‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 83 sur 120 · MF. T Z. 4W · texte numérisé non relu

MF. T Z. 4W

libre, en 834, Louis s^joumn, diirnnl les frtes de Noël, dans le palais de Metz; V il convoqua , pour le mois de février suivant , une diète à Tliionville : néanmoins, c'est dans la cathédrale même de Metz, qu’après avoir été de nouveau proclamé empereur, il fut solennellement replacé sur le trône. Pendant la cérémonie, l’évéque de Reims, Ebbo, qui avait présidé l'assemblée de Compiégne, se vit contraint de lire en chaire la condamnation des actes de ce concile. Tn tribunal , composé do quarante-trois évêques , le déclara ensuite indigne de l'épiscopat; mais l'Empereur eut la générosité de le lui rendre. Repuis lors, l.ouis-le-l)ébonnaire ne cessa d’habiter tour à tour Metz et Tliionville, résidences où il était sûr de trouver des sujets fidèles. En 838, son fils, Louis-leùlermanique, lui déclara la guerre ;'mais Adalliert, le premier comte de Metz dont l'histoire fasse mention, réussit à détacher les Saxons du parti du prince rebelle, et la guerre cessa. Bes troubles éclatèrent bientôt en Aquitaine : l’Empereur fut forcé de quitter Metz, et Loui.s-le-Gcrmanique reprit les hostilités. Aussitôt le comte Adalbert et l’évêriuc Brogo se portèrent à sa rencontre à la tête d'une armée d’Austrasiens. L'Empereur les rejoignit sur les bords du Rhin , où il succomba bientôt à ses chagrins. Son corps, rapporté a Metz, y fut déposé dan^ l'abbaye de Saint-Arnould , b côté de celui de sa mère Ilildcgardc. Le sarcophage de Louis-le-Bébounaire était un de ces sarcophages artésiens, représentant le passage de la Mer Rouge , dont on a retrouvé b Arles même des exemplaires parfaitement semblables; vendu en 1794, le tombeau impérial fut dépecé par un marbrier qui en fit des devants de cheminée.

Nous n'avons point à raconter ici les démêlés de l’empereur Lothairc avec ses frères, Louis-le-Germanique et Charles d'Aquitaine. Les Austrasiens, sous le commandement du comte Ad.ilbert, essuyèrent, en 841, une défaite; le comte perdit la vie dans le Combat. La perte de la bataille de Fontenay suivit cet échec. Battu par ses deux frères, Lothaire n’en persista pas moins dans sa résolution de les dépouiller de leurs États. Il rassembla les grands d’Austrasie à Thionville, afin d’aviser aux moyens d'activer In guerre contre le roi d’.\quitaine (841) • c’est à cette époque qu’il visita l’abbaye de Saint-Martin de Metz et qu’il s’y fit agréger. Béclaré déchu du trône par une assemblée d'évêques réunis à Aix-la- Chapelle, en 842, il appela les Normands à son secours : les trois frères, cependant, s'étant réconciliés dans une entrevue, convoquèrent è Metz un concile ritargé de régler le partage de leurs États respectifs. Ce concile, qui, à cause des intrigues de Lothaire, avait été transféré il Cobicntz, eut lieu, l’année suivante, à Verdun. L’acte de partage de l’Empii'c fut signé, au mois d’août 842. Lothaire eut l'Italie, la Provence, le Lyonnais, la Franche-Comté, et tout le pays compris entre le Rhône, le Rhin, la Saône, la Meuse et l'Escaut ; vaste empire dont Metz resta la capitale. L'ne nouvelle assemblée de prélats, tenue, la même année, dans l'église de Metz, y rédigea phisicurs réglements concernant la réforme des abus qui s’étalent glissés dans les monastères.

L’empereur Lothaire ayant, en 8.45, partagé ses États entre ses trois fils, Lotliairc , l’un d'eux , eut tout le pays limité par la Saône et le Rhône , la Meuse et le Rhin : ce fut alors que ce royaume prit le nom de Lotharii regnum , ou de Lotharingie, dont on fit plus tard Lokérrègne , et enfin l.z>rraine. Le nom de lY, 67

iûo TROIS-ÉVÉCIIÉS.

roynume d'Austrasic-rut ainsi supprimé ; toutefois Metz resta 1$ capitale des États de Lothaire 11, Ce prince prit, comme scs frères, une port active aux querelles de Louis-le-Gcrraanique et de Charles-le-Chauve. Mais, en 866, les Normands , qui avaient pénétré au cœur de la France, s'étant avancés jusqu'aux portes de Metz , il oublia les dissensions de famille pour veiller au salut de ses États , et parvint à repousser ces Barbares. L'année suivante, I.a>uis-le-Gcrmanique et (Ibarles-le-Chauve se rendirent à Metz poar conférer avec lui.. Mais, toujours avides d'agrandir leurs possessions, ils eurent tous deux une entrevue secrète dans l'abbaye de Saint-Arnould , et s'y occupèrent du imrbige des États de leurs neveux , le roi Lothaire et l'empereur Ix)uis , qui n'avaient pas d'héritiers. Lothairc, indigné, se plaignit au pape de l'avidité de ses oncles; il partit même pour Rome, afin d'y faire casser l'acte par lequel ils se parlageaicut sa succession. Un autre motif le conduisait, d'ailleurs, dans cette capitale du monde chrétien : la répudiation de sa femme Teuteberge, et son union avec Vuldrade avaient excité contre lui la colère du saint-siège. Son voyage ne fut pas heureux : A son retour, il mourut à Plaisance. La reine Teuteberge, à cette nouvelle, se bita de revenir à Metz, où elle se retira dans le monastère de Sainte-Glossinde. Charles-le-Cbauvc, profitant des embarras de l'empereur Louis et de Louis de Germanie, retenus l'un en Italie, par les incursions des Sarrasins, l'autre en Allemagne, par la guerre contre les tisclavons, accourut à Metz, où l'évêque Adventius avait disposé les esprits en sa faveur et s'y lit couronner sans opposition , dans la cathédrale, le 9 septembre 869. Cette usurpation était à peine accomplie (]uc le pape Adrien réclama au nom de l'empereur Louis, et Louis de Gertnanie pour son propre compte. Cbarles-le-Chauve conclut alors un accommodement avec celui-ci, par lequel il lui céda Metz et garda Toul et Verdun, tandis que i'Lmpcreur ne recueillait de l'héritage de son neveu que le vain titre de roi de Lorraine.-

A la mort de Louis de Germanie (876), Charles-le-Chauve voulut s'emparer de tout le royaume de Lothaire ; mais Louis, l'un des trois fils du dernier roi, auquel était échue toute la haute l-orraine, accourut à sa rencontre et le battit ('omplétcment devant Andernach. Le fds de Charles-le-Cbauve, Louis-lc-Bèguc , lui survécut peu de temps. Les grands du royaume offrirent alors la couronne à Louis, fils de Louis-lc-Germanique (879) ; ce prince accepta, se rendit à Metz et de là à Verdun, où il conclut un traité par lequel il renonçait à scs prétentions sur la couronne de France , en échange de la part que Cliarles-le-Chauve avait eue dans l’héritage de Lothaire. Charles-le-Gros, son frère et son héritier, recueillit aussi la succession de son autre frère, l’empereur Carloman, et réunit, en outre , la couronne de France à toutes celles qu'il possédait déjà. Incapable de tenir d'une main ferme les rênes d'un si vaste empire , il traita honteusement avec les Normands qui, en 882, dévastèrent les provinces du Nord, et pour assouvir leur cupidité il dépouilla la cathédrale de Metz de toutes ses richesses. Les Normands reparurent en 883 ; ils remontaient la Moselle, lorsque Walo et Adélard, fun évêque, l'autre comte de Metz, vinrent les attaquer à Rcmich, entre Sierck et Trêves , et les mirent en fuite. Walo paya de sa vie le salut de la ville épiscopale. Un autre essaim de Normands assiégeait Paris : Gharles-le-Gros ne sut

Di' dbvGoogh

METZ. *51

qu’assembler une diète A Metz, en juillet 886, pour aviser aux moyens de sauver le pays.

Louis III, fils d’Arnold, que les Allemands avaient élevé sur le trône-, en 888, et auquel les Lorrains s'étalent soumis, eut un régne très-agité; il fut obligé, à deux ■reprises différentes, d’accourir à Metz pour réprimer des séditions (906-908). I.CS seigneurs allemands élurent, après lui, J^onrad, duc de Franconie, tandis que les Lorrains, fidèles à la race de Charlemagne, se donnaient h <>harlcs-le-6imple, roi de France. Charles prit possession à Metz de son nouveau royaume, en 9li, et y revint, l'année suivante, afin de repousser Conrad, qui revendiquait la Lorraine. En 913, Charles-le-Simple avait établi à Metz, comme gouverneur du royaume de Lorraine, Siselbert, gendre de Henri; duc de Saxe-, Giselbert tôclia de se rendre indépendant. Pour le punir, le roi Cliarles revint à Metz, en 916, et le dépouilla de toutes ses dignités. Peu d’annéès après (919), Henri fut élu roi de Germanie , et Charles-le-Simple 5’empres.sa de rendre à Giselbert le gouvernement qu’il lui avait ôté. Une entrevue eut lieu sur le Rhin cnti'c ces deux princes , qui se jurèrent amitié, néanmoins , lorsque Charles eut été déposé par les grands de son royaume, Louis leur prêta son appui et pénétra en Lorraine avec une armée. Metz refusa de lui ouvrir scs portes ; la ville ne se soumit qu’après un long siège, et Giselbert y rentra tout puissant. Dès leur avènement au trône (936), l’empereur Olhon-lc-Grand et Louis d'Outre-mer, fils de Charles-le-.Simplc, se disputèrent la possession du royaume de Lorraine. Giselbert prit celte fois le parti du roi de France , quoique beau-frère d’Othon ; mais il périt avec toute son armée auprès d’Andernacli. Tous les efforts de l.ouis pour conserver la Ix>rraine demeurèrent inutiles ; Othon conquit le pays entier, et Metz fut la dernière ville qui, en 0*5, reconnut la souveraineté de ce prince. Conrad , gendre d’Othon , nommé par lui gouverneur de la I.x>rraine , paya la con> fiance de son beau-père de la plus noire ingratitude ; il se révolta deux fois, malgré le pardon généreux que l’Empereur lui avait accordé, appela les Hongrois à son sceours et les introduisit dans la place de Metz que ces Harbarcs livrèrent au pillage (953 ]. Tout le pays messin fut saccagé , et une épidémie fit périr plus de dix mille personnes dans la seule ville de Metz. Deux ans après, les Hongi-ois ayant tenté une nouvelle invasion en Lorraine, Conrad, qui avait imploré la clémence de son père, fondit sur eux et les extermina : mais lui-même il périt dans l’expédition.

L’archevêque de Cologne, Bruno, auquel son père, l'empereur Othon, avait donné le titre de duc de Lorraine , comprit bieirtôt que ce pays formait un État beaucoup trop vaste pour qu'une seule volonté, si ferme qu’elle fût, pût y maintenir l’ordre. Il se décida donc , en 959, à diviser la Lorraine en deux provinces : Tune , la partie haute , constitua le duché de Mosellane ; il se réserva l’administration de l’autre, composée de la partie basse. Le duché de Mosellane, auquel appartenaient les Trois-Évèchés , fut donné à Frédéric, coinle de Bar. L’emperour Otiion étant mort, les Lorrains se soulevèrent pour rentrer sous la domination des princes rarlovingiens; Charles, frère de lÆthaire, roi do France, réussit à se créer un puissant parti parmi eux, et l’empereur Othon II, venu h Metz pour juger de la disposition des esprits, se hûta d’offrir à Charles les Étatsfqu’il convoitait

W2 THOIS-ÉVKCHÉS.

ca secret , afin de ne point les perdre entiëremenL Charles aiKepta, lit bonuna^^e à l'Empereur de la basse Lorraine, et par cet acte de vassalité se ferma à tout jamais l'accès du trénc de- France. Lolliairc alors voulut reconquérir la Moscllauc, et Metz lui ouvrit scs portes avec joie (978). Le roi de France, dans une entrevue qu'il eut, en 980, avec Othon 11, sur les bords de la Cliicrs, renonça pourtant à sa conquête, malgré les murmures des grands de sa cour. En 983, il essaya de reprendre la Lorraine, et Verdun tomba en sou pouvoir ; mais Cbarics, son frère, par l'appui qu'il prêta à l’Empereur, ruina les espérances de Lothaire. On sait qu'à la mort de ce prince , les grands du royaume refusèrent d'accepter pour roi le vassal de l'Empire. Sun fils Ülbon hérita du duché de Lorraine et ne laissa pas d'enfants : ainsi s'éteignit la postérité de Charlemagne. Dès lors, les Lorrains, qui ne se sentaient aucune affection pour les princes de la maison de Saxe, n'hésitèrent plus à secouer l'autorité impériale. Partout s'établirent des petits États héréditaires qui ne reconnurent que pour la forme la suzeraineté de l'Empereur. C'est à cette époque que les prélats se saisirent de la puissance suprême dans leur ville épiscopale. Les évêques de àlelz furent des premiers à s'arroger une autorité qu’ils ue purent conserver. Le peuple la leur enleva bientêt, et les prélats se virent forcés de sanctionner et de régulariser de bonne grâce l’érection d'un pouvoir communal dont ils ne pouvaient plus arrêter l'essor.

.V l'avéncment de l'empereur Henri II, Théodoric. , due de Mosellane , et quelques autres grands vassaux de l’Empire, essayèrent de s’affranchir d’une souveraineté qu’ils trouvaient trop pesante (1002). Henri Huit par réprimer ces rébellions et parvint à détacher les Messins du parli.de Théodoric, qui demanda la paix, fin peu plus tard, .\dalbéron, Qls du duc de Mosellane, et évêque de Metz, ayant été supplanté par l'évêque Théodoric, fils de Sigfried, comte de Luxembourg , l'Empereur vint en personne appuyer les pivtentions du jeune Adallvéron. Hais Théodoric, soutenu par son frère Henri , comte de Luxembourg, résista opiniilli'étnent aux prières, aux menaces., à la force même. Il s'enferma dans Metz, dont la population lui était dévouée , et y brava pendant plusieurs années tous les efforts des armées impériales. Sur ces entrefaites le jeune Adalbéron mourut, et Théodoric resta maître de l’évêché , malgré l'opposition de l'Empereur. Sommé plusieurs fois de comparaître avec son frère , le comte de Luxembourg , qui avait été dépouillé de scs États , devant une diète convoquée pour juger sa rébellion , Théodoric refusa de se rendre à Coblentz , puis à .Mayence, où il avait reçu l'ordre de venir se défendre. Condamné , quoique absent , le prélat attendit au retour les soigneurs et les prélats qui avaient voté contre lui , et ceux-ci tombèrent dans une embuscade où plusieurs furent tués. D'autres, comme Théodoric , duc de Mosellane, et Heimo , évêque de Verdun , furent plus heureux et ne perdirent que leur liberté. L’Empereur, furieux , lit interdire l'évêque Théodoric, qui n'en continua pas moins à gouverner sagement sou évêché et qui profita même du moment où il était en butte à l’animadversion du monarque pour fonder la catbédralc de Metz (lOU). Enfin l’Empereur se lassa de ces débats dans lesquels son autorité suprême était de plus on plus compromise. Cet exemple ne fut pas perdu pour les Messins. Leur évêque avait réussi à se soustraire à la puissance impériale; plus

METZ. 453

lard , ils trouvèrent à leur tour que le joug épiscopal était trop lourd, et ils le secouèrent plus aisément encore.

En 1024 , l'évèque de Metz et son frère Henri contribuèrent puissamment à l'élection de Coiirad-lc-Saliquc , successeur de l'empereur Henri 11. Ce fut à Üitzwcilcr, près de Metz, que le nouvel empereur et Henri 1", roi de France, se partagèrent, dans une entrevue, les États de lludolplic lll, roi de Bourgogne , qui venait de mourir. Eudes, comte de Clianipagne se prétendit lésé et entra à main armée dans la Lorraine pour faire valoir scs droits. Cozelun, duc delà Mosellane, accouru à sa rcncoutrc, le combattit sur les bords de l’Orne, le 23 novembre 1037, et ce fut un renfort de MeSsins, conduit par leur évêque, Tliéodoric, qui décida de l'issue de la bataille. Le comte de Champagne périt dans la mêlée. La Lorraine jouit alors de quelque repos; mais la guerre nu tarda point à se rallumer, par le refus que lit l’empereur Conrad d’accorder à Godefrid , Uls de Gozclon , l’investiture du duché qu’avait gouverné son père. Cette querelle dura plusieurs anné‘es, au bout desquelles Godefrid se réconcilia avec l'Empereur, qui l’investit du duché de la basse Lorraine, et donna celui de Mosellane à Gérard d’.\lsacc, époux d’IIadaide, princesse du sang carlovingien par sa mère Ermengarde, fdle de Charles de Lorraine. C’est de Gérard d’.Usace qu’est issue celte noble et longue suite de souverains, qui pendant plusieurs siècles ont illustré le duché de Lorraine.

L'n moine ambitieux, nommé Hildcbrand, avait réussi, à force d'intrigues, à s'asseoir sur le siège de saint Pierre : il prit le nom de Grégoire VII, et tous les trénes de la chrétienté furent ébranlés jusque dans leurs fondements, par les audacieuses prétentions de ce pontife. Metz avait alors pour évêque un Saxon nommé Ueriman , qui devait son élévation h l’Empereur, cl qui devint l’un des ministres les plus dévoués de Grégoire. Chassé de Metz , en 1079, par Théodoric, duc de Lorraine , Heriinan parvint à y rentrer, et assista au concile de Worms, dans lequel l'empereur Henri IV lit déclarer Grégoire VU déchu de la papauté. Peu après, Ueriman, qui s'était réconcilié avec Grégoire VII, se lit chasser de nouveau de .Metz par l'Empereur, et se réfugia à Verdun , puis dans l’oblHiyc de Saint-Tron. En 1080, l'usurpateur Rodolphe de Souabc fut tué, et l'évêque Hcriman, revêtu de la dignité de légat, eut assez de crédit pour faire nommer empereur, en 1081, un homme de guerre nommé Hermann, qui était natif de Metz, et qu'il entretenait à sa solde. Pendant quatre années, cet Hermann fut opposé comme empereur légitime à Henri IV, contre lequel Grégoire VII avait fulminé l'anathème. A la mort de ce pontife, en 1085, l'empereur Hermann s'empressa d’abdiquer, et vint chercher, dans sa ville natale, le repos qu'il avait perdu; il y vécut jusqu'en 1088. En 1090, l'évêque Heriman alla de vie à trépas, et l’empereur Henri IV, sans consulter le peuple, donna l’évêché à son parent Adalberou. Les Messins protestèrent 'énergiquement, repoussèrent le prélat que le monarque avait prétendu leur imposer, et choisirent eux-mêmes pour leur évêque Poppon, frère du comte palatin Henri. Ce fut en vain que l’Empereur confisqua les biens de l’évêché, et que Tliéodoric, duc de Lorraine, ravagea le pays d’alentour : le peuple messin voulut conserver è tout prix son indépendance , et ne tint compte ni des ordres de l’Empereui' ni des déprédations du duc de Lorraine.

Digitiz. a h , iJoo>^ld

TROIS-ÉVÊCHÊS.

Tliëodoric ne parvint qu'a développer les premici's germes de relfe rivalité haineuse , qui divisa toujoure depuis les sujets du duché de Lorraine et ceux de la république de Meti.

Aussitôt que Poppon fut mort, Àdalberon fut accepté par les Messins, qui , du reste, n'eurent qu'à s’applaudir dé leur condescendance; le nouvel évé<iuc, en effet, ne sépara jamais sa cause de cetîe de son troupeau. Loi'squ’cn 1110, les Messins, pour tirer vengeance de l'arrestalion d’un de leurs concitoyens , que les gens de l’évéque de Verdun avaient emprisonné à Dieulouard, marchèrent sur celte place , qu’ils réduisirent en cendres, après en avoir dévasté les dépendances, Adalberon réunit ses propres forces à celles de la cité, pour concourir à cette expédition. Puisque dès lors la bourgeoisie de Metz savait se faire respecter, et punir par la gucn'c les injures qu’elle recevait d’un évéqiie aussi puissant que celui de Verdun, il est évident que le pouvoir communal était constitué de fait, et que la sanction épiscopale, accordée bien des années après , ne fut qu’une simple formalité dont 1a république ne se mettait guère en peine. Favorisc-r la création des communes, était, de la part d'un évéque, une faute qui ne devait pas trouver grâce devant le saint-siège. Adalberon, que son dévouement à la bourgeoisie de Metz devait signalera l’animadversion pontificale, fut accusé de négliger les intérêts de son Église pour ne s'occuper que d’affaii-es mondaines, et, dans un concile tenu à Reims, en 1115, il fut déposé. I.cs Messins n’étaient plus habitués à plier devant les ordres des puissants du siècle , ils refusèrent nettement d’élire un autre évêque. Au bout de deux ans, Tliéodger, frère de Folmar, comte de Metz, ayant été élu en secret par quelques membres du clergé messin, fut confirmé dans un concile tenu à Cologne. Tliéodger était un respectable vieillard , vénéré du peuple, et cependant il ne put obtenir l’entrée de la ville ; il alla se réfugier d’abord dans l’abbaye de Gorze , d’où les Messins le forcèrent encore de s’éloigner, et il ne trouva d’asile qu’à Cluny, où il mourut en 1120. Le pape Caiixte II fit alors donner le trùne épiscopal à son neveu Étienne de Bar, qui fut repoussé comme l’avait été Tliéodger. En 1123, lorsque les différends entre l’Empire et la papauté furent apaisés, Adalberon , pour rester à la cour, renonça à l’évêché de Metz , et Étienne de Bar fut enfin accueilli par la cité. Metz avait été la capitale du duché de Mosellane, jusqu’au moment où 1e dur Théodoric s’aliéna l’esprit du peuple par sa conduite dans l’affaire de l’évèque Poppon. A partir de ce moment, le duc de Lorraine dut renoncer à cette n'isidence, et il alla se fixer àChêtenoy, que le duc Simon son’ fils abandonna plus tard pour s’établir à Nancy.

Lorsque la première croisade entraînait vers les rivages de la Syrie toutes les populations de la chrétienté, les Messins eurent la sages.se do ne pas s’associer à cette entreprise. Ils sentaient que le moment était venu de se constituer en un Étal libre et fort; mais pour réussir il fallait que tous les enfants de la cité assistassent à la création de la république; il n’y avait pas de cceurs et de bras inutiles à envoyer sur les plages lointaines dans de pareilles circonstances. Ce ne fut donc pas un sentiment irréligieux , mais bien f amour de l’indépendance qui retint les Messins dans leur ville. Le comte de Metz, Folmar, et quelques ecclésiastiques s’enrôlèrent seuls sous la bannière de la croix, et ils partirent sans regret d’une ville dont les projets d'émancipation ne pouvaient plus être ni mé-

METZ. 455

connus ni comprinuis. L'évéque Étienne de Bar, jugeant sagement les temps et les choses, favorisa lui-m£mc la naissance de la répuljli(|ue. Le premier acte de l’autorité populaire fut de déclarer que nul n'était de condition servile. Deux cent quatorze villages se rangèrent avec bonheur sous les lois messines, et jouirent des franchises et des libertés des citoyens , en participant aux charges que ceux-ci devaient supporter pour soutenir l'État. Ce ne fut pas sans une vive résistance que les seigneurs sc virent enlever ainsi leur suprématie : habitués aux armes, ils attirèrent hors de la ville les bourgeois , qui furent défaits et virent périr par le fer plus de deux mille des leurs. Alors la fureur populaire ne connut plus lie bornes, l'expulsion ou l'extermination des seigneurs fut juréu:, et la voix éloquente de saint Bernard put seule arrêter les effets de la terrible vengeance que préparait le peuple. Une réconciliation eut lieu, et les franchises de la cité furent reconnues par les seigneurs, qui jurèrent de les respecter è tout jamais. Ceci SC pas.sait, d’après les chroniques coutemporaincs, en l’année 1153.

Le chef de la république était un magistral à vie, portant le titre de maître échevin; il en est fait mention dès l’année 1032, et rien ne prouve que cet important oflice n'ait pas été créé longtemps avant cette époque. Quoi qu’il en soit, les .Messins ne tardèrent pas à sentir les inconvénients d’un pouvoir qui ne Unissait qu’avec l’homme qui en était revêtu ; ils résolurent donc de s'affraimhir d'une sujétion qui leur était devenue intolérable, et l'évéque Bertram s’empressa de régulariser, par son intervention plutôt que par son adhésion, l’acte émané de la volonté des bourgeois, fine charte, datée de 1179, et que confirmèrent l'empereur Frédéric Baiberousse et le pape Lrbain III, décida qu’à l’avenir le maître échev in serait élu chaque année , pour qu’il fût forcé d’user humainement du pouvoir, et pour que la stabilité de cette charge cessant, l’insolence accoutumée de l’élu cessât (‘gaiement. Ce sont les propres expressions de la cliarte que noos venons de traduire. Un pouvait choisir pour maître échevin un homme de quelque condition qu’il fût, soldat ou bourgeois, habitant de la ville ou des villages appartenant à la république. L’élection du chef de l'État était déférée à six dignitaires ecclésiastiques, à savoir : le primicier de la cathédrale, et les abbés de Gorze, de Haint-.\rnould, de Saint-Clément, de Saint-Symphorien et de Saint-Vincent. On voit (|ue Bertram, en accédant avec einpnïssement au vœu du peuple, eut l’adresse de réserver à l'Église rélection définitive du malire ('‘chevin ; mais cette prérogative fut illusoire et les choix furent toujours dictés hautement par la grande voix de la cité.

Il y avait encore des comtes de Metz, elle gouvernement de la république supportait impatiemment qu’une autre autorité que la sienne existât dans la cité. Aussi lorsque Thibaut, duc de Lorraine, qui avait reçu par alliance le titre de comte de Metz, mourut sans postérité, en 1220, ce titre s'éteignit avec lui, et les Messins n'eurent garde d’en avoir regret. Au commencement du xiir siècle , leur cité fut le théâtre d'un fait bien digne de remarque. Parmi les bourgeois se trouvaient des hommes assez versés dans les lettres pour pouvoir répandre dans le peuple des traductions des Écritures saintes; l’instruction fit des progrès dans toutes les cja.sscs, et bient(>t l'ignorance des prêtres devint proverbiale. L’évéque s'en plaignit au pape, qui s'empressa d'écrire au peuple messin une lettre

Digilizcd by (,^OOgle

456 TROIS-ÉVÉCHÉS.

toute paternelle, par laquelle il l’engageait à ne pas mépriser la simplicité de ses pasteurs et à honorer en eu\ le caractère sacerdotal , s’il ne pouvait admirer leur science.

La république était constituée , il n’y avait plus rien à craindre pour le berceau de l’État ; les Messins ne refusèrent plus dès lors de s’associer aux croisades. A la nouvelle de la prise de Jérusalem par Selah-ed-dyn, ou Saladin, ils s’émurent, et beaucoup d’entre eux partirent sous le commandement de Henri de Salm. Quelques années après, l’évéque Bertram donna la croix à quinie prêtres, h trente bourgeois et à quinte écuyers, qui allèrent se joindre aux croisés allemands réunis par les prédications de 1195. La république était pourtant bien loin de jouir des douceurs de l.o paix. L’évéque Bertram, qui à force d’adresse avait espéré ressaisir le pouvoir, finit par se démasquer. Simon, duc de Lorraine, fut poussé par lui à prendre le parti des seigneurs contre les bourgeois; la guerre éclata; et les .Messins vaincus deux fois curent recours à l’inimitié du duc de Lorraine et du comte de Bar. Us réclamèrent l’assistance de ce dernier prince , et bientét les affaires changèrent si bien de face que le duc de Lorraine, Ferry, qui venait de succéder à Simon , son père , fut olrligé d’acheter la paix au prix des concessions ' les plus humiliantes.

Nous avons déjè dit que Thibant , dernier comte de Metz, était mort sans enfants en 1^80. Thibaut , comte de r.hampagnc, ayant épousé sa veuve, prétendit avoir des droits sur la ville et se mit en mesure de les faire valoir par la force. Il eut l'adresse d’attirer dans son parti les comtes de Bar et de Luxembourg; mais une défaite honteuse chassa bientét les seigneurs coalisés des faubourgs de Metz, et força Thibaut à renoncer è scs exorbitantes prétentions. Jean d’Apremont, qui occupait le tn^ne épiscopal lorsque le dernier comte de Metz mourut, s'empressa de proGter de l’occasion et se saisit de la pluport des fiCfs du comté, qu'il or'cupa sans difllculté. Depuis plus de vingt ans, les prélats messins avaient été obligés de transférer leur juridiction A Vie, parce qu’ils avaient fini par désespérer de la maintenir à Metz : Jean d’.tpremunt se crut désormais assez puissant pour lutter avec la cité , et , en 1235 , il fit l’essai de ses forces ; mais l’amour de la libei'té était trop bien enraciné dans le cœur des Messins pour qu’une réaction piU rendre A l’évéque un pouvoir A jamais perdu. Jean d’Apremont , assisté de quelques familles patriciennes , essaya d’entraver l’élection du maître échevin , qu’il voulait choisir A son gré. Iji cité résista, l’évéque excommunia son troupeau, qui le chassa de la ville en chassant avec lui les traîtres qui avaient secondé scs desseins. Le château de Saint-Germain reçut les fugitifs, qui y furent étroitement bloqués durant trois années, et pendant que les Mcs.sins punissaient la tentative du prélat par le ravage des terres de son évêché. Jean finit par se lasser d’un tel état de choses; il s'humilia devant les volontés de la république messine, et en 1235 il lui fut enfin permis de rentrer dans sa ville épiscopale.

Avant de poursuivre le récit des événements postérieurs, il nous paraît indispensable de donner, en peu de mots, un aperçu du système de gouvernement qui régissait alors 1a république messine- Le maître échevin était le chef suprême de l’État; vingt échevins formaient son conseil. Il nommait et révoquait A son gré les officiers civils et militaires, il dirigeait et réglait toutes les affaires publiques.

Les procès étaient soumis en premier ressort à la Juridii liaii des magistrats nommés les treize, et ils revenaient par appel devant le maître éclievin, qui les jugeait souverainement. Les finances de la cité étaient administrées par trois maires ou mayeurs, préposés chacun à une subdivision de la ville mémo et du territoire de la république. Les trois mairies portaient les noms de Porte-Muselle, l’ort-Sailly et Oulro-.Mosclle. A la première étaient annevés cinquante-sept villages ou bameauv, à la deuxième cent quatorze, et quarante-trois à la troisième. Les tailles, les amendes et les bannissements étaient du ressort d'un conseil de prud'lioinmes composé de douze membres nommés eswardnurs. I,a promulgation des lois, le règlement des impôts et la discussion des questions de jMiis ou do guerre nécessitaient la réunion de grandes assemblées dans lesquelles tous les membres du gouvernement avaient voix délibérative. .Mais dans ces assemblées le peuple avait vingt-cinq représentants, nommés couilcs et (|ui étaient élus par les [laroisses pour oiitrc-balancer le pouv oir des paraiges. Voici ce qu’étaient ces paraiges. Six associations de familles bourgeoises alliées entre elles, et qui les premières avaient été investies des charges de la république, constituaient six classes de patriciens nommés d’abord cog/ialiones, pareniclœ, puis plus lard, paraiges. A partir de 1250, il fut décidé qu'à l'avenir il faudrait absolument appartenir à un paraige pour pouvoir être revêtu de la dignité de maître éciievin, ou de treize; ces paraiges, en 1250, étaient composés ainsi qu'il suit : celui de Portc-.\fusellc comptait quatorze chefs de famille; celui de Jurue vingt-huit, celui de Saint-Martin quinze ; celui de Port Sailly quinze; celui d’thitre-SeilIe quinze, et enfin celui de Commun trente et un Les cinq premiers ne formaient chacun qu’une seule et même famille, mais le sixième en contenait plusieurs. On ne pouvait entrer dans un paraige que par alliance. Enfin les six paraiges n’étaient pas plus nobles les uns que les autres, et dans chacun d eux on comptait, sans distinction aucune, des chevaliers et d'humbles artisans. Pour éviter que les dignités ne se perpétuassent exclusivement dans un ou plusieurs paraiges, on décida un peu plus tard que le maitre échevin serait pris alternativement dans chacun des six paraiges ; de plus , pour achever d’ôter à l’intrigue une action nuisible au bien de l’Ébit, il fut décidé que le sort déciderait seul, parmi, les candidats choisis dans le paraige en tour, par les électeurs ecclésiastiques chargés de la nomination annuelle du maître échevin.

Le pouvoir de ce magistrat parut bientôt trop grand, et on lui enleva la nomination des échevins ainsi (|ue toute infiucnce sur celle des treize, qui fut déférée aux chefs des cinq premiers pnraigra, assistés de quatre députes du |varaige de Commun. Toutefois, il fut décidé que le maître échevin sortant serait le premier des treize pendant l’année suivante. La dignité de maître échevin avait un tel éclat que les habitants de Metz auxquels il naissait un fils avaient l’habitude de lui souhaiter d'élre tin jour maitre échevin ou au moins roi de France. Voici un second fuit qui peint à meneilic le caractère de ce peuple énergique. Sur l'une des portes de la ville, la porte Sainte-Itartve, le gouvernement de la cité fit écrire, au XV' siècle, ces mots dont rien ne saurait surpasser ia fierté,

Dieu nous doiat paix dedans, nous avons paix dehors.

Il fallait que la république se sentît bien forte pour oser jeter ce vers orgueilleux IV. 58

458 TROlS-ÈVÊCHÉS.

b la face de scs ennemis du dehoi-s, quand ces ennemis étaient des empereurs , des rois et de puissants ducs. Cette inscription existe encore. Pendant la guerre, une taxe extraordinaire, d'un denier par tête, était perdue cliaquc semaine et nul n'en était exempt; les ecclésiastiques firent de vains elTurts pour s'afrranchir de cette charge , ils n'y purent réussir. Les revenus ordinaires de l'État consistaient en redevances foncières, en droits d'héritages, de pesage et de mesurage, enfin en droits d'octroi ou de tonneu que payait toute marchandise introduite dans la cité , qu'elle appartint ou non à des clercs ou à des laïques.

Voici maintenant quelle était la pénalité en vigueur à Metz dans les premiers siècles de la république. Le meurtre et l'enlèvement d'une femme étaient punis de mort et le coupable était tué par scs propres parents, auxquels les eswardours devaient aide si besoin était. Si le coupable s'échappait , sa maison était rasée.

mutilation d'un membre était taxée à neuf francs et un an de bannissement ; une fracture, à trente sous; la participation à un débat en armes, dix sous. Il était défendu aux magistrats eux-raémes de paraître en public avec « glaives ou espées , même por défaire la mesicic t> lorsqu'il y avoit du tumulte. II était également défendu d'avoir des armes chez soi ; et , frapper quelqu'un d'une arme quelconque, était un crime puni de l'exil à Saint-Jcan-d'.\cre (atour, ou ordondonnanccs de 1250 et 125V). Pour quelque cause que ce fût, il était interdit formellement d'avoir recours aux étrangers . dans les débats qui pouvaient surgir dans la cité; voici le texte de cette défense ; « Por bestans qui aveigne entre coulx de Mes, nul ne doit ameneir esirainge home dedens Mes. Qu'il amanroit, cil estoit arcevesques ou evesques ou dus ou cuens, li paraige en cui aide avanroit , paieroit cent livres de messins et videroit cent jors la banlue » (atour de 1250).

Le gouvernement n'était pas moins attentif à condamner tout ce qui pouvait démoraliser le peuple ; ainsi un atour de 1245 avait expressément défendu les jeux de hasard, parce que oon y reniet Dieu, Nostre-Damc et los saincts et ly enfans y devienent glouton et larron. » Le bannissement était un des chétimenis les plus fréquemment appliqués aux délits légers; mais presque toujours le banni, avant d'ètrc chassé de la ville, était soumis à une peine corporelle peu douloureu.se, il est vrai, mois dont l'ignominie était extrêmement redoutée. Sur la place nommée le Champ à Saille était construit un bassin as.sez large, senant d'égout et dans lequel croupissait une eau toujours infecle. Celui qui, pour une action honteuse quelconque, avait encouru un bannissement plus ou moins prolongé, était plongé dans ce bourbier au moins une fois et quelquefois même à plusieurs reprises, suivant la gravité de la faute, au milieu des huées de la populace.

La rébellion contre le gouvernement de la cité était punie de mort, et le coupable, enfermé dans un sac, était jeté à la Moselle. Le suicide était voué à l'infamie, et le cadavre de l'homme qui s'était volontairement donné la mort était traîné [wr toute la ville , puis jeté à la Moselle dans un tonneau sur lequel était écrit ; « boutez à val , laissez aller; c'est par justice ». La fraude, en matière de commerce, était très sévèrement punie i les coupables étaient marqués au fmnt, ou bien le bourreau leur coupait une oreille ; en cas de récidive, la peine capitale était inévitable. Nous no. pouvons entreprendre ici l'examen détaillé de la pénalité adoptée par le gouvernement de la république messine, et les quelques

METZ. 459

exemples que je viens de citer, suffiront pour donner une idée de l'inDexiblc rigueur avec laquelle les lois étaient appliquées.

Les forces militaires de la cité se composaient d’un corps d'aventuriers de tous les pays, qui portaient le titre de Suldoyeiirs et qui se mettaient aux gages de la république; presque tous étaient des gentilshommes d'Allemagne. Tous les citaint ou citoyens étaient forcés de contribuer à la défense et même à la garde de la ville. Il n'y avait de privilège pour personne, et le service militaire réunissait sur les remparts les riches et les pauvres sans distinction. Les prêtres eux- mêmes étaient astreints à payer de leur personne, et ce ne fut qu’à grand'pcirie que les chanoines du chapitre obtinrent de l’Empereur de n’avoir à monter la garde qu’en cas de siège. Sept ofDciers, nommés les sept de la guerre, étaient exclusivement chargés de tout ce qui était relatif à la partie militaire du gouvernement. Ils étaient renouvelés tous les ans par élection. Chacune des toure de l’enceinte était assignée à l’un des corps de métier, lequel demeurait seul responsable de l’entretien des armes qui y étaient déposées et de la défense du poste qui lui était confié. En cas d’alerte, tout citoyen sachant à l’avance, le point où il devait se porter cn hâte, la défense de la ville devenait beaucoup plus facile à organiser. Chacune des branches de i'administration était régie par un conseil de sept membres qui prenaient , ainsi que nous l’avons dit à propos de la guerre , le nom de sept. Il y eut ainsi, dés le xiii' siècle, les sept des pavés, qui furent commis au pavage des rues de la ville. Tous les actes émanés de l’autorité supérieure étaient conservés dans les archives de la cité et déposés, à cet effet, dans les combles de la cathédrale. Tous les actes privés , par lesquels les bourgeois s’engageaient entre eux , étaient passés devant des magistrats nommés aman> qui consenaient les originaux dans d’immenses arches ou armoires de fer confiées à leur garde. A chaque paroisse était attachée une amandcllerie, et les amans étaient toujours gens de paraige. Par ce dépôt régulier des contrats particuliers, on prévenait une foule de procès, qui eussent pu, sans cçttc précaution, naître de la mauvaise fui des parties contractantes. Enfin, presque toutes les charges étaient purement honorifiques , et ceux qui en étaient revêtus n’avaient droit qu’au remboursement des frais encourus par eux au service de la république.

On conçoit aisément qu’avec un mécanisme administratif aussi simple, un État qui n’avait pas la moindre envie d'augmenter son territoire ; qui ne cherchait querelle à aucun de ses voisins , mais qui était parfaitement décidé à ne souffrir aucune injure , qui mettait tous ses soins à entretenir l’union parmi les citoyens, à perfectionner ses lois, à favoriser et à développer l’industrie et l’agriculture, on conçoit , dis- je , que cet État ait dô atteindre promptement un haut degré de prospérité. C’est ce qui ne manqua pas d’arriver. Metz en peu de temps dev int l’une des villes les plus florissantes et les plus heureuses, jouissant de toutes les douceurs de la paix, tandis que ses évêques guerroyaient sans cesse pour défendre leurs vastes domaines contre la convoitise armée de leurs puissants voisins.

Nous f avons dit plus haut, les ducs de Lorraine eussent été heureux de trouver l’occasion de rentrer en possession de MeU la Riche ; aussi ne laissaient-ils échapper aucun suyet de guerre avec la cité. En 1288 , une querelle surgit. Les Messins défaits aux Genivaux prirent peu de jours après leur revanche près de

Digitizoo bv GiKvgl

TKOIS-KVÉCHÉS.

Morliiingc, et le due Kerry l'iclicla, au prix exorbitant de deux mille francs, la liberté du sire de Cliuiseuil qui axait été fait prisonnier et conduit b Metz.

i.'année suivante, l’évôque Itouchard d'Avesnes, engagé dans une guerre furieuse contre le duc Kerry, parvint à force de concessions à mettre la cité dans son parti. Dés lors le duc de Lorraine dut renoncer à continuer la guerre, et la paix fut conclue h l'avatitage du préUit. Bouchard d’Avesnes mourut chéri des Messins; son successeur, Ilenaiid de Bar, en fut exécré. Placé à la tête du comté de Bar par son frère Henri, qui venait de partir pour la terre-sainte , Benaud se crut assez fort pour heurter de front la haine des Messins. Ceux-ci obtinrent aussitôt l'appui du comte de Luxembourg, et Benaud battu coup sur coup, se vit dépouillé de tout son temporel. La juridiction épiscopale fut méconnue, elle clerc comme le laïc indistinctement soumis à Injustice séculière; les religieux ayant été déclarés inhabiles à succédcT, on défendit à leurs familles de leur rien donner. Le nombre des moines mendiants fut réduit à dix pour chaque couvent; on interdit aux citoyens de concéder aux établissements religieux des redevances en blé ou en vin sur le produit de leurs biens, et cela sous peine d'une amende également applicable à l'aman nu notaire qui aurait rédigé le contrat de cession. Kiifin les moines furent exclus des lieux de promenade ou de divertissement, cl l'habit séculier leur fut défendu sous peine d’une année d’emprisonnement.

Lorsqu'en 1297 le pape Boniface VIH prêcha la guerre contre le roi de France Philippe-le-Bel, qui avoil protesté contre la bulle pontificale par laquelle il était défendu au clergé de payer aucuns subsides sans la permission du saint-siège, les Messins, qui depuis longtemps avaient soumis les clercs aux mêmes impositions que les laïcs, n’eurent garde d’exécuter les ordres du pape. Ils firent plus : ils accordèrent des sauvegardes aux Français el les protégèrent contre leur évêque Renaud , lequel s'était follement engagé dans une guerre qui devait perdre le comté de Bar. Iæ prospérité de la cité allait toujours croissatil ; mais avec cette prospérité malheureusement s’accrut l’orgueil -des Messins. Les idées de noblc-sse s’infiltrèrent petit à petit dans les familles patriciennes. L’un des symptômes de ce retour aux idées que les citoyens de Metz avaient si énergiquement combattues se trouve dans l’ordonnance de 1305, qui prescrivit au maître échevin de se faire armer chevalier dans les trois premiers mois de son échevinat, sous peine de cinq cents francs d’amende. Beaucoup de bourgeois avaient acheté des terres situées dans les principautés au milieu desquelles se trouvait enclavé le territoire de la république ; lorsqu’ils furent sommet de s’aquilter du service dû par les fciidalaires à leur suzerain , ils refusèrent formellement en se déclarant citoyens de la cité libre de Metz, et ces refus accumulèrent des ressentiments qui ne tardèrent pas à éclater.

Au mois d'août I32i, l’arrhevêque de Trêves, le roi de Bohême, le doc de Lorraine et le comte de Bar, se réunirent è Rcmich et se confédérèrent contre Metz nu mois de novembre suivant. L’évêque Henry Dauphin entra dans cette ligue formidable à l’aide de laquelle il espérait ressaisir la puissance que ses prédécesseurs avaient perdue. Les Messins avaient prévu l’orage qui les menaçait, et ce fut précisément pour faire face à celte guerre imminente que les sept de la guerre furent créés dès l’année 1323. Aussitôt après la convention de Remich, les confé-

METZ

dcrés étant venus mettre le siège devant la ville, essuyèrent une défaite honteuse, et le siège fut levé le ^octobre 13î4. On vit alors le maître échevin et une partie des patriciens trahir la cité et passer dans le camp de l’ennemi. Cette infime défection fut loin d'abattre le courage des fidèles enfants de .Metz, et dès que l'ennemi eut décampé, les sept de la guerre firent raser les maisons et détruire les jardins qui environnaient la ville, et pouvaient en compromettre la défense. Trainiuillcs alors sur l'état de la place, ils sc mirent eux-mémes en campagne et d'assaillis devinrent assaillants, mais une nouvelle trahison les força de rentrer dans leurs murailles. Cinq mois après sa déclaration de guerre, l’évèque Henry sollicita la paix ; il l’obtint le 29 mars t325, elles .Messins payèrent sa défection au prix de quelques concessions, entre autres , du rétablissement de la juridiction épiscopale. La guerre contre les quatre seigneurs, c’est ainsi qu'on l’appela, dura encore une année entière , et la paix ne fut conclue que le 3 mars 1326, par une convention dans laquelle la république messine traitait d’égal à égal avec (es princes qu’elle avait coml)allus. Néanmoins les Messins dun'iit abandonner leurs prétentions sur la liberté absolue des Gefs qu’ils avaient achetés^dans les terres des princes leurs voisins, et ils se reconnurent astreints à faire Ja garde dans les châteaux et à fournir les subsides accoutumés. Ce traité ne concernait pas les habitants qui avaient quitté la ville ; le gouvernement de la cité refusa de leur accorder l’oubli de leur trahison. Le roi de Bohème et le comte de Bar reprirent alors les armes en faveur de ces exilés, et le 27 juin 1327, on leur permit de rentrer par un nouveau traité dans lequel il fut d’ailleurs stipulé que rien ne leur serait rendu de ce qui leur avait été conGsqué pendant leur émigration. La paix étant ainsi rétablie, les parties belligérantes la consolidèrent par un nouveau traité conclu en 1331 , entre Isabelle d’Autriche régente de Lorraine, Édouard comte de Bar, Adéinar de Monteil, évéque de Metz, et les Messins.

L’alliance des Messins et de leur évêque fut sincèrement jurée de part et d’autre, et toujours Adémar de Monteil témoigna au gouvernement de la cité une confiance et une déférence complètes. C’e.sl ainsi que ce digne prélat, fatigué des vains efforts qu'il avait faits pour éteindre les honteux désordres dont la genl monastique donnait sans vergogne l’aflligeant spectacle , sc vit contraint de dem.vnder l’assistance dés magistrats « appelant la justice et toute la communaultéit en notre ayde , » ce sont les expressions de sa supplique , ar comme le brais sccuficr, corne li dicts moines ne weulent obéir as commandements don brais espiritucl. » Le gouvernement de la cité sc montra digne decette confiance, et l’aide que le prélat demandait , il l’obtint prompte et vigoureuse. Les moines durent plier sous l’inflexible sévérité des lois séculières , et les mœurs monacales parurent momentanément-moins dissolues. Les Messins ne se bornèrent pas i prêter à leur évéque le secours de leurs lois ; ils avaient reconnu en lui on ami sincère de leurs institutions et de leurs libertés; et moins ils étaient habitués a ces nobles procédés, plus ils prirent à cœur de témoigner au prélat leur gratitude et leur dévouement. Aussi dans toutes les querelles qu’Adémar eût avec le duché de Lorraine , 'l’appui efQcacc des forces de la république lui fut constamment offert, et cet appui ne contribua pas peu à mettre la fortune de son cété. Il fallut la médiation de fempereur Charles IV et du roi de France Jean-le-Bon pour faire cesser res débats

462 TROIS-ÉVÉCUÉS.

interminables et dont les résultats les plus certains étaient le malheur et le deuil des deux pays. L'Empereur, pour juger par lui-méme les différends de toutes les petites puissances qui se faisaient incessamment la guerre, convoqua pour les fêtes de Péques de l’année 1354 une diète dont la réunion eut lieu à Metz, et dans laquelle tous les intérêts furent débattus et réglés. L'Empereur prolongea son séjour dans ces provinces pour lesquelles il avait une véritable affection, et dans une nouvelle diète solennelle tenue aux fêtes de Noël de l'année 1356, fut achevée A Metz la rédaction de la bulle d'or, cette loi fondamentale de l'empire germanique qui après avoir été rcspectéu pendant cinq siècles fut mise à néant par l'épée de Napoléon.

Les chroniques messines nous ont révélé l'existence d'un fait que je dois me borner à raconter ici, en laissant au lecteur le soin d'apprécier le r.éle qu'y joua le grand empereur Charles IV, Quelques mois avant la seconde venue du monarque dans sa ville impériale libre de Metz, des bouchers avaient tenté un soulèvement que les gouvernants n’avaient pas eu de peine à comprimer. Les principaux coupables, abandonnés par leurs complices, avaient été saisis les armes à la main, jugés sur-le-champ et punis incontinent du supplice des traîtres , c’est-à-dire ensachés et jetés à la Moselle. Par esprit de vengeance, quelques parents de ces malheureux conspirèrent dans l’ombre, et ils ne reculèrent pas devant la pensée de vendre leur pays; ce projet arrêté, ils résolurent de proOter de la visite de l’Empereur pour s’entendre avec lui. Charles reçut ces misérables, écouta leurs propositions et prit le temps de réfléchir avant de se décider à repousser ou à accepter leurs odieux services. Le cardinal de Périgord venu à la diète avec le Daupliin de France, fut consulté par l’Empereur qui, travaillé par quelques scrupules, crut devoir se confesser à lui de la tentation qu’il avait de profiter de l'offre qui lui était faite. Le prélat indigné fit honte à son pénitent de cette coupable pensée et il lui refusa l'absolution, en la lui promettant toutefois pour le jour même où il aurait révélé au gouvernement messin la trame ourdie contre ses libertés. L'Empereur s’y résigna , non sans effort. Il eut recours à une véritable comédie, peu honorable pour tous ceux qui y prirent part, afin de livrer les conjurés aux magistrats de la cité. Deux des sept de la guerre furent cachés sous les tentures du lit impérial et l’on introduisit ensuite les chefs du complot. Charles les engagea à développer de nouveau leur plan de trahison, les Dt entrer dans tous les détails, et, après les avoir ainsi livrés au bourreau, il les congédia. Les sept s’empressèrent aussitêt de prendre les mesures nécessaires pour sauver la république. Les desseins des conjurés leur étant connus, ils n’eurent pas de peine à les déjouer, et en quelques heures tous les coupables furent jetés dans les cachots. L’Empereur, qui avait quelque honte du réle qu’il avait joué, demanda comme une faveur que les coupables fussent épargnés pendant son séjour à Metz. La promesse lui en fut gracieusement octroyée ; mais derrière le cortège impérial, quittant avec pompe l’opulente cité, marchait immédiatement un autre cortège: c’était le maître bour; rcau et ses aides , qui traînaient à la Moselle les chefs du complot. Au moment même où l'Empereur mettait le pied dans la nef pavoisée qui devait le porter A Thionvilie , les malheureux qu'il avait livrés étaient noyés aux acclamations du peuple.

METZ

Iji paK de Brétigny fut suivie, comme on sait, d’affreux désordres commis par les compagnies franclies. Ces bandes , après s'èlre jetées sur les terres du duché de Bar, d’où elles n'avaient pas lardé à être chassées grâce à la coopération de l'évéquc Adémar du Monteil, s’étaient ruées ensuite sur les terres du prélat. I.e trop fameux Arnaud de Cervoles, surnommé l’archiprèlre, était à leur tète. Le roi de Bohème, les ducs de Lorraine et de Bar, les Messins et leur évêque se liguèrent contre eux par un traité du 4 mai 1360; mais les efforts réunis de ces puissances furent vains. L'année suivante les villes d’Alsace et l’évèque de Strasbourg entrèrent dans la ligue. Un peu plus tard , le pays messin ayant été envahi à son tour, les villages de Jouy et de Corny furent saccagés et les compagnies vinrent camper sur le mont Saint-Quentin qui domine la ville de Metz. En 1365, elles reparurent encore, et celte fois les .Messins qui avaient reconnu l’impossibilité de s’affranchir par la force, de ces hôtes détestés, prirent le parti de les renvoyer en leur payant la somme énorme de dix-huit mille francs.

A peine délivrés de ces ennemis, les .Messins eurent de nouveaux démêlés avec leur évêque. Jean de Vienne avait succédé i .Adémar de Monteil , mais il n’avait pas hérité de l'esprit conciliant de son prédécesseur. Il voulut ressaisir toute l’autorité que la mitre avait à Jamais perdue dans sa ville épiscopale et il prétendit faire juger par sa propre justice un citoyen que ses ofliciers avaient arrêté. Les magistrats réclamèrent lé prisonnier : l'évèque refusa de le rendre, et les portes de l’ollicialité ayant été brisées, le bourgeois fut arraché de sa prison. Jean de Vienne s’enfuit à Vie et y convoqua subitement une assemblée de son clergé. Mais les curés des paroisses s’étaient rangés du parti du peuple; ils refusèrent d’obéir à l'injonction de leur évêque, et celui-ci lança l’interdit sur toutes les églises de la cité. L’anathème vint se briser contre l'obstination des curés, qui n'en tinrent compte, et Jean de Vienne désespéré se dépouilla volontairement de la dignité épiscopale. Thierry de Boppart, son successeur, s'empressa de rentrer dans la voie que lui avait tracée le sage Adémar de Monteil. I.a bonne intelligence fut rétablie entre les autorités ecclésiastique et temporelle , et les Messins proOtèrent de ce nouveau répit pour mettre à la raison les seigneurs (|ui , retranchés dans leurs châteaux, se livraient a tonies sortes de désordres. Plusieurs des forteresses, repaires de ces nobles bandits, furent brûlées et rasées; et l'on décapita sans pitié ceux d’entre eux qui tombèrent entre les mains des Messins. Ainsi, le seigneur de Luttange, celui d’Ancerville et Uolard des Armoises eurent la tête tranchée devant la cathédrale, et leurs soldats furent pendus. Le duc de Bar avait essayé de soutenir les ennemis de la cité ; il fut victime de son dévouement ii celte mauvaise cause; scs armes le trahirent : fait prisonnier, il n’obtint sa liberté des Messins (1370], qu’après deux ans de captivité, et au prix de douze mille florins d'or.

Débarrassée de ce côté, la cité eut aussitôt à faire face â la nouvelle agression de Pierre de Bar, sire de Pierrefort, soutenu par le duc de Lorraine lui-même et per la famille des Armoises. Ils se virent alors forcés de chercher des renforts dans les compagnies franches, et ils prirent à leur solde cinq cents de ces hommes déterminés qui, sous les ordres d’Ivain dé Galles, de Holland de Bretaignes et de Jehan de Maricourt, dévastèrent la Lorraine, pillèrent et brûlèrent les villes de

Digiti/'co

464 TROIS-ÉVKCIIÉS.

NeufchAtcau et de Rozièrcs, et revinrent à Metz gorgés de butin. Le dac de Lorraine. pour SC venger, vint bravement meltre le siège dcvantla ville (137-2), mais il fut bientôt obligé de renoncer à l'espoir de s'en rendre maître. Une trêve fut d'abord conclue entre lui et la cité, puis la paix fut rétablie, et le duc de Lorraine , abandonnant le sire de PierrcTorl , s'unit aux Messins pour attaquer sou ancien allié. Celui-ci résista pendant quatre années entières aux cITorts 'éombinés (les ducs de Lorraine et de Bar, et do la république. Souvent il vint insulter la cité jusqu’au pied même de ses remparts ; ce fut à la suite d'une expédition de ce genre que par uu hardi coup de main il s'empara de toutes les dames de Metz, réunies pour danser au champ à Panne. Les Messins, furieux de voir leurs femmes insultées et dépouillées, poursuivirent i'audncicux chef de bandits et enlevèrent de vive force les chdteaux de Pierrefort et de Soigne. Cette fois encore les chefs furent décapitr«i, et les soldats pendus { 1375), Mais Pierre de Bar échappa, et il fit .si bien que, pour s'alTranGhir de ses tracasseries, la ville lui alloua une pension de six cents francs et le droit de bourgeoisie. I,e sire de Fenestrange, Henri comte de Morhange, M'aleran de Luxembourg, comte de Ligny, et le comte de Salm, SC tirent aussi donner des pensions et le droit de bourgeoisie, en s'engageant à ne plus harceler la cité.

Dans l'année 1375, les débris des compagnies franches reparurent dans le pays , sous le nom de Bretons, au moment où l’évéquo et la cité étaient encore une fois on pleine querelle. Le péril commun fit cesser le différend et l’on usa du moyen qui avait été reconnu bon. La cité donna trente-quatre mille francs, et l'évéquc seize mille, è titre de rançon, à ces bandits. Lorsque Thierry de Boppart mourut, il eut pour successeur un enfant de seize ans, Pierre de Luxembourg, qui voulut, à l'exemple de Jésus-Christ, faire son entrée solennelle dans sa ville épi.scopale, nus pieds et monté sur un Ane. A cette époque. Clément VU et Urbain VI se disputaient la thiare pontificale. Les Messins se déclarèrent pour le premier, bien que rcrapereur Wenccsias eût accordé sa protection au dernier. Le jeune Pierre de Luxembourg, par cela même qu'il embrassa le parti du |>apa Clément, s'attira In Iwine de l'Empereur, qui vint à Metz pour le faire déposer et pour mettre A sa place rhilleinand de Voise, sa crt-ature et l'un des soutiens d'Urbain VI. Les Messins tinrent bon, et force fut à l’Empereur de leur laisser leur évé(|ue. Toutefois, ils refusèrent d'autoriser le prélat qu’ils avaient .si énergiquement soutenu à recevoir le serment des treize nouvellement ('lus, motivant leur opposition sur son extrême jeunesse.

Thilleraand de Voise essaya de conquérir par la force des armes le trône épiscopal dont il avait été exclu par la volonté des Messins. Le duc de Juliers, le comte de Namur et le sire de Boulay lui prêtèrent vainement leur a|>pui. La guerre dura trois années entières, et les Messins la soutinrent avec opiniAtreté, En 1387, Pierre (la Luxembourg étant mort, le bcau-frére du duc de Lorraine, Raoul de Coucy, lui succé-da et fut accueilli avec joie par les Alessins, auxquels le roi de France, Charles VI , l'avait chaudement recommandé. L'épiscopat do Raoul de Coucy fut encore signalé par la bonne intelligence qui exista pendant sa prélature entre les deux pouvoirs , ecclésiastique et séculier. Le prétendant Thilleraand de Voise tenait toujours la campagne, et bon nombre de pelits seigneurs , sous le prétexte

METZ

du soutenir les droits du prélat légitime , mettaient au pillage , à leur profit , les villages du lerritoire épiscopal ou du pays Messin. La cité recommença conire eux la guerre d’extermination qu'elle avait entreprise contre Pierre de Bar et les autres chefs de bande. I.es chefs qui tombèrent en son pouvoir furent tous décapités devant la cathédrale, et la plupart de leurs écuyers périrent par la potence; le reste s’enréla au service de la cité. Enfin, un traité du 16 novembre 1393 mit Thillemand hors de cause et, à partir de ce moment, Raoul de Coucy resta paisible possesseur de son évéché.

Nous avons vu déjà les Messins refuser d'accepter un évéque que l'Empereur voulait leur imposer. Nous allons maintenant les voir faire plus encore, et décliner nettement la juridiction impériale. Un habitant de Francfort, nommé Fritz HolTmann , réclamait une somme qu'il prétendait lui être due par la cité. Les représentants de celle-ci, mandés & la chambre impériale, refusèrent de comparaître, et la cité ftit mise au bau de l'Empire, par décret du 19 novembre 1395. l^e» magistrats soutinrent qu’ils n'étaient nullement justiciables de l’Empereur, et pour le mieux établir ils firent entrer leurs troupes sur le territoire do duché de Luxembourg, propriété de Wenceslas. Pendant cinq années entières, les Messins refusèrent de rien entendre , et ce fut l'Empereur qui se vit obligé de reconnaître authentiquement l'indépendance et les privilèges de la cité ; il révoqua la sentence de condamnation, et déclara qu'il ne réclamait rien pour les incursions qui avaient été faites dans ses domaines. La charte authentique est do 23 mai 1399.

Dix ans auparavant (en 1390], une maladie pestilentielle avait enlevé seize mille personnes à Metz. Cette affreuse calamité revint, en 1500, et cette fois six mille personnes, sans compter les enfants , succombèrent sous les atteintes do mal : mais ce n'était pas assez pour abattre la noble cité. Il fallait que sa population , plus que décimée, résistât à un autre fléau. Wenceslas avait été déposé par on grand nombre de provinces de son empire qui s'étaient déclarées pour Roppert; Metz fut du nombre. En 1502, Wenceslas se vit forcé d'engager son duché de Luxembourg au duc d'Orléans, et celui-ci s'empressa de profiter de l'occasion pour attaquer la république messine. Il sut trouver de nombreux auxiliaires, mais le sort des armes fut favorable aux Messins , qui battirent le sire de Beirain et lui firent de nombreux prisonniers. A cette époque , et au moment même où la cité se préparait à soutenir de nouvelles hostilités , éclata une révolution qui faillit perdre à tout jamais l'indépendance des tiessins, et qui ne fit heureusement que retremper leur patriotisme.

Les privilèges exclusifs que possédaient les paraiges devaient naturellement inspirer aux patriciens des idées d'orgueil et de hauteur, contre les(|uelles il était facile de prévoir quelque protestation populaire dans un temps plus ou moins rapproché. Lorsque la république fut constituée, tous ses enfants étaient égaux ; mais les plus éclairés ou les plus braves prirent naturellement la direction des affaires. Leur lignée se perpétua dans les emplois de la république, et la suprématie nobiliaire que tous les Messins, sans distinction, avaient concouru à détruire, se réveilla, moins de deux siècles après, vivace et intraitable au sein même de la nation qui avait prétendu l’anéantir à tout jamais. Pendant de longues années le peuple patienta, parce qu'il pouvait se dire, « les maîtres que j’ai je me les suis IV. 69

Digilu-'.'c 1 y ( (oogl

i66 TRUIS-ÉVËCHËS

donnés; » mais lorsque vint le moment où les patriciens, ne voulant plus reconnaître qu'ils jouissaient de droits concédés, prétendirent tout devoir è leur naissance, il se trouva dans les rangs des plébéiens des hommes d'énergie qui s'indignèrent des mépris dont ils étqient accablés. Cent cinquante familles en tout constituaient lesparaiges; les plébéiens se comptèrent , et, le 2ïjuin 1W5, ils secouèrent violemment le joug des patriciens. Cette révolution renversa le gou> vernement établi; quelques-uns de ses membres furent emprisonnés, d’autres bannis , le reste fut décapité. Cependant les auteurs de ce mouvement populaire n'étaient pas en état de soutenir l'édifice qu'ils avaient ébranlé jusque dans scs fondements; l’anarchie avec toutes ses horreurs pesa sur la cité, et bientôt ils sentirent le besoin de justifier leur conduite, et de remplacer par une autre loi la constitution qu’ils avaient violée. Une sorte de réconciliation eut lieu entre les partis. Des hommes sages apportèrent leurs lumières, et un atour (ou ordonnance}, publié le 5 novembre dola même année (U05) , ébaucha l’œuvre de la réédiQcation. Dans cette ordonnance, destinée à réformer les abus introduits dans le gouvernement de la cité , on reprochait au maître échevin et aux treite « de ruiner les marchands par des droits excessifs de maltote et de courtages; de juger arbitrairement les procès des bonnes gens; de battre hommes et qui bon leur semblait; de ravir l'honneur et les joyaux des femmes; de détourner à leur proQt les amendes et les impôts pour gouverner par la force , et pour eulx enrichir et appauvrir la ville; de faire des emprunts forcés sur les habitants, sans jamais les restituer ; de ne point veiller à la sûreté publique , et de laisser dépouiller les propriétaires et les marchands par les princes voisins ou par leurs partisans sans exiger la réparation des dommages , au grand déshonneur et préjudice de la liberté des bonnes gens, etc., etc. » Ce même atour changea la forme du gouvernement, qui devint démocratique. Il fut statué qu’on élirait chaque année, hors des six paraiges, un prud’homme dans chacune des vingt paroisses delà ville, pour assister au conseil, aider à gouverner la ville, connaître les recettes et les mises, pour a le prouDt, honneur et franchise de la cité. »

A partir de la promulgation de l’atour du 5 novembre 1V05, le gouvernement nouvellement institué fit quelques efforts pour effacer les traces de la profonde dissension qui avait un instant compromis l’existence de la république et ensanglanté une des pages de ses annales ; malheureusement la concorde entre les patriciens et les plébéiens fut de coui-te durée. Les prud’hommes reçurent le pouvoir de faire élire en leur présence dans chaque paroisse, toujours en dehors des paraiges, les comtes jurés, qui devaient être pris parmi les gens de bonnes mœurs et de bonne conversation. L’institution des treiie et du maître échevin, pris dans les paraiges, fut conservée, il est vrai, mais aux prud'hommes fut accordée une suprématie réelle sur les pouvoirs, qui jusqu’alors avaient été les premiers du l'Ëlat. Ainsi, ces prud'hommes furent chargés de faire rendre la justice «tant au grand, an moyen comme au petit >>, et de veiller à cê que les grands qui devaient fussent contraints de payer. Il fut donc permis d'appeler devant les prud’hommes des jugements rendus par les treixe et par le maître échevin lui-même.

Voici maintenant la partie prohibitive du grand atour du 5 novembre lt05. Il y était défendu « d'emprisonner aucun habitant si ce n’étoit pour crime, pour

METZ. 1G7

meurtre ou pour larcin, et de bannir hors de la cité, à moins qu’il y eût guerre avec le seigneur, ou que le débiteur fût feudataire du Messin créancier; d'aller dans les rues de la ville ou des faubourgs après neuf heures en hiver et dix heure.s en été, sans lantcnie; d'entrer de nuit ni de jour, par huis, fenestre ou autrement, à l'aide de fansscs-rlefs en maison d'autrui, que re ne soit par le droit huis et par le consentement des demeurants; de faire justice d'aulcun, que ce ne soit de plein jour, en publique, devant le peuple, et qu’on ne saiche la cause et pourquoi ; de vendre deux fois ses récoltes, sous peine de mort; de prendre des sauvegardes des seigneurs, parce qu'elles étaient contraires aux franchises de la cité ; et de souffrir dans la ville des ribauds, des joueurs de boules, de dés, ni antres oiseuses gens, sans rente, commerce, ni métier, lesquels devaient être expulsés, et s’ils reparoissoient, noyés • On voulut que les comptes de la ville fussent rendus aux prud'hommes tous les mois ; que chaque semestre ceux-ci Rssent coniMltre aux paroisses assemblées l'état des recettes et des dépenses, a afin que les bonnes gens sairhent à quels usaiges l’argent sera mys et converty. » On annula toutes les ventes des biens de l’hdpital faites depuis trente ans. Enfin, on ordonna que « nul ne pourrait porter ofDres, s’il n'était de la nation , de loyal mariaiges, fils de la sainte Église, de franche condition, et ni tabellion, ni notaire, ni plaidoieur, ni clerc, ni pensionnaire de la cité.

Le rûle des paraiges était réduit à peu près à néant dans le grand atour de 1105; cette humiliation des orgueilleux patriciens fut la cause de nouveaux malheurs. Des actes du gouvernement messin , promulgués, en mars H06, ne mentionnant point les paraiges, on peut conclure avec assez de vraisemblance que rcux-ci furent chassés de la ville avant cette époque, et ceci devient une véritable certitude quand on tient compte d'un passage d’un atour du 15 décembre li09, qui donne au chapitre de la cathédrale une partie des biens confisqués sur les bannis, pour célébrer à perpétuité, « une vespre, et ung service solempney, en remembrance de la grâce que Notre Seigneur flst à la citey, le jour de l’Ascension de Notre Seigneur, 1506, que la ville fut rewaignée, par les airmes de tons ceux de la citey. » Le jour des représailles était venu , trente-six des hommes du peuple, le plus fortement compromis, furent noyés dans la Moselle, un grand nombre d'autres chassés de la ville, et deux membres des paraiges, l'échevin Jehan Aubrion et Nicole le Goumaix, qui avaient pris parti pour les insurgés, perdirent tous leurs biens. On infligea des amendes considérables aux bourgeois, et beaucoup d'entre eux s’exilèrent volontairement pour ne pas les payer. Un atour du 7 juillet 1506, défend -eux émigrés de rentrer dans la ville, et décide que a toute ceulx qui ont été noiei pour cause de la rébellion , et entreprinsc dou gouvernement de la citeit qu'ils ont retenu entre eulx ne doivent estre translateit dou lieu où ils gisent en terre saincte, ni les bannis estre rappelés, etc. > Ce n'est que le 7 janvier 1507 que fut publiée une amnistie générale et définitive, en faveur de tous ceux qui avaient pris part à la rébellion, et qui n’avaient pas encore été condamnés.

Les bannis avaient consen’é de nombreuses intelligences dans la ville , et cette

1. NousempniiUons textuellement ces citations à l'excellent précis de rhistoire de Metx, publié en 1817 parM.de Viville.

TK0IS-ÉVÊCHÉ8.

fois encore la soif de la vengeance enfanta des traîtres. Au mois de février 1407, le duc de Bar reçut des ouvertures des conjurés. Il s'empressa de les communiquer au duc d'Orléans ; celui-ci lui répondit qu'il n'emploierait Jamais contre Metz des moyens repoussés par l'honneur et qu'il n'en ferait le partage qu'après l'avoir conquise. Le duc de Bar crut alors devoir brusquer la tentative pour son propre compte. Le 15 de septembre dans la nuit , l'expédition , préparée en héte à Pont-à-Mousson, arriva sous les murailles de la place dont les bannis devaient leur faciliter l'escalade. Mais les Messins faisaient bonne garde; l'entreprise fut découverte et les soldats du duc de Bar se virent forcés de prendre la fuite et d’abandonner toute leur artillerie et leurs échelles. Peu de temps après , le duc d'Orléans , détenteur du duché de Luxembourg, fut assassiné & Paris, et lusse de Moravie, nouveau duc de Luxembourg, se bâta de conclure un traité de paix avec les Messins (26 octobre 1407). L’année suivante, le 2 juillet, un autre traité de paix fut signé avec le duc de Bar et, le 23 du même mois, avec les comtes de Nassau, de Salm et le sire de Boulay. I-es contractants eurent une bonne pensée ; ils s'associèrent pour six mois afin d'extirper du pays les malfaiteurs qui l'infestaient. Le duc de Bar était un des signataires de ce traité et pourtant son fils, le marquis de Pont-à-Mousson , s'aboucha , au mois de janvier 1409, avec les bannis qui devaient lui livrer, par surprise , la ville de Metz. Des conférences eurent lieu à Vaux et à Mars-la-Tour, entre les conspirateurs et les gens du marquis de Pont-à-Mousson. Le gouvernement de la cité eut connaissance de ces réunions ; le même jour, il Ot arrêter sept des bannis qui étaient l’àme du complot, avec le prévêt de Bouconville, et tous périrent du supplice des traîtres. Trois gentilshommes du duché de Bar, Jehan de Sampigny, Guillaume de Stainville et Gillet de Sorcey, saisis en même temps, furent jetés en prison ; ils y restèrent un mois, au bout duquel on leur rendit la liberté, à la prière de l'évèque. Pour témoigner dignement leur reconnaissance de ce que la cité leur avait accordé la vie, Hs n’hésitèrent pas à se reconnaître, eux et les leurs, hommes de la cité, à laquelle ils prêtèrent hommage avec le consentement du duc de Bar lui-même.

Les Messins étaient à peine délivrés de cette inquiétude, qu’un membre du paraige d’Outre-Saille , Simonnin Chevalot , excita contre la cité le comte de Crehange et un seigneur du Barrois nommé Carlot de Ueuilly. Celui-ci parvint à s’assurer la coopération de quatre-vingt-huit autres gentilshommes, et pendant les mois de juin, de juillet et d’août 1409, les Messins ne cessèrent de recevoir des lettres de défi de ces nouveaux ennemis auxquels il fallut faire vigoureuse guerre, pendant plusieurs années, sans que les puissants princes du voisinage prissent parti d'aucun cété. De pareils déBs fûrent adressés à la ville , en 1415, par Carlot de Deuilly, qui avait enfermé dans le château de Sancy les deux évêques d'Évreux et de Carcassone, à leur retour du concile de Constance. Les Messins l'ayant attaqué, conjointement avec les ducs de Lorraine et de Bar, avaient mis les deux prélats en liberté, rasé la forteresse où ils étaient détenus, et pendu l’un des complices du sire de Deuilly. Celui-ci fit si bien que neuf cent cinquante-trois nouveaux petits seigneurs, la plupart Bourguignons, envoyèrent des lettres de déO à la cité , qui n'en tint d'abord compte, biais les confédérés étant entrés dans le pays Messin et ayant saccagé les villages de Scy et de Moulins, avec

METZ. 468

l'assUtancc mal déguisée du duc de Lorraine, qui pourtant était alors l'allié des Messins et qui recevait d’eux une pension de trois mille livres, un cri d'indignation s'éleva dans la cité entière contre cette ignoble duplicité ; la pension du duc fut supprimée , sans que ce prince se crût assez fort pour réclamer, et un peu plus tard , un détachement de soldats lorrains ayant été rencontré, près de Nommeny, par les Messins et taillé en pièces , le duè Charles fut contraint de dévorer ce nouvel affront sans oser en tirer vengeance.

Que faisait la bourgeoisie de Metz, pendant ces années calamiteuses pour tous? Elle prenait à tâche de témoigner, par des fêtes sans cesse renouvelées, le mépris profond qu'elle avait pour tous ses petits ennemis. Le Champ è Saille était transformé en un champ de bataille courtois où la jeunesse messine venait s'exercer, par des joutes et des tournois, au noble métier des armes; la place du Change devenait un théâtre, où, dès 1413, on jouait, entre autres mystères, ceux de l'Apocalypse, la vengeance de notre Seigneur, ou celui de la Passion. Tout en faisant constamment face à ses ennemis avec les armes, l'opulente république ne négligeait pas de leur opposer des moyens plus innocents. La ligue des seigneurs tinit par se lasser, quelques-uns des plus puissants se laissèrent gagner par les florins de la cité et s'engagèrent à son service. On put donc croire que bientèt la paix succéderait à l'étal d'agitation guerroyante dans lequel on vivait, depuis plusieurs années. Il n’en était malheureusement rien , et ce fut encore le duc de Lorraine qui eut le tort d'élever une querelle injuste. L'abbaye de Saint-Martin-lès-Melr. touchait aux portes de Metz et ses récoltes servaient à l'approvisionnement des marchés. Une holtéc de pommes ayant été transportée dans la ville, les offleiers du duc réclamèrent de l'abbé un droit de vente , que les magistrats défendirent ù celui-ci de payer. Le duc de Lorraine, de son cèté, se hâta d'interdire à tous ses vassaux de conduire à l'avenir aucune denrée dans Metz; l'abbé de Villers eut la malencontreuse idée d'obéir et les Messins lui intimèrent d'approvisionner la ville comme par devant , en lui annonçant que si « werre se faisait , il seroit froutté et estrillé des premiers , et qu’on ne loi lairoit pain è mangier. » Les abbayes de Rethel et de Sainte-Marie-aux-Bois ayant été averties sur le même ton , et ne voulant pas céder, furent impitoyablement dévastées. Pendant deux années entières , les Messins vécurent aux dépens du duc de Lorraine , dont les terres fournissaient gratis à leurs maraudeurs ce qu'ils ne pouvaient plus acheter. Enfin le duc Charles, irrité au dernier point, se décida è la guerre ouverte et franche. Il envoya défier la cité et exigea que toute sa noblesse prit part â la guerre : si bien qu'en trois mois la cité reçut six mille cinquante-neuf lettres de défi. Elle eut alors recours à l'Allemagne, et elle recruta ses soldoyeiirs d'une foule de gentilshommes allemands charmés de venir avec de bons gages, batailler dans un pays qui avait la réputation d’étre le meilleur à butiner. Les ducs de Bar, de Bavière, de Bade, l’archevêque de Cologne, les sires de Bodemacheren et de Boulay réunirent leurs forces è celles de Charles de Lorraine ; et le 38 juin 1439, une armée de deux mille fantassins et de dix mille chevaux entra en campagne. Des conférences tenues â Pont-è-Mousson et à Moulins, à la prière du cardinal de Bar et de Thierry de Boppart, évêque de Metz, n’aboutirent à rien, et le duc de Lorraine pénétra sur le territoire de la république, mettant tout à feu

470 TnOIS-ÉVÊCeÉS.

et à sang dans les villages de Crepv, de Peltre et de Magny ; puis tout 4 coup il s'arrêta, n’osant tenter le siège de la ville, qui, pour narguer son ennemi, ne prit même pas la peine de fermer ses portes. Bien plus, elle profita de la présence du sire de Hodemacheren pour envoyer un parti briller cette place, et l'abbaye ainsi que le village de Saint-Martin-lès-Metz payèrent pour tous ; la venue de leur seigneur, le duc de Lorraine , ne put les sauver, et les deux églises restèrent seules debout, tout le reste ayant été ruiné de fond en comble. Le duc de Bar quitta le premier la partie : dis le 20 juillet, il s'éloigna avec les siens. Le duc de Lorraine fut alors obligé de se retirer honteusement , harcelé b chaque pas par les Messins, l'ii atour du 2 octobre 1429 défendit de rcédifler aucun édiQce quelconque sur remplacement de l'abbaye et du village de Saint-Martin , dont les ruines fournirent , peu de temps après , les matériaux de la digne de Wadrineau qui alimente encore aujourd'hui les moulins de la commune.

De plus en plus furieux contre les Messins, Charles de I.x>rraine refusa constamment de ratifier aucun traité de paix avec leur cité, et ce ne fut que le duc René d'Anjou , son successeur et son gendre , qui prit le sage parti de terminer une guerre désastreuse pour ses sujets. Les Messins restèrent parfaitement neutres dans la guerre occasionnée par les débats de ce prince avec Antoine de'Vaudemoiit : le sire de Commercy, qui était au service de la cité, ayant, malgré leur défense, pris parti contre le roi René, son engagement fut rompu. D'abord ce seigneur délia la cité , puis sentant qu’il n'avait rien 4 espérer de bon d’une pareille guerre, il demanda la paix et rentra en grâce, mais en conservant le souvenir de la rigueur avec laquelle il avait été traité, en 1434. Nous dirons dans l’histoire de Commercy comment il s’en vengea et comment les Messins le vinrent assiéger jusque dans sa petite capitale. Ces intrépides républicains eurent bientôt offaire à un autre ennemi. Les aventuriers français connus sons le nom de bouchers ou d'écorcheurs , s’étaient jetés sur leur territoire; les Lorrains n'avaient cessé de leur venir en aide que lorsqu’ils .s’étaient aperçus, en 1438, que ces nouveaux amis étaient pires que des ennemis. Ils firent alors un traité d’alliance avec les Messins et les Luxembourgeois pour débarrasser le pays de CCS tristes hôtes; et ce traité, signé le 12 février, fut aussitôt après regardé par eux comme non avenu. Les attaques des Lorrains recommencèrent de plus belle, et tes Messins, après avoir nombre de fois réclamé vainement de la duchesse de Lorraine, régente du duché pendant l'absence de son mari , des conférences où ils pussent lui exposer leurs griefs, et établir les droits qu'ils avaient â des sommes fort considérables qu'ils réclamaient d’elle , finirent un beau soir, pour se rembourser eux-mémes , par enlever tout le bagage de la duchesse qui se rendeit â Pont-â-Mousson alin d’y recevoir les indulgences publiées par le pape Eugène. On était alors an mois de mai 1444. La duchesse partit en hâte pour l’Anjou et vint raconter à son époux l'insulte qu’elle avait reçue de la cité. René, trop faible pour venir â bout à lui seul d'un pareil ennemi , supplia le roi Charles VII d’épouser sa querelle. Celui-ci venait de conclure une trêve avec l’Angleterre , et pour occuper son armée, dont il n’eùt su que faire , il s’empressa d’accorder à René l’appui que celui-ci réclamait, sans être arrêté un instant par la considération des services signalés que les Messins n'avaient cessé de lui rendre. Un orage terrible menaçait

METZ

Metz : il Tallait y résister bravement ou voir périr l'indépendance de la cité. Les Messins n'hésitèrent pas un instant. On culbuta et l'on rasa , par l'ordre des sept de la guerre, tous les faubourgs de la ville et les villages les plus rapprochés ; les églises mêmes, qui pouvaient oITrir des abris au\ assiégeants, subirent le même sort. Dès la fin de septembre, le siège ou plutôt le blocus de la place fut commencé. Pendant trois mois entiers, il ne se passa pas un seul jour sans que les Messins sortissent de leurs murailles pour aller surprendre à l'improviste les postes français et lorrains. L'hiver était venu , rien ne faisait présager aux deux princes coalisés le succès de leur entreprise ; des pourparlers eurent donc lieu, à diverses reprises , et le 39 février t la paix fut enfin signée par Charles VII ; paix onéreuse pour les Messins, qui durent chèrement payer leur indépendance. Le but du roi de France et du duc était rempli; ils avaient pressuré les coffres de Metz la Riche pour remettre dans les leurs quelques finances. Le 3 mars, René ratifia de son côté le traité conclu, le 29 février précédent, et le sire de Comroercy, qui s'était réuni aux deux princes, ne fit son traité de paix particulier que le 12 juin. Charles VII toucha pour sa part quatre-vingt-quatre mille francs messins, et Pierre de Brézé, le négociateur de cette paix, se fit allouer dix mille florins d’or. Quant à René, il obtint l’annulation de toutes ses dettes envers la cité.

Après ce siège désastreux, 11 fallait de longues années à la cité pour cicatriser ses plaies ; aussi Qt-elle tous ses efforts pour éviter tout démêlé avec ses voisins , et cependant son gouvernement ne perdit rien de sa vigueur ni de sa noble droiture. Voici un fait qui le prouve merveilleusement. En H62, Pie II déposa Dither, archevêque de Mayence, qui refusait, pour obtenir la conQrmation papale, de payer au saint-siège quatorze mille écus d’or et de s’engager par serment & payer les dîmes et à vendre les indulgences. Toutes les puissances de l'Allemagne reçurent du pape et de l'Empereur l’injonction de s'armer en faveur d’Adolphe de Nassau, que le saint-siège donnait pour successeur à Dither. Les Messins, en réponse à ce double ordre, écrivirent au pape, que son rôle devait être d'éteindre et non d'allumer la discorde et la guerre; à l’Empereur, qu’ils avalent trop à faire avec leurs voisins pour s’engager dans les démêlés d'autrui. Le chapitre de la cathédrale de .Metz s'étant efforcé alors de susciter dans la ville une sédition , en faveur d'Adolphe de Nassau, le gouvernement lui signifia que si, dans le délai du sept jours , il n’avait pas changé de conduite , il serait mis hors de la garde de la cité. Vingt-quatre chanoines quittèrent la ville, et sept seulement y demeurèrent avec tout le reste du clergé- Le pape, l'Empereur, le roi de France, les ducs de Lorraine et de Bourgogne, prirent vainement sous leur protection les chanoines émigrés h Pont-è-Mousson. Des citations réitérées devant la cour impériale et cinq bulles d’excommunication successives ne purent intimider les Messins. L’office divin fut continué sans interruption dans les églises interdites, et l'on rédigea une protestation de la cité tout entière, clercs et laïcs, contre les condamnations du pape. Les chanoines , relégués à Pont-à-Mousson , parurent au gouvernement trop A portée de susciter des troubles, et le duc de I.orraine fut obligé de les en faire partir. L' évêque de Metz, partisan d'Adolphe de Nassau, les reçut alors à Vie.

m TROIS-ÉVÉCHÉS.

Après de longs poarparlers , les Messins consentirent à laisser rentrer les chanoines, et le pape, par une bulle du 11 mars 1^5, leva ses excommunications antérieures. Malheurausemcnt le saint père crut pouvoir, dans cette bulle, nonseulement blâmer sévèrement ce qu'il appelait l'obstination des Messins, mais encore exiger que des privilèges contraires à la constitution de la cité fussent concédés aux chapitres ; les Messins s'empressèrent de renvoyer au pape sa bulle accompagnée d'une lettre par laquelle ils lui demandaient formellement de censurer le chapitre, bien loin d'approuver sa conduite, ajoutant que jamais les chanoines ne domineraient dans leur ville, et que, s'ils le désiraient, ils étaient fous. Grande fut la fureur du souverain pontife, et une nouvelle bulle, du 21 octobre, voua tous les Messins à la damnation étemelle, dans le cas où, avant un mois, ils n'auraient pas cédé à ses exigences. L'évéque Georges de Bade s'offrit alors comme médiateur entre le .saint- siège et la république. Grâce à sa bienfaisante intonenlion, la paix se rétablit; le pape fut charmé de trouver un moyen honorable de sortir de la voie de violence dans laquelle il avait grand regret de s'étre lancé, et un traité fut concin entre la cité et le chapitre. Il y fut décidé que les chanoines seraient dispensés de faire le guet et de monter la garde, sauf le cas d'attaque ou d'invasion, mais en payant annuellement pour cette exemption une somme de trente-six francs; que lorsqu'une taille extraordinaire serait imposée sur le peuple, le chapitre y contribuerait pour le dixième de ses revenus et même plus, s'il était nécessaire; qu'enOn il serait soumis à tous les droits d'octroi possibles , sauf pour le luminaire et pour les ornements achetés par la fabrique de la cathédrale.

Revenons maintenant quelque peu en arrière, afin de nous occuper d'autres dangers bien plus sérieux qui menacèrent Metz. Le 9 mai IMil, le maître écbevin reçut du roi Louis \I , une lettre par laquelle ce monarque sommait la cité de se donner à la France , sous peine, en cas de refus, de s'exposer à sa colère. Quelques années auparavant , peut-être même au moment de la révolution de 1%05, les .Messins, vivement surpris par le duc de Lorraine, avaient, par un acte dont toute autre trace s’est perdue , offert au roi de France de se donner à lui , s'il voulait leur accorder une protection efficace et prompte contre leur puissant ennemi. C'est la réalisation de cette offre que Louis XI exigeait. On comprend l'embarras des gouvernants de la cité : mais bientét leur parti fut pris, et ils répondirent que pour eux les craintes d’autrefois n’existaient plus, et que d'ailleurs ils ne pouvaient ni ne voulaient se séparer de l'Empire ; en même temps ils expédièrent une dépêche à l'Empereur pour le mettre au fait de la demande du roi de France. L'Empereur enjoignit aussitôt à tous les princes relevant de son autorité suprême , de se tenir prêts à secourir les Messins contre les envahissements du roi de France ; celui-ci fut sommé de s'expliquer sur le contenu de sa missive, qu'il désavoua et déclara fausse. Ainsi se termina cette affaire qui pouvait ruiner la cité. Néanmoins les Messins jugèrent prudent de redoubler de surveillance , et les bourgeois firent jour et nuit bonne garde. Malgré toutes leurs précautions, ils faillirent être pris en défaut. Le duc de Lorraine, Nicolas, put croire un instant avoir enfin reconquis la ville que les ducs ses prédécesseurs avaient toujours vainement convoitée. Ce prince en personne parti de Pont-

METZ. '»7:j

A-Mousson pendant la nuit du 9 avril l'»7.3, se trouva, nu point du jour, au lumoau de Saint-Ladre accompagné de quelques seigneurs allemands, de quelques centaines de gentilshommes, de dix-huit cents chevaux et de huit mille fantassins, l’ne fois arrivé là sans eucoinbre, on expédia deux chariots, sous lu conduite de soldats déterminés, déguisés en marchands de poisson, vers la porte Serpenoise : le premier était chargé de tonneaux remplis d’armes, le second ne portait que du hois et devait être maintenu sous la herse, de telle soi’te que les pointes de cette herse vinssent en tombant s’y planter, et laissassent le passage libre au-dessous de la voiture ainsi engagée. Le tout fut exécuté bravement et adroitement par les aventuriers lorrains. Le chariot étant passé, le portier fut aussitôt égorgé, et le poste de la porte arquebuse ; ensuite, les Lorrains au nombre de plusieurs centaines se précipitèrent en un Min d'oeil dans la rue Serpenoise criant à tuc-liHe: Vive Calabre! ville gagnée! tue! tue! Un boulanger nommé l'orcl, qui préparait sa fournée , entendant ce tintamarre, court a la rue, voit ce dont il s’agit, se fauBle à travers les Lorrains, gagne le haut de la porte et lâche la herse, qui, beaucoup plus lourde que l’ennemi ne l’avait supposé, traverse la charrette arrêtée et ferme à peu pi^ l'entrée de la ville. Forel, du haut de la porte , sonne l’alarme. Ixs bourgeois s’éveillent en sursaut, descendent dans la rue en chemise, et, armés, de bêches et de haches, ils repoussent vertement les Lorrains, assommant tous ceux qui font mine de résister. Bertholdt kranU , ^uyer du duc de Bavière, protégeait la retraite , et un certain nombre d'homim^S en se traînant à plat ventre par-dessous la herse, parvint A se tirer de ce mauvais p.is. Trente-huit gentilshomtnes furent pris avec Kraniz, au montent même de l’affaire, et l’on saisit cinquante-deux autres prisonniers pendant la journée dans tes jardins où ils s’étaient cachés, en fuyant par le premier chemin qui se présentait à eux. Le duc Nicolas, honteux de l'issue de celte malheumi.se tentative, regagna Pont A-Mousson en toute hAte, et de là il réclama scs prisonniers et tes étendards dont les .Messins s’étaient emparés. On lui répondit qu’il vint tes chercher lui-méme, et en attendant sa venue tous ceux qui avaient été arrêtés furent pendus. Nicolas se préparait à venger son affront par un siège en règle lorsqu'il mourut, le 2.‘l juillet 1473. Une trêve demandée aussitôt par tes régents du duché de Lorraine fut accordée, et elle fit place, après l'avéncment du duc Itcné II , à un traité de paix signé à Nomraeny le 28 avril 1474. On érigea une chapelle à Metz en commémoration de celte attaque si hcumisemenl repoussée. Cet édifice disparut en 1751 , lorsqu’on abaissa 1c sol de la place d’armes.

Ce fut à celle époque que commencèrent les violcnls débats entre l’empereur Frédéric, 1e roi de France, Charles-le-Témérairc, duc de Bourgogne, et René, duc de Lorraine. Les Messins furent assez adroits pour se maintenir en bonne intelligence avec toutes tes parties belligéranUîS et pour garder la plus stricte neutralité. Le 18 septembre 1473, l’Empereur lit son entrée solennelle A Metz, où il resta jusqu'au 27 du même mois. Cette neutralité habile fut en apparence gardée avec le plus grand soin pendant tout le temps que durèrent les querelles des trois souverains ; et cependant il est certain que les Messins montrèrent toujours une prédilection marquée pour tes Français. L’Empereur en témoigna même son mécontentement de la manière la plus violente : le 22 juillet 1481 , il écrivait, IV. ■ 60

Dinil'.' ■”

m TROIS-ÉVÉCUÊS.

aux Mcsüins : « J’ai obtenu par sentence en ma chambre impériale que toutes rrànchiscs , priviléjj;es, que vous avez de nos prédécesseurs, de nous, du saint Kmpirc, soient anéantis et perdus. » Toutefois cette sentence , fort mal accueillie |uir les Messins, fut promptement révoquée par le monarque', qui tenait avant tout à ne pas s'aliéner une population dont l'appui lui était sans cesse nécessaire.

Le roi de France, de son côté, tenait compte aux Messins de leurs bons procédés, et Louis XI lui-méme, après avoir oublié la tentative qu'il s'était vu forcé de désavouer hautement , saisit toutes les occasions de leur témoigner son bon .vouloir; aussi, lorsqu’il obtint, en l'iSO, le passage pour son armée sur les terres de la république , il dit aux députés chargés d’aller lui présenter les liommages de la cité : a Messieurs de, Metz , j’ai plus grant mestier de- vous que vous n’avez de moi. Vous m’estes venu visiter sans que vous ayez mestier de moi. Je veulx estre vostre amy et bon voysin, et me suis délibéré de ne vous faire jamais guerre, par ma foy, et si aulcun vous vouloit gréver venez ô' moy, je vous seconderai comme mes amis. » Un peu plus tard encore, {février 1483) , lorsqu'il fut question d’entamer des conférences au sujet des duchés de Bourgogne et de Luxembourg, le roi de France choisit Metz pour le siège du congrès, et son plénipotentiaire dit aux .Messins ; o Sachez que le roi nostre sire a dioisi vostre cité pour nous y envoler tenir journée, comme le lieu le plus feable qu'il püt cslire. » Les conférences, du reste, n’aboutirent è rien, parce que les Français prétendirent les tenir dans l'hôtel qu’ils occupaient, et que les Allemands s'y refusèrent obstinément, en déclarant qu’ils ne s’assembleraient que dans riKltel de ville ou dans le palais de l’évéque.

A. cette époque, le sire de Itodcmacheren , quittant le service de la France , se mit à la solde de la cité; ce seigneur, qui vivait à Metz avec un luxe auquel les revenus de scs appointements ne potvaienl en aucune façon suffire , se mit à courir incessamment pour son compte sur les terres des princes Voisins , qui devinrent ainsi, malgré eux, ses bailleurs de fonds. Ils ne tardèrent pas à s’en lasser, et les ducs de lorraine, les comtes de Bitchc et de Nassau et le gouverneur de Luxembourg, sommèrent en Commun la cité d’expulser de ses murs l’insolent soldoyeur, qui vivait ouvertement des brigandages qu’il renouvelait sur leurs terres. Les Messins ne purent se refuser à donner cette juste satisfaction aux princes lésés, et ils entrèrent même dans la ligue formée contre ce smiteur qu'ils venaient de congédier. Kichemont, Kodemacheren et Neufcbôtel étaient les trois forteresses que possédait le sire de Rodemaclieren. Toutes les trois furent assiégées, enlevées d’assaut et rasées : ce furent les Messins qui, après un siège enrègle de trente-neuf jours, prirent Richemont (7 juillet 1483).

Le chapitre de In cathédrale n’avait point oublié l'inflexible dédain avec lequel il avait été traité par le gouvernement de la cité. Le siège épiscopal venant à vaquer, il se vengea en y appelant Henri de Vaudemont, oncle du dur régnant de Lorraine , René II. Le premier acte du nouvel évêque fut de contester à la cité les privilèges dont elle jouissait depuis des siècles. La résistance des magistrats irritant son orgueil , Henri aliéna toutes les places de son évêché et les livra à son neveu le duc de Lorraine. Celui-ci excita tous les seigneurs, puissants ou faibles, qui vivaient de rapines b se jeter sur le pays Messin ; un instant

METZ

même le duc de Lorraine se Halta d’oblcnir l'appui du roi de France, Charles VIII ; cet espoir lui échappant, il se trouva trop faible et lit des propositions d'accommodement. Mais la patience des Messins était à bout , ils se refusèrent à rien entendre; ils avaient envoyé des troupes en Flandre, au service de l'archiduc Maximilien, ils se hâtèrent de les rappeler; une nuée de gentilshommes de toutes les nations vint grossir le corps redouté des soldoyeurs, et le -28 janvier 1490, la cité déclara la guerre au duc de Lorraine. AussitéI les hostilités commencèrent, et de part et d'autre on se fit une guerre sans merci. Les Lorrains brûlèrent un grand nombre de villages du pays Messin, et par représailles, cent vingt bourgs ou villages du duché furent pillés et brûlés à leur tour. Le butin que les .Messins firent dans cette courte campagne fut immense; l'abomlancc et la joie régnaient à Metz, et Kené II , campé presque aux portes de la ville qu'il ne pouvait entamer, se désespérait en pensant aux malheurs effroyables de ses États , et en entendant le bruit des fêtes et des njouissanccs continuelles auxquelles on se livrait dans la ville. La fierté du prince dut plier devant la force des événements; il se vit réduit à Haplorer la paix, et l'archcvéque de Trêves vint à Metz, en son nom, pour demaMiêrla su.spension des hostilités. Il fallut pour fléchir les Messins, que l'évéquc de'Metz, le marquis de Bade et l'ambassadeur de France unissent leurs efforts à ceux de l'archevêque. On finit par s'entendre , et la paix fut signée le 18 juin l '»90.

Centre toutes les apparences , ce ne devait être qu'une courte suspension des hostilités. Leduc de Lorraine, toujours poussé par la soif de la vengeance, fil faire de nouvelles itu'ursions par .ses gens sur le territoire messin ; il siLscita le plus qu'il put d'ennemis à la république, et il mit le comble â la déloyauté en achetant la trahison de l'un des treize, nommé Jehan de I.andrcmont, qui s'engagea à lui livrer la ville. Ce Jehan de I.andremunt était du paraige du commun; aidé d'un seul complice, nommé Charles du Quenneict, il devait ouvrir la porte du pont ThicITroy aux Lorrains dans la nuit' du 15 novembre 1491. Un retard fut apporté à l'exécution du complut, et du Quennelet, bourrelé de remords, dévoila toute la trame aux magistrats. Jehan de Landremont fut aussitét arrêté; on trouva dans ses papiers la preuve matérielle de son crime, qu'il ne cliercha plus dès lors â nier. Il fut condamné au supplice le plus épouvantable, et les menaces du duc René, qui le réclamait comme son sujet et son pensionnaire, n'arrêtèrent pas un seul instant la marche de la justice. Jehan de Landremont fut conduit, le 5 janvier 1492, sur la place de Chambre, et lâ on l'attacha debout â une planche dressée sur un échafaud; puis le maître bourreau lui ouvrit le ventre, en arracha les entrailles, et le souffleta .avec ^on propre cœur. Aussitôt après son corps fut t'-cartelé, et les morceaux en furent exposés aux portes.de la ville. Les haines s'envenimaient chaque jour davantage : l'archiduc Maximilieu , roi des Romains , interposa son autorité pour faire cesser ces déplorables débats. Il vint â Metz, le 6 novembre 1492, et il eut grand'peinc â calmer l'irritation du peuple contre les Lorrains; il y réuSsit néanmoins, et la paix fut définitivement signée â Nancy le 20 mai 1493. .\ partir de ce moment, le duc de Lorraine sc montra loyal allié des Messins , et lui-même il fit cesser les courses des bandits qu'il avait naguère protégés et soudoyés. Quelques légers nuages s'élevèrent bien encore entre le

Page 1