‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 64 sur 120 · MORT · texte numérisé non relu

MORT

des diverses communautés. Sous la constitution de l'an Tiu, le réf'imc des préfectures ayant succédé é celui des administrations centrales de département , le premier fonctionnaire nommé à la préfecture des I>eui-Sévres fut M. Charles Dupin (1800). Lui et le maire, le docteur Brisson, s'unirent étroitement pour favoriser l'élan des Niortais dans la voie des perfectionnements de la civilisation et des travaux publics. La ville fut, en particulier, redevable il son préfet de la soi'iété libre d'agriculture et de l’athénée. Brisson construisit les nouvelles halles de .Niort et lit adopter par le conseil municipal le projet conçu, en 1770, pour la distributiÔD, dans les quartiers supérieurs de la ville, des eaux de la fontaine du Vivier. Il est remarquable qu'à cette époque le chef-lieu des Deux-Sévrcs ne renfermait pas moins de six mille habitants de la religion réformée (1803). Ia: 10 juin 1800, fut inaugurée l'ouverture du canal de La Rochelle à la Sftvre-Nioftaise : canal projeté dés l'année 17'v0, et qui devait servir à dessécher plus de cent mille arpents de marais insalubres.

Napoléon, à son retour d'Espagne, en 1808, arriva le CaoiU, avec l’impératrice Joséphine, en vue de Niort; il y fit son entrée le 7, à minuit et demi. L’empereur descendit à l’hfltel de la préfecture ' : des affaires urgentes l'obligèrent à quitter Niort dans la journée , vers six heures du soir ; mais il fut si satisfait de la gracieuse réception de scs habitants, qu’il agréa toutes les demandes des magistrats de la ville et des Deux -Sèvres. Il fit don à la commune de Niort du château et de ses dépendances, qu’elle n'avait point sans doute encore payés, ainsi que de la caserne do gendarmerie; il ordonna, de plus, la réparation et le curage du pont et la construction d’un quai le long des chamoiserics. Parmi les échantillons des produits agricoles ou industriels du département qu’on avait soumis à son approbation, figura une tige d'angélique haute de six pieds et pesant cinquante livres, que le maire, M. Lingrimière, offrit à Joséphine.

Après les désastres de la campagne de Russie, quatre détachements de gardes d'honneur se formèrent à Niort, dans l’espace de quelques jours, et sur le tableau des cohortes décrétées le 17 décembre 1813, cette ville fut inscrite pour une cohorte de première classe. L’envahissement des frontières ne fit, pour ainsi dire, que stimuler Tardeur militaire de ses habitants : toutes les recrues avaient marché sans exception; huit cent quarante gardes nationaux se mirent en route, afin de rejoindre l'armée. Le même enthousiasme éclata, surtout à Niort, lors de la fédération de 1815 : la ville se hérissa de canons comme une place forte, à la nouvelle d’un débarquement de munitions pour les Vendéens sur les cdtes de Saint-Jeande-Monts, et de la prise de Bressuire par Auguste de Larochejacquelein (3 juin). Le 1" juillet, Napoléon, pour la seconde fois tombé du trâne, et se rendant à Rochefort, passa par Niort, accompagné de Bertrand, de Savary et du général Beker. Les souvenirs de 1808 ne s’étaient point elTacés du cœur des braves Niortais. Dès qu'ils apprirent que Napoléon était logé à l’hétei de la Boule-d’Or, ils, s’y précipitèrent en foule et voulurent le voir. I.e séjour de l'Empereur devipt alors presque un triomphe. Les troupes de la garnison, les fédérés, les notables

1. I.a pis'oiière |>icrre de l'bôud acMiel de la prefecliire a êlé ;tos«'e, le IJ ’H'rleiidnv ISiS, par le prcfei du deparlenieul , ceinte de Boauiiiuiil.

l'OITOÜ.

de la ville le supplièrent de ne point partir; et c'est sur leurs vives instances qu’il se décida à foire écrire au gouvei'nement provisoire , pour l'engager de nouveau à accepter ses services, dans le cas où la croisière anglaise rcmpécherait de s’éloigner. Il quitta Niort dans la nuit du *2 au 3 , emportant peut-être le regret de n’avoir pas su compter davantage sur la France.

Dans les premières années de la Restauration, c’est-à-dire du 18 avril 1816 au 17 mai 1817, le département des Deux-Sèvres gémit sous le régime des cours prévétales. Les Niortais en conservèrent un profond souvenir: aussi, lorsque retentit, en 1830, le premier écho de l’insurrection parisienne, les vit-on s’opposer résolument au départ des troupes de ligne, que le général de division commandant à Nantes appelait au secours de la royauté fugitive. On se retrancha dans tes rues; on jura de se défendre contre toute agression, si prochaine qu'elle fût; et le drapeau tricolore fut arboré sur l’hôtel de ville , au bruit du tocsin ameutant le peuple des communes voisines autour de la ville menacée.

Le caractère des Niortais se plie, avec une égale facilité, à la vie des camps et à la vie des affaires : il suflU, pour s’en Convaincre, de jeter un coup d’œil sur la biographie dès Deux-Sèvres, et de réunir seulement quelques-unes des illustrations, civiles et militaires , que peut revendiquer la ville de Niort. Nous mentionnerons plus particulièrement Chritlophe Auyier, sieur de La Terraudière, avocat et quatre fois majre do la oité (1673-1676); le maréchal de l»'lt*iUeruie , un des meilleurs otTiciei's dO Louis XllI; Jacques- Antoine-Murie Detbtiirs, d’abord clievalicr de Malte, ensvAs contru-amiral au sei'vice d’£spagne,,e( nommé , en 1806, capitaine général de la province do Biiénos-Ayres, d’oft A 'tenait d'expulser les Anglais, le commandant du premier hataillon des Deux-Sèvres, (.’Aorfes Rouget /.a/os^ dKirt glorieusement à Jemniapes; le lieutenant-génétdl J-ouis-François- Jta» CkaM, célèbre par sa belle défense des Iles Ioniennes contre les forces combinées des Russes et des Turcs ( 1798 - 1799) ; le riche et habile manufacturier ^ Thomas-Jean Main, auquel Niort a dû le perfectionnement de ses chamoiseries , .par le procédé du ponçage qu’il s’était approprié en Angleterre ; et François- Au- ' •gasiin Ckauvin-Hersant , membre de la Convention, du conseil del Cinq-Cents et de la chambre des Àéjtutés pendant les Cent Jours. I.es Niortais n’mrt pas montré moins d'aptitude thns la carrière des sciences et des lettres ; ils petftêlFciter . bvec un juste sentiment d’orgueil : Antoine Macault , surnommé l'è'i/«i.dfacàutJ', secrétaire de François l" ; le romancier-poëte Jacques l'ver, seigneur de Plaisance et de la Rigolcrie, dont on lit encore avec plaisir le roman fameux ayant pour ütre it- Printemps d'Yver ; française d’Aubigné, marquise doMaintenon; l’éloquent; |itddicateur et profond théologien protestant Isaac de Beausobre; et Jean- Pierri-'Ebuis de Fontanes, orateur disert et poëte distingué. Plus d’un Niortais ^ a su , du reste , allier la pratique des affaires au goût et à la culture des lettres.

. Ainsi, en 1675, le maire Christophe Augier de La Terraudière mit au jour le ». Thrésor île Nyort, recueil indispensable pour bien comprendre l’histoire de celte ville, malgré quelques erreurs grossières signalées par Dreux du Radier; et en 1701 il édita les Eglogues poitevines de Jean Babil, curé de Soudan, près de

1 . La rue qu'Iiabila la fauiille de Macault porte aujourd'hui le nom de Maeauderie.

NIORT

Slint-Maixent. Le docteur Jean-LouU-Marie Guillemeati, natif à Niort, a publié, en outre, sans compter plusieurs ouvrages de médecine , de botanique et de minéralogie, un opuscule historique intitulé Coup d'iMül sur lUorl (1795), et un Annuaire statistique des Deux-Sèvres ( 1802). A la liste de tous ces noms déjà bien assez longue, nous ajouterons celui de .M. H.-A. Briquet, dont nous avons consulté plus d'une fois avec fruit l'excellente Histoire de Niort, et celui de M. Charles ArnauU qui s'est fait connaître par plusieurs traiaux historiques, insérés dans les .Mémoires d<‘ la société dos antiquaires de l'ouest et dans la Bibliothèque Poitevine, notamment une Histoire de Maillezais. EnBn l'historien Jean Besly et l'intrépide voyageur Itmé CaiUié sont nés fous deux aux environs de Niort, l'un à Cuuloiiges-lès-Koçnu\ , en 1 '>72, l'autre à Mauzé, le 19 novembre 1799.

Hn dernier mot mainlenmit. Nous avons parlé, dès le vi' siècle, du Payus Kiortensis : une pareille (|ualilication , appliquée si tét au territoire de Niort, a toute rapparenec d'un anachronisme. Adrien de Valois, il est vrai, dit bien que le pays ' *^dc Poitou contient plusieurs autres petits pays, parmi lesquels il met le Niortais : /‘ayiis l'ii tnvus minores pnyus non passcdt conlinet; in his sunt... I‘o0us Niorleiisis. .Mais son autorité n<‘ préjugé point, ici , la question. I.e Niortais ne se trouve, en effet, nommé, pour la pramière fuis, que fort postérieunanilt à la cri'alion des vigucries ; soit dans une charte de l'abbaye de Saint-Jeaa-vAngély, en date de 971 , .soit dans une donation faite par le comte Guillaume II à l'église Saint-Hilaire de Poitiers, de prés, bois et vignes, situés in pago tininse vel Niortense (975). L'acc'eption <lu mot Pagus n'était pas cependant d'un usage nouveau, puisque (iésar s'en sert dans le dénombrement des llelvétiens divisés, dit~il, en quatri' districts : Oinnis Heloetia in quatuor pngos diiiisa est. D'Anville, rappelant le chiffre de quatre cents peuples attribué a la Gaule par Plutarque et Appien, présume avec raiMO que lc>s Pagi « répondaient à des peuples subordonnés et d'un rang inférieur, u dutit les noms probablement ne sont point parvenus jusqu'à nous. Adrien de Valoiâ.'de son cété, dist|tigue soigneusementles Pagi majores d’avec les Pagi minores : les premiers absolument semblables «ux Cieitates, '-m, qui , d'après César, Pline et l'acite, désignaient le terrttoiçe tout entier d'une natien indépendante ; les seconds ne comprenant qu'une eei^iine partie de la cité même, une portion du territoire de chaque nation. Il n'àal donc pas étonnant que la plus ancienne carie des Gaules, corrigée par leV. Sirmond et par Uuehéne, n'indique point le Niortais dans la seconde Aquitaine, puisqu'elle ne contient que des cités : cent (|u<nxe en tout pour dix-sept provinces. Le Pagus lUiortensis, à la Du du V siècle, n’avait point assez d’isiportaoce pour prendre rang ‘ . de cité, comme l'avaient acquis auparavant les habitants du territoire d'Angouléme : Ciritas Bcolismensmm : ce n’était qu’une contrée de peu d’étendue, uger modicus, une réunion de quelques bourgades, sans lien politique, si l'on veut, mais déjà connue des cantons voisins sous ce nom de Niortais, bien avant qu'il lui fût donné ofliciellcmcnl , dans le x’ siècle. Sa population avait dû s'.vccroitre alors , car on le partagea en trois vigucries : celles de Niort, d’Aiffre et de Fontenay-le-Gomte. Kn ce qui loin lie de pins près à la ville même , sans doute elle lie se trouve marquée dans aucun des itinéraires, qui notent pourtant jusqu'aux simples masnümet et aux condila; mais il ne faut pas oublier, non ^us, qu’avant la

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révolution physique qui découvrit le lit de la Sévrc , au commencement du VI* siècle, c'était seulement, ainsi que nous l’avons observé, une pauvre et obscure bourgade, perdue au milieu d’un golfe immense. L’avantage du lieu pour le commerce, aussitôt que la Sévrc eut dessiné son coure, est d’une vérité incontestable ; nous n’en voulons pas d’autre preuve que la construction môme du premier château de Niort ; à quelle époque, et par qui 1 nous l'ignorons. Toujours est-il que, d’après des titrés authentiques, il renfermait un champ-clos, pour le duel, et même un village dans son enceinte, quand il fut brûlé, en 110*, selon la chronique de Maillezais. Il ctisic enlin une tradition, rapportée po^La Terraudière, suivant laquelle deuil bourgs occupaient jadis l’cmptacement actuel de Niort : l’un , au sommet de la montagne où s’étend aujourd’hui la paroisse de Saint-.*ndré ; l’autre, sur la colline que couvrent l’église et la paroisse de Notre- Dame : tous deux séparés, d’ailleurs, par un marais dont les eaux submergeaient tout le terrain où plus tard le duc de Derry fU bâtir les halles. Ce terrain était^û bas et si marécageux encore , du temps de La Terraudiére, « que les caves de», maisons étaient inondées, aux grandes pluies, et qu’on fuf contraint, dit-il, de faire un canal dans les halles pour y attirer l'eau. » C’est pourquoi toutes les présomptions , à notre avis , sont que Niort , en tant que village, existait pendant la période romaine, et nous n'avons point hésité à nous rangei' de cette opinion. '

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