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revint après cette sanglante expédition, resta quatre ans encore sous la domination anglaise; ce ne fut qu’en 1377, après un long siège, que le duc de Berry réussit à s'en emparer.
Le comte Jean d’Orléans, de retour de sa longue captivité en Angleterre, habita tantôt à Angouléme, tantôt à Cognac. Ce prince était bon justicier : un homme de sa maison ayant maltraité un marrhand cognacais, il punit lui-méme le délinquant d'une manière sévère. Jean bâtit à Cognac une chapelle pour les lépreux , qui s’y trouvaient alors en grand nombre ; il y mourut, en 1467. Son fils et successeur, Charles d'Orléans , fit de Cognac sa résidence la plus habituelle. Louise de Savoie, épouse de ce prince, fut surprise par les douleurs de l’enfantement, le 12 septembre 1494, au retour d’une promenade. Elle donna le jour, près du Petit parc, au pied d’un orme, à un fils qui fut depuis le roi François I". Cet arbre est mort de vétusté, mais un de ses rejetons, qui l'a remplacé et qu'on appelle XOumtitl, perpétue encore, dans la mémoire du peuple, le souvenir de la naissance du restaurateur des lettres. Charles d’Orléans ne survécut pas longtemps à la naissance de ce fils, car il mourut en 1495, très-regretté de ses vassaux. Comme on imputa sa fin è une diète trop sévère, que lui avait ordonnée son médecin, celui-ci fut obligé de s’enfuir pour se soustraire à la mort dont le menaçait l’indignation populaire.
Louise de Savoie continua à résider dans le château de Cognac. La cour de cette princesse était alors très - célèbre , non pas tant par sa magnificence , que par l'esprit des personnes qui la formaient, l-e jeune François d’ Angouléme avait une sœur un peu plus âgée que lui , Marguerite d'Angoulème , belle, savante et spirituelle, qui épousa d'abord Charles IV, duc d'Alençon, et devint ensuite reine de Navarre, par son mariage avec Jean d'Albret. C'est à elle qu'on doit les Nouvelles de la reine de Navarre , qu'on lit toujours avec plaisir malgré la liberté du style, poussée jusqu’à la licence, et que ne comporte plus la politesse raffinée de notre siècle. IA se trouvaient Octavien de Saint-Gelais , dont nous aurons encore occasion de parler; Melin de Saint-Gelais, qu'on a surnommé YOeide français-, Gouficr de Boisy, Bonnivet, Prévost de Lansac, vaillant homme de guerre et bel esprit ; et tant d'autres encore qui jetèrent un véritable éclat sur cette réunion, que nulle autre n'égalait alors en France. A l’avénement de François I", Louise de Savoie ne quitta point encore sa résidence de Cognac. Mère du roi de France et de la reine de Navarre, cette princesse recevait parfois le titre qu'on ne donne ordinairement qu'à l’épouse d'un prince couronné. A peu de distance de la ville est un chemin où elle aimait à se promener et qu’on désigne soiis ic nom de Chemin de la reine. Là, probablement, elle aura plus d'une fois songé à se venger de 1 indifférence du connétable de Bourbon , vengeance qui fit tant de mal à la France , puisqu’elle fut cause de la désastreuse journée de Pavie !
A son retour de la captivité de Madrid , François Ier se rendit à Cognac où il passa plus d'un mois. La vue des lieux , théâtre des jeux de son enfance , dut aider à adoucir ses chagrins. La tendresse ou plutôt la politique de sa mère avait, d'ailleurs, pourvu à ses plaisirs : ce fut à Cognac que Louise de Savoie fil connaître à son fils la belle duchesse d'Étampcs. Le roi y trouva , en outre , une diversion plus sérieuse à ses longs ennuis. Là, il reçut d'abord les envoyés de Charles-Quint,
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venus tout exprès pour le sommer d’exécuter les clauses du traité par lequel 0 avait été rendu à la liberté ; et ensuite les ambassadeurs de plusieurs souverains, qui lui proposèrent de former une ligue contre la maison d’Autriche (1526).
Malgré l'élévation d'un de leurs compatriotes sur le Irène de France, les habitants de Cognac prirent une part très-active à la révolte qui , sous ce règne, éclata contre la gabelle (15â2). Les insurgés ayant rencontré, près de la ville, Bourboneau, directeur général de la gabelle en Guienne, le précipitèrent dans la rivière et l’y tirent noyer en s'écriant : Vâ méchant gabeloux , t a saler les poissons de la Charente.' On réprima cette révolte d’une manière sévère.
Cognac, où le protestantisme s’était introduit de bonne heure, devint un des boulevards des calvinistes pendant les guerres de religion. En effet, si en 1551 cette place fut inutilement assiégée par le prince Louis de Coudé, qui ne put s'emparer que de scs faubourgs , elle tomba bientôt entre les mains des novateurs. Crussol d’Acier la défendit contre le duc d’Anjou, après la bataille de Jarnac. Le lendemain de la défaite des siens, Jeanne d'Albrct, reine de Navarre, se rendit à Cognac, avec les principaux officiers protestants qui avaient échappé à ce désastre, et elle leur présenta son (ils, le prince de Béarn , et son neveu, le jeune Henri de Condé, en leur disant : «Voici, mes amis, deux nouveaux chefs que Dieu vous donne, et deux orphelins qui se placent sous votre garde ». En 1570, Cognac fut une des places de sûreté que Charles IX accorda aux protestants; Condé se fit donner ensuite cette ville, en échange de Péronne; et les ligueurs, en 1593 , tentèrent inutilement de s'en rendre maîtres.
Sous le règne de Louis XIV, au commencement des troubles de la Fronde, la guerre civile conduisit encore un Condé, Louis II , héritier des princes dont nous venons de parler, sous les murs de Cognac. Il avait résolu d’assiéger la ville où s'était retiré l'un de ses partisans secrets , le comte de Jonzac, lieutenant du roi en Saintongc. Mais, suspect à la cour, le comte fut remplacé par le maréchal de camp de Bellefond , et lorsque le duc de La Rochefoucauld se présenta devant la place, à la tète de deux cents chevaux, il trouva le maire, Cyvadier, les habitants, le capitaine des Fontanelles et la garnison parfaitement préparés à le recevoir. Le siège fut long, la résistance énergique et habile. Condé, qui avait rejoint les confédérés sous les murs de Cognac , eut bientôt sur les brus l’armée royale , commandée par le comte d’IIarcourt. Dans une sortie que firent les assiégés, chemises hors des chausses, afin de mieux se reconnaître, les assaillants pris entre deux feux s’enfuirent à la débandade , laissant une foule de morts dans les retranchements. Le prince, tout meurtri de cet échec, se vit contraint de lever le siège (1651). Beaucoup plus tard, lors de la révocation de l’édit de Nantes, Cognac et Jarnac, qui s’étaient élevés i une haute prospérité, souffrirent encore plus des excès de l'intolérance que des maux de la guerre : de nombreuses familles protestantes de ces deux villes les abandonnèrent pour se retirer en Hollande et en Angleterre.
L'érection de Cognac en commune remonte à une époque très - éloignée. Charles d’Espagne, qui habita longtemps le château de cette ville, conféra à ses habitants le droit de lui présenter des candidats pour la place de maire. Louise de Savoie leur permit, en mai 1532, d'élire un corps municipal , composé d'un
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maire, de douze échcvins et de douze conseillers. Henri III et Louis XIII confirmèrent ces privilèges; ce dernier roi, étant à Poitiers, en décembre 1551 , accorda même la noblesse aux maires de Cognac. Avant la révolution de 1789, il y avait dans cette ville une aumônerie de Saint Jacques, des bénédictines, des récollets et des Cordeliers, fondés par la maison de Lusignan. On y comptait aussi deux paroisses, dont une seule a été conservée. Cognac a produit, outre François I", plusieurs hommes remarquables. Nous citerons Octavien de Snint-Gelais , évéque d’Angoulôme et poète distingué ; le poète Juvresac, auteur d'Arislnrqu» et Nicamhe, lequel se mêla à la polémique furibonde de Balzac et du père Goulu ; Favereau, autre poète , qui publia un poème sur la prise de La Rochelle par Louis XIII; l’abbé de Villiers, né en 1618, poète et prédicateur distingué, auquel on doit l 'Art de prêcher et plusieurs autres ouvrages de littérature où de piété qu'il ne fit point paraître sous son nom ; louis Prévost de Lan -> jac, né en 1486, capitaine distingué, compagnon d'armes de François I", dans les guerres d'Italie; et enfin , en dernier lieu, le général Daninud-du-Pérut, qui se fit , parmi les Vendéens , une grande réputation de bravoure et de loyauté.
Aujourd'hui, Cognac, l'un des quatre chefs-lieux d'arrondissement de la Charente, a un tribunal civil et un tribunal de commerce. L’arrondissement renferme 53,361 habitants, dont 1,006 environ appartiennent à Cognac Cette ville, traversée par une route royale, est dotée de douze foires ordinaires, dont une se tient chaque mois; de deux grandes foires, qui ont lieu en mai et en novembre, et d'excellents marchés hebdomadaires. C’est peut-être la seule localité de la France, qui, avec une si faible population, se trouve être l'entrepôt d'une aussi grande masse de valeurs en produits du sol , représentant un bon nombre de millions. Là, en effet, est le centre du commerce des eaux-de-vie des deux Charentes, et, parmi ces eaux-de-vie , celles dites de Cognac sont les premières du monde et s'écoulent dans les deux hémisphères.
Ce n’est pas à dire, pourtant, que la banlieue de la ville de Cognac fournisse les meilleurs spiritueux ; on les tire d'un territoire particulier qui s'étend de la Charente dans la Charente-Inférieure et qu'on appelle la Champagne de Cognac. Le trafic de ces liquides a fait établir de nouvelles maisons de commerce, dont plusieurs sont d'origine étrangère ; par exemple, les Martell viennent d'Angleterre, et la famille llenncssy est originaire d'Irlande : elle descend même des anciens rois de cette tle. Riches à millions, ces spéculateurs ont bâti, pour leur habitation, dans la petite ville, centre de leur industrie, des hôtels qui seraient remarqués dans les beaux quartiers de Paris. Du reste, à Cognac on ne parle qu’eau-de-vie, on s’occupe uniquement de ce commerce et de tout ce qui s'y rapporte ; en se promenant dans les rues , on en respire les exhalaisons dont l'action continue à noircir tout l'extérieur des maisons. Cognac n'offre pas seulement des constructions particulières, dignes d'une grande cité ; elle possède une société, peu nombreuse, il esterai, mais très-brillante: aussi, en hiver, les fêtes qu'on y donne appellent-elles l'élite des villes et des campagnes, à vingt lieues à la ronde ; on a peine à s’imaginer, quand on se trouve alors dans les salons de l'aristocratie cognacaisc , qu’on est si éloigné de Paris et dans une toute petite localité. Les nies de l’intérieur de la ville sont, en général, tortueuses et peu larges; les
édifices publics n'offrent rien que de fort ordinaire. Seulement l'église, de construction romane, est ornementée de quelques figures grotesques, et l’on voit dans la grande salle de l'hôtel de ville le buste en bronze de François I”. Il ne reste plus que quelques restes du château , où les comtes d’Angoulémc tenaient lçur cour. Près de là est le Petit parc, qui forme un lieu de promenade trèsagréable et très-fréquente.
One lettre écrite, au xvi* siècle, par Étienne Pasquier et insérée dans ses Recherches sur la France, donne une idée si exacte de l'agrément et des ressources qu'offrent Cognac et son territoire , que nous croyons devoir en donner ici un extrait. « Je suis enfin arrivé à Cougnac, » dit-il, «je veux dire en un pats de promission. Il ne faut pas qu'on me solemnise notre Tourraine, pour le jardin de la France, il n’est pas en rien comparable à cestuy; ou, s’il est jardin, ces tu y est un paradis terrestre. Je ne vy jamais telle abondance de bons fruicts; grosses poires, auberges, muscats, pommes, poires, pcsclies, melons, les plus sucrins que j'aye jamais mangé. Je vous ajousterai saffran et truffes ; avec cela bonne chair, bon pain, bonnes eaux le possible, et qui est une seconde ame de nous , bons vins , tant blancs que clairets , qui donnent à l’cstomach , non à la teste, grosses carpes, brochets et truites en abondance. Cette grande rivière incognue, qui passait au travers de l'ancien paradis terrestre, s'est transformée eu celle de la Charente, laquelle, depuis la ville d'Angoulesme jusqu'à Saint- Savinien, où elle va fondre en mer. qui disent quarante-cinq lieues, est bordée de prez ; et pour n’estre malgisante, comme nostre Loire, jamais ne se débordé que pour le profit du pays, ainsi que le Nil en Égypte, et pour abreuver ces prairies quand elles se trouvent altérées... Vous penserez, par aventure, que je me truffe ; or, afin de ne rendre point votre penser vain , je vous envoie un parquet de truffes , qui est le présent d’un mien bois , que je vous prie de recevoir de tel cœur qu’il vous est envoyé. Adieu. »
Jarnac , Jarnacum , se rattache tout naturellement, et par ses souvenirs historiques, à Cognac dont il est en quelque sorte la succursale, pour le commerce des eaux-de-vie. Cette localité , située sur la rive droite de la Charente , qui en cet endroit coule très-large et très-profonde , est à trois lieues de Cognac et à six lieues d'Angouléme. la seigneurie de Jarnac a appartenu successivement aux familles Taillefer, de Lusignan, d’Espugne-la-Cerda, et de Craon. Elle entra, en 1397, dans la maison de Chabot, l'une des plus anciennes et des plus illustres du Poitou , par le mariage de Louis Chabot avec Marie de Craon ; elle lui est demeurée jusqu’à la révolution de 1789.
A la mort de Hugues de Lusignan, comte de la Marche et d'Angouléme, Geoffroy de Lusignan, I'ud des fils qu'il avait eus d'Isabelle Taillefer, la comtessereine, obtint, pour son partage, Jarnac et Chftteauneuf et plusieurs seigneuries en Poitou. L’histoire nous fait connaître les vexations que, vers Ü70 , l'un des seigneurs de Jarnac, Louis Chabot, fit éprouver à scs vassaux. Moins d'un siècle après, une partie des habitants de cette ville se convertissait au protestantisme et devenait un des points d'appui de la nouvelle secte religieuse.
Deux faits retentissants ont donné de la célébrité au nom. de Jarnac. Le pre-