H TROIS-ÉVÊCHÉS
annonçait à l’Assombli'e qu'une épidémie violente venait d’ét'laler parmi les Prussiens. En effet, l’abus des fruits verts, le manque de vivres sains, la nécessité de vivre dans la boue, avaient enfanté une affection dyssentérique mortelle, qui reçut dans le pays le nom de la prumenue et qui fil plus que décimer l’armée coalisée. Une fois maîtres de Verdun, et après avoir franchi les dédiés de l’Argonne, mal gardés par Dumouriez, les Prussiens vinrent se faire battre dans les plaines de Valmy, et aussitét la démoralisation détermina la retraite de ces mêmes hommes qui avaient juré de faire dîner les princes émigrés aux Tuileries, à la fin de .septembre.
La reddition de Verdun fut signalée par un acte d’adulation inqualidable, dont les auteurs eurent plus tard un compte terrible à rendre. Quelques femmes exaltées s’empressèrent de revêtir des habits de fête pour aller offrir des dragées au chef de l'armée prussienne, qiii ne put leur dissimuler combien cette démarche lui paraissait blâmable. Le 2'v avril 179'» . les coupables, conduites à Paris, comparurent au nombre de quatorze devant le tribunal révolutionnaire : elles furent condamnées à la peine de mort, et douze périrent sur l’échafaud. On exposa les deux autres, qui n’étaient âgées que de dix-sept ans, pendant que l’on exécutait la sentence de leurs complices, parmi lesquelles se trouvaient, pour l’une, sa mère, pour l'autre, ses trois sœurs, dont la plus âgée n'avait que vingtcinq ans. Les hommes qui s’étaient empressés de venir reprendre leurs fonctions administratives , dans le temps même où l’ennemi était à Verdun , subirent aussi la peine capitale. L’indignation qu’excita la honteuse reddition de la place , fut du reste si profonde , que , dans une pièce jouée sur les théâtres des boulevards, à Paris, un personnage lâche et méprisable portait le nom de H. Verdun , tandis qu’un homme de cœur y recevait celui de M. Thionvitle , en mémoire de l’énergique défense de cette place de guerre et de son commandant le brave Wimpfen. Sous l’Empire, la population de Verdun s’est réhabilitée en envoyant aux armées ses enfants, qui ont honorablement et noblement payé la dette de leurs pères.
La ville de Verdun a donné le jour à quelques hommes éminents parmi lesquels on doit citer en première ligne Cheverl , lieutenant-général, né en 1697 ; le grammairien Beauzée, membre de l’Académie Française, et le poète Pons. On remarque à Verdun le palais épiscopal , vaste et bien situé , et le quartier de cavalerie. Cette ville est encore le siège d’un évêché ; elle possède une bibliothèque riche de quinze mille volumes, un petit séminaire, un collège, et un tribunal de première instance. Sa population s’élève à près de 11,000 habitants, et celle de l'arrondissement A 86,.'i00. Les dragées et les liqueurs de Verdun sont très-renommées. L’industrie y est représentée par des filatures de laine et de coton , des blanchisseries de cire , des brasseries , des teintureries , des mégisseries et des tanneries. Le commerce roule sur les dragées et les liqueurs , les vins, les huiles, les vermicelles, etc. '
1. Sigehcrl de Uemblours. — Chroniques de Philippe de VigneulUs. — Hisioire de Metx^ par ilnin et dont Jean Franvoiü. — Dont Calmet. — > I>icO'onna<rf de la , Moselle, par de
Vivitle. — Le Moniteur. — Maiiiiscrits et notc:t de l'anteiir.
AGRlCtlLTlRE. — INDUSTRIE. - COMMERCE. — CARACTÎÆE. MOEURS. — IDIOME. — ANTlyUlTÉS.
L'aRi'iculturc n’a pas encore reçu dans le territoire des Trois-Évôchés tout le développement qu’elle pourrait y atteindre: La vieille routine y défend le terrain pied à pied contre les innovations heureuses que quelques cultivateurs instruits cherchent è faire adopter. Leurs efforts toutefois n'ont pas été complètement stériles jusqu’ici, et l’on peut regarder comme peu éloigné le temps où toutes les connaissances nouvelles acquises par les agronomes d’élite se seront infiltrées parmi les masses. Il en sera alors des bonnes méthodes de culture comme des mauvaises ; les gens de la campagne, une fois qu’ils les auront appliquées, ne s'en départiront plus; en cela, au moins, la routine sera bonne à quelque chose. Cette constance dans les opinions et dans les actes , même en agriculture , est un des caractères essentiels de la population répandue sur le territoire des Trois-Ëvéchés.
La culture de la vigne occupe une très-grande étendue du pays , et les produits que fournissent les coteaux qui bordent la Moselle et la Seilic sont généralement estimés. Quelques localités comme le village d’Augny, par exemple , sont particulièrement favorisées sous le rapport de la qualité de leur cru. En général, ces vins sont légers et très-agréables. Ils se conservent bien et acquièrent avec le temps les qualités réservées aux seuls vins de bonne nature. Le fond des vallées de la Moselle et de la Scille consiste en roagniOques prairies qui fournissent chaque année des fourrages sains et abondants. Tout le haut pays est réservé à la culture des céréales : le terrain privilégié de la côte de üelme a la réputation de fournir le plus beau blé de toute la contrée. Le jardinage est développé sur une très-grande échelle à l’entour de Metz, et chaque jour les nombreux marchés de cette ville sont alimentés par des nuées de paysans qui apportent de tous les villages environnants des bottées de légumes et de fruits de toute espèce. Parmi les fruits il en est uu qui jouit d’une certaine réputation , c'est la prune de mirabelle, dont chaque année la ville de .Metz expédie sur tous les points des confUures fort prisées des gourmands. La culture du mirabellier est répartie sur le territoire des villages de Lorry, de Woippy, de Vigneuiles et de Sauny ; malheureusement il arrive quelquefois que la récolte manque entièrement, et depuis quelques années surtout, les chenilles, contre lesquelles les cultivateurs messins n’ont pas su se défendre, ont pour ainsi dire anéanti la culture de la mirabelle. Le colza commence à être exploité en grand, bien qu’il rencontre des obstacles dans la température rigoureuse de l'hiver. Enfin, depuis six ans, des tentatives ont été fuites pour introduire la culture de la madia $ativu, mais ou a sagement renoncé, nous le croyons , aux espérances illusoires que les prèneurs de cette plante avaient inconsidérément données aux cultivateurs.
TKOIS-ÉVKCIIKS.
L’i'lèvc des bestiaux commence éçalemenl à prendre de l'extension. l.’Académic des sciences, lettres et arts de Meti, notamment, a fait de très-grands efforts pour améliorer la race bovine. Des taureaux du (îlan ont été par elle achète^ à grands frais, et distribués, à perte, dans les localités où la reproduction des Wtes à cornes est exploitée. I.es porcs sont élevés en très-grand nombre dans tout le pays : et il n'y a pas une seule famille, riche ou pauvre, qui n'engraisse et ne tue chaque année un porc, destiné à lui fournir du lard pour la vie ordinaire, et des jambons pour les grandes occasions.
Tous les cours d'eau, faibles ou puissants, et ils sont fort nombreux, alimentent des moulins et des usines développées sur une échelle plus ou moins grande. L'industrie du fer est admirahlement représentée par les magnifiques établissements d’IIayange, de Jamaille et de .Moyeuvre. Les mines de fer sont abondamment réparties sur le sol des Trois-Kvéchés, et exploitées partout avec intelligence. Le lias, extrait des carrières situées dans la plaine de Vallière, fournit la meilleure chaux hydraulique qui soit connue au monde, et le quartzitc de Sierck est aujourd'hui employé avec un très-grand avantage an pavage des rues, l'ne véritable source de richesses pour le pays c.st l'existence, dans presque toute la vallée de la Seille, d'immenses dépôts de sel gemme, dont l'exploitation se fait à Dieuze sur une échelle gigantesque. Cest à la présence des eaux salifères que l'on voit sourdre a chaque pas dans la vallée marécageuse traversée par la Seille, depuis Chittcau-Salins jusqu’à Dieuze, qu'est dù le nom que cette rivière reçut des maîtres du monde antique. Des établissements considérables furent fondés par eux à Marsaltum et à Vecempaiji , pour recueillir le trésor qu'emportaient les eaux de la rivière sacrée. En ce dernier point surtout, le passage des Romains et celui des hordes barbares qui renversèrent l’empire d'Oceident, sont att('sU*s soit par les ruines échappées à l’incendie, soit par les nombreux débris dont la charrue nous révèle chaque jour l'existence.
Les mœurs des habitants des Trois- Évêchés sont extrêmement douces et affables : les hommes y sont intelligents, persévérants, braves, laborieux; la gaieté est un de.s caractères les plus .saillants de leur humeur. Il n’est point de village qui n'ait sa fêle , pendant laquelle chaque famille se met en dépense pour régaler les amis du voisinage. La majorité de la population est catholique ; mais le culte hébraïque est représenté dans le pays par une trï's-grande quantité d’hommes actifs et intelligents, s’adonnant au commerce des bestiaux et des chevaux, à celui des biens ruraux qu'ils achètent pour les revendre en détail; beaucoup d'entre eux possèdent de très-grandes fortunes acquises à force d’humble patience et d'industrie. Il en est fort peu, nous croyons, qui se décident à abandonner la vie commerçante pour se livrer aux travaux de l'agriculture , pour lesquels ils semblent avoir une antipathie innée. Le culte réformé existe dans des villages entiers , et la secte des anabaptistes compte encore tveaucoup de représentants parmi les habitants des campagnes situées nu pied de la chaîne des Vo.sges. Ce sont les hommes les plus honnêtes et les plus probes qui SC puissetit rencontrer. Il est une di'rnièrc race d'hommes peu répandue aujourd'hui sur le sol de la France, et dont une troupe semble avoir fixé ses tentes dans certaines vallées voisines de liitschc, et notamment dans celle de Bernthal.
Ce sont les Zingeiner ou Bohémiens, dont le type physionoroique ne saurait pas.ser inaperçu. Ils vont par bandes courir les fêles de village, dans lesquelles ils se livrent spécialement à la profession de roémHriers. Voleurs, effrontés menteurs, impatients de toute espèce de joug, les Bohémiens courent sans cesse le pays, où ils sont toujours un sujet de haine et d’effroi. Ils ne s'allient qu'entre eux, et malgré leur tetidance croissante à se tenir à poste Hie dans certaines localités de la Lorraine allemande, l'administration a toutes les peines du monde à les astreindre à se soumettre auv exigences de la vie commune; leurs efforts constants tendent à éluder l'intervention des olliciers publics dans tous les actes de l'état civil où elle est obligatoire. Bien de plus noble et de plus distingué, du reste, que la physionomie de certains membres de cette caste de réprouvés, ün y voit surtout des femmes d’une grande beauté, mais dont la peau bistrée et la chevelure noire contrastent fortement avec le teiul rosé et la chevelure blonde des filles du sol.
I.a langue des habitants des Trois-Ëvéchés est celle que l'on est convenu d’appeler le patois lorrain; dans quelques cantons, comme aux environs de Po<it-à-Mousson , par exemple , certaines articulations , telles que le ch , se prononcent avec une aspiration extrémemenl caractérisée , qui donne une physionomie étrange au langage. très-peu de distance de Metz, vers la frontière, l'idiome popuLnire change totalement et devient un allemand corrompu. La limite des deux langues a, de tout temps , été nette et tranchée : aussi voyonsnous des lieux dont les dénominations ont été distinguées par la langue qui s'y parlait; c'est ainsi que l'ou trouve deux villages nommés Audun-le-Houian et AuduH-le-Tiche. I.e patois messin a eu ses poètes au siècle dernier, et il n’est personne à Metz qui ne saclie par cœur bien des vers tirés d’un charmant petit livre intitulé Chan HvrJin (Jean Hurlin). Il est impossible, en effet, de rien trouver de plus piquant, de plus spirituel, de plus gracieux et de plus gui que ce poème sans prétention. Dès le commencement de notre siècle, l'auteur de Chan Hurlin a eu un imitateur, mais ses productions, quoique fort originales, sont restées bien en arrière d'un modèle vraiment inimitable. Quant au langage des Bohémiens, il n'est œmpris que d'eux seuls, et ne diffère point de celui que parlent les gitanos de l'Espagne, les zingari de l'Italie, et les gypseys de l’Angleterre.
Les monuments de l’anliquilé gauloise sont rares dans les Trois- Évêchés. Il en est un pourtant dont il importe de donner ici une idée. Nous voulons parler du radier immense à l'aide duquel les tribus celtiques établies sur les hauteurs qui dominent la Seille, sont parvenues à rendre le sol de la vallée assez solide pour qu’il devint possible d'y établir des centres permanents d'exploitation des sources sa’ifèi'es. Ce radier consiste en un amas gigantesque de petits morceaux de terre cuite façonnés à la main et jetés ensuite dans le marais sur une étendue de plusieurs lieues carrées, et en telle profusion qu'ils forment partout une couche compacte de huit à dix pieds d'épaisseur. Le plus simple calcul montre qu’il a fallu une population de plusieurs milliers d'habilants continuellement occupés à ce travail pendant au moins deux siècles |H>ur construire ce monument étrange de l’industrie humaine. Des traces d'enceintes fortiOécs nommées improprement camps romains
TKOIS-ÉVÉCHÉS.
M retrouvent en assez grand nombre, et nous nous contenterons de citer celles de Titelberg, pn'-s Longwy, et de Hieraple, près Sarrrguemines. Les monnaies de l’ancienne Gaule s'y rencontrent si fréquemment, qu'il n’est pas possible de douter que ces enceintes aient servi de lieux de refuge aux Celtes bien avant la venue des Homains. Les Tombelles ou Barrows sont, en outre, assez communs dans les forêts, et les fouilles que l’on y a pratiquées ont procuré, en assez grand nombre, des armilles ou ornements annulaires du bras et des jambes et des torques ou colliers , seuls bijoux que portassent nos pères.
Ijc territoire des Trois-Ëvéchés est riche en souvenirs de l'antiquité romaine; on y voit peu de monuments de cette époque encore debout , il est vrai , mais il ne se pass<; pas de jour que la terre ne restitue aux curieux de véritables trésors historiques, tels que médailles , pierres gravées , colonnes milliaires , ustensiles , vases , etc. Le musée de Metz renferme une série déjà fort importante de monuments antiques, de bas-reliefs, de statues, de cippes funéraires et d'inscriptions votives exhumés du sol de l'antique Üivodurum et de Solimaracia. L’aqueduc de Jouy peut à bon droit être mis au rang des plus beaux restes de l’antiquité romaine, et il n'est pas un étranger qui, en venant à Metz, ne s’empresse de visiter ces vénérables et imposants débris. Nous citerons encore un )>etit caveau sépulcral ou columbarium de famille existant dans la commune de Jœuf, arrondissement de Briey, et des murs romains appartenant sans doute à quelque énorme construction , dont les traces se retrouvent à Melz dans les raves de toutes les maisons de la rue des Clercs.
Les époques mérovingienne et carlovingienne ne nous fournissent pas de monuments d’une origine bien déterminée. Il existe cependant à Metz , dans les bêtiments de l’ancienne citadelle, des parties de construction qui se rattachent très-vraisemblablementà une église (Sainte-Marie) et à un petit hospice ou xenodochium antérieure au x* siècle. Partout dans le pays des Trois-Ëvéchés on rencontre des tombeaux grossiers dans lesquels les débris humains sont presque toujours accompagnés d’armes en fer et d'ornements ou bandes également en fer, mais damasquinés en argent, qu’il est impossible de ne pas faire remonter à l’époque mérovingienne. Quant aux monuments du moyen âge ils soivt innombrables , et il serait impossible d’énumérer ici tous ceux qui ont un véritable intérêt historique ou artistique. Nous nous contenterons donc de citer la cathédrale de Melz, qui est au-dessus de tous les éloges qu’on pourrait lui donner, et celle de Toul qui, bien que beaucoup plus humble ^ n'en mérite pas moins d’attirer l’attention des hommes de goût et de savoir. '
f . Dictionnaire de iaMoteiie, par rie Viville. — Annuaires de la Moselle. partirulièrt'S de notre uvanl collaborateur^ M. de Saiik7, de l'Académie des Inscriptions et Bclles-Lellres, dont , à notre prière, la plume oblitti'aiile a enricld l'Histoire des Villes de France de ce bt'au travail sur MeU , Tool et Verdun , et sur le terriloliv des Trttis-Évéehés.
I.ORIIAINR PROPHFMBNT DITE. — LORRAINE ALLEMANDE. — l'AVS DES VOSCîES. LDXEMBOI lUi FRANÇAIS. — DIXH^ DE BAR.
HISTOniK CÉNÉRALK. — DKSCRIPTION GÉOG RAPIIIQUK.
Longtemps avant la venue des Komoins, une notion belliqueuse sortit des fortlts de la Germanie, rrancliit le Rhin cl mnrcho l'épée au poing à la conquête d'une terre plus heureuse et plus riante. Sur so route elle trouva le pays limité par In Meu.se, la Sarre, les A’osgcs et l'AisriC, où la rhssse et la pèche lui offrirent d'abondantes res.sources; elle s'y fixa et y vécut jusqu’à l’époque de l'invasion de la Gaule par César, [.orsque l’aigle romaine s'abattit sur ces contrées sauvages, les Médiomalrikes, les Viroduns et les Leuks étaient les maîtres du pays; ils ne tardèrent pas à être comptés au nombre des plus fidèles alliés des Romains , dont ils adoplérent les lois et les coutumes. Bientôt des routes stratégiques étendirent leur réseau sur tout leur territoire et facilitèrent les communications des trois peupiades, en favorisant le développement des villes, qui prirent rapidement la place des nppiiln, des bourgades et des camps- retranchés. Divodurura, Tulliim, Virodunum , Ibliodunurn, Scarpona , Nasium, Caranusca, Ricciacum, Decempagi, Pons-Sarrnvi , s’élevèrent en moins de deux siècles à une haute prospérité; mais leur vie florissante finit à l'arrivée des Barbares ; il n'e.st pas une seule de ces villes qui alors n’ait été dévastée, brùlœ, saccagée plusieurs fois, t'.ependant , le christianisme avait pénétré dans les masses dès le iii' siècle, et y comptait de nombreux prosélytes. Le triomphe de la foi nouvelle ne fut pas même troublé par l'assujettissement du pays aux armes des Franks : elle en reçut , au contraire, un plus grand éclat. Les vainqueurs courbèrent la tête sous l'eau du baptême, et leur roi Chlodwig fut catéchisé dans l'église même de Toul. Lorsqu'à la mort du fondateur de la monarchie franque , scs états furent partagés entre scs fils, le royaume d’Ostcrrcich ou d’Austrasie échut à Théodrich. Gomme il ne peut entrer dans notre plan de raconter l'histuirc détaillée de ce royaume sous la domination des princes mérowingiens , nous passons sans transition aux rois de la .seconde race, à Lothaire fl, petit-flis de Karl-le-Magne : ce fut lui qui, après la mort de l'empereur Lothaire, son père, eut pour sa part d’héritage l'Austrasie, laquelle prit dès lors le nom de hitliurii regnum, d'où vient, ainsi que nous l'avons dit précédemment, le nom moderne de Lorraine.
Ce royaume avait pour limites l’Escaut, la Meuse, le Rhin, le Rhône, le lac de
LOKRAINE.
(iciiève, la Hiaîne du Jura et la Sadne. En 869, r.liarles-lc-Chauvc en fut rnuronné rui dans la calhédralc de Metz , mais il ne jouit de cet honneur qu'à la conüKion de partager le royaume avec Louis de (lennanie. Louis eut Ais-la-Chapelle, Cologne, L'treeht, Strasbourg, Ilâle, Trêves, Metz, et tout le territoire qui dépendait de ces villes importantes; Charles-le-Chauve , dont la part fut plus partii'ulièrement appelée Lorraine, eutToul, Verdun, Cjimbrai, Besançon, Lyon, Vienne, t'sez, le Hninaut et la plus grande partie des Pays-Bas. Sans cesse tiraillé par des ambitions rivales, le royaume de Lorraine ne devait pas tarder à périr. Après un demi-siècle de luttes sanglantes, dans lesquelles les prétentions d'une foule de souverains furent trop chèrement payées par les malheureux pays qui en étaient l’objet, on vit surgir une foule de petits états, nés de la dislocation de ce puissant état, qui n'existait plus que de nom et dont les lambeaux furent abandonnt'S à quelques grands vassaux avec le titre de duché, de comté ou de marquisat. Le premier duc de Lorraine fut Benier-au-Long-Cou (907 j, qui resta le plus lidèle appui de Charles-le-Simple et qui eut pour successeur (’iiselbert, son fds Lorsque le faible roi des Franks fut emprisonné à Péronne, le duc (iiselhert et rarchevèque de Trêves appelèrent en Lorraine le duc de Saxe, Henri l'Oiseleur, qui se lutta d'envahir le duché, l'n peu plus tard , le même Giselbert vint offrir le duché de Lorraine nu roi Louis (fOutre-mer. Une guerre éclata, dans laquelle (iiselhert périt en traversant le llhiri, et le roi Louis d'Oulre-mer épousa la duchesse (ierberge, sa veuve, afin de légitimer ses droits sur la Lorraine. r.’empereur OIton ne larda pas a rentrer en possession de la Lorraine, qu'il finit par donner à son frère Brunon, archevêque de Cologne. C.e prinee, nous sommes forcés de nous répéter, comprenant toute la difficulté de gouverner un État aussi étendu que l'ancien royaume de Lorraine, le scinda en deux duchés. L’un, qui reçut le nom de haute Lorraine nu de Mosellane, comprit l’.Alsace, la Lorraine proprement dite, le Barrois, le Luxembourg et l'électorat de Trêves, tels qu'ils étaient encore délimités nu commencemeut du siècle dernier; cette portion fut donnée a Frédéric , comte de Bar. L’autre, que Brunon se réserva , fut appelée basse Lorraine, Luthier ou Brabant; elle s'étendait depuis Cubicntz jusqu'aux bouches du Rhin, de la Meuse et de l’Escaut. Après Brunon, Charles, fils puîné de Louis d'Oulre-mer et dernier rejeton de la rare de Karl-lc-Magnc, reçut en fief le duché de basse I.orraine des mains de l'empereur Utton. On sait que celle transaction malheureuse lut la cnu.se de la ruine du prince carlovingien et la base de la fortune de Hugues (]apet.
Ixs premières concessions impériales en vertu desquelles on posséda les duchés créés par suite du démembrement du royaume de Loiraine, furent des concessions à vie. Frédéric, comte de Bai', et duc de la Lorraine mo.sellane, conserva ce duché jusqu’en 93i. Son fils Théodrich en reçut l'investiture , et eut lui-même pour successeur son propre fils, Fré-déric 11, qui mourut sans héritiers en 10.‘Î2. Conrad-lc-Salique réunit alors le duché de Mosellane au duché de Lolhier en faveur de üozelon. .\ la mort de celui-ci , l'empereur Henri III ayant refusé le duché à Godefroi-le-Barbii , fils de Gozelon , pour le transmettre à Albert , comte d'Alsace, Godefroi fit assassiner son rival, et ce crime décida l'Empereur à transformer le duché de Mosellane ou de haute Lorraine en duché héréditaire qu'il
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HISTOIRE GÉNÉRALE, donna à Gérard d’Alsace, neveu du comte Albert. C’est de ce prince que descend la noble lignée des durs de Lorraine , aujourd'hui assise sur le trône d’Autriche.
De lOiSà 1131, ta descendance directe de Gérard d’Alsace conserva te duché de Lorraine. .Mais, en cette année, le duc Charles U étant mort sans héritiers mdles, son gendre, René d'Anjou, lui succéda, malgré la protestation armée d’Antoine de Vaudemont, petit-lils du duc Jean et propre neveu du duc défunt. En 1A53, René renonça au duché en faveur de son fils Jean, duc de (’ailabre, qui le conserva jusqu’en Ii70, année de sa mort. Son tils, Nicolas d'Anjou, lui succéda, mais il mourut le 27 juillet t’>73 dans sa vingt-sixième année. Avec lui s’éteignit la dynastie d’Anjou-Lorraine , du vivant môme du roi René, qui l’avait fondée. Les prétentions qu’Antoine de Vaudemont avait élevées quarante ans auparavant devinrent alors légitimes, et René, son petit-flis, héritier du sang de Gérard d’Alsace, reprit la couronne ducale, que les événements avaient un instant enlevée à sa lignée. Jusqu’en 1G26, année dans laquelle Charles IV prit la couronne, la Lorraine ne cessa de prospérer sous l'administration des sages princes auxquels la Providence conlia ses destins ; mais Charles IV, esprit remuant et inquiet, avide surtout des émotions de la guerre, attira bientôt tous les malheurs sur ses états. A peine couronné , il réussit à donner l’éveil .a la méflance du cardinal de Richelieu, qui dès lors réva la réunion de la [.orraine à la France, et ne perdit plus de vue les moyens d’accomplir cette magnilique conquête. Le duc Charles IV ne vint que trop en aide aux desseins du rusé ministre , et les fautes qu’il amoncela finirent par justifier des agressions multipliées , et enfin l’occupation de Nancy par les armées françaises. Jusqu'à la paix de Riswick , signée le 30 octobre 1097, le duché de Lorraine ne fut pour ses souverains légitimes qu'une sorte de principauté de nom ; le nouveau traité remit le duc Léopold en possession de ses états, mais avec la condition : 1° de démanteler Nancy et toutes les pinces fortes de lu Lorraine ; 2“ d'abandonner à la France Sarrelouis et Longwy. Le règne de Léopold fut long et prospère. Grâce à ses vues sages, à son amour de ses sujets , la I.orriiine put cicatriser les plaies profondes que les règnes précédents lui avaient infligées. Ce fut sous le règne de son fils, François IV, que le truité de Vienne (3 octobre 1735) décida : 1” que Stanislas Leezinski, roi de Pologne, abdiquerait en faveur d'Auguste III , tout en conservant le titre de roi , et qu'en retour de ce sacrifice les duchés de Lorraine et de Bar lui seraient cédés, mais |H>ur être remis après sa mort à la couronne de France ; 2° que le duc de I-orraine serait mis en possession du grand-duché de Toscane, pour lui et sa descendance , aussitôt que le prince régnant Jcait-Gaston de Médicis aurait passé de vie à trépas. L’empereur Charles VI, pour indemniser le duc de Lorraine de ce singulier traité, dont la base principale était sa propre spoliation, lui donna la main de sa fille Marie-Thérèse , unique héritière de la couronne impériale. Quelque brillant que fût l'avenir qui s'ouvrait devant lui, le duc François IV ne s’en refusa pas moins pendant plus d’un an à souscrire l'acte qui donnait à la France les duchés de Lorraine et de Bar. Cet acle, convenu le 1" décembre 1736, ne fut signé par le prince que le k juillet de l’année suivante. En 1766, par la mort du roi Stanislas, la Lorraine devint définitivement une province française.
.Nous ne pouvons mieux faire pour fixer les limites du duché que de copier IV. 60
LORRAINE
ici un parographe de revccllenlc liistoire de Lorraine que nous devons A la plume élégante de M. le docteur Bégin. « La Lorraine était déjà , au commencement du XI' siècle, renfermée comme elle le fut au xviii', entre l’Alsace et le Palatinat du Rhin à l’orient, le Luxembourg au septentrion, le comté de Bourgogne au midi , la Champagne et le Barrois au couchant. Elle était naturellement divisée en Lorraine propre, Vosges et Lorraine allemande. Les Vosges couvraient l’orient et le midi de la province. La Lorraine proprement dite s’étendait depuis les Vosges jusqu'à la Meuse et au Toulois à l’orcideiit ; jusqu'au pays Messin au nord. La Lorraine allemande était située entre l'Alsace et le duclié de l)eux-I*onts à l’orient ; le Palatinat et l'archevêché de Trêves au nord; les terres de. Metz au couchant et au midi. Elle différait de la Lorraine française par son latigage, ses moeurs et scs habitudes; dissemblance qui existe encore, mais que nos institutions modiflent. »
L’ancien duché de Lorraine se trouve aujourd'hui représenté par des portions des départements des Vosges, de la Meurthe, de la Moselle et de la Meuse. Les principales rivières qui en fertilisent les plaines sont la Moselle, la Meurthe, la Meuse, , la Scillc et la Sarre. Les cours d'eaux secondaires sont en très-grande quantité. Un énorme massif de montagnes sépare les plaines de la Lorraine de celles de l’Alsace et de la Franche-Comté. Ce sont h-s Vosges, dont nous examinerons tout à l'heure la constitution géologique. Quant aux grandes vallées, elles s’ouvrent dans les formations suivantes. La vallée de la Moselle s’étend sur la limite du terrain Basique ou du calcaire à griphées arquées qui en suit la rive droite, et du calcaire oolitique qui en forme la rive gauche. Ce terrain oolitique constitue tout le bassin du cours de la Meuse, borné à ce qu’il traverse de pays dans la Ixrrraine , de telle sorte que l’étage inférieur de l'oolite se trouvant aux portes mêmes de .Metz , on gagne, A mesure que l’on s'élève en se rapprochant de Ir Champagne , l’étage supérieur de cette formation, lequel se trouve former la vallée de la Meuse. La vallée de la Seille est creusée dans lus marnes irisées qui servent de séparation entre le muschclkalk et la formation Basique à laquelle elles se rattachent évidemment. Quant à la Sarre, elle court sur le muschelkalk et sur le grès bigarré. Ijt direction de ces vallées et des différentes rivières qui les arrosent est déterminée de la manière suivante : la Moselle, qui prend sa source près de Bussang, couliassez régulièrement du sud au nord jusqu’à Trêves où elle s'infléchit pour aller se jeter dans te Rhin à Coblentz, en suivant la direction du nord-est. La Sarre, qui prend sa source entre Mntzig et Turkestein , coule également du nord au sud jusqu'à Sarreguemines où elle s’infléchit pour courir dans la direction nord-ouest vers Conts-sarebrucke où elle se jette dans la Moselle. Iji Meurthe prend sa source près de Saint-I)iè, court au nord-ouest et se réunit à la Moselle entre Frouart et Marbache. La Seille, qui part de l’étang de Lindrc, se dirige d'abord directement de l'est à l'ouest, puis après avoir- traversé .Marsal et Vie, court vers le nord pour venir à Metz même verser ses eaux A la Moselle. EnOn, la Meuse, qui prend sa source (irès de Montigny, coule constamment du sud au nord.
Voilà pour les grandes vallées de la Lorraine; passons à l’étude de ses montagnes, c'est-à-dire des A'osges. Cetle chaîne présente deux espèces fort distinctes de montagnes , les unes aux sommets arrondis et que l’on a nommées bnllons pré-
HISTOIRE GÉNÉRALE, cisément à rtiuse de leur forme, les autres aplaties et aux profils carrés, (xs différences tiennent à une différence essentielle de nature. Ainsi les montagnes arondies ou ballons forment dans le midi de la chaîne des Vosges un groupe triangulaire dont les angles sont vers Massevaux, Remiremont et Schirmeck. Toute la masse de ces montagnes est de formation dite primitive , c'est-à-dire grani* tique ou porphyrique. Ces montagnes aplaties , dont la masse est composée du grès que l’on a nommé grès des Vosges , occupent toute la partie septentrionale de la chaîne, et trois files disposées sur les trois cAtés du triangle formé par le groupe des montagnes an'ondies.
Le sommet le plus élevé de la partie granitique des Vosges est celui du ballon de Guebwiller; le plus élevé de la partie de la chaîne appartenant à la formation du grès est celui de Donon qui , d'après les observations faites par les ingénieurs chargés de rédiger la carte de France, est situé à mille treiie mètres au-dessus du niveau de la mer. Le plateau du Donon fut certainement un des derniers sanctuaires où se réfugia le culte druidique, et il présente encore des traces nombreuses de sa consécration à la religion de nos pères. Les vallées qui débouchent des Vosges sont de nature différente ; riantes et presque fertiles vers l'Alsace, elles sont beaucoup plus sauvages et moins. favorisées du côté de la Lorraine. Mais en compensation on rencontre à chaque pas des sites pittoresques de ce côté de la chaîne; des lacs à l'aspect sévère, où vivent des truites magnifiques, se trouvent au milieu des forêts les plus sauvages, à Retournemer, à Longemer, à Gérardmer, à sept cents mètres au-dessus du niveau de l'Océan , et en plusieurs autres points de la partie granitivpie des Vosges. Quelques-uns du ces lacs occupent d'immenses entonnoirs ou cirques ouverts sur les lianes des montagnes , comme par exemple le lac du Kallon , qui se rencontre sur le liane septcnlrional du ballon de Guebwiller. Rien n'est plus grandiose que l’aspect de ce lac silencieux dont les bords sont couverts de forêts gigantesques où le sapin domine; à mesure qu’on s'élève sur les pentes de l'entonnoir au fond duquel dorment dans un éternel silence les eaux du lac, le sapin devient un peu plus rare et le hêtre prend sa place. Il est accompagné de frênes , du tilleuls , de merisiers , de saules et de sorbiers. Dans les clairières où les arbres sont plus petits, les framboisiers foisonnent ; puis tous les arbres grands et petits disparaissent pour laisser entièrement la place à des hêtres rabougris et tortus qui sont les derniers habitants de la montagne. Les forêts qui jadis couvraient toutes les montagnes des Vosges n'ont malheureusement pas été conservées avec assez de soin. Des défrichements ont eu lieu en certains points, et aux arbres séculaires ont succédé par-ci par-là de maigres et pauvres champs de seigle, de sarrazin ou de pommes de terre.
Quelques magnifiques cascades se rencontrent dans la partie granitique des Vosges. Les principales sont celles de Tendon et de Bouchot. Les eaux du lac de Retournemer en s'écoulant dans celui de Longemer, pri'sentent utie belle cascade ; et la Vologne, qui s’échappe de ce même lac de Longemer, en offre une autre au lieu dit le Saut dis Cures. A partir de ce point, cette même Vologne arro.se de délicieuses prairies semées de bouquets de sapins, puis s'échappe vers la plaine à travers une gorge étroite et pittoresque. C’est la beauté sauvage de ces admirables sites qui a fait naître, il y a des siècles, le dicton lorrain suivant :
LOKllAINE.
« Sans Gérardraer et un peu Nanfy, qu'est-ce que ça seroit de la Lorraine'? »
Nous avons dit plus haut que la masse granitique occupe la partie centrale des Vosges ; elle borde la plaine du Khin et sert de support au grès. Ce granit est d’un grain moyen et composé de feldspath blanc et de mica noir : il est exploité au pied du ballon de Gucbwiller comme pierre de taille. Dans celte même partie centrale, on peut étudier toutes les transitions du granité dont nous venons de parler aux formations postérieures. Ainsi du granité on passe au leptynite, de celui-ci au gneiss, du gneiss au micaschiste qui occupe un espace assex étendu sur le revers occidental des Vosges : ce micaschiste se relie d'une part au gneiss et de l'autre à un schiste argileux et à la grauwockc. Enfin les montagnes primitives des Vosges présentent en quelques points des masses de calcaire subordonné qui se trouvent intercalées dans les schistes comme à SchirmecL et à Kramont. Ce calcaire, qui a été exploité comme marbre, contient de nombreux débris organiques. la: marbre qu'il fournit est gris uni, ou blanc pr'tiétré de veinules rouges et noirilires, dues à la présence du fer.
Les géologues se sont vivement préoccupés de la question de l'ancicnncté relative des formations géologiques qui constituent la chaîne des Vu.sges ; il semble résulter de leurs observations que le granité porphyroïde qui s'y trouve en si grande quantité est d'origine éruptive,. et qu'il ne s'est épanché à là surface que par suite d'éruptions postérieures 4 la consolidation du gneiss et du leptynite. Les points où ces formations primitives sont en contact avec les formations postérieures offrent, en etfet, des traces non équivoques d'une origine ignée et éruptive.
Depuis que la Lorraine cessa de former un état distinct s'administrant par luiméme, un gouvernement militaire , sous le nom de gouvernement de Lorraine, fut établi à Nancy. Les pays qni en dépendaient, outre les Ïrois-Évéchés, formant chacun un petit gouvernement subordonné, étaient la Lorraine propre, la Lorraine allemande, le pays des Vosges , le Luxembourg français, le duché de Bouillon et le Barrois. Nancy, sous le point de vue financier, était aussi le cheflieu d'une intendance, de laquelle res.sorti.ssaient la f.orrninc proprement dite et le Barrois; les Trois-Evêchés constituaient, avec les districts de TMonxille, de Vie et de Sedan, l'intendance du pays Messin, dont le chef-lieu était à .Metz. L'évéché de Nancy, formé dans le xviii' siècle, aux dépens des évêchés de Metz, de Toul et de Verdun, était suffragant de l'archevêché de Trêves. Les documents nous manquent, pour fixer la population actuelle de la Lorraine, précisément à cause du morcellement de cette province en plusieurs départements , dont elle n'occupe que des portions. Toutefois, d’après Ilerbin, le nombre des habitants de la I.orraine et des Trois-Évêchéa , avant la révolution de 1789, aurait été de plus de 1,139,000. Les quatre départements de la Meurthe, de la Meuse, des Vosges et de la Moselle, en contiennent aujourd'hui environ 1,610,000. '
1. nom Caliiiel, Histoire de Lorraine. — .Yoftr« de Lorraine.— L’ahbé lliiii;o, sous le eudonyioe lie Baleicoiirl, Histoire de lorraine. — De M**ry d'Klvaii^e. Histoire tnéiallitfue de la Lorraine et des TroiS'Éi'fchés^ niamisrril tte h hiMioUièijuc de Nancy. — Bé;(in , Histoire des ducs de i.orrai>i«. — De Baniite , Histoire des ducs de Bourijogue. — De BtMUinoiil, Géologie de la France. <— llerbiik , Stadistigue de la France.
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NANCY
L'hisloire de Nanry la ville ducale, la ville polie et la ville élégante par excellence, ne date pas de bien loin. Nous allons rap|H>rter brièvement tout ce que l’on sait des origines de celte ville. On a beaucoup discuté sur l'étymologie de son nom. Les uns ont prétendu que Nancy avait pris la place de la ville leukoise de fllasiuin; mais s'il est aujourd’hui un fait que la saine critique ait mis hors de doute , c'est bien que le village de A'oij- en Barrois a été fondé sur l’emplacement même de celte antique cité. D'autres savants, comme les Hollandistes, ont fait dériver le nom de Nancy d’un comte l\'imceius, fondateur de l'abbaye de Noirmont au diocèse de Reims. Mais c’est une autre erreur basée sur une simple faute de copiste. Tous les litres authentiques qui parlent de ce personnage le nomment Nanterus, et non pas Nanceius; force est donc de rejeter encore cette étymologie. Quand on étudie l'histoire des temps obscurs qui suivirent la décadence de la race carlovingienne , il faut savoir se résigner souvent à laisser comme insolubles des problèmes qui ne portent que sur les faits d'un intérêt secondaire. L’origine du nom de Nancy nous paraît rentrer dans cette catégorie; nous nous bornerons donc à mentionner les faits les plus anciens qui se rapportent à cette ville, laissant à de plus habiles le soin de chercher une origine dont il est per- ' mis, ce nous semble, de ne pas se préocuperpltis qu’elle ne le mérite. Voici ce que nous savons de science certaine.
tjérard d'Alsace, premier duc de Lorraine, avait un frère nommé Odeiric lequel devint la souche de la noble maison de Lénoncoutt ; Odeiric mourut , vers 1070, laissant un fils, Herman, sénéchal de Lorraine sous le duc Thierry. Cet Herman, entre autres enfants, eut un nommé Drogo, qui prit le titre de Drogo de ^'aney, comme Odeiric le prenait lui-même dans un acte de l'année 1069. Ce Drogo, par un échange dont la date flotte entre 1153 et 11.55, céda le chAleau et le bourg de Nancy au duc de Lorraine, contre la rbàtellenie de Rosières, Lénoncourt, le Ban de Moyen et Haussonville; il se réserva néanmoins le droit de conserver le surnom de Nancy pour lui et sa descendance. La ville appartint donc bien réellement à la postérité d'OdeIric , jusqu'à l’époque de cet échange qui la fit entrer dans le domaine ducal. Il n'est pas moins certain que dès le commencement du XIII* siècle, Nancy appartenait en propre aux ducs de Lorraine , puisque Agnès, femme du duc Ferry I", reçut cette cité comme douaire, et qu'elle en transmit la seigneurie à son tils, le duc Mathieu il, au mois de juin 1220. Lorsque ce prince, en 12-W, maria son flls Ferry avec Marguerite fille du comte de Bar, il lui donna en dot plusieurs seigneuries parmi lesquelles figure aussi celle de Nancy. Enfin Ferry, devenu duc de Lorraine , affranchit celte ville, en 1265, en même temps que Port-Saint-Nicolas, Lunéville, et Amance. La loi de commune qu'il leur donna indistinctement, ne fut autre que la fameuse loi ,
LUUHAINE.
de Beaumont, toujours invoquée dans les chartes d'affranchisement accordées aux villes de la Lorraine et des Ardennes.
Il h'entre pa.s dans notre plan de donner une histoire suivie des ducs de Lorraine, cela nous entraînerait beaucoup trop loin, et nous devons nous borner à enregistrer simplement les faits qui concernent spécialement la cité dont nous nous proposons de retracer la vie. Ce qui satis doute fit désirer à ces princes la conclusion de l'échange qui devait les mettre en possession de Nancy, c’est qu'ils avaient un palais auprès de cette ville; ce fait est mis hors de doute par une charte datée de 1130, et qui nous apprend que le duc Simon résidait près de Nancy. Nous ne devons pas cependant omettre ici de mentionner un fait bizarre et dont nous ne saurions donner l'explication , c’est que Gertrude, femme du duc Thierry-le- Vaillant, prenait, en 1060, le titre de duchesse de Nancy. Comme elle était fllle du comte de Flandre, il est diflicile de comprendre comment elle se trouve qualiliée de la sorte, tandis qu'OdeIric prenait lui-mème la qualiOcation d'üdciric de Nancy, dans des titres postérieurs de neuf ans. Quoi qu'il en soit, nous admettons comme bien établi que , par suite de l'échange consenti par Drogo, petit-Qls d'OdeIric, cette ville devint une des places principales du duché dont elle devait être bientôt la capitale.
Dès 1080, nous voyons le duc Thierry fonder près de Nancy le prieuré de Notre-Dame. Quant à la résidence des premiers durs, elle fut certainement A Saiiit-Dié et à Moyen-Moutler. Les monuments iiumismatiques le prouvent irréfragablement , puisque les premières monnaies ducales, frappées dans la ville dont nous esquissons l'histoire, ne datent que de Mathieu I". Vers 1131 , le duc Simon, étant en guerre avec l'archevêque de Trêves, fut battu près de Tout et se réfugia blessé dans les murs de Nancy, où Geoflroy de Fauquemont, chef des troupes épiscopales, vint aussitôt l'assiéger. Un blocus rigoureux enveloppait la place, lorsque les assiégeants, pris subitcmetit d'une terreur panique, abandonnèrent cette entreprise. Un ne manqua pas d'attribuer leur retraite à une intervention divine, et le vœu que fit le duc de Lorraine, d'aller à Jérusalem s'il élait tiré de ce mauvais pas, fut considéré comme la seule raison de l'espèce de faveur providentielle par laquelle Nancy se trouvait délivré.
C'est à Nancy qu'en 1176, le duc Mathieu I" ressentit les premières atteintes de la maladie de langueur qui devait le mener au tombeau. Sentant sa fin approcher, il se fit transporter à l'abbaye de Clairlieu, où il mourut le lA mai, léguant, par son testament, aux moines de ce monastère, sa vigne de Nancy, avec autorisation de l'étendre autant qu'ils le voudraient. C'est encore à Nancy que le duc Ferry II mourut le 10 octobre 1213. Ce prince prit activement part à la déplorable croisade contre les Albigeois, et une armée lorraine qu'il commandait en personne ne contribua pas |ieu au gain de la bataille de Béziers, à la ruine de la malheureuse ville de ce nom et aux désastres de Carcassonne et d’Alby. Son lils Thiébaut I" lui succéda ; il avait épousé, en 1206, Gertrude, fllle d'Albert, comte de Dasbourg. Le roi des Romains, Frédéric II, vint, dit-on, à Nancy, en 12H, créa le jeune duc vicaire de l'Empire, en lui accordant le droit de porter l'aigle romaine sur sa bannière; déjà l'empereur F'rédéric Barberousae avait accordé ce privilège au duc Mathieu, grand-père de Thiébaut.
NANCY
En 1218, (les ayant é(Haté entre le dur de Lorraine et Blanche, roni-
tessc de Champagne, le roi Kréd(’TÎc entra, à la tête d’une armée, sur le territoire de Lorraine. Le duc vint s’enfermer à Amance où il fut aussilét assiégé. Le roi Frédéric ayant alors appelé A son aide le comte de Bar et la comtesse de Champagne, ceux-ci entrèrent A Nancy, qui n’était encore qu'une ville ouverte, et y mirent le feu en sortant. I>e là, les deux armées coalisées vinrent opérer leur jonction avec l'armée assiégeante , et bientét le duc Thiébaut fut réduit A implorer la clémence de son puissant ennemi, en se rendant à discrétion. Il fut conduit en .Allemagne, après avoir chèrement payé .son agression contre la comtesse de Champagne, et il ne recouvra sa liberté qu’en 1219, pour être (‘mpoisonné peu de jours après, A ce que l’on prétend ; ce qui est certain, c’est qu’à peine de retour dans ses états , il fut pris d’une maladie de langueur dont il mourut A Nancy l’année suivante. Il ne laissa point d’héritiers directs et son frère .Mathieu , deuxième du nom, lui succéda. La ducliesse douairière, Gertrude de Dasbourg, s’étant remai;iée , dans l'année même de la mort de son premier époux , avec Thibaut comte de Champagne, elle reçut en douaire, du duc, son beau-frère, Nancy et Gondreville ; la première de ces villes, donnée précédemment en douaire A la duchesse Agnès, mère du duc Mathieu , dut, malgré son opposition, lui être retirée pour être assignée à Gertrude.
Lorsqu’on 12A9 Ferry III, qui plus tard succéda au duc Mathieu II, fut liancé A Marguerite de Navarre, tille du comte de Champagne, son père s'engagea A donner pour douaire A sa belle-tille, Neufehâteau, Chètenoy, Nancy, Port-Saint- Nicolas et Vnrangeville. Ce mariage ne fut cél(‘bré qu’en 1255, é|>oque A laquelle Ferry III atteignit sa majorité. En l2ô:t, les bourgeois de Tout, dans leurs débats contre leur évêque, ayant obtenu A prix d’argent l'appui du duc du Lorraine, les villes de Nancy et de NeufehAteau furent assignées dans le traité comme garants de la bonne foi avec laquelle il était conclu. Ainsi que nous l'avons déjà dit, ce fut en 1265 que les bourgeois de Nancy reçurent, du duc Ferry III, des lettres d'affranchissement , en même temps qu’ils étaient soumis A ia loi de Beaumont, sorte de constitution dont nous allons dire quelques mots : Beaumont est une petite ville champenoise , située dans l’Argonne, entre Stenay et Mouson, laquelle fut fondée, en 1182, par Guillaume de Champagne, archevêque de Reims; pour y attirer des habitants, le fondateur leur accorda certaines franchises qui reçurent le nom de Lois de Beaumont. Cette loi parut si sage, et le peuple porta si manifestement envie aux heureux habitants de Beaumont que, de bon gré ou de force, il fallut en passer pour toutes les petites villes des pays voisins, par l'octroi de chartes d'affranchissement, calquées sur celle de la commune champenoise. Ainsi , les comtes de Bar et de Luxembourg et le duc de Lorraine se virent dans la nécessité de l'accorder A toutes les villes soumises A leur obéissance.
Nous l’avons fait pressentir sulTisamment, l’histoire particulière de Nancy n’est pour ainsi dire que l’hisloire des ducs de Lorraine; on nous pardonnera donc la sécheresse des détails dans lesquels notre plan nous oblige A entrer. Après l’alTranchis.sement de la cité , plus d'un siècle s'écoule sans que scs annales nous oITrent aucun fait intéressant. En 1:139, le duc Raoul fondu la collégiale de Saint- Georges dans un quartier de son palais. Une des dispositions expre.sses de cette
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fondation pieuse fut que lorsqu'un duc de Lorraine ferait sa première entrée à Nancy, il se transporterait i cheval à féglise de Saint-Georges pour y faire le serment de maintenir les libertés et les franchises de la collégiale , en suite de quoi sa monture resterait en don aux chanoines. Le bailli et le prévôt de la ville entrant en charge, étaient tenus de venir faire à Saint-Georges le même serment que le duc à son avènement.
En 1350, les Messins firent invasion sur le territoire du duché de Lorraine, et pendant leur expédition , qui ne dura que quelques jours, ils essayèrent de se rendre maîtres de Nancy ; ne pouvant y réussir, ils se contentèrent de brûler les faubourgs et se retirèrent en mellant à sac tous les villages situées sur leur route, le long de la Meiirthe et de la .Moselle. Au commencement du siècle suivant, cette ville fut le théâtre de nouveaux événements militaires. En 1V07, le duc Charles, alors sur le trône ducal, soutenait les droits de l'empereur Rupert contre 'Wenceslas ; Louis, duc d Orléans, frère du roi de France Charles VI, avait embrassé le parti de Wenceslas; le prince français déclara la guerre au duc de Lorraine et l'envoya délier par un héraut d'armes, qui avait ordre de dire au duc de préparer, dans son palais de Nancy, un dîner pour le maréchal de Luxembourg cl les princes et seigneurs ses alliés. Charles accepta bravement ce défi et fit répondre au duc d'Orléans , qu'à deux jours de là , il l'attendrait entre Nancy et la Meurthe. I.e jour même, l'armée luxembourgeoise allait asseoir son camp devant les murs de la ville. Le lendemain l’assaut fut tenté , mais il fut repoussé bravement, et le duc de Lorraine, dans une heureuse sortie, fit prisonnier le maréchal le laixembourg et ses allii'-s, les comtes de Saarbruck, de Sarwerden et de Salm , auxquels il fit donner à dîner, mais en prison. Ce combat fut livré au village de Champigneulcs. Du reste, le duc Charles aimait particulièrement le séjour de Nancy ; celte ville lui dut de notables agrandissements ; il fit aussi dessécher les marécages dont elle était environnée et qui jusqu’alors eu avaient rendu le séjour malsain.
Le roi de France Charles VII vint, en li4i, a Nancy où il séjourna quelque temps pour s'entendre avec le roi René d'Anjou, duc de Lorraine, sur les mesures relatives au siège de Metz. Ce fut pendant le séjour de Charles VII à Nancy, que des députés de la ville d'Épinal lui offrirent la possession de celte cité qui voulait se soustraire à la domination de l’évêque de Metz. Charles VII, comme on le pense bien , n’eut garde de refuser, et peu de jours après la ville et le château d’Épinal furent occupés par les Français. Le roi , pendant toute la durée du siège et du blocus de Metz, resta auprès du roi de Sicile, soit à Nancy soit à Pont-à-Mousson. Quand la cité de Metz se fut affranchie par un traité onéreux, des malheurs qu’avait attirés sur elle la guerre injuste que les deux rois lui faisaient, ceux-ci revinrent à Nancy où se célébrèrent les fiançailles de Marguerite d’Anjou avec le roi Henri VI d'Angleterre. Des tournois et des fêtes de toute sorte signalèrent celte illustre alliance. En même temps, eut lieu le nwriage de Ferry de Vaudemont , fils du prétendant Antoine de Vaudemont, avec Yolande, fille du roi Riuié ; union qui mit fin aux démêlés sanglants occasionnés par la succession au trône ducal. Au commencement de mars iià5, Charles VII quitta Nancy. , ''
NANCY
Toute la ville de Nancy, au mois de juin U66, assista à un célèbre pas d'armes ordonne par Jean de Calabre, duc de Lorraine. Le combat dura quinze jours et eut lieu entre la neuve ville et Saint-Nicolas. L'année suivante, la somptueuse amlwssade que Ladislas, roi de Hongrie, envoyait au roi Charles VII, pour lui demander la main de sa fille Madeleine de France, passa par Nancy, où, pendant trois jours , elle fut traitée de la manière la plus magnifique aux frais du prince. Les seigneurs hongrois qui en faisaient partie étaient au nombre de près de cinquante. Le '2 août H7I , le duc Nicolas d'Anjou fit son entrée solennelle à Nancy, Toute la noblesse était allée au-devant de lui jusqu'à (îondrevillc. Lorsqu’il approcha de sa capitale, le duc fut accueilli par un cortège composé de tout le clergé, des magistrats et des bourgeois de la ville, qui le conduisirent aux cris de Aoc7/ A'ort.' jusqu’à Saint-Georges, où il fit le serment solennel de maintenir les droits et les privilèges des églises et du pays. Four célébrer son intronisation, le nouveau duc ordonna des joiUes et des tournois dont les scènes brillantes se prolongèrent pendant plusieurs jours. Le règne de ce jeune prince, qui avait su captiver l'amour des Lorrains, fut de courte durée; il mourut empoisonné, à ce que l'on prétendit , le 27 juillet LV73. Ce fut un deuil général dans la ville de Nancy.
La mort du duc Nicolas mit la couronne sur la tète de René , petit-fils d'Antoine de Vaudemont. Le duc de Bourgogne, CharIcs-le-Téméraire, n'eut pas plus t6t appris que Nicolas était allé de vie à trépas, qu'espérant s’emparer du duché de Lorraine , qu’il convoitait ardemment , il tenta de faire enlever le jeune héritier de la couronne ducale. Heureusement pour René de Vaudemont, le roi de France ne pouvait prêter les mains à une pareille combinaison; I.«uis XI se saisit aussitôt de la personne du neveu de l'Empereur, qui était à Paris, et déclara qu'il ne lui rendrait sa liberté que lorsque René aurait recouvré la sienne. Charles fut contraint de se dessaisir do la personne du prince lorrain ; mais celui-ci conçut naturellement contre son ennemi une haine qui ne finit qu’avec la vie du duc de Bourgogne. René, reconnu duc de Lorraine, fit son entrée à Nancy le l août IV73. De part et d'autre, pendant quelques années, on dissimula sa haine. Ainsi, lorsque Charles- Ic-Téméraire fit transporter à Dijon le corps de son père, Pliilippe-lc-Bon , il dut traverser Nancy : le duc René sortit en grande pompe de la ville pour en faire les honneurs à son puissant voisin. Les princes se rencontrèrent entre Bouxières-aux-Dames etChampigncules. Ils s'embrassèrent et se firent toutes sortes de caresses ; et pendant deux jours Charles fut festoyé à Nancy avec une apparente cordialité. A peine parti le duc de Bourgogne reprit ses projets d'usurpation. Il fit marcher une armée vers la Lorraine, sous le prétexte étrange de soutenir les droits du jeune prince contre ceux qui seraicid tentés de les attaquer. Comme le voisinage d’une armée bourguignonne donnait de l’ombrage h celui-ci, il écrivit à tlharles-le-ïéméraire pour loi dire que scs états étant en pleine paix, il le suppliait de retirer de ses frontières des troupes qui ne pouvaient que nuire nu bien-être de son peuple. Le Bourguignon refusa de céder aux instances de René, à moins qu'il ne signât avec lui une ligue offensive et défensive contre tous ennemis: le duc de Lorraine, de son ciMè, ne voulut point accéder à cette proposition, alléguant pour raison IV. , 07
Djgilized Iv^iOOgle
•V30 LORRAINE
qu'étant déjà lié par traité avec le roi de France Louis XI, il ne pouvait manquer à la foi qu'il lui avait jurée.
Cliarles-le-Témérairc insista, René II se vit abandonné par ses alliés, et force lui fut de signer un traité qui laissait aui troupes bourguignonnes le passage libre ù travers la Lorraine , et qui leur ouvrait plusieurs places importantes du duebé; enfin, le jeune duc s'engagea à ne contracter avec le roi de France aucun traité préjudiciable au duc de Bourgogne. On peut se figurer aisément avec quelle répugnance le prince lorrain se vit contraint d'accepter ces deux conditions; aussi Louis XI lui ayant offert do s'unir secrètement à la France contre le duc do Bourgogne, René, qui no devinait que trop les vues ambitieuses de Cbarles, s'empressa de lier par serment scs intérêts à ceux du roi. Peu après cet accord secret, Louis XI pressa le duc de Lorraine de rompre ouvertement avec le prince bouguignon et de lui déclarer la guerre, s'engageant à le soutenir de tout son pouvoir dans la lutte qui allait s'engager. D'un autre côté, l'empereur Frédéric III ayant sommé René de ne pas accorder le passage sur ses terres aux troupes de Cliarles-le-Témérairc , le prince lorrain , se croyant appuyé par l'Empereur et par le roi de France, prit bravement son parti et fit porter par un héraut d'armes au duc de Bourgogne un défi, dans les formes, avec un gantelet en.sanglanté suivant l'usage. Le héraut d'armes, chargé de cette commission épineuse, s'en acquitta le plus vite qu'il put ; comme il cherchait a s’enfuir, le duc Charles le fit rappeler, lui donna douze florins et un de ses meilleurs vêtements pour lui payer la bonne nouvelle dont il était porteur. « Dis à ton maître, ajouta-t-il, que bientôt je serai en Lorraine. » Ce fut néanmoins le duc René qui, aidé de troupes françaises, commandées par le sire de Craon, commença les hostilités, et débuta par le siège de Damvillers. Dés que le duc de Bourgogne se mit en mouvement, le sire de Craon se retira , disant qu'il n'avait aucun ordre du roi pour faire la guerre aux Bourguignons. Heureusement pour René, il lui arriva un renfort de quelques milliers d’Alsaciens et de Suisses envoyés à son secours |wr les villes qui s’étaient liguées contre le duc de Bourgogne. A l'approche de Charles- Ic-Téméraire, René, qui était ù I’ont-à-Mous,son, se décida à concentrer toutes ses foi'ces dans tes places les plus importantes , en abandonnant les autres. Presque toute son armée se renferma dans Nancy et dans Ëpinal. Le Bâtard de Calabre fut nommé gouverneur de la première de ces villes et chargé de sa défense. Ces di.spositions prises, René se retira aupn'vs de Louis XI, qui l’avait poussé à la guerre.
Nancy fut aussitôt mis en état de défense. Les faubourgs furent rasés; on coupa les arbres qui env ii'onnaienl la place ; on éleva de gros boulevarts devant les portes de la ville, et les murailles furent garnies d’artillerie. D’un autre côté, Charlcs-lc-Témérairc s’emparait de Briey, de .Mars-la-’l’our, de Pont-à-Mousson et de quelques autres places. Pendant prés d’un mois il concentra scs forces, tout en enlevant successivement de petites villes et des bourgades fortifiées. H vint enfin mettre le siège devant Épinal qui se rendit au bout de neuf jours. En vain le duc René pressait le roi Louis XI de tenir toutes ses promesses cl lui représentait la ruine de ses étals. Le roi lui répondait sans cesse que toutes lus nouvelles qu'il lui débitait étaient controuvées et que le duc de Bourgogne
NANCY
n’(?tait pas en Lorraine. Charles-le-Téméraire ayant ainsi les eoiidiïcs franches, vint mettre le siège devant Nancy, le 25 octobre 1475. Il s'èlahlit au faubourg Saint-Thiébaut , et les généraux de son armée au faubourg Saint-Nicolas , dans un quartier renfermé aujourd'hui dans la Ville-Neuve, ^’est là que fut placée la batterie destinée à faire brèche aux murailles de la ville qui, en moins de huit jours, furent environnées des tranchées ennemies. Une tour gênait surtout, par son feu bien nourri et bien dirigé, les approches des Bourguignons ; une énorme bombarde avait été dirigée contre cette tour qu'elle devait écra.ser rapidement; les canonniers de la place ne lui en laissèrent pas le temps. Ils tuèrent les bombardiers sur leur pièce , et celle-ci fut démontée et mise hors d’état de nuire. Le duc Charles savait malheureusement que la disette ne devait pas tarder à se faire sentir dans Nancy. Il temporisa donc habilement , parce qu'il ne craignait pas d’intervention armée de la part de l'Empereur ni du roi de France, et il réussit à faire naître dans la ville assiégée une misère si épouvantable, que le duc René luiméme eut pitié de ses lldèlcs sujets, et fit passer au gouverneur un message par lequel il l’autorisait à traiter avec le duc de Bourgogne de la redilition de la place, mais aux conditions les moins mauvaises possible. Ce message fut reçu le 25 novembre 1V75, et dès le lendemain Nancy se rendit. Tous les soldats étrangers aux termes de la capitulation devaient se retirer avec armes et bagages et avec tous les honneurs de la guerre. La ville devait conserver ses privilèges et ses anciens droits, et enfin les fortifications ne devaient point être touchées. Le siège avait traîné en longueur , grâce à la trahison de Nicolas de Campobasso, seigneur napolitain, chassé de son pays et passé du service des princes angevins, René, Jean et Nicolas , à celui de Charles-le-Téméraire. Cette trahison , dénoncée par Louis XI lui-même au due de Bourgogne, fut regardée par lui comme impossible, par la seule raison qu’il en devait la connaissance au roi de France, son plus ardent ennemi. Le duc de Bourgogne entra triomphalement à Nancy, le 30 novembre, par la porte de la Craffe, devenue plus tard la porte Notre-Dame; il alla se loger au palais ducal , après avoir accompli à la collégiale de Saint-deorges la cérémonie accoutumée de la prestation de serment des ducs de Lorraine, lors de leur première venue dans leur capitale. Dès le 18 décembre, il convoqua pour le 27 les trois États de la Lorraine, et, quand ils furent réunis, il leur tint un discours dans lequel il leur annonçait qu’il était décidé à faire de Nancy la capitale de ses vastes états : il voulait , disait-il , agrandir cette ville , y établir une cour souveraine, et il saurait bien la défendre toujours contre tous ses ennemis , fussent-ils l’Empereur ou le roi de France. Pourvu que les Lorrains lui gardassent leurs serments de fidélité , il leur promettait de se montrer à leur égard le meilleur des princes et le plus zélé des défenseurs ; il concluait en an-' noncant qu’il confiait le gouvernement de la Lorraine à son cousin M. de Bièvre, auquel il les engageait d’obéir ainsi qu’ils l'en.ssent fait à lui-même.
Après avoir passé son armée en revue, et lui avoir laissé le temps de se préparer à une nouvelle campagne , f.harles-le-Témérairc parfit de Nancy, le 1 1 janvier 1176, et marcha vers la Suisse. En vain les habitants de cette âpre contrée .supplièrent-ils le duc de respecter leurs libertés, en lui promettant de devenir pour lui de fidèles alliés ; le duc Charles , poussé par la fatalilé, ne voulut rien