‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 81 sur 120 · DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE. — HISTOIRE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE. — HISTOIRE GÉNÉRALE

A la limite des plaines tristes et monotones de la Champagne, le voyageur marchant vers l'orient rencontre une chaîne de montagnes verdoyantes qu'il salue du loin avec bonheur. Ces montagnes sont celles de l'Argone, de ce dernier rempart que la Providence a placé sur la route de l'invasion germanique : en deçà , c'est la France; au delà, c'est le champ de bataille étemel des races gauloise et germaine. Au pied de l'Argone, du siid au nord, coule la Meuse sur laquelle est assise Verdun, l’antique ViVodununt, capitale de la peuplade des Claves ou Viroduns ( Virodunenses)-, un peu plus loin s'élève une nouvelle chaîne de montagnes, parallèle à la première, mais plus facilement franchissable et reliant l'Ardcnne i la Vosge. Au delè encore s'étend la délicieuse vallée de la Moselle , riche de tous les trésors que la terre peut donner à l’homme. Les deux masses parallèles de montagnes que cètoient ces deux fleuves, grossis par les eaux de plusieurs affluents, tels que la Meurthe, la Seille et l'Orne, appartiennent à la formation géologique que l'on appelle calcaire oolilique ; mais dans la plaine on voit affleurer partout le terrain basique si riche en fossiles, et dont l'industrie humaine a su tirer la chaux hydraulique, la plus tenace qui existe au monde. Il n'y a point de terrains primitifs dans les Trois-Ëvéchés.

Sur les bords de la Moselle vivaient deux peuples de race belge, plutôt que gauloise, les Leuci, Leuks, et les MciHomatrici , Mediomatrikes, dont Tullum et Divodurum étaient les capitales. Placées ainsi en dehors de la Gaule proprement dite , et sans cesse exposées aux tentatives des Germains , ces peuplades devaient naturellement subir l'influence d’une situation toute exceptionnelle. Toujours en armes pour défendre leur territoire menacé par un ennemi infatigable, dont la vie était la guerre, les .Mediomatrikes surtout s'habituèrent forcément à une existence qu'ils n'eussent peut-être pas choisie, mais que le destin leur imposait. Cette peuplade devint donc de fait la sentinelle avancée de la race gauloise, à laquelle d'ailleurs elle se souciait peu de se rattacher par les liens de la consanguinité , contre la race germanique dont elle repoussait obstinément le contact. De là vint tout naturellement cet esprit constant d’indépendance, dont il ne faut pas chercher ailleurs l’origine, et dont l'énergie indélébile Ht naître, au moyen âge, trois petits États libres, qui vécurent pendant plusieurs siècles, malgré les agressions incessantes des peuples au milieu desquels ils se trouvaient enclavés. Nous verrons en étudiant en détail la vie de Metz, de Tout et de Ver- IV. ■ .56

Digiti^nO by GuOgle

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dan , que celte solution du plus singulier des problèmes historiques ressort incontestablement des faits eut-mèmes.

Partout où la nature montrait à l’homme un point plus facile à défendre , il était tout simple que des peuples forcés sans cesse de repousser la guerre par la guerre, gréassent des établissements militaires. C’est pourquoi les hauteurs qui commandent le nrieux les communications du pays, sont occupées par les ruines des forteresses élevées au moyen «ge sur le même sol que les Medioma- Irikes, les l.euks et les Viroduns avaient choisi pour y fonder leurs lieux de refuge et de résistance contre ces peuplades germaniques, qui, parties d’outre- Hhin, remontaient la Moselle pour entrer dans la Gaule, but éternel de leurs migrations guerrières, en suivant ainsi la même route que suivirent plus tard les Vandales, puis ies Franks, puis les Huns d’Attila.

Exposés les premiers aux coups de l’ennemi commun , les Mediomatrikes couvraient le territoire et les villes des Leuks et des Viroduns; aussi l’énergie de cette race guerrière était-elle le plus sür des boulevards qui, de ce côté, pussent protéger la liberté des Gaules. Si les Belges Mediomatrikes eussent succombé dans une lutte contre les Germains , c’en côt été fait bientôt des deux nations fort inférieures en nombre, qui restaient seules à combattre etitre la Germanie et la Gaule. C'est à cette nécessité de repousser cITicacemcnl les premiers coups, qu’est due certainement la suprématie morale que prit la nation Mediomatrike sur les nations voisines , ainsi que la suprématie relative de sa puissance guerrière. En effet, dans les temps antiques, le rôle militaire des Leuks fut peu important; celui des Viroduns fut nul : mais au moyen âge, â cette époque où la guerre intestine était partout, les habitants du Toulois et du Verdunois n'eurent plus pour bouclier la vaillante nation qui pendant tant de siècles avait vaincu pour eux, et le sang belliqueux de la vieille race belge, le sang des Leuks et des Viroduns, coula souvent pour cimenter les libertés des cités de Toul et de Verdun.

Nous étudierons successivement les diverses phases de l’histoire des trois villes que leur situation exceptionnelle constitua en petites républiques , reconnaissant , il est vrai , la souveraineté de l’Empire , mais pour la forme seulement et avec la ferme volonté de secouer violemment celle souveraineté, dès qu'elle porterait le plus léger ombrage à la lière indépendance des citoyens. C’est à Metz surtout que nous verrons ce caractère indomptable ne se démentir jamais, et nous serons forcés de reconnaître que si l’esprit de républicanisme compte encore dans les rangs de la population Messine de nombreux représentants, il ne faut point voir dans ce fait un résultat de propagande. Ce serait • fausser la vérité , car pour le Messin c’est avec le sang qu’il tient de scs pères que vient l’amour de l’indépendance. Il n’est i>eul-être pas aujourd’hui de population plus attachée à la mère-patrie, que la population de Metz; mais à coup sùr il n’en est pas qui soit plus fière et plus digne de son histoire passée. Nous ne craignons pas de l’anirmer énergiquement : pour (lu’un drapeau étranger püt flotter sur le vieux beffroi de la cité, il faudrait qu'il n’y eût plus de Messin , et que le fer ennemi eût frappé jusqu’au dernier enfant de celte noble ville. Demandez plutôt aux généraux de celte armée de l’Europe qui vint fondre sur une poignée de soldats brisés par les maladies et par le fer, lorsqu’elle les eut

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épuisés par des centaines de victoires, espérant ainsi racheter par une gloire facile la honte de quinze années de revers ; demandez-Ieur ce qu'ils ont fait à Metz. Il vous répondront : nous avons vu la ville de loin , hors de la portée des canons d’une garnison composée de l’ecrues, décimées par le typhus, et de soldats hourgeois; ils vous diront aussi que souvent ces soldats bourgeois allèrent, comme faisaient autrefois leurs pères, les chercher bien loin de leurs remparts pour leur apprendre à ne point trop s’approcher d’une ville dont ils prétendaient même leur disputer la vue.

La province des Trois-Évéchés, dont les habitants étaient appelés tvêchoii, dons la contrée même et aux environs , portait aussi le nom de Département de Metz, composé de trois parties ; le Pays-Messin, le Toulois et le Verdunois. Le Pays-Messin comprenait toutes les possessions des anciens évêques souverains de Metz, évalu^ approximativement à cent cinquante lieues calmées de superficie ; le Toulois en avait vingt-cinq , et le Verdunois soixante. Le Messin , le Verdunois et le Toulois ne communiquaient pas, d’ailleurs, directement de l’un à l'autre, mais se trouvaient, au contraire, séparés par divers bailliages des duchés de Lorraine et de Bar. La province ne présentait donc qu’une configuration fort irrégulière : l’homogénéité n’était point dans les choses , elle était toute morale.

Les trois évêques de Metz, de Toul et de Verdun avaient pour métropolitain l'archevêque de Trêves. Metz et le Pays-Messin, Verdun et le Verdunois formaient un gouvernement-général militaire; Toul et le Toulois constituaient un second gouvernement, démembré de celui de Metz et de Verdun. Cette dernière ville et le pays qui en dépendait, avaient formé autrefois un troisième gouvernement-général qui existait encore au commencement du xviii" siècle. La juridiction du parlement de Metz, créée en 1663, s’étendait sur cinq bailliages présidiaux , quatre bailliages royaux et un bailliage seigneurial. On suivait dans son ressort douze coutumes, parmi lesquelles il en élait une, celle de Metz, dont la rédaction remontait à Louis XIII 1 1611 ] ; celles de Toul et de Verdun avaient été rédigées sous Louis XV (l’in). L'intendance de Metz comptait onze subdélégations dans son district. La chambre des Comptes et l'hétel des Monnaies, dataient de 1661. Depuis la Révolution de 1789, le territoire des Trois-Evéchés a été partagé entre trois départements : celui de la Moselle , dont Metz est devenu le chef-lieu, et ceux de la Meurthe et de la Meuse, où Toul et Verdun figurent comme chefs-lieux de sous-préfecture. Boulainvillers, d'après les Mémoires composés par Turgot, en 1608, comptait dans cette province 2&5,000 personnes. M. Moreau de Jonnès, dans la statistique de la France, attribue 3i9,300 âmes à la généralité de Metz, en 1781. En additionnant les chiffres de la population des trois arrondissements de Metz, de Toul et de Verdun, lesquels correspondent ù la presque totalité du Pays-Messin, du Toulois et du Verdunois, nous trouvons un total de 312,106 habitants. '

I. Tacill^ — Grégoire cIc Tours. — Sigebert de Gemblours. — Chroniquet de Philippe de VignoUet. Histoire de Metz, par dom Talwuiliol et dom Jean François. — Dictionnaire de ta Moselle, par de VîTille. — Histoire deTout du P. BenoH Picard. — Histoire de Verdwfis par M. Clouet.-^Wasscbourg.— Dom Calmet.— Eipilly, D^cfionfiatre des Gaufei. — Boulin.— 'YilHers.

METZ

César met en première ligne, parmi les plus redoutables nations qu'il eut è combattre, dans ses mémorables campagnes des Gaules, les Belges, que la civilisation n'avait pas encore énervés. La première Belgique, ou Belgique supérieure, renrermait les Trévires, les Mediomatrikes, les Leuks et les Viroduns. Chacun sait avec quelle régularité les subdivisions territoriales des évêchés furent substituées plus tard aux cités des peuplades gauloises ; les villes épiscopales de Trêves, McU, Verdun et Toul remplacèrent les antiques capitales Trerehs, Divodurum, Virodunum et Tiltum. Jetons ici un coup d’œil en arrière et cherchons i reconnaître les motifs qui devaient déterminer les Mediomatrikes dans le choix de remplacement de leur métropole. .

Au confluent de la Moselle et de la Seillc s’élevait un vaste mamelon , défendu par son propre escarpement, et par les eaux des deux rivières; il n'y avait donc qu’à construire un rempart capable de relier les deux cours d'eau, du cèté où la colline s’abaissait doucement et descendait au niveau de la plaine, pour qu’un lieu de refuge presque inattaquable, ou du moins très-facile à défendre, se trouvât constitué. I.es Mediomatrikes, toujours en guerre avec les Germains, n'hésitèrent point à décider que là seraient leur ville et leurs richesses. La colline se couvrit de huttes modestes, aux mêmes endroits ou plus tard furent élevés les temples somptueux des Romains, les palais des rois d'Austrasie, et enfln la magnilique cathédrale qui domine de toute sa masse imposante la riche cité du moyen âge , dont les édifices se groupèrent autour d’elle. De tous les antiques monuments de Metz, pas un n'est resté debout : c'est à grand'peine que l'on en peut aujourd'hui reconnaître de faibles traces au-dessus du sol ; mais toutes les fois qu’on pratique une excavation dans l’enceinte de la ville, la terre restitue à foison de précieux débris attestant le passage d’une civilisation qui n’est plus.

Les Romains étaient trop habiles pour ne pas faire de la capitale des Mediomatrikes une de leurs stations les plus importantes. Cinq voies militaires traversèrent cette ville, se dirigeant la première sur Reims, par Iblioduriim (llannonvilIc-au-Passage) et Verdun ; la deuxième sur Toul , par Scarpone ; la troisième sur Trêves, en suivant la rive droite de la Moselle, par Ricciacum (Kitzing) et Caranusca; la quatrième sur Trêves aussi, mais en suivant le flanc des hauteurs qui dominent la rive gauche de la Moselle '. Ces voies, traversant Trêves, conduisaient les légions romaines jusqu'à Sirmium, au fond de la Pannonie. Enfln , la cinquième route militaire aboutissait, par Pons-Saravi , probablement à Argentoratum ou Strasbourg.

Après la défaite d’Orgétorix toutes les nations de race belge se levèrent en niasse pour disputer aux Romains l'entrée de leur territoire. César dit que, parmi

1. L'imedes routes de Divodurum , la quatrième, existe encore de nos jours sous le nom du

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