‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 107 sur 128 · CHALONNES. - ROCHEFORT. - LES PONTS-DE-CÉ · texte numérisé non relu

CHALONNES. - ROCHEFORT. - LES PONTS-DE-CÉ

Ces trois villes peuvent être considérées comme représentant avec ses caractères particuliers le littoral de la Loire et les éléments divers qui sont venus s'y heurter, puis s'y confondre, la race indigène, les Saxons d'Odoacre et les Normands particulièrement.

Chalonnes, Colonna, située au point où le Layon se jette dans la Loire, passe |>our une ville très-ancienne dans l'Anjou; on la croit antérieure au vr siècle, et même d'origine gauloise, t'n Italien, Maurillc, qui devint évêque d'Angers, apporta le premier la foi chrétienne à Chalonnes où il bâtit une église et un couvent (397). Un autre évêque d'Angers, saint Mninbœuf, qui a écrit la vie de Maurillc, passa plus tard aussi par l’apostolat de Chalonnes, et dirigea pendant quelque temps le couvent qui en était le foyer. Chalonnes fut rebelle, au moins sous quelques rapports, à la propagande chrétienne. « On voit, vers le haut du clocher de Saint -Mantille, dit à ce sujet Bodin, une petite tourelle en forme de chaire à prêcher. C’était là que les moines annonçaient l'Évangile aux habitants de Chalonnes, avant qu'ils fussent définitivement convertis. Tant que l’orateur se renfermait dans la morale et dans les dogmes, on l'écoutait avec docilité, mais la multitude se dissipait dès qu'il en venait à l'obligation de payer la dime. Ce manège s'étant souvent renouvelé, les moines, las d'y perdre leur éloquence, admirent entiu les Chalonnais aux pratiques de la religion, en les affranchissant de ce tribut ecclésiastique ; mais ils crurent les punir en leur donnant le sobriquet de non-croyants. Ce qu'il y a de certain , c'est que les Chulonnuis jouirent pleinement et sans contradiction de leur exemption jusqu’au milieu du x vil" siècle. » En 1096, Chalonnes fut donné, par Foulques-Kécbin, à l'évêché d'Angers, dont il est resté la propriété jusqu'à la révolution.

A toutes les époques, Chalonnes a dù souffrir des invasions et des guerres dont l'Anjou a été le théâtre. Ou peut ndirmer, bien qu’on ne le sache pas à la lettre, qu'il a été deux ou trois fois dévasté par les Normands ou par les Bretons. Il possédait autrefois un château-fort, construit sur un rocher élevé; ce château fut une des rares positions de l'Anjou qui échappèrent aux Anglais pendant les guerres du xiv* et du xv’ siècle. Au temps de la Ligue il fut pris et occupé par le duc de Mercœur, puis repris par Larochepot et démoli ; il n'en reste aujourd'hui que quelques ruines peu considérables. En 1793, Chalonnes fut la première ville dont les insurgés vendéens de Saint-Florent s'emparèrent sous la conduite de Cathelineau. Les habitants furent atteinLs d'une terreur panique et n'opposèrent aucune résistance. La imputation de Chalonnes ne dépasse pas 5,000 âmes ; elle est active et commerçante. Les produits qu'elle exploite principalement sont les vins ignorés, mais délicieux, des coteaux du Layon, la chaux dont elle approvisionne

CHALONNES. — ROCIIEFORT.- LES PONTS-DE-CÉ. 5f5 toute tabasse Loire, et la houille, dont son sol renferme d'importants gisements recherchés avec avidité sur tous les points depuis une douzaine d'années, et en pleine valeur sur quelques-uns depuis longtemps. Expilly dil que Chalonnes est la ville « où il se fait la plus grande provision de vipères que l’on envoie de tous côtés pour la composition desremèdes. » Nous ignorons si , depuis l'époque à laquelle écrivait Expilly, Chalonnes a conservé cette curieuse branche d'industrie. La rive gauche de la Loire où est située Chalonnes, a été rattachée à la rive droite par un pont suspendu récemment construit , circonstance très-intéressante pour les développements que cette ville est appelée h prendre.

Hochefort , petit bourg obscur et tranquillement assis dans la vallée de la Loire, à deux lieues au-dessus de Chalonnes, a été autrefois une position presque formidable et a joué un rôle particulièrement dramatique dans l'histoire de l'Anjou. Il s'élevait sous trois noms et sous trois formes au sommet de trois rochers distincts, mais reliés entre eux de manière à offrir les avantages d'une résistance triple ou isolée selon les circonstances : sur le rocher de l’est , une forteresse proprement appelée Rochefort ; sur le rocher du milieu , une ville fortifiée , dite Saint-Symphorien et communiquant par un pont avec Rochefort; sur le rocher de l'ouest, enfin, un château -fort appelé le château de Diensie s'offrant, comme l'avant-poste, ou comme le dernier retranchement de cette formidable citadelle.

Il n'est pas fait mention de Rochefort avant le si* siècle. Foulqnes-Réchin le donna à cette époque à Abbou de Briolay, marié à Agnès de Montjcan. L’un des petits-fils d'Abbon, Payen de Briolay, qui prit le nom de Payen de Rochefort, sénéchal d'Anjou sous Itichard-Cœur-de-Lion, occupait cette position quand survint la querelle de Jean-sans-Tcrre et d’Arthur; il s'en servit au profit de Jcansans-Terre pour répandre dans le pays la terreur et la dévastation. Guillaume Desroches, sénéchal d'Anjou pour le roi de France, après la mort d’Arthur, fit élever sur la rive droite de la Loire, en face de Rochefort, afin de contenir et de réprimer ce Payen de Rochefort , un château qu'on appela la Roche-au-Moine , et qui eut alors aussi quelque célébrité;. Il n'existe plus aujourd’hui, et on a construit sur son emplacement un des plus beaux châteaux de France, le châtean de Serrant. Pendant les guerres du xi\" et du xv* siècle, le châtcan de Dieusie fut ruiné et ne se releva pas.

En 15C-2, un calviniste ardent, Hercule Saint-Aignan Desmarais, chassé d’Angers , se jeta à l'improviste dans Rochefort avec une poignée de ses coreligionnaires et s’en rendit maître. Le duc de Montpensier vint l’assiéger. Desmarais, pressé, fit une fausse capitulation, qu’il n’exécuta pas, bien qu'il eût donné un de ses enfants comme otage ; il en profita seulement pour se fortifier. On vint de nouveau l'assiéger, et le siège fut poussé suivant toutes les règles de l'art militaire. Une brèche fut ouverte et un premier assaut livré, mais sans succès. On monta une seconde fois à l'assaut, et bien que le nombre se trouvât du côté des catholiques, le terrain ne fut abandonné que pas à pas et chèrement vendu ; les calvinistes succombèrent enfin et Desmarais fut pris se battant avec un courage de lion. Dans l'intervalle des deux assauts, on l'avait vu, du haut

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îles murailles, appeler un de scs parents qui était parmi les assiégeants, lui recommander son plus jeune enfant et le lui descendre dans un panier. Il fut amené à Angers, et If) condamné à être rompu vif. Après l'exécution , on porta son corps à Rochefort où il resta exposé.

Quelques années plus tard, Rochefort se trouva au pouvoir de la Ligue dans la personne d'un Saint-Offange, moins catholique convaincu que partisan avide, profitant des circonstances pour s'enrichir, coupant les communications, pillant ce qui pouvait être pillé, enlevant les personnes pour les mettre à rançon , inquiétant Angers jusque dans ses faubourgs, et la vallée jusqu'à Saint-Mathurin, mais brave et résolu, à toute épreuve, et déjouant avec bonheur les mesures prises contre lui. l'ne armée de quatre mille hommes, pourvue d'un matériel proportionné, vint l'assiéger, en 1592, sous le commandement du maréchal d'Aumont lui-même. Saint-Offange lit tant, il démoralisa si bien les assiégeants par la soudaineté et la vigueur de ses sorties, il employa si activement les nuits à réparer les dommages faits pendant le jour aux fortifications, que les royalistes échouèrent. Le duc. de Mcreœur, averti, put lui envoyer des secours, et le maréchal d'Aumopt se vit obligé de se retirer après deux mois d'efforts inutiles. Saint- Offange tint ainsi dans Rochefort jusqu'au traité de pacilkation conclu entre Henri IV et le duc de Mercœur, auquel il figura comme agent du duc, et qui lui fut commun avec lui (1598). Rochefort fut alors démoli, comme beauroup d'autres pinces de l'Ouest, mais plus absolument et avec plus de solennité qu'aucune autre. La démolition dura dix mois ; elle s'accomplit sous l’inspection des magistrats de la municipalité angevine. Rien ne fut épargné, pas plus les maisons particulières que les fortifications, et tout ce qui resta de cette position redoutable fut un pan de mur qui subsiste encore, et s'élève, comme un terme colossal, au milieu de la solitude des trois rochers. Sa population descendit dans la vallée où elle est aujourd'hui; on indemnisa les La Trémouille, à qui appartenait alors Rochefort, et tout fut dit de cette ville, humble et ignorée depuis, autant qu'elle a été fumeuse pendant trois ou quatre siècles.

Les ponts de Césont à la hauteur d'Angers, au-dessus du confluent de la Loire et de la Maine. On n'est pas d'accord sur leur origine ; quelques-uns les font remonter jusqu'à César, et rattachent le nom de Ponts-de-Cé à l’étymologie de J’onles Ctctaiis. Ce qu'il y a de certain, c'est que les Romains ont eu tout à cèté des l’onts-de-Cé, dans l’angle formé par la Loire et la Maine, une station importante, un camp Tortillé, très-connu des antiquaires sous la désignation de camp de Frémur, et qui était une de leurs principales positions dans l'Ouest. Il n’y aurait donc rien que de très-vraisemblable à supposer que César aurait jeté là un pont pour assurer ses communications. Quoi qu'il en soit de leur origine, les ponts de Cé sont au moins très-anciens, et ont été longtemps le seul passage établi sur la Loire entre Blois et Nantes.

Il ne parait pas que les Ponts-de-Cé aient jamais été inféodés. L'abbaye de Fontevrault y exerça , par concession de Henri II Plantagenet, les droits de justice, prérogative qui lui fut rachetée en 1293 par Charles de Valois. La même abbaye et l'évêché d’Angers eurent aussi les péages et se partagèrent le pont

CHAtONNES. — ROCHEFORT. — LES PONTS-DE-CÉ. r»17 pour en faire la perception. Mais , comme poste militaire , les Ponts-de-Cé furent toujours directement occupés par les comtes et dues d'Anjou, qui comprirent trop justement , sans doute , qu'ils étaient la clef d'Angers , pour ne pas s’en réserver la garde.

A toutes les époques de nos guerres ou de nos agitations civiles , les Ponts-de- Cé ont été convoités, attaqués, pris, repris, et disputés avec une continuité et une prédilection qu'expliquent leurs avantages comme lien stratégique des deux rives de la l,oire. En 1309 , pour ne pas remonter plus haut, et pour ne citer que les faits les plus importants, les Anglais s'en emparèrent et y restèrent jusqu’après la bataille de Pontvallain. Des troupes de la même nation essayèrent encore de s'en rendre maîtres, en 1438, pour pénétrer dans les provinces du midi, jusque-là fidèles à Charles VII; elles furent vigoureusement repoussées parla garnison angevine qui en avait la garde. En 1 5fr2 , un parti de calvinistes, conduit par Desmarais, que nous connaissons déjà, se jeta dans les Ponts-de-Cé et prit le château d'où il fut, vingt-quatre heures après, chassé par les catholiques à la suite d'un combat corps à corps , dans lequel la plupart des calvinistes fuient massacrés ou précipités dans la Loire. Ce fut de là que Desmarais et quelques-uns des siens, échappés à force d’intrépidité, allèrent s'emparer de Rochefort , où nous les avons vus soutenir un siège courageusement désespéré. Dans le siècle suivant, la petite armée de Marie de Médicis, en querelle avec T.ouis XIII, maitresse des Pontsde-Cé et retranchée en avant sur la rive droite de la Loire , fut défaite par l’armée royale , au pouvoir de laquelle tombèrent les PonLs-de-Cé du même coup (16201. I.a Fronde à son tour les occupa un moment. Enfin , en 1793 , les Vendéens s'en saisirent et coupèrent une arche pour mieux s'y maintenir; mais ils en furent expulsés, deux jours après, par les républicains à la suite d'un engagement acharné dans lequel périrent plus de cinq cents hommes.

Les Ponts-de-Cé ont longtemps été considérés comme une merveille. Le développement en est énorme en effet. Ils se composent de quatre ponts, formant cent neuf arrhes et ayant (les Iles qu'ils traversent comprises) une longueur de trois kilomètres. Ils ont souvent été ruinés ou endommagés par la Loire, puis reconstruits ou réparés. Aujourd'hui ils tombent de vétusté dans plusieurs de leurs parties, et interceptent la navigation à l'époque des grandes eaux par l’étroitesse et l'insuffisante élévation de leurs arches. Il est question de les démolir et de les remplacer par un pont complètement neuf. Le gouvernement s'occupe de ce projet.

La population qui habite les Ponts-de-Cé est fort curieusement distribuée , entre les deux rives de la Loire , dans les Iles qu'enveloppent ses circonvolutions et ses sinuosités, comme Venise au milieu de ses lagunes; à cela près que c'est trois mille âmes au lieu de cent mille, d'assez misérables maisons au lieu de somptueux palais, de pauvres mariniers au lieu de l’aristocratie du Livre d'Or. Le château qui servait autrefois a la garde du pont, s’élève dans l'Uc la plus voisine de la rive droite. Tel qu'on le voit aujourd'hui il est du xv* siècle, époque à laquelle il fut sans doute rebâti. René , duc d'Anjou, habita quelquefois les Ponts-de-Cé ; c'était une des résidences qu'il aimait. (Juelques-uns de ses écrits sont datés de là. On a parlé des noyades de Nantes, à une époque récente; les Ponts-de-Cé ont

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eu le* leurs avant cette ville , dans un genre différent mais fort caractéristique. C’était en 1570, après la pair boiteuse, intervenue entre la cour et les protestants. L'armée catholique de Charles IX refluait du Midi au Nord en passant par les Ponts-de-Cé. Elle traînait à sa suite une telle quantité de filles de mauvaise vie qu’elles étaient presque devenues un embarras. Strozzi, l'un de scs chefs, trouva commode et peut-être plaisant de s'en alléger en les jetant à l'eau. « Il fit jeter d'un coup,» dit Brantôme, «du haut en bas, plus de huit cents pauvres créatures qui, piteusement criant à l’aide, furent toutes noyées par trop grande cruauté, laquelle ne fut jamais trouvée belle des nobles cœurs et même des dames de la cour qui l’en aborrèrent étrangement et l'avisèrent longtemps de travers. » Nous avons dit quel est le commerce de Chalonnes ; Rochefort et les Pontsde-Cé n'en ont pas de spécial et que nous croyions devoir mentionner. René Benoist, confesseur de Marie Stuart, veuve de François II ; partisan et confesseur de Henri IV ensuite, qu'il défendit contre le pape, quoique hérétique, et à la conversion duquel il eut une part considérable; curé de Saint-Eustache de Paris, surnommé alors le pape des halles et auteur de divers écrits, est né à Chalonnes en 1521. Avril de Laroche, et Jacques Routrcux , tous deux écrivains et poêles, sont nés aux Ponts-de-Cé. •

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Saumur est situé au pied du plateau , ou du double plateau si l'on veut, compris entre le Layon et la Vienne, entre les Manges et la Touraine, dans la partie aquitaine et méridionale de l'Anjou , au confluent du Thouet et de la Loire aujourd'hui, au confluent du Thouet et de la Vienne autrefois, quand In Vienne conservait encore dans la vallée, jusqu'au delà de Saumur, l'individualité de son cours , et avant que la levée eilt rejeté la Loire dans le même lit.

La position qu’occupe Saumur a dû être de tout temps nalurcllcment indiquée comme tête du pays; aussi la tradition est-elle que deux villes gauloises ou romaines ont existé là, l'une au-dessous de Saumur, sur la rive gauche du Thouet, l’autre au-dessus , dans la vallée même du Thouet ; et les débris nombreux que recèle la terre et que chaque fouille met au jour çà et là témoignent en faveur de la vraisemblance de celte tradition. Quant à Saumur, son origine ne parait pas pouvoir être reportée plus haut que le iv* siècle. Prise à cette époque, la ville, si on peut déjà l’appeler de ce nom , n’en était encore qu’à ses rudiments les plus grossiers et les plus primitifs. Sa population était logée dans des grottes

1. Œuvre» de Brantôme , tome iv. — Bodin, Recherche» tur Angers et le ba» Anjou. — Godard* Faultrier, l'Anjou et »e» monument». — Blordier Langlois, Angers et l’Anjou tous l » régime municipal. — Le nn'ine , Angers et le département de Maine-et-Loire , de 1787 à 1830. — Crelineaii Joly , Histoire de la Vendée militaire.

creusées comme des boulins dans la pierre tendre de l'escarpement qu'offre le plateau, à l'est de Saumur, du côté de la vallée ; grottes dont on voit encore les pareilles, ou qu’on voit elles-mêmes, peut-être, en sortant par la route qui conduit à Poitiers, et qui continuent d’être fort pittoresquement habitées. Saumur s'appelait alors Mur, Munis, parce qu'en effet , le coteau et ses grottes avaient assez l'aspect d'un mur de colombier. Tel a été l'humble début de cette ville, aujourd'hui l’une des plus coquettes de la Loire.

Pendant la première et obscure période de son existence, Saumur suivit la condition de l’Aquitaine, dans laquelle son territoire était compris, passant des Romains aux Visigoths , des Visigoths aux rois de France, puis, par inféodation, de Dagobert à des ducs héréditaires jusqu'à Pépin.

Au vue siècle, à la suite de longues et rudes guerres, l'Aquitaine fut réunie au royaume par Pépin. Au retour d'une de ses expéditions, vers 747, Pépin passa à Saumur ; il apprécia sans doute les avantages de cette position. Il y fit bâtir une église. On peut croire que ce fut lui qui y fit aussi construire un château, le premier qu'ait eu Saumur. L’église fut dédiée à saint Jean, et le château s’appela le Tronc, Trunnis, à cause de la ressemblance que ses hautes tours otraient, de loin, avec un colossal tronc d'arbre. Les habitants étaient toujours dans leurs grottes. les premières mnisons qui furent élevées, à côté de l'église, sur la pente adoucie «pie présentait le plateau en descendant vers la rivière, furent distinguées des grottes sous le nom spécial de Jnhannis villa.

Au ix* siècle, Saumur eut à subir, comme toutes les villes de la Loire, le fléau de l’invasion normande. Sa population , très-faible encore sans doute, se retira en masse dans les terres , et se réfugia là où il lui fut permis de se croire en sûreté, à Doué surtout, qui était alors la ville importante de la contrée.

Dans la dernière partie du v siècle, nous retrouvons Saumur plus que restauré. Sa population lui est revenue avec accroissement; les grottes sont occupées de nouveau, et la Johannis villa s'est étendue jusqu’aux rives du fleuve. Elle devient la véritable ville, et s'appelle Saulmeur, Snumeur, c'est-à-dire sous le mur, d’où le nom actuel de Saumur. Le château est réparé et augmenté ; une enceinte fortifiée renferme et couronne la partie élevée de la ville. Nous sommes, à cette époque, on plein régime féodal , et Saumur appartient aux comtes de Blois.

A quelles circonstances Saumur doit-il sa résurrection et ses développements nouveaux? Nous avons vu les moines de Saint-Florent du Montglonne, se réfugier à Tournus avec les reliques de leur patron. Ces reliques ont été déloyalement retenues , et les moines n'ont pu les ramener dans l'Anjou ; elles doivent y revenir cependant. Absalon, un novice du Montglonne, qui n'a point accompagné les religieux de son ordre en Bourgogne, se dévoue, dans le secret de sa conscience, à la difficile entreprise de les rendre à la terre à laquelle elles appartiennent. Il va à Tournus, simulant des infirmités qu'il n'a pas, boiteux, manchot, contrefait, et, plus que tout cela, armé de ruse et d'astuce. Il se présente au couvent qui retient le saint de l'Anjou; il s'y fait admettre, y prend ses degrés, y gagne l'amitié et la confiance de tous par vingt-cinq ans de profonde dissimulation , et arrive enfin à se faire nommer sacristain. Le voilà gardien des reli* ques. Il n'a plus qu'une occasion opportune à attendre ; il la fait naître à un jour

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fêté par le couvent, en grisant les moines. Quand la nuit est venue et que tout le monde dort de sommeil et d'ivresse, Absalon quitte son masque, brise la chasse où sont les reliques, les charge sur ses épaules, et se met avec saint Florent en route pour l'Anjou. Après avoir erré quelque temps sur les bords de la Loire, Absalon vint à Saumur; les grottes étaient vides depuis le passage des Normands, et le plateau désert. Il s'établit là, et apprit que Thibault-lc-Trieheur, comte de ltlois, était à Doué; il se rendit auprès de lui et lui raconta son aventure. Thibault lit bon accueil à Absalon; mais, en homme prudent, il voulut vérifier l’authenticité de la relique. Il envoya linement un de ses officiers à Tournus demander pour le comte de Blois , comme une faveur insigne dont il tiendrait bon souvenir nu couvent , une petite portion des reliques de saint Florent. Les moines avouèrent avec douleur qu’ils n’avaient plus le saint. Dès lors, Thibault se constitua le protecteur de la relique, et Saumur fut le lieu choisi pour l'inaugurer définitivement (9i8'. Il y eut émulation de dons et d'offrandes; avec leur produit on construisit une église. Thibault fit élever à cAté un couvent dons lequel des moines se réunirent. On vivait toujours dans la terreur des Normands : on abrita l'église et le couvent derrière le château du Tronc , attenant à ses murs et communiquant même avec lui. Les anciens habitants dé Saumur revinrent alors de Doué et d’ailleurs. Le saint sc remit à faire des miracles comme au Montglonne , comme à Tournus ; sa grande réputation et les produits de son voisinage attirèrent de nouveaux habitants. I-es comtes de Blois favorisèrent celte renaissance de Saumur. Eudes I" surtout, second fils et second successeur de Thibault, en fort mauvaise intelligence avec le comte d'Anjou , Foulques-Néra, s’appliqua a en faire une position importante contre lui (lOOt- 1025).

En 1025, Foulques-Néra s'empara de Saumur. Cette ville était alors inféodée au Normand Geldouin, rude jouteur, que les Angevins appelaient le diable de Saumur. Eudes était en train de faire le siège de Montlvmlcl , place que Foulques- Néra s'était appropriée dans la Touraine, et il avait eu la malencontreuse pensée de rappeler Geldouin et une partie de ses hommes d'armes. Foulques , parti d'Angers pour aller au secours de Montbudel, eut avis du fait, et, au lieu de continuer sa route, il se dirigea du côté de Saumur, qu'il vint surprendre. La ville fut emportée sans difficulté ; mais il restait le château où s'étaient réfugiés les moines de Saint-Florent et les habitants de Saumur. Foulques se mit en mesure de livrer assaut. Dans le château on délibéra. Les moines ouvrirent une opinion fort curieuse et qui fut adoptée ; ils proposèrent de confier la défense du château aux reliques de saint Doucelin, qui avaient une vogue très-populaire dans ce moment-là. La châsse qui les contenait fut amenée en effet. On la pluva derrière la porte attaquée, on l’entoura de cierges comme de mystiques gardiens, et tout le monde se retira à l'extrémité opposée. Foulques enfonça la porte; il vit les reliques du saint, il se félicita sans doute de n'avoir pas d'autres adversaires et passa outre. Le château fut ainsi pris et saint Doucelin vaincu sans combat.

Le comte de Blois voulut reprendre Saumur ; il l’assiégea deux fois sans réussir. Enfin , une transaction intervint : Montbudel, qui s'était bien défendu, fut abandonné et démoli, et Foulques conserva Saumur et son territoire, qui

furent ainsi réunis à l’Anjou. Foulques, maître de Saumur, éloigna du château les moines de Saint-Florent, suspects de sympathies pour le comte de Blois. II les fit partir, eus et leurs reliques , pour Angers , où il leur promit un établissement convenable et plus riche que celui qu'ils quittaient. Mais il se fit un miracle sur la Loire ; la barque qui portait la châsse de saint Florent s’arrêta tout è coup au milieu du courant et refusa de descendre, quelques efforts qu'on fit. Les moines l’envoyèrent dire & Foulques, et le supplièrent de leur permettre mi moins de rester à Saumur. Le comte maugréa un peu, traita le saint de rustre et de mal élevé, puis permit aux moines de rester à Saumur, non pas où ils étaient, mais sur la rive gauche du Thouct, où ils fondèrent un établissement nouveau , et ne les dota pas moins très-magnifiquement. C'est à ce moment qu'il repeupla le Montglonne en y envoyant une colonie prise parmi eux. Foulques donna Saumur à Geoffroy-Martel , son fils et son héritier, qui eut ainsi la charge de le garder. Il arrêta aussi les plans d'un nouveau château qui fut commencé de son vivant, ou tout au moins peu de temps après sa mort, continué avec ou sans modifications jusque vers le milieu du xm* siècle, et qui s’a{pela le Donjon.

Depuis Foulques-Néra jusqu'au su* siècle, l’histoire de Saumur compte peu d'événements qu’on puisse citer si ce n'est que la ville fut prise une fois par Foulques-Réchin ( 1007), quand , après la mort de Geoffroy Martel , et le partage de ses États en deux lots . il attaqua Geoffroy-le-Barbu pour le déposséder i son profit ; et une autre fois prise encore, fort maltraitée et presque incendiée par le comte de Poitiers ( 1069), en guerre avec Foulques-Réchin devenu maître, par la dépossession de son frère, de l'héritage tout entier de Geoffroy-Martel. Mais, s'il n’y a pas d’événements, il y a toute une révolution latente qui s'accomplit à cette époque et dans cet intervalle. La bourgeoisie se forme et se constitue. Cette révolution, générale en France, a plus d’intensité et de précocité peut-être à Saumur que dans beaucoup d’autres villes ; à Saumur qui se trouve à la limite du comte de Blois, du Poitou et de l'Anjou, comme un entrepôt et un marché commun aux trois provinces, et que sa position sur la Loire convie si magnifiquement au commerce. Le premier fait important par lequel la bourgeoisie témoigne déjà de sa puissance à Saumur est la construction d'un pont en ! la Loire, destiné à établir une communication permanente entre les deux Ce fait remonte à 1160 ou environ. Il fut le sujet d'un débat très-vif ent moines de Saint-Florent et les bourgeois. Les moines étaient investis 4‘ de péage et prétendaient que les communications ne pouvaient avoir atteinte à leur privilège, autrement que par le bac qu'ils entretenaient fleuve. Les bourgeois se plaignaient de l’obstacle apporté à la civilisation par le privilège du couvent. Ilenri II Plantagenet vint à Saumur ; la question lui fut déférée, et il l’examina avec tout le soin possible. Il décida que le pont serait livré aux moines, mais à la condition, par eux, de rembourser aux bourgeois le prix qu'il avait coûté , de l’entretenir et de substituer, chaque année , une arche en pierre à une arche en bois , jusqu'à sa complète transformation. De plus , il dispensa de tout droit les habitants de Saumur, eux et leurs marchandises, pour les récompenser d'avoir eu l’initiative d'un travail si utile. Les moines ne furent pas satisfaits, mais ils durent se résigner (1162).

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Dans la guerre qui eut lieu, au commencement du xni* siècle, entre Jeansans-Tcrre et Philippe-Auguste, Saumur fut plusieurs fols occupé par les partis opposés. Louis IX y vint avec toute sa cour en 1241. Pendant le séjour qu’il y fit, il institua son frère Alphonse, chevalier, lui donna le Poitou et l'Auvergne, puis le maria avec Jeanne , fille du comte de Toulouse. Ces circonstances furent l'occasion de plusieurs fêtes , d'une mémorable surtout qui fut appelée la nompareille à cause de sa magnificence. « Le roi tint une grant court et maison ouverte h Saulmeur, en Anjou , dit Joinville qui y était , et vous certifie que ce fut la nompareille chose que je visse oneques, et la mieux aournée et apprêtée. » Pierre Mauelerc, duc de Bretagne, assista à ces fêtes et y fit sa paix avec le roi. Dans la dernière partie du xin* siècle, quatre conciles furent tenus à Saumur, l'un en 1255, l'autre en 1276, les deux autres en 1294. Il ne se traita rien que de secondaire dans ces conciles. En 1369 les Anglais essayèrent de s'emparer de Saumur qui les repoussa, et Du C.uesclin , dans sa glorieuse lutte contre eux, fit de cette ville l'un de scs points d'appui les plus sûrs. Sous Charles VI et sous Charles VII , Saumur ne tint pas moins fermement. Charles VII, pendant qu'il était retranché dans les provinces d’outrc-Loirc, y vint plusieurs fois avec sa cour, avec Agnès Sorel, y donnant des fêtes et y séjournant avec prédilection. En 1425, Jean V, duc de Bretagne, partisan des Anglais jusque là, y fit sa paix avec lui, comme Mauelerc l'avait faite avec Louis IX. Kené, duc d'Anjou, affectionna Saumur comme résidence, et cette ville fut une des quatre ou cinq entre lesquelles il se partageait ordinairement. En 1447, il y tint un grand tournoi, dit emprise de la joyeuse garde , auquel assistèrent les membres les plus illustres de la noblesse d'alors. Yolande d'Aragon , sa mère , passa les dernières années de sa vie au château de Saumur et y mourut ( 1443).

Louis XI avait quatre lieux de pèlerinage dans l'Anjou, ce qui lui fournissait quatre prétextes pour venir à son aise convoiter cette province et préparer par ses intrigues la prise de possession ouverte qu'il en méditait. De ses quatre stations dévotes, Notre-Damc-de-Nantilly , à Saumur, ne fut. pas celle qu'il visita le moins fréquemment. Il prit sous sa protection sa petite église , la fit agrandir, et s’y réserva un oratoire particulier qu'on y voit encore en partie; entre autres dons, il lui fit présent de plusieurs statues d’argent et d’or. Notre- Dame-dc-Nantilly était déjà fort à la mode depuis quelque temps, elle le devint encore plus sous de tels auspices.

Le règne de Louis XI fut signalé, pour Saumur, par un incident qui agita curieusement les esprits à cette époque. Tout le inonde croyait les reliques de saint Florent incontestablement fixées sur les bords du Thouet, après leurs nombreuses aventures, et tout le monde venait les honorer là , depuis plusieurs siècles, avec une foi pleine de sécurité. Or, il se trouva qu'une église de Roye en Picardie s'en prétendait dépositaire. En 1475, Louis XI, occupé à réduire le connétable de Saint-Pol, eut connaissance de cette prétention et du conflit qu'elle soulevait. Il voulut savoir à quoi s’en tenir avec certitude. Le chapitre de l’église picarde produisit des documents destinés à établir que les reliques de saint Florent avaient été enlevées de Saumur en 1035 , et apportées à Roye par un comte de Ycrmandois. Le fait resta environné de doute et d'obscurité; cependant Louis XI,

l’acceptant comme constant, résolut de rendre à l'abbaye de Saumur les reliques de son saint, à la condition que le saint lui-même et pour son compte accéderait à cette restitution. AGn de sc Oxer à cet égard , il imagina de faire mettre le feu aux quatre coins de Roye, priant saint Florent de présence la ville ou tout au moins l'église s’il était opposé au déplacement , et de vouloir bien manifester ainsi sa volonté. Tout brûla , la ville et l’église : Louis XI fut des lors édiOé , et la relique fut solennellement transférée de Roye à Saumur, « où le peuple, » dit Bodin, « se montra tout ébahi de voir arriver de si loin un saint qu'il avait toujours cru si près de lui. » Les moines de Saumur, qui n’avaient pas cessé de se dire possesseurs de la relique, et qui en avaient en effet constamment offert une, vraie ou fausse, à la dévotion des fidèles, en eurent par là deux pour une. C'était une espèce de difficulté. On la leva très-ingénieusement en mêlant ce qui était venu de Roye avec ce qu’on avait à Saumur, et on renferma le tout dans une même châsse, dont Louis XI voulut faire les frais. L'incident ne se termina pas là ; il y eut comme un second acte à ce petit drame. Roye, plus tard, après la mort de Louis XI , réclama devant la justice. On plaida ; les tribunaux prononcèrent. Le parlement de Paris rendit plusieurs arrêts favorables à Roye. L'abbaye de Saumur opposa une résistance matérielle aux gens de justice; et les décisions ne purent être exécutées contre elle. De guerre lasse enfin on transigea ; on partagea par moitié les reliques précédemment confondues (H95).

Le siècle de la réforme religieuse est la grande époque historique de Saumur. Les idées nouvelles y furent promptement et vivement accueillies. La bourgeoisie de Saumur, arrivée à un état très-développé de richesse, de commerce actif, de liberté municipale, et suivant en cela l'impulsion générale de la bourgeoisie, se montra favorable au calvinisme. Elle eut même une raison de plus pour entrer dans ses voies; l'abbaye de Saint Florent et celle de Fontevrault pesaient sur elle de deux côtés, retenaient son essor, et, avec leurs privilèges, la pressaient comme dans un étau pour en exprimer la substance à leur profit. Le protestantisme était donc pour Saumur spécialement une doctrine et un effort d'affranchissement.

Quand les partis en arrivèrent à un état de lutte matérielle, Saumur prit fait et cause pour la religion réformée. Les églises furent pillées et dévastées ; les représailles passionnées de la population frappèrent surtout l'abbaye de Saint-Florent. En 1565 Charles IX et Catherine de Médicis vinrent en Anjou ; Saumur était occupé par le prince de Condé et par scs troupes protestantes ; le roi et sa inère ne purent y entrer, et passèrent outre. Plus tard Saumur fut enlevé au prince de Condé par le duc de Hontpensier. Il subit ainsi les vicissitudes de la lutte , mais il resta invariable dans son esprit et dans ses sympathies. La Saint-Barthélemy passa par Saumur, et n’y éteignit pas plus qu'ailleurs le protestantisme dans le sang qu’elle y fit cependant abondamment couler. Quelque temps après ce massacre, Henri de Navarre, échappé de Paris et fuyant, vint se réfugier à Saumur, où il fut reçu avec empressement, et où il abjura la religion que Charles IX lui avait imposée, en lui disant : « La messe ou la mort (1576). »

En 1589, parle traité conclu entre Henri 111 et Henri de Navarre, Saumur fut cédé à celui-ci comme place de sûreté et comme passage sur la Loire. Ainsi

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cette ville a été, en quelque sorte , pour le futur roi In première marche du trône de France. Henri de Navarre confia la garde de Saumur, et en maintint le gouvernement quand il fut devenu roi , à Duplcssis-Mornay, un de ses fidèles amis , l’une des figures les plus élevées elles plus expressives du protestantisme, ayant la distinction d’un gentilhomme et l'étant de naissance , l'austérité d’un plébéien , la science et la forme des plus lettrés de son temps, le courage d'un soldat et l'habileté d'un capitaine à la guerre, le zèle d’un apôtre pour sa religion et la mesure d’esprit d’un homme politique. Duplcssis-Mornay a exercé une immense influence sur Saumur et sur son développement. Les catholiques l’appelaient le pape îles huguenots. Sous son gouvernement Saumur en devint naturellement la métropole, autant qu’il pouvait en être le pape. Il y fit construire à ses frais un temple pour l’exercice du culte réformé. II y fonda une académie protestante, qui a été célèbre non-seulement en France, mais dans toute l’Europe, et à laquelle furent attachés comme professeurs les hommes les plus distingués du dedans et du dehors, et qui fut un foyer puissant de haut enseignement destiné à la jeunesse de la nouvelle religion. Tanneguy Lefèvre, père de madame Dacier, figura nu nombre des professeurs. Madame Dacier se rattache ainsi à Saumur, où elle est née en 165t. Les établissements de Duplessis, son influence et son administration , donnèrent une grande importance à la ville, et y attirèrent de toutes parts les familles protestantes. Catherine de Navarre , sœur de Henri IV, tant que l’avénement de son frère fut contesté par la Ligue, fixa sa résidence à Saumur. En 15%, les protestants y tinrent un synode nutional sous la direction et sous les auspices de Duplessis-Mornay. Bodin estime que la population de la ville s’éleva rapidement, et quelle atteignit jusqu'à 25,000 âmes, le château fut réparé par Duplessis, qui l’habitait, et reçut de lui ses dernières augmentations et les compléments importants qui l’ont mis à peu de chose près dons l’état où il est encore (1589-1610).

La mort de Henri IV émut vivement les protestants. En 1611 ils tinrent à Saumur une assemblée générale , où toutes les provinces envoyèrent des députés, parmi lesquels figuraient les durs de Bouillon, de Sully, de Rohan, etc. Duplessis en fut le président. L'assemblée dura quatre mois, pendant lesquels Saumur offrit l'aspect et l'animation d'une capitale. Elle n’eut pas le caractère de gravité et de fécondité auquel les protestants s'étalent attendus; les catholiques eurent texte à satires et à pamphlets, et ils en publièrent. Si l'assemblée fut languissante et stérile, la polémique, du moins, fut très-nourrie et trèsardente. Duplessis, irrité et mis à bout, intervint et répondit aux catholiques par la publication in-folio d’une histoire de la papauté, sous ce titre : Le Mystère (T iniquité, qu'il écrivit en français et en latin à la fois, qui sortit des presses de Saumur pour circuler dans toute l’Europe protestante, sous l'autorité alors immense du nom de son auteur, et qui fut l’objet de trois ou quatre traductions en langues étrangères. Enfin , l’assemblée se sépara sans avoir exprimé autre chose que des inquiétudes générales, des mécontentements individuels et des rivalités de personnes. Le résultat en fut plus nuisible qu'utile aux protestants.

Duplcssis-Mornay conserva , sous le nouveau règne , le gouvernement de Saumur

âAltMlift.

jusqu’en 1621 ; à cette époque, on le lui enleva. La querelle des protestants et des catholiques était vidée; on devait le croire au moins, et le moment était venu pour les uns et pour les autres d'apprendre à subir, sans conditions, l'action d'un pouvoir qui avait su les traiter avec justice. I .a position de Duplessis était anormale; on aurait pu la ménager en considération de l'homme peut-être , on ne le fit pas. On offrit à Duplessis des compensations, le béton de maréchal de France et cent mille écus ; il refusa avec hauteur, et, profondément blessé de la défiance dont il était l'objet, il se retira au fond du Poitou, dans une de ses terres, où il mourut deux ans après. Au temps de la Fronde, Saumur resta fidèle au roi. Mazarin et toute la cour y vinrent, en 1652, pour agir contre Angers, un moment révolté. Turenne, abandonnant la Fronde, y rejoignit la cour et y fit sa réconciliation avec elle.

I.a révocation de l'édit de Nantes frappa terriblement Saumur 1 1685). C'est la plus grande calamité dont cette ville ait été atteinte dans tout le cours de son histoire. Les protestants émigrèrent en masse ; la population tomha à six mille Ames, c’est-à-dire qu’elle diminua dans la proportion des deux tiers, et les deux tiers qui disparurent renfermaient la partie prépondérante par scs lumières, son activ ité , son industrie et ses richesses. L’édifice de prospérité élevé par Duplessis- Momay croula complètement.

La ville de Saumur passa , par cet événement, à un état de tristesse, de vide et de silence qui dura jusqu'à 1763. A cette époque, il y vint en garnison un régiment de carabiniers, corps d'élite formé sous les auspices de Louis XIV, qui avait voulu en être le premier maltre-de-camp , qui en avait donné le commandement au duc du Maine, son fils naturel, et qui l'avait décoré de son ambitieuse; devise : Nec pluribus impur. Ce corps était recruté dans tous les régiments de cavalerie et composé des plus beaux hommes de l'armée et de ses officiers les plus distingués. Dans l'état où était Saumur, ce fut toute une révolution , et une révolution importante, que l’arrivée de ce régiment. Cette ville lui doit sa physionomie actuelle. Les maris furent plus que retenus, les femmes le furent aussi d'abord ; mais elles persévérèrent moins, et le point de contact entre les carabiniers et la bourgeoisie saumuroise s'établit par elles. Les carabiniers se mirent à jouer la comédie; on alla les voir. Ils donnèrent des fêtes, on leur en rendit; peu à peu l'union devint parfaite, et on se félicita de posséder le régiment. Les carabiniers restèrent à Saumur jusqu'à la révolution. Ils y construisirent un très-beau quartier pour se loger. Une école d'équitation , à laquelle furent envoyés des officiers de tous les corps , où v inrent comme amateurs un grand nombre de jeunes gens des familles riches, et qui fut le premier germe de la grande école de cavalerie que possède Saumur, fut créée et organisée dans le régiment. L'école d’équitation et le régiment formèrent ainsi une institution déjà remarquable. Joseph II, empereur d’Autriche et frère de Marie-Antoinette, la visita en 1777. Pendant les vingt-cinq ans que Saumur eut le régiment de carabiniers, sa population monta de six mille à dix mille ; son commerce reprit de l’activité dans la même proportion ; son aspect se releva ; la ville éteinte de 1685 se mit tout entière et sous toutes les formes en mouvement pour devenir la ville bruyante, brillante, régénérée, peu dévote, très-mondaine et très-coquette d'aujourd'hui.

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En 1793, Saumur fut assiégé , pris après un combat très-opiniâtre, et Occupé par l’année vendéenne. I.'armée républiraine qui le défendit comptait parmi ses chefs Coustard, Menou, depuis gouverneur de l'Égypte, et Berthier, devenu, sous l'empire, prince de Neuchâtel et de Wagrara. L’armée vendéenne ne garda Saumur que huit jours, et, exclusivement propre à la guerre irrégulière qu'elle faisait, elle l'abandonna d'clle-mème. En 1808, Napoléon passa par Saumur. Le corps municipal fut à sa rencontre, lui offrit les clefs de la ville sur la route et le pria d'entrer : « Je ne puis m’arrêter, » dit sèchement Napoléon, qui venait d’apprendre à Nantes la capitulation de Baylen. Il y eut une impression de désappointement dont Napoléon s'aperçut , et qu'il tint à modifier. •< Combien la ville a-t-elle d’habitants? » reprit-il. — « Douze mille, » dit le maire. — « Et cinquante mille aujourd'hui venus des environs pour vous voir, » ajouta un adjoint. — « J'entrerai, » dit l’empereur. Il entra en effet, mais pour quelques heures seulement, et le temps tout juste de recevoir les autorités de la ville et des communes de l’arrondissement.

Les événements de la révolution avaient enlevé à Saumur le régiment de carabiniers et l'école d'équitation ; la restauration, en 18U, lui rendit l'école de cavalerie que l’empire avait fondée à Saint-Germain-en-Laye, et qui est devenue une des plus belles institutions militaires de l'Europe. Saumur faillit perdre cet établissement, en 1823, à cause de l'esprit trop peu royaliste qu'on noyait voir parmi ses élèves, et des menées qu'on crut y découvrir. L’école fut transférée à Versailles alors; mais, en 1824, elle fut rétablie à Saumur, et organisée conformément à une ordonnance du 10 mars 1825, et sur des bases qui n’ont guère varié depuis. La tentative de Berton est le fait le plus considérable de l'histoire contemporaine de Saumur. Cet officier général, qui voulait faire de cette ville le centre et le foyer d'une conspiration qu'il avait organisée dans les départements de l'Ouest, vint échouer, en 1822, à l’entrée de scs faubourgs. Il y avait des sympathies et des complices ; mais il ne put entrer dans la ville. Le protestantisme, dont la révocation de l’édit n'avait pas laissé subsister la plus légère trace, a fait sa réapparition à Saumur; un temple, destiné à desservir la contrée, y a été rétabli et inauguré en 1842.

Saumur est en voie d'accroissement. La population de l'arrondissement dont il est le siège administratif s'élève à plus de 94,000 âmes; sur ce nombre, 15,000 environ appartiennent au chef-lieu. La ville couvre de ses constructions tout l'angle compris entre la Loire et le Thouet, depuis le sommet du coteau jusqu'à sa plus basse dépression. En liaut , on voit toujours les primitives grottes de Mur qui n’ont pas cessé d'être habitées; à mi-pente, on retrouve la cité du moyen âge ; en bas se développe la ville moderne. Saumur communique avec la rive droite de la Loire par un pont monumental, qui a remplacé l'ancien pont des bourgeois et des moines , entrepris en 1770, et dont l'établissement a coûté un million sept cent mille francs, et avec le plateau de la rive gauche, par un pont d'une remarquable construction aussi, jeté sur le Thouet. Le château, qui domine complètement la ville, dans la position où l'a fondé Pépin, où Foulques-Néra l'a transformé, et où l’a augmenté Duplessis-.Mornay, n’a de très-remarquable que son point de vue, qui embrasse la vallée de la Loire, et *

SA l!M U R.

qui est l'un des plus admirables qu’on puisse rencontrer. En regard du château , au delà de la ville, sur la rive gauche du Thouet , s'élève encore une partie de l’abbaye de Saint-Florent, laquelle a été, sous l'empire, une résidence sénatoriale. L'école de cavalerie forme un ensemble imposant de constructions non moins bien entendues pour leur destination qu'élégamment exécutées pour l'effet architectonique; elle est assise dans la ville entre ces deux extrémités du tableau général qu'offre le développement de Saumur. L'une des églises, celle de Saint-Pierre, mérite d'ètre citée : c'est une construction dont on ignore l'origine précise, mais qu'on peut faire remonter au moins au xn« siècle. Son portail primitif s’est écroulé au xvil* siècle ; il a été remplacé par un portail nouveau, considéré comme un morceau d'architecture très-régulier en lui— même, mais dont le caractère moderne fait un contraste singulier avec le reste de l’édiflce. Sur les quais, on voit un hôtel de ville crénelé, du xve siècle, et l'hôpital, construction plus récente, et dont l'église est couronnée par un dôme remarquable. Ce dernier édifice se rattache à quelques souvenirs d'un certain intérêt. Ce fut autrefois une église consacrée à Notre-Dame-des-Ardilliers, qui succéda, au xvi' et au xvn* siècles, à la vogue de pèlerinages de Saint-Florent et de Notre-Dame-de-Nantilly. U: cardinal de Richelieu y vint sous prétexte de piété, mais plus vraisemblablement pour observer les réformés. Il ajouta une chapelle latérale à l'église, et lui Qt quelques dons (1534). Abel Servien, ministre d'état sous Louis XIV, construisit une autre chapelle parallèle, et éleva le dôme avec le produit, dit-on, d'un pot-de-vin qu'il avait reçu des fermiers généraux comme surintendant des finances (1654). L’église était alors desservie par les oratoriens. Madame de Montes pan eut, plus tard, dans ses dépendances une retraite appelée le Jugueneau. Saumur est entouré de digues , comme d'une enceinte, afin de se protéger contre les crues du Thouet et de la Loire. Les digues ont souvent rompu sous l'effort des crues, et Saumur a subi de nombreuses inondations. La plus célèbre et la plus désastreuse dont on se souvienne est de 1615; elle a conservé le nom de Déluge de Saumur. La plus récente, qui a été très-grave aussi, est de 1842. Le dessus des digues forme une promenade où, les jours de fête, la population se répand pittoresquement, comme une guirlande mobile , autour de Saumur.

Saumur est une ville inquiète et exigente. Elle a voulu être le chef-lieu d’un département spécial; elle a voulu au moins être, avec Angers, le chef-lieu alternatif du département de Maine-et-Loire; celte prétention, discutée au commencement de la révolution par l’autorité administrative , fut définitivement repoussée. La révocation de l'édit de Nantes, en faisant déchoir les Saumurais de la position que des circonstances, exceptionnelles en partie, leur avaient créée, a laissé dans leur esprit un fonds sensible encore de ressentiment et de regrets. Mais l'avenir de Saumur n’est pas dans la résurrection de son importance administrative et politique. Son école de cavalerie en fait une ville de luxe et de consommation. Sa position la rend l'agence commerciale sur la Loire de tout le plateau qui s'étend derrière elle dans l’Anjou et jusque dans le Poitou, plateau riche de produits agricoles variés, de céréales surtout, et de vins dont la réputation doit grandir, parce que leur valeur réelle le comporte, et au sein duquel

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il pénètre par le Thouet, navigable jusqu'à Montreuil-Bellay, et pour la Dire canalisée jusqu a Monrontour. Ce sont là les bases vraies et hors de toute contestation qui doivent soutenir le développement de Snumur et contenter sa juste ambition.

Saumur fait un commerce considérable en grains, vins, eaux-de-vie, lin, chanvre, etc. On y fabrique une grande quantité de chapelets et divers petits objets de fantaise en émail très-renommés. Cette ville n'a pas produit de célébrités, du moins en proportion de son importance. Nous avons vu que madame Dncier y prit naissance; il y faut ajouter Urbain Le/ort, carme, auteur de plusieurs ouvrages de théologie et de droit canon; Claude Mtsnartl, à qui l’on doit une histoire manuscrite de l'Anjou et une Vie de Du Gueselin; Dom Plancher, bénédictin, auteur de l' Histoire de Bourgogne ; Budin, l'historien de Saumur; F. Bodin , son fils, député et journaliste sous la restauration ; et Aristide Dupetil- Thouars, né dans une commune très-voisine, et mort glorieusement à la bataille d'Aboukir. '

MOVTBEm-BUUT. — BXXISSAC. — MONTSORCAU. — FONTE V EAULT.

Doué, Montreuil, Brissar, Montsoreau et Fontcvrault, occupent les points divers du territoire dont Saumur est la tète, et qui, du nom de cette ville, a été appelé le Saumurais.

On fait remonter l'origine de Doué aux temps celtiques. Son nom vient de Theotradum , à cause d’une fontaine qu'on y voit encore, qui nurait été autrefois une fontaine consacrée dans les Gaules, et dont les eaux auraient formé là un ruisseau appelé par les Homains hué de Dieu. Doué a été , avant Saumur et jusqu'au x* siècle, la cité importante de la contrée. Pendant la longue crise de I'invasiou barbare, cette ville se trouva au carrefour des races et des climats. Ce fut là que les Visigotlis, maîtres de tout le midi de la France jusqu'à la Loire, vinrent observer le nord et écouter ses bruits menaçants. Leurs rois eurent à Doué une résidence, où ils se tenaient souvent. Après l'expulsion des Visigotlis, Doué ne déchut pas. U's rois frunks y vinrent à leur tour pour surveiller le midi On rite Dagobert comme ayant particulièrement affectionné le séjour de Doué. L’ancienne résidence des rais visigotlis prit à cause de lui le nom de Dagoberderie ou Coberderie, que son emplacement conserve encore aujourd’hui. Dagobert a été le fon-

I. Joinville , .Mémoires. — Bounicau, Déluge de Saumur. — Bmirtligné , Annales d’Anjou. — nirt't , Antiquités d'Anjou — Ménage , Histoire de Sablé. — Bodin . Hecherches sur Saumur et le haut Anjou. — tiodard-FaulIrier, l’Anjou et tes .Monuments. — Blordicr Langlois, Angers et C Anjou tout le régime municipal. — Le même, Angers et le département de Maine-et-Loire de 1787 à IHSO. — Marchegay, Archives de l’Anjou.

dateur de l’église de Saint-Denis de Doué , et de deux ou trois autres dans les environs. Cette ville redevint sous les ducs d'Aquitaine ce qu'elle avait été sous les rois visigoths. Pépin-lc-Bref y établit son camp, au début de sa lutte contre Waïffre, et y conclut avec lui un traité dont l'effet fut de courte durée (700). Louis-lc-Débonnaire était à Doué et y tenait une assemblée des états-généraux de l'Aquitaine quand il apprit la mort de Charlemagne (811). Pendant les discordes qui s'élevèrent entre l.ouis-le- Débonnaire et son lils. Doué conserva son rang et son rôle. Pépin, en 832, contraint par son père de quitter l’Aquitaine, se retira d’abord à Doué avec sa femme et ses enfants.

A partir du xr siècle. Doué est comme frappé de déchéance ; Saumur s’élève et prend sa place. S'il en est question encore, c'est à de rares intervalles et pour des faits très-secondaires. Doué, qui a été la frontière de l'Aquitaine, n’est plus même la frontière de l’Anjou. Ce ne sera désormais qu'une étape comprise dans la zone intérieure de la province , et dont l’histoire ne s'occupera plus.

Doué a d'abord appartenu à une famille qui portait son nom. Après quelques générations , cette famille s’est fondue , par mariage , dans celle de l'Ile-Bouchard , qui a été ainsi, en second lieu, propriétaire de Doué. Les La Trémouillc, par le mariage de l'un d'eux avec Catherine de lllc-Bouchard, ont, plus tard , réuni Doué à leurs domaines. A l'époque de la révolution, cette seigneurie appartenait à Foulon, un moment ministre de Louis XVI, et l'une des premières victimes de l'effervescence populaire. Doué avait alors titre et rang de baronnie. La ville, depuis longtemps, était administrée par un corps municipal. On voit par l’acte de fondation de son hôpital, en 1229, que, dès celte époque, sa bourgeoisie, non encore sans doute régulièrement constituée, participait déjà à l'administration -des affaires communales. Le comptable de cet établissement devait être nommé par le seigneur, le chapitre de Saint-Denis, et les bourgeois, dont quatre avaient mission de surveiller ses opérations et de recevoir ses comptes.

Doué eut un château au temps de la féodalité. Geoffroy TII , dit Plantagenet, le démolit à la suite de quelques démêlés avec les seigneurs de la vdle. Nous ne parlerons point ici de l'amphithéâtre construit par les Visigoths, nous réservant de décrire ce monument dans notre résumé sur la province. Doué est un cheflieu de canton , dont ta population ne dépasse pas 3,1 15 habitants.

Montreuil ( monasteriolum ), petite ville située sur le Thouet, existait antérieurement à Foulques-Nôra qui la fit fortifier. Son château, qu'on voit encore plus ou moins transformé par les réparations qu'il a subies, fut longtemps l’un des plus forts et des plus sérs de la province. Les premiers seigneurs de Montreuil furent les Berlay ou les Bellay, auxquels la ville a dù son second nom. Cette illustre famille, outre Joachim Dubellay, poëte célèbre du xvi* siècle, a produit un grand nombre d'homincs distingués dans la politique, la guerre, l'église et les lettres. Après les Bellay, Montreuil fut successivement possédé par les maisons de Melun, d’Harcourt, de Longueville, le maréchal de la Meillcrayc et les Cossé.

Montreuil et son château ont été assiégés à plusieurs reprises. Geoffroy Plantagenet . comte d'Anjou, vint y attaquer un seigneur de la famille du Bellay, en ni. (>7

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révolte contre son autorité, et en flt deux fois le siège. I-a première fois il prit la forteresse et admit son vassal à résipiscence. La seconde fois le château tint si fermement qu'on ne put le réduire que par la famine, après un an selon les uns ou même après trois ans selon d’autres ; Geoffroy en Gt démanteler les fortilications, qui depuis n’ont jamais été complètement relevées (1150). Philippe -Auguste, pendant ses guerres contre Jean-sans-Terre, assiégea et prit Montreuil qui tenait pour ce dernier (1203). Enfin, Louis VIII , marchant contre la ligue anglaise des seigneurs poitevins, en fit aussi le siège et s'en rendit maître en 1*223. Ce fut dans cette ville qu'il traita avec la ligue poitevine et reçut d'elle des otages comme garantie de sa soumission. Trois siècles plus tard, en 1568, nous voyons Montreuil au pouvoir de l'armée des protestants qui s’y établirent sur la rive gauche et y restèrent trois semaines pendant lesquelles l'hiver et la rareté des subsistances leur firent perdre un grand nombre de soldais. Jusqu'à la révolution Montreuil fut un chef-lieu d'élection. La ville était administrée par un corps municipal. Chef-lieu de canton aujourd'hui , sa population est de 2,000 habitants.

Rrissac, plus anciennement Brochessac , très-petite ville située à peu près à moitié chemin entre Angers et Doué et où l'on compte à peine 1,000 habitants, n'a de remarquable que son château, l'un des plus imposants de l’Anjou, et doit la célébrité de son nom à l’illustration de scs seigneurs, les Cossé-Brissac, qui en firent l’acquisition au commencement du xvi* siècle. Cependant c’est à Brissac, qu’en 1067, Foulques-Réchin battit l’armée de son frère Geoffroy-le-Barbu et le fit prisonnier, et que s'opéra, en 1620, la réconciliation de Louis XIII avec Marie de Médicis. L’entrevue de la mère et du fils eut lieu dans le château de Brissac. On y montre encore la tapisserie derrière laquelle s’était cachée la reine-mère pour s’assurer des dispositions du roi avant de se livrer.

Fontevrault ne date que de la fin du xi* siècle, et doit son origine à Robert d'Arbrissel, célèbre prêtre breton, orateur éloquent, nature expansive, esprit enthousiaste, cœur plein de témérités et de désirs, et qui représente, dans le développement du christianisme , une nuance particulière et fort originale. Cet homme extraordinaire conçut la pensée de lever l’espèce d’interdiction dont les pères de l’Église et la plupart des conciles avaient frappé la femme; d’opérer un rapprochement entre elle et le christianisme , et de mettre l’influence et la séduction de son caractère au service de la religion. Robert d'Arbrissel fit cette tentative en poète et en a pâtre. Après avoir beaucoup rêvé, beaucoup prêché, beaucoup converti, après avoir réuni des éléments et fait un premier essai ailleurs, il vint à Fontevrault et y réalisa définitivement l’idée dont il poursuivait depuis longtemps l’exécution (1 100 ) . Le lieu, d’un aspect austère, d’un horizon borné, d’une végétation mélancolique ou aride , perdu entre la Touraine et l’Anjou, et, sous tous les rapports, dans un isolement parfait, était admirablement approprié à ce qu’il en voulait faire. 11 y fonda un couvent , type nouveau réunissant dans la même enceinte et sous la même règle les hommes et les femmes, et contre-pied du monde ordinaire, espèce de chevalerie monastique, attribuant l’autorité suprême à la femme , le gouvernement du couvent à une abbesse.

On peut dire que Fontevrault fut un monastère aristocratique par les faveurs et les patronages dont il fut entouré , et qu’il conserva ce caractère jusqu'à la fin par son personnel et surtout par ses abbesses. Les Plantagencts, comtes d’Anjou et rois d’Angleterre, l'enrichirent et le protégèrent de leur vivant et voulurent y avoir leur sépulture après leur mort. Uenri II et sa femme Éléonore de Guyenne, Kiehard-Cœur-de-Lion , Jean-sans-Terrc et sa femme Isabeau d'Angoulémc , Henri III et d'autres membres de cette royale famille, ont été enterrés dans l’église ou lui ont légué quelque partie de leur dépouille mortelle. Bcrtrade, femme divorcée de Foulques-Réchin et mariée après son divorce à Philippe 1", roi de France t se fit recevoir religieuse à Fontevrault. Quatorze des abbesses qui ont dirigé le couvent avaient rang de princesses, et parmi elles plusieurs étaient de sang royal. Mesdames de France , filles de Louis XV, y furent élevées. Aujourd'hui la grande fondation de Robert d’Arbrissel et le Saint- Denis des Plan-, tagencts n’est plus qu'une maison centrale de détention. La ville n'a aucune importance par elle-même ; on y compte environ 1 ,500 habitants , non compris les détenus.

Le nom de Montsorcau ne représente plus qu'une ruine imposante sur le bord de la Loire, et un souvenir particulièrement sinistre dans l’histoire d'Anjou. La ruine se voit A deux lieues au-dessus de Saumur; ce sont les restes d’un ancien château construit au xv' siècle. Le souvenir sinistre est celui de la Saintllarthélemy dont le seigneur de Montsoreau fut l'atroce exécuteur dans l'Anjou. Puygaillard, un autre acteur de ce drame de sang, lui écrivait de Paris : « Le roi a fait une grande exécution à l’encontre des huguenots. Je n'ai pas voulu faillir vous le faire entendre ; la volonté de S. M. est que l’on en fasse de même partout où l’on en trouvera, et si vous désirez faire service qui soit agréable à S. M. il faut que vous vous en alliez à Saumur et à Angers, et tout ce que vous y trouverez desdits huguenots les faire mourir. Je sut s bien marri que ne puis pas être par-delà pour vous aider à exécuter cela. » Le seigneur de Montsoreau s'en acquitta de manière-à prouver au roi qu'aucun autre n’était plus digne que lui de cette épouvantable mission. La petite bourgade de Montsoreau a une population de 1,000 à 1,200 âmes.

Quelques hommes d'une certaine notabilité sont nés dans les villes dont tious venons de parler. Ce sont : pour Doué, iïormand, évêque d'Angers, en 1146; Vincent Marsolle, général de l’ordre des Bénédictins, en 1672; Jean -Pierre Gallois, engagé dans les ordres ecclésiastiques avant la révolution , et , de 1789 A 1800, écrivain royaliste et ardent pamphlétaire ; pour Brissac, Chartes Reijnrau, oratorien et membre de l’Académie des sciences, et pour Montreuil ou ses environs, saint Hilaire, évêque de Poitiers, et Remi Moreau, doyen de la faculté de médecine de Paris en 1630, *t auteur de plusieurs ouvrages. '

1. L'abbé Ftenry, Histoire ecclésiastique. — Marcbegay. — Bodin , Recherches sur l’Anjou. — Godard -FauUricr.

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