SARREBOURG.-PHALSBOURG
Sarrebourg , ou Saarbourg, est située sur la rive droite de la Sarre, et sur la route royale de Paris à Strasbourg. Nous n’y avons remarqué aucun monument digne de Hier la curiosité de l'antiquaire; on ne peut, en elTet, qualifler de ce nom les quelques pans de murailles flanquées de restes de tours rondes , et les fossés à demi comblés, qui forment vers le sud une partie des limites de la ville. Une seule rue mérite l'attention de l'étranger, elle traverse Sarrebourg dans toute sa longueur, de l’est à l'ouest; à ses deux extrémités sont les anciennes portes de la ville : celle de l'est se trouve en tête du pont qui réunit les deux rives de la Sarre.
Le nom de Sarrebourg est commun à une autre ville , également située sur la Sarre , mais à plus de vingt-cinq lieues au-dessous de celle dont nons nous occupons : voilà sans doute la raison pour laquelle on a ajouté au nom de celle-ci le mot allemand de Katif/mann, qui signifle marchand , commerçant {Sarrebourg la Marchande). Sa position près de la voie romaine qui menait de Strasbourg à Metz, et l'indication d'un Pons-Saravi , sur cette même route, ont fait supposer que son origine remontait à l’époque de la domination romaine dans les Gaules. Cette ville aurait toujours été, d'après la même hypothèse, une station militaire, une étape pour les légions qui traversaient les Vosges, lorsqu'elles allaient combattre les Germains ou défendre le Rhin.
Sarrebourg appartint de bonne heure aux évêques de Metz, par donation de l’empereur Uthon I*^ vers le milieu du x* siècle; ils y établirent une monnaie, et enfermèrent la ville dans une enceinte fortiflée flanquée de tours. Plusieurs ducs de Lorraine se succédèrent même , sans qu’aucun d’eux songeât à leur ôter un aussi beau domaine. I n historien du dernier siècle nous apprend que les évêques de Metz, comme seigneurs de Sarrebourg, donnèrent cette ville à des seigneurs particuliers , qui la gardèrent jusqu'à la mort de Gertrude de Uagsbourg (1227), à laquelle l’évêque Jean d'Aspremont l’avait cédée en flef, avec d’autres terres que son père tenait de l’évêché de Metz, sous l’expresse condition que, si elle mourait sans enfants mâles, les fiefs retourneraient à ladite Église. Observons, en passant, que Gertrude était de la famille des fameux comtes de I)abo, d’où sortit le pape Léon IX ; on voit encore aujourd’hui , à quelques lieues de Sarrebourg , le rocher sur lequel s’élevait la demeure de ces comtes.
Dans le cours do xiii* siècle , Sarrebourg et ses habitants eurent à souffrir des maux causés par la guerre entre Philippe, roi des Romains, et Othon IV, empereur d'Allemagne; mais Jacques de Lorraine, successeur de Jean d’AspremonI à l’évêché de Metz, rétablit la ville et acheva ses fortifications ( 12à0). Ce prélat portait, saas doute, un grand intérêt à Sarrebourg, car il y fonda, en 1256, la collégiale de Saint-Étienne. Ce n’est, du reste, qu’au milieu du xiv‘ siècle que les Iwurgeois, qui jouissaient déjà de certains privilèges, essayèrent de secouer le
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LORUAINE.
joug épiscopal ( 1350). Moins heureux que les habitants de Metz, de Tout et de Verdun , toutes leurs tentatives n’aboutirent d'abord qu’à payer une amende de trois mille francs d'or; ils les renouvelèrent pourtant , en 1390, et, s'étant pi-écipilés en armes dans la demeure du gouverneur, ils ne se retirèrent qu'après l’avoir entièrement dévastée.
Raoul de Coucy, alors évêque , ayant fulminé contre eux une excommunication, vint les assiéger à la tète de ses troupes, les soumit, leur imposa encore une amende de trois mille francs d'or, et, pour les contenir, engagea la moitié de la ville au duc Charles II de Lorraine, moyennant vingt mille francs de bon or, au coin du roi de France. Il parait que, depuis cette époque, la domination épiscopale ne fut plus guère en vigueur à Sarrebourg, puisque les habitants, en H6à, reconnurent solennellement, pour leur souverain, Jean II, duc de Lorraine et de Calabre, et qu’en U72, ils se donnèrent au duc Mcolas, son IIIS) à la condition que ce prince acquitterait les grandes dettes qu'ils avaient contractées pour réparer les ruines faites aux murailles de la ville dans une révolte. Le prévèt, le conseil des quarante et toute la communauté dressèrent acte de l’acquiescement du duc et lui prêtèrent sermènt de fidélité, eu levant Un doigt vers le ciel : traité consenti également par René II, en 1176. néanmoins on voit, en 1135, les Sarrebourgeois demander <à Henri de Lorraine, leur évêque, des lettres confirmatives de toutes les immunités et franchises que ses prédécesseurs leur avaient accordées. Ces privilèges furent considérablement augmentés, en t55C. Le commerce de la ville acquit alors assez d'éUmdue, pour que les Lombards y établissent leur banque. Celte même année aussi , la paroisse colk'giale fut complètement reconstruite.
Le duc Charles IV, dépouillé de ses étals par Louis Xlll , espérait que le traité des Pyrénées le remettrait en possession de Sarrebourg ; mais celui de Viuccnnes le força de céder tous ses droits à Louis XIV, avec la souveraineté d'un'chemiii qui conduisait en Alsace (1661). Depuis ce traité, confirmé en 1718, Sarreboureg a définitivement appartenu à la France, et son importance n’a fait que s'accroître de jour en jour. Il y avait dans cette ville, avant la Révolution, une prévôté royale , créée en 1661 , et ressortissant, par édit de février 1685, au bailliage de Sarrelouis; une commanderie de l’ordre teutoniqiie; un hôpital de Charité; et deux couvents d'hommes, l’un de Cordeliers, l'autre de Capucins, fondés, le premier eu 1267, le second en 1629. Le corps municipal se composait d'un maire et de deux échevins, électifs et annuels ; d’un receveur des revenus, d'uii secrétaire-grefller et d’un sergent, tenant tous trois leur commission de la bourgeoisie.
La population de Sarrebourg , chef-lieu de sous-préfecture du département de la Meurthe et siège d’une société d’agriculture, dépasse 2,300 âmes. On y trouve des fabriques de siamoises et de toiles de coton, des faïenceries, des fabriques de produits chimiques et de limes, faux, scies et fer-blanc. Ou ne peut plus, il est vrai , lui donner son vieux nom de Kuuffmann (commerçante) ; mais encore quelques années, et l’on verra passer au pied de ses murs les locomotives qui, parties le matin de Paris, iront saluer te même jour les remparts de la capitale de l'.àlsace. En même temps, les riches houillères des rives de la Sarre viendront , par un canal dont on projette la construction , verser près de Sarrebourg leurs produits , qui de là rcmuiileronl où dcswiidront le beau canal du Rhin à la Marne. L'arron-
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dissement de Sarrebourg, dans lequel on compte 78,2*20 habitants, n’y gagnera pas moins que son chef-lieu.
Sur les limites de l’ancienne Lorraine, et sur la crête des Vosges, s’élève la petite ville de Phaisbourg, fondée en 1570 par le comte palatin Georges-Jean de ArVeldentï. En effet , le nom même qu'elle porte rappelle son origine : Phalz signifiant Palatinat, mot auquel on ajouta celui de bourg pour indiquer que c'était un lien fortifié [forteresse du Palatinat ou du comte palatin). Les forêts immenses qui enveloppent encore aujourd'hui cette viile de guerre, touchaient alors au donjon du viens rhèteau d' Einartz-llause» , dont lus eommencemenls nous sont inconnus. Einartz-Hausen parait avoir été jadis possédé par les seigneurs de Lutzcibourg , puis par ceux de la Petite-Pierre , enfin par Georges-Jean , fondateur de Phaisbourg. La ville du comte palatin acquit bientêt de l'importance et devint un lieu de refuge pour les voyageurs et les marebands qu'une secrc'te terreur accompagnait au milieu de ces montagnes escarpées. Georges-Jean, pressé d'argent, ou par tout autre motif que nous ignorons, engagea la ville aux ducs de Lorraine et la leur vendit; quelques années plus lard, Phaisbourg avec les lieux circonvoisins, acquis par ces mêmes ducs, fut érigé en principauté en faveur d’Henriette de Lorraine , célèbre par sa beauté et scs intrigues. Le cardinal de Richelieu, dont elle s’était attiré l'inimitié, ayant envahi les étals de Charles fV, la chassa de sa principauté qu'elle ne devait plus revoir.
Le traité de Vincennes réunit Phaisbourg à la France (1661 ) ; Louis XfV, en 1679, y envoya Vauban pour fortifier la |dare ; en 1713 ce qui restait de l’aticien clièteau fut incendié. Phaisbourg, qui avait déjà eu l’honneur d’arrêter les ennemis de la France, au commencement du xvm* siècle, les empêcha de nouveau , en 17i4 , de pénétrer dans les Trois-Évêchés et en Lorraine. Les alliés bloquèrent la place, en 1814, et se présentèrent de nouveau sous ses murs, en 1815. Plusieurs habitants reçurent alors des blessures glorieuses sur les remparts.
Les fortifications qui entourent Phaisbourg sont l’ouvrage de Vauban. Malgré la difficulté de tailler les fossés en plein roc , les travaux furent rapidement achevés. La forme de cette place de guerre est celle d'un hexagone allongé. Outre les deux belles casernes qui datent du même temps, on vient d’en construire deux nouvelles à l'abri de la bombe. Au centre de la ville est une belle place carrée, sur Fune des faces de laquelle on voit une église bêtie par Louis XIV. La population de Phaisbourg est d'environ 2,000 habitants inlra muros. La ville a pour annexes les Barraques-du-Bois-de-Chêne, de Lützelbourg et Bichciberg, dont les habitants sont cnltivateurs : l'excelleiite eau de noyau qu'on fabrique dans ses murs, et qu'on expédie jusqu’en Amérique , lui a valu une réputation européenne. Phaisbourg a donné le jour au maréchal Lobau, aux généraux Gérard, Uttour-Poissac, Rettenbourg , et au colonel Forly, tué en l’an vu à côté de la Tour-d’Auvergne et enfermé avec lui dans le même tombeau. '
J. Dom Calmel, fftf (otre de Lorraint. — Diiriva), Destription d$ la Lorrains.