SAINT-MAIXENT
La ville de Saint-Maixent n’est pas ancienne. Un abbé de Saint-II Maire de Poitiers, Agapit, ayant été forcé d’abandonner son couvent détruit par les gueri'es, SC retira, vers le milieu du v' siècle, dans la vaste forêt de Vaudair, où il construisit, de concert avec ses moines qui l’avaient accompagné, plusieurs" cellules et un oratoire. Au bout de quelque temps, le monastère était complètement organisé et avait pour chef un religieux d’une grande réputation, appelé Maixent. Le nouvel abbé, à l’époque ou Chlodwig envahit le Poitou (507), opéfa, dit-on , un miracle qui lui valut l'admiràtion de la contrée tout entière : plusieurs
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Digiîizcxi by Gtîu^Ic
SAIM-MAIXENT.
personnes vinrent alors s’établir prés du couvent, et ce groupe de roaisons ne larda point à former une bourgade qui prit 1e nom du saint. Les invasions des Normands lui portèrent un coup funeste : ces barbares ruinèrent l'abbaye et dévastèrent leÿ maisons qui en dépendaient (830). Quand le torrent fut passé, on cberclia tons les moyens po.ssibles pour empêcher à l'avenir de pareils malheurs ; on fortifia le monastéic, un éleva des remparts autour dos habitations, et on construisit un cInUeau-fort atin de préserver le pays des attaques dont le menaçaient incessamment les pirates du nord.
Saint -Maixent était destiné à des vicissitudes sans cesse renaissantes. En 1050, un tremblement de terre y renversa plusieurs maisons : la frayeur causée par ce fléau fut si grande, que les habitants, en assez grand nombre, prirent la fuite et SC réfugièrent dans les forêts voisines. Quelques années après, les maisons qui étaient encore debout devinrent la proie des flammes : cet incendie était le Inpisièmc. Aussi , vers le commenennent du xir siècle, Saint-Maixent ressem- ■^it-il à un désert : la ducliesse Aliénor, voulant le repeupler, promit à tous ceux qui viendraient y demeurer, l’exemption des tailles, du service militaire et de tonte mauvaise coutume [ t-20:l) : il ne fallait pas moins pour ramener les habitants du pays au pied de cette abbaye, qui jusque-là n’avait pas su les protéger. C’est alors seulement que la ville se constitua d’une manière définitive.
Au XIII* siècle, Saint-Maixent était déjà dans un étal prospère. Les habitants, dont le chiffre augmentait chaque jour, s’adressèrent, en 1431 , à Charles VU, pour obtenir des a.ssemblées où ils pourraient ■ traicter, adviser et ordonner des all’aires. « A l'époque de la l’raguerie , ils se déclarèrent et combattirent avec tant de courage contre les rebelles, que le roi, victorieux, les accabla de scs bienfaits. Il leur donna , en 1440, le droit de commune , avec tous les privilèges y attachés. « En considération et mémoire perpétuelle de lldélité et vaillance, portait la charte de com ession, leur avons octroyé corps, collège et communauté de ville, pouvoir d'élire deux d’entre eux pour le gouvernement ; ordonnons que res deux élus, outre la garde des clefs de la ville, jouiront de Ujus les droits et privilèges y n|iparlcnant. » Charles VII, dans ces mêmes lettres, gratifia la ville de riclics armoiries, où l'on voyait Irais fleurs de hjs entourées d’une couronne d’or, pour rappeler les ormes de France.
Saint-Maixent, à cette époque, n'avait encore que trop peu d’importance, pour que le roi lui accordât uue constitution plus large; peu de temps après, néanmuii^, les habitants eurent un maire et des échevins. Charles VU, mérnntrnt de J^ort, transféi'a dans leurs murs, en li'rü, le siège des élus sur le fuit des aides ^qi^la guerre; et en lii’r, il déclara que les assises du sénéchal de Poitou .s’y ’f' jiefidraient pour le ressort de cette ville. Le lieutenant-général de la province lit d'abord quelques dillicultés ; mais il exécuta la volonté du roi.
Au temps où la poésie commençait à renaître, le célèbre Villon, son premier représentant, étant venu passer à Saint-Maixent quelques jours de sa vie errante , voulut, pour divertir le peuple, y faire jouer le Mystère de la Passion, «en gestes etlanguaige poitevin. » Théâtre, acteurs, tout était prêt pour cette solennité, et le poète avait annoncé nu maire et aux échevins que le Mystèriî pourrait êlrc représenté à l'issue des foires de Mort, quand le sacristain des Cordeliers refusa de lui
POITOU
prêter « les habillements aptes aux personnagesa dont il avait besoin. Villon jura de se venger; un jour que le moine, monté sur la mule du couvent, s'en allait en tournée pour la quête, soudain les confrères de la Passion, que le poëte avait cachés sur la route , k tous caparaçonnés de peaux de loüp et de bélier, ceints de grosses courroies ès quelles pendoienl grosses cymballes », fondirent sur le pauvre frère prêcheur, que sa mule elfrajéc renversa et traîna longtemps sur.le pavé.
L’éducation publique était, dès le commencement du xvi' siècle, l’objet de la sollicitude publique à Saint-Maixent; des bourgeois vendirent même leurs maisons pour l’accroissement des écoles de grammaire [15-26]. Ce fut aloi-s que la population presque tout entière embrassa les doctrines de Calvin ; le mouvement gagna jusqu’aux habitants du monastère, et l’abbé abjura le catholicisme (1543). Les guerres de religion déployèrent toutes leurs fureurs dans cette ville , qui eut beaucoup à souffrir de ces luttes successives et tomba tour à tour au pouvoir des deux partis. Elle fut prise, en 1568, par le protestant Pluviault; en 1569 elle était au pouvoir des catholiques commandés par Daunoux ; l’église et l’abbaye furent en quelque sorte détruites de fond en comble. La ville, venons-nous de dire, n’avait pas été épargnée; on ne voyait partout que tours chancelautes et murailles prêtes à .s’écrouler. Henri III, en aonséquence, accorda aux habitants un octroi de .six deniers par livre pour la réparation de remparts fatigués par le temps et la guerre (1581).
Chose étonnante ! vers ce temps existaient encore à Saint-Maixent quelques vestiges du culte des druides ; la veille du mois de juin , il y eut, dit I.e Riche, grande congratulation au peuple plus qu’au dernier Au Guij f'nn neuf! Ces cérémonies furent interdites , l’année suivante , à cause des abus qu’elles entraînaient, et le même auteur nous apprend que le 1" juin 1583, d’après la défense de chanter, de courir la nuit et d’aller aux portes demander des étrennes en criant ; Au Guy C an neuf! U n’y eut ni querelles ni noises entre les enfants du peuple.
Quand la paix eut été rétablie , Saint-Maixent songea & relever son abbaye et I restaui-er son église. I.es maire, échevins et bourgeois catholiques attendirent toutefois la mort de Henri IV, pour se plaindre à la cour des violences exercées sur eux par les religiomuiires : on lit droit à leurs demandes en adressant de pressantes recommandations au gouverneur du chêteau , et en fondant un couvent de Capucins (21 octobre 1613). En 1614, Louis XIII , pour engager les habitants à rester calmes, confirma tous les privilèges que scs prédécesseurs avaient accordés è l'Hêtel de Ville, avec la juridiction ordinaire de police, et permit aux jeûnes gens de se livrer, le dimanche et les jours de fête , au tir de l'arquebuse. Sous Louis XIV, les protestants de cette ville et ceux des villages environnants eurent i supporter de terribles épreuves : on leur envoya des dragons pour les obliger à se faire inscrire sur les registres des nouveaux convertis. Les récalcitrants furent emprisonnés ; la liste des proscrits , qu’on peut lire encore , est longue et d’une monotonie douloureuse : à la fin de chaque nom revient presque toujours la terrible formule : amené par les dragons' .
Saint-Maixent était autrefois le chef-lieu d’une élection comprenant deux villes,
t. Celte liile est nunuscrilc, elle existe dan.s lesarcliivesde Niort mais elle n’otTre |>oiul de date.