IV
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POITOU
DcnisH'n-Franee, pour couïrir son église, une redevance de huit cenls livres de plomb de la mine de Melle , payable tous les deuv ans ; les produits durent être bien plus considérables encore dans les sièi-lcs suivants, si l'on en juge par le grand nombre de pièces d'argent frappées dans cette ville, lesquelles proviennent sans doute du minerai extrait aux environs.
Le premier fait qui se rattacbe à l'histoire locale, pendant le vi* siècle, est l'inhumation de l'évéquc de Poitiers, Pientius, (ils d'un sacristain de Saint-Pierre de Melle. Pientius, comme il l'avait ordonné, fut enseveli dans l’église souterraine de Saint-Savinien , située, suivant la tradition, h cèté du chdteau de d/cdoc, Mendoc, ou Meme {CnsIrum Medulense ou Medolense). On conjecture que remplacement de ce chiUeau était le même que celui de l'évéebé actuel, transformé depuis quelques mois en palais de justice. C'est là que mourut Pientius, qui, du reste, ainsi que ses successeurs, eut une maison de plaisance à Melle. Dans les deux premières grandes divisions du Poitou, on retrouve cette ville, d’abord comme chef-lieu d’un doyenné dépendant de l'archidiaconné du Bricnfois, ensuite comme cbcMicu d’une viguerie, et peu de temps après d'une vicomté ; mais l'importance historique de Melle tient surtout à sa mine et à ses monnaies. Les premières pièces d'argent furent Grappées au château de Médoc, vraisemblablement sous Charlemagne ; elles portent ces mots : Medole , Medolus, Medocus, Medorjxts. Bientôt, cependant, la fabrication devenant plus importante, sous Louis-le-Débonnairc, Pépin I*', Pépin II, Charles-le-Chauve , Louis-le-Bègue et Charics-Ie-Simpic, les pièces portèrent l’indication de Melle, exprimée ainsi : Melidlum, Metullum, Métallo, etc. La plus belle de ces pièces est un sou d'argent, offrant, d’un côté, l'effigie de l'empereur Lnuis-le-J)ébonnairc, et, de l’autre, des coins et des marteaux. Lorsque Cbarles-le-Chauve , en 831, par son édit de Piste, réduisit à dix les ateliers monétaires du royaume, il conserva celui de Melle, qui figure le neuvième dans ce nombre. Ce môme édit établit à Melle un vicomte chargé de surveiller la fabrication de la monnaie.
£n 810 , les Normands, attirés par la renommée de ses richesses , fondirent sur cette ville qu'ils livrèrent nu pillage, et dont ils massacrèrent tous les habitants; ils y revinrent , en 8i8, et s'emparèrent encore une fois de tout l'argent monnayé ou en lingots qui leur tomba sous la moin. Ils emportèrent ensuite une quantité considérable de ces monnaies dans leur pays : voilà pourquoi, sans doute, on en a retrouvé dernièrement, dans diverses contrées du nord de l’Europe.
La juridiction des vicomtes de Melle ne s'étendait pas plus loin que l’exploitation de la mine et la fabrication de la monnaie; ils n'avaient, par conséquent, qu'un territoire très-restreint, resserré encore par la-vicomté d'Aunay, une des gi'andcs divisions du Poitou. Nous ne connaissons qu'une faible partie de ces vicuintes, qui, d'ailleurs, nesc succédaient pas toujours héréditairement; savoir : Maingot, tige de la maison de Surgère (83V-907) ; Atton (910-ÔÎ7) ; Raoul (9.30) ; Ménard (9.'>1); Guillelme (959) ; et Savary (1003). Il n'y eut plus de vicomte à Melle, dés que cessa l'exploitation de la mine, et que son atelier monétaire eut été transféré à Niort; époque douteuse, mois bien antérieure à 1014, puisque, cette année-là môme, Guillaume-Uugues, comte de Poitou et d'Aquitaine, donna la monnaie de Niort à l'abbaye de Cluny. - ■
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La translation de la monnaie de Melle à Niort fut causée, sans doute, par l’éimisement de la mine de galène , d’où l'on avait extrait le minerai avec tant d'abondance , qu’un seul monceau formait ce qu'on a depuis appelé la montagne de Saint-Pierre. L’exploitation de la mine et le monnayage avaient, on le comprend assez , enrichi les habitants et singulièrement accru l’importance de la cité. Nous mentionnerons parmi les monuments construits durant cette période, les églises de Saint-Pierre et de Saint-Hilaire; celle-ci remonte au IX* siècle ou tout au moins au commencement du x*. A l'entrée , du cété gauche, on voyait la représentation en demi-bosse d’un guerrier sur un cheval entier : signe distinctif des Églises dépendantes des vicomtes et des liauts barons du Poitou ; à l'intérieur, l’édifice communiquait , par un arceau en ogive bien caractérisé, avec la cour du monastère de même nom, lequel était un prieuré soumis à l'abbaye de Saint-Maixent. Saint-Hilaire servait de paroisse au quartier des mineurs , si l'on en juge du moins par les nombreuses galeries d'extraction établies le long du coteau qui domine les prairies, alors couvertes de maisons ou closes de murs, au bas desquelles coule le ruisseau de la Béronne. Quant à l'église de Saint-Pierre, moins belle et moins bien conservée, quoiqu’elle paraisse du même siècle , c’était probablement la paroisse de l’intérieur de la ville et des ouvriers de la monnaie. Nous ajouterons à ces deux monuments le château de Mcdoc , séjour des vicomtes, lequel a été depuis réédiflé d’une manière gracieuse, avec accompagnement de tours en pierre. Plusieurs institutions datent également de la même époque : telles que le chapitre de Fossemagne , composé d'un doyen et de cinq chanoines nommés par l'universalité des habitants de la ville ; et la fête locale de la bachellerie , dont le chef, électif et annuel, percevait le revenu d’une prairie, à la charge de pourvoir aux plaisirs d’une journée pour les habitants et les étrangers. Outre sa monnaie, Melle avait aussi une fabrique d’épingles : on a retrouvé, dans les galeries de la mine , une quantité considérable de cette marchandise non encore terminée, pour la confection de laquelle on convertissait en laiton le zinc que renfermait le minerai. La fabrique fut abandonnée en même temps que l’exploitation de la galène, dont le souvenir se perdit même bientôt, à tel point qu’on en prenait les galeries, il n'y a pas plus d’un siècle, pour des souterrains dépendants des fortiOcations. Il est vrai qu'une concession de la mine de Melle fut faite, en lti03, à Duplessis-Mornay ; toutefois, n'ayant pas eu de suites, elle demeura parfaitement inconnue, jusqu'à ce que l'auteur de cette notice l'eüt signalée. En 1780, on découvrit des vestiges des anciens travaux ; sous la restauration , une compagnie voulut reprendre l'exploitation , mais la tentative n’eut point de résultats.
Les souverains du Poitou conservèrent la seigneurie directe de Melle, où ils bâtirent un château-fort. Cette baronnie n’eut des titulaires particuliers qu’à la suite d’une sorte de démembrement de la province. Elle fut donnée, vers le milieu du XIV* siècle, à Raoul, comte d’Eu, connétable de France, et fut réunie à la couronne lorsque ce capitaine eut été condamné a mort pour un prétendu crime de haute trahison. Après le traité de Brétigny, Édouard 111, roi d’.^nglcterre , investit Thomas Woodstock de la baronnie de Melle ; le roi de France, Charles V, la céda, plus tard, avec le Poitou, reconquis par Clisson et l)u Gucscliii, à son
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frère Jean de Berry ; elle appartint ensuite au Dauphin , depuis Charles VU , qui l’abandonna, en 1126, à son conlldent, Georges de la Trémouille , pour l’indeniniser des dépenses de son ambassade à la cour de Bourgogne. Melle , dont le Dauphin s’était résené l'achat, moyennant dix mille écus d’or, fit retour à la couronne, et le même prince s’en démit en faveur de son bcau-frérc, Charles d’Anjou, comte du .Maine. A la fln du xv siècle, la baronnie passa dans la maison d'Angoulême, et au commencement du siècle suivant , Louise de Savoie, mère de François I", l'obtint comme annexe du comté de Civray créé a son profit.
:• Le calvinisme compta de bonne heure des partisans à Melle. Après la rupture du traité de Chantenay, le prince de Condé y rassembla les chefs protestants du l'ouest, pour délibérer sur les affaires du parti. La place fut prise, au mois de janvier 1517, par un corps de rcligionnaircs, sous les ordres du capitaine Bonnet, originaire de la ville. Bonnet réussit même à pi'-nétrer dans le chdtcau, en mena çant d'égorger tous les catholiques, si on ne lui livrait pas cette forteresse. Le 31 mars suivant, les catholiques, vainqueurs rentrèrent à Melle, portant dans sa bière leur commandant La Ti'émooillc, qui venait de mourir à Saint-Léger d’une attaque d'apoplexie, selon les uns, ou selon les autres des suites d'une blessure reçue pendant le siège. Nous glisserons sur les divers incidents de la guerre civile à Melle, où dominèrent tour à tour les catholiques et les protestants. I.a Ligue y ' fut représentée, en 1581, par un magistral de Périgueux, appelé La Moflre, auquel le duc de Guise avait délivré un brevet de colonel. I.a Molfre leva donc un régiment et vint tenir garnison à Melle, dont il s’étudia à vexer la population , en majeure partie calviniste. La menace d’un siège lui fit bientôt prendre la fuite à l'improviste ; mais, poursuivi par D’Aubigné et Saint-Gelais, il dut s’estimer fort heureux de regagner Périgueux, sain et et sauf, après avoir laissèrent soixante des siens sur le carreau. En 1623 fut fondé le collège de Melle, par un protestant, natif de celte ville, Delfonlaine, avocat au parlement de Paris ; on devait y enseigner les éléments des sciences et la langue latine jusques et y compris la rhétorique. Deifontaine, afin de garantir la stabilité de son établissement, et prévoyant peut-être ta ruine du calvinisme en France, déclara o laisser ses biens au corps des habitants et au consistoire, conjointement et séparément à l’un d’eux, pour le cas où l’autre se trouveroit incapable de recevoir le don par lui fait. » Plus lard, des capucins, envoyés en mission à Melle, en convertirent presque tous les habitants au catholicisme, et y bôlirent un couvent et une église.
Qui ne connaît le joli conte du Juge de Melle, inspiré à La Fontaine par la sentence que le lieutenant général au siège royal de cette ville, Pierre Saturne lloulyer, rendit, le 21 septembre 1611, dans un procès où la vérité loi semblait ti'èsdilTicilc à dém’êler. Il s’agissait d'une pistole d’or d'Espagne, de poids, et de trois ■pièces de trente sous six deniers, légères, qu’un particulier prétendait avoir présentées à une hôtellièrc, pour qu'elle lui rendit la monnaie de la pièce d'or, et se payât de quatorie sous de dépense. L’iiôtcllière ne niait point avoir eu entre les mains la pistole pour la peser, mais elle affirmait l’avoir mise ensuite sur la table; et quant aux trois pièces légères, elle offiait de les rendre en déduisant les quatorie sous de dépense. Le lieutenant général , ne sachant comment sortir d’embaiTas, eut recours eufio pour sc décider au jugement des
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bücheltes, et donna raison à la défenderesse qui avait tiré la grande, « déférant , d’ailleurs , le jugement de la cause à la providence divine. • Il y eut appel au parlement de Paris qui confirma la sentence , tout en invitant le juge à ne plus agir ainsi désormais ; mais Houiyer se justifia aisément en faisant observer aux magistrats qu'il n’avait osé se fier à ses seules lumières , et on leur rappelant la longueur de leur délibération , dans une affaire bien moins ardue que celle qui lui avait été soumise.
Le temple protestant de Melle fut démoli , en 1682 , jiiir ordre de l’iiitendant Lamoignon 'de Basville , à l'occasion d’un prétendu calviniste rel.vps qu'on y avait admis de nouveau, quoiqu'il eût été inscrit, sans son ronsenlemen^ans doute, sur la liste. des convertis. Au commencement du .siècle suivmit, un gentilhomme des environs de Melle, appelé Prévost, seigneur de la tern> de r,.igei?lonl , pass.n devant un notaire de cette ville un acte de procuration !i .son cousin te muripiis île Létorière, surnommé /c beau Lèlorière, pour que celui-ci reçût h Paris, en son nom , la donation que la reine de Prusse et le roi d’.Angleterre , ses proches parents, lui faisaient de la terre d’OIbreuse. Voici quelle était l'origine de cette parenté. La fille d'un gentilhomme protestant , du nom de ftesmier, réfugié en Allemagne, à l’époque des persécutions religieuses, y avait épousé de la main gauche le prince de Zell ; le prince, ayant perdu les enfants de son premier mariage, avait fait déclarer cette union mariage de la main droite, et il en était issu une fille qui, mariée à un Brunswick, eut dans sa descendance directe les maisons royales d'Angleterre et de Pnisse.
La ville de Melle était, sous fnneien régime, le siège d'une prévûté royale ressortissant au bailliage de Civray ; elle dépendait du diocèse et de l’intendance de Poitiers et de l’élection de Saint-Maixent ; elle avait des manufactures de serges renommées et comptait environ 1,260 habitants. La population de Melle, aujourd'hui fun des chefs-lieux de sous-préfecture des Deux-Sèvres , monte à prés de 3,000 âmes ; farrondissement en renferme 76, .535. Le séjour de celte ville est très-agréable, parce qu’il y a un grand nombre de familles riches et hospitalières ; les environs offrent de charmantes promenades : le sol, d'une remarquable fécondité, se prête à toutes les cultures, excepté à celle de la vigne. Iji fabrication des serges est toujours en vigueur û Melle : on y trouve également une papeterie, et les habitants font un commerce très-important en grains, graines detrèfie, laines, bestiaux, et surtout en mulets, dont la face, élevée dans l’arrondissement , est réputée la plus belle et la meilleure de l’Europe. Melle a vu naître le législateur Jard-Vanvillier, successivement questeur du Tribunat et président de la cour des Comptes; le littérateur Pierre-René Auguis, en société duquel fauteur de cette notice a publié une édition de Dupleesis-Momay ; les lieutenants-généraux Fournier et Minot, et les frères Aymé, l'un ministre de la guerre et de la police, l’autre secrétaire et ensuite premier chambellan du roi Murat '.
I . Rteutil dt$ kUtoriem dei Oaulti. — Mannscrils de D. Fonlcncia. — Journal de Le Ricbc. — D'AiihiglU', — Dcci*n»sac et Miiiiès, ,4nnoi«< det Minei. — De Ui Fonieiiellc, Histoire des rois et ducs d'AquitüiHc et des rondes de Poitou. — ThilMiMli-fni , Histoire du i*oi<uu. — Travail liai'» th'ulier de ruttlcur de l’article, sur ta mine et les monuments de Mette.