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cinquante des siens, fut noyé dans le fossé même qu'il a\ait essayé do francliir.
En 1^:10, Drouin Cardenois et Alix, sa femme, vendirent à llan^’in du Itani'bervillers des rentes seigneuriales, qu'ils tenaient en Gcf de l'évéque de 'l'oul ; c'élaient la moitié de la chaussure d'un homme et d'une femme, payables chaque année par les cordonniers; une quarte de cire, duc par le roi des ménestrieis; quatre sols et un anneau d'argent de la valeur de quatre sols, de chaque personne qui se mariait ; dix de cliaquc femme qui faisait faute ; vingt-sept sols dus au lils du roi des ribauds, pour tous les ribauds et ribaudes qui se battaient ; vingt-sept sols pour les ribauds qui sç mariaient; six sols dus par les jottiers ; 'quatre sols, enfin , à prendre sur la reine des mauvais lieux de la ville.
Nous avons raconté comment, en 1 VVi. le roi de France (Charles Vil et le roi de Sicile Itené d'Anjou avaient pressuré les coffres de lu cité de Metz, après lui avoir fait subir un blocus rigoureux. i*eu s'en fallut que cette fructueuse expédition ne fut étenilueà la ville de Toul. CJiarles VII, étant à Nancy, en avril somma la bourgeoisie touloise d'avoir à lui payer annuellement, à l'avenir, une rente de deux mille livres, indépendamment d'une somme de vingt mille autres livres (Kiur arrérages de cette rente, en échange de quoi il s'engageait à les prendre sous sa protection. I.cs bourgeois, grandement surpris de cette exigence exorbitante, réclamèrent de toutes leurs fnixes; mais, pour toute réponse, le roi fit partir le sénéchal Pierre de lirezé, avec six mille hommes, pour aller commencer le siège de Toul. Arrivé sous les remparts, tx>lui-ci débuta par brûler les faubourgs. Les bourgeois effrayés se Inltèrent d'ouvrir leurs portes, ils promirent tout ce que l'on voulut. Le roi lui-mèmc vint à Toul pour ratifier la capitulation, et en repartit presque aussitôt : à peine avait-il retiré ses troupes, que la jMJurgcoisie cria à lu violence, et déclara (|u'ellc n'exécuterait pas le traité. Pierre de Brezé revint sur ses |)as, et un autre siège allait > ommencer, lorsqu'un nouveau traité , conclu le 25 mai 1V15, fit gréce aux Toulois des vingt-cinq mille livres d'arrérages, et réduisit lu pension annuelle à citi(| cents florins. Il est assez curieux de voir Pierre de Brezè prendre, dans ces traités, le titre de lieutenantgénéral pour le roi dans les Trois-Èvècliés.
En U^9, Guillaume Fililtre ayant été promu à l'évèché de Toul, lus premiers actes de son autorité tendirent tous à comprimer l'essor du pouvoir communal, mais le prélat avait mal jugé le temps et les cho.scs; il trouva, dans la bourgeoisie,* uim telle résistance,, qu'il se vit contraint de quitter la ville et de se réfugier à Liverdun, où il transféra l'ofllcialité et où il eut l'étrange idée de conférer à un bourgeois la dignité de maître éclievin de Toul. Cependant la bourgeoisie touloise, frap|>ée d'une excommunication, se réunit dans une assemblée générale; il y fut décidé que jamais un ne permettrait à l'évéquc de rentrer à Toul , et que tous ses ofliciera en seraient baniiLs pour toujours. Le débat fut alors porté devant l'Empereur. (Quelque boime volonté que le monarque eût de donner raisoti à la commune, les supplications de tout le clergé le forcèrent de déclarer que le droit était du côté de Guillaume. Le 30 avril U5I, les délégués de In bourgeoisie, conduits en préseiu;e de l'Empereur, furent obligés de demander pardon à leur évèqut^ , qui , de son côté, leva l'excommuniration ; mais la bonne intelligence fut de courte durée : l'évéquc et le peuple se brouillèrent au premier contact, et
ÏROIS-ÉVÉCHÉS.
Guillaume ae retira Bruxelles, d'où il ne cessa d'excommunier son troupeau.
Dans la guerre qui, en U75, éclata entre le duc de Bourgogne, Charles-le- Témérairc, et le duc de Lorraine , René II , la cité de Toul eut une peine extrême h rester dans la neutralité qu’elle désirait ardemment garder. Ainsi , le i octobre de cette année , elle fut obligée d’accueillir dans ses murailles le duc Chartes, auquel elle Ht une magnilique réception , tout en ne lui laissant amener que quatorze cavaliers avec lui , tandis que l’armée Irourguignonnc était hébergée dans les faubourgs, mais aux frais du duc. Lorsque la ville de Nancy fut prise, René II se hdta de prévenir les Toulois des desseins, vrais ou faux, que son heureux ennemi avait formés sur leur cité, et une petite armée lorraine fut aiissitét accueillie dans ses murs. Charles adressa de tW*s-vifs reproches aux bourgeois, qui se tirèrent d’embarros en assurant que leur seule intention était de défendre leur propre liberté ; le duc de Rourgogiic agréa leurs excuses, et peu de temps apri's il périt sous les murailles de Nancy. Le 23 septembre U98, l’empereur .Maximilien vint à Toul. Peu après , la pension de mille francs que les bourgeois devaient payer au duc de Lorraine , devint le sujet d’une guerre qui tourna toute au désavantage de la cité. Du reste, René II sut se conduire avec tant d’adresse à l’égard des bourgeois de Toul, que leur cité, où tes aides levées dans le duché se levaient également, devint, à vrai dire, une ville lorraine. Kn 1522, la peste éclata à Toul et y exerça de grands ravages. Elle y sévit de nouveau, en I52i, 1528, 1529 et, plus tard, vers la lin du siècle, en 1.587.
Pendant la guerre qui éclata en 15^3, entre François I” et Charles-Quint, le pays Toulois fut rançonné fréquemment par les deux partis de maraudeurs appartenant aux armées des puissances rivales, l'nc nouvelle compagnie de soixante hommes fut créée et organisée pour la défense des portes et, au mois d’aodt , on travailla dans la ville avec la plus grande ardeur, malgré la disette dont la population souffrait alors , i mettre les murailles de la place en état de résister A un coup de main que l’on croyait avoir à craindre de la part des Français. Le 11 juillet de l'année suivante ( 15LI) , Charles-Quint, accompagné de l’archiduc d’Autriche et du prince d’Orange, visita la cité de Toul, sous les murs de laquelle l'armée impériale, qui précédait le monarque, était venue, un peu avant, pour gagner ensuite Ligny dont elle se rendit maîtresse après quelques jours de siège. Vers le mois de septembre 15'i6, on apprit A Toul qu’une armée française allait envahir les Trois-Évécliés. A cette nouvelle, les chanoines s’empressèrent d’ordonner à la garnison de la forteresse de Void , de tenir bon et de refuser l'entrée au ix)! de Fronce s’il se présentait. Jamais cependant le joug impérial n'avait pesé plus lourdement sur la bourgeoisie toiiloise ; comme A Metz, c'était sans cesse des sommes énormes que la cité devait payer A l’Empire • À titre de subsides, et l’on était las de cet état de choses. L'occasion de se saisir des villes que Charles-Quint s’était aliénées était trop belle pour que Henri II la iaissM échapper.
Au mois de mars 15V8, le duc de Guise vint A Toul. Il y prépara, dans les conférences secrétes qu’il eut avec les chanoines et avec ceux des bourgeois dont les sympathies françaises étaient connues , la révolution qui devait s'opérer un peu plus tard. Le duc de Nevers, placé A la tète de l'armée du roi, écrivit au chapitre
TOUL
pour lui demander des vivres qui permissent à ses troupes do subsister pendant les mois de décembre et de janvier 1551 et 1552, puis la remise de la forteresse de Void. Probablement c'était chose convenue d'avance avec le duc de Guise, car les chanoines ne firent aucune dilTlculté d’accorder ce qui leur était demandé. Une garnison française vint occuper le chAleau de Void. Pendant les mois de février et de mars, les troupes du roi continuèrent de venir s’établir sur les terres de l'évéché de Tout; enfin, le 12 avril, Hetiri II entra dans la place, suivi de cinq cents gentilshommes et de sept mille hommes pour sa garde; le IV, il repartit, en y laissant une garnison de cinq cents hommes d'armes, sous les ordres de M. d'Esclavullcs. La ville jiassn ainsi sous la domination française, tout en continuant à reconnaître pour souverain de droit le chef du saint Empire. Eu cITet, l'Empereur continua d'evigerde Toul des contributions en hommes e\ en argent, pendant les règnes de François II, de Charles IX, de Henri III et de Henri IV, Jusqu'en 1611. Charles-Quint, irrité au dernier point de la conquête si facilement accoroffiie par le roi de France , résolut de tenter un effort suprême pour reprendre les Trois-Évèchés; nous avons vu tout A l'heure l’épouvantable échec que sa puissance reçut devant les remparts de Metz. Pendant ce siège roémorahlc, le duc de Nevera commandait a Toul ; M. de Vieillevillc, qui était à Verdun auprès du maréchal de Saint -André, vint l'y rejoindre pour faire face au marquis Albert de Brandebourg, dont l'armée menaçait la place. Ce renfort décida le marquis é opérer sa jonction devant Metz avec le gros de l’armée impériale. Vieilleville alors, se sentant les coudées franches, résolut d'enlever Pont-à-Mousson aux Espagnols. Il réussit à s’emparer par suiqvrise de cette ville importante, et de là il ne cessa plus de voltiger sur les derrières de l'armée assiégeante à laquelle il fit le plus grand mal.
En 1561 le calvinisme, qui n'avait tait jusqu'alors que des progrès lents et secnll dans^les rangs4e la bourgeoisie, fut professé publiquement à Toul ; de violettLs débats résuHèrent bientét de l'intolérance réciproque des catholiviues et des protestants. Ceux-ci brisèrent les saintes images et profanèrent les églises, dans la nuM du 18 mars; Ie95 du même mois ils forcèrent l'église de Saint-Vaast et y firent faire le prêche par pn de leurs ministres. Les catholiques revinrent eu nombre , et chassèrent à teur tour les protestants. Alors le chapitre supplia le roi d’exclure de Toul tm^ autre réligion que la religioo catholique, satisfaction qui lui fut d’ahord sagement refusée*. .Mais le prince de Coudé d'abord, puis Antoine de Croy, suivi d’un corps de reltres, ayant dévasté les environs de Toul, et ces derniers surtout ^ant essayé d'enlever la ville de vive force, Charles IX finit par autoriser les bourgeois et le chapitre à expulser de leurs murs tous les hérétiques. Les protestants furent donc mis dehors, et s’établirent dans les jardins qui environnaient la ville ; ils y bâtirent des maisons , et un ministre de Metz les copsoia dans leur exii. En avril 1564, Charles IX vint A Toul avec sa mère.,11 arrivait de Bar, où il avait tenu sur les fonts baptismaux, Henri de Lorraine, fils du duc Charles et de sa sœur, Claude de France. Cinq ans après, le jeune roi visita Toul une seconde fois (l.'ifit)). Lorsque la Ligue se fut constituée, le due de Lorraine somma cette viile de s’y as.socier. Le cardinal de Vaudemonl et le duc de Guise excitaient aussi les bourgeois à se soulever contre la garnison fran-
ÏKOIS-ÉVÈCHÉS.
taise et contre Jeur gouverneur; mais le chapitre seul se rendit aui instances des rebelles : les ligueurs furent mis par les chanoines en possession des forteresses de Yoid et de Vicherey, tandis que la bourgeoisie tout entière restait Qdèlc.au roi.
D’un autre eflté, les protestants désiraient vivement s’emparer de Tout; l’un de leurs corps d’armée , sous les ordres du duc de Bouillon , s'étant mis en marche pour venir assiéger cette place, les ligueuis se hâtèrent de le prévenir. Arrivés les premiers devant Tuul, ils en commeiicèrcnt le siège le 2â mai 1585; neuf jours après, la garnison fut obligée de capituler, et de livrer la ville. Les Toulois, ligueurs et royalistes , avaient égalemctit souffert des excès de l’anarchie : ils eurent le bon esprit de se rapprocher pour y mettre un terme : d’un commun accord, il fut décidé, qu’à l’aveniron conserverait une neutralité absolue entre les deux partis. Au commencement de l’année 1589, les princes ligués étant venus assiéger ïoul , cette ville se défendit avec tant d’énergie que le siège dut en être abandonné. Après la mort de Henri III, la garnison presque tout entière prit parti pour la Ligue, et par sa sortie détermina les princes à tenter de nouveau le siège de la place; le 12 aoiU , les attaques recommencèrent sous la direction du duc de Lorraine. Malgré leur belle défense, les bourgeois furent contraints de SC rendre, le 18 août 1589. Henri IV, à son avènement, leur écrivit sans succès pour les sommer de le reconnaître ; ses auxiliaires allemands échouèrent aussi devant les murs de Toul, dont ils pillèrent les faubourgs; ce ne fut qu'après l’abjuration du roi que les Toulois se soumirent à son autorité. Henri IV se rendit au milieu d’eux en 1603. Pendant son séjour à Toul, ce prince offrit au chapitre de lui acheter, moyennant cent mille livres, la souveraineté de son temporel; les chanoines refusèrent; plus tard, le traité de Munster leur enleva sans compensation ce qu’ils n’avaient pas voulu céder à des conditions si avantageuses.
A partir du xviii* siècle, l’histoire de Toul ne présente plus aucun fait saillant. En 1700, l'ancienne enceinte fut renversée pour faire place aux fortilications modernes, que la science des ingénieurs militaires a , d’ailleurs, fortement améliorées de notre temps. Toul a pris rang parmi nus places de guerre. Depuis la révolution do 1789 , deux de ses enfants ont commandé avec gloire nos armées et nos escadres ; c’est dans ses murs que sont nés le général üouvwn-Saint-Cyr et l’amiral de Higny. L’arrondissement de Toul, aujourd’hui chef-lieu de sous-préfecture du département do la Meurthe , compte près de 66,000 âmes ; la ville elle-mém« en renferme un peu plus de 7,000. On y remarque plusieurs édillces d’une belle construction, entre autres la cathédrale, que les connaisseurs regardent comme un des monuments les plus précieux de l’architecture gothique. I.e principal commerce des Toulois consiste en vins, eaux-de-vie; leur industrie alimente des manufactures de faïence , des fabriques de toiles de coton, de mousselines brodées et de bonneterie en laine. '
1. Siselicrl de (ieniblours. — Càrom')iir< de Philippe de Vigneullet. — Hietoire de lUetx ,\ar doiB Tabouillol et dont Jean François. — Dum (;almd. — Uictionuaire de la Moselle, par de
VERDUN
La première mention qui soit faite de Verdun se rencontre dans Tltinéraire d'Antonin , où cette ville porte le nom de Viro/Iunum. La Table de Peutin^er la nomme simplement Vimnam'; mais on ignore absolument quelle fut rurigine de ce nom. D’un autre cdtè, il est certain que Verdun a longtemps été connu sous la dénomination A'itrOn Uavnrum , ville des Claves, ou à'urùa Ctaltia, ou Claboii, ville dabienne. Comme les chroniqueurs et les monuments numismatiques, sont d’accord pour constater la réalité de cette appellation, il est assez naturel d’en conclure que Virodunum était la capitale d’une peuplade de race mcdiomatrikc, qui portait le nom particulier de Claves, peuplade féroce et inculte, grna rffera, tolius verilalis ignara , dit Hugues de Flavigny, écrivain du commencement du XII" siècle,
Pres<|ue tous les liLstoriens ont avancé que l'armée des Huns, conduite par Attila, avait détruit la ville de Verdun et massacré sa population. Cette assertion ne nous parait pas sudisamment établie. Que des Barbares quelconques , lors des invasions succes-sives qui répandirent la désolation dans la (iaule entière, aient saccagé Verdun, cela est hoi's de doute; mais que ce soient précisément les soldats d’Attila , cela parait fort contestable , surtout lorsqu'on discute sérieusement la marche possible de ce conqnérant, sur le compte duquel, d'ailleurs, on s’est plu à mettre bien des cruauh'^s et bien des ravages dont il fut fort innocent. ' En 485, Syagrius fut défait, près de Suissons, par Chlodwig qui le poursuivit l’épée dans les reins. Verdun, où il vint d’abord se réfugier, lui parut bientôt un asile trop peu sûr, et il s’enfuit chez les Wisigoths, qui fliiirent par le livrer au roi des Franks Pendant quelques années encore, Verdun refusa de reconnaître l’autorité souveraine de (dilodwig, qui vint en personne l’assiéger et le força de capituler, en 502. Théodbert, fils de Théodorik, roi d’.Austrasie, était à Verdun, en 520; pendant le séjour qu'il y fit, il approuva l’élévation de Desideratus au trône épiscopal. En 563, Venancc Fortunat y vint et y composa, en l’honneur de l’évëque Agcricus, quelques poésies qui sont parvenues jusqu’i nous. Childebert séjourna aussi dans celte ville à la fln du vr siècle, et l’évèque Agcricus lui donna l’hospitalité dans son palais épiscopal. Vers 778, Charlemagne, pour punir Verdun de ce qu’elle s'était refusée pendant plusieurs années à admettre un ^ évêque d'origine italienne, nommé Pierre, dont il avait fait choix lui-méme, vint détruire les murailles antiques de son enceinte : par son ordre les pierres de grande dimension qui formaient la base des murailles furent transportées par la Meuse jusqu’à Aix-la-Chapelle, où elles furent employées à la construction de l’église à laquelle celte ville doit son nom. C’est à Verdun qu’en 843 futconolu le v traité qui régla la succession de l'empereur Louis-le-Débonnaire , entre ses héritiers; cette cité Ht successivement partie des étals de Lothaire et de Charles-le- Cdiauvc. Après la mort de ce dernier prince, Verdun souffrit cruellement des débats qui s'élevèrent entre Louis-le-Bègue et Hugues, bâtard de Lothaire II et
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de Valdrade, au sujet du royaume de Lorraine. Louis de Germanie intervint, comme on sait, dans cette querelle (871). llTOarcha contre Louis-le-B<)guc, en 879, et après avoir traversé Metz, il séjourna à Verdun, que ses troupes pillèrent et dévastèrent; il y était encore lorsqu’il consentit à un nouveau partage du royaume de Lorraine. Par ce traité, Verdun fut, avec Metz elToul, définitivement distrait des états du roi des Frniiks. Dix ans après, en 889, les Normands dévastèrent le diocèse: sa ville métropolitaine étant tombée en leur pouvoir, ils la brülèrent.en partie. Plus tard, Verdun s’attira de nouveaux malheurs, en se déclarant pour Charles-lc-Sirople et en le soutenant contre ses compétiteurs successifs, Conrad et Henri-l’Oiseleur. Le comte Boson vint alors attaquer cette place . qu'il enleva de vive force, et qu’il détruisit presque entièrement par l’incendie, en 917. Lorsque les Hongrois pénétrèrent dans la Lorraine, ils s’emparèrent aussi de Verdun , qui subit alors un troisième désastre. Hcnri-l’Oiseleur, pour relever cette malheureuse ville de ses ruines, lui lit présent des sommes considérables, dont il avait dépouillé ces barbares en les chassant de ses états. En 999. Louis-d'outre-.Mer, (ils de Charlcs le-Simple, se rendit facilement maître de Verdun, lors de son expédition en Lorraine; mais Uthon-Ie-Grand réussit à la lui reprendre ainsi que toutes les villes qu’il avait envahies.
En 973 . à la mort d’üthon 1", Lothaire , roi de France, s’empressa de réelamer, les armes à la main, le royaume de Lorraine, échu à Othon IL La guerre qui s'ensuivit dura plusieurs années, et tout le pays de Verdun fut désolé à la fois par la famine et la peste. En 978, une espèce d’accord, qui eut lieu entre les compétiteurs, semblait devoir écarter un affreux fléau; il n’en fut malheureusement pas ainsi ; Othon II mourut, et Lothaire, profitant de la minorité d’Othon III, accourut en Lorraine. Il vint d’abord mettre le siège devant Verdun; cette ville était occupée par Godefroi -le -Barbu, auquel Othon 1" avait accordé le comté de Verdun pour le récompenser de la fidélité avec laquelle il avait constamment combattu pour ses intérêts. Godefroi s’y défendit bravement d’abord; mais, s’étant aventuré dans une sortie imprudente , il fut fait prisonnier avec la plupart de ses .soldats, et la ville, privée de scs défenseurs , s’empressa d’ouvrir ses portes au vaiuqueur (983). Cette première conquête de Lothaire resta toutefois sans résultat. Il alla échouer successivement devant les places de Hatton-Clidtel et de Scarpone, dans lesquelles s’était réfugiée Mathilde, femme du comte de Verdun, avec les enfants de ce seigneur. La ville resta au pouvoir des Français jusqu’en 986, époques laquelle elle fut définitivement considérée, par suite de traités, comme partie intégrante de l'empire germanique.
Nous venons de dire queGodcfroy-le-Barbu, fils de Kicuin, avait reçu le comté de Verdun, et qu'ayant été fait prisonnier par Lothaire, roi des Français, il avait été retenu plusieurs années en captivité pendant que la comtesse Malthilde, sa femme, et ses nis, tenaient bon dans Scarpone et dans Hatton-CliMel ; au mois de mai 986, Godefroy sortit de prison et rentra en possession de son comté, qu’il laissa à Frédéric son deuxième fils , frère d'Adalberon, évêque de Verdun. A celui-ci succéda Heimion , auquel le comte Frédéric , dans l’anné 997 et avant de partir pour un lièlerinage à Jérusalem , concéda à perpétuité le comté de Verdun , en ne s’en réservant que l'administration sa vie durant. Celte donation fut conflrmée par l'em-
VERDUN
peroiir OUon III , et l’évêquc Ileimioii <luiim le litre de vicomte à Herman , frère de Frédéric, l/empereur Henri vint souvent à VerJun , et peu s'en fallut , assuret-on , qu'il n’y prit la robe monacale dans l'abbaye de Saint-Vanne, pour laquelle il avait une prédilection marquée ; mais les conseils de l'abbé et de l'évëque le décidèrent h rester k la tète de l'Empire. Herman, vicomte de Verdun, étant mort en 1028, son frère Gozelon, duc de Lotbier , ne voulut pas accepter la nueadministration du comté de Verdun; il réclama de l'Empereur l'annulation de l’acte par lequel le comté avait été concédé à l’évêque Heimion et à ses succes-f seurs. Débouté de scs prétentions , Goielon prit les armes , attaqua Verdun , s'en rendit maître , brûla le polais épiscopal et lit périr Louis de Chiny que l'évéque Kaimbert avait choisi pour vicomte. Afin de l'apaiser, on lui donna le duché de Mosellanc, et il renonça au comté, mais tout en en conservant l'administration. De 1030 à 1033, la disette se fit si cruellement sentir à Verdun, que pour soulager la misère du peuple, on dépouilla les églises et on vendit tout ce qu'elles possédaient do plus précieux. En 1041 , un autre fléau vint peser sur la ville : le mal des ardents y fit périr un très-grand nombre d’habitants. Hugues de Flavigny , abbé de Saint- Vanne , affirme dans sa chronique de Verdun qu’il n'y eut de soulagement que pour les malades qui venaient à l’abbaye boire du vin mêlé avec de la raclure d'une pierre du Saint-Sépulcre rapportée de la Terre-Sainte par l’abbé Frichard: pour obtenir une guérison complète, les malades devaient jurer solennellement d’observer la trêve-Dieu , c'est-i-dirc de renoncer A tout débat les armes à la main , depuis le mercredi soir jusqu’au lundi de chaque semaine.
■.ursque Gozelon mourut, en 104V, l’empereur Henri III refusa l'investiture du duché de Mosellanc à son Gis Godefroy , qui prit les armes contre Gérard d'Alsace , auquel le duché venait d’être concédé. En même temps Godefroy renouvela les réclamations de son père sur le comté de Verdun , que l’Empereur avait conféré A l’évêque Thierry ; il vint donc assiéger la ville , s'en rendit maître et y Gt mettre le feu. Dans l’incendie, la cathédrale elle-même disparut , et Godefroy , dé-sespérë de i-e sacrilège qu’il avait espéré pouvoir éviter, en Gt amende honorable de la manière suivante : parti A genoux de l'une des portes de la ville, il gagna l’emplacement de l'église incendiée, et IA se Gt donner des coups de fouet sur les épaules nues. Ce fut le prélude d’un accommodement avec l’évêque, qui conseuUt A laisser au pécheur repentant l'administration de son comté. Peu de temps après, l'Empereur força Godefroy d’indemniser les bourgeois de Verdun qui avaient été ruinés par l’incendie de leur ville. Dans l’année 1049, le pape Léon IX , se rendant en Allemagne , traversa Verdun , et y consacra l’église de Sainte-Madeleine. Aiis.sitét révêque Thierry se mit A l’œuvre, et la cathédrale, ainsi que les mors d’enceinte de la cité, furent rétablis en très-peu de temps.
Vers 1000, une partie de la ville fut de nouveau détruite par Raoul, comte de Crépy, qui venait réclamer des bourgeois un tribut de vingt livres. L’évêque, aidé des bourgeois, poursuivit l’agresseur, et le força A demander la paix, en renonçant pour toujours au tribut, cause de la guerre. Bientôt après, un incendie allumé par Alon, sire de Dun, dévora de nouveau la ville de Verdun; elle n’en fut pas seulement vengée par l’évêque Thierry : ce prélat pourvut, en outre, A sa réparation. En 1070, Godefroy mourut, laissant le comté de Verdun A son IV. . 64
TROIS-ÉVÉCnÉS. fil-i noilefroy-le-Bossu, qui vt'cut en parfaite intelli^;enre avec l'évOqiie jusqu’à sa mort , arrivée le 27 février 1076 ; il laissait pour héritier Godefroy de Bouillon , fils d'Ida, sa nièce, et d'Kuslache, comte de Boulogne; mais l'Empereur lui refusa l’investiture, et l'évêque Thierry profita de la circonstance pour recouvrer le comté de Verdun , en prenant pour vicomte Albert , comte de Namur. I,' Empereur sanctionna ces actes, et calma le ressentiment de Godefroy (le Bouillon ‘en lui donnant le marquisat d’Anvers. Ce seigneur, en 1086, n’en rfrlaraa pas moins le comté de Verdun, et, comme Thierry refusa de le lui rendre, une gnerre sanglante ('-data. 1,’évêquc de Lii’-ge parvint à rf'tablir la ivaix, à la condition que le duc de I-othier serait remis en possession du vicomté. Dix ans plus lard, Godefroy ayant pris la croix, vendit à Richcr, évêque de Verdun , Ic.s terres de Mouza et de Stenay, pour subvenir aux frais de son expédition en Terne-Sainte.
En 1107, Richard de Grandpré fut élu évêque de Verdun; l'empereur Henri vint assister aux solennités de son intronisation. .\u commencement de son épiscopat, les Messins s’étant emparés du cluàtcau de Diculouard qu'ils rasèrent , Henaot-, comte de Bar et vicomte de Verdun, fut sommé par l’évêque de venger l’injure qu’il venait de recevoir; mais comme Étienne, frère du comte de Bar, f-tait évêque de Meti, Renaut refusa de marcher contre lui. Alors ^(■vêqac Richard conféra le titre de vicomte à Guillaume de Luxembourg, auquel il engagea Stenay et Mouxa pour l’indemniser des frais de la guerre qu’il allait soutenir. Dieulouard fut repris par tiuillaume, pendant que Renaud de Bar entrait sur les terres de l’évêché et les mettait au pillage. Aussitôt les armes forent tournées contre lui : Tempcrcur Henri V en personne vint au secours de l’évêqnc, et le comte de Bar fut défait et mis en prison. En 1117, époque à laquelle la querelle des papes et des empereurs pour les investitures était dans toute sa vivacité, Henri , nommé évêque de Verdun par l’Empereur, fut repoussé par tout le clergé, tandis que les magistrats et la bourgeoisie le mettaient en posse.s.sion du temporel de ['('•vôché, bien qu’il eût été excommunié par le légat du .saint-siège. Dés lors se manifestèrent les premiers symptômes sérieux de l’impatience avec laquelle la bourgeoisie supportait le joug épiscopal. Henri eut l’idée d’aller à Rome chereber l’absolution et l’investiture pontiHcale ; il partit donc et reçut à Milan , des mains du légat, le sacre qu’il allait chercher. L’Empereur enjoignit alors aux bourgeois de repousser celui qui s’était fait la créature du pape, et quand l’évêque revint è Verdun, il en trouva les portes fermées. Irrité de cette insulte, le prélat eut recours à l’appui de Renaud de Bar que les Verdunois avaient également refusé d’accepter pour vicomte; leurs troupes réunies vinrent assiéger la ville (1120), qui, après une vigoureuse résistance, fut forcée et brûlée. L’Empereur investit alors Henri cornie de Grandpré du comté de Verdun , et le chargea de chasser l’êvêquc Henri de sa ville épiscopale. Renaud de Bar lit de vains efforts pour soutenir son allié. La place fut livrée par les habitants eux-mêmes, et Renaud battu à deux reprises. En 1124, un traité de paix rendit à l’évêque sa ville épisco]ialc , et Renaud de Bar reprit le titre de vicomte.
La conduite postérieure de Henri fut loin de calmer l’irritation des esprits r pinsievirs fois il faillit être lapidé par les bourgeois. H finit par être interdit, et
VERDUN
par se démettre de son évéclié, où il n'était qu'un sujet perpétuel de scandale. Renaud de Bar, soit pour venger le prélat , auquel il devait le comté de Verdun, soit pour satisfaire sa propre ambition, forma le projet du s'emparer de celte ville. Pendant qu'L'rsion , successeur de Henri , était allé à la cour de l’Empereur pour faire confirmer sou élection, Renaud introduisit une petite armée dans V’erdun, et commença sur-le-champ la construction d'une maison forte, munie d'un énorme donjon, auquel il donna le nom de Cuurluuve. line garnison y fut laissée à poste lixe , avec mission de rançonner à plaisir les chanoines et les bourgeois opposés au comte de Bar. BienUH la terreur régna dans la cité, et nul n'y fut esempt des déprédations des soldats. Force fut ïi L'rsion de se démettre d'un évéebé dont il n'espérait pas recouvrer radininislration. Sun successeur, Alberon de Chiny, ajant à plusieurs reprises supplié Renaud de Bar de faire démoiir le donjon de Courloutc, ce seigneur, qui prétendait rester souverain absolu dans Verdun, refusa obstinément d'acquiescer aux prières de l'évèque. Il ne restait nu prélat d'autre ressource que la ruse. Il se ménagea adroitement des intelligences parmi 1a garnisuu de Cuurluuve, et, uu beau jour, les bourgeois , à un signal donné du haut du donjon , attaquèrent la maison forte, qui fut aisément enlevée. Renaud accourut avec tout ce qu'il put rassembler de troupes; mais les bourgeois eurent la prudence de rester enfermés dans leurs murailles, et la destruction de la tour fut promptement achevée, malgré les courses incessantes du comte de Bar sur le territoire de l'é\éché.
En ili7, Louis Vil, roi de France, partant pour la Palestine, vint camper à Verdun avec son armée. En 1155, Renaud de Bar, à la mort d'.Mberon de Chiny, refusa le titre de vicomte au nouveau comte de Bar, et lui substitua quatre notables bourgeois chargés de toute l'administration temporelle. Les quatre magistrats civils de la cité devaient être élus annuellement par la bourgeoisie, et acceptés par l'évèque , sous le serment de fidelité. Cette première constitution communale fut en vigueur, pendant près de quatre-vingts ans. En 1173, .Ignés de Champagne, devenue veuve de Renaud-le-Pieuv , comte de Bar, revendiqua pour son üls Henri le titre de vicomte de Veidun ; mais Arnold de Chiny , qui occu|>ail le siège épiscopal, déclara que la charge de vicomte avait été irrévocablement supprimée par scs prédéiesscurs, et qu’il était bien décidé à suivre leurs inlentions. Sur ce refus la guerre éclata , et les hostilités , que ne purent arrêter les excommunications fulminées |>ar f évêque, durèrent six années, au bout desquelles la paix fut heureusement rétablie. On vit alors le comte du Bar, qui était sur le point de partir pour la 'feire-Sainte, venir à ^■erdun avec sa mère et recevoir de Tévêque lui-même l’absolution de l'excommunication qui leur avait été inlligée. Le lï août 1181, Arnold de Cbiny fut tué au siège du clidteau de Sainte- Menehould, refuge d'une troupe de bandits qui, sous les ordres d'un seigneur nommé Albert Pichot , infestaient les terres de l’év êché.
Vers 1195 , sous l’épiscopat d’Albert de Hirgis , les bourgeois du l'erdun commencèrent à refuser de se soumettre à l’autorité des officiers délégués par f évêque. Pendant quelques années encore, celui-ci parvint à conserver une ombre de souveraineté ; mais, en 1208, le peuple , appuyé par les seigneurs de 1a maison de Grandpré, déclara la guerre à l'évêque et au chapitre. Dès ce moment.
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URe révolution complète fut consommée. On chassa de la vHIe tons les partisans de l'autorité ecclé.siastique; on expulsa les officiers de l’évéqne de toute juridiction ; enfin , une assemblée générale des bourgeois élut de nouveaux magistrats qui reçurent le nom de Recteurs de la cité, et un sénat fut chargé de l'administration de la justice. I>es premiers sénateurs furent dioisis dans les trois familles ou parentèles les plus influentes et qui portaient les noms de Iji Porte, d'Azennc et d'Estouf on d'Estoupc. I.'évéqiie fut obligé de quitter Verdun et de se retirer nu chüteau de Chariiv ; lè il prit ii sa solde tous les aventuriers qui voulurent s'enrôler sous sa bannière, et, en peu de temps, il força par la famine les bourgeois à se remettre sous .«a dominafion. Mais à leur tour les recteurs de la cité levèrent des troupes, avec lesquelles ils ravagèrent les terres de févéque, qui péril lui-même, le 2.") aoilt 1208, traîtreusement assassiné dans une entrevue avec les chefs de la rébellion. I.'autorité des magistrats civils reprit dès lors son existence, si bien que les clercs, à partir de celte époque, furent soumis comme les laïques aux tailles et aux impôts. Cependant Robert de Grnndpré , le nouvel évêque, réussit un instant à ressaisir le pouvoir temporel : ce fut sons son épiscopat (1211) , que l'hérésie des Albigeois se ri'pandit à Verdun, après avoir envahi Melz, quelques années plus têt. Mais è Verdun, comme à Metz, elle ne jeta que de faibles racines que les prédientions de la croisade n'eurent pas de peine à enlever.
En 1227, Raoul de Torote se vit à son tour contraint de se réfugier è Chamy, en fuyant devant la sédition. Les bourgeois venaient de se réveiller de nouveau et de réclamer leur droit de choisir enx-mèmes les magisirats chargés de leur administrer la justice. Raoul, aidé de Jean d'Apremont, évêque de Melz, vint mettre le siège devant Verdun ; mais les bourgeois tinrent bon et contraignirent l'évêque à se retirer du pied des murailles qu'il n'espérait plus forcer que par la famine. Ce moyen lui réussit , et il rentra dans la ville après la soumission de la bourgeoisie. Peu après, celle-ci obtint du roi des Romains (31 mars 1227) une charte qui lui donnait le droit de nommer, chaque année, sept jurés et quatorze échevins , lesquels seraient présentés à l'évêque simplement pour la fomae , et sans qu'un refus de sanctionner leur élection piU l’infirmer en rien. Les VenlHnois se croyaient enfin maîtres de leur cité ; mais l'évêque vint à son tour solliciter le roi Henri qui , par lettres-patentes du 2V avril 1227, cassa les privilèges dont il avait tout récemment accordé la jouissance aux bourgeois. Un peu plus tard , vers 1236, Jean d’Apremont étant trop occupé il guerroyer avec les Messins pour songer à secourir l’évêque de Verdun , le peuple se souleva de nouveau et Raoul de Torote ftit obligé de composer : ce prélat chercha à tirer le meilletir parti possible des concessions qu’il ne pouvait plus éviter; il vendit l'administration du comté avec faculté de rachat pour lui et ses succe.sseurs , moyennant deux mille livres de forte monnaie qui furent payées par les trois familles de La Porte, d'Azenne et d'Estouf, à la condition que les magistrats h créer seraient perpétuellement choisis dans leur sein. Le traité conclu entre Raoul de Torote et ces familles patriciennes , portait que le maître ëchevin serait élu , choque année, le lendemain de Péques Fleuries, par les abbés de Saint -Vanne et de Saint-Paul, assistés du doyen de la cathédrale, et qu'il viendrait, après son élection, prêter entre les mains de l’évêque le serment de roaiutcnir les droits
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respectifs de l'évÿque, du chapitre et de la cité. En t!2i6, l’évèque Guy de Mello prétendit user de son droit de racliat, mais les bouiy^eois refusèrent de le recunnaitre, et l’évéque, après avoir jeté l'interdit sur toute la ville, en sortit et se retira è Charny. Les murailles de Verdun furent alors mises en si bon état et si tden gardées, que le prélat renonça à l'klée de commencer un siège; il attendit patiemment et bien lui en prit, car les bourgeois ayant imprudemment fait une sortie , furent assaillis à l’improviste par les troupes épiscopales qui les enveloppèrent, en tuèrent un grand nombre et en tirent prisonniers un nombre plus grand encore. Celte déroule détermina la reddition de la ville, dont les liahitaiils SC soumirent à la domination de l'évéque. A Guy succéda Jean d'Ah qui, en 1247, jugea prudent, pour éviter tout nouveau conflit, de traiter avec la bourgeoisie et de remettre par accord les choses dans l'état où elles étaient lorsque l'évéque Raoul eut engagé le comté de Verdun au prix de deux mille livres. '
En 1 254, Jacques de Troyes réclama contre cet engagement volontaire du comté de Verdun , et les bourgeois ayant refusé de comparaître à Rome , où l'évéque les avait assignés pour s'entendre déclarer la nullité du traité d'aliénation du comté , des arbitres furent choisis de part et d'autre et le rachat fut consenti. Mais le départ pour Rome de Jacques de Troyes en empêcha l'exécution. De 1286 b 1290, le siège épiscopal resta vacant, et pendant ces quatre années, l’autorité des magistrats séculiers s’affermit notablement. Les évêques, espérant toujours reconquérir une souveraineté qu'ils avaient à jamais perdue, usèrent alternativement de la douceur, de la foR-e, de l'excommunication; tous les moyens restèrent impuissants ; les exemples que donnaient les cités de Metz et de Toul , furent exactement suivis par la cité de Verdun, leur alliée. Sous l’épiscopat de Nicolas de Neuville (130.5 è 1312], les Verdnnois réclamèrent la protection du roi de France, Philippe-le-Rel, et le prièrent de leur donner un gardien résidant dans leur ville, s’engageant à fournir tout ce qui était nécessaire à l'entretien de ce personnage, et b verser annuellement la somme de trois cents livres tournois pour reconnaissance de ce droit de garde; le roi y consentit, et le traité qui stipulait ces conditions fut signé à Paris, leSdécembre 1310. En 1314, un nouvel engagement du comté de Verdun , moyennant deux mille francs verdunois , fut conclu par l’évéque Henri d’Apremont ; mais, devinant que leur évêque avait conçu le projet de recouvrer l'autorité souveraine, ils sollicitèrent et obtinrent des rois Louis X et Philippe V de nouvelles lettres de sauvegarde,^dalée8 de 1315 et 1316. En 1320, des dissensions intestines éclatèrent à Verdun ; une partie de la bourgeoisie s’était déclarée pour l’évéque; le lignage d’Azenne fut banni de la ville, mais grice è rinterveutiou du connétable Gautier de t'.hàtillon, que Philippe V envoya sur les lieux, les bannis purent rentrer dans Verdun.
En 13.30, l’évéque Henry d’Apremont se décida lui-méme à mettre son évêché sous la protection du roi de France, malgré les remontrances du chapitre qui alléguait qu’une semblable démarche ne pouvait qu'offenser l'En^pereur. Il ne réussit pourtant pas à éviter les querelles violentes qui naissaient sans cesse do conflit des juridictions ecclésiastique et communale, et l'assassinat d'une femme commis par un clerc, réveilla toute la haine des deux partis. l.e coupable, arrêté
TROIS-ÉVÉCHÉS.
et jugé par les ofiiciers de révéqiic, fut simplement rondamné à payer une amende imputable à la famille de la victime ; il crut pouvoir ensuite reparaître dans la ville, mais les magistrats- séculiers, recommençant aussitôt son procès, le condamnèrent à un bannissement de soixante et un ans. I.c coupable s'était réfugié au cliétcau de Cliaruy, appartenant h l'èrèque, et de là il bravait le jugement rendu contre lui; il n’en fallait pas plus pour soulever le peuple, qui chassa de lu ville tous les officiers de l'évéque : celui-ci excommunia les bourgeois, qui n'ayant pas tenu compte de l'anathème fulminé contre eux , furent bientôt assiégés dans leurs murailles par Édouard, comte de Bar, et forcés encore une fois de capituler avec l'évéque. Ces événements se passaient en 1336.
(Quatre ans après, les évéques de Metz, de Toul et de Verdun contractaient une étroite alliance, pour réprimer ce qu'ils appelaient l'esprit de rébellion de leurs v illes respectives (13V0). Ils ne réussirent, toutefois, qu'à déterminer de nouveaux mouvements populaires plus sérieux que jamais; ainsi à Verdun, deux bourgeois, nommés (lolinet et Gillet, ennemis di'^clarés du clergé, reçurent le litre de conseillersfacteurs de la ville, avec l'autorité que possédaient les consuls à Home; sept autres magistrats armés, nommés les exécuteurs de la cité, leur furent donnés pour assesseurs, et six autres citoyens, sous la dénomination de Jurés de la cité, furent institués pour distribuer la justice. Le premier acte de ce gouvernement républicain fut de soumettre les ecclésiastiques aux mêmes impôts , aux mêmes tailles -que les la'iques , et cette disposition lui valut un nouvel anathème prononcé en 1312; peu après cependant, l'excummunication fut levée et l'évéque et la bourgeoisie signèrent un traité de paix qui détruisit encore une fuis le goavernement populaire. En 1352, Hugues de Bar fut élu évêque de Verdun : ce prélat débuta par appeler les troupes du comté de Bar à son secours, afin d'assiéger sa ville épiscopale et d'abolir l'autorité de la bourgeoisie; mais des conférences ayant eu lieu, l'évêque renonça volontairement au droit de créer lui-même les magistrats séculiers de la cité. Un traité consacra cette renonciation, et les bourgeois élurent un maître échevin et quatre jurés chargés de gouverner la cité et d'administrer la justice.- Ce n'était encore qu'un leurre : à l'insügation de son entourage, Hugues de Bar revint sur cette sage décision ; et , pendant le séjour de l'empereür Gharles IV à Metz, lors de la promulgation de la bulle d'or (1356), il pan inl à faire casser le traité conclu avec la bviurgeoisie, en se faisant confirmer la possession du comté de Verdun. Probablement le gouvernement populaire avait pesé sur la cité, car la charte impériale fut exécutée sans murmures par In bourgeoisie entière. Deux ans après, Yolande de Flandre, comtesse de Bar, et WencesI.is, duc de Luxembourg , réunirent leurs troupes pour venir assiéger Verdun , cl l'armée coalisée ravagea impitoyablement les environs de cette ville. Iæ sujet de la guerre avait été le traité d'alliance de l'év éque et des bourgeois, traité qui lésait les intérêts du la comtesse de Bar, à ce qu'elle prétendait. La paix ne fut rétablie qu'en 1359. Dès le commencement des hostilités, deux chanoines ayant été envoyés à Clermont pour parlementer avec Yolande , ils disparurent , et le bruit se ré- 'pandit aussitôt que la princesse les avait fait jeter dans un puits. Ce qui est certain, c'est qu'un peu plus tard, et sous l'épiscopat de Jean de Bourbon, Yolande fit bâtir trois chapelles pour que l'on y dit à perpétuité des prières pour le repos
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de rame de certaines personne» que les actes de- fondation ne désignent pas aiitrement; sans doute il s'agissait des deux mallieureux chanoines qui ne revinrent jamais à Verdun.
Sur la lin de 1389, Ctiarles VI, roi de France, passant à Verdun pour aller combattre le duc de (lueldre, l'évêque Liebaud de Qnisance se mit sous sa protection directe, par un truité authentique du 30 septembre, en l'associant é l'adniinistrutiun du comté, l/empen'ur Wenccslas, informé de ce fait par les bourgeois, srî biUa, par un décret du 5 décembre 1389, de réunir à l'Empire le comté de Verdun , et de casser tous les traités pass»';s à diffcTentes époques entre l'évêque et les bourgeois. En conséquence, tout le temporel de ^é^ôché fut saisi par le commissaire impérial. .Mais aussitôt le roi de France et le duc de Bourgogne appuyèrent ouvertement les vives réclamations du prélat, l'n accommodement eut lieu , en 1396 : l'évêque promit de faire annuler par le roi de France le traité d'association incriminé, tandis que de leur côté les bourgeois s'engagèrent à faire retirer le décret impérial de 1389. Au commencement de l'ilO, le roi Charles VII, on ne sait pas bien sous quel prétexte, réunissait des tioupes pour venir assiéger Verdun. Lr*s bourgeois, bien qu'ils eussent fait de grands préparatifs de défense , aimèrent mieux traiter que de s'exposer h toutes les conséqoences d'un siège; ils achetèrent la paix au prix de dix mille florins d'or. En l'iG9, Guillaume de Ilaraurourt, évêque de Verdun, étant entré dans la conspiration tramée par le duc de Bourgogne, par Jean de Calabre et par le cardinal La Balue, pour appuyer les prétentions de Charles, frère de Louis XI , le roi donna l'ordre à ses odiciers de saisir l'évêque Guillaume, h Hatton-Cbêtel, et le lit enfermer dans une cage de fer à In Bastille, d'où il ne sortit qu'en l’>8-2, oprès avoir consenti à renoncer à l'évêché de Verdun, en possession duquel il fut remis plus tard pur Charles VIII.
Depuis la fin du xv' siècle , l'autorité communale ne fut plus ébranlée , comme elle l'avait été pendant toute la durée des siècles précédents. Les évêques, fatigués de lutter contre une puissance basée sur la volonté de tout ce qui n’appartenait pas à l'Église, ne clvcrcbèrent plus qu'à jouir en paix de leur autorité spirituelle et de l’ombre d’autorité temporelle qu’ils possédaient encore et que le peuple était d'autant moins tenté de leur disputer, qu'il la trouvait plus légère. I.es dissensions intestines s'éteignirent donc graduellement, et Verdun jouit de la paix jusqu’au moment où Charlcs-Qulnt , voulant pénétrer en France 1 15il), mil dans cette ville une forte garnison allemande, qui n'en .sortit qu’en 15.51. Les soldats de l’Empereur ne devaient plus y rentrer. Ij; roi de France, Henri 11 , s'empara de Verdun, le 12 juin 155*2; il supprima aussitôt b; .sénat, rétablit l'évêque dans toutes les anciennes prérogatives du comté, l'investit du droit d’instituer le maire de la ville, tous les trois ans, et d’autori.ser l'exercice des hautes fonctions judiciaires de quatre échevins choisis annuellement par le» notables ; quinze cnii- .seillers, également élu» chaque année par 1rs notables, demeurèrent chargés de l'administration de la justice ordinaire ; un pouvait appeler en dernier ressort à la cour de l’évêque des jugements de ce» deux cours. Cette révolution qui dépouillait le» trois lignées aristocratiques de la bourgeoisie des droits qu'elles s'étaient arrogé» depuis de» siècles , fut bien accueillie pur le peuple qui pa.ssa avec joie
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SOU9 la domination française. Aussi, pendant que Cliartcs-Quint était arrêté devant les remparts de Meti , la garnison et la population de Verdun travaillèrent-elles A l'envi pour mettre les rortifications dans un état respectable.
L'n peu plus tard, Verdun fut exposée aux tentatives des calvinistes : c’est ainsi que, dans la nuit du 2 au .3 septembre un projet d'escalade échoua devant la bonne contenance des bourgeois et de la partie catholique de la garnison. Le commandant de la place ayant visiblement trempé dans le complot, fut immédiatement destitué. Six ans après- 11568) , une maladie pestilentielle, qui sévit pendant plusieurs mois, dépeupla presque entièrement la ville et ses environs. Pendant les troubles de la I.igue , les habitants de Verdun prirent le parti des princes lorrains qui mirent garnison dans la ville, tout en s'engageant, sons la foi du serinent , A y respecter les droits de l'Empereur, de l'évéque et de la cité. Lorsque Henri IV se fut converti A la foi catholique, il se liAla d'écrire aux bourgeois de Verdun (27 juillet 1591), qu'il était bien convaincu que leurs rapports avec les princes de la maison de l.orraine ne les empêcheraient pas de reconnaître la protection du roi de France, et d'avoir pour agréable l'assurance qu'il leur donnait de leur conserver toujours une siiuére et vive afl'ection comme A ses plus chers enfants. Le duc de Bouillon , porteur de cette missive, parvint à décider les bourgeois A recevoir de nouveau garnison française dans leurs murailles.
Le roi , qui venait de racheter les droits régaliens de l'évéque de Mets, Robert de Lenoncourt, Bt aux évêques et aux chapitres de Toul et de Verdun des offres analogues, mais elles furent rejetées. Toutefois, la souveraineté de Verdun lui revint un peu plus tard, sans bourse délier, comme celle de Toul. En vain l’évêque Erric de I.orraine et les magistrats cherchèrent à différer le moment de leur soumission : l'ordre leur arriva de prêter serment de fidélité au roi de France , et cet ordre, il fallut l'exécuter (septembix: et octobre 1601 ). En 1607, un décret émané du conseil du roi décida qu'A l’avenir les appels A la cour impériale de Spire seraient remplacés par des appels au président de la chambre royale de Metx. L’établissement d'une chambre royale A Verdun même avait été demandé par une supplique signée d'un bon nombre de notables ; cette chambre , malgré l'opposition de l'évêque Erric, du chapitre et des magistrats, fut déilnitivement instituée A Verdun, en 1611.
En I62Ï, on commença la citadelle : comme elle devait anéantir A tout jamais l'espérance conservée jusqu’alors , dans Verdun, d'empêcher l’occupation déiinitive de la ville, des représentations furent adressées au roi, A ce sujet; le cardinal de Richelieu n'en tint aucun compte, et 6t poursuivre la construction de la citadelle par des prestations en nature de tous les habitants de Verdun et des villages du pays Verdnuois. Néanmoins, en 1628, l'Empereur ayant réclamé contre la suppression de l’aigle impériale, qui avait été enlevée des portes, cet insigne d’autorité souveraine y fut rétabli par l'ordre exprès émané des conseils de Louis \ill. Mais en octobre 1631, le prince de Condé vint, de par le roi, intimer aux États de la cité de Verdun ht défense expresse de reconnaître A l'avenir et de signaler dans aucun acte public l’autorité de l'Empire. Le duc de Lorraine, Charles IV, fut expulsé de ses États et l’évêque de Verdun, François de Lorraine,
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ilépiMiilIr tlo sa jiiriiliclion roli({ieMsc' (ifMir avoir pris oonlro la Franre les kitérOts ilo l'Empire. Enfin, un arrêt du -27 octobre 1033, rendu par le parlement de Metz, supprima tous les tribunaux où l'on rendait la justice au nom de l'évéque ou du chapitre, excepté ceux des prévôtés de la campagne dont les appels devaient être portés à la chambre royale de Verdun, laquelle fut érigée en bailliage et présidial dans le courant de l'année IGIrt. A partir de cette époque, l'autorité temporelle des évéques de Verdun fut complètement anéantie. Vint alors le traité de Munster qui réunit à jamais la cité au domaine de la couronne, tout en rétablissant François de Lorraine sur son siège épiscopal.
L'histoire de Verdun ne présente plus de faits bien saillants, depuis sa réunion déllnitive à la Fronce jusqu'aux guerres de la Révolution ; mais, à ce moment, le rôle de cette ville devint malheureusement assez triste, pour lui attirer une dure réprobation de la mère-patrie. Dés le mois de juillet 1792, à l'appel de l'Assemblée législative, on avait vu accourir des soldats de tous les points de la France; ces bataillons improvisés s'étaient précipités au-devant de l'armée d'invasion. Celle-ci était composée de soixante-dix mille l’nissiens et de soixante-huit mille Autrichiens, Hessois et émigrés ; le duc de Brunswick, à la tête des Prussiens , passa le Rhin à (>vblcntz, et, remontant la Moselle, il sx* dirigea d'abord sur Longwy, qui fut investi, le 20 août, tandis que le prince de Hohenlohc, à la tête des Hessois et des émigrés, échouait devant 'i'hionville. Ix bombardement de Longwy commença le 21, et le 2i la ville se rendit. Le 26 au soir, le ministre de la guerre, Senan, apprit à l’A.ssemblée législative la capitulation de Longwy, et, séance tenante, la peine de mort fut décrétée contre qui parlerait de rendre toute ville française assiégée. f.e lendemain , une cour martiale fut instituée , pour juger le commandant de Ijivergnc et les lâches qui avaient rendu Longwy. Le 30 août, les Prussiens arrivèreut devant Verdun et commencèrent, dans la nuit, le bombardement de la place. Dans la soirée du 3 septembre, un nouveau rapport du ministre apprenait à l'Assemblée que Verdun avait honteusement capitulé , après un bombardement de quinze heures.
La lumière du guetteur, placé dans le clocher de la cathédrale, avait servi à fixer la direction du feu de l'ennemi. Au point du jour, celui-ci s'aperçut que la partie de la ville sur laquelle tombaient scs projectiles était étroite et dépourvue de batiments, parce que les jardins y étaient fort nombreux; en conséquence, des batteries furent ramenées sur la gauche de la ligne de tir primitive, et f incendie fut bientôt allumé en quelques points. Le chef de bataillon Beaurepaire commandait dans la place. Homme de coeur, plutôt que chef expérimenté, il ne prit pas de dispositions convenables, pour s'assurer, en cas de revers, une retraite solide dans lo citadelle , où il eût pu tenir fort longtemps. Ce ne fut qu'au moment même de l'investissement qu'il songea à y faire transporter des provisions, qui, dans la confusion et le tumulte, furent pillées en partie. La population peu aguerrie, et assez mal disposée, paralysa d'ailleurs tous les moyens de défense. Le commandant Beaurepaire se vit obligé de subir une capitulation; mais, pour SC soustraire à un pareil déshonneur, il se lit sauter la cervelle en plein conseil. Le 12 septembre, f, Assemblée législative décida que les restes de ce brave olHcier seraient déposés au Panthéon. Dès le Ik, le ministre de la guerre Senan