‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 82 sur 120 · COP · texte numérisé non relu

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les Belges , les Rhemi seuls se séparèrent de leurs frères ; il omet cependant dans la liste des alliés les Mediomatrikes et les l.euks , tandis qu'il mentionne ensuite leurs plus proches voisins, les Eburons et les Condenses, les Pœmanes et les Cœreses. Ce silence étonne, surtout quand on réfléchit que les Mediomatrikes descendaient eui-mémes des hordes germaines, qui, quelques siècles auparavant, avaient franchi le Rhin pour aller à la conquête d’un pays plus favorisé de la nature. Enfin, lorsque Vercingétorix se fut enfermé dans Alise, les Mediomatrikes, au nombre de cinq mille combattants, coururent avec toute la nation Iwlge au secours de l’héroïque chef des Anernes. Vercingétorix ayant été forcé de se livrer lui-méme aux Romains, ils renoncèrent à prendre part à une tentative désespérée, pour recouvrer une liberté qu’ils regardaient comme à jamais perdue. Loin de conserver de la haine è leurs vainqueurs, ils leur offrirent une amitié solide et sincère. Les Romains, en retour, leur accordèrent le droit de cité et les firent participer aux dignités de l’empire en les accueillant dans les rangs de leurs légions. Le dixième de ces corps magnifiques fut presque composé de Mediomatrikes. Tacite nous a transmis le souvenir d’un événement terrible qui jeta le deuil dans leur capitale. Une division nombreuse de troupes rohiaines marchant du fond de l’Empire contre Galba , venait d’étre accueillie è Uivodurum iivec les prévenances d’une hospitalité toute fraternelle; soudain les soldats furent saisis d’une épouvante inexplicable; le cri aux armes retentit de toutes parts, et les malheureux habitants furent égorgés sans pitié. S’il faut en croire Tacite, ce ne fut point la soif du pillage qui provoqua cette rage furibonde ; il se contcnie d’affirmer que les causes en demeurèrent incertaines. Quatre mille hommes sans défense p(>rirent dans cette journée. Les Mediomatrikes eurent pourtant la générosité de pardonner un acte aussi épouvantable de barbarie è ceux qu’ils avaient juré d’aimer et de soutenir comme des frères. En effet, cette même année, le Batave Civilis, qui se croyait destiné à renverser la puissance romaine dans les Gaules, les ayant conjurés de s’associer à sa fortune, non-seulement ils refusèrent de coopérer à ce qu’ils regardaient comme une perfidie, mais encore on les vit accorder un asile dans leurs murs aux légions que ses promesses avaient séduites , et qui, honteuses de leur défection, s’étaient enfuies de Trêves après un premier revers.

Heureuse sous la domination des Empereurs, Uivodurum, à laquelle nous donnerons désormais le nom de Metz, s’était assez enrichie pour devenir une proie digne d’exciter les convoitises des conquérants barbares. Tout 1e monde a lu avec terreur les pages douloureuses où le prêtre Salvien raconte les cinq catastrophes sanglantes qui, au moment où il écrivait, avaient déjà mutilé la ville de Trêves. L'effroyable tableau de ces malheurs doit rcprSwsteF trait pour trait ceux dont Metz fut frappée : une trop faible distance séparait éTilllleurs les deux villes, pour que le vainqueur, ivre déjà de sang et de pillage, pdt oublier qu’à deux journées de marche il trouverait une seconde Trêves à dévaster. L’histoire nous a conservé le souvenir des deux événements qui ruinèrent à jamais la ville romaine. Le premier eut lieu , l'an 262 , sous le règne de Gallien : un chef allemand, Chrochus, passa le Rhin à Mayence pour s'avancer à travers les Gaules ; l'ancienne capitale des Mediomatrikes était sur sa route : elle succomba , et sa

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population Tut massacrée. Deux siècles après (ï51], Attila, venu des bords du **

Danube jusqu'au lac de Cot)stance, suivit la vallée du Rhin et entra dans colle de ‘ la Mo.selle, qui lui offrait un facile accès dans les Gaules. Trêves eut probablement la visite des Iluns; le fait est hors de doute pour Metz. Idace et Gré(;oire de Tours nous apprennent sa destruction. Les babitanis avaient résisté avec assez • ,

d'énergie pour qu’Allila prit le parti de s'éloigner. La veille de Pâques, néan- '

moins, un pan de murailles, battu par les Huns, s'écroula, lorsque déjà leur ,

roi était arrêté devant les remparts de Scarpone, qu'il ne pouvait enlever de vive force. On lui envoya en toute hâte un exprès pour lui annoncer que Metz était- ' ouverte et envahie. Attila revint aussitôt sur ses pas, furieux du double échec qu'il avait éprouvé coup sur coup. Scarpone fut sauvée et Metz paya pour elle..

Dans la journée même l'incendie eut tout dévoré, ne respectant que l'oratoire de Saint-Étienne, bâti sur le terrain où, quelques siècles plus tard, s'éleva la cathédrale.

àfelz , sortie promptement de ses ruines, fut le dernier boulevard de la puissance romaine dans les Gaules. Ce n'est qu'en 510 que ses habitants se soumirent volontairement à Chlodwig. L'année suivante, ce prince ayant partagé ses États entre ses quatre fils , Théodrik , l'alné , eut toutes les provinces arrosées par la Meuse et par le Rhin : royaume qui reçut le nom d'Osterreich ou d'Orient, et dont .Metz fut la capitale. Théodrik, auquel on attribue la rédaction de la loi salique, mourut en 53k, après un règne glorieux de vingt-trois ans, et fut enterré h Metz. Il eut pour successeur son lils Théodbert , prince conquérant , qui fit souvent trembler sur son trône l'empereur Justinien. Adoré de ses sujets,

Théodbert revenait toujours à Metz se reposer des fatigues de la guerre : cette ville dut à scs bienfaits une partie de l’éclat dont elle brilla comme capitale de l'Austrasie. Théodbald , son fils, étant mort à la fleur de l'âge sans laisser de postérité, Chiotaire, roi do Soissons, courut à Metz, où il se fit reconnaître par les >

Leudes de l'Osterreich. Dans le nouveau partage des États de la monarchie franque, Sigbert, un des quatre (ils de ce prince, eut le royaume d'Austrasie (.561).

Ce fut à Metz que Sigbert é|M>usa, en 5GG, la fille d'Athanagilde, roi des Yisigoths d'Espagne , la princesse la plus digne du trône : en un mot, cette illustre Brunihilde , dont on a cessé de calomnier la mémoire depuis que l'histoire des temps mérovingiens a trouvé dans M. Augustin Thierry nn interprète digne d'elle. Nous savons maintenant ce que fut cotte reine malheureuse dont Vonantius Fortunatus nous a légué le plus brillant éloge. Au moment même où Sigbert tombait, près de Vitry, sous les coups des assassins apostés par Frédégondc, les émissaires de cette femme implacable arrêtaient à Paris .«a veuve Brunihilde.

Gundobald, un des chefs de l’armée austrasienne, réussit à enlever Hildebert, fils de Sigbert, et conduLsit le royal enfant à Metz, où il fut proclamé roi, la veille de Noël de l’an 575. De ses deux fils, l’un, Théodbert, eut l'Austrasie, et l'autre,

Théodrik, la Bourgogne, que le roi Gonthramn avait laissée à Hildebert, après l'avoir adopté, par deux traités, dont Grégoire de Tours lui-même avait apporté le second à Metz. Les deux frères furent toujours en guerre : Brunibilde, exilé d’Austrasie par l’épouse qu’elle avait donnée à son petit-fils, Théodbert, se réfugia à la cour de Théodrik : celui-ci parvint à s’emparer de son

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père que Brunihilde fit metlre à mort ii Châlon-sur-Saône. Brnnihiidc rejoignit ensuite son autre pctit nis à Metz, où les affronts qu’elle avait essuyés furent vengés dans le sang de deux innocentes créatures. Chlotaire, fils de Ililpérick et de Frédogonde, régnait en ce tcmps-là à Soissons. Tliéodrik s’apprêtait à marrlier contre lui , quand il mourut de la dyssenterie à Metz. Brunihilde fit aussitôt proclamer Sigbert, l’aîné des fils de Tliéodrik, roi d’Austrasic. Warner, maire du palais , leva de nombreuses troupes ; mais lorsque les deux partis SC trouvèrent en présence, ii abandonna le petit-fils de Brunihilde, et dérida les Austrasiens et les Burgundes à reconnaître Chlotaire pour leur chef. Ce prince fit égorger les deux fils aînés de Tliéodrik : le troisième parvint è s’échapper et sauva ses jours par l’ohscurité à laquelle il sc condamna ; le quatrième fut exilé en Neustric où il vécut dans la condition la plus humble. Quant à Brunihilde, son corps, traîné par un cheval indompté, fut mis en pièces. Le nom de cette reine est resté dans la mémoire du peuple Messin ; mais , pour lui , ce n’est pas une méchante reine que désigne ce nom : il lui rappelle, an contraire , une princesse qui fit réparer les voies romaines , construire de nouvelles Toutes , et qui embellit de palais et d'édifices religieux la capitale de l'Austrasie.

«Chlotaire, maître de l’Osterreich (613), abandonna le gouvernement à un maire du palais ; les Leudes ne tardèrent point îi sc révolter : alors il envoya son fils DagO^rt à Metz, avec le titre de roi d'Austrasic (620). Dagobert, grâce aux gages cdÉScils de Pépin, maire du paiais , et d’Arnold, évêque de Metz, réussit d'abord è se faire adorer de ses sujets ; en 628, ayant hérité de la Neustrie, il fut obligé de quitter .Metz pour sc rapprocher de scs nouveaux États. L’.\quitaine lui échut, en 633, et toute la monarchie franque appartint encore une fois à un seul prince. Bientôt , malheureusement , Dagobert sacrifia les intérêts de sou royaume à l'avidité et aux caprices de scs maîtresses. Uuîné par ses prodigalités, il ne put faire face à une guerre contre les Esclavons. Les Austrasiens demandèrent alors à grands cris un roi digne de les commander et Dagobert leur donna un de scs fils, h peine âgé de deux ans, Sigbert, qu'il avait eu d’une jeune et belle .\ustrasienne, nommé Bagnetrude, dont les charmes l’avaient séduit dans un de scs voyages à Metz. Sighert, reconnu roi dans une assemblée solennelle des Leudes (632), reçut, pour gouverneur, Adalgise, maire du palais. Les Au.strasiens, satisfaits, prirent soudain les armes, chassèrent les Esclavons des frontières du royaume et rétablirent la paix.

A la mort de Dagobert (637), le maire d'Austrasic, Pépin, que ce prince avait retenu à sa cour, se hâta de regagner Metz, où il reprit, auprès de Sigbert , les mêmes fondions qu'il exerça pendant deux ans et qu'il transmit à son fils (irimoald. A partir de cette époque, les rois du sang mérovingien ne furent plus rois que de nom , et toute la puissance resta entre les mains des maires du palais. Grimoald , en 652, s’étant Misi du jeune Dagobert, héritier de Sigbert, le fit raser et conduire en Écosse, en annonçant hautement sa mort; puis prétextant une adoption, il plaça sur le trône son propre fils, Ilildebert, qui en fut renversé, la même année. Chlodwig JI, fils de Dagobert, devenu maître de l’.Austraslc, de la Neustrie et de la Bourgogne, laissa trois enfants, dont l’un, Ilildéric, fut proclamé roi d’Austrasic , à l'âge de buit ans, et succéda , en 670, à son frère Chlo-

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taire dans le royaume de Neustrie. Trois ans après, il mourut assassiné, et le jeune Dagobert, revenu d'Écosse, rentra dans l'héritage de son père. Quelques années se passent ; Dagobert tombe à son tour sous le poignard des assassins (679). Le maire du palais, Ëbroin, envoie aussitôt en Austrasie, pour y régner, un jeune enfant, Chlodwig, qu'il prétend fils de Chlotaire III. Mais deux Leudes, issus du sang de saint Arnold, proQtant de ces troubles, se font reconnaître ducs de rOslerrcicli. L'un , Martin , descendait de Chlodoald , évêque de Meti ; l’autre , l’épin d'Uérislal, était petit-nis de Pépin, maire du palais de Dagobert et de Sigbert IL Nous ne raconterons point ici en détail la lutte de ces trois rivaux, parce qu'elle est du domaine de l'histoire générale de France. Martin, Ëbroîn et son successeur Bertaire périrent tour à tour de mort violente (680-687). Pépin, maître de Paris, et seul roi de fait, s’empara de Chlodwig, auquel il consena le titre de roi d’Austrasie, comme à Théodrik celui de roi de Neustrie. On sait que les ennemis de Pépin essayèrent, après sa mort, de renverser la fortune de sa race (71i). Charles-Martel, échappé de la prison où l’avait enfermé Plectrude, répudiée par son père, rallia les soldats qui défendaient sa cause, au moment '

même où ils étaient en pleine déroute. Reconnu bientôt duc d’Austrasie, comme Pépin , et réintégré dans toutes les dignités de sa famille , il se sentit assez grand et assez fort pour donner des rois à l’Austrasie et è la Neustrie , sans se déclarer roi lui-mème (717-719). A la mort de Théodrik, sur le front duquel il avait placé une triple couronne , il ne s’occupa plus toutefois de la succession des princes du sang mérovingien; il régna dès lors, nominalement, sous le titre de duc de France, qu’il avait substitué à celui de duc d’Austrasie. Scs deux llls. Pépin et Carloman, gouvernèrent, sous Hildérick, dernier simulacre de roi, l’un la Neustrie, l’autre l’.Austrasie. Pépin, mis en possession de ce royaume par la retraite volontaire de Carloman au fond d’un cloître, se Ot proclamer roi de France dons une assemblée générale des Leudes, convoquée à Soissons en 75‘2.

Le roi Pépin résida souvent à Metz et à Thionville, qu'il affectionnait. En 761, l’évéque de Metz, Chrodegang, ayant fondé l’abbaye de Gorze, le nouveau monarque vint assister h la dédicace de son église. Six ans après, le palais des rois' de Metz reçut les ambassadeurs que le khalife avait envoyés auprès du roi de France : ils y passèrent l'hiver. Carloman , l’un des fils de Pépin, eut l’ Austrasie, dont son frère l’alné, depuis Charlemagne, s’empara, à l’exclusion de scs neveux '

(771 ). Ce prince aimait beaucoup aussi le séjour de Metz , et surtout le palais de Thionville, où il se rendait pour se reposer des fatigues de la guerre et se livrer au plaisir de la chasse. C’est là que mourut , au printemps de 783 , sa femme Hildcgardc, qui fut enterrée à Metz dans l'abbaye de Saint-Arnould. Charlemagne fit don à l'abbaye de la terre de Cheminot , afin que les moines entretinssent continuellement des lampes allumées sur la tombe d’Hildegarde et des prêtres en prière pour le repos de son âme. Il établit des écoles à Gorze et à Metz, et introduisit le chant grégorien dans l’église de cette ville.

Ce fut à Metz que Louis-le-Débonnaire, abreuvé de dégoûts par scs enfants, dont le pape Grégoire IV favorisait l’ambition, fut amené captif, avant d’être conduit à Compïègne, où une assemblée d’évêques devait le dépouiller des ornements impériaux , le revêtir d’un cilice et l’enfermer dans une cellule. Redevenu

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