‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 78 sur 120 · NOIRMOUTIER · texte numérisé non relu

NOIRMOUTIER

L'Ile de Noirraoutier, qui forme un canton de l’arrondissement des Sables d'OIonne, est une roche granitique de vingt- huit kilomètres de tour, recouverte d'une épaisse couche d'argile et de terrain d'alluvion. Elle est séparée du continent par le Goua, canal de cinq mille trois cent six mètres, guéable à marée basse, et classé comme chemin vicinal de grande communication. La partie basse de l’ile, provenant de dessèchements, est, dans hautes marées, à cent trente ou cent soixante centimètres au-dessous du niveau de la mer; mais les habitants ont opposé à l'envahissement des flots des digues de vingt-cinq kilomètres de longueur. Oo compte à Noirmoutier, outre la ville capitale de l'Ile, les villages de Barbdtre, la Fasse, Lépine, l'Herbaudière, et plusieurs autres de moindre importance. Noirmoutier s'appelait primitivement lier, Hero, ou Herio. Vers 680, saint Philbert y fonda une abbaye de Bénédictins, sur un terrain donné par Ansoalde, évêque de Poitiers : la dénomination de Noirmoutier {Mgrum nionasterium] dérive par corruption de Her-Moutirr, et non pas, comme on l'a prétendu , du costume noir que portaient les religieux. En 7k0, l'abbaye avait pris un tel développement, que saint Viau la quitta pour chercher un asile plus solitaire. Elle fut dotée par Charlemagne et Loiiis-le-Dél)onnnire (803-830). Les Normands y débarquèrent , le 20 aoiU 835, dans une anse qu’on nomme conche des Kormands, et la pillèrent après avoir mis en fuite les troupes que leur opposait Rainaud, comte d'Hcrbauge. En 8'»3 , ils descendirent la Loire jusqu’à son embouchure , et pénétrèrent une seconde fois dans l'ilc d'Herio , où ils renouvelèrent leurs déprédations : VsqttP Herio insulam ingressi sunt. Les moines se réfugièrent dans le couvent de Uéar, au pays d'Hcrbauge, puis sur un territoire que leur donna Charlesle-Chauve, auprès de Loudun. L'abbaye ne fut rétablie que longtemps après, et réduite à l’étal de prieuré conventuel (1601).

l'n autre couvent, Notre-Dame de ta Blanche, de l’ordre de Cîtraux, fut établi, on 1172, dans l'Ilot du Pilier, par Pierre de la Garnache, puis transféré, en 1205, à la pointe septentrionale de l'Ile, en face de l'embouchure de la Loire. L'abbé Jean Cahuau, loup sous ta peau d'une brebis, suivant le Gallia Chrislinna, y introduisit les protestants, en 1562 ; ce fut la seule incursion qui troubla la paix de Noirmoutier, jusqu'à 167k. A cette époque, l'amiral hollandais Tromp croisa à i’embouchurc de la Loire, avec quatre vaisseaux de ligne et soixante

I. Thibeaudean , Bisloire du Poitou. — Rapports des gértiratuû d< l’armis âs rOuast.— Description dm Poitou, par Dulaure — Mémoirtt de Tiirrcaii:

POITOU

petites rhtiloupps; le 2 juillet, le comle de Horn oeciip» Nnirmoutier, en détruisit les fortiflentions, enleva les cloches, les bestiaux et les blés, et imposa aux habitants une contribution de quatorze mille écus d'or, pour la garantie de laquelle il exigea des otages.

En 1767, le prince de Condé, marquis de Noirmnutier, vendit sa seigneurie à Louis XV. Un tiers appartenait au roi , un tiers aux ecclésiastiques et bénéficiers, un dernier tiers aux habitants. Ceux-ci étaient exempts de capitation et de presque tous les impéts; leurs privilèges avaient été confirmés par arrêt du con.seil du 21 février 1771; mais l’abbé Terray, contréleur général des finances, parvint à soumettre Noirmoutier aux taxes ordinaires.

Ités les premiers troubles de la Vendée, le 5 mars 1793, l'île fut livrée à Charetle, ainsi qu'une patache armée de six canons; le générai Roulard reçut ordre de la reprendre ; « Toutes les ressources de notre armée sont à votre disposition, lui écrivait, le 10 avril, le représentant Mou, mais prenons Noirmoutier; c’est là le repaire, le trésor, et le chef- lieu de nos ennemis. » Deux cents hommes de l'escadre de Villaret-Jojeuse y débarquèrent, le 27 avril, à minuit, et se rendirent maîtres des forts. Le 30, l'adjudant-général llejsser, avec quatre cents hommes, vint recevoir la soumission des habitants. On confia la défense de file au commandant Wielland; celui-ci fut averti que les Vendéens avaient conservé des inlelligenres dans In place, mais, soit incapacité, soit trahison, il négligea (le prendre des mesures pour déjouer leurs complots. Le 30 septembre , vers quatre heures du matin , les insurgés désarmèrent la garde des postes du Cioa et de la Kosse, et allèrent au-devant de Charetle, qui avait réuni des troupes dans le détroit: mais, avant qu’elles eussent atteint le rivage de file, les soldats cantonnés au village de Barbàtr-e coururent aux batteries, en déclouèrent les pièces, et repoussèrent l'ennemi. Charetle, plus heur-eux dans une seconde tentative, s'empara de Noirmoutier, le 12 octobre. La Convention, craignant que les Vendéens n’y établissent des forces et des moyens de défense, en tirant des secoui-s de l’Angleterre, prit aussitôt la résolution de les en chasser : « C’est un coup de main qui doit avoir l’effet de la foudre », écrivait, le 21 octobre, le comité de salut public, aux représentants Prieur et Jean-lton-Saint-André.

Conformément à ces ordres, la frégate ia !\ymphe, la corvette le Fabius et la canonnière f//c- Dieu, se l'angèrent, le 30 décembre suivant, par le travers du bois de la Chaise, situé à l’ouest de la ville capitale. I.a canonnade s’engagea à deux heures de l’api'ès-midi ; les Vendéens y ripostant par une grêle de boulets rouges, forcèrent les trois vaisseaux à la retraite. Pour réparer cet échec, le chef de brigade Jordy débarqua, le 2 janvier 1791, avec quinze cents hommes, à la pointe de la Fosse. Les républicains enlevèrent d’abord à la baïonnette les villages de Lépine et de Barbàtre; mais leur chef ayant eu la cuisse cassée, et le pariétal enfoncé d’un coup de feu, ils se trouvaient sans direction, quand le général llaxo arriva de Beauvoir, è la tête d’une réserve de sept cents hommes, accompagné du général eu chef Turreau, et des représentants du peuple Bourbotte et Prieur de la Marne. « La ville, raconte Turreau dans ses lUé moins, était défendue par dix-huit cents hommes, vingt bouches è feu, et surtout par sa position au milieu des marais salants, qui eu rendent toutes les avenues étroites

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