‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 108 sur 128 · AGRICULTURE. - INDUSTRIE. - COMMERCE. — MOEURS. - ANTIQUITÉS · texte numérisé non relu

AGRICULTURE. - INDUSTRIE. - COMMERCE. — MOEURS. - ANTIQUITÉS

Le sol de l'Anjou offre une très-grande variété de productions : les céréales, les bois, les bestiaux et les vins, forment les principaux éléments de sa richesse agricole. Les vignobles sont particulièrement concentrés dans les terres calcaires de la rive gauche de la Loire, dans le Saumurois, bien qu'aillcurs et çà et là on trouve, dans des conditions assez générales, la vigne à l’état de culture et de produit. Les vallées de la Loire , de la Mayenne, de la Sarlhc, du I.oir et de l'Au- • thion, et toute la Vendée plus qu'elles encore , élèvent et fournissent des bestiaux. C’est principalement du côté de la Bretagne et du bas Maine qu’on rencontre les plus belles forêts de la province. Les céréales viennent partout : les seigles et les blés noirs dans les terres arides et pierreuses qui s'étendent à l’ouest d’Angers ; les froments, dans les terres plus substantielles qui sont à l’est. Parmi les productions secondaires mais caractéristiques de l’Anjou , il faut mentionner encore les chanvres, et les plantes ou arbres de jardin. Les chanvres sont cultivés dans les Iles de la Loire et sur ses rives, particulièrement derrière la levée, entre Saumur et Beaufort, où ils atteignent une hauteur de sept à huit pieds. I.es plantes ou arbres de jardin sont produits |>ar des pépinières et par des établissements horticoles qui n’occupent pas moins de huit mille hectares, et dont la plupart sont situés aux environs d'Angers. Ces deux branches d'industrie sont très-florissantes dans l'Anjou et constituent, à son profit et à son honneur, une double supériorité. Les méthodes et les procédés de culture suivis dans la province sont plufs ou moins avancés selon les lieux Dans toute la partie qui se trouve à l’est d'Angers, dans le Saumurois et sur la rive droite de la l.oire, l'agriculture est depuis longtemps en actif progrès et au pas du mouvement général; dans toute la partie qui est à l’ouest, dans la Vendée et vers la Bretagne, elle marche et se perfectionne avec plus de lenteur. Là, les terres, il y n peu de temps encore, après avoir donné une récolte, étaient complètement abandonnées pendant quatre ans, six ans, et même plus, et se couvraient à loisir de ronces et de genêts avant qu’on ne leur confiât une nouvelle semence. On se dégage chaque jour davantage de cette barbarie ; mais il s’en faut de beaucoup qu'on ait atteint partout le niveau commun des perfectionnements acquis. Les propriétés sont exploitées généralement en colonnage partiaire dans l'Anjou. La plus grande somme d’activité s’y porte vers le travail agricole; les terres incultes et à l'état de landes ne forment pas au delà du vingt-huitième de la superficie totale de la province.

L'industrie n’a pas dans l'Anjou les développements et l'importance qu'elle aurait pu y prendre ; les bras et les capitaux ne s’y appliquent qu'avec mollesse et indécision. Depuis l'introduction des manufactures, diverses fabrications ont été essayées, ont réussi un moment, puis ont dépéri. Le Lude a eu des éta-

mines, Chôteaugonlicr des toiles, Angers surressirement un peu de tout, et rien ou presque rien ne s’est maintenu et n’a pu suivre sa destinée jusqu'au bout. Cholet et quelques fabriques de toiles à voiles, éparses autour d’Angers, font seuls exception et représentent, sans rivalités dignes de mention, l'industrie manufacturière dans l'Anjou.

Le sol de la province renferme du schiste ardoisier, de la houille, du grès, du granit, de la chaux, de la pierre coquillière et des marbres; plusieurs de ces éléments géologiques sont l'objet d'exploitations considérables. En première ligne, il faut citer l'industrie ardoisière, qui a son principal siège auprès d'Angers ; elle n'occupe pas moins de trois mille ouvriers, et scs produits ont une valeur de 2,000,000 francs par an. Ses chances et ses profits varient, du reste, suivant la qualité des couches de schiste qu'on rencontre, et dont l'inégalité est telle que sur trente ou quarante carrières ouvertes , il y en a cinq ou six tout au plus qui soient dans un état réel de prospérité. Il faut citer ensuite l’industrie houillère , laquelle exploite les gisements découverts sur la rive gauche et la rive droite de la Loire , au-dessous d’ Angers. La première concession de ce genre remonte à l’année 1737. Les houilles de l’Anjou ne sont pas d’une qualité supérieure ; leurs blocs s'égrènent facilement et tombent en poussière de charbon ; on les consomme dans la province. L’industrie qui en fait principalement usage, et qui doit être citée encore, est celle des fours à chaux, très-nombreux, et dont les produits ont une véritable importance*. L'industrie métallurgique est représentée par le haut-fourneau de l’ouancé, qui s'alimente de minerai plutôt dans la Bretagne que dans l'Anjou, bien que cette dernière province ne soit pas dépourvue de quelques gîtes abondants. .Voublions pas enfin les poteries , les -tuileries , et quelques carrières de pierres à bâtir, de granit et de marbres verts.

I.e commerce de l'Anjou alimente de bestiaux une partie de la consommation de Paris en concurrence avec la Normandie ; il écoule dans les prov inccs environnantes l’excédant considérable de ses grains et de ses vins. Des exportations de farines et de vins, de vins de Saumur chuwpanùfs principalement, ont été entreprises depuis une dixaine d'années. Les chanvres angevins, à l’état de matière première, se vendent et sont employés sur divers points de la France, à la fabrication des toiles ou à la confection des cordages. Les produits horticoles de la province s'expédient dons tous les départements intérieurs, et même dans les pays étrangers, en Hollande, en Angleterre et jusqu’en Amérique. La fabrique de Cholet , par l’importance de ses débouchés , donne lieu non-seulement i une branche de commerce particulière à l'Anjou, mais, on peut le dire, à une branche du commerce national. Les toiles de chanvre qu'on fabrique à Angers et dans les environs sont en très-grande partie achetées par le gouvernement pour servir à la voilure des navires. La seule des industries du sol dont les produits ne soient pas absorbés par la consommation locale sont les carrières d’ardoises.

Les habitants de l'Anjou n'ont pas d'idiome particulier ; le peuple y parle, comme partout, un français plus ou moins altéré, plus ou moins nuancé, mais reconnaissable et intelligible autant qu'en quelque province que ce soit. Les mœurs n'ont rien d'essentiellement original ; par beaucoup de points, elles se confondent avec celles des provinres qui les environnent ; ici avec celles du Maine ou de la Tou-

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raine, ailleurs avec-cclles de la Bretagne. Angers, le Saumurois et la Vendée, sont les seules parties de l'Anjou où les mœurs aient un cachet particulier. Angers les représente dans leur expression collective, dans la fusion historique qui s'est faite de leurs éléments primitifs; leur originalité, si on peut le dire, est de n’en point avoir et de n'en pas chercher. Le Saumurois est une petite Gascogne dans l’Anjou, Saumur un Bordeaux au petit pied sur la Loire; on rencontre IA de la vivacité , du luxe , de la présomption, de la mobilité et de la spontanéité, presque autant que dans le Midi , plus assurément qu'il n'y en a dans le reste de la province. La Vendée est In contrée qui offre les traits de mœurs les plus curieux à étudier. C'est une espère d'empreinte opiniâtre dans laquelle on reconnaît toutes les influences morales, et où elles se sont mêlées sans s'effacer les unes les autres. Quelques traditions druidiques subsistent à côté des pratiques religieuses du catholicisme, des vestiges du culte des arbres et des fontaines s'y retrouvent encore; par exemple, un chêne, dit chêne du Iloi/nov , dont on peut estimer l'Age b deux mille ans , d’après sa grosseur et sa vétusté , existe entre Chalonnes et Beaupréau, et est l’objet d'une vénération générale dans le pays. Ce chêne a trente pieds de circonférence ; toute sa partie supérieure est morte et détruite. Quant aux Vendéens, leur caractère ressort suffisamment de leur histoire. C'est une race intéressée, attachée au sol, amoureuse de la coutume parce qu’elle est stationnaire, courageuse sans poésie, laborieuse sans initiative, ayant, dit M Guépin (de Nantes), la tête large, ronde, plate sur le sommet, et dépourvue des signes auxquels les physiologistes reconnaissent l'idéalité.

L'archéologie de l'Anjou est riche en monuments de toutes les époques. La rive gauche delà Loire, depuis Saumur jusqu’à Chalonnes, offre de nombreux débris celtiques. Parmi les dolmens les plus remarquables, nous citerons surtout celui qu'on voit auprès de la première de ces villes et qui se compose de quinze pierres ou blocs. Les peulvens sont très-communs dans In province, principalement derrière Saint-Maur, à moitié chemin de Saumur et des Ponts-de-Cé. On voit des (ombelles à Doué, à Montreuil-Bellay, b Vihiers, A Montrcvnult, dans la Vendée, etc.; deux cromlechs, détruits seulement depuis quelques années, ont longtemps existé, l'un auprès de la capitale du Saumurois, l'autre dans les environs de Baugé. Les Itomains n'ont pas laissé dans l'ancien pays des Andes de moins nombreux vestiges de leur conquête et de leur occupation. Nous avons parlé de l'amphithéAtrc d'Angers et des antiquités qui y ont été découvertes en remuant le sol ; mais le camp de Fremur est le monument le plus curieux de celte époque. Ce camp, formé en triangle, au confluent de la Loire et de la Maine , était fermé à sa base par une levée qui s'étendait d'une rivière à l'autre et dont la plus grande partie existe encore ; il< avait treize mille mètres de tour. Les fouilles qui ont été faites sur ce point ont mis au jour une véritable mine de médailles et de débris de toutes sortes. Des fouilles semblables, faites aux environs de Saumur et à côté de Beaupréau , sans doute dans des lieux où les Itomains avaient eu également des camps et des stations, ont été fécondes en découvertes du même genre. L'amphithéâtre de Doùé appartient à l'époque de l’invasion barbare. «Cet amphithéâtre,» dit Bodin, « est creusé dans le roc tendre formé par un grand banc de pierres coquillières , sur lequel

la ville de Doué est placée, L'arène a, dans scs plus grandes dimensions , environ trente-cinq mètres de longueur, vingt-huit de largeur et sept à huit de profondeur. Le plan est un polygone irrégulier. IHi côté de l’orient, il y a treize gradins, et dix-huit du côté du nord; mais ils sont si étroits qu'on ne sait pas trop comment les spectateurs pouvaient s'y placer, la plupart n'ayant qu'un tiers de mètre tant en hauteur qu'en largeur. Plusieurs des rangs supérieurs sont en pierres rapportées et posées avec mortier à chaux et à sable. Je crois que ces derniers ont été faits vers la fln du xvr ou au commencement du xvn" siècle. Ce qu’il y a de plus remarquable dans la taille de cette roche coquillière est une vaste galerie destinée à mettre le peuple & couvert, lorsque la pluie interrompait les jeux. Elle est, comme dans les amphithéâtres antiques, pratiquée sous les gradins ; mais, en quelques endroits , on a laissé si peu d'épaisseur pour leur support , qu'en a peine à concevoir comment ils ne se sont pas écroulés sous le poids des spectateurs. » Juste- l.ipse , dans son livre des Amphithéâtres , a donné de ce bizarre monument une description infiniment embellie et flattée. Duchesne, dans les Antiquités des villes de France, parle, d'après Jusle- Lipse, de ces « voûtes et grottes souterraines, fort arlistement élabourées. » L'amphithéâtre de Doué a été longtemps attribué aux Romains ; aujourd’hui , on le fait généralement remonter aux Visigoths, qui, ayant trouvé li une carrière de pierre, l'auraient appropriée à leur usage et transformée en amphithéâtre. L'église de Savennières, à quelques lieues d'Angers, est une construction du v* siècle, d’un haut intérêt archéologique, et dont le type originaire s'est conservé et se retrouve sous les réparations qu’on y a faites & des époques moins éloignées. On croit que cette église a d'abord été un temple païen ; l'axe de sa nef est du midi au nord , au lieu d'être de l'ouest à l'est comme dans les églises du moyen âge.

L’époque carlovingienne compte aussi dans l'Anjou un monument très-précieux et conservé dans ses parties essentielles, c’est l'église Saint-Martin d’Angers qui sert aujourd'hui de magasin de bois. Le palais archiépiscopal d'Angers est à peu près de la même époque. L'église cathédrale , construite de 1040 à 1240, édifice remarquable par l'élégance de sa forme en croix latine parfaite, par la hardiesse de ses voûtes, par les sculptures de son portail et par l'élan de ses flèches , caractérise le style , où les austérités religieuses de l’ogive se combinent avec la grâce mondaine du plein cintre, et où le ciel et la terre se rencontrent, eu faisant pour ainsi dire chacun la moitié du chemin. Il fout chercher les principaux types des constructions féodales dans le château d’Angers, qui date du règne de saint Louis, et dans ce qui reste de divers autres châteaux fondés vers le même temps, tels que ceux de Pouancé et de Montreuil-Bellay. 1

I . Juste— I.i[>sc. — Hiret , Antiquités d'Anjou. — Duchesne , Antiquités des villes de France.— De Beuuregard , Statistique du département de Maine et Loire. — Xfarcbegay, Archives d'Anjou.— Bodin, Saumur et le haut Anjou. — Le mémo, Angers et le bas Anjou. — (Jodard-Fitlltier, l'Anjou et ses monuments. — Guepin , Histoire de Mantes.

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