‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 85 sur 120 · TROIS-ÉVÊCHÉS · texte numérisé non relu

TROIS-ÉVÊCHÉS

erivaliic. Ni les uns ni les autres ne se soucièrent d'obéir; loin de là : le roi de France donna en toute liàte l'ordre de relever et de rendre le plus respectables possible les murailles de Metz, de Toul et de Verdun. Chnries-Quint n’était pas homme à dévorer patiemment un pareil affront. Il résolut de reprendre ù tout prix au roi de France la ville de McU.dont il connaissait personnellement toute riniporlancc, et une armée formidable fut rassemblée aussitèt. De son côté Henri II lit partir pour .Metz, avec le titre de son lieutenant général, le plus noble et le plus brave des capitaines, cet illustre François de Guise qui devait immortaliser son nom par la plus admirable des défenses. Peu de mois snfDrent à cet homme de guerre pour transformer complètement la place, qui était confiée à sa garde. Sept faubourgs, cinq abbayes et dix-neuf églises furent rusés sans pitié, et un quartier de la ville, appelé le Grand-Meiss ou le Grand-Jardin , fut transformé en un vaste retranchement qui reçut le nom de reirancliemeni de Guise.

Pendant que le duc de Guise poussait, jour et nuit, les travaux de défense, avec l'assistance la plus dévouée de la part des habitants, les jeunes gentilshommes français, jaloux de faire leurs premières armes à si bonne école , arrivaient de toutes parts à .Melz, qui , en moins de trois mois, avait été transformée en place de guerre formidable. L’armée impériale s'était rapprochée jusqu'à Deux-Ponts, où elle .s'arrêta , pendant quinze jours, pour laisser le temps d'arriver aux troupes attendues des Pays-Bas. De là elle vint camper à Forbach, et dès lors il ne fut plus permis de douter des intentions de Charles-Quint. .Malgré ta saison avancée, il était clair qu’il allait entreprendre le siège de Metz. François de Guise lit alors brûler tous les moulins situés dans un rayon de trois lieues autour de la ville ; les ■garnisons des petites places fortes voisines, comme Rodcmachcren , furent rappelées, et les portes de Metz se fermèrent sur une petite armée de quatre mille cinq cents fantassins, quatre cent quarante-quatre cavaliers et environ neuf cents gentilshommes volontaires. Le 18 octobre I.Ô52, le duc d'Albe vint asseoir le camp de son corps d’armée sur l'emplàce ment des faubourgs Saint-Julien, des Allemands et Mazellc. Le lendemain , tandis qu'il établissait des batteries sur la côte de Clnltillon, le prince de Coridé et les ducs d'Enghien et de Montmorency arrivèrent dans la place. Pendant dix jours, l’armée impériale resta dans l’inaction j et le duc de (îuise profita de ce répit pour renvoyer de .Metz les bouches inutiles et pour arrêter à l'avance toutes les dispositions de police et de sûreté que les diverses phases du siège devaient naturellement rendre nécessaires, la; 30 octobre, l’ennemi couronna les hauteurs de Belle-Croix et s’étendit jusque vers la porte Mazelle. La nuit suivante, la tranchée fut ouverte au bas du faubourg Saint-Julien; mais l'artillerie de la place lit si bien son devoir, que cette attaque fut presque aussitôt abandonnée. Le duc d’Albe ilélogea, et, laissant à Saint-Julien le sire de Brabançon avec quelques milliers d'hommes, il vint passer la Scille à Magny et s'établit dans la plaine du Sablon , où son camp fut assis le 2 novembre. Pendant dix jours encore les approches de la ville furent bravement défendues par les [mstes extérieurs, et ce nouveau temps gagné permit au duc de Guise de compléter los ouvrages nécessaires pour couvrir le point d’attaque. On vit alors l'illustre capitaine lui-méme faire le métier de terrassier au milieu des princes, des seigneurs, des soldats, des bourgeois et de leurs femmes, qui tous rivalisaient

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d'ardeur pour imiter un si noble exemple, l'ne maison pouvait-elle comprometire la défense de la place, le maître ia démolissait sans attendre que l’ordre lui en fût donné. C'est alors que le duc écrivit au roi, qui se trouvait li Saint-Mihiel, • qu'il pouvait conduire son armée où il lui semblerait bon; qu’il n'avait besoin d’aucun scrx>urs, et qu'avec l'aide qu'on lui prêtait dans la ville, il était en état de soutenir un siège de dix mois. >

Les batteries impériales étant construites, le feu des assiégeants fut ouvert le 21 novembre. I.e surlendemain 28, la place avait déjà reçu div-sept cents coups de canon. L'ne brèche était failc sur une étendue de quarante pas environ , mais elle fut aus.sitôt réparée sous le feu de l'ennemi. C’est à ce moment que le marquis de Brandebourg , Albert , qui avait espéré pénétrer dans la place en protestant de son dévouement au roi de l' rance, jeta le masque et vint s’établir sur le coteau qui domine le ban .Saint-Martin, lii il construisit une batterie de vingtquatre pièces de gros calibre, dont lieiireusement le feu ne fit aucun mal à la ville, la; 20 novembre, l’Empereur qui avait été retenu un mois à Tbionvillc par un accès de goutte , arriva au camp et pas.sa une revue générale de son armée : on y comptait cinquante-quatre mille Allemands et Walons, huit mille Espagnols, quatre mille huit cents Italiens, sept mille pioniders et cent quatorze bouches ù feu. Il se logea d'abord dans les ruines de l'abbaye de Saint-Clément pour surveiller de plus prés les progrès du siège, puis dans celles du château de la Horgne. A partir de ce moment, tous les efforts des assiégeants furent pOrté>s sur la partie de l'enceinte qui s’abaissc vers la Moselle, au point où sont placés actuellement les ouvrages avancé-s de la citadelle.

1.0 21, deux nouvelles batteries, rune de trente, l'autre de quinze canons, ouvrirent leur feu, et, le 20, trente-six autres canons tonnèrent sur la branche de l'eiircinte qui fait face à la Moselle. Charles-Quint était sans cesse dans les tranchées, stimulant l’ardeur de ses soldats. Deux tours et trois pans de murailles s’écroulèrent. Cependant les Français faisaient de continuelles sorties qui jetaient la terreur dans les lignes impériales. Lais.sons raconter à l’illustre Ambroise l’aré, qui était dans la place, l'ell'et de ces audacieux coups de main, a Tous leurs soldats, dit-il, cryoient ulanue, aux antics; et les vojoil-on sortir de leurs tentes et petites loges drus comme fourmillons, lorsqu’on découvre leurs fourmilières, pour secourir leurs compagnons qu’on égosilloit comme moulons. » D’un autre cAté, le maréchal de Vieilleville escarmouchait .sans répit sur les derrières île l’armée, iidcrccptaid les convois de vivres, enlevant des partis qui se hasardaient un peu trop loin du camp, et exaspérant l’Empereur par de perpétuelles chicanes, l'n convoi de six chariots de vivres de toute espèce avait été expédié de l.orraine pour le senice de la bouche de l’Empereur lui-nu'me : il tomba entre les mains de l'infatigable batteur d’estrade, de ce maudit l.yon-Vulpe de Vieilleville, i|uc le monarque jura de faire empaler s’il pouvait jamais le tenir.

Le 27, les assiégeants étaient arrivés au fo.ssé de la place; le lendemain la tour d'Enfer fut ouverte sur une largeur de vingt pieds, et le mur de revôtement du rempart s’écroula tout d’une pièce, mais de telle sorte que sa chute devait rendre l'assaut fort dillicile. De grands cris de joie des Impériaux avaient salué la destruction de la muraille : lorsque la poussière fut dissipée, ils viretd dans quel état IV. 61 ■,

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se présentait In hrèi he et leur allégresse s'éteignit. Ce fat en ce moment qn’an Français , nommé .Mnntilly , descendant dans le fossé et remontant par cette brèche , pour leur donner à entendre qu'elle était praticable , tourna le dos à l'ennemi avant de rentrer dans la place, et par un geste de soudart leur montra qu'il se moquait de leurs arquebusades, et qu'on s'inquiétait peu de leurs efforts. l.'Kmpereur, furieux, fit aussitôt apporter des échelles et ordonna l’a.ssaut ; mais les assaillants arrivèrent à la brèche avec une hésitation extrême, et l'accueil qu'ils y reçurent la leur fit abandonner sur-le-champ. Cepetidant la mortalité .s'était mise dans lo camp impérial, et la démoralisation s'y répandait ; Charles-Quint ne s'en obstifiu pas moins à presser plus vivement encore un siège dont le succès lui tenait au cœur |ilus que toutes les conqaéles du monde. De nouvelles batteries forent établies, des raines furent pratiquées, et leur effet ne répondant pas à l'attente de l'Kmpereur, il ordonna, le 7 ib'-cembre, de renouveler la tentative d'assJiut. Klle fut aussi malheureuse que la première. Les Impériaux , eette fois, n'osèrent s'ébranler et Charles-Quint se vit contraint d'entamer une nouvelle brèche. Le l-2, elle fut commencée et bienlrttelle atteignit une étendue de cinquante pas. Mais elle n'était guère plus praticable que la première. Toutes les entreprises du sire de Brabançon et du m.rrquis de Brandebourg étaient repoussées avec perte. Leurs deux camps étaient sans cesse harcelc's par les sorties de la place. La maladie et le découragement étaient partout dans les troupes impériales, qui refusaient <le se battre. Dans une sortie, les Français firent une pointe jusqu'au \ji 1 lorgne et faillirent s'emparer delà personne de l'Empereur. Celui-ci, effrayé outre mesure du danger auquel il avait été exposé, commença à comprendre qu'il n'avait rien à gagner avec des adversaires qui , au dire d'.\mbroise l’aré, avaient résolu, militaires et bourgeois, de se défendre de maison en maison, si la ville était prise, et d'y mettre même le feu, s'ils ne pouvaient déloger les Espagnols. Fhifin, après quarante-cinq jours de tranchée ouverte, pendant lesquels la ville reçut quatorze mille coups de canon, Charle.s-yuint, désespérant d'en venir à son honneur, prit brusquement le parti de lever le siège.

L<‘s 20 et 27 décembre , les batteries continuèrent un feu très-vif contre la place pendant que Charles-Quint commençait à opérer en secret son mouvement de retraite. Il quitta lui-méme I,a Horgne, le 1" janvier 1.75.3, et se rendit aussitôt à Thionville avec douze cents hommes seulement. Le duc d'Albe suivit la même route; les Flamands se retirèrent par Sainte-Barbe, et le marquis de Brandebourg resta seul devant la place avec quinze mille hommes. Pour le déloger, des batteries furent établies sur l'ile du Saulcy, à la tète de la digue de W'ailrineau, et, le G janvier, au.ssitèl qu'elles ouvrirent leur feu, l'armée brandebourgeoise décampa en toute hiUe. Vincent Carlois , dans ses Mémoires du maréchal de Vieilleville, parle en ces termes de l'elfet de ces batteries : « A deux heures après midi, on commença à tirer de telle furie, i|ue des clochers et des plus haultes maisons, .M. de Cuise, M. le Prince, .M. de Nevers, M. de Vieilleville et anltres au clocher de la (irande-Église, on voyoit mouvoir et remuer ces ivroignes anssy dru et menu, comme qui jelteroit de l'eau chaulde en une fourmilière. >• Le. b janvier au soir, il n'y avait plus d'ennemis devant la place de .Metz, ou du moins ceux qui y étaient restés étaient des mourants que la charité du duc

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de Guise et des Messins fit recueillir dans la fange, où ils périssaient de froid et de misère, pour leur donner dans la ville tous les secours que leur position exigeait. Plus de trois cents Impériaux durent ainsi la vie à ITiumanité des assiégés. On ne trouva pas moins de trente mille cadavres gisants sans sépulture dans les trois camps des troupes impériales. Beaucoup de bourgeois , pour se soustraire au péril d’un siège, s'étalent réfugiés à Strasbourg; dés que l'ennemi se fut éloigné, le duc de Guise les rappela. Cet illustre capitaine, avant de quitter Metz, le 2'» janvier 1553, rendit aux magistrats toute leur autorité.

M. de Gonnor était resté gouverneur de la place, dans les murailles de laquelle se trouvaient vingt bataillons de fantassins, sans compter la cavalerie. Ces troupes, demeurant sans solde, ne tardèrent pas ù secouer le frein de la discipline : bientdt les Messins se virent exposés à tous les outrages, a toutes les déprédations d'une soldatesque à laquelle le gouverneur lui-mérae donnait l'exemple de l'immoralité la plus coupable. L’anarchie était complète. I.c cardinal de l.enoncourt, croyant le moment venu d'accomplir ses desseins ambitieux , rentra dans sa ville épiscopale, commença par forcer les archives de la cité, et, après avoir anéanti les chartes authentiques qui pouvaient gêner son usurpation de pouvoirs , renversa de fond en comble la constitution qui avait régi la république messine depuis tantét cinq siècles. L'audacieux prélat abolit les paraiges, choisit lui-même les treize , et dirigea à son gré l'élection du maître échevin , auquel il adjoignit l'évéque suil'ragant de son diocèse; ensuite, il se fit prêter serment par la nouvelle administration de la cité, comme s'il en eût été le souverain. Le roi Henri II, instruit de ces désordres, investit le maréchal de Vieillevillc de pleins pouvoirs pour y mettre fin. A peine celui-ci fut-il arrivé à Metz, qu'il fit occuper militairement toutes les places de l’évêché, sans tenir aucun compte des réclamations du caiAlinal de Lenoncourt. Désespéré, le prélat se plaça sous la protection de l’Empire ; il appela à son secours le duc de Lorraine , et s'efforça de recouvrer par les armes la place de Vie, dont la perte lui était particuliérement sensible : vaine tentative, qui fut suivie d'un autre échec dans l'intérieur même de la cité. Le cardinal se flattait encore de diriger l'élection des magistrats et de recevoir leurs serments; mais Vieilleville choisit ù son gré et institua ces mêmes magistrats, qu'il prit parmi les hommes les plus dévoués à la cause française. Des complots ayant été tramés dans la ville, pour la remettre aux mains de l'Empereur, le maréchal les découvrit et les déjoua. Les coupables furent punis avec la dernière rigueur, et les Impériaux se firent battre à plate coulure , au moment même où ils se croyaient maîtres de la place, qu'une communauté de religieux Cordeliers devait leur livrer. Le maréchal, pour prévenir toute nouvelle tentative de trahison, et s'assurer à l'avenir de la fidélité de la ville, y fit élever une ciladeHe; moins de trois années lui suffirent pour accomplir toutes ces choses.

En 1557, les vues ambitieuses du cardinal Cliarles de Lorraine, qui avait succédé à KobertdeLenoncourt,durcnt s’annihiler devant la cession forcée au roi deErancr' de scs prétendus droits a la souveraineté de Metz. Le roi devint donc le muitie de fait de la ville, tout en ne se donnant encore que le titre modeste de son protecteur; ce fut seulement en 1585 que Henri lit prit définitivement le titre de souverain seigneur de Metz. Pendant cinquante années encore, les Messins

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ne cess^Tent d’adresser mi roi de France des doléances sur ta perte de leurs anciennes franchises et immunités. De temps à autre, ils parvinrent ii recouvrer quelques droits, mais ils n’en jouirent une momentanément, et presque toujours ils en furent dépouillés peu à peu, pour ne les plus recouvrer jamais. Itienlét arrivèrent des présidents de justice et des prncureurs-^énérauv qui empiétèrent nalurellement sur les pouvoirs de la mastistralure messine. En l(>33, Eoitis Xllt établit un parlement à Metz; l’année suivante, il y institua un bailliage : ce fut lîi le coup de prAce porté à la juridiction du maître écbcvin et des treize; enfin, en 1()'»8, le traité de Westphalie incorpora le pays Messin h la France , ainsi que le territoire de Tout et de Verdun , et c’est alors que la nouvelle province acquise par la couronne reçut le nom des Trois-Êvécbés.

Pendant les guerres dertdigion, les Messsins n’hésitèrent pas un seul instant à .se déclarer avec énergie en faveur d’Ifenri IV, qui en conserva toujours un vif .sentiment de reconnaissance : ils firent essuyer plusieurs défaites au duc de Eorraine , Charles III, un des chefs de la T.iguc, et lui enlevèrent de vive force quelques-unes des places de l'évèché. I.e duc, cependant, ayant eu l’adresse de s’assurer les services de quelques zélés ligueurs enfermés dans la place, espéra que leur trahison lui en livrerait les portes. L’armée ducale était déjà parvenue à Moulins, lorsque le complot fut découvert : les meneurs, qui étaient un gentilhomme français et un chanoine de la cathédrale, furent immédiatement déi apités. Toute la popidation prit les armes pour marcher au-devant des Lorrains, bien loin de les attendre timidement derrière .ses murailles, et Charles III, prévenu de cette résolution vigoureuse, jugea prudent de décamper au milieu de la nuit. Une trêve conclue, peu après, enire le duc de Lorraine et les Mesuns, fut ratifiée par le roi, le 28 avril 1.501 ; mais, jusqu’en 159.5, époque à laquelle la paix fut conclue entre Henri IV et le duc de Lorraine, on ne cessa de craindre à Metz que les hostilités suspendues ne se rallumas.sent plus violentes et plus désastreuses qu’auparavant. \ la crainte de la guerre succéda un mal beaucoup plus fâcheux. Le gouverneur de Metz était un sieur de Sobolle qui, après avoir longtemps vécu dans la meilleure intelligence avec les bourgeois, devint tout d’un coup le plus insupportable des tyrans en sous-ordre. De justes doléances furent adressiVs nu roi, Henri IV, un peu tardivement peut-être, envoya le duc d’Epernnn à Metz pour examiner et réprimer, s’il y avait lieu , les actes du gouverneur; M. de Sobolle s’enferma dans la citadelle et refusa de reconnaître les pouvoirs du commissaire royal. Le roi prit alors le parti de venir en personne couper le mal dans sa racine. Il arriva à Metz, le 15 mars 1603, demanda à M. de Sobolle un compte .sévère de sa conduite, et rendit la sécurité à un peuple qui ne cessa, pendant quinze jours entiers, de l’enlourer de tous les témoignages de dévouement et d’affection.

Les Messins, après s’être montrés les plus fidèles sujets d’Henri IV. continuèrent de servir de cœur la cause de son successeur Louis XllI. Lorsqu’on 1621 , le duc d’Êpcrnnn voulut les entraîner dans sa rébellion, ils résistèrent avec opiniâtreté à scs prières d’abord , puis à toutes les violences par lesquelles il espérait les contraindre .5 se jeter dans son parti. Ils tinrent bon , et l’armée royale n’eut qu’à paraître ilevant Metz pour anéantir les coujiahles espérances des rebelles. Le roi s’arrêta encore dans cette ville , en 1631 , cl y )iassa six semaines ; il ne quitta le

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pays, qu’après s'ètrc emparé des plares de Vie et de Moyenvic, qui étaient en la puissance du duc de I.orrainc, Cliarles IV. En 1G34 , au moment où Uaston d'Orléans, le frère du roi , venait de s'unir clandestinement à la soeur du duc de Lorraine, l'ennemi le plus obstiné de la couronne del' rance, le parlement de Metz, par deux jugements consécutifs, enjoignit au duc d'Orléans de rentrer en France avant trois mois, et déclara Charles IV, son frère et sa sœur, coupables du crime de lése-njajpsté pour rapt du premier prince du sang. Deux ans après, ce même parlement, qui s'était montré si zélé protecteur des intérêts de la France, devint, on ne sait trop pourquoi, suspect à M. de la Valette, gouverneur de Metz, et une lettre de cachet, en date du 20 mai 1G36, l'exila à Tout où il resta vingt-deux ans.

Ix>uis XIV, suivi de sa mère, du cardinal Mazarin, et de toute la cour, vint , en 1G69, à Metz, où il resta depuis le 18 septembre jusqu'au 27 octobre. Lorsque la guerre se ralluma entre la Lorraine et la France, ce fut à Metz que le maréchal de Créqui (août 1675) vint se réfugier avec les débris de son armée, après avoir été battu à Conls-Sarrcbrucke par le duc de Lorraine. Le 22 février 1678, le roi revint ,i Metz, et partit de là pour la campagne de Flandre, qui amena la conclusion du traite'^ de Nimégue. Au mois de novembre 1681 , lorsque Strasbourg se soumit à la France, Louis XIV traversa Metz de nouveau pour aller visiter la place importante qu'il venait d’acquérir. Sous le règne de son petit-ills, Marie Leczin.ska , tille de Stanislas, roi de l'oiogne, après avoir épousé par procuration le jeune roi , s'arrêta à .Metz eu venant de Strasbourg, et y séjourna trois jours, an milieu des fêtes les plus somptueuses. En 1744, Louis XV lui-même vint à .Metz, où il fit son entrée le 4 août. Pendant son séjour dans cette ville, il tomba si dangereusement malade, que l'on désespéra d'abord de sa vie. Ce fut en ces moments de vives alarmes que madame de Cb&teauroux faillit être lapidée par la populace de Metz, qui l'accusait d'être la cause de la maladie du roi. Après quelques jours l’espérance revint, et les symptômes alarmants ayant successivement disparu, Louis W recouvra assez rapidement la santé pour pouvoir quitter la ville, le 29 septembre suivant.

Il est facile de deviner que la révolution de 1789 fut aa'ueillie avec joie par les Messins: c'était un retour à la liberté qu'ils avaient jadis achetée au prix de tant de sang et de sacrifices. I-c règne de la Terreur ne laissa point de souvenirs néfastes à Metz. Ce peuple était habitué, de trop vieille date, à savourer la liberté pour en craindre l'enivrement : les hommes que la force des choses avait placM è la tête du pouvoir révolutionnaire , furent assez fermes pour résister à l'entrainement général, et le sang innocent ne fut pas versé. L’Empire vint bientôt avec ses pompes guerrières , et souvent la Hère cité de Metz vit passer ces armées glorieuses dans les rangs desquelles presque tous ses enfants avaient pris place, depuis les premières années de la llévolution : souvent aussi elle salua avec enthousiasme le grand Empereur, qui, simple lieutenant, avait revu naguère un modeste asile dans scs murailles. Plus tard Metl, que la guerre et le typhus avaient dépeuplée , accepta SJins murmurer la Restauration ; mais l'esprit de ce qu'elie avait con.servé d'habitants se révolta à la seule peu.sée que les ennemis, qui venaient d'envahir la France, pussent souiller de leur présence la ville devant laquelle les forces de Cbarles-Quint avaient été impuissantes. Les portes furent

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donc fermées, et les soldats de la coalition ne virent jamais que de bien loin les murailles de Metz.

En 1830, les Messins accueillirent avec transport le retour des couleurs nationales, et le soir même du Jour où la nouvelle du mouvement parisien se répandit, le drapeau tricolore fut arlwré au sommet de la cathédrale. Vainement le chef militaire de la division tenta, le lendemain, de le faire descendre ; il échoua devant la résistance énergique des sous-lieutenants des corps de l'artillerie et du génie. Presque au même instant, une tcntaliveréactionnaire était déjouée, gréccà la fermeté et à la rapidité avec laquelle lu population et lu garnison firent connaitre leur volonté : un régiment de cavalerie, caserné au Fort- .Moselle , venait de recevoir de son colonel l'ordre de partir furtivement, pour aller opérer sa jonction avec d'autres corps de cavalerie partis de Lunéville et marchant au secours du roi Charles X. Sur-le-<diarap , l’artillerie s'apprêta à mitrailler le régiment, pendant que l'infanterie se disposait à le repousser des portes dont la garde lui était conflée. Celte crise ne dura qu'un instant, et le colonel, forcé de renoncera son projet , s'éloigna de la ville.

Seize années de paii se sont écoulées depuis lors, et Metz a proflté de ce long repos pour se mettre à l'unisson des villes qui vont toujours s’embellis.sant sous l'inlluence des institutions les plus sages. Des monuments se sont élevés, des rues nouvelles ont été ouvertes, d'autres se sont élargies et aérées : quelques années encore, et Metz, si recommandable par la culture de tontes les sciences et de tous les arts , ne se contentera plus d'étre la plus formidable des places de guerre , elle pourra prétendre à bon droit à prendre rang parmi les plus belles villes de France. Sa population, qui s’élève à plus de ’i0,0ü0 âmes, est loin d'avoir oublié scs idées innées d'indépendance ; cor, à plusieurs reprises le conseil municipal et la garde nationale elle-même ont prouvé par leurs actes que le vieil esprit de républicanisme originel était au.ssi vivace au cœur des Messins d’aujourd'hui, qu'il le fut au cœur de leurs pères dans les siècles passés. Metz est peut-être, de toutes nos grandes villes, celle dont la population contient le plus grand nombre de juifs. On en compte plusieurs milliers, qui tous travaillent à la commune prospérité de la cité avec non moins de zèle et d'activité que ses autres enfants, lœ plus beau monument religieux de Metz est sa cathédrale, dont on ne peut se lasser d'admirer la nef svelte, et les magnifiques vitraux ; elle fut fondée, en 1014, par l'évêque Théodoric II, mais on ne la termina qu'en 154G. La tour sur laquelle repose sa llèche contient une cloche du poids de vingt -six milliers et qui a reçu le nom de Mutle. Sous le gouvernement de la cité, cette cloche n'était sonnée que trois fois l'an : lors de la lecture des droits de l'Empereur, de l'élection du maître échevin et de celle des treize. En toute autre circonstance, le son de la Mutte était un appel aux armes pour tous les hommes en (Ige de les porter. L'élégante structure de la cathévlrale est malheureusement masquée par un lourd cl massif portail , que le chapitre fit construire, en 1764, en commémoration de l'heureuse guérison du roi Louis XV. Bien n’est plus disgracieux que ce portail , qui est |)our la cathédrale de .Metz ce que serait un goitre pour le cou d'une j<dic femme l.cs établissements religieux étaient en très-grand nombre a Metz, avant la révolution de 1789; on y comptait cinq collégiales, sept abbayes d'hommes, quatorze de femmes, vingt-trois pa-

Diaitizc" rv Cjuu^le

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roisses, et, en tout, soixante et une églises. L'hApital Saint-Nicolas existait dés l’époque la plus reculée. Il était d’une très-grande richesse, grilce aux dons des Ames pieuses, et jouissait de la singulière prérogative de prélever sur l'héritage de toute personne mourant à Metz son plus bel habillement complet , à la charge d’entretenir en bon état le premier pont biUi sur la Mo.selle, pont qui doit à cet usage le nom <le pont des Mmts, qu’il porte encore aujourd’hui.

La ville de Metz est .le siège de la préfecture du département de la Moselle , d'un évêché, d’une cour royale, d’un tribunal civil, d’un tribunal de commerce, d’une académie universitaire, d’un collège et d’une académie royale des lettres, sciences et arts ; cilc a, en outre, l’école d’application de l’artillerie et du génie, une direction et un arsenal de construction d’artillerie, une direction et un arsenal de construction du génie, un des sept gymnases divisionnaires militaires, un cabinet d’histoire naturelle et une bibliothèque publique composée de trentesix mille volumes. Le département compte environ 440,000 habitants, et l’arrondissement prés de lli0,000. .Metz est un des entrepôts tes plus considérables du commerce actif qui se fait entre la France, la Prusse et les Pays-Bas. L’industrie manufacturière s’y exerce sur les toiles écrues, le linge de table, les draps et étoffes de laines ; il s’y fabrique aussi beaucoup de papiers peints, de passementeries, de broderies, de quincaillerie et de clouterie. Les produits des tanneries, des brasseries et des distillcr’ros de Metz sont fort estimé-s.

Les armes de la cité étaient parti d'argent et de sabir. Il serait fort difficile de fixer l’ège de ces armoiries et de deviner ce qui a pu motiver le choix de deux couleurs qui étaient également celles de la république de Venise. On sait seulement que lorsque en 1490 les .Messins iléclarèrcnt la guerre au duc de Lorraine, le signe de ralliement de tous les défenseurs de la cité était une bande noire et blanche, et que beaucoup plus anciennement encore ses monnaies furent empreintes de l'ér.u parti d’argent et de sable , dont les émaux étaient désignés suivant les régies ordinaires de la science héraldique. Parmi le grand nombre de .Messins qui se sont illustrés, on ne peut se dispenser de citer le maréchal de France, Abraham Fabert; Paul Ferry, ministre protestant, et le plus infatigable historiügra|)he de sa ville natale ; Sebastien l.e VAe.re , habile graveur ; Jacob /,«duchat, le savant éditeur de llabelais ; faréonaute François Pilastre de Poster; le lieutenant-général Adam-Philippe de Custine, mort sur l’échafaud révolutionnaire ; Otaries-Louis de Lassale, lieutenant-général, tué à la bataille de Wngram ; et enlln le baron Alhannse Marchant, maire de Metz pendant de lotigues et difficiles années ; médecin plein de sagacité et numismatiste profond , il consacrait tous les loisirs que lui laissait l'excrcicc de ses fonctions municipales, au soulagement des malades et aux travaux il’érudition. Nous croyons ne pouvoir mieux terminer que par le nom île cet homme de bien la liste des Messins qui, par leur génie, leurs talents ou leurs vertus, ont doté la commune patrie de nouveaux titres d’honneur et de gloire

1. Tacih*. — Grt'goire <!e Tours. — Sijç«l>erl de (tomblours. — €hroniqH€$ Philippe de FiÿneulUi. ->• Histoire de Mets , |tar rloiii TalKuiiltot et dom Jt'an François. — Dictionnaire de la Moselle, {>:<r (le Vîville. — Dont CalineL— Dictionnaire des Gaalei. —

TOUL

Au point où la Moselle, après avoir longtemps coulé presque directement du sud au nord , fait un coude énorme pour se rapprocher brusquement de la Meuse, dont elle n’est plus aloi-s éloignée que d’une très-faible distance , se trouve la ville de Toul, resserrée dans ses modernes remparts. Tout a pris la place de Tullum , l’antique capitale des Leuks, devenue au moyen âge Levcha-Civilas. César, dans ses Commentaires, compte les Leuks parmi les peuples voisins de la Germanie sur lesquels il croit pouvoir compter, et auxquels il doit avoir recours pour obtenir les vivres nécessaire.s à son armée, t'n peu plus tard, le géographe Ptolémée cite chez les Leuks les deux villes de Tullum et de Nnsium (les ruines de cette dernière existent à ^aix entre Coramercy et Bar-le-l)uc ). Tacite parle également de la cité des Leuks que traversa Valens lorsqu’il partit de Metz pour se rendre dans la capitale des Liugons (Langres), après avoir appris la mort de l’empereur Galba. En6n la notice des villes de l’Empire rédigée vers le règne d’Honorius, mentionne Ciritas Leueorum Tiillo.

Le poète Lucain nous apprend que les Leuks étaient généralement remarquables par leur force musculaire, et surtout par leur adresse à tirer de l'arc. De son côté, .\mmien Marcellin afflrme que cette peuplade avait des mœurs féroces qui la rendaient la terreur de scs voisins avec lesquels elle était presque toujours en guerre.

Les historiens nous ont transmis peu de détails sur le rôle que joua la ville de Toul , pendant les premiers temps de la monarchie franque. Nous savons seulement que le diocèse de Toul, qui s'était substitué sans aucun changement de limites à la cité des Leuks, fut compris dans le royaume d'Austrasie ; que le roi des Burgundes, Theodrik II, remporta une victoire signalée sur son frère Théodbert, roi d’Austrasie, dans la campagne de Toul; et qu’enlln Dagobert fut le fondateur et le bienfaiteur de l'église de cette ville. Lors du partage de l’Empire, fait en 8V3 par le traité de Verdun, après la mort de Louis-le-Débonnairc, le diocèse de Tullum fit partie des Etals de l’empereur Lothaire et demeura partie intégrante du royaume de Lorraine, jusqu’au moment où cet Étal fut divisé en deux duchés , celui de Moscllane et celui de Lotharingie. Les rois des deux premières races avaient plusieurs maisons de plaisance dans les environs de Toul ; et fort souvent ils y séjournèrent p<iur s’y livrer aux plaisirs de la diasse et de la pèche. Gondrevillc, Tusey et Savonnière étaient ceux de ces palais qu’ils alTectionnaienl le plus. ITie foule de chartes authentiques nous en fournissent la preuve pour Theodrik III, Charlentagne, Luui.s-le-I)ébunnaire, Lothaire I", Lothaire II, Charles-le-Chau>c, Charles-le-Gros, Arnold, Zwentibald et Charles-le-Simple.

Il parait fort probable que, dès l’éiroquc de la puissance mérovingienne, Toul eut des comtes laïques chargés de rendre la justice et d'administrer les all'aires de

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la cité. Mais lorsque Henri-roiseleur eut obtenu des évéques de Metz et de Toul qu’ils abandonnassent le parti de Cliarlcs-lc-Simple, il conTéra le comté de Toul A Téréqne Gauzelin, en lui accordant les droits régaliens et le pouvoir de nommer à son gré un officier haut justicier. Gauzelin choisit un certain Wido, qui reçut le titre de comte avec la charge dont il était investi par le prélat. Outre leurs fonctions judiciaires, les comtes de Toul avaient mission de défendre le temporel de l'évéché, de commander les troupes en temps de guerre, de régler la police, et de veiller à la sûreté de la ville. D'abord la charge de comte fut personnelle et môme révocable, mais bientôt elle devint héréditaire, et alors les évéqnes de Toul firent de vains efforts pour se débamsser d'un pouvoir que la politique des Empereurs était d'ailleurs intéressée à soutenir. Ix» chartes prouvent que les comtes jouirent de toute la plénitude de leur autorité jusqu’en 1261.

Un des comtes de Tout mérite une mention particulière , A cause de sa parenté avec l’illustre Godefroi de Bouillon. I.e comte Renaud étant mort sans héritier mêle, sa fille Gertrude épousa un seigneur nommé Frédéric, auquel cette union apporta le comté de Toul. Ce Frédéric s’étant peu après révolté cofttre févéque Udo, fut excommunié avec sa femme; mais il rentra promptement en gréce. Il eut deux fils, Frédéric et Henri ; ce dernier fut évéque de Liège et tuteur de Godefroi de Bouillon. Arnold, successeur de Frédéric, perdit sa dignité (nous dirons tout à l’heure à quelle occasion) et fut remplacé par le Rts aîné de son prédécesseur, nommé aussi Frédéric. Celui-ci eut un Ris, Renaud, qui lui succéda; fl était déjà en possession du comté, en 1079. Il fut un des premiers à prendre la croix, au concile de Clermont, et tous les historiens des croisades le citent, ainsi que son frère, Pierre, comte de Stenay, parmi tes plus ilinstres compagnons de Godefroi de Bouillon. A la fin du xii' siècle, une alliance Rt passer le comté de Toul dans la maison de Lorraine, de laquelle févéque Gilles de Sorcy le racheta, en 12Gt ; et à partir de ce moment il resta dans le domaine de l'évéché.

Mais déjà l'esprit d’indépendance avait jeté d’assez profondes racines parmi les habitants de la ville, pour que les évêques se sentissent obligés de créer des ofRciers laïques capables de remplacer les comtes dont ils supprimaient la charge. Ce furent un mayeur et un maître échevin. Le majeur était gouverneur de la ville; il avait le commandement des troupes , et il était chargé de faire exécuter les sentences rendues par le maître échevin. Celui-ci , aidé de ses assesseurs, rédigeait les ordonnances de police, et jugeait souverainement les crimes et délits, lin conseil de dix pairs fut institué par févéque Gilles de Sorcy, pour assister le mayeur et former le conseil du maître échevin. Ces dix pairs étaient choisis dans les dix paraiges qui constiluaienl la commune. Plus lard ces pairs reçurent le nom de justiciers, et les paraiges de Toul changèrent leur nom contre relui de bannières. De l'existence de ces dix bannières vint la div ision de la ville en dix quartiers, dont le chef recevait le titre de banneret. Du reste, la commune de Toul n’était pas, comme celle de Metz, entièrement indépendante de l’autorité épiscopale : car les jugements du maître des dix (chef des justiciers) et ceux même du maître échevin n’étaient pas absolus et l’on pouvait toujours appeler de leur juridiction A celle de févéque, qui était souveraine.

Après avoir ainsi jeté un coup d’œil r-ipide sur fensemble de la constitution touloise , revenons maintenant en arrière et enregistrons tous les faits importants IV. 62*

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qui se rattachent h l’histoire de Toul. S'il faut en croire le chroniqueur Reginon, lus Normnmis, en S89, pénétrèrent jusqu'à cette ville, et en dévastèrent les envi- • rons. En 892, ils reparurent plus nombreux encore et s'emparèrent de Toul, qu'ils mirent en cendres après l'avoir pillée. Le roi Arnold,- dans une charte de la dixième année de son règne, loue' les bourgeois de la générosité avec laquelle, malgré le déplorable état de détresse où les avait réduits le sac de leur cité, ils ont Tait volontairement l'abandon de ce qu’ils possédaient encore de plus précieux pour aider à rétablir la cathédrale. Arnold fit reconstruire la ville, qui fut bientôt tirée de ses ruines. Peu après, Zwentibald, fils et successeur d'Arnold, vint à Toul ( 28 décembre 898) , et y signala son séjour par de nouvelles concessions accordées à l’évéque Ludcimc et à l’abbaye de Saint-Epvre. L’élection du successeur de ce prélat (907 ) fut un sujet de troubles très-graves qui ensanglantèrent la cité. La noblesse et le peuple ne purent s’entendre sur le choix du nouvel évêque, et le clergé lui-mème se partagea. On en vint alors aux armes , et le peuple eut raison. Le clergé tout entier fatigué de ces tristes dissensions, qui lui étaient grandement préjudiciables, finit par- se réunir du côté du plus fort; Drogo, issu, à ce que l'on croit, du sang cnrlovingicn, fut élu malgré les protestations armées de la noblesse , qui craignait de voir à la tète d’un diocèse placé comme celui de Toul sur la. frontière du royaume de Lorraine, un prélat parent du roi de France, r.harlcs Ie-Simple. Toutes les tentatives pour empêcher rintroiiisation de Drogo furent vaines, et lorsque Charles-lc-SimpIc eut succédé à Louis lit lOll], il vint visiter la ville de Toul et son évêque. A Drogo succéda GauicHii qui , après avoir soutenu longtemps les droits du roi de France contre les prétentions de Ilenri-l'Oiseleur, finit par s'attacher à la fortune de celui-ci. Nous avons vu déjà que ce dévouement ne resta pas sans récompense et qu’il valut à l’évêque des grâces nombreuses de la part de l'Empereur. Pendant l’épiscopat de Ganzelio, les Hongrois pénétrèrent de nouveau en I.orraine : à leur premier passage, sous l’évêque Drogo, ils avaient épargné Toul ; cette fuis ils là livrèrent impitoyablement aux flammes. Gauzelin obtint d’Otton I" que la ville fût rétablie aux dépens du trésor royal. Ce prélat, toujours habile, réussit plus tard, lorsque la Lorraine fut érigée en duché (958), à se faire un ami dévoué du nouveau duc, lequel, comme on l'a vu dans notre précédente notice, était frère de l’Empereur.

Sous l'épiscopat de Gérard, successeur de Gauzelin , une affreuse maladie pestilentielle sévit à Tool. Cet évêque Gérard, au retour d'un pèlerinage è Rome, promulgua des ordonnances qui reconnaissaient les droits du peuple toulois et le garantissaient contre les exactions sans cesse renaissantes de la noblesse du pays, mais en instituant des redevances régulières en faveur du pouvoir ecclésiastique. Ces réformes indignèrent les seigneurs. Deux des plus puissants d'entre eux, nommés Olderic et Richard , persuadèrent nu peuple qu'il était loin de gagner au change et le poussèrent à la révolte. Gérard se hâta d'excommunier les fauteurs de la rébellion, qui n’en tinrent aucun compte et attentèrent même à la vie de l’évèque ; car un jour que le prélat était en prière dans l’église de Manoncourt , les révoltés y mirent le feu, et peu s’en fallut qu'il ne périt dans les flammes. N’tmblions pas de dii-e que Gérard avait aliéné de son domaine le château et la ville de Bar, obtenus par le duc de Mosellane, Frédéric, au prix de quelques

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villages ; dans la suite, Bertold, l’un de ses successeurs au siège épiscopal de Toul , rendit la plupart des villages , qu’il avait reçus en échange , au duc Tliéodoric , Bis de Frédéric et son héritier.

En 1026, à la mort de l’évêque Hermann, le clergé élut, pour lui succéder, un jeune diacre, nommé Brunon, de l’église de Toul. Celui-ci était proche parent de Conrad , et , au moment où la mitre lui fut décernée , il était en I.omhardie, guerroyant à la tête des troupes qu’IIermann de Toul l’avait chargé de conduire au service de l'Empereur. Il se hêta de venir prendre possession de sa nouvelle dignité et fut sacré par l’archevêque de Trêves, le 9 septembre 1027. Vingt ans plus tard , Brunon passa de l’évéché de Toul à la chaire pontincalc et prit le nom de Léon IX (12 février lOW). Pendant son épiscopat, Eudes, comte de Champagne , vint fondre sur le duché de Mosellanc ; et voici quel fut le sujet de cette guerre. Le roi de Bourgogne, Raoul II, venait de mourir sans In'-ritier, mais il avait deux sœurs, nommées Gcrberge et Berthe, dont les enfants revendiquèrent la succession de leur oncle : d’un côté, Giselle, Bile de Gerberge et femme de l'empereur Conrad-le-Salique; de l’autre, Eudes, comte de Champagne et fils de Berthe, réclamaient les états de Raoul. Eudes se hâta d’entrer dans le royaume de Bourgogne , mais le sort dos armes lui fut contraire ; l’armée de Conrad battit la sienne, et il attendit alors avec impatience l’occasion de se venger de l’Empereur: cette occasion se présenta bientôt. Nous avons vu que, sous l'épiscopat de Gérard, une révolte avait été fomentée dans Toul par la noblesse ; quoique celleci , d’abord soutenue par la bourgeoisie, n’eùt pas tardé â se voir réduite il ses seules forces, elle avait continué de faire la guerre à l’autorité épiscopale. Eudes de Champagne profita habilement de la circonstance. Toul était une ville impériale : s’en saisir, c’était faire subir à l’Empereur des représailles pour ce que lui , comte de Champagne, appelait l’usurpation de son royaume de Bourgogne. Il se hâta donc d'accourir au secours delà noblesse touloise, et mit le siège devant Toul. Mais les bourgeois avaient ebaudement embrassé la défense de l'évéque Brunon ; ils soutinrent avec énergie toutes les attaques de l'armée champenoise , et Eudes se vit forcé de se retirer de devant la place, après avoir brûlé le faubourg de Saint-Amand , l'église de Saint-Gengouif , et les riches abbayes de Saint-Epvre et de ^int-Mausuy. Dans sa retraite, il incendia et saccagea Void, Commercy et Stainville. Conrad-le-Salique, instruit de cette nouvelle irruption de son ancien compétiteur, accourut sur le théâtre de la guerre, et força le comte de Champagne à lui demander la paix. Le traité venait d’étre .signé : l’armée impériale avait â peine eu le temps de s’éloigner, qu’Eudes reprenait déjà les armes et assiégeait la ville de Bar, menaçant cette fois le duché de Mosellanc. Goxelon, qui était alors duc de .Mosellanc et de Lothier, se hâta de rassembler une puissante armée avec laquelle il marcha au-devant du comte de Champagne. Ce fut dans les plaines du Toulois que la rencontre eut lieu : une bataille terrible s’engagea, et Eudes, dont les troupes furent taillées en pièces, y perdit la vie.

L’évêque Udon, successeur de Brunon, mit à fin une entreprise dans laquelle son prédécesseur avait échoué. Le château de Vaucouleurs était le repaire d’une troupe de bandits qui, sous les ordres du seigneur, couraient incessamment les grandes routes cl rançonnaient les voyageurs. Brunon fit assiéger la place, mais les

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comtes de RincI et de Kliste nccoururcnt ou secours du sire de Vaucouleurs, et l’iîiêquc de Tout se vit obligé de lever le siège. Depuis lors l'état du pays n’ayant fait qu'empirer, Udon résolut d'en finir à tout prix avec ses malencontreux voisins. Il achela les secours du duc de Lorraine et du comte de Rar, et, après trois mois d'attaques continuelles, qu'il dirigeait toujours en personne, le belliqueux prélat enleva Vaucouleurs de vive force : le château fut brûlé et les remparts rasés. Cette heureuse expédition mit un terme aux brigand.iges dont les habitants de Toul étaient constamment victimes. Eudtui de Champagne, quelques années auparavant, avait incendié le bourg de Saint-Amand; l'don le releva de ses ruines et en fil réédifier l'église. Ce prélat fit preuve d'une grande sollicitude pour les intérêts de la bourgeoisie. Arnold, dont nous avons déjà parlé, était alors comte de Toul , et le peuple souffrait des vexations continuelles de ce puissant personnage. Les remontrances n’ayant eu sur sa conduite aucune espèce d’inlluence, l’évéquc se décida à réunir une as.semblée générale de la noblesse et du clergé : là il déposa solennellement Arnold, en le dépouillant du titre et des prérogatives de comte, l'n peu plus tard, Albéric, fils d'Arnold, tenta de surprendre la ville de Toul, à l’aide d'une bande d'aventuriers qu'il avait pris à sa solde. Ils étaient déjà maîtres d’une des portes de la ville, lorsque les bourgeois, tirés de leur premier sommeil par les cris d'alarme, rejetèrent vigoureusement les assaillants hors de leurs murailles. Albéric lui-méme ne dut son salut qu'à la précipitation avec laquelle il se jeta dans les fossés d'enceinte, qu’il traversa à la nage. L'don l'excommunia et lui enleva tous ses fiefs, qu'il finit pur lui rendre, à la sollicitation de I.ouis, comte de MnuSon et de Sophie, sa femme. A Ldnn succéda Pibon , dont l'épiscopat fut assez agité. En effet, un clerc , custode de l'Église de Toul, accusa le prélat, devant le pape GrégoircVII, de simonie et d'impiété, affirmant qu'il vivait publiquement avec une femme dont il avait un tils. t.e pape s’empressa de charger l’archevêque de Trêves , Udon , de faiix; à Pibon des représentations capables de le ramener dans la bonne voie. Pibon , au lieu d’obéir, chas.sa de Toul tous les bourgeois qui s'étaient rangés du côté de son accusateur, et confisqua tous les biens de celui-ci. Une nouvelle plainte parvint au souverain pontife, qui, en adressant des menaces plus formelles à l’évêque, ne réussit qu’à le faire adhérer de toute sa puissance au schisme, favorisé par l’empereur Henri IV, contre les prétentions de Grégoire VIL Udon assistait à l'assemblée de Worms, dont tous les membres furent excommuniés par le pape, auquel ils rendirent sur-le-champ anathème pour anathème. Peu après, Pibon se réconcilia avec le souverain pontife, mais il eut à souffrir de la rancune de l’Empereur dont il avait abandonné la cause. P^n 108", il partit pour la Terre-Saiidc , et il ne fut de retour que deux ans après; mais, comme il avait été expulsé par l'Empereur de son siège épiscopal , il n’osa y rentrer et attendit à Dijon que le monarque se laissilt fléchir par les suppliques des bourgeois de Toul, qui oblinrent la grâce de leur évêque.

Pendant l'épiscopat de Henri de Lorraine, successeur de Pibon, Frédéric, comte de Toul , entama contre le chapitre une guerre itésastreuse qui dura quatre ans entiers, et que les exhorlalions de saint Bernard ne purent apaiser. En lUti, Henri prit la croix et entraîna un grand nombre de bourgeois de Toul

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dans la croisade dirigée par le roi Louis Vil en personne. Il ne fut de retour qu'on 1151. Sous l’épiscopat de son successeur, Pierre de Brivei.les chanoines essayèrent de repousser par la force les prétentions de Mathieu de Lorraine, devenu comte de TonI par son union avec Béatrii , héritière du comté. Ce prince ne voulait pas .se contenter des droits et des revenus que lui assignaient les réglements élahlis, en 10G9, par l'évéque Ldon ; le chapitre, de son côté, ne voulait rien accorder. Dcu\ armées furent donc mises sur pied : elles étaient prêtes à combattre, lorsque arriva, au secours de Mathieu, le duc Simon II, son frère, dont les troupes rendirent la partie tellement inégale, que le chapitre jugea prudent de ne pas l'engager. Les soldats capitulaires rentrèrent en hâte dans leurs murs, et pendant que le duc et son frère saccageaient les terres du chapitre, ceiui-ci , chaque malin, excommuniait au son des cloches le comte de Toul et ses adhérents. Cela dura trois* années, au bout desquelles l'évêque Pierre réussit à ménager un accommodement entre le comte de Toul et le chapitre. Ce prélat fit reconstruire la forteresse de Liverdun, qui avait été renversée |>endant cette guerre , et, pour y parvenir, il lui fallut vaincre la résistance du duc de Lorraine et de l'évêque de Verdun, qui craignaient, pour leurs places de Nancy et de Dieulouard, 16 voisinage d'uivchôteau si avantageusement situé. Pierre dut faire le serment de ne jamais donner asile dans Liverdun aux bandits et aux proscrits chassés des États de ses deux voisins. En llii-2 , Pierre de Ilrixei mourut à Jérusalem.

Henri VII, roi des Romains, passa par Toul, en 122i, pour se Cendre à Vaucouleure, où il devait rencontrer le légat du saint-siège. Henri, comte de Bar, vint au même moment dans la cité touloisc, et il profila de son séjour pour y conclure un traité avec le chapitre. Par ce traité, ratifié en 122G, la garde du cInUeau de Void lui fut confiée, ainsi que celle des villages environnants; mais il ne pouvait y introduire que dix hommes d'armes agréés par les chanoines. En retour, il s'engageait è défendre et aider le chapitre contre tous ennemis, excepté le roi de Fronce , l’Empereur, les évêques de .Metz et de Verdun. Pour toute récompense, le comte de Bar devait percevoir sur choque feu une mesure d'avoine, une poule et un sou toulois. En 1229, l'évêque Roger obtint de l’Empereur la permission de changer et d’étendre l’enccintc de sa ville épiscopale : de nouveaux remparts et de nouveaux fossés furent donc construits, et ils entourèrent le bourg de Saint- Amand et les paroisses Saint-Pierre et de Saint-Aignan.

Jusqu'ici, tout ce que nous avons rapporté de faits historiques ne concerne, à proprement parler, que l'histoire ecclésiastique de Toul ; nous arrivons maintenant h l’époque de l’émancipation de la bourgeoisie et de la fondation de la commune. En 12'»3, l’évêque Roger ayant fait un règlement de police sur la corporation des drapiers, les Ixvurgeois de Toul refusèrent de l’accepter; ils saisirent avidement cette occa,sion de signifier à l’évêque que le gouvernement de la cité n'appartenant qu’à l’Empereur, lui prélat n’avait pas le droit d'y décréter des ordonnances, sans la permission du monarque et sans leur propre avis. Tondis que, d’nn côté, Roger, furieux de celte rébellion inattendue, se hêtait d’appehvr à son secours Thibaut II, comte de Bar, Henri, comte de Luxembourg, cl les régents du duché de Lorraine, pendant la minorilé de Ferri IV; de l'autre côté, les bourgeois de Toul envoyaient à .Metz Nemeric Barat, leur maître éche-

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vin, pour faire arec les Messins dont ils venaient d'imiter les nobles exemples, une ligue oITcnsive et di^fensive contre les ennemis de leurs libertés. I.cs puissants auxiliaires de l'évéque Roger ne tardèrent pas à lui fournir des troup<’s en assez grand nombre pour qu'il pût entreprendre le siège de la ville épiscopale d’où il avait été contraint de sortir. Le comte de Bar, chargé de l'attaque , la conduisit avec une grande vigueur. Après une défense énergique, les bourgeois de Toul furent obligés de livTer leurs portes, la veille de la Pentecôte de l'année : la capitulation qui leur fut imposée stipulait qu'ils renonceraient à leur ligue avec les .Messins et qu’ils reconnaîtraient l’évéque pour leur seigneur. I.es bourgeois durent céder à la force, et Roger rentra en souverain dans sa ville épiscopale. Toutefois, cette première tentative si promptement étouffée par la violence, ne lit naturellement que couvrir le feu sans l'éteindre; aussi, Gilles de Sorcy, siR'cesscur de Roger, eut-il sans cesse à défendre les lambeaux d'autorité que la bourgeoisie lui disputait et lui arrachait jouniellement. Après la mort de Roger, arrivée en 1252, la rébellion avait recommencé. Aussitôt élu, Gilles de Sorcy fit condamner au bannissement ceux des bourgeois qui en avaient été les fauteurs ; mais pour atténuer le mauvais effet de cet acte de rigueur, il fut enlraliyé malgré lui à faire une première concession en créant, pour administi'cr la justice, un maître éclicvin lequel avait pour assesseur dix Justiciers laïques. Tout en essayant de conjurer l'orage qui menaçait sa puissance temporelle, Gilles de Sorcy ne négligea pas de se-ménager les moyens d’y résister s’il éclatait ; en conséquence , il imagina de faire hdtir dans l’intérieur de la ville une maison forte dans laquelle il lui fût possible de se réfugier et de se défendre, le cas échéant. Il fallut que Catherine de Limbourg, régente du duché de Lorraine, prétdt à l’évêque son assistance pour qu’il pùt élever sa forteresse. Mais le maitre échevïn souleva de nouveau le peuple ; des troupes messines vinrent à son aide , et la maison forte fut prise et rasée. L’évéque se sauva à Nancy, réclama de nouveau les secours du duc de Lorraine et du comte de Bar, et fit recommencer par ces princes le siège de Toul , qui dut encore capituler, reconnaître l’autorité épiscopale et relever la maison forte qui avait été détruite.

Les comtes de Toul avaient toujoure favorisé les projets des bourgeois. Il importait donc à l’évéque, pour assurer sa puissance, de se débarrasser d'une autorité rivale qui était si nuisible à la sienne. Ferri IV, duc de Lorraine, tenait alors par engagement le comté de Toul. Fem était l’ami du prélat, qu'il avait à plusieurs reprises soutenu contre les rebelles ; il consentit donc aisément à lui faire la cession de tous scs droits, et le comte titulaire, Eudes de Lorraine, sanctionna cette vente. Dès lors l’évéque crut sa partie gagnée ; mais par surcroît de précaution il fit publier, en 1261 , une défense expresse aux bourgeois de vendre aux princes voisins aucune terre, aucune maison, soit dans l’enceinte de la ville, soit dans les deux faubourgs qui l’avoisinaient. Cette mesure offensante devait choquer et choqua le duc de Lorraine plus qu’aucun autre. Les bourgeois eurent l’adresse de profiter de cette circonstance pour offrir au prince de l’aider dans toutes les guerres qu’il aurait à soutenir, h la condition que lui-méme assisterait la cité dc’foul contre tous ses ennemis, excepté le roi de France, l’Empereur, le pape, l’évéque de Metz et le comte de Luxembourg, en leur fournissant deux

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cents hommes d’armes. Le traité fat signé à Nancy, le 15 septembre 12G1. Malheureusement pour les Toulois, le duc de Lorraine eut trop à faire pour son propre compte pour se mêler de leurs intérêts ; il ne put, ainsi qu’il l'avait promis, venir à leur secours, et le traité de Nancy ne valut à la bourgeoisie que l'excommunication et l'interdiction prononcées par le grand archidiacre Robert.

Gilles de Sorcy étant mort en 1271 , le siège épiscopal resta vacant pendant huit années, gréce à la division du chapitre qui, par scs doubles élections successives, finit par amener le pape Nicolas III à nommer lui-méme à l'évéché un Allemand, nommé Conrad Probus. L'autorité municipale s'élait singulièrement développée, pendant cette vacance, et lorsque le nouvel évêque vint prendre possession de son diocèse, il crut prudent de renouveler avec le duc de Lorraine et avec le comte de Bar les traités qui les obligeaient à l'aider contre les bourgeois. Cinq cents hommes d'armes lui furent promis, sous la foi du serment, et Conrad se crut alors assez fort pour heurter de front le pouvoir populaire qu'il voulait renverser. Il Qt venir le maître échevin et scs assesseurs pour leur ordonner de punir les séditieux qui, pendant la vacance du siège épiscopal, avaient osé emprisonner les chanoines et démolir le palais épiscopal. Les magistrats, porteurs de celte sommation, assemblèrent la bourgeoisie et la décidèrent a déclarer la guerre à l'évéque, en appelant aussitôt à leur secours les cités libres de Metz et de Verdun. Il était évident qu'un conilit terrible allait éclater : les chanoines jugèrent prudent de quitter la place et se réfugièrent à Vaucouleurs ; de son côté , Conrad Brobus s'enferma dans sa demeure qu’il fortifia. Elle était contiguë aux murailles de la ville : il y fil pratiquer une ouverture pour pouvoir, suivant le cas, se sauver ou introduire dans Toul les auxiliaires qu'il attendait de scs alliés.

D'abord, il excommunia son troupeau qui n'en prit nul souci , tant il était accoutumé, depuis quelques années, è supporter le fardeau des censures ecclésiastiques ; puis il demanda et obtint du duc de Lorraine un premier secours de cent cinquante hommes d'armes qui furent battus et faits prisonniers. Une nouvelle troupe de Lorrains arriva bientôt, et les bourgeois s'étant imprudemment jetés dans la campagne pour l'attaquer, se firent battre et repousser par elle. Mais les cités de Metzeldc Verdun avaient envoyé, de leur côté, des soldats en assez bon nombre, et l’ évêque prit le parti de déloger et de se réfugier à Livcrduii. Ce fut alors que les bourgeois de 'foui , pour se moquer de leur évêque , construisirent une tour fort élevée qui dominait le palais épiscopal , et qu'ils appelèrent Glorirlle ou Qui-qu'en-grogne. Cette tour est restée debout jusqu'en 1700, année dans laquelle la construction de la nouvelle enceinte de la place en nécessita la suppression. Conrad avait trop compté sur l’appui de ses deux voisins, qui, d'ailleurs, étaient trop occupés & se défendre eux-méines pour songer à défendre un pauvre évêque auquel ils ne pouvaient vendre leui-s services assez chèrement ; il résolut donc d'aller chercher auprès des princes d'Allemagne l'appui qu’il n’espérait plus recevoir du duc de Lorraine et du comte de Bar. Ce voyage n'aboutit qu'à lui faire obtenir d’Henri, évêque de Bêle, une somme de douze cents livres à titre de prêt. Avec cette somme, pour tout secours, il ne restait à l'évêque de Toul qu'à rentrer dans sa forteresse de Liverdun et qu’à attendre avec patience : c'est ce qu’il lit d'abord. Mais, petit à petit, l'espoir de recouvrer par la ruse ce qu'il

rm TROIS-ÉVÉCHÉS.

ne pouvait regagner par la force , pénétra dans son cœur ; dés lors il se ménagea adroitement des intelligences dans la ville. Thomas de Wamont , prinrier de Verdun, s’engagea à fournir à Conrad une petite troupe d’hommes d’armes. I.a veille de la fête de saint Matthieu (128V), au dernier coup de matines, c’est-à-dire à minuit, les domestiques de l’évéque, restés dansToul, ouvrirent la porte qui avait été pratiquée dans le mur d’enceinte et qui donnait dons le palais épiscopal. Déjà les soldats du princier de Verdun avaient traversé le fossé, lorsque les bourgeois, qui faisaient le guet, s’aperçurent de leur manœuvre. L’alarme fut donnée, la foule accourut en armes. Les uns firent tête à l’ennemi , à l'entrée de l'évêché ; les autres coururent en hâte hors de la ville pour couper la retraite aux assaillants, si bien qu’ils furent presque tous tués ou pris. Conrad attendait avec la plus vive impatience à Liverdun l'annonce d’un succès complet ; les quelques soldats qui parvinrent à se tirer de ce mauvais pas, vinrent lui annoncer que cette fois encore tout es[)oir était perdu pour lui. Le lendemain, les chanoines furent renvoyés de la ville, et tout ce qui était resté de la maison de l’évêque fut chassé. Quelques mois après, les bourgeois se .sentant asseï forts pour n’avoir plus rien à redouter des machinations de l’évêque, lui permirent, ainsi qu’aux chanoines, de rentrer dansToul.

Jean de Sierck , successeur de Conrad , fut plus sage que lui : dés le commencement de son épiscopat, il ne fit aucune dilTiculté pour accorder aux bourgeois la faculté de leverdes tailles et des subsides quand ils le jugeraient convenable. Pendant la vacance du siège qui avait précédé l’intronisation dé Jean de Sierck, l’Empereur avait nommé Ferri, dur de Lorraine, gouverneur de Toul. Les bourgeois qui s’étaient opposés à ce que cet ordre fût exécuté, prièrent leur nouvel évêque d’aller auprès de l’Empereur en solliciter le retrait. Jean se hâta d’accepter cette mission ; il se rendit donc à Strasbourg, auprès du monarque, et parvint à obtenir de lui que la nomination du duc Ferri filt mise à néant. Vers 1.125, sous l’épiscopat d’.Vmédée de Genève, les bourgeois de Toul eurent à soutenir une guerre sérieuse contre cinquante seigneurs du pays : cette guerre dura plusieurs années. iJi noblesse du duclié de l.orraine , des comtés de Bar et de Salm ayant pris ouvertement parti contre la commune, la cité de MeU se hâta de la soutenir. Une première rencontre eut lieu près de Dieudonné, et les seigneurs, battus et mis en fuite, refusèrent d’entrer en accommodement avec les vainqueurs. Ils espéraient prendre une éclatante revanebc : ils essuyèrent une seconde défaite à Gondreville, et se virent réduits à solliciter la paix qu’ils avaient naguère dédaigneusement refusée. Nous avons dit que l'Empereur avait nommé le duc de Lorraine, Ferri III, gouverneur de Toul, mais que l’évêque avait réussi à faire annuler cette nomination, lin peu plus tard, le duc Thibaut II réussit à se faire nommer à son tour, par Henri VII, gouverneur de Toul, et l’évêque Jean d’Aizelien se hâta d’acheter le désistement du duc de Ix)rrainc , en lui faisant payer par les Irourgeois une pension annuelle de cent livres, A Tliiebaud succéda Ferri IV. Ce prince, après avoir quelque temps négligé de se faire servir la pension stipulée , finit par y penser et par en exiger le paiement. L'évêque Amédée refusa net , alléguant que les traités conclus avec le feu duc, son père, ne le concernaient en rien, et que l’évêque d’ailleurs étant le

TOUL

seul souverain de' Toul , lui seul avait le droit d'y nommer un gouverneur. I.a teneur de cette réponse dérida la bourgeoisie; et par cette raison seule que l'évèque se déclarait souverain de Toul , les portes de celte ville furent ouvertes au duc de Lorraine qui, suivi de quarante lances fournies, vint prêter le serment d’usage, dans l'église métropolitaine , devant tous les magistrats de la commune. Amédée, pour se venger, interdit la cathédrale, ce qui n'empêcha pas les bourgeois de conclure avec le duc un traité par lequel celui-ci , en retour d'une pension de cent livres, s’engageait à les défendre contre tous ennemis, fdt-ce même le roi de France et leur évêque. Philippe de Valois auquel cet engagement réciproque fut aussitôt dénoncé par Amédée, chargea le bailli de Chaumont de faire des incursions dans l'évêché; le comte de Bar vint au secours des bourgeois, et ne réussit qu'à s’attirer de méchantes affaires sur les bras. Le duc de Lorraine, plus prudent , se hâta de prier le roi de lui pardonner la faute qu'il n'avait commise que par ignorance, n’ayant jamais su, disait-il, que le roi de France eût été par d'anciens traités nommé protecteur de la ville de Toul. Ses excuses furent agréées, et à )>artir de ce moment il se montra constamment fidèle allié de la couronne. L'existence des traités invoqués par le roi était réelle, car le mayéur et les échevins de Toul s'étaient mis sous la protection de Philippe-le-Bel , en s'engageant à lui payer douze petits tournois par feu et à combattre pour loi sur les frontières de Champagne, pendant deux jours et à leurs dépens, conditions qui avaient été acceptées par lettres royales. Après Amédée, Thomas de Boniiemont fut élu évêque de Tout, et, à peine était-il intronisé, que les querelles sans cesse renaissantes entre le chapitre et la bourgeoisie se renouvelèrent plus vives „ que jamais. Forcés de s’exiler de la ville, les chanoines y rentrèrent par la force, à l’aide du damoiseau de Commercy, et s’emparèrent de la personne du maître échevin, qui, pour recouvrer la liberté, signa un traité déshonorant pour la cité. Les bourgeois refusèrent obstinément de le ratifier et défense fut faite à qui que ce fût de rien vendre' aux chanoines, de telle sorte que pour ne pas mourir de faim, ceux-ci furent obligés de quitter encore une fois la ville. Adémar de Honteil, évêque de Metz, venait de conclure un traité avec l'évêque de Verdun , pour résister en commun aux bourgeois de leurs cités épiscopales; Thomas de Bouveinont s'empressa de se faire admettre dans la ligue; mais la bourgeoisie de Toul parvint de son côté à s’assurer le secours de la comtesse régente de Bar, Yolande de Flandres.

En 1356, l'empereur Charles IV vint à Toul, où il fut reçu par l’évêque Bertrand de la Tour d’Auvergne. Dans la même année, Marie de Blois, régente du duché de Lorraine pendant la minorité de son fils Jean , prétendit être mise en possession du gouvernement de cette ville ; mais les bourgeois s’y refusèrent constamment, alléguant que les ducs de Lorraine prédécesseurs de Jean avaient renoncé à cette prétention en consentant à recevoir en échange une pension annuelle de cent livres. Le duc de Bar, Robert , appuya la réclamation des bourgeois , et force fut à la duchesse Marie de se contenter de celte même pension qui lui fut continuée, mais à laquelle le duc Jean renonça plus tard, par acte du 10 juillet 1376. En 1159, la peste fit de si affreux ravages dans le diocèse que, xl'après les clironiques, il y périt à peu près le quart de la population. En IV. 63

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