‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 110 sur 128 · ÇA M · texte numérisé non relu

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Saintes, ville d’origine galliquc, située sur une montagne au pied de laquelle coule la Charente, était la capitale des Santon», et s'appelait Mediolanum. Ce nom, qui est aussi celui de Milan, a donné lieu de croire à quelques historiens que la colonie celtique de Lombardie, par laquelle fut fondée cette dernière ville, était autochtone de Saintonge. Après la conquête des Gaules, les Romains tirent descendre Mediolanum du haut de la montagne , sur les bords de la Charente. Parmi les passages que ces conquérants de la Gaule s’étaient frayés à Irai ers les forêts, une route reliait Bordeaux à Lyon, |iar-dessus la chaîne des Céveuncs, et de Bordeaux passant par Blaye, Talmont, Didone, Médis, allait rejoindre Saintes et la station militaire de Novioregum, le porta* Santonum , que les géographes ont placé tantôt à lloyan, tantôt à file d’OIéron, tantôt à l'embouchure de la Seudre, et enfin à Saint-Romain-dc-Bcnet. Les mines trouvées auprès du village de Toulon semblent légitimer cette hypothèse. Ce fut pendant l'administration romaine que Mediolanum se couvrit de monuments, de temples, de cirques, de thermes, de nanmachies et d’hypogées; elle eut aussi un capitale, élevé sur une colline, lequel servit de citadelle à la garnison romaine. Ce fut alors que la ville, quittant son nom celtique, en adopta un autre, dérivé de celui du peuple qui l'avait pour métropole, Santonc », dont on a fait Saintes. Pour flatter Tibère, elle éleva à Gcrmauicus un arc de triomphe, qui subsiste encore.

La fusion des deux races indigène et latine était à peu près consommée , quand l'Évangile pénétra dans les Gaules. Saint Eutrope entra un jour è Saintes; il se mit à prêcher, et fut chassé à coups de bâton. 11 se retira sur une colline, et s’y construisit une cabane de feuillage. Ses discours avaient touché quelques âmes ; il baptisa bientôt une néophyte qui sc nommait Eustellc , fille du légat du propréteur. Le légat, irrité de cette conversion, fit assassiner l'apôtre par une troupe de bouchers. Eustelle recueillit le corps de saint Eutrope et l'ensevelit pieusement sous la cabane de feuillage; elle voulut qu'après sa mort sa dépouille mortelle reposât auprès des reliques du martyr (an 250 après Jésus-Christ). Aujourd’hui, la jeune fille qui désire se marier va jeter une épingle dans la fontaine de Sainte- Eustelle.

Cependant le christianisme envahissait lentement les intelligences. Ce fut durant cette révolution religieuse que la littérature païenne , éteinte sur lu vieille terre classique, se ralluma dans les Gaules. La Saintonge peut réclamer l'honneur d’avoir donné , sinon la vie, du moins l'hospitalité au plus grand poète du temps, Ausone, qui vint mourir, en murmurant les derniers échos de la poésie virgi— tienne , aux portes mêmes de Saintes , sur les bords de la Charente, dans sa villa de Pagus Noteras.

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Lorsque les peuplades teutoniques firent irruption dans les Gaules, au commencement'du iv* siècle, les habitants de Saintes, pour les repousser, élevèrent une enceinte de murs qui n'avait qu'une porte, Porta Aquaria, maintenant la porte d’Aiguière. Les Visigoths, maîtres de la Saintonge, y substituèrent entièrement leur autorité à la domination romaine. Les conquérants ariens et barbares ne pouvaient s'assimiler aisément la population orthodoxe et déjà civilisée. De ce moment, l'histoire prend un caractère exclusivement religieux; l'épiscopat devient la protestation vivante des vaincus contre les vainqueurs : la chronique n’a plus que des monographies d’évéques à raconter, comme celle de Vaise, de saint Trojan, de cénobites qui aspirent et arrivent à l'apothéose chrétienne. Môme après la bataille de Vouglé et la superposition de la rare franque à la race visigolhe, c'est encore un évéque de Saintes, Palladc, qui occupe la première place dans les chroniques de l'époque. Il fonde une église en l'honneur de saint Pierre et de saint Paul , et une autre en l'honneur de saint Eutrope , dont il enchâsse les restes dans un magnifique reliquaire (587-590). Malgré les luttes politiques contre les rois franks, Palladc fut canonisé, et sa châsse eut longtemps le don des miracles, la Saintonge, toujours soumise, ne se réveillait, du reste, que pour soutenir les derniers conquérants : elle défendit ainsi contre les Franks les débris de la dynastie mérovingienne, et succomba dans la lutte. Pépin, en 768, s'empara de la ville de Saintes , où la famille de Walfre s'était réfugiée : il respecta la mère, la sœur et les nièces du prince aquitain , mais il fit pendre son oncle Ramestang. Charlemagne , en passant par Saintes, y jeta les fondements de l’église épiscopale de Saint-Pierre. Après la mort de cet empereur, le pays, ouvert aux déprédations des Normands, fut ravagé à deux reprises. La première fois, en 8k5, ces corsaires furent éloignés à prix d'argent ; les payer, c’était les rappeler : ils revinrent, en effet, en 865, pillèrent et incendièrent la ville et l’église de Saintes.

La Saintonge, en 950, fut incorporée au duché d’Aquitaine, fondé par Guillaume-Tète-d'Étoupes. C’est pendant cette période que Koulques-Néra , maître de l'Anjou et de la Saintonge, dont il tenait l’investiture du duc de Guyenne , voulut réunir le Maine à son duché, et emprisonna par trahison le comte du Maine, Herbert-Éveille-Chien, dans le capitule de Saintes, où il mourut après deux ans de captivité (1030-103-2). En 1061, la défaite de Guy-Geoffroy, duc d’Aquitaine , à la bataille de Chef-Boutonnc , l'obligea à restituer à Foulques- Réchin, comte d'Anjou, la ville et le territoire de Saintes, qui avaient été réunis ou domaine ducal après la mort de Geoffroy-Martel ( 1060).

Au milieu de ces luttes féodales, le comte d’Anjou Geoffroy-Martel et Agnès de Bourgogne avaient fondé à Saintes, sur l’emplacement de l'ancienne église de Saint-Palais, une abbaye de femmes, à laquelle ils firent don de vastes domaines et accordèrent de magnifiques privilèges, entre autres une viguerie, c’est-àdire le droit de juger tout homicide , vol , rapt, incendie ou autre méfait (10V7). L’histoire de Saintes n’est plus désormais que l’histoire de cette abbaye; des procès, des duels judiciaires des abbesses Florence, Sibylle et Agnès Barbezieux pour défendre leurs possessions contre les envahissements de leurs voisins. Pendant un du ces nombreux conflits que la délimitation incertaine des propriétés

soulevait entre l'abbesse de Saintes et les autres liefs, Agnès de Barbezieux s'adressa à Guillaume de Mauzé, un des barons de la Saintonge, et le prit pour arbitre : tous deux s'étaient rendus auprès de Pont- l’Abbé pour faire arpenter un champ. La lande était déserte , l’abbesse était belle, le baron la renversa sur l’herbe. Une pareille violence au vœu de chasteté nécessitait un pèlerinage : Guillaume de Mauzé le fit en Palestine (1147). Cent ans après, un bref du pape ajoutait aux biens de l'abbaye d'autres domaines. Dans la première charte , il n'avait été fait mention que d’églises; le bref citait des villages; autour des églises, les maisons s'étaient groupées.

C’est à cette époque de reconstitution générale que Pierre de Confolcns , évêque de Saintes, releva l'église épiscopale qui avait été renversée parles Normands (1117-1127). Elle fut inaugurée, en 1186, par Henri de Soliac, archevêque de Bourges et patriarche d’Aquitaine. La poésie renaît avec l'architecture; elle erre de poterne en poterne , la guitare sur l'épaule. La Saintonge a sa voix dans ce concert; elle a ses poètes amants et chevaliers, Bertrand de Born , Savary de Mauléon , le Vavasseur de Barbezieux et le sire de Pons.

Dans le xii* siècle, le mariage d'Éléonore d'Aquitaine avec Henri, duc de Normandie et depuis roi d'Angleterre, fit passer la ville de Saintes sous la domination des Plantagenels. Henri était un prince dont la capacité était aussi grande que son ambition : il devait en partie son aptitude merveilleuse pour les affaires à Pierre de Saintes, l'homme le plus savant de son temps. A peine la Saintonge fut-elle en son pouvoir que ses enfants la lui disputèrent, l’épée à la main. En 117V, Richard, duc d'Aquitaine, en révolte ouverte contre son père, s’enferme dans Saintes; Henri II, avec ses batistes et ses machines de guerre, bat aussitôt en brèche les tours, les murs de la ville et jusqu’à son église épiscopale, transformée en citadelle. Richard , craignant de tomber avec la place au pouvoir des assiégeants, la quitte et se réfugie précipitamment dans le château de Taillebourg (1174). Jean-sans-Terre , en 1204, donne Saintes, avec Niort et Saumur, à titre de douaire, à sa femme Isabelle d'Angoulême ; dix ans après, il cède la première de ces villes à Hugues-le-Brun , comte de la Marche (1214).

C’est ce même Hugues-le-Brun qui, poussé par sa femme Isabelle, veuve de Jean-sans-Terre , se ligua avec Henri III contre la France. Après avoir été battue au pont de Taillebourg par Louis IX, l’armée anglaise se retira en désordre sous les murs de Saintes ; elle y fut défaite de nouveau et obligée de se jeter dans la ville. Henri III y demeurait dans une entière sécurité, lorsqu'il apprit la défection du comte de la Marche qui était allé se remettre à la miséricorde du roi de France. Il se sauva au milieu d’un repas, incendia la ville, et courut s'enfermer dans les murs de Rlaye (juillet 1242). Saint Louis, maître de toute la province, fit reconstruire les murailles de Saintes. Cependant , comme il avait des scrupules sur la légitimité de sa conquête , il rendit à l'Angleterre toute la portion de la Saintonge qui est située au nord de la Charente.

La Saintonge anglaise , pressurée à la suite de ce partage par le sénéchal Arnauld Calculi, adressa des remontrances au roi d'Angleterre. Calculi, disait la pétition, tient journellement et clandestinement ses audiences au bourg de Nancras. Ces audiences secrètes sont si fréquentes, qu'elles ont totalement anéanti le bail-

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liage du roi notre seigneur, et même les grandes assises du château de Saintes, les plus célèbres et les plus belles de tout le diocèse de Saintonge, par l'affluence des barons, abbés et bourgeois qui, pendant quatre ou cinq jours, y venaient de toutes parts. La pétition entra dans les archives de la Tour de Londres et y demeura ensevelie. Ces exactions, ces dénis de justice soulevaient les haines, de la bourgeoisie contre la domination de l'Angleterre. Le parti religieux se n.it à la tête de la résistance. Agnès de Rochechouart, abbesse de Saintes, secoua la première le joug de l'oppression.

La guerre éclata entre Édouard et Charles-lc-Bel. Les bâtards , Condottieri de Saintonge, au service de l'Angleterre, s’emparèrent de Saintes par surprise et ne s’éloignèrent que lorsqu'ils eurent livré au pillage et aux flammes l'abbaye de Notre-Dame (1326). Après une courte paix, les hostilités recommencèrent. Le comte d’Alençon reprit la ville de Saintes et détruisit le capitole (13301; mais la pa x ayant été signée, Édouard écrivit i son connétable de Guyenne de relever les murs, tours , ponts-levis et autres fortifications de la citadelle, et de prendre l'argent dont il aurait besoin pour ces constructions sur la recette de son bailliage. Nous ne reviendrons point sur les diverses vicissitudes qui alternativement tirent passer la Saintonge sous la domination de la France et sous celle de l'Angleterre depuis le roi Jean jusqu’à Louis XL Toute cette partie de l'histoire de Saintes a été racontée dans notre introduction.

L’instabilité continuelle du pouvoir, qui se déplaçait et se remplaçait dans la Saintonge, imposa aux habitants des villes la nécessité de pourvoir à leur administration et à leur défense. Dès le xii* siècle, les franchises municipales existaient en Saintonge. En 1183, la reine Éléonore continue la commune de Saintes , administrée par un conseil de jurés et un conseil de soixante-quatre notables. Le régime municipal était modifié en 1338. Le collège se composait de vingt-cinq échevins, parmi lesquels deux jurés étaient revêtus des principales fonctions exécutives et judiciaires. Ils assemblaient le conseil, avaient la police de la ville, et commandaient la milice bourgeoise. Ces deux jurés furent ensuite remplacés par un maire, qui se nommait capitaine de la ville; il était élu directement par les échevins et par les pairs, et devait prêter serment entre les mains du lieutenant du roi ou du sénéchal de province. Ses fonctions étaient annuelles. Le corps de ville sc composait ainsi du maire, des échevins et des pairs. L’oflice d'échevin était à vie, néanmoins les titulaires pouvaient résilier leurs fonctions. Les pairs, dit Armand Maichin, avaient voix délibérative comme les échevins, mais n’avaient pas le privilège de noblesse. I,a pairie était une candidature à l’échevinage. On pourvoyait aux vacances par élection. Dans certaines circonstances, le clergé, les ofliciers du présidial et même les bourgeois et manants étaient appelés au conseil de la commune. Les délibérations du corps municipal étaient secrètes : on convoquait les pairs et les échevins au son de la cloche. La commune de Saintes a un caractère de parenté avec les communes de Rouen et de Toulouse , lequel indique une origine anglaise. A Saintes, le pouvoir épiscopal était excessivement limité, lin évêque, Louis de Rochechouart, ayant été condamné à une amende, fut décrété de prise de corps et incarcéré jusqu’à ce qu’il eût déposé son amende entre les mains du fisc. Un pareil exemple démontre la faiblesse du pouvoir reli-

gieux. On ne remarque pas de conflits entre les magistrats urbains et les officiers royaux , dont les attributions étaient restreintes. Aussi cette ville tenait-elle à être annexée au domaine de la couronne Les guerres forcèrent les habitants & se défendre ; le maire était le capitaine de cette milice locale. L'habitude des armes rendit la bourgeoisie redoutable. Les rois de France et d’Angleterre eurent successivement intérêt à la ménager, et, pour se l'attacher, à étendre ses privilèges.

Sous le règne des successeurs de ('.liarles VU, Saintes, désormais et définitivement incorporée à la couronne, put développer paisiblement son commerce et son industrie. Mais les mesures fiscales de François I", qui avait besoin de combler le déficit toujours croissant de scs finances , soulevèrent une Jacquerie dans les campagnes de la Saintonge. Ou peut juger du haut prix du sel par un seul exemple : les femmes de mauvaise vie se faisaient payer leurs faveurs avec du sel au lieu d'argent. En 15i8, les laboureurs s'assemblèrent et donnèrent la chasse aux gabeleurs. Les seigneurs furent obligés de s'enfuir dans leurs châteaux. Cette armée de paysans, grossie par les insurgés de Marcnnes, de La Tremblade et de la côte d'Arvert, s’empara de Saintes, bri-a les portes des prisons et donna la liberté aux sauniers qui faisaient la contrebande du sel. Partout les registres des gabelles étaient brûlés, et les gabeleurs pendus. L’insurrection avait pénétré jusque dans les mure de Bordeaux , lorsque le connétable de Montmorency la comprima avec un luxe incroyable de férocité. La ville de Saintes échappa cependant aux vengeances du connétable , grâce à l’intervention de l'évêque et au caractère bienveillant et chevaleresque du gouverneur, le comte de Vieilleville. L'évéque de Saintes était alors Charles de Bourbon, qui devint le roi de la Ligue , sous le nom de Charles X.

Déjà la réforme avait fait son apparition dans la Saintonge ; d'abord froidement accueillie, elle dut trouver dans la souffrance des populations, dans leur pénurie, une sorte de connivence qui contribuait puissamment à détacher les âmes de l'église. En secouant l'autorité politique, les esprits s'habituaient à secouer l'autorité religieuse. Bientôt le calvinisme fut assez fort pour faire décréter et respecter la liberté de conscience. Il s'arma et s'organisa. A Saintes, il signala sa puissance en dévastant les églises de Saint-Pierre et de Saint-Eutrope (1562). Les soldats calvinistes s’habillaient de blanc ; les soldats catholiques s'habillaient de rouge. Ces luttes sociales , ces révolutions religieuses émancipaient les intelligences, les acheminaient vers l'inconnu. Au nombre de ces hardis explorateurs, qui s'enfonçaient souvent par l'empirisme, l'alchimie ou l'astrologie, dans de ténébreuses inventions, la ville de Saintes peut revendiquer Bernard de Palissv. C'est dans cette ville que ce célèbre potier, ce grand artiste, né dans les rangs du peuple, fabriqua les assiettes, les plats, les aiguières, recouverts d'émail, ornés de figurines , de fruits et d’animaux. Écrivain, botaniste, médecin, arpenteur, ingénieur, dessinateur, il épuisait, comme les grands artistes ses contemporains la série de toutes les connaissances humaines. Il appartenait à la religion réformée. Sa gloire le protégea contre les réactions catholiques. Il reçut même l’hospitalité royale à la fabrique des Tuileries.

La Saintonge était le poste avancé du calvinisme. La Rochelle et Saint-Jean d'Angcly étaient les villes fortifiées sur les frontières des deux cultes, et l'on

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pourrait dire des deux nationalités, car au ivi* siècle la fusion du nord et du midi était loin d’étre consommée. La Saintonge avait trois routes pour se mettre en communication avec les protestants de Guyenne et du Languedoc. Par Saintes, par Cognac, La Rochelle pouvait atteindre l'Agenais, elle pouvait tourner Saintes, traverser la Charente à Tonnay ou à Rochefort, gagner Saujon et gagner Blaye en suivant la rive gauche de la Gironde, ou bien encore s’embarquer è Royan et remonter le fleuve ; mais ce ne pouvait être là une route stratégique. Ce fut cependant par Rojan que La Rochelle tendit la main pour la dernière fois à ses coreligionnaires du midi. Cette communication coupée, La Rochelle succomba.

Les deux partis, catholique et protestant , devaient donc attribuer une grande importance à la possession de Saintes; ils prirent et reprirent cette ville, qui moins démocratique, moins riche, moins turbulente que les villes ou les bourgades maritimes, conserva toujours une position mixte entre les deux croyances. Heureusement administrée par le sénéchal Guitard , elle avait moins que les autres villes, des motifs de mécontentement contre le principe d'autorité. L'armée calviniste , dirigée par Soubise , vint mettre le siège , au mois de juillet 1670, devant la ville de Saintes. La garnison catholique était alors commandée par Tournecoupc et Coconas. le place fut vigoureusement canonnée ; toutes les opérations du siège furent confiées au célèbre ingénieur italien Scipion Vergano. Après une courageuse résistance, la garnison catholique fut obligée de capituler; aux termes de la capitulation, elle devait se retirer à Saint-Jean d’Angely avec armes et bagages. Mais ces conventions furent violées. Les pillards se jetèrent sur les bagages, sur les femmes catholiques, qui suivaient l'arrière-garde. L'intervention du chef de l'armée huguenote, qui tua plusieurs mutins, ne put arrêter complètement ces actes de brigandage. A la paix de Saint-Germain, Saintes rentra sous la domination du roi. En 1677, c'était la seule ville de toute la Saintongë qui fût au pouvoir des catholiques ; depuis elle assista et ne participa plus aux guerres de religion. Le courant des événements ne passa plus qu'aux pieds de ses murs. Elle répara ses églises. Le galant évêque, Nicolas de La Courbe, au sortir de ses amoureuses conférences avec Françoise de Larochefoueauld , abbesse de Notre-Dame , fait restaurer, en 1582 , la cathédrale de Saint-Pierre qui avait été détruite par les huguenots. La ville de Saintes se hâta de reconnaître la légitimité d’Henri IV; pour prix de sa loyauté et de sa fidélité à la couronne, elle réclamo et obtint la confirmation de ses libertés municipales. Au mois de mai 1698, Henri IV confirma par lettres-patentes les beaux et grands privilèges, pouvoirs, juridictions, franchises, libertés, exemptions octroyés par ses prédécesseurs aux maires, pairs, échcvins, bourgeois, manants et habitants de la ville, cité et faubourg de Saintes. Au mois de novembre 1612, le roi Louis XIII renouvelle les mêmes garanties ; mais déjà les privilèges sont attaqués par les gouverneurs. La garde des clefs de la ville , qui était réservée à la commune , fut longuement disputée par le maire et le gouverneur d'Epernon. Cependant un arrêt du Conseil d’Ètat fit restituer les clefs au pouvoir municipal.

Lorsque Louis XIII se rendit dans le Béarn, il passa par Saintes; la bourgeoisie se mit sous les armes, on fit passer sous des arcs de triomphe le triste et morne pupille de Richelieu. Toute indépendance provinciale, communale,

féodale, avait été brisée sous la rude compression du cardinal. Déjà , en 1613, la nomination du maire de Saintes appartenait au lieutenant du gouverneur. En 1655, Louis XIV supprime une partie des privilèges : le droit de noblesse et l'exemption du droit d'aides; enfin, en 1692, la charge de maire est rendue perpétuelle et héréditaire. Sous la domination monarchique, la ville de Saintes ne fit plus que décliner et descendre successivement les degrés de sa longue déchéance. En 1648, son évêché fut démembré; un évêque établi à La Rochelle enleva un tiers des paroisses soumises à lu juridiction épiscopale de Saintes. Durant le xviu' siècle, cette ville tombe dans l'obscurité; le gouvernement, l'intendance de la province sont installés à La Rochelle. Cependant, en 1718, la royauté revient à des idées plus libérales pour la commune de Saintes : la mairie perpétuelle est supprimée, l'élection est rétablie; mais cette concession est bientôt retirée. Sept années après, le roi choisit le maire parmi des candidats élus. Au moment de la révolution, le corps municipal se trouvait composé d'un maire, d'un lieutenant du maire, de quatre échevins, de deux assesseurs et d’un lieutenant de police. Le calvinisme comprimé, la Saintonge eut la triste gloire de donner deux maltresses à Louis XIV, madame de Montespan et la marquise de Mnintcnon; cette dernière était fille de l'historien et capitaine d'Aubigné : elle fit sabrer par des dragons les hommes que son aïeul avait défendus de son épée.

Vers le milieu du siècle dernier se trouvait à Suintes un jeune officier, nommé Pierre Buffière , qui sortait d'une muison de correction tenue par l'abbé Choppart. « Je n'ai pas voulu, » écrivait le père du jeune officier, « qu'un nom habillé de quelque lustre fût Iralné sur les bancs d'une maison de correction , j'ai fait inscrire, sous le nom de Pierre Buffière, ce monsieur qui a récalcitré, pleuré, ratiociné en pure perle , et je lui ai dit de gagner mon nom et que je lui rendrai qu'il bon escient. » Pierre Buffière était donc en garnison à Saintes pour gagner son nom. Le régiment était commandé par le marquis de Lambert. Or, le jeune officier s'éprit d'une belle passion pour la jolie fille d'un archer de laquelle le marquis était aussi amoui'cux. Celui-ci regarda une rivalité comme une infraction de discipline. Le père de Pierre Buffière écrivait à ce propos : « C'est un drôle qui a toute l’intrigue du diable et de l'esprit comme un démon; le marquis de Lambert me disait l'autre jour qu'il avait partagé la ville et la province entre la raison et lui, et que, malgré son caractère odieux, il aurait trouvé dans la ville virgt mille livres qui n'y sont pas. » Pour débarrasser le colonel de toute concurrence d'amour, le père de Pierre Buffière envoya son fils porter une lettre de recommandation au maréchal de Sennelcrre, gouverneur de la province. Cette lettre était une lettre de cachet, que le jeune officier remit, dans toute l'ingénuité de son âme, au gouverneur qui le fit arrêter et incarcérer dans la citadelle de Khé. Depuis ce jour la vie de Pierre Buffière ne fut qu'une longue promenade de prison en prison ; mais un jour, le jeune officier de la garnison de Saintes se trouva avoir reconquis son nom, et ce nom se trouva avoir été le plus glorieux de l’éloquence, de la liberté, de la démocratie Pierre Buffière était Mirabeau.

Lorsque la nouvelle division territoriale succéda aux anciennes provinces, la ville de Saintes devint le chef-lieu de la Charente-Inférieure ; mais un décret de

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1810 transporta la préfecture à La Kochellc. l-a ville et l'arrondissement de tintes ont donné le jour il des hommes éminents : le conventionnel Item ard, les deux députés Echaueriau, et dans ces derniers tem|>s à MM. Dufaure, Hervé , Moreau et Ckaudrvc de Crazannes. La population de Saintes s'élève à 9,519 habitants; l’arrondissement en compte 105,033, et le département 460,245. Les principaux établissements industriels de cette ville sont des distilleries d'eau-de-vie dite de Cognac, des fabriques d'étamines et de faïence commune, des tanneries et des mégisseries; le commerce a pour objets les grains, le maïs, les bois de construction, ie merrain, les laines, les bestiaux et les eaux-de-vie- •

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