‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 70 sur 120 · POITOU · texte numérisé non relu

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nn amphithéâtre sur le penchant de la colline, domine la Basse -Ville ou ville primitive.

La série des vicomtes de Thouars est très-difficile à établir, parce qu’il existait, pour cette dignité, un mode de succession tout particulier. Tous les fils d’un vicomte prenaient à la fois le même litre , et tour à tour se succédaient , du frère aîné au puîné. A l’extinction du dernier des frères, les fils de l’alné gouvernaient le fief, et la manière de succéder continuait de frère ii frère. Les premiers vicomtes que l’on rencontre sont : Savary 1" (905-921) , Aimery I", frère du précédent (921-931), Savary II (943) et Arbcrt I" (956-987). A partir de cette époque, la filiation ne présente plus guère de difficultés. En 1011 ou 1012, Geoffroy-Martel, comte d’Anjou, dans une guerre que soutenait contre lui Geoffroy 1", vicomte de Thouars, prit le château de cette ville et le livra aux flammes. Geoffroi et plusieurs de ses successeurs habitèrent alors le cliâtcau de La Chaisele-Vicomte , en bas Poitou {Casa vice-comitis) , ou ils construisirent de nombreux édifices et fondèrent même deux belles églises. Cet événement fit un peu déchoir l’ancien chef-lieu de la vicomté. Aimery IV, en 1068, entreprit la conquête de l’Angleterre avec Guillaume-le-Bâtard , qu’il fit proclamer roi â Londres après la bataille d’Hastings, où il avait commandé l’aile gauche ; mais il ne se fixa point en Angleterre , d'où il rapporta de grandes richesses. Parmi ses successeurs qui partirent pour la Ten'e-Sainte, nous citerons Aimery IV et Arbcrt IL

Les vicomtes de Thouars jouèrent un grand rôle dans la lutte de la France contre l’Angleterre , s’alliant tantôt avec l’une et tantôt avec l’autre. En 1202 , quand Jean-sans-Terre cul enlevé au sire de Lusignan sa fiancée Isabelle d’Angoulême , Aimery V abandonna le parti de ce prince; mais la reine Éléonore le détermina, plus tard , à lui prêter hommage. En 1201, après le meurtre du jeune Arthur, Philippe- Auguste ayant envahi le Poitou, Aimery V résista dans Thouars au roi de France, et, pour prix de .sa soumission , obtint la ville de Loudun, ainsi que le titre et les émoluments de sénéchal de la province. Ses affections ou sa politique le faisaient incliner cependant vers l’Angleterre. En 1206, Jean-sans- Terre , débarqué â La Rochelle avec une puissante armée , s’avança jusqu’à Thouars ; le vicomte lui en ouvrit les portes et lui fit une réception solennelle. C’est à Thouars que fut ensuite condue, lorsque Jean eut été obligé de se rembarquer à La Rochelle, une trêve de dix Uns favorable à la France. Aimery V n’en continua pas moins de se montrer hoetUe à Philippe-Auguste, jusqu’après la bataille de Bouvines ; il alla le trouver dors à Loudun pour lui faire hommage, et, peu de temps après, une trêve conclue à Chinun rendit quelque tranquillité au pays. Les vicomtes de Thouars devaient être bien redoutables, à cette époque, puisqu’en 1223 le roi de France, Louis VIII, se crut obligé de marcher en personne contre Amaury V qui avait de nouveau favorisé les agressions des Anglais ; mais le vicomte se porta à sa rencontre avec une armée supérieure en nombre, et tout finit encore par des négociations et une trêve. Comme on le voit , les vicomtes de Thouars traitaient de puissance à puissance avec la France et l’Angleterre. Un peu plus tard (1221), le vicomte donne des lettres pour une trêve, explique ses conditions, permet aux marchands et autres habitants du ten-itoire du roi d’aller et venir sans danger, et de vendre et acheter dans ses états et fiefs. Il n’est pas

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besoin d’ajouter qu'un tel feudatairc s’intitulait vicomte par la grâce de Dieu.

Moins acharné contre la France , son successeur, Hugues V, après s’ètre dérclaré, en 1246, pour l'Angleterre, sé soumit, l'année suivante, à Blanche de Castille, régente de France; et Louis IX, à sa majorité, ne recula devant aucune concession pour le retenir dans son parti. En 1361, le traité de Brétigny Gt passer le grand Oef de Thouars , dont la cession avait été l'objet d'un article particulier, sous l’obéissance du Prince Noir. Le connétable l)u Guesclin vint investir la place, en 1372, à la tète d'une armée de quarante mille hommes et accompagné du duc Jean de Berry et d’Olivier de Clisson. Le siège dura plusieurs mois ; enQn le connétable ayant pratiqué une large brèche dans les murs, à l’aide de ses machines et de cinq gros canons qu'il avait envoyé prendre à Poitiers, Amaury de Craon, mari de Péronnelle, vicomtesse de Thouars, proposa, pour éviter l'assaut, une suspension d'armes ; s'engageant à remettre la place à Ou Guesclin, le jour de la Saint-Michel, s'il ne recevait d'ici là aucun secours du roi d'Angleterre. Le connétable accepta, et allagnerroyer ailleurs, attendant le délai convenu pour exiger l’exécution du traité. Sur ces entrefaites, le roi d'Angleterre avait mis à la voile avec une Gotte de quatre cents vaisseaux montés par quatre mille hommes d'armes et dix mille archers ; mais les vents ne favorisèrent pas son entreprise : il fut forcé de retourner dans son royaume , et Du Guesclin ne manqua point de se présenter, la veille de la Saint-Michel, 28 septembre, sous les murs de Thouars, où Rentra, le lendemain, au soleil couché.

Péronnelle de Thouars, après la mort de son premier mari , Amaury de Craon , épousa en secondes noces un gentilhomme poitevin appelé Tristan Rouault ; elle n’eut aucun enfant de son premier ni de son second mariage, et ses biens passèrent à sa soeur, Jeanne de Thouars, qui les transmit par mariage à la maison d'Amboise. Lorsque Charles VH, n’étant encore que Dauphin, se réfugia à Poitiers, Louis d'Amboise, vicomte de Thouars, se rangea sous sa bannière ; mais s'étant brouillé avec le favori du prince, Georges de La Trémouilic, en lui refusant, pour son Uls aîné, la main de sa Qllc Françoise , celui-ci , pour se venger, l'accusa d'avoir voulu s’emparer de sa personne dans un rendez-vous d'affaires, entre Poitiers et Parthenay.Traduitdevantlc parlement de Poitiers, Louis d’Amboise, par arrêt du8 mars U31, le roi y siégeant, fut condamné à mort, comme coupable du crime de lèsemajesté, pour avoir attenté sur une personne à laquelle était conGé le gouvernement du royaume. On lui Gt giilre de la vie, mais on cunUsqua ses biens, et il fut successivement enfermé aux châteaux d'Amboise et de Lorhcs.La Trémouilic ayant été disgracié, lareineMaried'Anjouobtint la liberté du vicomte, auquel le roi rendit au fur et à mesure tous ses biens, sauf la terre d'Amboise qui demeura déGnitivement réunie à la couronne. Plus tard, Marie d’Anjou obtint aussi le consentement de Charles VII au mariage de Françoise, Glle de Louis, avec le frère de François, duc de Bretagne (1U2). Le malheur n’avait point mûri le vicomte de Thouars : à peine rentré dans la jouissance de scs immenses domaines, il se livra aux plaisirs avec une ardeur si folle, que scs revenus ne purent sulGre à son luxe effréné et à ses scandaleuses débauches. Sa Glle et son gendre, devenu duc de Bretagne, poursuivirent alors son interdiction devant le parlement de Paris, qui, par arrêt du 26 janvier 1 iS7, défendit au vicomte d’aliéner aucune pai tie de ses biens. Cette

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m(mc anriL'R, Françoise, veuve sans postérit(^ de Pierre de Breiagne, se fit earmélile et céda tous ses droits nu\ eiiraiits (le sa sœur Marguerite, mariée eu , par l'interveiitioii même de Cliarles VII , au fils ainé de (jeurges de La Trémouille, Louis, que son père avait voulu d'abord unir à Françoise : de sorte qu'en suivant sa haine contre Louis d’.Ambüisc, il se trouva que le favori avait puissamment contribué lui-mème à déixruiller scs propres petits-fils.

Louis XI profita du ressentiment que le vicomte de Tliotiars devait nourrir contre sa famille: il se rapprocha de lui, l'exaspéra contre son gendre et ses petits-fils et lui persuada de consentir, en .sa faveur, une donation entre vifs de tous les biens de sa mai.son, par un acte passé devant deux notaires de Nantes et ensuite converti en un acte de vente simulé du prix de cent mdle écus, lequel ne devait être jamais payé, la Jouis.sancc des terres étant réservée, avec une rente viagère de quatre mille livres, à celui qui paraissait aliéner ainsi sa fortune à litre onéreux.

Louis d'Amboise mourut au chèteau de Thouars, le février 1^69, et Louis XI fit sur-le-champ prendre pos,session de tous scs biens par Jacques de Beaumont, sire de Bressuire, chargé d'épier le moment de son décès, et d'administrer sa fortune au profit du roi. Quelque temps après, le roi disposa de la vicomté de Thouars en faveur d'Anne de France, sa fille, qu'il promettait en mariage au marquis du Pont, pctit-lils du roi Boné ; mais bientôt il s'eu réserva formellement la propriété. On n'nvait eu, d'ailleurs, aucun égard à l'opposition delà femme du vicomte , Nicole de Chambes-MonUsoreau , pas plus qu'aux réclamations des enfants de l.a Trémouille. Le moyen princi|>al que fit valoir Louis XI , pour s'emparer de la succession de Louis d'.\mhoise, fut que scs biens ayant été confisqués pour crime de lése-majesté , ne pouvaient plus appartenir désormais à ses héritiers , attendu surtout qu'il n'avait pas obtenu le consentement du roi pour le mariage de sa fille aînée avec Pierre de Bretagne. Il existait bien, il est vrai , des lettres de Lharles VII , qui abolissaient la confiscation , cl d'outres qui permettaient le mariage ; mois elles se trouvaient entre les mains de Louis XI et de Commines, son agent : les anéantir était un crime, devant lequel ni l'un ni l'autre n'était homme à reculer. Ce n'est pas tout ; on savait qu'il y avait de doubles originaux à Thouars ; des recherches furent faites dans le trésor de la vicomté, et tous les titres détruits. Celle assertion repose sur le témoignage de plusieurs personnages considérables, tels que Louis Tinde, successivement avocat fiscal, chôtelain sénéchal de Thouars, et premier président au parlement de Bordeaux ; André Martineau et Richard Estivalle, l'un cliAtelaiti de Thouars, l'autre procureur du roi dans celle ville : lesquels se trouvant un jour à Candos, en présence de IxvuisXI, avec Philippe de Commines et le sire de Bressuire, entendirent Philippe de Commines dire au roi : « Sire, vccy M. de Bressuire qui a des Icltfes qui ne servent pas bien à notre matière » ; et virent alors le l'oi les prendre et les jeter au feu, disant : a Je no les bnile pas, c'est le feu. » Un arrêt du parlement de Paris, en date du 21 juillet U79, mit définitivement Louis XI en possession de la vicomté de Thouars, qu'il avait, en ll7li, réunie à la couronne. Commines, pour prix de sa connivence, eut la seigneurie de Talmont et quelques autivs terres. Olonne et Curson furent conservés à Louis de La Trémouille, parce que

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ces domaines avalent été assurés 6ti mariage à Marguerite d'Amboise par son père.

Pendant tout le cours de cette affaire, Louis XI lit de fi'équenU voyages à Thouars, tout en se retidaiit à Argenton pour y visiter Commiiies son favori. Avant U69, il logeait dans un liélel, rue du Clultcau ; il liabita ensuite le palais des vicomtes. En l'»7y, au mois de décembre, il ordonna la création d'un siège royal dans cette ville. A son retour d'un voyage en Normandie, il vint encore à Thouars , et y ressentit une nouvelle atteinte d'une cruelle maladie qui lui avait enlevé la parole. Coinmines et le sire du Bouchage, le croyant presque mort, le vouèrent à monseigneur saint Chimie, a Incontinent, dit le sire d'Argenton, la parole lui revint, et sur l'heure il alla par la maison trés-foible. » Louis XI se rendit peu de temps après à Argenton, d'où il retourna à Thouars, où il fut entouré d'une cour plus nombreuse que de coutume et espédia beaucoup d’affaires. Étant de nouveau tombé gravement malade , il alla, pour accomplir le va-u bit à son iiitention, en pèlerinage à Sainte-Claude. La Üaupbine, première femme de Louis XI, Marguerite d'Ecosse, aimait beaucoup Thouars qu'elle avait visité plusieurs fois ; elle exprima le désir d'y reposer après so mort. En 1 ’i79, ses dépouilles mortelles, apportées de Chélons-sur-.Marne , où elle avait succombé à une pleurésie, trente-cinq ans auparavant, furent inhumées dans l'église de Saint- Laon ; onvi’y voit plus aujourd'hui quequelqucs fragments de son tombeau, vers le sanctuaire, du alté de l'Évangile.

l II procès de restitution de la vicomté do Thouars fut entamé, sous Cliarles VIII, par l'allié de la famille des La Trémouille , a (|iii le roi défunt avait promis, à son lit de mort, de rendre tons les biens de la maison d'Amboise et notamment Thouars. Coinmines, particulièrement intéressé dans le procès, combattit la restitution avec opiuiétreté : on ne saurait lui payer qu'un tribut d'éloges bien mérités, comme homme de guerre, homme d'état, et surtout comme historien; mais il se conduisit dans celte circonstance avec une mauvaise fui insigiie. Enfin, par aiTét du 22 murs lUIô-1^6, les enfants de La Trémouille rentrèrent dans la jouissance des biens de leur ai'eul. Louis 11 <le La Trémouille, premier vicomte de cette maison de Thouars, épousa Gabriellc de Bourbon, ülle de Louis comte de Montpehsier et daupbin d' .Auvergne. Un a du Gabriellc plusieurs ouvrages de piété et d'érudition ; c'est elle qui fonda ii Thouars l’église de .\otre-Unmc et répara la voiUc de l'église de Saint-Médard. Louis de l.a Trémouille, surnommé le chevalier sans peur et sans reproche , coinmaiida fermée française dans la guerre contre la Bretagne, Ql prisonnier le duc d'Orléans, depuis Louis XII , à la bataille de Saint-Aubin-du-Corraier, et accompagna Charles VIII en Italie, où il remporta la victoire de Fornoue. C'est à son sujet que Louis XII dit « qu'un roi de France ne vengeoit point les querelles du duc d'Orléans. » La Trémouille franchit les monts avec ce prince, en 1500, et se signala à la bataille d'Agnadel (1509). Il suivit aussi François I" dans son expédition du Milanais, et lit des prodiges à Marignan où il eut le malheur de voir tomber à scs eùtés son dis aîné, le prince de Talmont. Il fut tué, en 1525, à lu bataille de Pavie livn'-e contre son sentiment. Le 61s de l.ouis II, François V, ayant épousé .Anne de I-aval, hérititière de Frédéric d’Aragon , roi de Naples, revendiqua pour ses successeurs ses .droits à la posses-

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sion de ce royaume. Son Bis Louis III obtint l'érection de la vicomté de Thouars en duché (1563), et mourut devant Melle, en 1577.

Dii ans environ avant cette époque, le protestantisme s’était introduit à Thouars. Séduite par les prédicants calvinistes, l’abbesse de Saint- Jean de Boiineval, monastère situé à peu de distance, se rendit à Genève, suivie de toutes ses religieuses, excepté une seule soeur converse demeurée Adèle à ses croyances; et là toutes abjurèrent ensemble la religion catholique. Les églises de Thouars lurent pillées et brûlées par les novateurs, en 1561 ; ils ne respectèrent que celle du château, en considération du duc, et celle de Saint-Médard, où ils établirent le prêche. Claude V, en 1586, maria sa sœur, Charlotte.Catheriiie de La Trémouille, au prince de Coudé ; il fit, l'année suivante, profession ouverte de protestantisme, et épousa la fille de Guillaume de Nassau , prince d'Orange. Henri IV, en récompense de ses services , érigea le duché de Thouars en pairie (1594).

Sous Claude V, et par rinfluencc de sa femme Barbantine de Nassau , les catholiques eurent à soulTrir de cruelles vexations à Thouars ; le libre exercice de leur religion n’y fut permis qu’après l'abjuration d’Henri IV et la publication de l’édit de Nantes ( 16o8). Le duc se retira de la cour à Thouars, sans vouloir néanmoins prêter l'oreille au dur de Bouillon, son beau-frère, qui l’engageait à prendre part à un mouvement protestant. La veuve de Claude de La Trémouille eut la tutelle de son fils, le jeune duc Henri I". Protestante zélée, elle dépensa des sommes énormes dans l'intérêt de son parti , et greva les biens de son pupille d’une dette de quinze cent mille livres, dont les intérêts absorbaient le quart des revenus de sa maison. Henri I*"^ épousa Marie de la Tour-d’Auvergne, seconde fille du duc de Bouillon , prince de Sedan et vicomte de Turenne. Celle-ci roiùmença par rétablir les affaires de son mari, en vendant, au prix de dix-huit cent mille li\res, une portion de ses biens située en Bretagne et dans le Bas-Poitou ; elle maintint cependant la famille dans une haute position , répara les châteaux de Laval, de Vitré, d’OIlivetet de Louzi, et acquit quelques domaines ou droits qui complétaient les grands domaines des ducs de Thouars. Mais, ayant entrepris de réédifîer le château de cette ville, à l’opposé de l'ancien et sur le même plan que Philibert Delorme avait donné è Catherine de Médicis pour bâtir le château des Tuileries, elle rouvrit, malgré toutes les économies possibles de construction, le gouffre qu'elle avait déjà comblé une fois, et où s'absorbèrent de nouveau les revenus d’un des plus riches vassaux de la couronne de France, puisque, pour Thouars seulement, dix-huit cents vassaux environ relevaient de lui. Le duc Henri s’efl'a(a , du reste, presque entièrement sous l'autorité despotique qu'exerçait sa femme. Il se rapproclia de Hichelieu, et abjura le calvinisme entre les nwins du cardinal : cet acte le rendit odieux à Marie de La Tour d'Auvergne ; il n’en restaura pas moins tous les édifices religieux de Thouars et répandit, à l’insu de sa femme , de nombreux bienfaits parmi ses vassaux nécessiteux. La duchesse laissa une mémoire abhorrée , tant è cause des corvées sans fin dont elle accablait les laboureurs et les artisans, que des innombrables procès qu’elle intenta et poursuivit à outrance contre les créanciers qui lui déplaisaient. Le peuple ameuté, en 1793, envahit le manoir seigneurial et se vengea de tout ce

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pas»^ d'iniquités et de tyrannie, en couvrant d'ordures son portrait que l'on pendit à l'une des fenêtres du château.

La révocation de l'édit de Nantes enleva une partie de ses habitants à la ville de Thouars : on n’y en comptait alors pas moins de sept mille; son commerce et son industrie déclinèrent rapidement (1685). Depuis quelque temps, les grands seigneurs avaient cessé d'habiter leurs châteaux pour se fixer à la cour. Charles- Belgique de La Trémouille, petit-lils d'Henri I" et de Marie de la Tonr-d'Aiivergiie, s'attacha à la suite brillante de Louis XIV. Mais comme il lui semblait difficile, au milieu des habitudes de luxe qui régnaient alors, de recevoir convenablement ses anciens vassaux, sans contracter des dettes, il se dispensa désormais de tenir une cour dans la capitale de son duché, et ne visita même plus cette ville qu'en passant et comme incognito. La position de Thouars devait, du reste, y attirer plus d'une fois les rois de France ; Henri IV y séjourna souvent, et à différentes époques ; Louis XIII y vint en octobre 1627 et novembre 1628.

La ville de Thouars est placée précisément en dehors et à l’exirème frontière de la Vendée militaire, puisque le Thouet en forme la limite: aussi, la population de tout le pays qui se trouve au delà de cette contrée, professait, quand éclata la révolution de 1789, des opinions diamétralement opposées à celles des habitants du Bocage. L'Assemblée constituante érigea Thouars en chef-lieu de district. Le 2V août 1792, au moment de l'insurrection vendéenne, une réaction se déclara dans la plaine, et tes paysans de la commune de Misse amenèrent à Thouars deux prêtres non assermentés, que l’intervention courageuse du maire Villeneau ne put arracher à la mort. Le 5 mai de l’aunée suivante , l’armée catholique se présenta devant la place où commandait le général républicain Quétinean. Les administrateurs du district ouvrirent les portes aux royalistes, après une courte résistance, et la garnison demeura prisonnière. I.es insurgés ne restèrent, d'ailleurs, que trois jours dans la ville qu'ils évacuèrent sans y laisser de garnison. A la Ou de la même année, les conventionnels en mission dans l’Ouest réunirent è Thouars plus de trente mille hommes pris dans les départements voisins. Lescure, qui s’était ménagé des intelKgences dans la ville, se mit en marche avec deux mille Vendéens pour dissoudre ce rassemblement ; mais ayant rencontré en chemin le général Rey venu d’Airvault avec, un corps de six mille hommes, il battit prudemment en retraite.

Sous le Consulat, Thouars devint un des chefs-lieux de sous -préfecture du département des Deux-Sèvres ; quelques troubles ayant eu lieu dans le Bocage, en 1803., un décret impérial transféra le siège de la sous-préfecture à Bressuire (décembre 180V}. Pendant les Cent-Jours, Thouars fut attaqué, le 18 juin, par Henri de Larocbejaquelein et Du Perat; ceux-ci envoyèrent des parlementaires à la municipalité, et il fut convenu que leurs troupes occuperaient la ville, le lendemain, à six heures du matin. Les royalistes y entrèrent, effectivement ; mais, quatre heures après, le général Deloage arriva devant la place avec six mille hommes de troupes de ligne, dans l'intention de livrer combat. La garde nationale de Thouars était -maîtresse, en outre, dupont de Trine, car elle ne se trouvait point engagée par la capitulation de la ville. La position des royalistes était donc fort critique; néanmoins Du Perat, è la tète de quelques hommes

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détermini^ , força le passage du pont, et les Vendéens purent regagner le Itocage sans coup férir [18-19 juin 1815),

Cest é Tliouai’s que, sous In restauration, éclata la conspiration dite de Himiars et Saumur. Le dimanche, 22 février 1822, plusieurs habitants de Parthenny, savoir: le lieutenant Moreau, les médecins Fradin, Ledcin et Rique et Sénéchaolt de Thénezais, ayant voyagé toute la nuit, sé trouvèrent  la pointe du Jour il la barrière du pont-neuf de Thoiiars qu’ils se ûrent ouvrir. Ils avaient à leurs chapeaux des cocardes tricolores, et qnelqnes-uns étaient mémo en uniforme. Ils se rendirent sur la place Saint-Médard , oA vinrent bientôt se joindre à eux le général Berton ; Delon , ollloier de l’école de Saumnr, déjà condamné à mort pour complot par un conseil de guerre ; Pombas , ancien ollicier et commandant de la garde nationale de Themrs; Wvereau, capitaine en retraite, alors secrétaire de la mairie; et Saugé, ancien huissier, riche propriétaire. On annonça aussitôt la chute des Bourbons, auxquels succédait un gouvernement provisoire dont les membres furent désignés, et l'on prétendit qu’un corps de six mille hommes allait arriver par la route de Thouars. Puis les conjurés se portèrent sur la caserne des gendarmes, pour les désarmer, et arrêtèrent quelques royalistes. Le rasscinbleinent avait grossi sur la place Saint-Médard, où se trouvait en ce moment le nommé L'heureux , émissaire, a ce qu’on assurait, de la ville de Nantes. Berton fait lire sans retard deux proclamations, l’uae au peuple français, l’antre à l’armée, et se met en route pour Saunmr. A trois heures, il atteignait Montreuil- Bellay, d’où les gendarmes étaient absents; il se présenta, avant la nuit, nu Pont- Fouchard , à l’entrée de Saumur, où était le maire Monpassunt , avec quarante gardes nationaux et un détarheincnt de l'école d’équitation. Le maire parlementa pourhircdditiondc la ville, et le rassemblement demeura au Pont-Fouchard une partie de la nuit.

F.nlln, à deux heures dn matin, le général Berton perdant toute espérance, prit le parti de se retirer avec les siens par la route de Montreuil. A Brion, il quitta son habit d’ofticier - général et le rassemblement se dispersa, tandis qu’un détachement de cavalerie le poursuivait sur In route de Doué. Telle fut l'issue de cette tentative , exécutée avec une grande résolution , mais mal combinée. Le général Berton, llaffé, Fradin, Saugé, Sénéchault et Jaglin furent <ondamnés à la peine de mort : le chef des insurgés, roimne nous l’avons dit dans notre notice, sur Poitiers , eut la tète tranchée dans celte v ille , le 5 octobre ; Jaglin et Saugé furent exécutés à Thnnars, le 7 du même mois ; ce dernier mourut en criant: Vive la Héimblique ! Qaani aCaffé, il s’était donné In mort dans son cachot; et Fradin et Sénéchault avaient obtenu une commutation de |>cine. Nous ne parlons point des onze accusés que la cour d’assises de Poitiers condamna aussi à mort par contumace, ni de ceux de leurs complices, nu nombre de trentecinq , qui expièrent dans les prisons leur participation à la révolte de Thouars.

Le château de Thouars est un des plus beaux monuments de ta France ; il se compose d’un gros corps de logis surmonté d'un dôme et de quatre pavillons ; les teiTasses, formant quatre jardins en amphithéâtre, se terminent n ta rivière du Thoiiet qui décrit un arc de ce côté. Il y avait autrefois dans 1a serre phis de deux coûts orangers, collection aussi belle que celle de Versailles et qui fut sup-

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primée par esprit de courtisunerie. Au nord du rhAleau, on voit la chapelle que construisit Gal>rielle deBourbon-Montpciisior, femme du ricomtc Louis 11, et que le i*apc Léon X érigea en sainte-cliapelle, le 18 janvier 1515. Elle consiste en quatre l'glises placées les unes au-dessus des autres ; la (^ua basse, taillée dans le gneiss du sol, servait de sépulture à la famille leigneoriale de Tliouars; on l'ouvrit, le i mai 1793, pour fondre les cercueils qu'elle renfermait et jeter au vent les cendres des l.a Trémouille. Parmi les autres monuments curieux de Tliouars, nous citerons deux tours bAties nu commenreroeut du xiP siècle, lesquelles servent aujourd'hui de prison, et la Portc-au-Prévôt, «massif carré, flanqué à ses angles extérieurs de deux tours rondes. » Le château de Tliouars, affecté sous l'Empire à la Légion d'honneur, fut rendu, sous la Restauration, à la famille de La Trémouille; celle-ci le vendit à la ville; qui le convertit eu caserne d'infanterie. Thouars n'est plus, du reste, aujouril’hui qu’un chef-lieu de canton de l'arrondissement de liressuire ; sa population s'élève à peine à 2,300 habitants ; il ne lui reste plus de tous scs établissements civils et religieux qu’un hôpital et un collège, lequel, fondé au XIV* siècle, reçut de grands développements en 1590 et 1029. La ville a quelques tanneries; son commerce consiste en grains, en vins blancs de son territoire et qui sont estimés, et en eaux-de-vie. Il se vend à ses foires des bestiaux de toute espèce.

La biographie de Tliouars est assez riche ; sans compter ses anciens seigneurs, vicomtes ou durs , il nous suflira de nommer: le fameux professeur CnmeiUe- Honavenlure Beriram; les jurisconsultes Isainberl cl iMrrher; les médecins François Brion et de La (larde, -les historiens Droiiyneau de Bric et Hubert de Thouars, capucin; le controversiste T’/iowins Gow/rfe; et enlln les frères /(edoii, hommes politiques et administrateurs distingués

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BRESSUIRE

CBATlftliOW - BUn-SÉTRS. —A&OXWTOM- CHATEAU.

Quand on arrive à quelque distance de Bressuirc, par la route de Nantes, on aperçoit la ville qui s'éleud en amphithéAIre sur une colline à pente douce dont les pieds se baignent dans un ruisseau ombragé de grands arbres. Tout autour la campagne, très-accidentée, est rom crtc d’une v égétationvigoureuse ; c’est le Bocage de la Vendée militaire, pays granitique ou schisteux qui s’étend des plaines du lias Poitou aux rives de la Loire et comprend des portions notables de quatix: départements. Iji nature a déjà dans les environs de liressuire un caractère particulier, une sorte d'abondance sauvage. La ville vous séduit d’abord par son

I. BeetuH du historiens ds France. — Rymer, Fcedera. — Manuscrits de dom Fonleneau. — Boilehel, Annrtics d'Açttitaine. — Bei'IIire de Boitrniseaux , Histoire de ta ville de Thouars. — De I..1 KoiiIcneBe, Recherches sur les chroniques de .Saint-Maisent ; Philippe de Commines en Poitou , ol yigueries du Poitou; — Cnlitviions manii^’rilt>s de l'auteur.

nspcrt piUoresquc : à (taurhc, les magnifiques ruines de son viens rhiMeau sortent riqirieieuscmcnt d'un roelier de granit ; no milieu, l'immense elorher noir, édifié eiilièremenl avec cette matière, et dans une forme qui lui est propre, domine tout le paysjiqe : c'est l'é;;lisc qui commande même à la féodalité ; un peu à gauche, la porte la IMte s'ou\re sur la route de Saumiir et la porte Saint-Jacques sur celle de Fontenay. Ces deux portes, avec quelques traces des murs d'enceinte, sont presque tout ce qui reste des fortifications de la ville de Dressuire, si renommées nu moyen Age. En entrant dans la ville, on trouve des rues larges et bien pavées : griice aux facilités pour l'écoulement des fontaines qui surgissent sur plusieurs points, elles sont en général d’une grande propreté. I.es maisons incendiées pendant les guerres civiles ont été rebâties en beaux matériaux des environs, lesquels n'ont d'autre défaut que d’absorber aisément l'humidité de l'atmosphère. Bressuire renferme, d’ailleurs, de vastes jardins, des promenades et des pinces plantées d'arbres; la ville vient d'étre entourée de boulevards, auxquels aboutissent neuf tronçons de roules stratégiques et départementales et quatre chemins de grande communication. En 1789, il n'existait pas une seule route importante dans ces parages; aujourd’hui nul canton n'est plus accessible.

Bressuire était, avant la révolution, le chef-lieu d’un doyenné très-étendu dont le siège avait été primitivement à Saint- Porchaire, localité distante d'une lieue ; la ville était divisée en deux paroisses : Saint-Jean et Notre-Dame ; celle-ci, qui était la principale, dépendait d'un prieuré relevant de l'abbaye de Saint-Jouin-de- Marnes ; la paroisse de Saint-Nicolas-du-Chéteau est postérieure à 1789. Il y avait, en outre, à Bressuire un prieuré du nom de Saint-Cypricn, dépendant du monastère de Saint-Cyprien de Poitiers; Ceoffroy, vicomte de Thouars, y avait joint son bourg, en 10-29, c’est-à-dire le faubourg de Saint-Cypricn. Les habitants de Bressuire exploitaient, sous l’ancien régime, des fabriques d'étoffes de laine et de laine et fil; leur importance était considérable ; ruinées en partie par la révocation de l’édit de Nantes et la perte du Canada, elles ne purent résister au dernier coup (|ue leur portèrent les guerres de la Vendée. Bressuire, aujourd'hui l'un des chefs-lieux de sous-préfecture du département des Deux-Sèvres , -est l’cntrepét d'une certaine étendue de territoire ; il se fait dans scs nombreuses foires et ses marchés un commerce considérable de grains et de bestiaux l.a population de l’arrondissement est de ü'r,C78 habitants; celle du chef-lieu, qui était tombée à COO limes après la guerre de la Vendée , s’élève actuellement à 3,000 et va toujoucs en augmentant. L’ancien collège, autrefois très-important, a été converti en caserne d'infanterie : il y a pourtant à Bressuire une institution assez nombreuse, tenue par des ecclésiastiques, et la ville possède un hôpital assez riche et bien administré.

Ijc souvenir des seigneurs de Bressuire se rattache à toutes les expéditions et à tous les grands faits du moyen âge. Ils portaient le nom de Beaumont , qui était celui d'une seigneurie située près de N'ueil-sous-les-Aubiers dont ils étaient originaires. C’est probablement à ces seigneurs qu'il faut attribuer la construction du château : l'un d'eux, Thibault de Beaumont, ne balança pas à en détacher les moulins, placés directement sous les murailles, pour les donner au prieuré de Saint-C.yprien dont les bâtiments joignaient ces mômes moulins (1029). Comme

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les vicomtes de Thouant, leurs suzerains, les seigneurs de Bressuire passèrent tour à tour du parti de la France à celui de l'Angleterre. (îi'èce à l'un d’eux qui accorda de nombreux privilèges aux habitants, en les exemptant de toutes les l'edevances auxquelles ils étaient assujettis, les étrangers afliuèrent dons la ville, dont la population, composée en grande partie de marchands et d'artisans, s'élevait déjà à 7 ou 8,000 âmes, quand fut signé le traité de Brétigny (1361). Dix ans après, Cressonval et les Anglais, poursuivis par le connétable Du Gucsclin, se retirèrent en désordre sur Bressuire, occupé par des hommes de leur parti ; mais ils en trouvèrent les portes fermées et les ponts levés : car, dit la chronique de Du Gucsclin, ceux de la ville appréhendaient si fort Bertrand qu'ils n'osaient pas se déclai-er pour ces fuyards, de peur de s'attirer un siège qui Gnirait biontét par le caniage de leurs hahitants et le sac de Bressuire. Cressonval fut enveloppé et sa troupe massacrée presque tout entière : les habitants et la garnison, du haut des murailles, furent témoins de cette épouvantable boucherie; plus de cinq cents Anglais restèrent sur le carreau. Le connétable Bt aussitôt sommer le gouverneur de la place de se rendre , et, sur son refus, lui offrit de passer outre, à condition qu'on fournirait, moyennant paiement, des vivres pour un jour à scs soldats. Le gouverneur répondit qu'il les donnerait volontiers s'il élait sùr que ceux qui les mangeraient fussent étranglés jusqu'au dernier, a Ah ! félon portier ! s'écria Du Guesclin courroucé de cette insolence, par tous les saints vous serez pendu par votre ceinture ! » La place attaquée aussitôt ne put résister à l'impétuosité des Français, qui, dit une relation de ce siège, s'acharnant à l'assaut avec une vigueur incroyable, fichaient leurs dagues et leurs poignards entre les pierres et les mortiers afin de se faire des échelons pour monter à la cime des murs. Clisson , le maréchal d’Aiidrcghem qui en mourut, le chevalier qu'on appelait /e Poursuivant d' Amour, Alain de Taillecol dit l’abbé de Malpaye, le jeune chevalier Jean Dubois qui planta le premier étendard sur les murailles, et Du Guesclin qui criait ; «Allons, mes enfants, ces gars sont suppédités! » tous firent des prodiges de valeur, la ville fut noyée dans le sang des Anglais; la citadelle ne tarda pointé^e rendre à discrétion. Le connétable accorda la vie sauve aux soldats, mais il fit pendre, comme il l'avait juré, le gouverneur à une tour du château en vue des prairies de Saint-Cyprien. Il laissa ensuite une garnison à Bressuire, et reprit avec son armée le chemin de Saumur ( 1371).

A la fin de la lutte anglo-française, les seigneurs de Bressuire se trouvèrent beaucoup plus maîtres chez eux qu’ils ne l'avaient jamais été ; ils acquirent rapidement une grande puissance et de grandes richesses. En llvU5, Jean de Beaumont, Mathurine d’Argenton, sa femme, et Gui de Beaumont, seigneur de Sigournay, leur fils, fondèrent un couvent de Cordeliers dans cette ville. L'aumônerie de Saint-Jacques remonte, ainsi que la foire considérable de même nuin, à l’époque où l’on faisait de fréquents voyages à Saint-Jacques de Gompostellc ; ceux qui avaient au moins une fois accompli ce pieux pèlerinage, ne manquaient jamais de se réunir à Bressuire, le jour même de la fêle du saint. Jacques de Beaumont, auquel Louis XI écrivait, en tête de toutes ses lettres, Monsieur de liressuire, mon ami, et qui joua un rôle odieux dans la spoliation de l'héritage de Louis d'Amboise , est sans contredit le plus marquant de ces seigneurs : habile

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dans l'art des constructions, il fut chargé, en 11^72, de furtiflcr le port des Sables d'OIonne; c'est lui qui Ot bâtir une partie du château de Itressuire, manoir à la fois et forteresse féodale des plus remarquables : il y a lieu de croire que la belle lourde granit, haute de cent soixante-huit pieds, docher actuel de l’église de Notre-Dame, est duc aussi à son goût pour les arts. Louis XI , lors de la l'éceplion qu’il fit aux Anglaisâ Amiens, en lâ7.5, le chargea, à cause de sa (tonne mine , de faire les honneurs d'une des tables dressées aux i)orles de la ville. Devenu sénéchal de Poitou, Jacques de Beaumont réunit le ban et arrière-ban de la province, en U92; enfin on le voit figurer dans toutes les circonstances importantes de l’époque. La seigneurie de Bressuirc, après avoir été transmise |wr mariage à une autre maison de Beaumont, passa tour à tour dans diverses familles ; elle appartenait aux Kiosques, dans les premières années du xvii' siècle, et au marquis d’Angeaii, vers le commencement du xviir ; la maison d’Albert de Lujnes la possédait vei's l’année 170."), il y a cinquante ans à peine; le château cl scs dépendances sont aujourd’hui la propriété d’une famille parlementaire de Pan, qui en fit alors l’acquisition.

Nous rapporterons ici un épisode curieux dans l’histoire moderne de Bressuire. Sous le règne de Ixtuis XIV, Augustin Lemarchaiid, cordelier de cette ville, quitta le froc vers l’année 170.5, quand éclata la guerre de la succession d’Espagne, et s'engagea dans l’armée de l'archiduc Uharles, depuis empereur d'Allemagne, sous le nom de Charles VI, mais qui alors disputait aux Bourirons l'héritage de la monarchie espagnole. Tandis que le moine de Bressuirc était au service de ce prince étranger, il prêta, dit-on, l’oreille à des propositions d’empoisonnement contre Philippe V cl sa famille. Découvert au moment où tout était préparé pour l’exécution du crime , Lcmarchand parvint à s’évader, rentra en France, et se retira dans son couvent, où l'on consentit à le recevoir, sous la condition qu'il ferait pénitence. La mai'échausséc ne larda point toutefois à venir le réclamer ; il fut saisi et condamné à terminer scs joui’s dans une étroite prison : on obtint de lui , à ce qu’on prétend , des révélations fort singulières .

Dès le commencement de la H('■volulion , les principes démocratiques prédominèrent à Bressuiro. Les habitants refusèrent d'acquitter les impôts indirects ; mais celte première émeute fut apaisée promptement. Après rarrcstalion du roi , â Varennes , de nouveaux troubles ayant éclaté , deux commissaires de l'Assemblée Nationale, Gallois et Gensonné, se transportèrent â Châtillon-sur-SèvrT, chef-lieu du district; ils y convoquèrent les délégués des cinquante-six communes environnantes, et rétablirent l’ordre momentanément, en favorisant l’émission de pétitions où l’on demandait la liberté des croyances religieuses, ainsi que la rentrée dos prêtres non assermentés, et en ouvrant les prisons aux détenus enfermés à l’occasion de ces troubles. Bientût, cl coup sur coup, le décret de dé|>orlntion contre les prêtres réfractaires, les journées du 20 juin et du 10 a«ùt, l’incarcéra- Üon du roi et de la famille royale, enfin, les premiers succès des puis.sances coalisées, ranimèrent tous ces ferments mal étouffés , dont l'explosion fut produite par le décret de lu levée de trois cent mille volontaires. L’insurrection devint générale: elle eut pour chefs Delouche, ouvrier piaMier, qui, patriote d'akird et maire de Bressuirc, ayant perdu la confiance de ses administrés, s’était déclaré pour le

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parti opposé, et Baudry d’Asson , geiitilbomme des environs de la Forét-sur-Sèvrc, ancien officier retiré à la campagne, où il menait une vie assez désordonnée, lin rassemblement de pavsans armés de bâtons, de fauK et de fusils do chasse, se forma dans les paroisses circonvoisines , et se [wrla au château de llracliien , appartenant à Baudry d'.Asson, qui s’y tromait avec Delouche. On se rendit ensuite à la Korêt-sur-Sèvre, où l'on mit à sac la maison d'un palriote. On se dirigea, de là, vera Châtillon-sur-Sévre, où étaient des gendarmes qui voulurent empêcher le rassemblement d'avancer ; un métayer de la Honde , excellent tireur, fit feu et tua l’un des gendarmes : ce fut le pre mier coup de fusil tiré dans la Vendée, l’arvenus à Cliâtillon , le 22 août, les insurgés y brûlèrent les papiers du district. Le lendemain, 23, une troupe de paysans mal armés marcha sur Bi'essuire ; les adininislratenrs du district, qui y étaient accourus avec les gardes nationales de Thouars et d'Ainault, aidèrent les habitants de la ville à les repousser. Les paysans perdirent une cinquantaine des leurs et prirent la fuite. Les insurgés, en forces, revinrent le î4. Une première attaque eut lieu du côté de la porte La Bâte, et ne réussit |>oint. Bientôt, cependant, la colline du .Moulin-Cornet se couvrit de masses énormes d'insurgés, conduites par Delouche, Baudry d'Asson, Calais et Richeteau de la Coindrie, qui les mirent en mouvement du côté de la porte Saint-Jacques. La ville avait heureusement reçu des renforts considérables, composés de soldats de la marine de Uoebefort, de gendarmes de Niort, et de détachements de gardes nationales des départements de la Vienne, des Deux- Sèvres , de la Loire-Inférieure et de Maine-et-Loire. ïxs insurgés, marchant en colonnes serrées, tirent en vain des prodiges de valeur. Le désordre gagna leurs rangs, et quand l'artillerie, qu'on attendait d'un moment à l'autre, fut en batterie, et eut commencé scs décharges, ce ne fut plus, parmi eux, qu’une déroule. Pour récompenser les habitants de Bressuire de leur vaillante conduite, l’Assemblée Nationale fixa dérinitivement le siège du district dans leur ville (30 août 1792).

Bressuire, situé au milieu du Bocage, devait nécessairement jouer encore un rôle dans la grande insurrection vendéenne. Bientôt pris et repris'tourà tour par les royalistes et les républicains, il fut en butte à toutes les hon'eui's de la guerre : une des colonnes infernales de l’armée conventionnelle, celle du général Grignon, l'incendia, en 1793, dans sa marche dévastatrice; et, de toutes les maisons de la ville, livrée aux flammes, deux seulement restèrent debout. Le gouvernement consulaire songea A relever Bressuire de ses ruines, dès que l’ordre eut commencé de renaître ; et, pour bâter cette œuvre de restauration, il accorda même des primes à scs nouveaux habitants. Sa population, réduite en l'an IX à 630 personnes, .s'élevait déjà à plus de 1,043 au commencement dc,,ran xiil- On reconstruisit les halles, le collège et le champ de foire de Bressuire, et , vers le même temps , le tribunal du premier arrondissement communal y fut , placé. Enfin , on y transféra , en 1804 , le siège de la sous-préfecture , fixé d'abord à Thouars.

Le château de Bressuire est une des plus belles ruines de l'ancienne France ; il soutient la comparaison, sans désavantage, avec les ruines de <2lisson et de Pierrefonds. Situé à deux cents mètres environ de la ville , il était défendu , au

Digitizod by GuOglc

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nord Ët au nord-eüt, par une triple enceinte de Tosséa; à l’est, au sud et à l'ouest, par les rochers à pic sur lesquels il s’élève. Au sud , existait un étang, près dti |)rieuré de Saint-Cyprien, qui communiquait, dit-on, à la forleresse |iar des constructions souterraines passant sous la petite rivière et aboutissant à la poterne qu’on voit encore avec trente-sept tours presque entièrement consenées. lies toursdatent évidemment de plusieurs époques : les unes sont propres à l'usage des armes à feu, les autres au tir à l’arbalète, ce qui est indi<|ué par des ouvertures en croix. L'épaisseur en est prodigieuse, et la matière si dure et si compacte que lu couronnement d'une de ces tours a été renversé à terre sans être démoli , et i|ii'il présente encore une masse d'un seul bloc. I.,a seule porte par laquelle un pénètre dans ces immenses ruines , a pour dérensc deux tours et un double poiiail avec des herses. C'est la partie la plus accessible, elle se trouve de niveau avec la ville : aussi, est-elle cernée d'un double fossé. D’ailleurs, les anciens murs d’enceinte se terminaient, à l'ouest, par une tour ou cavalier, en regard de la dernière tour, formant vedette hors du chèteau, et ne laissant ainsi qu’un espace étroit, très-facile à garder. Un autre édifice de Bressuire, qui ne se recommande pas précisément par la beauté de son arcbitecture, mais auquel se rattache un précieux souvenir, est l'hôtel de la sous-préfecture, lourd bélimenl couvert en ardoises, pour la construction duquel l'Empereur, à son passage dans la Vendée, fit la moitié des frais, tandis que l’arrondissement devait payer l'autre : c'>!St là, en effet, que l'historien des ducs de Bourgogne, M. de Baranlu, n'étant encoru que sous-préfet de Bressuire, a écrit son Tableau de la littérature française au kvii* siècle , et son chapitre sur les maurs vendéennes , inséré dans les àlémoires de madame de La Kochejaquelein.

C'est au village de Beaulieu , près de Bressuire , que naquit, dans le xi' .siècte,. Haoul Ardent, aumônier du comte de Poitou , Guillaume l\, qu'il accompagna à la croisade; théologien profond, philosophe éclairé pour le temps, et très-versé dans les langues savantes. Les Cordeliers de Bressuire conservaient soigueusement dans leur bibliothèque un recueil manuscrit de ses homélies.

Cht)tillon-sur-Sèvre, petite ville située sur le ruisseau de Loing, n’a pris le nom qu’elle imrte aujourd’hui qu'un peu avant le milieu du xviii' siècle : son ancien nom est Mauléon {ilateotium]. La race de ses seigneurs s'éteignit, un quelque sorte, dans la pei'sonne de Savary de Mauléon, le plus illustre de tous, troubadour célèbre , grand homme de guerre sur terre et sur mer, et l’un des capitaines les plus marquants dans la lutte anglo-française, au commencement du xiii* siècle. Ses biens, nolaroment-la baronnie de Mauléon, passèrent, par alliance, dans lu maison ^e Thouars. La baronnie, qui avait toujours suivi le sort de cette famille, étant échue en partage à un puiné, fut vendue à M. Des Granges de Surgère, qui la céda au comte de Chdtillon, lieutenant général, et gouverneur du Dauphiné. I'.elui-ci la fit ériger, sous son nom, en duché-pairie (173<»). Comme il existait un Chàtillon-sur-I/)ing, on transforma le nom de Mauléon en Chàtillon-sur-Sèvre, quoi(|ue la Sèvre-Nantaise n'arrosi; point le territoire de cette petite ville, et qu’elle coule même à une lieue de distance.

L’histoire de Mauléon, ou Cliàtillon, peut se résumer en quelques lignes : les

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gnerrps reltsirnscs pI les gtiprrps rivilps lui ont été égalempnt fatalps, é dput épo(|UPS dilïéreiilps. Los protpstniits, s'cii étant emparés, en 1581, pillèrent l'abliaye di‘ la Trinité, dont la fondution remontait à la lin du xr siècle (1080); ils emiMirtèrenl tous les vases et toute l'arnenlprie du monastère, butin évalué à trente mille louis, somme énoniie pour le temps. En 1792, cette ville devint le quartier général de la première insurrection royaliste de l'ouest; la colonne infernale, < ommandéc par le général Grigon , l'incendia en 179:).

Quoique cbef-lieu d'un duché-pairie, Cb.1tillon-sur-SèvTc n'avait qu'une médiocre importance , sous l'ancien régime. I,a fête publique de la Bachelette ili- Mauléon, qui lui communiquait, chaque année, un peu de vie et de mouvement., avait été abolie (var arrêt du parlement de Paris (juin 1779). I.'abbaye de la Trinité était occupée par des génovéfains : en 1789, elle possédait encore des serfs, quand, depuis quelques années, il n'en existait déjà plus dans tout le royaume. On h'S distinguait en hommes fourroyants et hommes foun'oyants de foi : ceux-ci étaient astreints à plus d'obligations que les autres. Cbàtillonsur-Sèvre, aujourd'hui clief-licu de canton de l'arrondissement de Bressuire, n'a pas plus de 1,200 habitants, sans compter l'annexe de Saint-Jouin-.sous-Chàtillon, où les Bénédictins avaient jadis un couvent dépendant du grand monastère de Saint-Jouin de Marnes. Les habitants exploitent des fabriques d'étoffes, et jouissent de foires très-suivies, surtout pour le commerce des moutons.

Argenton-Cliàteau {Àrgentomagus) est une petite ville bâtie sous la protection d'un cliàteau dont il ne reste plus aucune trace. Ses premiers seigneurs, feudataires des vicomtes de Thouars, portaient pour nom patronymique le nom indme de leur terre. En 1V73, le lief, après diverses transmissions, était pos.sé dans la maison de Cbambes-Montsoreau : Philippe de Gommines, ayant, à cette époque, épousé la tille du seigneur d'Argenton, Hélène de Chainbes-MonLsoreau, acheta la terre avec les libéralités de Louis XI, et reconstruisit le clwiteau, où, plus tard, il devait écrire ses mémoires. Argenton avait été érigé en paroisse, en 1068, par l'évêque île Poitiers Isambert, à cause du grand nombre de familles du pays qui étaient venues se placer sous la protection de son chitteaii. C'est alors que la ville prit le nom sous lequel on la désigna depuis pour se distinguer d'une antre petite ville de même nom, située à peu de distance, et appelée Argeotonl' Église. Pendant les guerres de la Vendée, Argenton-Château fut livré aux flammes comme Bressuire et ChAtillon-sur-Sèvrc. Sa population descendit, à nn chiffre très-bas : elle est aujourd'hui de 800 âmes. 1-a ville, ciicf-lieu de lanloii de l'arrondissement de Bressuire , est traversée |>ar deux grandes routes et a de bonnes foires. '

1. des historiens de France. — .WanuicWfi de doni Fonlencan. — Bonrhel, Annales

d' Aquitaine. — (îtiyard de Bervillt*, fiistoire de Un fluescHn. — I)n*ux du Rmllfr, hibliothèifue du Pùitois. — De Ij) ptHiteAelle , ÜPt'ue angiu-frau^aise ; Prise de Bressuire par Du Guesetin\ Çomyne en Poitou. — pre.sidunt Atiliin , Tiotiee sur le château de jfrejtuire. Boiirniscaux ^ Histoire des guerres de ta Vendée. — Le .Moniteur universel du 19 jauvicr 1H05.

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