‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 94 sur 120 · I.L' NÉ VILLE. .-)'in · texte numérisé non relu

I.L' NÉ VILLE. .-)'in

la milice bourgeoise , qui remplissait auprès de sa personne le wrvicc des mousqiielaires. En 1702, il s'y retira encore une fois, abaiidoniiunt sa capitale, où Louis XIV, résolu à un nouveau partage de la Lorraine, venait de mettre garnison. Dès lors, Lunéville devint, sinon la ville souveraine du duché, du moins la résidence habituelle des ducs et le siège de tous les pouvoirs de l’état. Décidé à ne plus habiter Nancy, L'-opold s'occupa activement de la reconstruction du château démoli par le roi de France, et confio le plan et la construction de son palais à rarchilecte Boffrand, auquel la Lorraine doit plusieurs autres édifices remarquables. On sait quelle intelligente activité Léopold déploya dans radministrati<iii de ses élats et de quelle prévoyante solliciludc il fut animé pour les intérêts et le bien-être de son peuple. C'est lui qui, en 1709, et avec les ressources d'une loterie tirée la même année, releva, sous le titre de Saint-Jacques, l'hôpital détruit dans les guerres précédentes, et lui incorpora les hospices d'ügeviller et d'Ecuville. Il transféra aussi les Sœurs Grises, introduites â Lunéville par René II, en 1^81, dans un local beaucoup plus commode, à l'entrée du faubourg de Viller, il aida les religieuses de lu Congrégation, venues, en 1629, sur une permission de Charles IV, â édifier leur église , et prépara la fondation de la Charité, que le duc François III, son successeur, et le roi Stanislas devaient soutenir de leurs bienfaits

En 1700, Stanislas , roi de Pologne, avait vu à Nancy la cour de Lorraine ; et certes, il ne songeait pas alors qu'il se trouverait un jour heureux de continuer dans cette province le pouvoir et la vertu du bon Léopold, comme l'appelaient ses sujets; il la revit encore â Lunéville, en 171V, et probablement sans songer davantage à ce que lui réservait l'avenir; cependant. Ace second voyage, ce n’était déjà plus le roi de Pobgnequi traversait Lunéville, c’était le comte de Cromstein , nom sous le(|uel il se rendit à Deux-Ponts . le cœur triste et la bourse vide; si vide, qu'à Lunéville il fut forcé de vendre plusieurs bijoux de prix pour continuer sa route. Le marquis de Beauveaai, depuis prince de Craon , le sut et l’apprit au duc, qui les lit racheter et les envoya à Stanislas avec leur valeur en argent, circonstance que celui-ci se plaisait, du reste, A rappeler plus tard comme l’origine de son aflection pour la maison de Lorraine. L’année suivante, quelques mois avant la mort de Louis XIV, un autre souverain étranger, l’électeur de Bavière, s’arrêta à Lunéville; il était dans une position plus brillante que le pauvre roi Stanislas , et fut reçu avec honneur par Léopold , qui le mena voir les travaux déjà assez avancés du château de .Malgrange, laissé inachevé par le duc, et dont il ne reste plus d’autres vestiges (pie les planches qu'en a publiées l'architecte Boffrand. Ixopold préféra toujours le chAt(;au de Lunéville, qu'il avait créé et qu’il eut la douleur de voir presque entièrement consumé par un incendie , le 3 janvier 1719; les ravages du feu furent tellement rapides, qu’en quelques heures la plus grande partie des richesses renfermées dans cette demeuré ducale devinrent la proie des llammcs. On n’en évalua pas la perte à moins de plusieurs millions. La reionstruclion de la partie détruite fut immédiatement recommencée; mais la mort ne permit pas au bon duc de jouir de son œuvre, car il fut enlevé A l’amour des Lorrains, le 27 mars de la même année. On déposa son cœur dans l’église des Carmes de Lunéville, tandis qu'on transférait en grande pompe

Digiiizod

LOKHAINIi:.

son corps à Nancy. La duchesse douairière fut immédiatement proclamée régetite, è Lunéville, penilant l’absence de François III, son fils, alors à Vienne.

Le nouveau duc arriva dans cette ville le *29 novembre suivant. Après avoir pourvu par des ordonnances aux soins de son nouveau gouvernement, il la quitta le 26 janvier pour aller rendre hommage au roi de France. Il revint bicntdt dans ses états, où il ne devait pas demeurer longtemps Attentif, comme son père, aux soins du gouvernement et à l'amélioration du sort des classes ouvrières , il remplaça par des ponts en pieire, les ponts de bois jetés sur la Vesouie, assainit les rues les plus obscures de la ville, en fit sortir de nouvelles des fonds marécageux, et substitua des établissements considérables aux vieille^ masures des remparts (1720-1721). Lorsque Stanislas prit.possession des duchés de Bar et de Lorraine, on supposait que ce prince fixerait sa résidence à Nancy, cl que Lunéville continuerait d'ètrc celle de la duchesse douairière ; mais cette princesse préféra la principauté de Comraercy. Cependant elle resta à Lunéville jusqu'au mariage de sa fiile.ia princesse Clisabeth, que le prince de Carignan y épousa , par procuration, pour le roi de Sardaigne , le 5 mars 1737.

Le lendemain , 6 mars, Lunéville voyait sortir de ses murs, pour ne plus y rentrer, la veuve et les enfants du duc Léopold , et la foule silencieuse sur leur passage manifestait par sa contenance une douleur profonde. Stanislas arriva a Lunéville, le 3 avril; la reine de Pologne l’y rejoignit le 13; tous deux occupèrent d'abord l'hétel de Craon en attendant qu’on eût terminé les réparations du château. Un des premiers .soins de Stanislas fut de soutenir l’académie que Léopold et François avaient fondée à Lunéville. Ami des arts, il avait formé sa musique de sujets du premier mérite ; on y remarquait le célèbre violon Baptiste , l’ami et le compagnon de Luili ; il cul aussi une bonne troupe de théâtre, et pour qu’il fût bien entendu que Nancy serait désormais la capitale des affaires et Lunéville celle des plaisirs, il fit transporter dans la salle de spr’ctadc de celle-ci les décorations et machines de l’Opéra de Nancy. .Mais en même temps qu’il offrait des délassements à une société brillante, le roi de Pologne songeait à alléger les souffrances des pauvres. IK'puis 1721, le chirurgien Rivard. appelé à Lunéville par le duc Léopold, avait taillé à l’hépital de celte ville, plus de six cents pauvres calculeux de la Lorraine et du Rarrois. Stanislas soutint de ses deniers cet établissement utile, et, en 17V0, fit acheter parle baron de Mesycck, grand maréchal de sa cour, la terre et seigneurie de Chantelieux qu’il donna â l’hépital. Grâce à cette munificence, Rivard conlimia d’opérer à Lunéville jusqu'en 17i6, époque de sa mort; il forma d'excellents élèves qui ont soutenu la réputation de l’hèpilal.

Le château qui avait déjà été en partie détruit par les fiammes sous le règne de Léopold , fut de nouveau ravagé, dans la nuit du 1 V janvier 17H, par un incendie qui consuma toute l'aile extérieure du côté du canal. Bientôt les malheurs de la guerre, le passage du Rhin par le prince Charles, et la prise de Weissenibourg, turccrent la cour de Lorraine à se réfugier momentanément à Metz. .Mais l’alarme ne fut pas de longue durée ; la retraite des Allemands permit à Stanislas de rentrer à Lunéville, le 25 juillet j et d’y attendre le roi, Louis XV, son gendre. Pendant les mois de septembre et d’octobre, la cour de Lunéville offrit la plus brillante réunion de priiu:cs et de princesses , de généraux et de grands seigneurs

LÜNÉVILT.E. 551

que jamais petite ville ait vue dans scs murs : c'étaient le roi et la reine de France, le nauphiii. Madame , madame Adélaïde, le dur de Chartres et mademoiselle de Charolais. Le H mai de Fannée suivante on apprit à Lunéville la victoire de Fontenoy et le 19 Juin la prise de Tournay. Stanislas, complètement rassuré sur la stabilité de son pouvoir en Lorraine, put s’occuper de nouveau des améliorations dont il voulait doter ses états, et notamment Lunéville, sa résidence de prédilection. L'église paroisiale de Saint-Jacques tombait en ruine; François III en avait commencé une autre sous l'invocation de saint Remi , mais on ne l'nchcraitpas, faute de fonds. En 1715, le roi do Pologne fit abattre complètement Saint-Jacques et convertit son emplacement en une belle place qui prit son nom et sur laquelle on construi.sit |■hrtpilal de la Charité que Stanislas augmenta et enrichit de plusieurs dotations; Saint-Remi fut achevé rapidement, et M. de Bégoii, évéque de 'foui, en fil In consécration le 20 octobre.

Le 19 mars 1747, la reine de Pologne, duchesse de Lorraine et de Bar, décéda il Lunéville , à l'Age de soixante-six ans. Cette même année et la suivante , la cour eut des hèles non moins illustres qu’en 1741, quoique d'un rang moins élevé pour la naissance et le pouvoir. Montesquieu, (|ui travaillait alors à YEsprif des Lois, y séjourna quelque temps ; il écrivait A l’abbé de (îuasco : « J'ai été comblé de bontés et d'honneurs h la cour de Lorraine, et j'ai |>assé des moments délicieux avec le roi Stanislas, n Voltaire et madame du ChAtclct se trouvaient (■gaiement, en 1748, à Lunéville et dirigeaient des représentations théAtrales qui plaisaient fort nu bon roi ; les seigneurs et les dames de la coür se faisaient une fête de remplir les principaux rôles sur le théAlre du chAteau. C'est en présence de Voltaire et de madame DiicliAtelet que Stanislas fil faire, à la faïencerie de Lunéville , les premiers essais sur la terre de pipe ; celle matière soutint les plus fortes épreuves du feu, et l'heureux succès des expériences décida S. M. à accorder le privilège de cette industrie à Jacques Chambrette qui l'avait exploitée le premier, sous le règne de I,éupold. la fabrication de la faïence prit, plus tard, à Liméville, une grande extension ; elle forme Aujourd'hui une des principales branches de ses revenus. C'est à Lunéville que la marquise du ChAlcIet mourut le 10 septembre 1749, des suites d'un accident dont les causes sont bien connues ; ce fut une perte douloureuse pour Voltaire , bien qu'elle lui eût préféré le poète Saint-Lambert. Quelques instants avant sa mort elle mettait la dernière main à ses commentaires sur >'e» ton ; son corps fut inhumé dans les caveaux de la nouvelle église paroissiale, où l'on voit encore aujourd'hui son mausolée.

Le chAteau de Lunéville , qui déjà deux fois avait failli être la proie des flammes, fut encore le thcAtre d'un incendie, dans le mois de juillet 1755. C’était pendant la nuit , un froid intense donnait une nouvelle activité A la flamme , l'eau se convertissait en glace nu bout de quelques instants ; en trois heures presque toute l'aile droite fut entièrement détruite. Les années suivantes furent marquées par quelques mouvements de troupes en Lorraine ; le maréchal de Richelieu vint A Lunéville en 1757; le comte de Clermont, prince du sang, traversa ses murs en 1758 , pour aller prendre le commandement de l'armée du Rhin; et le prince de Coudé, à son retour de l'armée du maréchal de Broglie, s’arrébi le 23 novembre 1759, A la cour du roi Stanislas.

LORRAINE

En 1762 , Lunéville vit les dernières fêles que l’on dût célébrer dans sc$ murs; ce fut à l'occasion du voyage de Mesdames à Plombières , dont on leur avait recommandé les eaux; leur aïeul les reçut avec une pompe royale. Pendant les années qui suivirent, Lunéville ne présente plus cet aspect de fête et de bonheur par lequel elle s’élait distinguée entre toutes Ic^ villes. Le roi fit de fréquents voyages il Versailles, mais à rliaque absence, pour ainsi dire, il apprenait la mort de quelque parent ou de quelque souverain. Lui -même semblait prévoir sa fin prochaine, et faisait remarquer souvent qu'il était le plus ancien des monarques régnants. Le A février 17CG , a six heures et demie du matin , il fumait dans un large fauteuil devant son feu ‘, il se leva pour voir de près l'heure & la |>endule ; il était vêtu d'une robe de chambre de soie fort légère , présent de la reine, sa fille; le courant d'air attira l’un des coins et le feu s'y mit; Stanislas ne s'en aperçut pas et se replaça dans .son fauteuil. Seulement, au bout de quelques instants, voyant s'élever de la fumée et croyant quelle venait de la rheminéc, il appela ; l'air, en pénétrant par la porte ouverte, donna une nouvelle activité à la llammequi s'éleva tout à coup jusqu’au-dessus de la tète du roi ; on parvint enfin à l'éteindre, mais les brûlures étaient vives et profondes. Après des alternatives de crainte et d’espérance, Stanislas Leckzinski expira le 23 février 1766, à l’âge de quatre-vingt-huit ans. Il fut pleuré comme Léopold , dans toute la Lorraine, mais surtout à Lunéville dont le jveuple, qui le voyait chaque jour, pouvait mieux apprécier ses qualités : ses restes mortels quittèrent cette ville le 3 mars à six heures du soir, et avec lui s’effaça la grandeur éphémère qui avait animé Chanteheux, Einville, la Malgrange, Commercy, résidences ordinaires de cette petite cour où tout était de bon goût , le luxe, l'esprit, le plaisir, la gaieté.

Lorsque Lunéville fut réunie à la France, avec le duché, Louis XV, pour la dédommager de la perte de la cour du feu roi , y envoya en garnison le corps brillant de la gendarmerie de la reine, composé de dix compagnies. Laïcité, â moitié déserte, puisa dans le mouvement militaire une vie factice, qui parut la ranimer un peu. L’année 1767 fut marquée par la fondation de la magnifique abbaye de Mènil de l'ordre des Bénédictins. Trois années après, l’archiduchesse Marie-Antoinette allant à l’aris épouser le dauphin, depuis Louis XVI, traversa Lunéville ( 16 mai 1770). Ou y vit encore l’archiduc Maximilien ( V mars 1775) et l’empereur Joseph II ( 13 avril 1777). Des fêtes brillantes furent données au comte de Provence, frère du roi, pendant le sé-jonr qu’il lit dans celte ville, en 1783.

La révolution trouva à Lunéville des amis fermes et dévoués dans toutes les classcvs de la population, dans l'administration municipale et la garde nationale. Cependant cette ville se ressentit, en 1790, de la fermentation qui régnait parmi les troupes casernées à Nancy. Le 28 août, quelques cavaliers du régiment de Mestre-dc-Camp assaillirent, le sabre à la main .M. de Maiscigne , commandant la brigade des carabiniers, et chargé, par un décret de l'Assemblée nationale, de concert avec le marquis de Bouillé, de réprimer et de punir les séditions. Un combat assez vif s’engagea sur la place des Cannes, les cavaliers de Mestre-de-Camp curent le dessous; mais, dans la soirée même, on apprit que six mille hommes des troupes de Nancy se dirigeaient à marches forcées sur la ville afin de l'incendier et de s'emparer de M. de Malseigne. Ils cotvduisaient avec eux, comme otage,

Page 1