‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 105 sur 128 · CH 01. ET · texte numérisé non relu

CH 01. ET

sans fleuve navigable et presque sans routes pour s'approvisionner de matières premières et pour écouler scs produits; métropole de travail et d'initiative non-seulement dans les Mauges mais dans l'Ouest tout entier, où les villes plus anciennes, plus populeuses, plus riches et d'une position plus favorisée sont restées languissantes , et se trouvent en arrière. Choiet a-t-il pu se fuire ainsi tout seul? Non. Quel souille créateur l'a donc aussi extraordinairement fécondé? quelle impulsion lui est venue? quelle main l'a élevé d'une manière si inespérée, comme un contraste et comme un modèle au-dessus de tout ce qui l'entoure ? L'origine véritable, sérieuse, intéressante de Choiet est renfermée dans celte question , qu’aucun des historiens de l'Anjou ne s'est posée jusqu’à présent. Nous croyons, quant à nous, que Choiet, avec son industrie et son importance moderne, descend en droite ligne de Colbert, et qu'il se rattache, d'une manière particulièrement intime, à cette pensée puissante qui créa les manufactures en France.

En 16«i, Choiet n’était rien encore. Iles maîtres des requêtes, sortes de mini ilotnînici , furent à cette époque envoyés dans les provinces pour les étudier et pour dresser un état de leur situation. I.e rapport fait sur l'Anjou avec beaucoup de soin mentionne , à l’article spécialement consacré au commerce , Angers « où le négoce et les manufactures languissent ; » Saumur, « assez florissant ; » La Flèche , « à qui tout son commerce et scs manufactures rapportent moins d’honneur et de profit que ses écoliers ; » Châteaugontier, a qui a commerce et manufactures de toiles et grand marché de fil; » Baugé , même, Montreuil-BeHay et Benufort. De Choiet, il n'en est pas question. En 1699, un nouveau rapport est fait sur l'Anjou, par M. de Miromesnil , intendant de la province, a II se fait à Choiet, dit ce nouveau document, un grand trafic de toile qu'on transporte dans le Poitou, dans le Limousin, à La Rochelle et à Bordeaux. Ces toiles se transportent aussi à Paris où il s'en consomme beaucoup. On y a fabriqué, durant la guerre , quantité. de toiles rayées ; on en fait un grand débit. » Nous voilà évidemment à l'origine de Choiet. C’est dans la jiériode de trente-cinq ans, qui sépare tfiGV de 169!) , c’est entre le silence du premier rapport sur l'Anjou et la mention considérable dusecond , que l’industrie s’y est introduite et y a eu son avènement.

Or, que s'est-il passé dans cet intervalle , qui permette de rattacher Choiet à Colbert comme l'effet à sa cause? Entre toutes les provinces de France, l’Anjou a été l’objet particulièrement constant de la sollicitude de ce grand ministre. Il a voulu plus qu'aillcurs y ouvrir les sources de la richesse indr.stielle , soit en associant Angers au mouvement du port de Nantes, soit en développant les manufactures dans une province si admirablement située entre le Nord et le Midi , sur la Loire et sur tousses affluents navigables ou pouvant le devenir*. Son attention, ses relations, on pourrait dire sa prédilection, ont tellement été tournées de ce côté, que c'est un de ses frères qui est venu dans l'Anjou au commencement de son ministère et qui a fait le premier des deux rapports que nous avons cités ; qu'un autre de ses frères s'est allié à une famille angevine , aux Bautru-Serrant, et qu'il

t. Voyez tes Archive d'Anjou, |ar Marrliegay, p.ge 101 et suivantes ; et Angert et l'Anjou tous le régime municipal , par Blotlirr-I juglois, pagt* *87.

ANJOU

est devenu propriétaire de la seigneurie de Mauleuvrier en l'achetant , et plus tard de Cholet lui-même érigé en sa faveur, de baronnie qu'il était, en marquisat ( 1677 ). Ne voit-on pas dans ces divers laits comme le degré par lequel l'initiative de Colbert est descendue de sa sphère générale au fait particulier dont il s'agit? il se trouve que, sur une propriété de sa famille, un phénomène est éclos , comme il avait la puissance d’en faire éclore partout , comme il a voulu en produire à Angers et dans l’Anjou ; est ce qu’il y a une question à se poser sur l'influence à laquelle il faut attribuer ce phénomène ?

Cholet descend donc bien de Colbert et peut, en toute sécurité, se glorifier d'une pareille filiation. C'est là que, dans la personne du ministre de Louis XIV. l'esprit moderne s'est trouvé mis en présence des Manges, et qu'il a réalisé ce foyer nouveau dont Uiehelicu avait eu la pei sée et le désir. Charlemagne avait réuni des moines à Saint-Florent, la féodalité des hommes d'armes a Beaupréau ; Colbert a appelé des tisserands à Cholet , missionnaires et civilisateurs d'un autre genre !

Jusqu'à la révolution, Cholet et son industrie furent envoie non interrompue de prospérité et d'accroissement; mois, à celte époque, l'un et l'autre eurent à subir des épreuves terribles. Le 10 mars 17113, les métiers si; virent désertés |H>ur la guerre civile, et la fabrication fut arrêtée. Le 15 mars, Cholet fut pris et occupé par l'insurrection, qui en fit le centre de ses opérations et, pour ainsi dire, son quartier général. Le 17 octobre, l'armée républicaine livra devant Cholet, ou plutôt à Cholet même, une sanglante bataille à l'armée vendéenne; bataille qui dura deux jours, avant d'avoir épuisé l'ardeur acharnée des combattants, où l'armée républicaine resta victorieuse, et dont l'issue désastreuse pour l'armée vendéenne la décida à passer sur la rive droite de la Loire. Cholet tomba au pouvoir des républicains, et, suspect de beaucoup de sympathies pour les Vendéens ou tout au moins de quelque mollesse pour la cause révolutionnaire, il ne fut pas épargné. L'incendie et la dévastation firent passer la ville à l'état de ruine. Le 18 mars 1791, Cholet, menacé de nouveau par les Vendéens revenus sur la rive gauche, fut abandonné par la garnison républicaine qui s'y trouvait, après destruction préalable par le fer ou par le feu de tout ce qui pouvait servir aux assiégeants comme position ou comme approvisionnements. Est-il possible que, dans l’espace d’un an et quelques jours, une ville soit assaillie par plus de calamités, frappée à coups plus redoublés, étoulTée sous une étreinte plus cruelle et plus incessante? Cholet et son industrie , on peut le dire, étaient anéantis.

Cependant, dès que les temps devinrent meilleurs et que la tranquillité fut rétablie, on vit les débris de Cholet et de sa fabrique se rapprocher, renaître, grandir et s'étendre bientôt, comme si la sérénité du ciel n'avait jamais été troublée pour eux par des jours d'orage. Cholet ressuscita, après la guerre civile, comme Saint-Florent était ressuscité, après les Normands, pour reprendre son oeuvre inachevée. Napoléon, qui, comme Charlemagne et comme Colbert , a marqué la Vendée de son sceau Civilisateur, en y créant lui-même une ville comme ils y en avaient fondé avant lui, Napoléun vint en aide à Cholet, et prit sou industrie sous sa protection spéciale. Non-seulement il l'encouragea dans ses progrès, mais il soutint sa fabrique eu lui prêtant à certains moments, sur

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