‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 109 sur 128 · ANGOUMOIS · texte numérisé non relu

ANGOUMOIS

HAUTE 8AINTON6B. — BBOUAGEA1S. — ILE d'arVEHT. — BASSE SAINTONGE.

DESCR IPTION GÉOGRAPHIQUE. — HISTOIRE GÉNÉRALE.

Ici le souffle et les bruits de l'Océnn Atlantique viennent jusqu'à nous. A l'horizon, s'étendent au loin les (lots orageux de ce golfe de Gascogne, auquel les marins du pays d'Aunis donnent le nom de mer sauvage, et dont nous avons déjà exploré toute la partie de la côte située entre l’embouchure de la Uidassoa et celle de la Garonne. Des trois provinces que nous allons dérrire, deux sont en effet, la continuation de cette grande frontière maritime qui commence à Saint-Jeande-l.uz et se termine au cap du Finistère.

La Saintonge [Santonensis Tractas) était bornée, au nord, par le Poitou et l'Aunis; à l'est, par l'Angoumois; au sud, par la Guienne; à l’ouest, par l'Océan. On la divisait en haut et en bas pays, et c'était à la première de ces subdivisions territoriales qu'appartenaient le Itrouageais et l'tlc d'Arvert L'Aunis ( Tractas Alnetensis) présentait une espèce de triangle dont le crtté occidental plongeait dans la mer, tandis que le Poitou et la Saintonge l'entouraient nu nord et au midi. L'Angoumois ( hngolismeusis Tractas ) avait pour limites , au levant d'été et au septentrion , le Poitou ; nu levant d'hiver, le Périgord ; au midi et au couchant, la Saintonge. On évaluait la superficie totale des trois provinces à cinq cent quatre-vingt-quatorze lieues carrées. Sur ce nombre, la Saintonge comptait pour deux cent soixante-douze; l'Angoumois pour deux cent quarante-six ; l'Aunis pour soixante-seize seulement. Deux gouvernements généraux militaires , formés des trois contrées, s’en partageaient inégalement le territoire Le plus étendu se composait de la Saintonge et de l'Angoumois ; le moins considérable de l'Aunis, du Itrouageais, démembrement de la Saintonge, et des Iles de Rhé, d'Oléron et d’Aix. La nouvelle division territoriale de la France, par un retour à l'ancienne délimitation géographique, a Tait de l'Angoumois le département de la Charente, et a réuni la Saintonge et l'Aunis avec les Iles de Rhé, d'Aix et d'Oléron dans le département de la Charente -Inférieure. Cependant quelques cantons de l’Angoumois et de l’Aunis sont restés en dehors des deux Charentes et se trouvent aujourd'hui enclavés dans la Dordogne et dans les Deux-Sèvres.

HISTOIRE GÉNÉRALE Le territoire qu’occupaient au nord l'Aunis , et , ou midi , la Sainlonge , est borné d'un côté par l'embouchure marécageuse de la Sèvre, et de l’autre côté par le magnifique bassin de la Gironde. Deux rivières l'arrosent et se jettent à l'ouest dans l'Océan : ce sont la Scudre et la Charente (C.anenielus , Caran/onu « ou Carantanius ), laquelle a pour affluents la Seugre et la Routonnc. la Charente divise la Sainlonge en deux parties, l'une au midi et l'autre au nord ; son embouchure, large d'environ deux kilomètres, est obstruée pnr des bancs de sable à t ravers lesquels les courants ont ouvert un grand nombre de canaux, l’urmi ces (Misses, pour la plupart étroites et peu profondes, beaucoup ne sont accessibles, mémo pendant la haute mer, qu'à des bâtiments d'un faible tonnage. A quelques lieues de la côte, en remontant le fleuve, est le port militaire de Rochefort : les bâtitiments de guerre n'en sortent pas entièrement armés; ils complètent leur équipement dans la rade d'Aix. La Sèvre, la Boutonne et la Scudre sont navigables.

D'après M. Fleuriau de Bellevue, les quatre zones principales de roches dont se compose le sol de la Charente-Inférieure, sont le produit de formations différentes : le calcaire jurassique en constitue les six vingtièmes , le terrain de craie les onze vingtièmes : celui-là dominant dans les territoires de l'ile de II hé, de la Rochelle, de Surgères, de Saint-Jean-d'Angely, de Malha; celui commençant au bourg d'Yves, au nord de Rochefort, et se prolongeant par Saiut-Savinien, Brisambourg, Burie et les collines de Hirambeau et de Montguyon, jusqu'à la Gironde. Au pied des coteaux de Mirambeau, de Montcndre, de Montlieu et de Montguyon, on remarque, dans le proportion d'un vingtième de 1a superficie générale du département, un terrain tertiaire , formé de marnes argileuses, de sables et de grès mêlés de lignite. Deux autres vingtièmes, de nature analogue aux formations précédentes , sont entièrement recouverts pnr les couches d’argile marine, que l'Océan a déposées sur le littoral. A l'est de la Charente-Inférieure, régnent des collines dont les ondulations ne s’élèvent guère au-dessus du niveau commun du sol , et entre lesquelles se dessinent de. fertiles vallées et de belles prairies ; à l'ouest, des côtes basses et plates, « tantôt marécageuses, tantôt sablonneuses et souvent insalubres, » se dirigent vers la mer et opposent leurs flancs crayeux à son action envahissante. Tout dans la physionomie, la nature et les productions de cette contrée, se ressent, du reste, de l'invasion des eaux : les plus gras pâturages, les plaines où croissent les plus beaux froments et les vignobles les plus productifs , sont des terres d’alluvions maritimes ou fluviales. On appelait autrefois la Saintonge la Perle de la couronne de France; et elle en était, sans contredit, un des fleurons les plus précieux. On ne se lusse pas de parcourir les bords de la Charente, le plut beau ruisseau du royaume, selon Henri IV, qui avait beaucoup voyagé et beaucoup vu; on aime toujours l'admirable spectacle que présentent les deux rives du fleuve , avec leurs innombrables paysages si doucement et si gracieusement variés et leurs prairies vertes et unies, enchâssés, comme des émeraudes, dans une riche bordure de coteaux, de vignobles et de bois. Le caractère distinctif du climat est l'instabilité, surtout dans les campagnes du littoral. Mais la proximité de la mer, cause de la fréquence des fluctuations atmosphériques, en tempère aussi les rigueurs. Elle donne aux récoltes une précocité remarquable dans les iles de Ithé et d'OIéron et jusque sur la lisière de la ni. t>8

SAINTONGE. — AlTNIS. — ANGOCMOIS.

côte ; les Iles ont sous ce rapport une avance de huit jours sur le littoral, qui a lui-même une avance égale sur les pays du centre.

Les lies de Hhé , d'OIéron et d'Aix , plusieurs Ilots et des bancs de sables protègent les ports et les mouillages de la côte sans entraver la navigation. Los eaux du Pertuis d’Antioche , petit bras de mer, se pressent entre les Iles de Rhé et d'OIéron qui sont séparées de la terre ferme, celle-là par le Perluis-Breton , celle ci par la passe de Maumusson. L’île d'Aix, comme nous venons de le dire, garde l'entrée de la Charente. On ne peut douter que les formidables rochers qui défendent ces terres isolées au milieu des flots et qui projettent leurs ramifications souterraines au loin dans la mer, au-dessus de laquelle on les voit çà et là surgir abruptement , n'aient été originairement les limites extrêmes de l'ancien monde. Cette forte structure est évidemment la charpente extérieure , non point de quelques faibles îles , mais d'un continent ; une révolution physique l'a détachée, avec les terres insulaires à laquelle elle sert encore de rempart, du rivage primitif de la Gaule. Selon quelques-uns, cette grande révolution serait le résultat d’une éruption volcanique, dont le gouffre de Chéveraehe, qui subsiste encoie au milieu du Pertuis-Breton , aurait été le foyer ; d’après quelques autres, elle serait simplement l'effet de l'action dissolvante de l'Océan, à laquelle la pierre la plus dure ne peut résister, et qui rhaque année détache de la côte « des tranches de rochers de près d'un mètre d'épaisseur. » On cite, à l'appui de cette dernière opinion, la parfaite analogie de la direction des Iles de l'Océan, du sudouest au nord-ouest, avec celles des chaînes de collines, des vallées et des principales rivières du continent; et le lent et graduel élargissement, depuis le xiv siècle, île la passe de Maumusson, si redoutée pour scs remoux ou tournoiements d'eau et pour le sombre et sinistre bruissement de ses courants et de ses vagues.

Quoi qu'il en soit, si la nuit des temps enveloppe de ses ténèbres les premières irruptions de la mer sur cette partie du vieux momie, il en est trois, plus récentes, dont on a gardé le souvenir. La première inonda les campagnes de Marans , et , élargissant prodigieusement l'embouchure de la Sèvre, la transforma en un vaste golfe ; la seconde, espèce de lac, interposé entre la Saintonge et t’Aunis, mit sous les eaux tout le pays qui s'étend du promontoire de Chatclaillon à Tonnay-Iioutonnc ; la troisième s'était fait un lit immense dans l’espace compris entre Soubise et Maronnes, l’embouchure de la Charente et celle de la Seudre, et baignant entièrement les pieds du coteau de Brouage, alimentait un canal assez profond pour porter des bâtiments de quarante tonneaux. Les parties du sol qui, par leur exhaussement, surnagèrent au-dessus de ces petites mers, reçurent la dénomination A’ Un , qu'elles ont conservée après la retraite ou la disparution des eaux; de là les noms d’iles de Marennes, d'Arvert, de Marans, de Charron, de 'l’angon, etc., et qu'on donne encore aujourd'hui à de simples coteaux situés dans les terres marécageuses du littoral, soit au midi et au nord de l'Aunis, soit dans les plaines de Brouage et sur les bords de la Seudre. Ce furent des éruptions de l'Océan qui, uu xir siècle, détruisirent en partie la ville et le portdeChatelaillon, si importants alors : sept tours en ruines, échappées à la submersion de celte ancienne cité, tombèrent aussi sous le choc de la tempête,

HISTOIRE GÉNÉRALE, trois cents ans Après, pondant l’hiver de 1709. La petite ville de Monlmcillan, placée à mi-chemin de Chatelpillon et de l'ile d'Aix, a eu le même sort. Enlin la chapelle de Saint-Jean de Sablé s'est affaissée également sous les vagues depuis la fin du xvii* siècle.

Mais la mer est un grand ouvrier qui, dans le temps même où il détruit d'un côté édifie de l'autre avec les débris du sol que son travail continuel a changé en limon ou en sable. Les a Hérissements formés par l'Océan ont envahi peu à peu les bassins des mers intérieures de la Saintonge et de l'Aunis et produit les grandes plaines de marais si multipliées sur le littoral et dont le voisinage est souvent si dangereux. Aux éléments dissous des falaises, le (lux de l'Océan ajoute encore les vases que lui apportent les rivières : de là les couches épaises de terres fangeuses entassées sur les rivages et dans les rades de la côte et connues des gens du pays sous le nom de laisses; de là lés alluvions qui obstruent ou barrent l'embouchure de la Sèvre, de lu Charente et de la Seudrç. Les dunes de sables, dont les masses mobiles s'avancent toujours dans la direction de l'est, menacent principalement le revers méridional de file d’Oléron et la partie de la côte d’Arvert située entre la Scudre et la Gironde. Dès le siècle dernier, l'église et quelques maisons de Saint-Trojan-d'OIéron , avaient disparu sous ces punks , ou collines de sables, qui souvent n’ont pas moins de vingt-cinq ou trente mètres de hauteur. En 1698, en levant le plan de la côte d’Arvert, on découvrit les faites des habitations de plusieurs villages et les branches supérieures de bois de haute futaie ensevelis par les dunes. D'après la tradition locale, une petite ville appelée Anchoanne, glt aussi sous les sables de la côte de Maumusson.

L’action des eaux se manifeste d'une manière non moins saisissante dans la configuration géographique de l'Angoumois, évidemment travaillé et façonné par les courants marins. Le calcaire est la base principale du territoire de la Charente, généralement sec , aride et brûlant ; quelques parties présentent cependant des Iwncs considérables d'argile et de silice, l'ne immense couche de terre végétale, mélangée d'argile et reposant sur un tuf formé de pierres granitiques , s'étend sur l’arrondissement de Confolens : le sol lourd et compacte retient les eaux pluviales qui y formaient encore, en 1836, soixante-deux étangs, parmi lesquels on en comptait sept d'une étendue considérable : ceux de la Courtière, de hrrail, des Champs , de Mulambeau, des Sèches , de Urigueil et des Hscures. On trouve des débris de coquillages et de corps marins dans les couches horizontales ou verticales des collines de l'Angoumois, pour la plupart assez peu élevées. La plaine de Barbezieux surtout est riche en coquilles fossiles, cornes d'ammon, peignes f oursins, etc. Le climat du département est sain et tempéré; mais il se refroidit dans l’arrondissement de Confolens ; ce qu'on explique par l'influence particulière de sa constitution géologique et des marais répandus à sa surface. A part le pays de landes et de bruyères, relégué aux limites de la Charente, du côté de la Haute-Vienne, cette contrée est boisée, propre à tous les genres de cultures et particulièrement riche en v ignobles.

Un nombre infini de ruisseaux arrosent l'Angoumois et se perdent dans la Charente, la Tardouère, le Bandia, la Touvre et le Né, ses principales rivières. La Charente a sa source dans le département limitrophe de la Haute-Vienne,

MO SAINTOtfGE. — AÜNIS. - ANGOCMOIS.

d’où clic marche, è l’est, jusqu'à Civray, s’y replie sur elle-même, descend vers le nord, passe par HiifTec et Manslc, coule au pied de la montagne sur laquelle Angoulêmc est Initie, et, changeant encore de direction , prend , à l’ouest, la route de iarnac, de Cognac, de Saintes, de Tonnay, de Rochefort et de Soubise, pour aller se jeter dans l’Océan. Cette rivière, dont on a aplani la pente trop rapide, au moyen d’une suite d’écluses, est naiigable jusqu’à l'ancienne capitale de l'Angoumois, mais le flux et le reflux de la mer ne se font pas sentir au delà de Saintes. Nous avons déjà parlé de la riante et gracieuse beauté des bords de la Charente. La Tardouère et le Bandia, enflés par les grandes crues, arrivent de la Haute-Vienne et de la Dordogne, dans l'arrondissement d’Angouléme, où elles décroissent rapidement et Unissent par disparaître dans quelques-uns des gouffres souterrains si nombreux aux environs de La Rochefoucauld. A deux lieues de là elles jaillissent de nouveau du sol , à ce qu’on suppose , sous la forme d'une belle fontaine, pour donner naissance à la Touvre, petite rivière dont les eaux limpides, froides en été, chaudes en hiver, et assez profondes pour porter bateau, se jettent dans la Charente, après un cours d’environ huit kilomètres.

Une lecture attentive des historiens et des géographes de l'antiquité démontre jusqu'à l'évidence que la Saintongc , l'Aunis et l’Angoumois constituèrent originairement une contrée d'un caractère homogène, habitée par un seul et même peuple connu sous le nom générique de Suntones. Quelques auteurs placent , il est vrai , sur le territoire d’Angouléme, un autre peuple appelé Agrsinates; mais Pline, dans la mention qu'il en fait, le comprend parmi les Piclavi ; et il est probable, en effet, que loin d’occuper l'Angoumois, les Agesi notes se trouvaient établis dans la partie occidentale du Poitou. Quant à l’Aunis, ce ne fut longtemps, même après César, comme on peut s'en assurer en jetant les yeux sur un des exemplaires de lu carte de Peutingcr, qu'une petite langue de terre, au nord de la Charente, une sorte de péninsule dont l’extrémité se prolongeait vers le golfe d’Aquitaine. Dans cette contrée marécageuse, vivait une population obscure et misérable. Il est fort difficile de préciser quelle a dü être la délimitation primitive du territoire des Santoncs. Du temps de César, le nom de ce peuple était la dénomination générale de toutes les tribus celtiques répandues sur la rive droite de la Garonne, depuis l’Océan jusqu'auprès de Toulouse. L'Océan donc à l'ouest et la Gironde au sud baignaient cette vaste région, dont la limite septentrionale parait avoir été, à cette époque et postérieurement, le long bras de mer par lequel était submergé le bassin actuel de la Sèvre. La frontière orientale, toute de convention d'abord, ne fut nettement déterminée qu'à la fin du iv* siècle, lorsque l’empereur Honorius eut divisé la Gaule en sept provinces. Les Santoncs, qui déjà confinaient au nord avec les Piclavi, eurent alors pour frontière, à l'est , le territoire de ce même peuple , ainsi que celui des Petrocorii , et des Ecolitmenses.

Les Santoncs , peuple d'origine gallique , ne figurent pour la première fois dans l’histoire, avec certitude, qu'un demi-siècle environ avant Jésus-Christ. Ils prirent part, sans doute, à la grande invasion des Celtes en Espagne, ainsi qu’à

niSTOlHE GÉNÉRALE. 511

l'expédition rie Bellovèse en Italie, où, s’il faut en croire une ancienne tradition, ils fondèrent Mediohinvm (Milan), nom qui était aussi celui de leur capitale dans les Gaules. Dans Pintervallc de ces deux émigrations, la nation des Galls, refoulée par les Kimris, dont les hordes s’étaient emparées violemment du nord et de l’ouest des Gaules, se retira « derrière la grande chaîne de montagnes qui se prolonge diagonalement des Vosges à l’Auvergne. » Maîtres de tout le pays d’où ils avaient chassé les Santoncs, les Kimris ne tardèrent point à prendre le nom de ce peuple ; ils conservèrent Medtottmum pour métropole; ils lièrent quelques relations avec les tributs de lest et du midi que le commerce avait mises ellesmêmes en rapport avec les habitants de Marseille , et eurent sur l'Océan un port très -fréquenté par les marchands, Vortus Sanlonum, sur la position duquel aucun historien, aucun géographe n’est tombé d'accord.

Jules César préserva deux fois des invasions le territoire des Santones , menacé d'abord par les Helvétiens et ensuite par les Teutons. Malgré ce double service , les Santones se montrèrent toujours hostiles au conquérant de la Gaule. Ils s’unirent aux peuples de l'Armorique soulevés contre César. Celui-ci les vainquit et les obligea à lui livrer une partie de leurs vaisseaux pour combattre les Venètes. Six ans après, ils fournirent à Vercingétorix un contingent de douze mille hommes et succombèrent à Alésia avec l'indépendance gauloise. Sous l’empereur Auguste, 11» se révoltèrent, et, malgré une défaite sanglante que leur fit essuyer Messala Corvinus, non loin de l’Océan, la mauvaise fortune de leurs armes ne les empêcha point de renouveler plusieurs fois ces insurrections qui furent toujours étouffées. Auguste ayant détaché leur territoire de la Celtique, h laquelle il avait donné le nom de Lyonnaise, l'enclava dans l’Aquitaine.

L'an 250 de notre ère , saint Eutropc , regardé comme le premier évêque des Saintongeois, subit le martyre près de Meriiohmum. Les habitants de la Saintonge et de l’Angoumois n’embrassèrent, au reste, de gré ou de force, la religion nouvelle, que sous l’empire de Constantin (329-337). A la fin du iv* siècle, l'existence d'Angoulêmc ( Inculiima ) nous est révélée par quelques vers d’Ausonne , retiré du consulat et de la préfecture des Gaules dans sa villa de Va gus Noterui, située selon toute apparence près de Saint-J ean-d'Angely, en Saintongc, dans la paroisse des Nouillers ( NoralarH). Le territoire des Santones avait été, dès celte époque , compris par l'empereur Valentinien dans l'Aquitaine seconde. Quelques années après, une première invasion de Visigoths et de Saxons eut lieu dans les deux Aquitaines; et Nammatius, général romain, cantonné dans l'ile d’OIéron, d'où il surveillait tout le pays d’alentour, eut plus d'une lutte à soutenir particulièrement contre ces pirates , ainsi que nous l’apprend une lettre de Sidoine -Apollinaire. En 419, l'Angoumois et la Saintonge passèrent sous la domination des Visigoths. Les Frants les dépossédèrent de ces deux provinces, en 507, et Chlodwig, vainqueur à Vouglé, poursuivit jusqu'aux monts Pyrénées les débris de l'armée d'Alaric, en parcourant la voie romaine qui, de Poitiers, conduisait 6 la métropole des Santones et aboutissait è Bordeaui. l'ne circonstance qu’il importe ici de remarquer, c’est que. depuis les premières courses de la horde franke dans les Gaules (379), Angoulême, capitale du Vogus Engolitmentû, était un siège épiscopal , occupé, dit Grégoire de Tours, par Ilyna-

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niius. L'Angoumois avait en son apôtre, saint Auzonnc, qu'il de faut pas confondre avec son homonyme le poète. Suivant Pasquier, Cldodwig donna le gouvernement de l’Angouraois à un comte. La garde de la Saintonge fut aussi confiée, très-probablement, vers ce même temps, à un officier revêtu d’un titre pareil ; mais ce n'est guère qu'à la fin du vi* siècle que le nom de l'un d’eux , Waddon , apparaît pour la première fois dans l'histoire.

La Saintonge, en 511 , tomba sous le sceptre de Chlodomir, roi d'Orléans, et, treize ans après, échut è Chlotuire, roi de Soissons; Charibert, roi de Paris, et Sighebcrt, roi de Metz, tous deux Bis de Chlotaire, eurent ensuite, le premier la Saintonge et l'Aunis, le second l'Augoumois (561). U succession de C.haribert, mort sans postérité, Bt éclater une guerre terrible. Chilpérik , qui régnait i Soissons, enleva l'Angoumois à Sighebcrt ; mais celui-ci s'en remit bientôt en possession par le gain d'une grande bataille dans laquelle périt Théodebert, l'un des Bis de Chilpérik (567). Gontran, roi de Bourgogne, réunit, cette même année, la Saintonge à ses États ; il nous semble difficile d'admettre qu'il se soit également emparé de l'Angoumois, puisque son neveu, Childebert 11, Bis de Sighebert, l’aida à reconquérir l'Aquitaine dont il avait été dépouillé par Chilpérik , au commencement de la lutte de Brunehaut contre Frédégonde. Au milieu de ces divisions de famille, l'aventurier Uondebaud se fit proclamer roi dans plusieurs provinces, parmi lesquelles figuraient la Saintonge et l'Angoumois (585). Après sa chute, l'un de scs plus zélés partisans, le comte de Saintes, Waddon, se réfugia auprès de lirunehaut, afin d’échap|>er è la vengeance de Contran. En 628, la Saintonge et l'Angoumois furent compris dans la principauté, relevant directement de la couronne, dont le prince Charibert fut investi par son père le roi Dagobert, maître de la monarchie franque. Tout ce territoire Bt retour au domaine royal, è la mort de Charibert (631 ) ; mais ses deux Bis, Boggis et Bertram, continuèrent d’ndministrer le comté de Saintonge, sous la dépendance pourtant du duc frank auquel avait été donné le gouvernement de l'Aquitaine. A la fin du vil* siècle, Eudes, Bis de Boggis, profitant de l'aversion que les peuples de la Gaule méridionale avaient toujours eue pour la race conquérante qui dominait au nord de la Loire, s'y saisit de l'autorité souveraine, tandis que l'Austrasien Pépin d'Héristal usurpait d'une autre part la royauté mérovingienne sur les princes de son sang (691). Charles-Martel, fils de Pépin, franchit la Loire, en 731, vainquit et poursuivit Eudes jusqu'en Gascogne. A peine l’Austrasien s'était-il retiré sur les terres de France, qu'Eudes reçut le choc de l'invasion d'Abdt-el-Rahman. L’émir traversa la Garonne, envahit la Saintonge et l'Angoumois , et s'avança jusque dans les plaines situées entre Tours et Poitiers , où les Aquitains et les Franks réunis sous les ordres d'Eudes et de Charles , rompirent et dispersèrent cette terrible avalanche , qui , descendue des Pyrénées, avait d'abord tout emporté devant elle. Nous ne reviendrons point sur les diverses péripéties de In rivalité des ducs d’Aquitaine et des rois franks. Les Angoumoisins , fatigués d’une lutte sans issue, assassinèrent Waïffre, et déclarant qu'ils » 'avaient point guerre aux Frank », refusèrent de prendre les armes, quand llunatde sortit de sa retraite de 111e de Rhé pour tenter une dernière fois de relever la fortune de sa famille. Ce peuple avait d'autant plus besoin de repos qu'il se voyait continuellement exposé aux surprises et aux atta-

ques des Sarrasins dont il était resté de nombreux détachements dans les parties boisées et montueuses de son territoire. Dans (a dernière bataille livrée par les Aquitains aux débris de l'armée d'Abd-el-Rahman, se distinguèrent surtout trois Tamilles originaires de l'Angoumois : les Achards, les Tisons et les Voisins. Charlemagne, pendant son séjour dans cette province, reçut l'hommage de tous les seigneurs du pays, qu’H dota de plusieurs établissements religieux. Il réunit ensuite une armée à Angoulème, pour marcher contre l'émir de Cordoue; ce fut au retour de cette malheureuse campagne , que, soupçonnant la foi des gouverneurs galloromains de l'Aquitaine , il les remplaça tous par des comtes de race franque (778).

La Saintonge et l’Angoumois passèrent sous le sceptre de Pépin, fils de Louisle-I)ébonnaire. Le nouveau roi d'Aquitaine institua, en 839, landry, comte de Saintes, et Turpion, comte d'Angouléme. Dès l’année 8i4, les Danois et les Normands ayant pénétré dans la Charente, la remontèrent jusqu'à l’ancienne Mediolanum, et de là se répandirent dans la Saintonge et l’Angoumois. Le comte Landry s’efface complètement au milieu de ces désordres, tandis que Turpion défend ses terres vaillamment contre les hommes du Nord et succombe enfin dans un combat singulier avec un de leurs chefs (octobre 843). Trois ans après, une querelle éclate entre Landry et Emenon, frère et successeur de Turpion, à propos du château de Bouttcville, situé sur la frontière des deux comtés. Emenon tue luindry dans une bataille, mais blessé lui-même grièvement, il meurt à Itanrogne, le 22 juin 866. Wulgriu, son parent, lui succède. Toute l’histoire des comtes héréditaires d’Angouléme ne se compose, de 866 à 1140, que d’une série de petites guerres contre les ducs d'Aquitaine, les comtes de la Marche, les comtes de Saintes, les seigneurs d'Archiac et de Boutteville, interrompues de temps à autre par des voyages ou des expéditions en Palestine. Le fait dominant dans leur politique nous parait être le mariage de Geoffroy, surnommé Taillefer ( sector ferri), ainsi que son prédécesseur Guillaume I" qui avait pourfendu un chef normand d’un coup d’épée, avec Pétronille d'Archiac et de Bouteville, la plus riche héritière de la Saintonge et de l'Angoumois (1132-1148).

Vers le milieu du x* siècle, Guillaume 'l'ête-d'Étoupe, comte de Poitiers, ayant relevé le duché héréditaire d'Aquitaine, l'Angoumois et la Saintonge se trouvèrent enclavés dans cet État. Guillaume-le-Grand, son pelil-Ols, inféoda le château de Blaye, ainsi que plusieurs domaines dans l'Aunis, à Guillaume If, comte d'Angouléme ; il conféra de la même manière la ville de Saintes et son territoire, à Foulques- N éra, comte d'Anjou. Cependant Foulques ne se qualifia jamais comte de Saintes ; mais son fils Geoffroy Martel manifesta des prétentions à ce titré, tl profita habilement des avantages que lui donnait son union avec la veuve de Guillaume-le-Grand, Agnès de Bourgogne, pour affaiblir l'autorité du nouveau duc, Guillaume IV, surnommé le Gros, et établir la sienne dans le pays, depuis la Sèvre jusqu'à la Gironde (1047). Foukjues-Réchin et Geoffroy-le- Barbu continuant la querelle des maisons d'Angers et de Poitiers, réussirent même à se faire céder en 1061 le comté de Saintonge, par le duc Guy-Geoffroy, auquel succéda, encore adolescent, Guillaume dit le Jeune, et non le l ieux, comme l’ont surnommé à tort quelques historiens (2087). Celui-ci eut tout d’abord à se défendre contre les barons oquitains , contempteurs de son extrême jeunesse ;

entre autres le comte d'Angouk'me Wulgrin II, et Ebles, seigneur de Chatelaillon en Aunis. Il mourut en 1127, considéré cl redouté de tous ses voisins. Guillaume VIII, dès son avènement, déclara la guerre à Isambert, successeur d'Ebles , et qu’ il dépouilla de tous ses domaines dans le pays d’ Aunis (1 1 27-1 1 31 ). Aussi dévot que son père l’avait été peu, il subit l'influence du fougeux évêque d'Augoulême, Girard , et par scs conseils entrains tout le midi du la Gaule dans le parti de l'anli-pape Anaclet contre Innocent II. Guillaume VIII Tut le père de cette fameuse princesse Eléonore qui réunit, pendant quinze ans, l’Aunis, la Saintonge, l'Angoumois, le Poitou, le Limousin, la Marche, l’Auvergne, le Périgord, le Bordelais, l'Agénois et la Gascogne, à la monarchie française, par son mariage avec Louis-le-Jcune (1137). Un des premiers actes importants de souveraineté faits par le roi de France dans les États de sa femme, fut la restitution des liefs de l'Aunis aux deux neveux d'Isambert, Ebles et Geoffroy, « sauf la forteresse de Chatelaillon, et la moitié des revenus du bourg de Iji Rochelle» (1116). Eléonore, nature toute méridionale, alliant 1a légèreté du caractère à la supériorité de l’esprit, et d'ailleurs profondément dégoûtée de la cour, où Imuis lui imposait les pratiques d'une dévotion outrée, se dérobait souvent à cette ennuyeuse contrainte pour vivre au milieu des Saintongeois scs sujets. Elle aimait surtout le séjour de l’Ile d'OIéron. La vue et le mouvement de l’Océan l'avaient familiarisée avec les choses de la mer et les intérêts du commerce : elle s'honora par l'abolition sur toutes ses terres de ce droit de bris, d'aubaine ou d'épave, que tes seigneurs et les habitants de la côte exerçaient si cruellement sur les malheureux naufragés: eHc s'illustra par ta rédaction du code maritime, connu sous le titre de Hôtes et de Lois tl'OUton ou de Layron, qui devint le droit commun de la navigation sur l'Océan, la mer Baltique et la Méditerranée. Ce n’est certes pas une médiocre gloire pour i’Aunis et la Saintonge , d’avoir partagé avec cette femme extraordinaire l'honneur de donner au monde moderne sa première législation maritime (1150-1152).

S'il faut en croire Boulainvillers, Éléonorc se retira, après son divorce avec le roi de France, dans un monastère de Saintes ; au dire de la plupart des historiens, elle alla, non sans obstacles , de Beaugenci à Blois, Tours et Poitiers, où elle épousa Henri Plantagenet, duc de Normandie et comte d'Anjou (1152). Cette funeste union , que nous avons rappelée tant de fois, parce qu’elle se lie étroitement à l’histoire de la monarchie et à celle de ses provinces les plus importantes , eut une influence considérable sur les destinées de l’Aunis et de la Saintonge. A l'avénement de Henri II au trône d'Angleterre , ces contrées passent sous la domination d'une puissance hostile à In monarchie française. Dès lors le port de La Rochelle et celui de Royan deviennent le rendez-vous ordinaire des flottes anglaises, lorsqu’elles transportent des armées sur les côtes de l'Aunis et de la Saintonge, pour de là s’avancer jusqu'au cœur du royaume. L’invasion étrangère s'accoutume à suivre cette roule , d'ailleurs plus rapprochée des possessions méridionales de l'Angleterre et plus éloignée de la capitale des rois de France. On pouvait alors partager les populations du territoire situé entre la Sèvre et la Gironde, eu deux catégories diverses d'origine et d’intérêt, mais unies par un sentiment jaloux de leur indépendance et de leur liberté. Les fertiles plaines de

la Saintonge méridionale étaient habitées, sans mélange d'autres races, par les descendants des anciens Santones qui se livraient exclusivement aux travaux agricoles , si favorables à la conservation des anciens usages et des vieilles traditions. Tout au contraire, à l’ouest, dans le voisinage des iles et des ports de la côte, on trouvait un peuple presque entièrement étranger au sol par sa naissance, inquiet , mobile, et préférant les chances aventureuses du commerce et de la navigation aux tranquilles habitudes de la vie champêtre et agricole.

Le joug anglo- normand fut si lourd, que plus d’une fois les habitants de la Saintonge tentèrent de le briser. Sous le règne de Henri II, le gouvernement tyrannique de ses officiers publics et les exactions de scs agonis fiscaux firent éclater une première insurrection en f 168 : le roi d'Angleterre s'en vengea par la destruction des châteaux de ses barons révoltés , par des supplices et de fortes rançons. Les démêlés de Henri II avec sa femme Eléonore, qui secrètement encourageait ses fils à la révolte, et l'emprisonnement de cette princesse, devinrent le signal d’un mouvement plus formidable. Toute l’Aquitaine prit les armes, et la Saintonge méridionale suivit cet exemple , entraînée par Geod'roi de Rançon , seigneur de Taillebourg. l’n des fils de Henri , Richard duc d’Aquitaine , se mit à la tète des mécontents; mais, poursuivi, assiégé de ville en ville poison père, il obtint son pardon, en trahissant les Saintongcois, et en tournant son épée contre eux (1174-1179). Une troisième ligue nationale, qui prit pour clief Henri au Court-Mantel, frère de Richard, n’eut pas plus de succès, et se termina par une nouvelle défection ( 1180). Les Saintongeuis, cependant, ne se laissèrent point décourager : nous les voyons se mêler encore à la guerre de Henri et de Geoffroi contre leur frère Richard (1183-1186), et à la dernière révolte de celui-ci contre son père (1186-1189).

Richard, appelé au trône d’Angleterre, donna le gouvernement de l’Aquitaine A son beau-frère, Henri de Brunswick, depuis empereur d'Allemagne, sous le nom d’Othon IV, et, l’année suivante, s’embarqua pour la Palestine (1189-1190). La sage administration du prince allemand rendit quelque repos au pays d’entre Sèvre et Gironde. A son retour, Richard-Cœur-de-Lion eut à combattre les barons de la haute Saintonge, soulevés encore par le seigneur de Taillebourg, qui comptait sur l’appui d’Aimar, vicomte d’Angouléme, son allié, et sur la protection de Philippe-Auguste. Ce n’était pas la première fois que f Angoumois se liguait avec les ennemis du roi d’Angleterre. Le comte d’Angoulême, Guillaume IV, avait pris une part active, d’abord en 1168, et ensuite en 1175, aux guerres des grauds vassaux d’Aquitaine, du comte de la Marche et des vicomtes de Limoges, de Ventadour et de Chabannais, contre Henri II. Enveloppé dans la défaite des confédérés , à l’une et à l’autre époque , il avait fini par tomber avec son fils entre les mains de Richard, alors simple duc d’Aquitaine. Wulgrin III, fils et successeur de Guillaume, n’ayant point eu d’enfant mâle, l’Angoumois fut partagé entre sa fille Mathilde et ses deux oncles Guillaume et Aimai- Taillefer (1181). C’est ce dernier seigneur qui s'unit à Geoffroi de Rançon, en 1194, contre Richard-Cœur-de-Lion. Le roi d’Angleterre , en une seule campagne , prit Taillebourg et Angoulême, les deux principales places fortes de ses ennemis. Huit ou dix mois après la réduction de ces villes, il apprit que Philippe-Auguste s'avançait

pour le combattre. Les deux armées se rencontrèrent près du- Petit-Niort, bourg situé au sud de Mirambeau ; mais au moment de l’attaque, le roi de France reconnut qu'il ne pouvait plus compter sur ses vassaux de la province de Champagne séduits par l'or de Richard. Il se hâta donc d'offrir à ce monarque une trêve, dont la durée fut fixée d'un commun accorifà dix années (1195).

En montant sur le trône, Richard avait rendu la liberté à la reine Éléonore qui, depuis quinze ans, était enfermée dans le château de Salisbury. Il s'était rappelé avec reconnaissance que sa mère, en 1168, l'avait investi du duché d'Aquitaine. Après la mort de Richard , Éléonore rentra dans la possession de ses domaines paternels ; elle les administra avec beaucoup de sagesse et eut une bonne part à l'établissement ou â la consolidation du régime communal dans la Saintonge et l’Aunis. La Rochelle lui dut la première concession des libertés dans lesquelles elle puisa sa prospérité, sa grandeur et son énergie. Éléonore ne put prévenir la ruine du dernier de ses enfants. Une des fautes les plus graves de Jean-sans- Terre, fut de contraindre le vieil Aimar Taillcfcr, vicomte d'Augouléme, à lui donner la main de sa fille Isabelle, son unique héritière, qui était fiancée à Hugues de Lusignan , comte de la Marche. Hugues devint l'instigateur le plus ardent de la ligue qui se forma dans le Midi pour la défense des droits d'Arthur de Rrctagne, dépouillé par le roi son oncle. L’arrêt de confiscation dont le meurtrier du jeune duc fut bientôt frappé, s'accomplit sans obstacle dans la haute Saintonge; mais il n’en fut pas de même pour le littoral, qui, comme l’Aunis, resta fidèle au roi d’Angleterre. Philippe-Auguste se présenta sans succès devant les portes closes de La Rochelle (1200-1204). Un descendant des anciens seigneurs de cette ville, Savary de Mauléon , contribua beaucoup par son crédit â retenir une partie des peuples des deux provinces sous l’obéissance de Jean. Vers la fin de l'année 1206, le roi d'Angleterre aborda à I,a Rochelle avec une grande armée, et ne fut pas moins bien accueilli dans la basse que dans la haute Saintonge, déjà fatiguées de la domination française. 11 s'avança jusqu'au cœur du Poitou , presque sans coup férir ; mais à la nouvelle de l'arrivée de Philippe-Auguste, il revint précipitamment sur ses pas, aiguillonné par une terreur panique. En 1214, il débarque de nouveau à La Rochelle , est reçu tout d'abord dans scs anciens domaines avec le même empressement que la première fois, et, en définitive, échoue encore contre la fortune du roi de France, qui, au retour de Bouvines, l'oblige à regagner sa flotte et lui vend au poids de l'or une trêve de cinq ans.

En 1216, Henri III, fils de Jean et d’Isabelle, hérita de la couronne d’Angleterre ; l’année suivante sa mère convola en secondes noces avec Hugues de Lusignan, dans la maison duquel elle porta le comté d'Augouléme. Louis VIII , en 1224, s'empara de Saint-Jean-d’Angely et de la capitale de l'Aunis. Savary de Mauléon et Hugues de Lusignan jouèrent un râle important dans ces guerres de la France et de l'Angleterre, attirés, tantôt sous la bannière des lys, tantôt sous celle de Saint-Georges, l'un par la promesse de la cession de Saintes, l’autre par l'espoir de rentrer dans la possession de La RocheHe (1219-1227). Une puissante coalition, dont le but était de refouler les Français au delà de la Loire, fut rompue par l’énergique résolution de la reine Blanche (1227). En 1241, Hugues de Lusignan, à l’instigation de sa femme, Isabelle d'Augouléme, se ligua avec Henri III contre Louis IX.

HlSÎÔlRE GÉNÉRALE. M

Le roi de France accouruten Saintonge, où il anéantit l'armée anglo-angoumoisine, sous les murs de Taillebourg et de Saintes. C’en eût été fait de la puissance des Anglais dans l'Aquitaine, si saint Louis, par des scrupules inexplicables, n'avait abandonné à Henri III le duché de Guienne avec le sud de la Saintonge, c'est-à-dire le pays compris entre la Charente et la Gironde, en se réservant toutefois le droit de haute juridiction sur le territoire cédé ( 1259). A dater de ce partage, la province eut deux capitales : Saintes pour le territoire anglais , Saint-Jean-d’Angely pour la partie française. Quelques rixes sanglantes des mariniers normands avec les matelots anglais, sur les eûtes de la Saintonge et de l'Aunis, amenèrent la rupture de la paix dont l'Aquitaine jouissait depuis cinquante ans. Philippe-le-Bel usa d'une indigne supercherie pour dépouiller Édouard I" de la Guienne et de la Saintonge ; puis, après quelques années d’occupation , il consentit à les lui rendre (1293-1303). Ce fut dans un oratoire caché sous les ombres épaisses de la forêt d’Essouvert, près de Saint-Jean-d’Angely, que le roi de France eut avec Bertrand de Goth, archevêque de Bordeaux, la secrète entrevue dans laquelle ils s’engagèrent réciproquement , l’un à élever le prélat à la papauté , l’autre à se faire l’instrument des volontés du monarque. La destruction de l'ordre des templiers fut la conséquence et la ratification de ce pacte odieux 11305).

Dans l’Angoumois , la politique envahissante de Philippe-le-Bel eut un plein succès. Depuis la mort d’Hugues de Lusignan, dixième du nom, et de sa femme, la comtesse-reine Isabelle (1245-1219), leurs successeurs, Hugues XI et Hugues XII , avaient gouverné les deux comtés sans éclat (1249-1282). Hugues XIII engagea la province de la Marche à Philippe-le-Bel pour une forte somme d’argent (1301), et, quelques années après, mourut sans enfants, en assurant par ses dispositions dernières plusieurs avantages au roi de France (1303). Tous les concurrents furent écartés, sous divers prétextes, par Philippe qui, se faisant la part du lion , réunit ces deux comtés à la couronne. A partir de cette époque l’Angoumois n’eut plus que des comtes titulaires ou apaoagistes, tels que Jeanne de Navarre, nièce de Charles-le-Bel ; Charles d’Espagne, favori de Jean-le-Bon; le duc de Berry, frère de Charles V ; enfin le duc d’Orléans, second fils de ce dernier prince, qui transmit le comté à Jean et Charles d'Orléans (1322-1490).

Les guerres des xive et xv' siècles eurent, dans la Saintonge et l'Aunis, un caractère particulier d’acharnement : nous ne pouvons en raconter tous les événements ni toutes les vicissitudes. Elles commencent en 1326, par l'irruption des bandes d’aventuriers anglo-gascons connus sous le nom de bâtards, et se prolongent jusqu'en 1452. Il y a bien des temps d’arrêt plus ou moins longs, auxquels on donne les noms de trêves ou de paix , mais on ne se repose guère que pour reprendre haleine et pour se préparer à de nouvelles hostilités. Une foule de personnages illustres se rencontrent sur le sol ou sur les eûtes de l'Aunis et de la Saintonge , assiègent ses villes ou ses ports , et s’en disputent la possession : ce sont les rois de France Jean I" et Charles VII, les rois d'Angleterre Édouard l" et Richard II; tous les princes de leur sang, les ducs de Bourbon, de Bourgogne et de Berry, le prince Noir, duc d'Aquitaine, le comte de Lancaster, et Jean comte de Pembroke; ce sont enfin le roi de Castille, Jean, allié maritime de la France, Üuguesclin, Olivier de Clisson , les maréchaux de

Boucicaut et de Panccrre , le captai de Buch , le comte de Derby, Arundel , Robert Knolles et Chandosll 326-1 453). Le roi Jean, par le fatal traité de Brétigny, céda aux Anglais, en 1360, tout le pays deçà et de là la Charente. Reconquis par la politique de Charles V et l'épée de Du Gucsclin ( 1371 ), ce territoire se maintint presque tout entier sous la domination de la France pendant les mauvais jours du règne de Charles VI. Après la bataille d’Axincourt, le dauphin Charles se retira il Iji Rochelle , et la Saintonge fut du petit nombre des provinces sur lesquelles reposèrent alors les bases chancelantes de la monarchie (1422). Quant à l'Angoumois, tombé au pouvoir des Anglais durant la captivité du roi Jean, et cédé aussi à Édouard III par le traité de Brétigny, sa capitale devint le séjour ordinaire du prince Noir. Le comté, rendu bientôt à la France (1371 ) , lui fut encore vivement disputé sous le règne suivant. Charles Vil eut la gloire de réunir définitivement les belles contrées de l'ouest il la couronne 1 ( 1 V33-! A52 ) .

Une tentative des Anglais sur La Rochelle, en 1 402 , attira Louis XI dans cette ville. Lorsque le rusé monarque céda la Guicnne, l'Aunis et la Saintonge à Charles de Valois , il eut une entrevue avec lui , entre Charron et Marans , sur la rivière de la Sèvre. La paix, jurée avec de grandes démonstrations d'amitié de part et d'autre, fut presque aussitôt violée : Louis revint dans l’Aunis, suivi d’un corps de troupes bien pourvu d’artillerie pour remettre ces provinces sous sa main-, et le duc, empoisonné par l’abbé de Saint-Jean-d'Angely, peut-être à l'instigation de son frère, se retira mourant à Bordeaux (1472). Dans ces circonstances délicates , le roi prodigua ses caresses à la bourgeoisie, dont il voulait gagner l'affection , et s'empressa de confirmer ou d’étendre les privilèges et les libertés communales de Iji Rochelle, de Saintes et de Saint-Jean-d’Angely. En 1487, Charles VIII et madame de Beaujeu, sa sœur, entrèrent dans la Saintonge avec une armée, pour avoir raison de la révolte de Charles d’Orléans, comte d'Angoulème , et du seigneur de Pons. La soumission de ces puissants barons, intimidés par les progrès rapides des armes du roi , ne se fit pas longtemps attendre. Charles d'Orléans, comte d’Angoulème, avait épousé, dans le mois de février de la même année , Louise, fille aînée de Philippe , duc de Savoie. De ce mariage naquit, dans le château de Cognac, François par la suite roi de France (1494).

Le règne de François I'r fut marqué par l’établissement de l’impôt de la gabelle dans les pays maritimes de l’ouest (1542). C’était une charge ruineuse pour les peuples. I.e roi avait déjà visité La Rochelle, en 1518, accompagné de sa mère, Louise de Savoie ; il y revint, en 1542, pour réprimer, de sa jiersonne, la résistance des populations du littoral à l’impôt de la gabelle. Quelques rixes avaient éclaté entre les habitants et les troupes réunies à La Rochelle. Le roi pardonna tout et retira la garnison de la ville. François I" n’oublia jamais qu’il avait été comte d’Angoulème avant d’étre roi de France: il fit exécuter d’importants travaux pour améliorer la navigation de la Charente, et accorda le droit

1. En tiiS, Charles X'Il s'était engagé h livrer à Jacques , roi d'Écossc , le comté de Saintonge et la châtellenie de Itochefort , en échange d'un corps île six mille archers. la Saintonge fut érigée , à cette occasion, en duehv-pairie. Mais quoique le roi d’Écosae eût accompli les conditions du Imité v il lie put jamais eu obtenir l'execution de U part du roi de France.

d'université à la capitale de i'Angoumois. Dès son avènement au trône (1515), il avait érigé le comté d'Angouléme en duché-pairie, en faveur de sa mère, Louise de Savoie à laquelle il confia deux fois la régence du royaume (1515-1525). Après la mort de cette princesse, François P' réunit le duché d’Angouléme à la couronne (1531). '

La Saiutonge , l’Aunis et I’Angoumois , ou le calvinisme devait jeter des racines si profondes, n’embrassèrent cependant qu’assez tard les idées nouvelles. Quelques tentatives de schisme, faites dans ces trois provinces, dataient, il est vrai, du règne de François 1" ; mais la réforme n’y avait encore, en 1548, qu’une existence très-obscure, lorsque, cette anncc-là môme, éclata dans les environs de Jonzac une terrible émeute populaire, occasionnée par l’impôt de la gabelle. Puymorcau, gentilhomme du pays, se mit à la tête des insurgés, dont le nombre s’accrut successivement jusqu’à seize mille hommes. Proclamé par eux couronnai de Saiutonge, il marcha sur Saintes, qui n’osa lui opposer de résistance, et investit la forteresse de Taillcbourg où s’étaient réfugiés quelques gubeleurs. Le siège ayant échoué , il sc replia sur Cognac et s’y renforça de toutes les bandes d’insurgés formées dans I’Angoumois, le Périgord, l’Agénais et le Bordelais; son année, qui s’éleva rapidement à plus de cinquante raille hommes, le rendit, pendant quelque temps, maître de la Guienne. On sait à quels excès de barbarie atroce et raffinée se porta le vieux connétable, Anne de Montmorency, chargé des vengeances de la cour. Le sang coula à flots dans la Saintonge et I’Angoumois ; des condamnations en masse, prononcées arbitrairement, suivirent le supplice de Puymoreau. Toutes les cités convaincues d’avoir favorisé la rébellion, ou simplement d’y avoir applaudi , se virent dépouiller de leurs privilèges : « les hôlclsde-ville furent ruinés, les cloches brisées, les chartes de communes brûlées et lacérées. » La conduite impitoyable du connétable fut un peu tardivement désapprouvée par Henri II , qui supp. ima , l’année suivante, dans toute la partie maritime de l'Aquitaine, les greniers à sel, comme incommodes à la chose publique, et rendit aux villes leurs institutions municipales ( 1549).

Sous le règne de François II, la fortune prodigieuse de la maison de Lorraine excita dans les trois provinces un sourd mécontentement. Le héros de la conjuration d’Amboise, La Rcnaudie, était, selon Mézerai, un gentilhomme angoumoisin. Cette disposition des esprits contribua beaucoup à propager les doctrines du calvinisme. Bientôt les religionnaires se crurent assez forts pour faire justice des superstitions romaines ; c’est ainsi que furent pillées et profanées les églises de Saintes, de Barbezicux, de La Rochelle, de Saint-Jean-d’Angely, d’Angoulême et de Cognac. Tandis que l’armée catholique se mettait en campagne pour réprimer ces troubles, la promesse d’une amnistie, publiée à propos, semait la défection dans les rangs des insurgés. Deux des chefs les plus renommés du parti protestant, le comte de Larorhefoucnuld et le baron de Duras, furent abandonnés de presque toutes leurs troupes, à la suite de quelques revers; avant la lin de l’année 1562, le duc de Montpensier, gouverneur général des provinces maritimes d’Aquitaine, occupa la totalité du pays situé au sud de la Charente. Ces succès rapides avaient enflé l'orgueil de Catherine de Médicis et de Charles IX; l’un et l’autre cependant inclinèrent vers la modération, après l’assassinat de François de Guise par

650 SAINTONGE. — AÜNIS. — ANGOUMOIS.

Poltrot, gentilhomme de l'Angoumois; et le 19 mars 1663, parut l'édit d’Amboise qui reproduisait les principaux articles des garanties accordées aux protestants par l'édit de janvier 1563. Les déûances contre les calvinistes n'en persistaient pas moias dans le cœur de Charles IX. Au retour de son voyage dans le midi du royauific, il ne répondit au gracieux accueil que lui Grent les magistrats et les hahitauts de La Rochelle qu'avec une très-grande réserve , et la plus froide hauteur (1666).

La présence du prince de Gondé et de l'amiral de Coligny au milieu des protestants de l'Ouest, donna une nouvelle énergie aux passions religieuses (1566- 1568). Des armées s'organisèrent dans la Saintonge et l'Angoumois, sous le commandement de Laruchefoucauld , de Bussev et de Lanooe; et Condé équipa une llotte, pour croiser en vue des côtes et protéger les ports de l'Océan. La défaite de Jarnac put seule arrêter les progrès des calvinistes ; celle de Monconlour eût amené la ruine de leur parti, sans l’héroïque défense de Saint-Jean-d’Angelv. La lutte reprise et continuée, avec des vicissitudes diverses, dans l'Angoumois, au nord de la Charente, dans la Saintonge du sud et sur la lisière orientale de celte province, se termina, en définitive, à l'avantage des confédérés. Charles IX fut encore une fois réduit à offrir et signer la paix (1569-1570). Après les horreurs de la Saint-Barthélemy, dont le récit avait exalté au plus haut point le fanatisme et le courage des protestants, les Hochellais tinrent pendant cinq mois l'armée royale en échec, virent tirer contre eux, sans sourciller, trente-quatre mille coups de canon, et obtinrent une capitulation si honorable, que le duc d'Anjou, le chef des assiégeants, n’eut pas même la permission d’entrer dans leurs murs (1573). La cour n’ayant pu réduire I-a Rochelle par la force, essaya vainement de s’en emparer au moyen d’une intrigue ; celle tentative provoqua dans les trois provinces un nouveau mouvement insurrectionnel. Henri 111 ne put l'apaiser qu'en accordant, en 1576, des conditions si avantageuses aux calvinistes, qu’elles Grent concevoir à leurs ennemis l'idée de la Sainte-llnion.

La Ligue s'organisa dans la Saintonge et l'Angoumois, sous les auspices de la - Trimouille, duc de Thouars. Les catholiques coururent encore aux armes, et, plus heureux cette fois, obtinrent de nombreux avantages sur terre et sur mer contre les calviuistes. Mais Henri III en était venu au point de redouter dans le succès de ses armes le triomphe de la maison de Lorraine; il se hâta d’imposer aux deux partis (1577) une paix si peu durable , qu'il fallut en renouveler les principales dispositions dans les années 1579 et 1580, par les traités de Nérac et de Fleix. En 1582, on reprit encore les hostilités de part et d’autre; mais la guerre ne fut plus poussée avec la même vigueur. Ni Agrippa d'Aubigné, investi du commandement général, ni René de Rohan, capitaine d'une rare habileté, ne purent complètement relever le courage des religionnaires, abattu par les résultats, désastreux de la tentative du prince de Condé sur Angers. L'armée catholique du duc de Mayenne, qui pouvait facilement écraser les débris de la confédération protestante, ne sut point tirer parti de ses avantages (1585). Elle s'en retourna, comme elle était venue, sans avoir rien tenté, ni rien fait. Le retour du prince de Condé des côtes de l'Angleterre, avec de l’argent et quelques vaisseaux, ne rétablit point encore les affaires de son parti. En 1586, le roi de Navarre, trop

faible pour tenir la campagne en Gascogne contre Mayenne et le maréchal de Matignon, se retira dans l'Aunis, peu de temps après la ruine du port de Brouage par une escadre sortie de La Rochelle, l'ne entrevue de Catherine de Médicis avec le roi de Navarre, à Saint-Brice en Angoumois, n'ayant point rendu la paix A l'Ouest, le Béarnais s'empara, l’année suivante, des villes de Saint-Maixent, de Fontenay et de Mauléon (1586-1587). Instruits de l'approche de l'armée royale, sous les ordres de Joyeuse, Henri et le prince de Condé réunirent tous les hommes de guerre de la Sainlonge, de l’Aunis, de l' Angoumois et du Poitou; ce fut avec cette armée qu'ils remportèrent la victoire de Coutras, sur la frontière occidentale du Périgord, A quelques lieues des plaines de Jamac ( 1587 ). Le 5 mars 1588, le prince de Coudé mourut empoisonné à Saint- Jean-d'Angcly. I.C roi de Navarre punit les assassins, avant de s'éloigner des provinces de l’ouest pour suivre la carrière glorieuse qui le conduisit au trône. Tandis que Henri IV guerroyait au loin , le duc d'Épcrnon soumettait à son autorité les dernières places de la Ligue dans la Saintonge, et comprimait dans l'A ngoumois une nouvelle insurrection populaire contre l'impôt de la gabelle (159:1-1591). Cependant l'esprit ligueur n’avait point été complètement étouffé dans celte dernière province. Un bruit sourd ne tarda pas A y circuler, que l'intention du nouveau roi était de sacrifier aux intérêts du calvinisme ceux de la religion catholique. L'ancien fanatisme se réveilla, et Henri IV tomba sous le poignard de François Ravaillac, natif d'Angoulème (1610).

Sous Louis XIII , le duc de Rohan et le prince de Souhise soulevèrent la Saintonge, l'Aunis et l'Angoumois, contre la reine-mère Marie de Médicis, à la nouvelle de l'union projetée du jeune roi avec l'infante Anne d’Autriche. Le due d'Epcrnon, accouru à Cognac, ne put arrêter cette insurrection. Ce fut principalement dans l’Angoumois que s'opérèrent les mouvements de l'année royale, commandée par le maréchal de Bois-Dauphin, A qui le prince de Condé, chef des Insurgés, disputa avec succès les passages de la Charente. Telle était la situation des provinces de l’ouest, lorsque Loüis XIII les traversa pour aller au-devant de sa. fiancée, Anne d'Autriche (1GI5). Quatre ans après, Marie de Médicis arrivait en fugitive dans l'Angoumois, où , malgré l'hiver, le duc d’Épcrnon s’était porté, pour l'attendre, A marches forcées, suivi d'un fort détachement (1619). Lu reinemère se rendit à Augoulème ; elle y reçut bientôt la visite de Richelieu, qui réussit A la réconcilier avec son fds. A l'époque du dernier siège de La Rochelle, les protestants angouinnisins s'imposèrent secrètement les plus grands sacrifices en hommes et en argent, pour assurer le triomphe de leurs co-rcligionnaires. Nous nous bornons A rappeler ici ce fameux siège de la capitale de l'Aunis, pendant lequel le génie du cardinal de Richelieu se montra encore plus grand que l'héroïsme des Rocheliais. Louis XIII voulut prendre possession, en personne, de la conquête faite par son ministre. Jusqu'à l’arrivée du roi et du cardinal, Charles de Valois avait dirigé les opérations du siège. Ce prince, fils naturel de Charles IX et de Marie Tronchet, avait été nommé duc d'Angoulème, en 1619. Après sa mort» le duché passa A son second lils, Charles de Valois, et A sa petite-fille, Marie- Françoise de Valois, qui n’eut point d'enfants de son mariage avec Louis de Lorraine, duc de Joyeuse. On sait que, de notre temps, le titre de duc d’Angoulêmeuété porté par Louis-Antoine, lils aîné du comte d'Artois, depuis Charles X.

La guerre de la Fronde, grilee à l'influence et aux intrigues du duc de Larorliefoucauld, eut dans l’Angoumois un caractère plus sérieux que partout ailleurs. Le prince de Coodé , maître de tout le littoral de la Charente , mit le siège devant Cognac, et éprouva, sous ses murs, une sanglante défaite (1651). Yersin fln du règne de Louis XIV, les déplorables suites de la révocation de l'édit de Nantes, combinées avec les désastreux résultats de la guerre de succession, ruinèrent le commerce de l’Angoumois, de la Saintonge et de l'Aunis. Les Anglais dirigèrent, en 1695, une attaque contre l'ilc de Rhé et y lancèrent quelques bombes. Toutes les relations commerciales avaient cessé, une misère affreuse désolait le pays. En 1755, les habitants de la côte repoussèrent glorieusement une flotte anglaise, qui avait pénétré dans le perthuis d'Antioche. Sous le règne de Louis XVI, les Kochellais prirent une part active à la guerre de l'indépendance américaine : de 1778 à 1783, leurs corsaires firent sur les Anglais pour plus de onze cent mille livres de prises.

La révolution de 1789 excita un enthousiasme extraordinaire dans la Saintonge et dans l'Aunis. Toute rivalité entre Saintes et La Rochelle, au sujet de la prééminence départementale, s'effaça bientôt devant la grandeur des circonstances. Dans une lettre datée d’Angoulèmc, le 20 mai 1793, les conventionnels Guimberteau et Bernard se félicitent des dispositions patriotiques des dcuxChnrentes : ces départements, comme il nous l'apprennent, avaient mis sur pied un contingent de vingt mille hommes. Quatre autres représentants du peuple, envoyés en mission dans les départements maritimes, Nion, Trullard, Garnier de Saintes et Mazade, résidaient à La Rochelle. Ils y organisèrent le régime de la terreur, qui dans cette ville eut ses journées de septembre (1793). Sous l'empire, la flotte française fut incendiée par les Anglais devant l'ilc d'Aix (1809), et personne n’a oublié que c’est dans la rade de Rochefort que Napoléon s'embarqua , en 1815, sur le Belléroplton.

Nous avons dit que, d'une part, la Saintonge et l'Angoumois, et de l’autre, l'Aunis, le Brouageais et les lies de Rhé, d'OIéron et d'Aix, formaient deux gouvernements-généraux militaires. L'Aunis et l'Angoumois ressortissaient au parlement de Paris, et la Saintonge au parlement de Bordeaux. Ces trois pays jouissaient chacun d’une coutume particulière : celle de l’Aunis avait été rédigée en 1614. L'administration financière de la Saintonge se composait de trois élections; il y en avait une dans l'Aunis et une autre dans l'Angoumois; toutes relevaient de la généralité de La Rochelle. L'Aunis comptait, avant la révolution , 150,960 habitants; la Saintonge, 227,409; et l'Angoumois 212,498. Aujourd'hui le département de la Charente en renferme 3G7,893 , et celui de la Charente-Inférieure 460,245. I.a population des trois provinces, qui n'était, sous l'ancienne monarchie, que de 590,867 habitants, s'est donc élevée dans les deux Charentes à 828,138. 1

I. Commentaire» de César. — Table de reutinger. — D’An ville, Notice sur l’ancienne Gaule. — L'Art de vérifier le» date». — Histoire de la Gaule , pur M. Aioédéc Tlilerry. — Histoire de La Rochelle y par le père Arcère. — Massion , Histoire de la Saintonge et de l’Aunis. — Histoire de La Rochelle , par Dupont. — Fleuriau de Bdlerue, Etat physique du département de la Charente-Inférieure. — P. Lacombe, Annuaire de la Charente |*)ur Tannée IH36. — Marvaud , Etudes historiques sur l’Angoumois. — Legros, Correspondance inédite du comité de salut public. — Herbin , Statistique de la Frtmee.— Boulainvilliers, Etat de la France et de ses colonies.

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