‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 95 sur 120 · LUNÉVILLE. .V · texte numérisé non relu

LUNÉVILLE. .V

reux des (gardes nationaax de Lunéville qui s'étaient rendus à Nancy pour assurer l'exécution du décret de l'Assemblée , déclarant que la vie des captifs dépendait de l'accueil que leurs compatriotes feraient aux corps militaires insurgés. A cette nouvelle , le reste de la garde nationale posa les armes, tandis que, sur l'invitation de la municipalité , les deux régiments des carabiniers se dirigeaient vers Croismare. Le lendemain -20, à six heures du matin, l'armée insurrectionnelle, qui avait campé la nuit sur la hauteur de Flainval, débouchait par le faubourg, et ses premières colonnes se rangeaient en bataille sur la place des Carmes, sur celle du ChiUeau et dans la rue des Ponts. Quelques députés du corps des carabiniers essayèrent alors d'ouvrir une conférence ; mais les insurgés exigèrent impérieuse- .ment qu'on leur livrât M. de âlaLseigne. Les plus déterminés se portèrent aussitôt sur l'hôtel de ville , afin d'y délivrer ceux des soldats de Mestre-de-Camp qui avaient été faits prisonniers la veille. Après un tumulte épouvantable, ils arrachèrent à leurs adversaires un traité, en vertu duquel ce général devait être conduit à Nancy, sur la première réquisition de la municipalité. M. de Malseigne, survenu pendant les débats , fut obligé d'y apposer lui-même sa signature. Les insurgés, dont ce premier succès augmentait l'audace, voulurent alors le contraindre à partir immédiatement. Il réussit à leur échapper, et dans l'irritation causée par sa fuite, les soldats de Nancy échangèrent avec les carabiniers plusieurs coups de feu, qui jetèrent des deux côtés beaucoup de morts et de blessés sur le carreau. Telle était la situation critique de la ville, lorsque les propres soldats de .M. de Malseigne, .se laissant gagner par les préventions de leurs camarades, l'emmenèrent prisonnier à la maison -commune. Le général sortit de la ville, escorté par deux cents gardes nationaux qui l'accompagnèrent jusqu'à Nancy : précaution fort utile , pui.squc l'un des sous-olBciers de l'escorte, le caporal Liegey, reçut une blessure grave en parant un coup de ba'ionnettc qu'on avait lancé au prisonnier dans la voiture.

En 1801, le nom de Lunéville eut un grand retentissement dans le monde. Les négociations pour la paix, commencées après la victoire de Marengo, furent reprises dans cette ville , au mois de janvier, entre Joseph Bonaparte , représentant de la France, et le comte de CobenUel plénipotentiaire de l'empereur d'Allemagne. 1-1 victoire de Ilohenlinden avait lixé les irrésolutions du diplomate autrichien : il consentit enfin à signer., le 9 du mois de février (20 pluviôse an ix), un traité par lequel la rive gauche du Rhin et les provinces belgiques étaient pour la seconde fuis cédées à la France. Le Milanais restait à la république cisalpine , et l'Empereur n'obtenait d'autre indemnité que les Étals Vénitiens ju.squ'à l'Adige, dont la possession lui avait été précédemment assurée par le traité de Campo- Formio. On ôtait , en outre , à la maison de Lorraine le duché de Toscane ; quant aux forteresses situées sur la rive droite du Rhin , on ne les rendait à l'Empereur que démantelées. La paix était déclarée commune aux républiques batave, helvéti(|uc , cisalpine et ligurienne , et leur indépendance reconnue. la nouvelle de la signature du traité fut transmise au premier consul par un télégraphe établi à Lunéville sur le donjon du château. Le soir même , le général Bellavène , porteur du traité, partit en courrier extraordinaire pour Paris.

las derniers faits qu'il nous reste à consigner dans cette notice sont l'incendie IV. 70

LORRAINE

de l'aile gauche du chiteau (31 décembre 1819), suivi quinte jours après du passage du maréchal duc de Bellune avec son corps d'armée ; l'entrée des troupes alliées dans la ville (15 janvier 1815), et son occupation par les Bavarois (98 juin 1815) qui frappèrent les habitants d'énormes contributions. En 1815, le duc de Berry et le comte d'Artois avaient visité Lunéville. Cette même année, les Polonais rentrant dans leur patrie ne voulurent point quitter la France sans honorer d’un dernier hommage les cendres de Stanislas, en mémoire duquel un service funèbre fut célébré à Bon-Secours.

Le chétcau de Lunéville, converti en caserne, dès 1768, conserve encore celte destination ; il a été agrandi , néanmoins , et il peut loger aujourd'hui six mille chevaux. Le parc et les bosquets de Léopold et de Stanislas senent de promenade publique. L’industrie des habitants , languissante pendant les guerres de l’Empire, a repris quelque développement; elle compte plusieurs maiiufbctures de drap, des fliatures de laine et de coton; des bonneteries, des chapelleries, des corroieries , une usine renommée pour la confection des foumeaiu et cheminées en télé, et quatre manufactures de fai'ence, dont une surtout donne des produits fort recherchés. Le commerce roule sur les grains, les vins et eaux-de-vie , les broderies, le lin, le chanvre et les bois. La ville, chef-lieu de sous- préfecture du département de la Meurthe, possède un manège couvert , l’un des plus beaux de France, dans lequel peuvent manœuvrer deux cents hommes de cavalerie; de belles casernes, un théétre, deux hospices et une synagogue. Il y avait autrefois à Lunéville, outre les établissements religieux dont nous avons parlé, trois couvents d'hommes : des Minimes, des Capucins et des Carmes, établis de 1000 à 1707. I.a population dépasse 12,000 Ames; celle de l’arrondissement se compose de 89,279 habitants.

Lunéville a donné le jour a plusieurs personnages célèbres : nous mentionnerons le graveur Chartes Chéron , fils d’un orfèvre joaillier du duc Charles IV ; Jean Cirardet, peintre distingué ; Jean-Nicolas Jadot , qui fut l’architecte du duc François III ; le sculpteur ttarthélemy Guibal, auquel sont dues les fontaines qui ornent encore aujourd’hui la place Royale de Nancy ; le célèbre et licencieux chevalier de Boufflers, et Monvel, auteur et acteur tragique. ‘

1. Bittoirt dt Lorraint^ par dom Calmel. — de la Lorraine, |iar Dtirival.—

Etfai Mttorique sur Lunéville, |Kir Guerrier. — Hiitoire de Lunéville, par C. Marvhal. ~ Préeit des fondation* du roi de Pologne. — > Correepondanee générale de Voltaire. >- GuaiKO, Lettre* familière» de Montetquieu. — Relation de M. Mory d*Elvange. — Arrêt» de la cuur iomveraine de Lorraine. ^Gazette de France. •^Journal de M. Fillion de Charignen.

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