LUNEVILLE
la ville , mirent aussi au jour une figure d’homme en pierre tenant une enseigne ornée d’une lune, et, à quelque distance du même endroit, on déterra une figure de femme surmontée d'un grand croissant renversé, dont les deux cornes lui retombaient sur les épaules. Nous ne pousserons pas plus loin nos observations sur l’origine de Lunéville': l’espace nous manque d'ailleurs pour analyser le savant mémoire que dom Calmet a consacré à l’examen de cette question.
Hors de l'écusson allégorique de Lunéville , l’antiquaire y chercherait en vain quelques vestiges, quelques pans de murs de la cité gallo-romaine ; il n’y trouverait non plus aucun monument de l’architecture romane ou ogivale , ni aucune oeuvre de la renaissance. Lunéville est à la Lorraine ce que Versailles était à l’ancienne monarchie française ; comme Versailles , elle fut d’abord une maison de chasse ou de repos, près de laquelle s'élevèrent quelques habitations, une abbaye et une chapelle; comme Vci'sailles, elle offre au regard du voyageur de vastes rues alignées au cordeau, d’où la vie et le mouvement paraissent s’étre retirés avec la royauté et où l'herbe croît sans obstacle entre les pavés. La position de Lunéville est , du reste, heureusement choisie. Située à cinq lieues de Nancy, au commencement d’une belle plains qui s’étend du côté de Blamont, entre lu Meuse et la Vesouze, dont la jonction se fait un peu au-dessous, cette ville devaiti tôt ou lard , prendre un grand développement.
Lunéville est nommée pour la première fois par les annalistes de la Lorraine , à propos de l'acquisition de son territoire et de celui de Gerbeviller, faite, en l'2V3, par le duc Mathieu. Elle avait appartenu, dans le x' siècle, à des seigneurs qualifiés de comtes et descendants de la maison de Metz, L’un d'eux, nommé Fulmar-le-Vieil, y avait fondé en 909 une abbaye dédiée à Saint-Kemi. Quant à rétablissement de la maison de chasse, il nous est impossible d’en préciser la date : nous savons seulement que la piété du duc Raoul y adjoignit une chapelle ( 13V3). En 1265, les bourgeois de Lunéville avaient été mis sous la loi de Beaumont , c'est-à-dire affranchis de la servitude. Nous ne trouvons aucun fait militaire à enregistrer dans leur histoire antérieurement à la guerre que le duc René II soutint contre Charles-le-Téméraire : plusieurs seigneurs lorrains vinrent alors investir Lunéville, où s’étaient enfermés quatre cents hommes de l'armée bourguignonne. Les assiégés, vivement pressés et ne recevant aucun secours de Nancy, furent obligés de se rendre ( 1V76,). Au temps de la Ligue, en L587, le baron d’Haussonville, colonel de l’infanterie de Charles HI, fit fortifier à la bâte Lunéville, menacée par les troupes protestantes d’Allemagne , que les huguenots de France devaient prendre à leur solde. Les protestants passèrent, en effet, sous les murs de la place , au mois de septembre ; mais d’Haussonville , qui s’y était enfermé , après avoir laissé une garnison à Blamont, fit si bonne contenance, qu'ils n’osèrent point l’attaquer.
Dausies premières années du xvii’ siècle, le duc Henri, fils de Charles HT, fonda le chàleau-fort de la ville, l'un des plus beaux de la Lorraine (1610). A l’époque de l’abdication fictive du duc Charles IV, Lunéville fut le tliédtre d’un événement assez singulier. Le cardinal François, son frère, auquel il avait ostensiblement cédé tous scs droits, craignant, qu’à défaut d’héritier mâle, sa cousine germaine, la princesse Claude , ne fit sortir le duché de la maison de Lorraine par un ina-
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l.OUKAINE.
rÎHge avpc un priltce élranger, prit subitement le parti de l'épouser Ini-méme : il n’y avait pas de temps à perdre, car le maréchal de l,a Fnrre arrivait à mnrelie» fom'-es pour enlever la princesse au nom de Louis XIII , sous la protection du(|uel le cardinal de Iticlielieu prétendait qu’elle s’était placée. Le cardinal l'ranfois ne pouvait cependant épouser sa cousine sans une dispense du pape; mais, en qualité d’évêque diocésain , il avait la prérogative de se dispenser de la publication dos bans on de transmettre à un ecclésiastique le pouvoir de l’en dispenser. Tous les obstacles furent aplanis de cette man’têre, et le prieur des chanoines de Saint- Rémi bénit le mariage du cardinal et do la princesse dans la chapelle du château (11 février
Iji cérémonie était à peine achevée, et un courrier parti à toute bride pour aller expliquer au pape les causes politiques de cette union si précipitée, que le maréchal de La Force se présentait devant la ville, â la tête de ses troupes. Il y entra aussitôt, s’assura des deux époux sans aucune forme de procédure, et, comme il a été précédemment raconté ailleurs, les fit conduii’e sous lionne lionne escorte à Nancy. Les troupes de Louis XIII campées à Lniiérille ne l’évacuérent qu’à l’approche des Impériaux. Le pays d'alentour était épuisé : Jean de ■\’ert ne pouvant y subsister, l’abandonna aux Français qui remirent garnison dans la place ( 1C37). Ceux-ci en furent expulsés, en 1G38, |iar le marquis de Ville, général de Charles IV. Le marquis voulait rétablir les fortificalions du la ville ; mais l’armée du roi , composée de trente cinq mille bomnics, y rentra au bout de six jours de siège. Le marquis de â'ilic tint un moment dans le château, où il s'était retiré avec une partie de ses soldats ; contraint de capituler, il fut enfermé an clnlteau de Vinccnnes,ct la garnison emoytK: aux galères Louis XIII fil aussitôt procéder à la destruction des remparts et des teiTasses de Lunéville. Ce n’est toutefois (pi’cn 1041, qu’un officier français, appelé Matlarel, requit tous les paysans dans un rayon de dix à douze lieues pour procéder à la démolition des remparts ; chaque ouvrier reçut pour salarrc un pain de deux livres et quatre gros d’argent , environ soixante centimes.
Le 17 février de la même année , Lunéville s'ouvrait de nouveau à Charles IV, dont le retour fut salué pâr des feux de joie. Cependant une misère horrible s’était répandue partout au milieu de ces cruelles vicissitudes de la guerre. .\ux environs de la ville , les loups dévastaient la campagne , et , à l’intérieur, une famine si affreuse en décimait chaque jour 1a population , qu’on déterrait les cadavres pour les dévorer. Les bourgeois , deux années après , sur le eonimandement du roi de France, de fournir à ses troupes des pionniers pour le siège de rhionville , quittèrent leurs foyers et se réfugièrent dans les bois. En 1678, Louis XIV, à la suite d'une nouvelle invasion du duché, fil démanteler les fortifications de Lunéville et raser le château; mais il ne. toucha point à la cour souveraine de justice pour la province de Lorraine, distincte de celle du Barroiset dont le siège avait été fixé dans cette ville par l'édit du 20 mars 1601.
Le l't mai I09H, Léopold, rétabli sur te trône ducal de Lorraine par les articles 28 et 43 du traité de Rysvvyck { I0Ü7), fil son enirée à Lunéville; c’est là qu’il attendit que les troupes du roi de France eussent évacué .Nancy; son séjour s'y prolongea jusqu’au 16 août, et il n'eut durant tout ce temps d'autres troupes que