CHATELLERAULT
Chàtellerault, situé sur la rive droite de la Vienne, à trente-deux kilomètres nord-est de Poitiers, est le plus commerçant de tous les chefs-lieux d'arrondissement de l'ancien Poitou. Sa coutellerie est renommée dans l'Europe entière ,
i. Ktcueildeë historiens <U taFranee. — Grégoire de Tours.— 0£urre< de Fortimat. — Bouchet , Annaies d'Aquitaine. — Bosiv, Comtes de Poitou. — Dufour, do IMncten Poifou et de sa eapi^ De la Fontciielle, Histoire des ducs d'Aquitaine et des comtes de Poitou. — MS. de doni Ponteneau. — JfemofrM de la Société des antiquaires de VOuest. — La UI>orliêri\ Anciens souvenirs sur Poitiers. Ancicm re^n^rcs de la ville de Foiiiers. — Tra^iuv lii&(on<(ues deMM.Guixot* et AuguaUa Thierry. — CoUecUou de.docuinents originaux Ue l'auteur.
Diqi‘ - -|by GoO;vK
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cU’on y raiiriquc (le la quincaillerie, de l'horlogerie, de l'orfèvrerie, des diamants faux et des dentelles. Ses blanchi-sseries de toiles et de rire donnent des produits estimés. Traversé par la route de Paris ii Bordeaux , et par une rivière navigable qui communique avec la Loire, ClnUelIcrault exporte des vins, des eaux-de-vie, du fer, de l'acier, du sel, des ardoises, du chanvre, du merrain, de» meules de moulin , du blé , des graines de trélle et de luicriie. C'est l’un des grands entrepôts du commerce entre le sud et le nord de la France.
Au IX* siècle , les comtes de Poitou établirent des vicomtes dans la partie de leur territoire où est actuellement Châtellerault. Le nom du premier, Gamalfréde, se lit au bas d'une charte du 10 octobre 800; le second, Airautt [Airaldm ou Adra/dus), avait, de 936 à 075, fait bâtir un château qui forma le noyau de la ville et le centre d'une vigucrie. l’n contratducartulairede l'abbayc de Saint Cyprien,à la date de 1025, a pour objet 1a fi//n Vii er«, in pago pictaro, in victu ia de eatlro Araldi. Une charte de 1035, de l'abbaye de Noaillé, mentionne la villa Vilaris, in pago piclavo , in condito castra Araldi , el in ipsa vicaria. La vicomté devint héréditaire entre les mains des barons de Surgércs; l'un d'eux, Guillaume, vicomte de «:htti||Wbit. figure sur la liste des gentilshommes tués, en 1191 , au siège de Saint^Wwi-d’Acre. Jeanne, vicomtesse de Châtellerault, transmit cette ville, par mariage t à Jean de Harcourt, dont les héritiers la possédèrent pendant deux siècles. Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, était gouverneur et capitaine de Poitou et de Saintonge, en 1353. I.ouis de Harcourt, né en 1382, hérita de la vicomté, le 18 février U07 ; il fut élu archevêque de Rouen, en 1408. Quand les Anglais eurent envahi la Normandie, ce prélat se retira 4 Châtellerault, où il mou- Tut au mois (Toctobre 1422, et fut enterré dans l’église du couvent des Cordeliers.
La maison d'.ârmagnac acquit Châtellerault, par échange du 17 décembre 1443. Ses vicomtes, de même que les seigneurs de Lusignan , de Parihenay et de Couhé, étaient chanoiims honoraires de l'abbaye de Saint-Hilaire de Poitiers , et juraient, en cette qualité» (feu maintenir les droits et privilèges. Un vicomte de Châtcllerault se fit admtMre'âU canonicat, le 24 avril 1453, afin de recevoir Charles VII, abbé titulaire de Seint-IIilaire. Gallehand d'Alongny, gouverneur de Châtellerault, nt plusieurs donations au chapitre annexé, dés 1196, à l'église paroissiale de la ville. Les chanoines, en lui rendant hommage, l'an 1494, lui accordèrent le droit d'entrer dans le chœur, l'oiseau sur le poing, botté et éperonné , d'assister sous ce costume â toutes les processions, et de prendre séance dans les stalles. Jusqu'au xvi’siêclé, Châtclicrau'.t ne joua qu'un rôle secondaire dans l'histoire générale. Conqil6 par les Anglais , il fut repris, en l.‘)69 , par les seigneurs poitevins partisans de la France. Au mois de février 1514, François I*' l'érigea en duché-pairie, en y joignant plusieurs châtellenies voisines, au profit de François de Bourbon, le 14 septembre 1515, à la bataille de âlarignan. Son
frère et héritier, Clâ^ de Bourbon, connétable, ayant encouru la conRscation, le nouveau duché lit partie de l’apanage de Charles de France, duc d'Angoulême , et revint à la couronne , en 1545 , après la mort de ce prince.
On célébra â Châtellerault, l'an 1541 , le mariage de Guillaume, duc de Clèves, avec Jeanne d'Albrct , âgée seulement de onze ans. Des salles de verdure avaient été dressées dan» la Garenne du roi ; et les bals, les banquets, les tournois, se
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prolongèrent (HTMlant plusieurs jours. François P', la reine, le dauphin, le duc d'Orléans, le connétable .\nne de Montmorency, l’amiral de Coligny, le cardinal de Lorraine, assistaient à ces fêtes, dont le roi voulait faire payer les frais aui Poitevins, car ildatadcChêtellerault l'édit qui établissait la gabelle dans la province.
Henri II , au mois de février 15'»8, donna le duché de Châtclicrault à Jacques Hamilton , comte d'Aran , pour le récompenser d'avoir négocié auprès des États d'Écosse l'union du Dauphin avec Marie Stuart. Le comte d'Aran, protestant zélé, favorisa de tout sou pouvoir la propagation de la réforme dans Ses domaines: forcé de s’enfuir, après la couspirtion d’Amboise , il laissa les protestants maîtres de la ville ; mais elle fut soumise, en 1562, par une division de l’armée royale, sous les ordres du comte de Villars et du maréchal de Saint-André. François de Lanoue reprit r.lultcllcrault, en 1509, et en conlia la défense aux milices bourgeoises. Le 7 septembre , le dur d'Anjou fit canonner les murailles, et ouvrir une brèche de cinquante pieds à la porte 8ainte-Catherine ; les soldats français et les auxiliaires italiens se disputèrent l’honneur de monter les premiers à l’assaut ; ceux-ci l'emportèrent, franchirent la première enceinte, et se trouvèrent arrêtés par des retranchements intérieurs, d’où partit un feu terrible. Après deux attaques suoi!|S^ves, l'armée catholique battit en retraite, ayant perdu cinq drapeaux et près de trois cents hommes d'élite. Le duc d'Anjou décampa pendant la nuit, -et se hâta de passer la Vienne pour se mettre en sûreté. Peu de temps après , une partie des protestants de ChiUellerault se joignit â ceux de Chauvigny, la Hoche-Pozay et autres places, pour marcher à la défense de Sancerre et de La Charité, sous la conduite du capitaine Briquemault. Les réformés conservèrent à Châtellcrault la majorité, laïur assemblée lit parvenir à Henri IV une longue requête , publiée en 1597, sous ce titre explicatif : Plaintes des églises ré/onnées d? France sur les violences et injustices qui leur sont faites en plusieurs endroits du royaume, et pour lesquelles elles se sont, en toute humilité, à diverses fois adressées à S. M, L’année suivante, les Chfttelleraudais députèrent à la cour Michel Béraud , pasteur et professeur de théologie , pour réclamer contre les modillcations que le parlement de Paris avait apportées à l'édit de Nantes.
Un voit encore, sous le règne de Louis XIV, les habitants de Cbàtellerault défendre avec énergie leur liberté menacée. L'insurrection avait forcé Heimi II à abolir la gabelle en Poitou ; mais quoique cette provitice se fût rédimée pour une somme cmisidérable, les fermiers généraux obtinrent, en 165&., la création d'un dépét à sel dans la ville de CbâtcHcrault. Des troubles graves y éclatèrent, et des groupes parcoururent les rues çn menaçant de brûler les maisons de quiconque se montrerait favorable à l'établissement du dépét. Les mécontents, conduits par Leigné, lieutenant de la milice, firent une incursion â La Haie en Touraine, pour y chercher le sieur Petit, assesseur de la maréchaussée provinciale, qui était chargé d'installer les commis; ne l’ayant point rencontré, ils démolirent sa maison, forcèrent les prisons , tuèrent l’un des geôliers et délivrèrent tous les contrebandiers détenus. La cour, instruite«de ces désordres, envoya à Cliâtellerault six compagnies de gardes-françaises, commandées par M. de Fournil, pour y vivre à discrétion. Les garnisaires séjournèrent dans la ville depuis le lâ février jusqu’au 11 avril 1655; pendant ce temps, une
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commission inrorma contre les si'iiilieiu , et en condamna plusieui's à des peines afflictives ou à de fortes amendes.
(iliarics IX avait accordé l'usufruit du duché de ChiUcllcrault Si Diane, tille de Henri II et femme de François de Montmorenci, maréchal de France. Henri III en fit don, en l.">8i, à François de Bourbon, duc de Montpensier, dont la petitefille, Marie, épousa, en 1626, Gaston de France, frère de Eouis XIII. I.eiir fille unique, par testament du 27 février 1685, disposa île tous ses biens en faveur de son cousin -germain, Philippe de France , duc d'Orléans. Le duché de ChAtellerault, vendu à Frédéric-Guillaume de la Trémouille, échut en héritage, par indivis, au duc d'Fzés et au marquis de Bouncllc, et après la mort de ce dernier, le marquis de Pérusse d'Escars s'en rendit adjudicataire par licitation (1770).
Pendant les premières années de laRévolution, r.h.ltellerault envoya à l’Assemblée constituante et à la Convention nationale, J. -B. Creuié de la Touche, lieutenant général de la sénéchaussée de cette ville. De la Touche, homme modéré, vota l'appel au peuple ; il fit ensuite partie du conseil des Anciens et du Sénat conservateur. Sous l'empire, en 1808, les environs de Chétcilerault furent le théâtre d’un attentat incroyable, dont la tradition locale a gardé le souvenir, mais que la censure empêcha aloi'^de divulguer. I.cs habilants reconduisaient sur la roule un régiment polonais de la garde, appelé à combattre en Espagne; tout à coup les cavaliers tirent leur sabre , les hommes sont dispersés par la force et les femmes deviennent la proie des vainqueurs. On assure que l’empereur, irrité, ordonna de placer les coupables aux postes les plus périlleux , et que le régiment périt presque en entier.
Châtellerault était autrefois le siège d'une élection , d’une sénéchaussée et d’une juridiction consulaire. On y comptait trois couvenls ; des Capucins, des Cordeliers, établis et enrichis par la famille de Harcourt, et des Minimes, dont les fondateurs étaient Jean d’Armagnac et Yolande de La Haie, sa femme. Les armes de la ville se blasonnaient de deux manières, d'argent au lion de sable ou tf argent au lion de gueules à la bordure de sable chargée de besants d’or. Il y a aujourd'hui à Châtellerault un tribunal de première instance , un tribunal de commerce, une boui’se créée en l’an x , une société d'agriculture, un collège communal et un hépital. Cette ville est le chef-lieu d'un arrondissement dans lequel on compte 55,33i habitants ; sa propre population s’élève â environ 10,500 âmes. On remarque parmi les monuments de Châtellerault le pont en pierres de taille, achevé en 1609, par les soins du duc de Sully; la tour de l’église paroissiale, l’église Saint-Jean , et une promenade ornée d’une fontaine due à M. de Blossac , intendant de Poitiers, qui la fit établir par les ouvriers des ateliers de charité. '
1. Généalogie de ta maiton de Hareourt, par Câillt's ADiIrédcla Ro<iuc, 166t,
Hv. VIII. — Confettion catholique <tii Mi‘urde Saiicy, chap. vi. — Deecription topographique du district de Châtellerault, parCreuzé <U‘ h Touche. in-8\ 1790. — Histoire de F rance, par Velly.
— Description des principaux lieux de France, par Dtilaure, Ljiialrièrae pirlîe. — Histoire de
Poitou, par Thibaudeau, nouvelle éiiUion, Poitiers, in-9». 1839. — .M/moirr« de ta Société desanli~ quaires de l'Ouest, t. iv. — de la Société des antiquaires de l'Ouest, années 1838-iO.
— Journal de l'Étoile » Cologne, 1790 , in-19, 1. 1. — Hémoires de ta Ligue, 1. i. — Abrégé de l’histoire universelle de de Thon, 1. i. — Théâtre de Vunivers, j»ar Châleaunièn's deGrenailh*», Paris , 1613.— Le KfVifa6/« inventaire, par Jean de S*’rres, In-f’.