‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 90 sur 120 · IV · texte numérisé non relu

IV

5;W LÜHHAINE.

qui se présenta de satisfaire son humeur guerrière : il eut l'insigne folie de s’allier secrètement au roi d'Angleterre, Charles I", pour faire la guerre à la France. Les menées des deux alliés furent découvertes , et de ce moment le cardinal de Hichelieu décida la ruine du duché de Lorraine au profit de la couronne royale. Une espèce de raccommodement entre Louis XIII et Charles IV suspendit pour quelque temps la marche fatale des événements. En septembre 1629, Gaston d'Orléans, frère du roi, s'étant retiré à Nancy, à la cour du duc, par haine contre le ministre tout-puissant , il y fut accueilli avec les égards et les prévenances dues à son rang. Pendant son séjour en Lorraine, le prince français devint amoureux de Marguerite, sœur du duc Charles IV, et les propos qui, dès cette époque, se tinrent sur les projets de mariage qu’on prêtait i son frère, portèrent Louis XIII à lui faire toutes les avances possibles pour le décider h revenir à Paris. Gaston se rendit à l’invitation du roi, mais sans rien oublier de scs griefs contre le cardinal. Au commencement de 1631 il fit de nouveau demander un asile au duc de Lorraine, en même temps qu’il sollicitait la main de sa sœnr Marguerite. Charles IV voulait prendre le temps de réfléchir; le duc d'Orléans n'en devint que plus pressant; enfin les paroles étant de part et d’autre engagées, il revint k Nancy. Le roi envoie alors message sur message en Lorraine pour demander au duc des explications sur les bniits qui courent relativement au mariage de sa sœur Marguerite avec le duc d'Orléans. Charles IV en nie la réalité; et pendant quelques mois il va guerroyer en Allemagne à la tète des troupes lorraines. L'arrivée du roi à Metz le décide à revenir dans ses états qu'il craint de voir envahir; bientôt le mariage, cause de tous ces démêlés, est célébré le 13 janvier 1632, dans le monastère du Saint-Sacrement de Nancy. La colère de Louis XIII en fut si ^ grande qu'il fit écrire au parlement de Metz pour demander la punition exemplaire d'un acte qu'il qualifiait de rapt. Charles IV, sous prétexte de tenir une armée au service de l'Empereur, et de se mettre en garde contre une agression de Gustave- Adolphe , ne cessait de lever des troupes. Louis XIII le fit en vain prier de désarmer, il n'y voulut pas consentir ; le cardinal de Richelieu résolut de l'y contraindre par la force. La province fut envahie, et les troupes françaises parurent devant Nancy. Un traité onéreux pour le duc de Lorraine en paya la retraite.

Ce traité signé è Liverdun ne ramena le calme que pour trop peu de temps. Dés l’année 1633, le roi de France marcha de nouveau sur la Lorraine ; Charles IV dépêcha son frère, le cardinal, au-devant de Louis XIII, pour tâcher de l'adoucir et d'éloigner l’orage qui le menaçait. Celui-ci renvoya le cardinal à son ministre, et Richelieu lui signifia crûment que, si le duc Charles IV voulait que le roi se fiât à sa parole , il n'avait d'autre parti â prendre que de lui donner en dépôt la ville de Nancy, la seule qui lui restait de tons ses états Le cardinal de Lorraine se n'rriant contre une condition si dure, déclara qu’il ne conseillerait jamais k son frère de l’acccplcr. Les conférences furent rompues, le roi refusa de suspendre sa marche, et, le 22 août les trouives françni.scs parurent devant Nancy. Ce fut alors que Charles IV, pour désarmer la haine du cardinal , se démit des duchés de Lorraine et de Bar en faveur de son frère le cardinal François {26 aoiU 1633). Le cardinal do Richelieu, qui voulait à tout prix occuper Nancy, n’en persista pas moins dans ses projets : les hostilités commencèrent devant cette place. Un

NANCY

iiüuveaa traité, souscrit par le duc Charles IV, te (i septembre 1634, stipulait la remise de la capitale de la Lorraine entre les mains du roi ; mais Charles avait enjoint à M. de Mouy qui commandait dans la ville, de n'en ouvrir les portes que sur un ordre evprès signé par lui. 11 avait le dessein de s’y jeter lui-méme et de s'y délendre jusqu'A la dernière extrémité ; il n’y put parvenir. I.e34 septembre 1633, la garnison lorraine évacua Nancy et la livra aux troupes françaises, qui l'occupèrent incontinent.

Le lendemain 25, Louis XIII entra en conquérant dans la cité ducale. Ce fut un jour de deuil pour les habitants , qui s’enfermèrent chez eux et refusèrent de s'associer par le moindre signe de joie au triomphe des armes françaises. Toutefois, le soir, l'ordre leur ayant été donné d'allumer des feux devant chaque maison, ils furent contraints d’obéir, l'n grand artiste, Jacques Callot, né & Nancy , en 1593, se montra surtout animé de ces sentiments patriotiques. A la fois illustre comme dessinateur, peintre et graveur, il avait, à la demande du roi de France, déjà exécuté quelque belles gravures pour transmettre à la postérité ses principaux succès militaires. Louis XIII lui Ht des offres magoiGques, après la prise de Nancy, afin de l’engager à perpétuer aussi par la gravure le souvenir de cette conquête ; mais l’artiste lorrain répondit avec une noble fierté « qu’il aimerait mieux se couper le pouce plutôt que de faire quelque chose de contraire à l’honneur de son prince et de sa pairie. » Louis XIII eut le bon esprit d'admirer ce patriotique désintéressement et d’envier à Charles IV un pareil sujet. Lorsque le duc de Lorraine rentra à Nancy, tous les babitanis s’empressèrent de lui témoigner par leurs acclamations la vive affection qu'ils lui portaient. Il n'y en avait pas un qui ne partageât les sentiments de Callot. Le l”octobre suivant, Louis XIII reprit la route de Paris, laissant pour gouverneur de la place M. de Brassac, avec une garnison de huit mille hommes. Le duc Charles, par déférence, suivit le roi jusqu'à Toul , puis revint à Nancy ; mais désespéré de ne plus être le maître dans sa capitale, il s’en éloigna bientôt, U'abord il alla à Lunéville, puis il s’établit à Mirecourt, où il passa l’hiver à dissimuler son humiliation. L’annulation du mariage de Gaston d'Orléans préoccupait toujours Louis XIII et son ministre. Ils en vinrent à faire citer Charles IV devant le parlement de Paris, comme coupable de rapt et de séduction de la personne du prince français; et le duc de Lorraine, outré de cet affront, se démit une seconde fois de tous ses états en faveur du cardinal son frère, qui prit aussitôt le titre de duc de Lorraine. Charles sortit de ses états et se retira en Alsace.

I.a substitution du cardinal-duc François , à la place de son frère Charles IV, n'amena aucune amélioration dans les affaires de la Lorraine : Richelieu le poursuivit de la même haine obstinée qu'il avait déployée contre son prédécesseur. Le nouveau duc ayant épousé en toute hâte sa cousine Claude de Lorraine, sœur cadette de la duchesse Nicole, pour contrarier les vues usurpatrices de la France, fut arrêté à Lunéville et conduit à Nancy, où on l’enferma avec la duchesse dans le château ducal. Ia‘s deux époux parvinrent à se soustraire à la surveillance active dont ils étaient environnés, et s’évadant à la faveur de la nuit du 1" avril 1634, déguisés en paysans, ils gagnèrent Besançon, où ils trouvèrent le duc Charles, et de là se retirèrent en Toscane auprès de la duchesse leur tante , fille do duc

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