‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 84 sur 120 · TROIS-ÉVÊCHÉS · texte numérisé non relu

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duc et la cil(^ au sujet des villages de Coniy et de Jouy, et des abbayes de Saint- Martin et de FreistrolT; mais ils furent bientôt dissi|iés, au point même que la duchesse étant venue en pèlerinage à Sainle-Itarbe , le -2 mai IWV, les Messins parvinrent ù la décider à passer trois jours dans la ville. Elle y fut reçue de la manière la plus somptueuse, et partit comblée de présents et d'honneurs.

26 septembre 1498 l'empereur Maximilien vint pour la seconde fois à .Metï, où la plus brillante réception l'attendait. Il y séjourna dix jours, pendants lesquels il eut ,' sur le pont de .Moulins , une entrevue avec le duc de lorraine et avec les ambassadeurs du roi de France. Le 4 octobre l'Empereur regagna Thionvillc; et, en reconnaissance de ce que la cité lui avait prêté six mille florins du Itbin, il la dispensa de contribuer aux frais de son couronnement.

Nous avons vu déjà que les .Messins ne cherchaient pas trop à cacher leur affection pour les Français. Lorsque Louis XI mourut, de- nombreux services furent célébrés pour le repos de son àme dans toutes les paroisses de Metz; et |dus tard , lorsque les Messins, en 1498, entrèrent dans une ligue offensive avec l'archiduc (T.Vutriche , ils signiflèrent que jamais ils ne prendraient les armes contre le roi Charles VIII. Quelques années de paix avaient suffi pour faire de Metz la ville la plus opulente et la plus heureuse. Chaque jour c'était un tournoi au Change-à- Scille, des joùtesî ou la repré.sentation d'un mystère sur la place du Change, des mascarades, des banquets cl des danses, auxquels prenaient part tous les riches bourgeois et Imiirgeoiaea de la cité. Aussi les étrangers, qui étaient sûrs d'ètre- . accueillis avec bienveillance et franchise, affluaient-ils dans la joyeuse ville; on vil, entre autres , le duc de SuffolL, qui avait accompagné en France Marie d’Angleterre, lorsque cette princcs.se vint épouser le roi Louis XII , se retirer à .Metz après les épousailles, parce qu'il ii'osait rester à la cour de France par suite de ses anciennes amours avec la reine. Lorsque celle-ci fut devenue veuve, en 1515, Sulfolk partit de .Metz pour aller l'épouser secrètement ; et aussitôt après que cette union fut conclue, le duc revint à Metz, où il passa six années nu milieu des plaisirs de toute espèce.

Les plus grands seigneurs se faisaient honneur d'ètre au service de la république, et parmi ceux qui en acceptèrent une solde, l'on vit le marquis de Dadc, le comte de Salm, le comte de Linnnge et Robert de I.amark, prince de Sédan. Quand de hauts et puissants persoutiages venaient v isiter la cité, ils étaient hébergés somptueusement à scs dépens et défrayés de tout. La soif des joies de ce monde n'était pas du reste le partage exclusif des la'i'cs messins; les chroniques locales nous fourni.ssent, au commencement du xvi’ siècle, bon noiifbre d'anecdotes fort , scandaleuses, dans lesquelles les clercs jouèrent le principal rôle. Itans toutes les classes, la passion des divertissements était devenue si forte, que les églises ellesmêmes servaient de salle de danse aux fêtes patronales. Tout cependant n'était pas joie dans ta ville de .Metz ; des pestilences vinrent à plusieurs reprises, et notamment en 1496, en 1508, en 1517 et 1518, imposer de terribles temps d'arrêt aux réjouissances publiques. Les quartiers baignés par les eaux de la Seille furent dévastés par des inondations épouvantables qui firent écrouler, vers la porte des Allemands , des pans entiers de la muraille d'enceinte. On se hâta de les rétablir à grands frais, et les nouvelles construclious furent couvertes de bus-reliefs gros-

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sicrs et Insolents que l'on peut voir encore dans la partie dos fossré que baigne la Seille, à gauche de la porte des Allemands, et qui montrent au grand jour l'orgueilleux mépris des Messins pour tous leurs ennemis extérieurs. Vers cette mémo époque de nouveaux débats ensanglantèrent le pays Messin. Le seigneur d'ElTenstein , Philippe Schlucterer, déclara la guêtre !i la cité et vint avec sa i>elitc armée dévaster quelques villages de son territoire. Une armée messine fut aussitôt mise en campagne et réussit à dégager le pays. Mais, deux ans après ( 1517 ), ce même Schlucterer et son Cousin, François de Seckitigen, seigneur alsacien, reparurent plus menaçants que jamais avec une âriuée de douze mille fantassins et deux mille cinq cents chevaux, devant laquelle les populations s'empressèrent dé fuir et de chercher un refuge dans les murailles de la place. Le 5 septembre 1518, après avoir brillé nombre de villages abandonnés, Seckingen vint camper devant Metz sur ta colline de Désirmont, qui sert aujourd'hui d'assiette au fort de Kellccroix, et y établit une batterie qui commença son feu sur la ville. L'artillerie messine répondit aussitét et fit taire celle do Seckingen qui faillit être tué luimème. Les assiégeants ne voulaient que rançonner la cité , et le comte de Salm réussit A faire conclure un traité par lequel les Messins .se débarrassèrent , au prix de trente-quatre mille florins du Ithin, de ces visiteurs ruineux.

I>es Messins avaient eu l'adresse de se soustraire aux prétentions de l'empereur Maximilien, et d'éluder, par des prêts volontaires, la dure. nécessité de payer par ordre des contributions au chef de l'Empire. Ils se crt^n^jÂè l’abri derrière leurs privilèges, que t^lharles-tjuint venait de recoimaitre èt de confirmer par une charte du 15 février 1521 ; ils n'en furent |ias moins imposés^ pendant la diète de Wornis, à une somme énorme, dont ils ne purent obtenir la remise, et qu'ils payèrent eh acomptes auxquels, pour l’acquit de leur conscience , ils donnèrenl le nom de dons volontaires. Cependant le protestantisme ne tarda pus à pénétrer à Metz, où il fut accueilli avçc faveur par la classe la plus obscure de la population ; dans une sphère plus élevée, un chanoine, deux curés et quelques magistrats embrassèrent la réforme. Quand lu guerre éclata entre François I" et Charles- Quint, les Messins, qui savaienf par expérience tout ce qu'il y a (Pavantages à conserver la neutralité, la réclamèrent et l'obtinrent des deux eûtes. Mais cette fois encore leur prédilection pour les Français parut trop clairement : ils en reçurent de vifs reproches, et, pour se mettre à couvert, ils envoyèrent en hâte une somme de quinze cents florins d'or à Ferdinand, roi des Itomains et frère de l’Empereur, qui se trouvait engagé dans une guerre dispendieuse contre les Turcs. Antoine l'e-Bon était alors duc de Lorraine : les Messins s’attachèrent à vivre en bonne intelligence avec lui ; ils lui envoyèrent même des renforts lorsque ce prince marcha au-devant des anabaptistes qu'il battit à plate couture, près de Saverne ( mai 1.525), et qu’il détruisit en partie.

Les demandes de subsides arrivaient sans cesse avec des ordres sévères de Uharics-Quint ; liinsi ou en vint à leur dehiandcr trente-six millo florins d'or pour subvenir aux frais de la guerre contre les Turcs. L’Empereur en personne visita sa bonne ville de Metz, au mois de janvier L5U. Malgré les rigueurs de la saison, il partit de Thionville à cheval et accompagné de toute sa cour, du duc de Savoie et de l'ambassadeur de France. Le maire de Porte-Moselle alla à sa rencontre jus(|u'au

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pont de Richemont, où il lui présenta les clés de la Tille. Arrivé à (..adonchamps , l'Empereur prêta , entre les mains du magistrat, le serment de respecter les privilèges de la cité. A l’entrée du l’ont-des-.Morts, il fut reçu sous un da» magniflque, au bruit de l'artillerie et au son de toutes les cloches, par les notables et par tout le clergé revêtu de ses plus beaux ornements et escorté de cinq cents flambeaux. Ee cortège s’.achemina vers la cathédrale où l’Empereur fit sa prière et entendit chanter le Te Deum. De là il fut conduit au haut de Sainte- Croix , chez la veuve Remiattc de Raigecourt , qui eut l’Iionneur de loger Sa Majesté. Une heure après son arrivée, les magistrats vinrent lui offrir, 1» une coupe d’argent doré du poids de six marcs quatre onces, et contenait quinze cents florins d’or; 2° cent quintaux d’avoine, six cuves de vin du pays, et six poiny’ons de vins de Beaune et d'Arbois. Le lendemain, mardi, l’Empereur donna encore aux Messins une audience solennelle, où il reçut leurs serments et reconnut que, « comme vicaires nés du saint Empire, ils, avnient le régime, gouvernement et administration entière de la justice. » Le même jour, il reçut une ambassade du roi d’Angleterre. Le mercredi, après at'oir entendu la messe dans l'église des Cordeliers, Charles-Quint parcourut la ville à cheval et, au bas de Saint-Arnould, visita l’arsenal de la ville, qu’il trouva très-beau. Le jeudi matin, avant de partir pour Inspruck, il donna une dernière audience au.x Mes-, sins; enfin, en prenant congé de son hôtesse et.de sa fille, il offrit à chacune d’elles un collier d’or du prix de cent vingt écus d’or. Les ordonnances de police qui furent aloi's publiées font honneur a la prévoyance des magistrats. On y remarque un passage qui prouve combien les Messins étaient ombrageux et se tenaient sur leurs gardes. Ils eurent beaucoup de peine à déclarer que « pour ce que l’Empereur étoit magnanime, vertueux , fidèle cl catholique... ils mettoient le tout au bon vouloir de Dieu cl à la discrétion de S. M., et fut conclu qu'ils ne se garderoient ni fortifieroient. »

La guerre allait éclater de nouveau entre François f" et Charles-Quint. Ix>rsque ce dernier vint à Metz , la cité profita de l’occasion pour demander à l’Empereur des lettres de neutralité. Il les leur accorda , et le roi de France , de son côté , leur fit la même concession. Grèce à la protection toute-puissante du maître échevin , Gaspard de Heu , la religion réformée avait fait de très-grands progrès dans la cité, où l’on avait permis aux protestants d’établir leur prêche dans l’église de l’hôpital Saint-Mcolas. Une réaction ne tarda pas à se manifester. A Gaspard de Heu succéda dans l'échevinat Richard de Raigecourt, ardent catholique, qui, s’appuyant sur une autorisation expresse de l'Empereur, lit fermer ,1e temple, bannit les ministres et défendit l'exercice public du culte protestant. Celte espèce de petite révolution , opérée sans violence et sans forte secousse , fit un extrême plaisir à Charles-Quint ; des lettres de félicitations furent , à ce sujet , adressées par lui aux magistrats , et il les exhorta de vive voix à persévérer doits leur sainte croisade contre l’hérésie, lorsqu’il vint, au mois de juin de l'année suivante (lùi'v), passer de nouveau trois semaines à Metz, devant les murailles de laquelle l'armée impériale avait assis son camp. Ce fut une première source de ruine pour la cité que celte armée à nourrir; puis, en 1515, les troupes espagnoles répandues sur le territoire de la ville , achevèrent de le dévaster.

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En 1616, Charlcs-Quint revint encore à Metz, et, voyant de ses propres yeux combien était changé l’état si Horissant de ta république, il promit de ne plus lui imposer à l'avenir de contribution forcée, de ne plus lui demander de ces dons volontaires qui favaient ruinée; mais, peu de temps après, malgré cette belle promesse, il exigea de nouvean des Messins trente-cinq mille Rorins d’or pour leur part des frais de ta guerre faite en Allemagne contre tous tes princes du gfaiid empire germanique, qu’animait une haine violente contre le despote insatiable et orgueilleux qui était à leur tête. Le peuple messin commença à murmurer hautement, disant qu’il était exempt d’impOts, de toute ancienneté; et les magistrats, en portant ces plaintes aux pieds de l’Empereur, osèrent lui dire pour la première fois que ce peuple qu’il opprimait pourrait bien se soulever et se ranger sous une autre domination que la sientM. Charles-Quint ne voulut rien accorder ; cette obstination aveugle lui aliéna à tout jamais les cœurs des Messins. l.es princes allemands ayant formé une puissante ligue contre lui, envoyèrent des députés en France pour offrir an roi Henri II le titre de protecteur et de vh-aire du saint Empire et pour implorer son appui. Henri s’empressa d’accepter, et les Messins se décidèrent è embrass*!r ouvertement lè parti des mécontents. Leur nouvel évêque, Robert de I-enoncourt, qui espérait, en détachant .Metz de l’Empire, trouver l’occasion de ressaisir l’autorité suprême dans cette ville, agit de toutes ses forces pour presser la détermination de la cité. Le 15 janvier 1552, le roi Henri H signa, dans son chêteau de Chambord, le traité par lequel il s’engageait à délivrer les princes allemands du maître qui leur était odieux, et surle-champ les armées françaises se rasseniblèrent en Champagne. Le roi vint , en personne, en prendre le commandement. Il était à Joinville lorsqu’une députation messine lui offrit les hommages de la cité , et lui assura le libre passage de son armée sur le territoire de la république. Henri ne perdit pas de temps. Le lO avril 155i, l’armée française, qui avait pris en passant la place de (iorze, fut reçue à bras ouverts dans la ville de Metz. Le 18, qui était le propre jour de Pâques, Henri H rejoignit son armée' et reçut à son entrée tous les honneurs que la cité avait coutume de rendre aux empereurs eux-mêmes. L’allégresse était grande dans la ville, et parmi ses gouvernants : mais pour ceux-ci elle fut de courte durée; car leroi les ayant fait mander au palais épiscopal, où il était descendu, les requit de lui prêter serment de fidélité. Le maître échevin, Jacques de Gournai , refusa nettement et préféra se dépouiller de la dignité dont il avait été revêtu que de reconnaître un nouveau maître. Séance tenante, et sans discuter, le roi nomma maître échevin le sire de ’l'allange qui n’appartenait à aucun paraige, et donna le gouvernement de la ville à M. de Gonnor avec des pouvoirs presque illimités. Peu de temps après , les princes d’Allemagne firent leur paix avec Charles-Quint r et Henri, devenu sans coup férir maître de la belle province qui a reçu le nom de Trois-Êvêchés, revint à Paris, quelques mois après en être parti.

L’Empereur s’empressa d’enjoindre ù toutes les populations qui s’étaient rangées du câlé des Français, de revenir dans le délai de trois mois , sous la bannière du saitit Empire; les .Messins furent natureRement sommés de rentrer sous la domination impériale, et les Français d’évacuer au plus vite la place qu’ils avaient

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