur la légitimité de ses droits au tréne, droits dont il doutait, à cau.se des débordements de sa mère, se détermina, de l'avis de son conseil, à envoyer la jeune fille devant Orléans avec quelques forces, et en avisant, tout d’abord, à faire entrer un convoi de munitions dans la place. Mais auparavant il lui donna un état, c’est-à-dire qu’il attacha à sa personne un certain nombre d'individus pour sa garde et pour son service. Jean Daulon, chevalier d'un grand courage et d'un noble caractère, fut son écuyer, et Louis de Combes, dit Imcrgct , son page, ainsi qu'un autre jeune gentilhomme, dont le prénom était Raymond, et dont le nom de famille est inconnu. Frère Jean Pasquerel devint son auinénier ou chapelain , et deux héraults d’armes, Guienne et Ambleville, tirent aussi partie de sa suite, avec un maltre-d'hétcl et deux vaiets. Charles Vit donna, de plus, à Jeanne d'Arc une armure complète et à la forme de son corps; armure qui avait été faite àChinon, tout exprès pour elle. Quant à son épée, elle fut prise à Sainte-Calherine-de Fierbois ; et comme c'était l'épée du maréchal Boiicicaull , elle devait porter deux fuis bonheur à la France. Nous trouvons dans l'annaliste Bouchet quelques détails assez curieux sur le départ de Jeanne. Les voici : n J’ai ouy dire en ma jeunesse, et dès l'an IWi), à feu
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Christufle du Ptrrat , lors demeurant è Poitiers, et près ma maison , qui avoit prés de cent ans, qu'en ma ditic maison y avoit eu hostellerie où pendoit l'enseigne de la Roie, où la ditte Jeanne estoit logée, et qu'il la voit monter à cheval, toute armée en blanc, pour aller au dit lieu d'Orléans, et me montra une pierre, qui est au coing de la rue Saint-Estienne , où elle print avantage pour monter sur son cheval. » Or, sous la Restauration, à une époque où l’on pavait cette rue, nous étant aperçu que cette pierre, appelée par le peuple le lUonioir de la Pueelle, et formant un beau fragment de granit vert, étranger au pays, venait d'étre brisée par les paveurs, nous en recueillîmes religieusement les fragments, alin d'en déposer une partie au musée de la ville et de réserver l’autre pour nous et les autres amateurs de reliques historiques.
Poitiers, alors capitale de fait du royaume, devait tirer partie de sa nouvelle position. En 1131, on voulut rendre le Clain navigable, pres(|uc dans ses murs, et Jean d'Harcourt, vicomte de Chdtellerault , se piêla grandement à cette entreprise. Des travaux furent commencés, en conséquence, sans qu'on pût les conduire à un résultat définitif. Vers le même temps , on chercha à compléter les établissements d'instruction publique de la ville. Une bulle du pape Eugène IV lui accorda une université composée de quatre facultés, de théologie, de droit, de médecine et des arts; le roi en confirma la création, par lettres- patentes enregistrées an parlement de Poitiers [1131-1132). I,es leçons eommencèrent bientôt : on y accourut, du toutes les parties de la France, et plus tard, ces écoles attirèrent licaucoup d'Allemands, d'Ecossais et d'autres étrangers.
Ce fut un Poitevin, Jean Tudert, doyen de Paris et conseiller au parlement de Poitiers, qui, lors du traité d'Arras, dont la conclusion achevait de rétablir les affaires de Charles VII , se jeta , au moment de In signature du traité, dans l'église deSaint'Waast, aux genoux du duc de Rourgogne, et lui demanda, au nom de son maître, grâce et mercy pour le fait de 3tonlereau. I.e duo releva Tudert, l'embrassa, et lui promit qu’à dater de cette époque il oublierait tout, et serait le bon parent et le fidèle sujet de son cousin le roi de France. En 1436, le Dauphin, depuis Louis XI, ayant épousé Marguerite, fille de Jacques roi d'Ëcosse, vint habiter avec elle le château de Clain et Boivre à Poitiers. .Marguerite aimait beaucoup les savants: c’est elle qui, voyant Alain Chartier endormi sur un banc, dans une des salles de ce palais, lui donna un baiser sur la bouche, en présence de toute la cour ; et comme on s’étonnait d'autant plus de cette action qu'Alain Chartier était très-laid , la princesse répondit qu’elle n'avait pas donné ce baiser à l’homme, mais à la précieuse bouche de laquelle étaient sortis tant de bons mots et de vertueuses paroles. On sait que Marguerite ne fut point aimée de son époux : elle en conçut tant de chagrin, que, prête à mourir, et lorsqu'on l'engageait A soigner sa santé, elle s'écria : Fi de la vie! qu’on ne m’en parle plus! Attachée sincèrement au Poitou , elle voulut que ses restes fussent inhumés dans l'église de Saint-Laon-de-Thouars, où ils reposent encore.
•Après la prise de Paris , par le connétable de Richeraont et Danois (13 août 1436), Charles VII, sa cour et le parlement ne tardèrent pas A y retourner, et la capitale du Poitou cessa d'être la capitale du royaume. Pour indemniser un peu cette ville et la province, le roi, par lettres-patentes d’aoüt 1436, déclara
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réunir irrévocablement le Poitou i la couronne ; en même temps , il accorda des privilèges à Poitiers. Remarquons, du reste, que ce fut pendant sa résidence dans cette ville, qu'il commença à se mettre hors de la dépendance des grands vassaui, en prenant à sa solde des troupes étrangères. Quelques mois après avoir quitté la capitale du Poitou (UIO), Charles Vit y fut ramené par la révolte du Dauphin. Poitiers, d’ailleurs, ne prit que peu de part auv troubles de la Praguerie. En 1431 , le roi, se rendant à Paris, après avoir entièrement expulsé les Anglais de l'Aquitaine, visita de nouveau sa capitale des mauvais jours, et 7 demeura une semaine. Il y fit condamner et exécuter à mort le sire de Lespare, un des révoltés de la Guyenne , et assista à plusieurs fêtes , notamment à une collatiun splendide que lui offrit Pierre Prévost, maire de la ville, dans le cloître des Jacobins , et qui fut suivie d'un bal , donné dans les salles de l’évêché. I.e château de Poitiers fut une des prisons où l'on enfenna Jacques Cœur, pendant l’instruction de son procès; Tévêque s'efforça vainement de le soustraire à ses ennemis, en le réclamant comme justiciable de la juridiction ecclésiastique , en qualité de clerc. Le grand argentier ayant été condamné, fit, comme on sait, amende honorable et publique A la porte de l'église cathédrale de Poitiers , à genoux , sans ceinture ni chaperon , et une torche ardente à la main.
Le parlement de Bordeaux fut transféré dans la capitale du Poitou , lorsque Charles, frère de Louis XI , obtint la Guienne en apanage [ 1469] ; à la mort du prince ( 1473) , cette compagnie de justice retourna A Bordeaux. Louis XI essaya d'établir A Poitiers une manufacture de draps, à laquelle il accorda même des privilèges : des fabricants, des teinturiers et des ouvriers, arrivèrent en grand nombre afin d'y exercer leur industrie; mais la tentative, ainsi que plusieurs autres du même genre, faites plus tard, échoua complètement. Poitiers, en effet, par suite de la tendance de ses habitants, ne pouvait devenir une ville manufacturière : sa destinée est d'être une ville d'études et un centre de lumières pour tout Touest de la France.
La révolte du duc d'Orléans, depuis Louis XII, les entreprises du duc de Bretagne et le concours d.nns ces intrigues de Dunois, le lils du valeureux bâtard d'Orléans, appelèrent Charles VIII A Poitiers, en février 1486. On fit une belle réception au monarque, qui logea A l’hêtel d'Asseure, devant Saint-Didier. Nous indiquerons, A cause de sa singularité, le présent offert au roi par le maire de la ville : il consistait en un épervier d'or, pesant quatre A cinq marcs, orné de riches peintures, montrant un cœur A découvert, et, par-dessus, une fleur de lys; cela signifiait, dit un registre de la ville ; « Poitiers ; avij picla, Piclavis. j> Bouchet nous apprend que, vers cette époque , « il vit jouer et montrer, par mystères et personnages, A Poitiers, la nativité, passion et résurrection de Notre-Seigneur, en grand triomphe et somptuosité, et qu’il s'y trouva plusieurs gentilshommes et damoiselles du pays de Poitou, s On joua encore des mystères au cimetière de Saint-Cybard, en 1400. Enfin, a de joyeuses et triomphantes monstres des mystères de l'incarnation, nativité, passion et résurrection et ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de la mission du Saint-Esprit, » eurent lieu au Marché Vieux de Poitiers, en 1533, A une époque où se faisaient les monstres et revues pour un arrière-ban. Les ecclésiastiques assistaient A ces
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exercices, et parfois y flguraient comme acteurs; souvent même, on changeait les heures du service divin pour que les populations pussent s'y rendre.
L'imprimerie fut introduite à Poitiers, à la fin du xv' siècle; le premier ouvrage mis sous presse, dans cette ville, le fut chez un chanoine de Saint-llilaire : c'était une sorte de petite encyclopédie latine, comme on en faisait alors, et qui ne pouvait être que le spécimen d'un travail de ce genre. Bientôt après, des membres de la famille de Mamef, l'une des plus anciennes dans les annales de la typographie, vinrent se fixer à Poitiers. On indique des ouvrages imprimés par elle, dans cette ville, à dater de H97. Puis successivement, du xvi* siècle jusqu'à nos jours, Poitiers vit s'établir dans ses murs une foule d'imprimeurs dont la liste offre beaucoup d'intérêt, et parmi lesquels nous distinguerons les Blanchet, les Thoreau et les Faulcon. On comprend que tant d'imprimeries, dont la plupart furent trèsactives, ont dü grossir considérablement la collection des livres poitevins, formée à ta bibliothèque de la ville. ' Mais un point à noter dans cette spécialité, c'est qu'il existe, à Poitiers, une grande imprimerie qui a été transmise héréditairement d'une famille à l'autre, depuis la découverte peut-être de l'art typographique. En effet, on croit que l'imprimerie des .Marnef passa à un Bouchet, lequel aurait été son gendre. Mais il n'est pas douteux qu'Antoine Mesnier a eu pour gendre Julien Thoreau; que l'imprimerie de celui-ci vint à Jean Fleuriau, son gendre; que Jean Fleuriau fit épouser sa fille à Jean Faulcon, et qu'enfin, après trois Faulcon, a'ieul, père et fils, arriva, comme gendre de ce dernier, François Barbier, dont le fils, dernier imprimeur de cette filiation si bien suivie, a vendu son établissement à Oudin. Une transmission de cette espèce, de père à fils ou gendre, par dix générations probablement, ou par huit au moins et sans nul doute, est quelque Chose de remarquable. Indiquons aussi, comme signes d'imprimerie des livres imprimés à Poitiers, le pélican pour les Marnef, le cigne pour les Blanchet, et le faucon pour les Faulcon.
La réception la plus solennelle, peut-être, et aussi la plus bizarre dont Poitiers ait conservé le souvenir, est celle qui eut lieu à l'occasion de l'entrée de François I" dans cette ville, le 5 janvier 1519, à six heures du soir. Le roi avait dîné chez l'évêque de Poitiers, au château de Dissay, accompagné de la reine et de la duchesse d'Angouléme, sa mère. Il entra par la porte Saint-Lazare ou de Paris, et y remarqua, tout d'abord, sur un échafaud, à droite, un grand homme nommé Poitiers, avec une inscription en vers, par laquelle on faisait parler cette ville; à gauche, était placé un grand cerf, couronné d'or, ayant entre ses cornes un écu de France. Puis au milieu se voyait une petite fille, personnifiant la France, couronnée d'or et vêtue de taffetas azuré , semé de fleurs de lys d'or, et assise en un fauteuil , ayant sa tête sur ses bras, comme si elle eût dormi. Au-dessous de cet échafaud, qui était élevé, s'en trouvait un autre plus bas et plus petit, où figuraient dix jeunes filles représentant dix contrées différentes, savoir : Sicile, Rome, Saxe, Lombardie, Germanie, Autriche, Helvétie, Espagne, Angleterre et Hongrie. Tous res emblèmes, comme ceux dont on va parler encore, étaient accompagnés d'inscriptions latines, ou en vers français, louangeuses pour le monarque à qui on voulait faire fête.
t. L'auleur de ceite DoUce eo a réuni au&sî un grand nombre dans sa bibltotbèquc («rticuUère.
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Dans l'intérieur de la ville, et nu coin de In rue de la Regratterie, était une fontaine armoriée, d'où coulait du vin clairet. Devant l'église de Notre-Damc-la-Grande, se voyait un autre grand écliafaud en rond et garni de piliers , revêtu des écussons du roi, de la reine et de la reine mère du roi, ayant d'un côté la salamandre et de l'aulrc l'hermine. Enfin , un trône était an milieu , d'où partait un lys gigantesque , entouré de douze enfants, représentant les douze pairs de France. Sur le bord de ce même échafaud, ù droite, apparaissait nne belle jeune fille de quinze à seize ans, les cheveuz épars, ayant une couronne d'or sur la tête, et soulevant d'une main une croix, et portant un livre dans l'autre : c'était la foi. A gauche, se trouvait un beau jeune homme de dix-huit ans, en habit royal : il représentait la personne du roi. Là, partout encore on lisait des inscriptions en latin ou des pièces de vers en français, afin d'expliquer tous ces emblèmes. François I" fut logé en l'hôtel de François des Moulins de Rochefort, son précepteur cl'escole, comme dit Bouchet. Le lendemain au soir, le maire offrit au roi un grand cerf d'argent doré, à la reine nne statue de sainte Rhadegonde en argent, et à la mère du roi un bassin et un lys dedans , le tout en argent doré.
La duchesse d'Angoulême passa encore à Poitiers, en 1525, avec sa fille Marguerite, Henri d'Albret, roi de Navarre, le duc de Vendôme et le cardinal de Lorraine; mais cette entrée fut bien triste. Effectivement, François I" avait été fait prisonnier à la bataille de Pavie, et sa mère conduisait en Espagne le Dauphin et le duc d'Orléans, ses petits-fils, pour y demeurer comme otages de leur père. Devenu libre, dans la même année, François 1" eut le projet de démembrer le ressort du parlement de Paris, qui était beaucoup trop étendu, et d'établir de nouveau un parlementa Poitiers, d'où auraient dépendu les provinces de Poitou, Auiits, Angouniois, Marche, Touraine, .Anjou et Maine. Mais le chancelier Brissonct fit d'abord ajourner cette création , qui finit par être abandonnée. A la même époque, un reprit la navigation du Maine ju.squ'à Poitiers, dont l'avantage immense fut démontré et l'exécution prouvée facile. Cette pensée demeura, néanmoins, dans les termes d'un simple projet. Des travaux furent entrepris, plus tard; il y eut navigation, mais pour bien peu de temps. Aux Grands-Jours de Poitiers, en 1531, on sévit contre beaucoup d'individus de haute position, accusés de crimes graves, et douze ou treize d'entre eux furent pendus. On fit , en outre, périr dans les flammes un pauvre hérétique de Loudun. Pour procéder par voie d'intimidation , il fut ordonné que les chAtcanx et maisons des gentilshommes désobéissants à la justice seraient détruits.
Apres rentrée magnifique de François I" et te passage de sa mère, se présente, dans l'ordre des dates, la réception faite <A l'empereur Charles-Quint (1539). François I" désirait qu'on la rendit la plus pompeuse possible ; il avait envoyé au-devant de l’Empereur ses deux fils, avec le connétable. Charles-Quint arriva en ville, venant de Lusignan, et accompagné de La Trémouille, gouverneur du Poitou; quatre à cinq cents gentilshommes se rencontrèrent, à moitié chemin, pour le recevoir et l’escorter; puis, hors des murs, il trouva deux mille hommes de milice bourgeoise à pied , divisés en quatre compagnies et richement habillés, le maire et trois échevins destinés à porter le poêle, et soixante-seize autres é< hcvins ou bourgeois. Derrière eux, on voyait les clercs du palais, en ca.saque de soie jaune, et les sergents
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royaux en casaque de suie rouge, ô dicval et au nombre de soixante-dix. Le clergé attendait l'Empereur à lu porte de la Tranchée, ainsi que les membres de la magistrature, qui étaient véhis, monlct et hov.'cs. Des harangues furent faites, et Charles- Quint lie consentit à prenilre place sous le dais, qu'à la condition que le Dauphin cheminerait à ses côtés : au même moment , quarante-six pièces d'artillerie se firent enteiniie. .\ la Tranchée était un arc-de-triomphe à personnage ; sur le marche on avait dressé un théâtre, où étaient des mannequins représentant, l'un l’Empereur, l'autre le roi de France, qu'une troisième personne, l'L'iiiversité, saluait gracieusement, ainsi qu'une inscription latine l’indiquait; à Notre-Dnmc-les-Pctits se montrait la paix , toute nue, rendant vin blanc et vin clairet par ses deux mamelles, accompagnée de deux nymphes, figurant l'une la Gaule germanique, et l'auti'e la Gaule française, avec une salamandre et de plus un phénix et un aigle d'or. L’Empereur ne fit que coucher à Poitiei's : la municipalité lui offrit un vase d’argent doré, et comme le maire , Pierre Rat, portait pour armes l'animal rongeur ayant son nom,Charles-Quint changea celte pièce d’armoirie en une licorne. François I*' rejoignit, le lendemain, son ancien geôlier, alors son hôte, dans la ville de r.hdtellerault.
Sous Henri II, l'établissement de la gabelle ayant excité, coniine il a été dit ailleurs, une révolte presque générale en Guyenne, en Aiigoumois, en Saintonge et en Aunis, le connétable Anne de Montmorency et François de Lorraine, duc d'Aumale, qui avaient eu mission de la réprimer avec des forces considérables (15à8j, passèrept, à leur retour, par Poitiers, où ils reçurent les hommages de la magistrature et des olDciers de l'hôtel de ville. Doyneau, lieutenantgénéral de justice en Poitou, coinmença par les féliciter, dans sa harangue, d'avoir rétabli si promptement l'autorité du roi dans les provinces voisines ; puis il ajouta, en forme de conclusion, que les peuples, sentant le besoin que le roi avait de grandes sommes d'argent pour résister à l'Empereur, qui tendait à envahir la France, avaient payé sans sc plaindre toutes les contributions quelconques imposées sur eux, sauf une seule aussi onéreuse qu'injuste, celle du sel. Il en demanda la suppression : a Et s'il plaist au ruy le faire ainsi , disait le premier magistrat du Poitou, il en aura autant de profit que la gabelle, et si rompra la témérité, fureur et murmures du commun peuple. » A cela, le connétable répondit , en son nom et en celui d'.Iumale , qu'ils tenaient ces remontrances pour bonnes et raisonnables; mais que, si l'on voulait anéantir la gabelle, il fallait la racheter, et qu’on n'avait, dans cette intention, qu’à envoyer des députés vers le roi. En conséquence, quelques mois après et à la suite de pourparlers, deux députés de Poitiers allèrent à la cour, afin de traiter du rachat de la gabelle, nonseulement pour le Poitou, mais encore pour l’.Vunis, la Saintonge, l'Angoumois, la Marche , le Limousin et le Périgord. On tomba facilement d'accord sur les bases, sauf à débattre les conditions plus tard. Le roi nomma des commissaires, les provinces choisirent des députés, et, en septembre L'iVd, moyennant le paiement d'une somme de quatre cent cinquante mille livres tournois, la gabelle fut abolie dans les provinces ci-dessus désignées. Ge n'est pas à dire que le sel y fût entièrement franc; mais on supprima tout ce que le nouvel impôt avait de trop lourd et d’odieux , et on revint aux droits de quart et de demi-quart en usage 'précédemment dans le pays.
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L'hjfdrc de la chicane avait tellement grandi, que , pour les plus petitea afTaires, il fallait parcourir un nombre considérable de juridictions et aller plaider au parlement : en 15jt, parut un édit portant établissement de sièges présidiaux pour certaines circonscriptions, tribunaux qui devaient juger en dernier ressort les procès où il s'agissait d'une valeur de deux cent cinquante francs et au-dessous, et qui pouvaietit ordonner l'exécution provisoire pour des condamnations ne s'élevant pas i plus du double de cette somme. Dans cette occurrence, la ville de Poitiers députa en cour afin de rappeler qu'elle avait, à deux fois, possédé un parlement, et que nulle autre n'avait plus de droit à obtenir un présidial. Il lui en fut, en effet, accordé un, ayant douze conseillers, et recevant les appels des sièges ordinaires de Poitiers, Lusignan, Châtellerault, Montmorillon , le Dorât, Fontenay-le-Coratc , Niort, Civray et Saint-Maixent.
Si le protestantisme s’introduisit de bonne heure en Poitou, la principale cause de ce mouvement religieux fut le séjour de Calvin dans la capitale de la province, où il rangea h ses opinions plusieurs notabilités , prises particuliérement dans le barreau. Bientôt Poitiers eut son ministre et son prêche ; les novateurs furent d'abord persécutés, puis tolérés, puis persécutés encore: ils recoururent alors aux armes, et ouvrirent l'érc de ces luttes si désastreuses pour la France. Au commencement de 1562, les calvinistes occupèrent Poitiers pour la première fuis : ce fut au moment du passage des rievés du Bas-Poitou, allant é Orléans et commandés par La Rochefoucault , Saint-Georges, de Belleville et du Vigean ; ils parvinrent à soulever le bas peuple de la ville , et le comte du Lude, gouverneur du Poitou, fut obligé de se retirer à Niort. Néanmoins, le chôleau tint bon pour le roi : uit conflit eut lieu même dans la ville entre les deux partis. Du Bouchet de Saint-Gemme occupa la place, au nom du prince de Condé; et, à l'arrivée de trois mille Gascons, les églises, notamment celles de Saint-Pierre et de Saint- Hilaire , furent livrées au pillage , les autels renversés et les tombeaux brisés. Poitiers était donc resté aux protestants , tandis que le chilteau , par suite d'un arrangement, demeurait neutre. A la tin de 1562, les catholiques entreprirent de reprendre la place ; Villars, Mont|>ezat , Richelieu , l'attaquèrent et furent repoussés d'abord. Le lendemain, ils l'investirent et commencèrent à la canonner. Une brèche étant faite, le maréchal de Saint-André donna l’assaut, le 1” août ; mais le chôteau s’étant prononcé contre les protestants, ceux-ci se tinrent pour battus et abandonnèrent la ville. Saint-André en prit possession et la saccagea ; le maire Herbert, accusé d'avoir favorisé les novateurs, fut pendu sur la place de Notre- Dame.
Une époque fameuse, mais néfaste pour Poitiers, ce fut celle du siège de cette ville, en 1569, par l'amiral de Coligny. Dès l’année précédente, et dans la prévision d’une pareille entreprise, la place avait été mise en état de défense; la garnison, composée de Français, d'Allemands et d’italiens, était commandée par le comte Du Lude, qui avait sous ses ordres une foule de chefs distingués , savoir : ses trois frères ; Buisseguin , son lieutenant , gouverneur de la ville ; le duc de Guise; Mayenne, son frère; l’abbé des Châteliers, auparavant évéque de Luçon; Briançon et Sautray; leur beau-frère Ruffec; Mortemart, Fervaques, d'Argence, la Motheu Messemé, Messignac, Guron, Jean de Barre, abbé des Fontenellcs,
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générmx gentilhomme en bon équipage, etc. Puis venaient les compagnies de la ville, cuinmandées par des magistrats ou des membres du corps municipal. I^ chefs des Italiens étaient Paul Sforce, Jean des Ursins, Ange de Ccris et autres. Les troupes allemandes ne consistaient qu'en une centaine de reitres ; l'abbé des Cbdteliers, qui les dirigeait, s'en senait surtout pour faire des patrouilles à l'intérieur.
Le juillet, l'amiral approclui de la ville et commença le siège. Nous n'en donnerons point les détails , nous bornant à indiquer quelques points marquants, tels que le secours introduit dans la plac.e par d'.\unoux , qui , parti vers huit heures du soir de Saint-Maixent, à dix lieues de là, avec cinq cents hommes de pied, arriva devant Poitiers peu après minuit, força le retranchement de devant la porte de la Tranchée et entra en ville. Dans ce siège, i'atlaque fut, en général, très -vive, la résistance égale, et l'artillerie joua un grand râle, quoique les assiégeants n'eussent que vingt-deux canons et les assiégés seulement six. A un certain moment, où l'on craignait la prise de la ville, on conseilla à Guise et à Mayenne de la quitter , parce que, s'ils fussent tombés dans les mains des assaillants, leurs ennemis mortels , ils auraient eu tout à craindre d'eux. Mais l'un et l'autre refusèrent, disant que leur devoir était de demeurer et que leur départ pourrait démoraliser une partie des assiégés. Cependant la brèche était faite vers la rivière, lorsque les protestants, dont les munitions étaient épuisées, modérèrent leur feu. Les vivres manquaient déjà dans la place, qui renfermait trente-trois mille personnes ; on essaya vainement d'en faire sortir les réfugiés de la campagne, et on se vit obligé de manger des chevaux et des animaux rongeurs. Des poudres arrivèrent aux protestants : ils recommencèrent aussitôt leurs attaques vers le Pré-l'Abbesse ; mais cette partie des travaux ayant été inondée, ils furent obligés d'abandouner la brèche qu'ils étaient parvenus à ouvrir en cet endroit. Néanmoins, bon nombre de chefs catholiques avaient succombé, notamment le capitaine Vacherie, Daillon de Briançon, le brave d'Aunoux et le capitaine Prunaux. En outre, la brèche était praticable à Saint-Saturnin et tout paraissait désespéré, au point que les dames Du Lude, de RuOTcc et de Boisseguin, se réfugièrent dans le château, tandis que, d'uti autre côté , soixante-quinze dames montaient à cheval , comme pour narguer les assaillants et encourager les assiégés. Ce fut le moment où l'on jugea qu'il fallait faire un dernier effort et, au besoin, vendre chèrement sa vie.
Guise et Mayenne se chargèrent de la défense de la brèche du Pré-l'Abbesse et du Punt-Joubert ; Du Lude, Ituffec et d'autres chefs se placèrent près de la grande brèche de Saint-Cyprien. On n'attendait plus que l'assaut : mais Coligny, en visitant les travaux, vit qu'il n'y avait pas moyen d'agir avec succès, parce que les eaux avaient gagné les tranchées. Pendant ce temps, on travaillait de l'intérieur à raccommoder les brèches, et les assiégeants cherchaient à faire évacuer les eaux , dont la masse augmentait à chaque instant , par suite de la rupture des écluses. La dissension était dans le camp des calvinistes : Coligny avait été en danger de mort. I.a Rochefoucault, Crussol d'Acier, Briquemault et LaOn, tombés malades, se résignèrent à s'éloigner. Néanmoins, de nouvelles attaques recommencèrent vers Moutier-Neuf; la porte et la muraille du faubourg IV. à3
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furent renversées et trois assauts donnés & la place , tandis que l'artillerie du''rhâteau foudroyait les assiégés. Uans ces attaques , il y eut de grandes pertes de part et d'autre; nu total, le désavantage resta à l'amiral, qui fut obligé d'aller, de .sa personne, arrêter les siens , dont l'élan ne lui semblait propre qu’à occasionner de nouvelles perles. Le 6 septetnbre, il .se détermina à lever fe siège, qui avait duré sept semaines; la ville avait été battue par l’artillerie durant l'espace d'un mois. Les assaillants perdirent deux mille hommes et tirèrent plus de mille coups de canon; la perte des assiégés fut moindre en hommes. Enfin, le 8 septembre , jour de la nativité de la Vierge , une procession solennelle fut faite, afin de remercier nicu de la délivrance de la ville. Le duc de Guise, le marquis de Mayenne, le comte Du Lude et Paul Sforce portèrent le dais placé sur le Saint-Sacrement. La bataille de Moiicontour que l'amiral de Coligny perdit, à la fin du même mois, permit à Poitiers de ne pas craindre de sitôt les attaques des réformés , d'autant plus qu'un édit de pacification rendit le cabnc au pays pendant quelques mois.
Après la journée de la Saint-Barthélemy tl572). Jean de La Haie, lieutenant- * général de justice en Poitou, type de ces hommes que l’excès de leur ambition empêche parfois de voir exactement le but qu’ils se proposent, se jeta momentanément , par dépit contre la cour, qui lui semblait ne pas avoir assez récompensé scs services , dans le parti des mécontents , en se ménageant des entrevues secrètes avec le duc d’Alençon ot le roi de Navarre, et en se mettant en correspondance avec La Noue , alors véritable chef du parti protestant. Il fit ses conditions avec celui-ci , et il espérait lui livrer Poitiers, le mardi-gras 1573 ; mais de Lauson, maire de la ville, prévenu à temps, empêcha l'exécution de ce projet, et le lieutenant-général prit la fuite. l)c 1^ Haie s'entendit, l'année suivante, avec le meunier du moulin de Tison sur le Clai.n pour introduire lés protestants dans la place par ce point. Déjà il était entré , déguisé en prêtre , avec quelques aflidés, et des forces le suivaient de pi-ès. Heureusement on était averti. I-a Haie fut reconnu et n’eut que le temps de se sauver à la nage , après avoir tué d'un coup de pistolet un gentilhomme qui le poursuivait. Le meunier de Tison fut roué; il s'appelait Caqucrcau : à Poitiers, depuis lors, ce nom est devenu synonyme de traître. Enfin, en 1576, de La Haie tenta une troisième entreprise sur Poitiers. Des soldats, habillé-s en pèlerins et cachant des armes sons leurs vêtements, devaient s’établir secrètement dans une maison située pi'ès de la porte de la Tranchée : ils se seraient rendus maîtres de cette porte, le dimanche des Rameaux , lorsque la plus grande partie de la population aurait été au sermon. Le complot fut encore découvert, et il ne fut pas donné suite non plus à une tentative de même nature sur Fontenay-le-Comte, ourdie par la même main et de la même manière.
Découragé, de La Haie se rapprocha de la cour, rappela ses anciens services et prétendit que s’il avait voulu s’emparer de Poitiers, c'était dans l’intérêt même du roi , et par la raison que les magistrats de la ville )>rotégcaient les novateurs. Catherine de Médic is , dont il obtint une audience particulière, sembla trouver complète la justification de La Haie. Toujours est-il qu'elle lui confia une mission et qu'elle lui dit , en le congédiant : « Lieutenant , ayez bien soin des affaires
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que nous Bons entre vos moins. » Probablement cette princesse, si politique, croyait pouvoir tirer un grand parti des intrigues de cet homme. Quoi qu'il en soit, celui-ci crut, à raison de sa conduite passée, devoir solliciter des lettres de rémission qu'on lui octroya; elles furent même enregistrées, malgré les remontrances que le Corps de ville fit à la reine, et on vit le lieutenant revenir à Poitiers, plus hautain, plus audacieux et plus entreprenant que jamais.
L'idée flic de La Haie était de s'emparer de la capitale du Poitou: l'exécution de son projet était maintenant pour lui plus facile, car il s'annoncait ouvertement comme agissant au nom de la cour. Alors il organisa un quatrième complot, consistant à faire entrer en ville, par la porte Saint-Cyprien , des soldats cachés dans des charretées de paille; la dernière charrette devait être arrangée de manière que, son essieu cassant lorsqu'elle aurait été sous la porte, il n'aurait j)lus été possible de la fermer pendant quelques instants. Alors deux cents hommes v4éterminés, placés près du faubourg et avertis par un signal, se seraient intro- '' duits dans Poitiers ; ils y auraient mis le feu sur divers points, et, tandis que te ' peuple se serait porté au foyer de l'incendie, la ville aurait été prise et pillée par les protestants. Mais le capitaine Itatardin, qui était dans le complot, avait averti un de ses amis, nommé Dupin, qu'il pourrait bien y avoir bientôt qq^lfri troubles à Poitiers, et l'avait engagé à mettre son argent et scs effets précieux en sûreté. Celui-ci ayant pressé Batardin de questions, en obtint un aveu complet qu'il fit connaître à Buis.seguin , gouverneur de Poitiers. Itatardin fut arrêté et décapité, et ou comprit dans le procès le lieutenant-général, qui, condamné à mort par contumace , fut exécuté en effigie. La Haie, comptant sur la protection de Catherine de .Médicis, demeurait cependant aussi tranquille dans sa maison de la Regaudière-sur-Boivre, à deux lieues de Poitiers, que s'il n'eût pas été question de lui le moins du monde. Peut-être même avait-il une autorisation de la reine-mère, pour agir comme il l'avait fait. Si le complot eût réussi, on l'aurait excusé sur l'intention; la tentative ayant échoué, on le trouvait coupable. Toujours est-il que Bouriq , valet de chambre du roi , vint à Poitiers avec une commission de la cour; il se fit assister de.Doyneau de Saint-SouJine, et tous deux, avec cinq à six cents hommes, allèrent, une nuit, investir la Begaudiére. L'ouverture de la maison ayant été refusée, on entra de vive force ; La Haie voulut se défendre, et fut tué sur place. On porta son cadavre à Poitiers , et on l'y laissa pendant quelques heures exposé è la vue du peuple. Puis, le corps ayaut été écartelé, comme celui d'un coupable de lèse-majesté, les membres furent attachés à des gibets, placés en diverses parties de la ville, et l'on mit la tête, pour quelle fût plus e»évidence, au-dessus de la porte de Saint-Cyprien, entrée par laquelle il s'était promis de réaliser sa dernière conspiration.
Les rois de France avaient succédé aux comtes de Poitou dans la dignité d'abbé du monastère de Saint-llilairc-lc-Grand à Poitiers : aussi, lorsque chacun d'eux arrivait dans la ville, pour la première fois, il ne manquait point de se faire recevoir au monastère en cette qualité. Donnons-en un exemple. Le 2 juillet 1577, Henri 111 fit son entrée solennelle dans l'église de Saint-Hilaire, et, après qu'il eut reçu l'eau bénite et baisé la croix , on lui présenta l'aumussc, le surplis et le bonnet dont il se revêtit; ensuite , ayant ainsi le costume d'abbé, il fit serment
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sur les Evangiles de protéger l’église et de conserver ses droits, privilèges et franchises, et on n'oublia pas de lui donner, è sa sortie de l’église, \n pain de fAnpiVra. Plus tard , forent installés successivement , avec le même cérémonial, comme abbés de Saint-Hilaire, Henri IV (1602) , Louis XHI (161V) et Louis XIV (f6S0): mais ce dernier, alore mineur, ne prêta pas serment. Au voyage de Henri IH à Poitiers se rattachent, d’ailleurs, plusieurs faits que nous ne pouvons passer sous silence. I.e roi toucha deux cents malades des écrouelles, dans l’église catiiédrale, et procéda A In réception de plusieurs chevaliers de Saint-Michel, parmi lesquels figurèrent , pour la province , un Lusignan , un Cossé et deux Vilicquier. .Mais la circonstance la plus marquante du séjour que la cour fit alors à Poitiers, fut l’assassinat commis par un de ces nouveaux chevaliers , René de Villequier, baron de Clenaux, sur la personne de sa femme, Françoise de la Mark, qui ne voulut pas condescendre aux désirs du roi , ainsi que son mari , homme trèscorrompn, l’y engageait avec instance. De dépit, celui-ci la poignarda et, encore tout couvert du sang qu’il venait de répandre, alla demander à Henri III une grâce qui lui fut accordée sans difficulté. Quel favori et quel crime ! Nous avons déjà parié des firands Jours : à cette époque , ils furent tenus encore à Poitiers , sous la direction du président de Harlay, et l’avocat général Rrisson y remplit les fonctions du ministère public. Mais les Grands Jours do 1579 eurent un caractère particulier; les magistrats et les avocats y firent assaut d’esprit : ce fut un feu roulant de pièces de poésie, cl la Puce de. mademoiselle des Hoches fut surtout un sujet jugé digne de la vei’ve et des veilles de la magistrature et du barreau de ce parlement au petit pied.
Iji Ligne eut de grands résultats en Poitou , surtout dans la capitale de la province : on voit, par les documents contemporains , que cette réaction vint d’en bas plutôt que d’en haut , et que le peuple fut surexcité par le clergé. Cependant, Henri III ayant été obligé de se faire ligueur, les fonctionnaires de la ville et notamment le comte du Lude, gouverneur du Poitou, et Iloissegnin , gouverneur particulier, accédèrent à cette association (158k). Puis les ligueurs, pris dans le peuple, vexant et tourmentant les hommes de marque, ceux-ci se virent forcés d’entrer dans l’Union afin d’éviter un plus grand mal. Poitiers était encore an pouvoir des ligueurs, lorsque l’assassinat de Henri III ouvrit au roi de Navarre le chemin au trône de France : le comte de Cossé - Brissac avait le commandement de cette ville, qui fut inutilement attaquée par l’armée royale. Mais Henri IV ayant abjuré le calvinisme, et consenti A payer de fortes sommes an duc d’Elbeuf et à plusieurs chefs de la Ligue en Poitou , la capitale et le reste de la province se soumirent à sa domination.
Poitiers eut sa part des troubles qui agitèrent le royaume pendant la minorité de Louis XHI. Le jeune roi séjourna dans celte ville, ainsi que la reine-mère, en 1615 et 1619. De nouveaux Grands Jours y siégèrent, en t63k; et les désordres de la Fronde se firent sentir dans tout le pays (16.52) : il en est peu aussi qui eurent plus A soulTrir de la révocation de l’édit de Nantes. A la fin du xviii* siècle, la révolution, qui dépouilla la capitale du Poitou de son ancienne prééminence politique, lui conféra comme compensation le titre de chef-lieu du nouveau département de la Vienne. Cette grande époque laissa de sanglants souvenirs à Poitiers :
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oà le régime de la terreur sévit cruellement. Sous la restauration , l’afTairc de la conspirütion de Thouars et Saumur se dénoua dans cette ville ; le général Berton et ses principaux complices y rurant condamnés à la peine de mort par la cour d'ftssises, le 12 septembre 1822.
Poitiers, gouvernement de place sons l'ancien régime et chef-lieu d’une intendance et d’une élection qui ressortissaient au parlement de Paris , était en outre le siège d’un présidial , d’une juridiction consulaire et d’une maîtrise particulière des eanx-et-forèts : il y avait aussi un hètel des monnaies dont la marque était la lettre G. Nulle autre ville en France, peut-être, avec une population de moins de 20,000 âmes, ne possédait autant d’établissements religieux : on y comptait cinq chapitres, vingt-quatre paroisses , onre monastères d’hommes , quinze communautés de femmes, et , en y comprenant certaines chapelles, environ soixante églises et deux cent cinquante prêtres. Les plus anciens de ces couvents, après Sainte-€roix , Saint-Cyprien et Moutier-Neuf, dataient des xiif, xiv' et xv siècles : c’élaient les Jacobins, les Cordeliers et les Augustiiis ; les Capucins et les Frères de la Charité n'étaient venus que beaucoup plus tard (1610- 1627). Actucllemeutl^Peitiers n’a plus que six paroisses ; mais on y trouve à peu près autant de couvents de femmes qu’autMMs. Du reste , i:’est la cité des anciens monuments : peu de vHles en oITrent autaittt «t de si curieux , dans des genres aussi différents. En suivant l’ordre des dates, libiuf mentionnerons d’abord l’amphithèatre romain, assez bien conservé, et le temple Saint-Jean, ancien baptistère béti avec des fragments romains disparates, lequel remonte presque aux temps gallo-romains. On peut indiquer ensuite le palais de ju.stice : une partie des constructions appartient aux comtes de Poitou , tandis que sa belle façade , nouvellement mise à découvert et ornée de statues, est due, comme on l’a dit déjà, an comte Jean de Berry. La cathédrale, sous le vocable de saint Pierre; Notre-Dame, dont la façade est des plus curieuses; Saintc-Rh.vdegonde , souvenir de la pieuse reine; Moutier-Neuf, à.la lanterne si bello; .‘taint-Hilaire , réduit ,n de si faibles proportions , et Saint-4|wtliaire même à son lourd clocher ; toutes ces églises offrent des parties que l’archéologue doit étudier avec soin.
Comme à peu près toutes les autres villes du royaume, l’ancienne capitale du Poitou a pris, dans ces derniers temps, un grand accroissement; mais elle est toujours demeurée ville parlementaire et ville d’études : elle s’enorgueillit surtout d’étre le chef-lieu d’une cour royale , dont le ressort embrasse les quatre départements formés des provinces du Poitou , de l’Aunis et de la Saintonge. Son académie régit le même territoire, possède une faculté de droit , la plus suivie de toutes celles de province , après la faculté de Toulouse, et illustrée par de savants prof&sseurs, parmi lesquels Boncenne s’est placé an premier rang. Poitiers a aussi une faculté des lettres, en attendant une faculté des sciences, et, depuis longtemps, une école secondaire de médecine et un collège royal, l’un des meilleurs de France. EnQn, l'évêché de cette ville, qui s’étend sur les départements de la Vienne et des Deux-Sèvres, compte, dans les rangs élevés de son clergé, des hommes du premier mérite. Disons, du reste, en terminant, que pour indiquer seulement les noms de tous les personnages célèbres nés à Poitiers, il faudrait donner ta table d’un vohune. Noua nous contenterons
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dé citer ici : l' évêque saint Hilaire, un des plus savants docteurs de l'Église, et que nous avons eu déjà occasion de mentionner dans le cours de cette notice ; Rutitiuf Kumatianps , l'auteur de l'Itinéraire de Hume dans les Gaules , écrit an v« siècle; l’altadius, dont on connaît le traité De lie Husticd; Bandonivie, religieuse du monastère de Saintc-Cruii; , qni a composé une histoire de sainte Hbadegonde; Gilbert de la Portée, fameux professeur, philosophe et évêque de Poitiers; Richard de Poitiers, chroniqueur; Hugues de Poitiers, auquel on doit la chronique de Veielay ; iUrolas Salcuin , traducteur de la chronique d'Arménie ; Jean Bouchet, auteur des Annales d'Aquitaine et des Panégyriques du Chevalier sans peur et sans reproche ; Guillaume Bouchet sieur de Broeourt, qui , dans son ouvrage intitulé les Sériées, a donné une image assez Odèle des conversations de son temps; Pierre Blanc het , poète satirique ; Claude Pelgetj, pocte et musicien; Guillaume Aubert cC Aranton, poêle et traducteur de romans et de chroniques ; les médecins, F. de Saint-Vertunien, F. Cytois et F. Pidoux;le physicien Filleau lies Bitletles; les naturalistes /.< Large de Lignac, et Jacques et Paul Constant; Samuel Cottiby, écrivain religieux; Rousseau de la Parisière, écrivain sacré, et évêque de Nîmes; Philippe Goibaud Du Buis, membre de l'Académie .
Filleau de Saint-SIarlin , le meilleur traducteur de lk>n Quichotte ; les j érudits de la famille Sainte-Marthe; Filleau de ta Chaise, historien de saint Louis; les jurisconsultes Pierre Rat , Nicolas Theveneau , Jacques Barraud et Jean Constant; l'ahbé Gibault , professeur de droit et littérateur ; Pierre Boncenne, grand orateur et doyen de la faculté de droit; et A.-C. Thibeaudeau, historien du Poitou,, savant jurisconsulte et membre de la Convention iMtionalc. L'industrie et le commerce de Poitiers ue sont point considérables : on y trouve cependant des fabriques de gros draps, de couvertures de laine, de bonneterie et de dentelle, des vinaigreries, des chamoiseries et des tanneries; les habitants spéculent sur les blés, les vins, le chanvre et le lin , les graines de trèfle, de luzerne et de sainfoin , la cire et le miel , les cuirs , les peaux de mouton et les peaux d'oies fourrures. La population de la ville s'élève à plus de 22,000 ftmes; l'arroiuliaa0|||INt en renferme 100,623, et le département 29t,2ô0. ' ,