I.OKKAINE
Charles III. Cependant Hirlielieu adivait avec ardeur racliè^onient de son œuvre;
11 lui tardait d’être maître de la Lorraine, et la seule pinec forte importante qui lui nt encore ombrage était la Mothe.
L'investissement de la place commença , le 8 mars 1631. Bientêt le siège commença; il fut extrêmement long et meurtrier, car la capitulation qui livra la Mothe aux troupes françaises ne fut signée que le 26 juillet 163i. L’année suivante, le duc Charles rentra en Lorraine et se rendit promptement maître de quelques petites places et châteaux-forts défendus par les Français. Ses succès alarmèrent tellement le cardinal de Richelieu, qu’il décida Louis XIII à rentrer dans cette province. Le 0 septembre, le roi arriva à Saint-Diiier où était fixé le rendei-vous général de son armée. Après mie campagne désastreuse, le duc de I-orraine fut encore obligé d’abandonner ses états et de se retirer en Franche- Comté d’abord , puis dans les Pays-Bas. En 1636, ordre fut donné de démolir tout ce qui restait de châteaux et de maisons fortes dans le pays conquis. fH-jà Nancy avait été démantelé.
En 1638, Charles rentre de nouveau en Lorraine que les Français envahissent encore une fois. L’année suivante, le cardinal de Richelieu fait des démarches pour détacher le duc du parti impérial et pour le gagner à la France; mais ces démarches n’ont aucun succès. Les négociations abandonnées, reprises, abandonnées encore, puis remises sur le tapis, amenèrent enfin une solution. Chartes , se détacha de l'Empire et de l'Espagne , et vint en iiersonne â Paris , où il , arriva le 7 mars 16V1. Un traité, qui reçut le nom de Peiiie Paix, fut conclu le 21 du même mois : mais le 28 avril suivant , le duc protesta contre ce traité qui * lui avait été extorqué. Il tint d’abord sa protestation secrète, pour se donner le temps de recouvrer les places qui devaient lui être rendues, selon la teneur du traité. Cet aKifiee ne les lui donna que peu de temps; ses dispositions hostiles furent bientôt évidentes, et le cardinal de Kichelicu fît sur-le-champ reprendre possession par les Français de toutes ces mêmes places, excepté de celle de la Mothe dont on ne put faire sortir les Lorrains que par un nouveau siège, après lequel on en démantela les fortiOcations (16lti). I.a guerre avait donc éclaté de nouveau, lorsque le cardinal de Richelieu mourut le â décembre 16â2. IxiuisXIII n'ayant pas tardé à le suivre au tombeau (lâ mai 16V3), l'espérance revint dans le cœur du duc Charles. Il ne gagna rien toutefois ù ce changement. Le nouveau ministre, Hazarin, ne fît qu'enchérir sur la haine de son prédécesseur; le duc, en 161-5, reprit donc ouvertement le parti de fEspagne. En 1648, Charles IV fît encore une vaine tentative pour rentrer en grâce avec la France. En 1650, une armée lorraine, sous les ordres du comte de Ligniville se saisit rapidement de quelques places importantes : elle menaçait Nancy, lorsque âl. de La Ferté parvint en une nuit à l'avitailler cette ville, et à y jeter assez de monde pour la mettre à l'abri d’une surprise. Toutes les conquêtes de M. de Ligniville furent bientôt reprises par le même capitaine.
Pendant dix années encore, le duc Charles IV éprouva toutes les adversités auxquelles il était voué depuis si longtemps, et ce ne fut qu'en 1661 qu'un nouveau traité lui rendit tous ses états à la condition que Nancy serait démantelé (28 février). Le 4 mai 1661 , les Français commencèrent à raser les fortiOcations
NANCY
de la ville neuve , et au mois de septembre suivant ee fut le tour de la vieille ville. C’est par une des brèches faites dans les murailles de sa capitale, que Charles IV y reparut d'abord, le i septembre 1663, aux acclamations de ses fidèles sujets ravis de revoir leur prince. Le lendemain cul lieu la cérémonie solennelle de son entrée, à la tête de toute sa cour, de scs gardes et d’une partie de la population. Dès qu’il se revit en possession de sa ville ducale , Charles ne songea plus qu’aux fêtes et aux plaisirs de toute espèce. Les carrousels , les bals , la comédie et la chasse devinrent ses seuls passe-temps et ses seules otxupalions. Le peuple luimème trouvait dans ces amusements un allégements la misère à laquelle il était réduit par fexrès des charges publiques. Ces joies devaient être de courte durée. En 1070, la Lorraine fut envahie de nouveau par une armée française sous les ordres du maréchal de Crèqui : le I" septembre, celui-ci entra dans Nancy sans éprouver la moindre résistance. Le palais ducal fut livré nu pillage , la bourgeoisie désarmée, les archives enlevées ainsi que les registres de la cour des comptes ; on saisit et l’on emporta également l’artillerie et les armes qui se trouvaient emmagasinées dans l’arsenal. Le duc Charles, qui s’était réfugié dans les montagnes des Vosges, fut réduit une fois de plus à s’éloigner de ses états et à se retirer en Allemagne. En 1073, Louis XIV vint s’établir ii Nancy dans le palais ducal, pour tenir plus efflcacement en échec la ligue formée le 1" juillet contre les Français, par le roi de Hollande, l’Empereur et le duc de Lorraine. La vieille ville, par ses ordres, fut remise en état de défense. Enfin le belliqueux duc Charles mourut le 18 septembre 1075, à fâge de soixante-douic ans et au moment où il venait de gagner la bataille de Konts-Sarebruke sur le maréchal de Créqui.
A Charles IV succéda son neveu Charles V, fils du duc Nicolas-François. Pendant toute la durée de son règne, il fut, comme l’avait presque constamment été son prédécesseur, dépossédé de ses états, qui restèrent entre les mains de Louis XIV. Charles V mourut le 18 avril 1090. Le duc Léopold, son fils, remis en possession de la Lorraine par le traité de Riswick , signé le 31 octobre 1097, fit apporter è Nancy le corps du duc Charles V, qui était resté dans l’église. desJésuites è Inspruck : on déposa la dépouille mortelle du feu duc dans l’église des Cordeliers, et ses obsèques furent célébrées avec une grande pompe , le 19 avril 1700 et les deux jours suivants. Léopold trouva sa capitale presque déserte cl démantelée; son premier soin fut d’effacer les traces des désastres qui l’avaient accablée. Son règne fut une époque de paix et de bonheur; la Lorraine put cicatriser ses plaies ; Nancy devint, grâce aux embelli.ssements qui lui furent prodigués, la ville la plus élégante et la plus brillante. En 170k, après la prise de Landau, Louis XIV fit annoncer à Léopold qu’il recevrait incessamment une garnison française è Nancy. Le duc fit de vaines protestations; il dut céder à la force , et se retira à Lunéville où il bâtit un palais magnifique. Il y fit sa demeure tant que les troupes françaises occupèrent Nancy. En 171i seulement, les troupes françaises évacuèrent Nancy, et le 25 novembre la cour ducale y rentra solennellement. Léopold mourut à Lunéville, le 27 mars 1729; son corps, transféré ii Nancy, y resta en dépùt dans l’église des Jésuites jusqu’au 7 juin suivant, jour marqué pour son inhumation dans f église des Cordeliers. Le duc François T fils et successeur de Léopold, apprit à la cour de Vienne que la couronne
LORRAINE
lui était échue II vint en Ix>rrainc et fit son entrée solennelle ù Nancy le 3 janvier 1730. Bientét il retourna en Autriche, après avoir visité scs états qu'il ne devait plus revoir. Le 3 octobre 1735, un traité Tut signé à Vienne , qui dépouillait le duc François, auquel les puissances contractantes assuraient en échange le grand-duché de Toscane. I.n Lorraine devait être donnée au roi Stanislas Leezinski , beau-père de I.oui8 XV, pour être réunie après lui à la couronne de France. L'Empereur, voulant dédommager le jeune duc de Lorraine, qu'il aimait tendrement, lui donna la main de sa Qlle .Marie-Thérèse, unique héritière de l'Empire. Quelque brillant que fdt l'avenir qui lui était réservé, François hésita longtemps avant d'accéder au sacrifice qu'on attendait de lui.
Le 21 mars 1737, le roi Stanislas fut mis en possession des duchés de Lorraine et de Kar. Des fêtes somptueuses, sans doute , signalèrent cet événement, mais le cœur des Lorrains y prit fort peu de part. Le nouveau souverain n'avait pas encore fait son entrée solennelle è Nancy, il attendait que les préventions se fussent calmées; mais force lui fut de passer outre. Le 9 août, lorsqu'il entra à Nancy, celte ville resta muette et présenta plutôt l'image de la désolation que celle de la joie. Plusieurs familles avaient fait murer les fenêtres de leurs hôtels donnant sur la rue où devait passer Stanislas ; presque tous s'étalent réfugiés à la campagne pour ne pas être les témoins d'un fait qui froissait toutes leurs affections, toutes leurs susceptibilités. Le règne entier de Stanislas fut employé à préparer la réunion dénnilive de la Lorraine à la France, en effaçant jusqu'aux souvenirs d'une nationalité dont le souvenir importunait. Cette proscription s'étendait jusqu'aux monuments. Le palais de la Malgrange, commencé par les derniers ducs et encore inachevé, fut détruit , et ses matériaux employés à l'édiflcation de l'église de Bon-Secours, qui s'éleva sur l'emplacement même de la chapelle des Bourguignons. Le palais ducal, bèti à l'extrémité de la Carrière, par Léopold et par François IV, fut également rasé, et sur le même emplacement, s'éleva l'hôtel du gouvernement , qui sert aujourd'hui à loger le préfet de la Meurthe. L'ancien chfiteau, l'arsenal, la salle de l'opéra, l'hôtel des pages, et d'autres bâtiiDcnts considérables, furent convertis en casernes. Enfin, on ne respecta pas davantage l'église de Saint-Georges elle-même. Chaque année, le jour des Rois, une procession rappelait au peuple la délivrance de Nancy ; elle fut défendue. On ordonna la suppression des confréries bourgeoises d’arbalétriers et d'arquebusiers> et aucun habitant ne put avoir chez lui des armes à feu, è moins qu'il ne fût noble. Il ne faudrait pas croire cependant que le règne de Stanislas ait été fatal à la Lorraine, en général, et ii la ville de Nancy, surtout. A partir de 17A5, l'influence du souverain donna dans cette cité une très-grande impulsion è la culture des sciences et des arts libéraux. C'est à Stanislas que sont dues les constructions de la place Royale , et les portes triomphales qui donnent accès dans la ville. La place Carrière, digne d'une capitale, par sa magnificence, fut consiruite alors; les fontaines de la place Stanislas, aujourd'hui la place d'Alliancc, s'élevèrent; enfin une statue du roi Louis XV décora le centre de la place Royale. La malencontreuse idée qui avait présidé è la consécration de ce dernier monument fut, il est vrai, plus que critiquée par les Lorrains. Aussi , l'eUigie du roi de France reçut-elle de nombreuses insultes dont on ne rechercha pas les auteurs. Elle devait , en déHni-
NANCY
tive , tomber sous les coups des volontaires marseillais à l'époque de la Révolution. .\ujourd'hui , à la même place, on voit la statue du roi Stanislas. Jamais hommage plus mérité ne fut, du reste, rendu à un prince; car Stanislas, qui avait à lutter contre les préventions les plus profondément enracinées, eut l'art de se faire aimer des Lorrains, qui lui donnèrent le surnom de llioifaisanl.
Lorsque la iwuvelle de la mort du duc de Lorraine, devenu l'empereur François I", arriva à Nancy, ce fut dans cette ville un deuil général , et personne n'essaya de comprimer les manifestations de la douleur publique. Chacun sait la lin tragique du roi de Pologne, qui mourut le 23 février 1766, à Lunéville : il fut enterré aux .Minimes de Bon-Secours et généralement regretté de ses sujets. De ce moment, Nancy devint une ville française. Les Lorrains durent s'habituer peu à peu il la perte de leur ancienne indépendance ; mais il faut le dire , cette transformation en province française ne s’est pas effectuée en un jour. Il existe, encore des familles dans lesquelles ce vieil esprit de nationalité n'est pas tout a fait éteint.
Dès le commencement de la Révolution , la population de Nancy s'associa sans réserve à ce grand mouvement des esprits. Nous devons ici nous arrêter un instant sur un fait qui alors occupa vivement les hommes placés par la force des choses à la tête des affaires du pays. Au commencement du mois d'août 1790, une insurrection éclata dans les trois régimenb qui tenaient garnison à Nancy. C'étaient les régiments du Roi-infanterie ; de Mestre de Camp-cavalerie; cl de Châteauvieux- Suisse. Ils réclamaient la remise de tout l'arriéré de solde qui leur était dû. Les caisses furent enlevées à main armée, 1 autorité des ollicicrs méconnue, à tel point que beaucoup d'entre eux demandèrent à se retirer, tandis que les autres SC cachaient pour se soustraire aux mauvais traitements de la soldatesque. L'Assemblée nationale prit aussitût les mesures les plus énergiques pour mettre un terme û ce fûcheux état de choses, et un décret sévère, qu’elle rendit contre les insurrections militaires, dans sa séance du 16 août 1790, sembla tout faire rentrer dans l’ordre. Dès le 20 août, l’insurrection paraissait étouffée, mais le régiment suisse persista dans son insubordination; les deux autres régiments se joignirent bientût à lui, et la populace de Nancy se réunit aux rebelles.
l’n régiment de carabiniers était en garnison à Lunéville ; il n'avait pas pris part à rinsurrection. M. de Malseignc, général inspecteur, et quelques officiers de la garnison de Nancy, se réfugièrent dans ses rangs. M. Dénoue, commandant de la ville, fut blessé et traîné en prison ; l'arsenal fut forcé, et toute la garnison avec quelques gardes nationales sortirent de Nancy pour marcher contre les carabiniers de Lunéville : ceci se passait le 28 août. Dans sa séance du .11 août, l'Assemblée nationale adopta une proclamation rédigée par Rarnave, où elle rappelait la garnison de Nancy ù l'honneur et nu devoir; M. de Rouillé avait pris quelques mesures pour réprimer le désordre : l'Assemblée les approuva à l'unanimité. Dans la séance du 2 septembre, on apprit que M. de Malseignc avait été livré aux mutins par les carabiniers, mais que M. de Rouillé ayant réuni à Frouard tout ce qu'il possédait de troupes disponibles et de gardes nationales de Mett , de Toul et de l’ont-n-.Mousson, avait marché sur Nancy, et avait sommé les trois régiments de lui remettre M.M. de Malseignc et Dénoué, et d'attendre sa venue hors de la ville en bataille, en jurant que si ces conditions n'étaient pas exécutées
LORRAINE
dans deux heures, il saurait donner Torcc à la loi et faire respecter les décrets de l'Assemblée nationale. Les deux prisonniers furent rendus, on annonça que les régiments allaient obéir ; mais, en approchant de Nancy, la petite armée de M. de Rouillé trouva une porte gardée par les Sujsses. Les volontaires de la garde nationale composaient l'avant- garde. Ils furent reçus à coups de canon et de fusil, utic affaire s'engagea, la fusillade dans les rues devint extrêmement vive. Les régiments insurgés obligés enlin de se rendre, reçurent l'ordre de quitter Nancy sur l'heure. On ciivoja le régiment du Roi à Verdun; le Mestre de Camp, en partie dispersé, en partie prisonnier, partit immédiatement pour Tout; et les Suisses du régiment de Chéteauvieux , qui avaient le plus souffert, furent envoyés à Moyenvic et à Marsal (31 août, de quatre à sept heures du soir].
Le nombre des morts était grand de part et d'autre ; la seule garde nationale de .Metz eut trente hommes tués dans ses rangs. Depuis des siècles, il régnait entre les populations de Metz et de Nancy une sorte de rivalité malveillante; les tristes é\éncnicnls du 31 août 1790 n'ont fait que l'aviver, et aujourd’hui encore ces deux v illes si voisines n'en sont pas encore venues à avoir l'une pour l'aulre des sentiments tout fraternels. Le i septembre, le conseil de guerre, assemblé à Nancy, prononça son jugement conirc cent trente-huit soldats suisses arrêtés dans la journée du 31 août. Le nommé Soret, l'un des cinq membres du comité des rebelles, fut condamné à être roué vif; vingt-deux à être pendus; » trente-neuf, à trente années de galères; deux contumaces, h la même peine; et les soixante-quatorze autres, à la détention. Dans beaucoup de villes des services solennels furent célébrés en l'honneur des soldais de Rouillé, morts pour la défense des lois et de la liberté.
Nancy, à titre d'ancienne capitale, était, avant la Révolution, la résidence du commandant général des dm hés de Lorraine ot de Rar, et de l’intendant de la généralité ; il v avait une cour souveraine de justice, avec une chambre des comptes à laquelle était unie une cour des aides, un bétel des monnaies, un bailliage, une grande maîtrise des eaux-et-forèts, un hôtel de ville et une juridir'lion consulaire, dont l'origine remontait au moyen ége. « Les merciers de NaiK'y, Port-Saint-Nicolas, Roziéreset autres, » dit l'abbé Expilly, «ayant formé une confrérie CH la révérance et remembrancr de monsieur saint George, le duc Jtaoul cunGrma leur association au mois de janvier 13'»1. Le chef de la confrérie recevait le litre de roi. Les marchands de Nancy obtinrent des ducs , à différentes époques, des lettres de confirmation. » Il y avait sept paroisses dans cette ville : Notre-Dame , Saint-Epvre, Saint-Sébastien, Saint-Roch, Saint-Nicolas, Saint-Fiacre et Saint-Pierre; toutes dépendaient du diocèse de ïoul. Nancy renfermait de nombreuses communautés religieuses : c’étaient des chanoines réguliers de Saint-Augustin de la congrégation du Sauveur, des Prêtres de l'Oratoire, des Rénédictins, des Prémontrés, des Augustins, des Cordeliers, des Jacobins, des Carmes déchaussés, des Péintents, des Minimes, des Tiercclins ou pénitents de Piepus, des dames Prêehcrcsses ou Dominicaines, des Annonciades célestes, des dames du .‘^aint- Sacrement, des filles de la congrégation de Notre-Dame, des dames de la Visitation , des dames du Refuge, des Carmélites, des Ticrcelines, des Sœurs grises on sœurs de sainte Elisabeth, et des sœurs de la Charité, l es
NANCY
Uétu'-dictins linbitajent l'opuicntc ablkiye de saint LénpobI , de la congré^liim de Saint-Vanne, dent le sa^ant dnm Augustin Caimet fut abbé. Les bdpitauK étaient au imtnbre de trois : Saint-Julien, Saint- Charle) et la Charité.
Nancy, cbef-lieu du département de la Meurtbe et siège d’un évêché, compte 35,901 habitants; l'arrondissement en renferme 140,899, et le département 444,803., C'est une des villes les plus belles et les plus agréables de France ; bétie dans un site charmant, sur la rive gauche de la Meurtbe, ù l'evlrémilé d’un bois complètement découvert au levant, mais entouré de tous les autres cOtés par des coteaux d'une grande élévation : la largeur des rues de Ja cité moderne lui donne malheureusement l’air un peu désert. Les mœurs des habitants , douces et éléganlw, conservent toujours l’empreinte que leur lit prendre jadis la fortune toute princiére de cette somptueuse capitale du duché de Lorraine. Les sciences et les lettres y sont cultivées par eu\ avec amour, et l’Académie de .Nancy est, sans contredit, l’une des plus brillantes du royaume, l u collège royal , une école secondaire de médecine, l’école royale forestière, une académie universitaire, une chambre consultative des manufactures, une société centrale d’agriculture, un hôpital militaire, quatre hôpitaux citils, et la maison mère des sœurs hospitalières de Saint-Cliarles , tels sont les établissements et les institutions lc“s plus remarquables de cette vHlle. Nancy se compose de deux quartiers parfaitement distincts : la Ville-vieille et la Vtlle-neuve. Dans la première, réseau de places et de rues irrégulièrement construites, on trouve les restes du palais des ducs de Lorraine; l’église de Saint-Epvre, dont la tour carrée dépassait en hauteur tous les autres édilices, a l’époque du siège des Bourguignons , et la chapelle ducale dévastée pendant la tourmente révolutionnaire, visitée par l’empereur d’Autriche, en 18t5, et restaurée sous le régne de Louis XVIII. La place de Grève, au milieu de laquelle jaillissent les gerbes d'un chôteau d’eau; le Cours d’Orléans, promenade délicieuse, terminée par un arc-de-lriomphe d’ordre ionique érigé en commémoration de la naissance du Dauphin et de l’alliance de la France avec les Ktalsl’nis ( 178.')), appartiennent également à l’ancienne cité. Un autre arc-detriomphe, biUi à l’uiR’ des extrémités de la place Carrière, fait communiquer la Ville-vieille avec la place Royale, située dans lu Ville-neuve. Ce quartier, dont les rues fort larges et coupées (i angles droit ont été tirées au cordeau, offre au visiteur plusieui-s places, promenades ou mutiuments dignes de tonte son admh'ation. C’est d’abord cette même place Stanislas, sur laquelle ligurait, avant la Révolution, la statue de Louis XV, et où l’on voit à présent celle de Stanislas, posée en 1831. Ce sont ensuite les portes Stani.slas, Saiut-Jean et Sainte-Callierine, et celle de Notre-Dame, autrefois appelée Porte de la Craffe; l’hôtel de l’Université, béti par Louis XV, où l’un a installé la bibliothèque publique ; le magnifique établissement des bains; la raüiédrale, bel édifice moderne; l’immense promenade de la Pépinière; la place d’ Alliance, etc. L’église de Bon-Secours s’élève il l’extrémité du faulxmrg Saint-Pierre: Stani.slas et sa femme, (iatherine Opalinska, reine de Pologne, morte le 19 mars 1747, y ont leur tombeau.
Le commerce de Nancy a pour objet les grains, les vins, les eaux-de-vie, les liqueurs, les fruits confits, les laines et les cuirs. Des fabriques de draps, connues autrefois sous le nom de Saint-Jean, de Sainl-Thiébaut lic la Verrerie; des IV. 69
5'.G I.ORRArS’t,
bonneteries, des liuilcrles, des filatures de coton, des tanneries, des corroieries, des fabriques de dentelles, de boules d’acier, de papiers peints et de cbandelles renommées, occupent encore l’activité de scs habitants. Parmi les personnages célèbres nés à Nancy, nous citerons en particulier l'illustre graveur Jacquet Callot, dont nous avons déjà rappelé l’énergique trait de patriotisme; le père MaimboHrg, qui a écrit plusieurs ouvrages d'histoire; madame de Grqffigny, dont les Lettres J‘éruviennes ont obtenu une place distinguée dans la Bibliothèque des Romans; Pierre Chompre, auteur du Dictionnaire abrégé de la Fable; le littérateur Palisiot; le critique HnJ'fmann; les lieutcnanls-gènéraux Drouot et Grand- Jean ;\cs peintres fsabeg et liellangé; le spirituel dessinateur J.-J. Grandeille, et l'agronome Mathieu de Dombasle. '