IV
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timides : telle a toujom-s été, en toute occasion, la bonne politique pour calmer ou pi'é\enir les troubles dans la Vendée. Parmi les hommes du pays dont le gétiéi-al Gourion écouta les inrurmations et employa l’induence, celui qui obtint le plus sa confianue fut l'abbé Herbert, curé d'Aizenay. Il n'avait point paru dans la guerre civile. Dés le coinmencemeiit des persécutions révolutionnaires, il s'était retiré en Espagne , et en était revenu depuis que les temps s'étaient radoucis. Sous l'écorce un peu grossière d'un curé de village, il était un homme de beaucoup d'esprit, fin, habile, sans nulle ardeur religieuse, mais convenable dans le langage et le.s apparences ; ses relations avec les gentilshommes et les propriétaires étaient bonnes et familières ; il avait aussi la cuiiOanee des paysans. Le général Gouvion logea , pendant une grande partie de su mission , au presbytère d'.Kizenay, et l'abbé Herbert devint son conseiller intime.
Ce fut de leurs entretiens que sortit l'idée de placer le chef-lieu de l'administration au centre du département, et d'y faire converger des routes, alin d'établir des communications faciles dans toute cette région. Fontenay, où était la préfecture, se trouvait presque à la frontière du département, en pays de plaine ; tous scs rapports étaient avec Niort, Rocliefort, I>a Rochelle, ef point avec les pays de Bocage ou de Marais, qui avaient été le lliéélre de la guerre civile. En outre, et c'était le pire inconvénient, toutes les villes étaient, comme il est facile de le concevoir, animées d'opinions hostiles auv populations insurgées ; on avait combattu les uns cuntic les autres ; les Vendéens avaient pris Fontenay ; les colonnes républicaines y avaient tenu garnison et y avaient trouvé des guides et des auxiliaires : les rancunes étaient restées vives. A tout propos les villes croyaient voir arriver les bandes de paysans à main armée; et le Bocage s'imaginait .sans cesse que des colonnes mobiles allaient faire des incursions.
le premier consul fut frappé des diverses considérations que lui présentait la correspondance du général Gouvion. Sans plus ample information, sans consulter les autorités locales, il signa, le 5 prairial an xii (2.'> mai tSOV), huit jours après le sénatus cousulte qui le déclarait empereur, le décret impériaf que nous rapportons ici :
Au pahis (le Saîiit-Cloud » le 5 |>rairi:il an xii.
Napoi.éon , Empereur des Français, sur le rapport du ministre de l'Intérieur, décrète ce qui suit :
ABT. 1". >— Le chef-lieu du département de la Vendée sera transfert^ à la Roclie-sur-Yon le 1" fructidor prochain.
Art. 2. — Un ingénieur des ponts et chaussés et un officier du génie militaire seront envoyés à la Roche-sur- Von.
Ils détermineront, sur les lieux , l'emplacement de la préfecture, du tribunal , de la prison, de casernes propres à contenir deux bataillons d'infanterie et les ofQcicrs, d'un bépital militaire pour trois cents lits, d'une manutention des vivres , d'un magasin de subsistances et d'un lycée. Ils traceront l'ouverture et l'alignement des rues dont le terrain serait concédé, à la charge de bâtir des maisons, leurs plans et projets seront dressés dans les proportions nécessaires à une ville de douze à quinze mille éines.
Ils reconnaîtront le cours de l'Voii, et détermineront l'espèce de navigation dont cette rivière est susceptible.
LA ROCHE-SUR-YON
Ces opérations seront dirigées et suivies de manière que les mémoires détaillés et tous les plans à l'appui soient présentés par le ministre de l'intérieur au premier travail de messidor prochain.
Art. 3. — Des routes seront ouvertes entre la Roche-sur-Yon, les Sables d'OIonne, Montaigu et Sainte-Hermine, et dirigées de manière que la communication soit établie entre Fontenay, Nantes, les Sables et la Roche-sur-Yon.
Art. 4. — Un mémoire et des projets seront dres.sés pour faire connaître :
1° Les améliorations nécessaires au port des Sables, pour qu'il devienne le port d'entrepôt de toute la Vendée;
2° Les manufactures qui peuvent être établies à la Roche-sur-Yon et les encouragements qu'il convient d'accorder.
Art. 3. — I.a construction des bêtiments de la préfecture, du tribunal et de la prison commencera dès cette année.
A cet effet un fonds de cinquante mille francs est mis it la disposition du ministre de l'intérieur.
Art. 6. — La construction des casernes , de l'hôpital militaire, de la manutention des vivres et du magasin des subsistances commencera dès cette année.
A cet effet un fonds de cinquante mille francs est mis à la disposition du ministre de la guerre.
Art. 7. — I>es travaux pour les comrouniéations de la Roche-sur-Yon , aux Sables d'OIonne, à Montaigu et à Sainte-Hermine commenceront sans aucun délai et seront poursuivis avec activité.
A cet effet un fonds de trois cent mille francs est mis à la disposition du ministre de l'intérieur. ,
Art. 8. — Les ministres de l'intérieur, de la guerre et du trésor public sont chargés de l'exécution du présent décret.
Bien que ce décret suppose un rapport du ministre de l'intérieur, il est à peu près hors de doute qu'il fut rendu de propre mouvement. Aucune trace de cette pièce ne subsiste dans les archives du ministère. Le décret ne fut point inséré au Bulletin des lois, ni mentionné dans aucun journal , tant Napoléon désirait que le public ne s'occupât en aucune fa(on des départements de l’ouest. Dix jours après le préfet de la Vendée reçut l’ordre de se conformer aux dispositions de ce décret ; nulle instruction détaillée, quelque nécessaire qu’elle pût être, ne lui était donnée. On lui signifiait une volonté absolue, sans s'inquiéter des embarras et des difficultés.
Le préfet ne fit nulle objection sur le fond du projet; il y reconnaissait, écrivait-il , « le génie vaste et prévoyant de l’Empereur, et applaudissait à l’établis- « sement d'une ville importante dans le centre de la Vendée. » Ses réflexions s'appliquaient seulement au bref délai qui lui était donné pour accomplir la translation de toutes les autorités administratives.
« Je ne sais, disait-il, si on vous a rendu compte de ce que c'est que la Rochc- « sur-Yon. Avant la guerre civile, ce bourg contenait à peu prés une centaine de U maisons. Il a été totalement incendié. Lorsque je le visitai, il y a trente mois, n on n'avait rebâti que cinq ou six maisons; aujourd’hui il y en a peut-être ujie U trentaine, occupées par un plus grand nombre de familles; pas une n'est dispo-
«nible; pas une, môme passnblemetit baliitable; les ingénieurs, qui vont se « rendre sur les lieux, seront à peu près obligés de camper. »
Puis le préfet énumérait les diverses et nombreuses admiidstrations qui siègent dans un cbef-Iieu de département, les bureaux, les caisses publiques, les archives indispensables aux affaires courantes. i Enfin, disait-il, même les employés de « mes bureaux disent qu’ils ne peuvent me suivre. Je serai donc le seul qui pour- « rai me rendre à la Knrbe-sur-Yon ; si on pei'sisie à opérer la translation dans < deux mois, néres.sairement l'administration va se désorganiser. »
La volonté de l’Emirereur était si précise et si absolue que le ministre crut inutile de mettre sous ses yeux les objections du préfet. Un rapport lui avait été présenté par scs bureaux. Il ne voulut point le signer, tant il savait que l'hésitation n’était pas permise. Le préfet avait demandé que la nouvelle ville re(iU le nom de Napoléon. L’Empereur montra peu d'empressement à y consentir et sembla ne pas mettre d'im|>orlance à cet hommage. Ce fut seulement deux mois après, à la veille de la translation, que le préfet reçut du ministre l'aulorisation de changer le nom de la Roche-sur-Von en celui de Napoléon. Aucun décret impérial , aucun acte ministériel ne conféra solennellement ce nom à la future ville; il lui fut donné par arrêté du préfet.
La volonté de l'Empereur fut faite : le 1" fructidor (19 aoilt 180V), la préfecture fut installée. Le préfet se logea daVis le chêtenu de la Rrossardière , h une demilieue de la Roche-sur-Yon , où quelques chambres avaient éx'happé aux incendies de la guerre civile; il eut un cabinet dans une des maisons du bourg. On avait construit à la bête quelques baraques en torehis pour scs bureaux; les employés des diverses administrations se rasèrent comme ils purent dans des maisons ë demi minées. I.es ingénieurs s’étaient dépêchés de rendre praticables aux voitures les chemins vicinaux qui conduisaient à ce village isolé loin des grandes routes.
Tout en obéissant docilement, cbacun avait consené son jugement; on continuait i ne pas trouver raisonnable cette façon soudaine de fonder une ville, sans en avoir r'hoisi le lieu avec information et mûre réflexion. Percer de routes le pays de Bocage, ce labyrinthe inaccessible à la force publique et aux influences de la civilisation et du commerce, y cr(’*r une ville nouvelle, y accomplir de grands travaux, c’était sans doute une excellente pensée; elle n'était pas difficile k concevoir et souvent elle avait été produite. Le génie d'un souverain consiste ë reconnaître , à vouloir et à exécuter les projets utiles demandés par les opinions sensées. Mais la Roche-sur-Yon ne remplissait pas les conditions néces-saires pour devenir la capitale du pays insurgé , ni le centre des communications. Situé à la limite du Bocage, sur une rivière qui ne pouvait être rendue navigable, dans un sol peu fertile, n’étant pas destiné naturellement A devenir un marché d'exportation et d’importation , n'ayant à espérer d'autre population que celle qui se groupe autour d'un chef-lieu d'administration , cet emplacement n'avait d’antm mérite que d’être au milieu de la carte géographique du département de la Vendée. Si l'Empereur s’était donné le temps d’examiner, il aurait procuré à son grand et bienfaisant dessein, un accomplissement qui aurait eu des résultats beaucoup plus importants et une utilité plus rét'Ile. On avait pensé quelquefois ,i réunir en une seule circonscription tout le pays de Bocage, qui avait été réparti
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entre les trois départements de la Vendée, des Deux-Sèvres et de Maine-et- Loire, et à lui donner une capitale située sur la Sévrc nantaise, rivière où la navigation eût été Tacilement établie et qui eiU créé des rapports habituels de commerce avec Nantes. Les routes dirigées vers ce point central auraient traversé dans tous les sens un pays, qui, pris dans soti ensemble, est très-productif.
Quel que fdt le mérite de cet autre projet, l'administration ne se risqua point à le proposer et se borna à renouveler les objections contre le choix de la Rochesur- Von. M. de Champagny, qui avait suc< édé à .M. Chaplal dans le ministère de l’intérieur, tenta quelques cffurts contre la fondation de la nouvelle ville, et ne réussit point à changer le vouloir de l'Empereur. Il arait pris de l'humeur contre cette résistance de toutes les autorités adminislrati\es. Seulement son idée se modifia ; sans l’articuler formellement , il songea non plus à fonder une ville et à commencer une grande entreprise, mais à faire un essai, a percer des mutes et à ne donner aux travaux de la ville qu’une importance proportionnée à ses progrès probables et succassifs.
Les fonds alloués pour rette destination ne furent pas suffisants. M. Cretet, alors directeur général des ponts et chaussées, eiilraiit dans la nouvelle intention de l’Empereur, proposa de faire les construclions en pisé, selon une pratique usitée dans l’Auvergne, le Lyonnais et le Dauphiné. M. Cretet était né dans cette province et connaissait ce mode de bdtisse; il crut trouver ainsi une grande éco- Domie et rester dans le provisoire. On construisit en pierres la préfecture et une grande auberge. I..a caserne et les maisons destinées aux administrations furent en pisé. Mais le climat humide du littoral de l'Océan, mais la qualité de la terre employée au pisé, mais les ouvriers qui n’avaient pas fhabitude de ce genre de travail, bien qu’on en eût fait venir deux ou trois de Dauphiné, mais la diversité des circonstarues locales, donnèrent un mauvais résultat; les constructions n'avaient aucune solidité ; clics étaient ba.sses et humides ; l’économie même n’avait pas été obtenue.
Les choses en étaient là , lorsqu’au mois «l’août 1808, l’Empereur, revenant de Bayonne, traversa le département de la Vendée et s’arrêta à Napoléon ; il se promena à cheval dans sa nouvelle ville, qui n’était alors qu’une lande inculte, découpvie par des fossés, indiquatit le tracé des rues ; la préfecture était pres«iue achevée, ainsi que l’auberge ; quelques maisons en pisé , véritables baraques, étaient parsemées à l’entour. La caserne surtout déplut à l'Em|>ereur ; elle lui sembla malsaine par sou humidité ; il témoigna son méconlenteroenl à l’ingénieur, le traita môme avec une sorte de dureté injuste ; car il avait fait et exécuté les projets selon les ordres et les instructions qui lui avaient été donnés.
(ie séjour de quelques lieurtvs à Napidéoii et ce voyage de la Vendtve furetit très-remarquables et laissèrent de vives impressions dans les esprits. L'Empereur, politique à part , avait toujours eu du goût pour les Vendéens, comme gens qui s’étaient vaillamment battus. Il arrivait avec l’intenlion de les bien traiter, d’exercer sur eux ce pouvoir de séduction qu’il avait à un si haut «h-grc, et de se donner une s«irte de popularité dans ce pays «le guerre civile. Ce «le fut point des administrateurs et «les fonctionnaires qu’il s'«)c« upa, mais des maires, et des magistrats locaux. L'abbé llcibcrt Sc présenta à la tête des curés du voisinage; car il était vicaire-général du diocé-se de Lu Rochelle, i|ui comprenait alors le dé-
tu
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partement de la Vendée ; l’Empereur vit bien <|uH avait afTaire è un homme d'esprit et se mit à lui parler familièrement , arec ce laisser-aller, ret air de ronfiancé qu'il savait si bien emplojrer pour i harmer ceiii qui lui semblaient en valoir la . peine. Il eipliqua ce que, selon ses idt'-es et scs intentions, devait Otre un curé de village, quelle considération et quelle inlIuOiicé il était destiné à avoir; comment il lui convenait d’être le conseiller et le tuteur de ses panassions , le vrai . juge de pair du canton ; qu'il fallait, dans les séminaires, donner au\ jeunes prêtres des notions de droit, de méîdecine et d'agriculture, afin que le curé fût consulté sur toutes choses par les paysans ; qu'il serait le meilleur distributeur des aamdnes et le père des pauv res ; qu'ainsi les curés eierceraient une salutaire puissance, bien préférable à celle qu'avaient autrefois les seigneurs. < Mais, ajnu- « tait-il, pour qu'ils aient œtte position, il serait néci-ssaire de leur donner un f c antre traitement qu'aujourd'hui, leur revenu est trop insuITlsant. Je veux l'aug- « monter; cela ne se peut pas encore ; j’ai trop de dépenses à faire. » Puis, monï trant, en riant, son cortège de ministres et de généraux, « faire de ces messieurs «diMi grands seigneurs , cela coiUe fort cher. »
En route, il s'arrêta dans les villages, parlant aux habitants, rappelant les souvenirs du passé , leur demandant s'ils s’étaient bien battus contre les bleus. Il aimait à raconter, comme preuve d'un sentiment de fierté exprimé avec délicate.sse , ce qui lui était arrive avec un paysan ; (lendant qu’on changeait de chevaux à un relui , il était descendu de voiture et il se promena un moment sur ta . grande route avec un des hommes qui s’étaient assemblé's là, lui faisant des questions sur la guerre civile; puis, en le quittant, il lira de sa poche un rouleau d'or. Le Vendéen avait près de lui son fils, garçon d'une dizaine d’années. «Tiens,
« lui dit le père, un peu offensé de cette espèce d’aumône, tiens, petit, voilà ce « que l’Empereur le donne. »
Ainsi disposé pour la Vendée , l'Empereur voulut y laisser de bienfaisantes traces de son passage. Un décret impérial du 8 août 1808 , daté de Napoléon , contenait une longue liste d’allocations distribuées avec munificence. Tout propriétaire qui rebiltirait une maison détruite pendant la guerre serait exempt de contributions pendant quinze ans, et recevrait une prime du quart des frais de construction , au maximum de huit cents francs ; car la prime était surtout destinée à relever les maisons des pauvres. Trois cent mille francs étaient donnés pour la réparation des églises et des presbytères. Un cn^dit d» trois millions était affecté à l’achèvement de la ville de Napoléon; une somme égale était destinée à terminer les routes.
' La guerre d’Espagne allait commencer ; l'Empereur n'eut point le loisir de s’oc-
cuper tout de suite de l'accomplissement de ses intentions. Quelques mois après, à son retour d'Espagne, il changea l'administration du département de la Vendée. Un nouveau préfet fut nommé en remplacement de M. Merlet, qui obtint une préfecture plus importante. De nouveaux ingénieurs et plus nombreux furent envoyés. Les travaux commencé-s prirent une marche plus rapide et plus n’gulière; on s’occupa à faire des projets pour les édifices, dont le décret impérial avait expres-sément prescrit la construction. Mais, pour élever un palais de justice et des prisons, un collège , un séminaire, un hôtel pour le commandant et les administrations militaires, des maisons pour les administrations financières, une
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église, une halle ; pour paver la ville et lui donner des promenades publiques, trois luilliuiis étaient insuIRsants ; d’auLmt que siv cent mille francs étaient affectés aux travaux déjà entrepris. lx‘ luitiistre de l'Intérieur et le directeur génwal des ponts et cliaussécs autorisèrent l’ingénieur à excéder, dans ses devis, les sommes fixées par le décret, sen recommandant toutefois beaucoup d'économie et une arcbitecturc simple et modeste.
f.oi-squc les jirojets furent étudiés et préparés, le ministre ne voulut point SC risquer à les approuver. L'Empereur avait vu les lieux; il s’était occupé de ce qui devait être construit; sa mémoire, qui n'oubliait guère les détails et les chiffres, sa crainte du gaspillage, ne permettaient pas de rien changer à son décret, sans avoir pris ses ordres. Il tint un conseil d'administration composé du mini.stre de l'Intérieur, du directeur général des (xjnts et cliaussi'es, de .M. Régnault de Saint-Jean-d'Angely, conseiller d'Ëtat, et du ministre secrétaire d’Etat. Le préfet et l'ingénieur fuient appelés. Après avoii' entendu un rapport du ministre de l'Intérieur , qui montrait fort clairement pourquoi et comment las sommes allouées par le décret ne suffisaient pas, l'Empereur, sans s'arrêter aux explications données par le ministre, commenya par témoigner son mécontentement du ce qu’on ne s'était |ias renfermé dans les sommes qu’il avait fixées; il parla contre le luxe des constructions et la prétention d'élever des monuments; regardant .M. Uuvivier, l'ingénieur, qui était pourtant un homme de plus de quarante ans et d'une physionomie grave : u Monsieur le ministre de l’Intérieur », dit-il, U quand on a une ville à biltir, il faut choisir un ingénieur à cheveux «blancs. » Il lui fut remontré que même avec une stricte économie, même en supposant que la nouvelle ville ne fiU point destinée à devenir importante, ni peuplée; en donnant aux édifices les moindres dimensions po.ssibics, et en s'abstenant d’ornements et de formes architecturales, il y avait pourtant un terme au-dessous duquel on ne pouvait descendre. On lui rappela combien il avait été mécontent en voyant les bâtiments construits ou commencés dans la ville à laquelle il donnait son nom. Cette dernière considération sembla le toucher fort peu ; il en revint aux idées qu’il avait auparavant; il dit que c'était un essai, qu'on ne pouvait pas savoir ce que deviendrait cette ville. Puis, s'appropriant les objections qui lui avaient été faites au moment où il avait voulu absolument la fonder, il ajouta que les villes ne s’établissent point par la volonté du gouvernement; que leur emplacement n'est point désigné par l'administration ; que leur position et le libre cours do commerce et de l'industrie sont la seule cause efficace de leur développement.
L’Empereur s'était animé; ses expressions devenaient vives et pénétrantes, son esprit était en verve. Il se leva, et pretiant un ton plus solennel, après avoir dit au duc de Bassano d’écrire , il commença ; « Les villes ne se fondent pas en un jour. » Puis, comme les mots ne lui venaient point, il se promena, et regardant par la fenêtre, il ajouta : « Paris même n’est pas fini, a Évidemment il avait voulu faire un morceau sur la fondation des villes, et résumer en quelques mots frappants et expressifs des idées générales, de grandes vues politiques. Par malheur il arrivait quelquefois que cette parole si incisive , si originale , si spirituelle , qui élevait jusqu’à l'éloquence la conversation familière, devenait déclamatoire et vaine, lorsqu’il sortait de son naturel et qu'il voulait se donner une dignité oratoire. Aucune suite ne put être trouvée aux deux commencements de phra.se
pntTOr
pnr où il nvail débuté. Il revint b in in'nndc fable ronde autour de laquelle aiéf^eait le conseil , il se rassit. « Monsieur l’ingénieur n, dit-il . « voyons vos plans. »
Dés lors il ne fut plus question de principes générant ; il examina , sans trop les , critiquer, les dessins déroulés devant lui ; ne témoigna plus la volonté expresse de SC renrermer strictement dans les sommes alldbées par le décret du 8 août, recommanda l’économie , ordonna à l'ingénieur de réduire la dépense autant qu’il serait possible; et le conseil d’administration fut terminé. C'était au commencement de 1810.
Depuis on continua les travaux; ils furent poussés avec activité; en 18H, lorsque survint la Itestauration , les trois millions n’étaient pas encore dépensés.
Un très-petit nombre de maisons particulières étaient venues s'ajouter aux édifices publics. La population ne s’élevait qu’à environ 1,500 habitaiiLs. Le nouveau gouvernement ne conçut point la pensée de renoncer à cette entreprise. KlIefS* avait été on bienfait pour le pays. Reporter le chef-lieu du département à Fontefil* nay aurait été un acte de réaction stupide , et qui aurait déplu même à l’opinion'^ vendéenne. Le nom de la ville fut changé, elle s’appela Bourbon-Vendéu;. On' acheva les constructions projetées; le collège fut établi; déj.à les tribunaux avaient été transférés en IStO. On était en temps de paix, la garnison fut plus nombreuse, les casernes furent reconstruites en pierre ; ainsi peu à peu la population .s’accroissait de tout ce qu’amenaient à leur suite des établis.scmenis publics. Après la révolution du juillet, lorsque tout le poys de Bocage eut été percé de routes nombreuses et bien dirigées, lorsque les communicalions furent devenues faciles, et l’ordre public maintenu sans rigueurs inutiles, la prospérité générale donna à Bourbon -Vendée un accroissement plus rapide que l'action administrative; on y compte maintenant près de 7.000 habitants '. Ce ne sera jamais une grande v ille , mais elle n déjà plus de population et d’importance que plusieurs chefs-lieux de département.
Le récit de sa fondation, la façon dont elle a été construite indiquent assez qu'il n’y faut chercher aucune construction monumentale, encore moins un souvenir du passé. Bourbon-Vendée a encore l’aspect d’une ville coloniale toute récente. On a élevé, sur la grande place, une statue du général Travot, qui avait, sous le général Hoche, et dans les derniers temps de la grande insurrection , fait la guerre avec humanité : c’esi lui qui fit t'harette prisonnier. Il avait une assez grande importance dans les départements de l’ouest; à une certaine époque il fut, en quelque sorte, le représentant ou le chef de l’opinion opposée aux Vendéens; il était d’un caractère honorable et modéré , plutôt méliant qu’hostile pour ses anciens adversaires. ‘
1. On » !vign»lé ihnis rinlroiliiction liisiorique sur les villes <lu PoUoii le rapiile aecrois»t>ment qu'a pris la fK)|Milalioii île celte province «lepius U révuliiiiun il«.* 17R9. Celte progression s'est surtout foit remarquer dans l'arrondissement du Bourbon -VendiV- : on IROl, on n’) comptait ipM 54,655 liabiUiils; jiujourd'bul il n’en renferme pas moins de 166.186. Quant au di^partemeot, ft |M>piilaliou, qui ^lait, en 1601 , de 643. 4i6 babitanl.s, s'élcvuit déjà , en 1641 , à 356,456.
8. Nous devons ccUe notice, pleine du détails intéressimls et de révélations piquantes, à la plume À la fois si élégante cl si ferme de i'illustre historien et de l'homme éminent que le départensent de la Vendée si* glorifie d’avoir eu )X)ui udminislrateiir dans les ileiniéres années du régne de l’empereur Napoléon.
?ïn,fi wr;. ■
MORTAGNE’SUR-SEVRE.
TirrAucES. — X.XS asABizns.
Plusieurs villes de France portent le nom de Mortagne (.V«un7ania), et elles ont été souvent confondues. Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Bourbon- Vendée, Mortagne sur-Sèvre [Muurilania ad Separim] couronne on coteau dont le talus escarpé, s'inclinant vere le sud-ouest, aboutit à la Sèvre-Nantaise. Il y avait autrefois dans cette ville trois paroisses, et un couvent de Bénédictins établi en 1719; sa population est aujourd'hui de l,C30 habitants; son industrie, développée par le voisinage de Chollet, consiste en filatures, blanchisseries et papeteries.
On a cru voir dans Mortagne l'antique Segura , étape de la voie romaine de Poitiers à Nantes ;'mais nous nous sommes convaincu, par de longues recherches, que 5e^ora était le bourg de Sigournay. Vers 900, Raoul de Mortagne maria sa Tille Uumberge à .\rnoul de Mauléon. Renoul, fils d’.lnstro'ius, était seigneur de Mortagne, en 1030, et Guillaume Ihotard, en 1112; Guy de Thouars, en 1198, y fonda un prieuré sous l'invocation de saint Jacques Après la bataille de Crécy, au mois de septembre 1346, le comte de Derby, lieutenant du roi d'Angleterre à Bordeaux, fit une chevauchée en Poitou, à la tête de douze cents hommes d'armes, de deux mille archers et de trois mille fantassins, et s'empara de Mortagne , que les Anglais conservèrent Jusqu'à la conquête du Poitou par Du Guesclin. F.n 1420, la châtellenie de Mortagne appartenait par indivis aux héritiers de Renault de Vivonne : Isabeau de Vivonne , Pierre de Brézé et Jean de La Haye. Ce dernier la conserva et la transmit à ses descendants. En 1545, elle fut donnée en dot à Charles de Bourbon, prince de la Roche-sur- Von ; puis érigée en baronnie , au bénéfice de Pierre de Gundi , duc du Retz. Le duc de Villeroy, baron de Mortagne, vendit cette terre, en 1770, à la famille de La Tremblaye, qui la possédait à l’époque de la Révolution. Mortagne fut occupé l)ar les Vendéens, dès les premiers jours de mars 1793. Lescure et La Rochejaquelein, défaits par Westerniann, s'y rallièrent , le 3 juillet , et y établirent le conseil supérieur des royalistes; mais ils évacuèrent la ville, le 15 octobre, à l'approche de la colonne de Luçon. Une faible garnison républicaine, oubliée dans Mortogne, manquant de munitions, de vêtements, de souliers, repoussa, le 24 mars 1794, plus de cinq mille Vendéens; néanmoins, après cinq heures de combat, elle sentit l’impossibilité de la résistance, et profita de sa victoire pour évacuer la place , qui cessa dès lors ilc jouer un réle dans la guerre vendéenne. Mortagne possédait trois paroisses, et un couvent de Ib^nédictins établi en 1719.
* Dans le canton de Mortagne on trouve Tifiàuges, bourg de 941 habitants, bilti sur un rocher que baignent la Sèviv-Nantaise et la (’.rôme. lotte petite cité fut IV. . ■ .53 '
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