CMIons avait autrefois treize portes et treize ponts
S. Iss Commentaire s de César. — Ammien Marcellin, Histoire des Empereurs. — Vopiseus , Vie d'Anrélieu. — Kutmpo, Abrégé de l'histoire romaine. — Zut il ne. Histoire romaine. — Itinéraire d'Anlanin. — Grégoire tle Tours, — Adrien de Valtois, flialitia tiatliarum. — Dont Marlol, Metropolis remensis historia. — Scipion Dupleiz, Mémoires des (iautes. — Titlcinoul , Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique des sis premiers siècles. — Trésor des Chartes. *~ Ordonnances des rois de France. — Mézeray, Histoire de Frunce. — Ainpielil, Histoire de Reims. — tliliretle lie Verrières , Annales historiques de la ville et romtè-pairie de Châlonssur-Marne. — Annuaire de In Marne, pour l'année 1 HiO. — Biographie universelle.
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U FERTF.-SOUS-JOUARRE — B CB AXS. — FAREHODTIEB. — JOCAHBC. - JDILLT. — MOHTCXAOX.
On ne possède aucune donnée historique sur l'origine de cette ville ; il parait constant que les Mcldes , chez qui César avait Fait construire quarante barques pour passer dans la Grande-Bretagne, n'étaient point ceux des bords de la Marne ; d’Anville les place prés de l'Escaut, entre Gand et Bruges. Ou pourrait toutefois supposer que les Meldes de la Belgique et ceux qui fondèrent Meaux appartenaient à la même famille, sans chercher à déterminer cependant à laquelle des deux branches il faudrait attribuer l'antériorité. Nous aurions peut-être ainsi la raison de la communauté étymologique des noms de Bruget et de Brie , qui l'un cl l'autre sont plus récents que celui des Meldes.
Au temps de Strabon , c’est-à-dire au commencement du premier siècle de notre ère , il y avait un peuple de Meldes auprès des l'arisii, et leur cité devait dès lors avoir quelque importance. Une inscription tracée en grands et beaux caractères sur une pierre longue de plusieura mètres, mais fort brisée, fut trouvée , il y a quelques années , au nord de Meaux , dans l’emplacement de la ville gallo-romaine. Voici ce que l'on en peut lire encore :
ORIX , ORGETORl
.... A VG. THRATRVM. CIVI. . . .
. . . M.D.S.P.D. KFFBCBRVN
...... AVRICVS FIL
La présence de noms tout à fait celtiques dans cette inscription , aussi bien que la belle forme des lettres, concourt à classer ce monument épigraphique parmi les plus anciens de la Gaule. Malheureusement il ne nous fait pas connaître le nom de la cité, et nous en sommes encore réduit à celui de latinum que, seul entre tous les anciens auteurs, Ptoléméc donne à la ville des Meldes. Pline l’Ancien avait aussi mentionné les MeUi l.iberi. Quoi qu'il en soit, la dénomination primitive de la ville disparut bientôt et fut remplacée par une forme altérée du nom du peuple. Sur trois tiers de sol d'or frappés au temps des rois Mérovingiens par les officiers monétaires Betto, Martin et Gudumundus, le mot Meldu. * parait accompagné du titre de Civttas. Or ce mot , devenu synonyme de résidence épiscopale au moyen âge, indique un état important à une époque bien antérieure à l'invasion des Francs.
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Grégoire de Tours nous apprend que vers la Bn du vi* siècle Guerpin et Gondebaud furent successivement comtes de Meaux. Gondebaud avait supplanté Guerpin , qui l'assassina et fut à son tour mis à mort par la famille de son compétiteur. Après la mort de Clovis, en 511, Meaux échut en partage à Childebert , roi de Paris ; en 561, cette ville était comprise dans le royaume d’Austrasie, soumis alors à Sigebcrt I"; et lorsque ce prince fut assassiné par ordre de Frédégonde ( 575 ) , on retint ses deux Biles , Ingonde et Clotswinde , prisonnières à Meaux. Childebert , le Uls de Sigebert , habitait Meaux quand son oncle Chilpérie tomba aussi à Chelles (584 ) sous les coups des assassins. Plus tard enBn le traité de paix conclu à Andelot entre Contran , roi de Bourgogne, et Childebert , assura la possession de Meaux à ce dernier.
Voilà tout ce que nous savons de l’histoire politique de Meaux sous la dynastie mérovingienne, l'n sujet tout à fait caractéristique et bien digne d'être étudié, c’est l’immense mouvement religieux qui se fit sentir à cette même époque dans le diocèse. Pendant le cours du vu* siècle on vit très-rapidement s’élever les monastères de Faremoutier, de Rebais , de Jouarre, de Saint-Faron, d’où partirent les missionnaires qui allèrent catéchiser l'Angleterre et l'Allemagne. D’autres moines , sortis de Rabais et de Saint-Faron , fondèrent les abbayes de Pruim , de Montivilliers, de Jumièges, d'Orbais.
Les rapports continuels qui existaient, dans les premiers siècles de l’Église, entre les chrétiens de l’Asie et de la Gaule sont assez connus, mais on n’a pas de notre temps fait attention aux liens religieux par lesquels la Grande-Bretagne était unie à la Brie : l’irlandais Colomba» et l’écossais Fiacre (1/ars ?) vinrent fonder près de Meaux , l’un un monastère , l'autre une chapelle devenue célèbre comme lieu de pèlerinage; Sedred et Æthilburg, seconde et troisième abbesses de Faremoutier, étaient, l’une Bile, l'autre belle-fille d'Annas, roi d’Estanglie, tandis qu’Crkougate, religieuse du même monastère, était Bile d’Ereomberht , roi de Kent et sœur du célèbre Eegberht. Nous voyons aussi que Hroswitha , femme du roi Annas, quitte la cour de son mari pour venir s’enfermer à Chelles. Wine, évêque de Winchester, avait été fait prêtre en France , et l’Irlandais saint Killen habita le monastère de Saint-Faron ; on voit que l’émigration anglaise sur le continent a commencé de bonne heure. Sainte Théodechilde , première abbesse de Jouarre, dont le frère, saint Agilbert , alla prêcher en Irlande , était , suivant quelques auteurs ecclésiastiques, fille de Betto, et ce dernier personnage est peut-être le même qui signait la monnaie d'or frappée à Meaux , dont nous avons parle précédemment. Le tombeau de sainte Théodechilde existe encore dans la chapelle souterraine, située dans le cimetière de Jouarre. C'est un monument de pierre de liais, tres-bien sculpté, et orné de six lignes d'inscription. Quoiqu'on n’y trouve aucune date, on ne peut refuser d’admettre que ce tombeau appartient bien réellement à la fin du vil' siècle, et les œuvres d’art de cette époque sont si rares que nous avons cru important de mentionner ce précieux échantillon du style mérovingien.
Faron était un personnage puissant qui exerçait une charge dans la maison de Dagobert'. Il était marié, mais se sentant attiré vers l'état ecclésiastique , il se
t. Mabillon cite une charte de ce roi que Faron souscrivit avec le litre de référendaire.
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sépara de sa femme et entra dans les ordres; très-peu de temps après il fut nommé évéque par le clergé. C'est à ce prélat que l’on doit la fondation du monastère de Sainte-Croix ou de Saint-Faron. Celte célèbre abbaye de Bénédictins était située sur In rive gauche de l'ancien lit de la Marne et au nord de Meaux. Suivant les annales bénédictines, Oger le Danois et Benoit , son compagnon d'armes, s'y retirèrent. La tradition est tellement affirmative à cet égard, et elle s’appuie sur le crédit de tant d’auteurs des deux derniers siècles, qu’il devient nécessaire de lui donner une place ici.
Il existait dans l'église de Saint-Faron un mausolée adossé au mur du chœur, et composé d'une grande tombe d’environ trois pieds de hauteur sur laquelle étaient couchées deux figures d'hommes vêtues de l'habit religieux et longues de sept pieds. Au temps de Mabillon.on ne doutait pas que ce monument ne fdt un ouvrage du commencement du ix' siècle. On faisait de l’une des figures accessoires, tenant un sceptre fleuri, un Charlemagne accompagné de sa femme Hildegarde. Un autre personnage, supportant un phylactère, passait pour représenter Oger au moment où il offrit sa sœur Auda en mariage au célèbre Koland. Telle est l'origine que la science des Bénédictins, s'appuyant sur la tradition locale, donnait à ce tombeau ; mais il nous est impossible d'admettre qu'il fût antérieur à la fin du xi' ou même au xn” siècle. C'était au moyen âge une coutume générale, dans les monastères, de se forger des titres mérovingiens ou carlovingiens , et A Saint-Faron, le roman était d'autant plus facile à accréditer qu'il s'appuyait sur un fait réel. En effet , sous le règne de Philippe I", un seigneur de Chnrmantray, près Meaux, nommé Oger, embrassa la vie monastique et fut imité par ses deux fils et sa sœur ; il vint se renfermer à l'abbaye de Saint-Faron , à laquelle il fit donation de tous ses biens. Ces faits sont constatés par une charte. Que l’on ait élevé un tombeau magnifique à ce bienfaiteur du couvent , rien de plus naturel ; le nom d'Oger aura suffi plus tard pour amener l'histoire fabuleuse du paladin de Charlemagne.
Au commencement du ix* siècle une fille de ce grand empereur était abbesse île Faremoutier, ce qui valut à cette abbaye plusieurs donations de Louis-te-Débonnaire, de Lothaire et de Charles -le- Chauve ; ce dernier déclare, par une charte de 84-2, prendre l'abbaye sous sa garde et sa protection.
Le 17 juin 8i5, les archevêques de Sens , de Reims et de Bourges assemblèrent un concile à Meaux. Parmi les plaintes formulées dans les canons de ce concile , on remarque le reproche que les évêques adressent au roi , de laisser piller les villes par les gens de sa suite et de loger des femmes et des personnes mariées dans les maisons épiscopales. Dans la préface placée en tête des actes de cette assemblée, les évêques citent les incursions des Normands parmi les principales causes des malheurs de ce temps. Une vingtaine d'années plus tard, la hYic eut encore à souffrir d'une attaque de ces Barbares. En 8C2, pendant que Charlesle-Chauve convoquait ses gens de guerre à Senlis, dans l'intention de faire garder les bords de l'Oise, de la Marne et de la Seine , les pirates Scandinaves, cantonnés à Saint-Maur près Paris, mirent à Ilot leurs petites barques et remontèrent la Marne. Il faisait nuit quand ils entrèrent à l'improvistc dans Meaux. Aussitôt l'incendie dissipa l'obscurité. Des habitants furent égorgés dans leurs demeures
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et dan» les mes étroites. Le lendemain, les Normands attaquent le monastère de Saint-Faron et essayent d’y mettre le feu ; mais les chevaux des païens s'arrêtent court, refusent d’entrer dans l’enceinte qui renfermait les reliques du saint évêque, et les flammes envimnnnent l'église sans la consumer. Ce qui ne contribua pas peu, disons -le, à sauver Saint -Faron, ce fut l’intervention de Charles-le-Chauve. Les Normands avant appris que ce prince leur coupait la retraite, au moyen d'un barrage établi sur la .Manie en face de Tril-le-Hardou, s'éloignèrent rapidement de l'abbaye. Arrivés en ce lieu, ils trouvèrent le passage fermé et les rives occupées par des hommes de guerre ; ils n'étaient vraisemblablement pas assez nombreux pour forcer l'obstacle, aussi leur fallut -il capituler. Ils proposèrent donc de rendre les prises qu’ils avaient faites depuis leur entrée dans la Marne , de quitter la Seine avec tous les autres Normands pour retourner en mer, et même de si* joindre aux soldats du roi pour forcer les autres bandes de pirates à évacuer le royaume. Charles-le-Chauve accepta, et ils lui donnèrent des otages pour garantie de leurs engagements.
Louis-le-Bègue étant mort en 869 , son fils Louis convoqua à Meaux les grands vassaux de la couronne pour se faire solennellement reconnaître, mais un parti de mécontents proposa le triliie nu roi de Cicrmanie, et en définitive Louis fxit appelé à régner conjointement avec son frère Carloman.
En 887, les Normands reparurent sous les murs de Meaux , et ils continuèrent de bloquer la ville, quoique, le 21 juin 888, une partie des leurs eussent été battus par le roi Eudes près de la forêt de Montfauron. La ville avait d’abord été défendue par le comte Teutherht , frère d'Anscheric, évêque de Paris, mais ce chef venait de mourir tandis que les maladies et la famine faisaient périr les soldats. les habitants voyant qu'ils ne pouvaient plus opposer de résistance, résolurent de rapituler. Les Normands leur accordèrent la vie sauve à la condition qu’ils quitteraient tous la ville, sans exception, puis ils pillèrent et incendièrent la cité déserte, et lorsque les Meldois voulurent passer la Marne pour se retirer loin de ce théâtre de ruine, ils furent traînés en esclavage au mépris de la capitulation ; Sigmond leur évêque fut emmené comme les autres et l'on ne sait ce qu'il devint. En 891, les Normands poussent encore leurs courses jusqu'à Meaux, mais nous n'avons aucun détail sur cette nouvelle invasion.
Vers la fin du x' siècle, le pays des Meldes se ressentait encore du passage des hommes du Nord. Voici un fragment du récit que fait le moine Richer de Reims d'un voyage à Meaux qu'il entreprit quinze jours avant la capture de Charles de Lorraine et de l'archevêque Arnoul, par Hugues Capet, c'est-à-dire vers le 15 mars 991. o Je partis, après avoir reçu de mon abbé ponr tout secours un palefroi. J'urrivai donc dépourvu d'argent, de hardes et des autres choses nécessaires, au monastère d'Orbais , lieu célèbre par la charité de ses habitants. U , ranimé par l'accueil bienveillant de l’abbé I). dont la munificence vint à mon aide, je me remis en route le lendemain pour aller jusqu'à Meaux. Mais une fois engagé avec mes deux compagnons dans les sinuosités des bois, les accidents ne nous manquèrent pas. D’abord les embranchements du chemin nous égarèrent et allongèrent notre route de six lieues ; ensuite, lorsque nous eilmes dépassé Château-Thierry, notre palefroi , qui jusque là s’était comporté comme un Bucéphale, commença à deve-
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nir plus paresseux qu'un Ane.... Je laissai IA le domestique avec les bagages, et , après lui avoir dicté la réponse qu'il aurait A faire aux passants , je lui recommandai de résister au sommeil qui le menaçait, et je repris avec le cavalier de Chartres le chemin de Meaux. Il faisait A peine clair lorsque j'arrivai au pont de la ville. J'examinai avec attention le passage ; mais je fus exposé A de nouveaux accidents , le pont présentait de si grandes et de si nombreuses ouvertures qu'il n'y eut guère que les gens ayant des relations journalières avec les citoyens qui le franchirent ce jour-IA. Mon intrépide compagnon , ne manquant pas de prévoyance en voyage, chercha une barque de tous côtés, et, n'en ayant découvert aucune, revint pour affronter les périls du pont. Grèce au ciel, les chevaux passèrent sains et saufs. Le cavalier couvrit de son bouclier les endroits où ce pont s'entr'ouvrait sous les pieds des chevaux ; plusieurs fois il rapproclta les planche» disjointes; tantôt courbé, tantôt debout; tantôt avançant et tantôt reculant sur ses pas, il parvint, moi l'accompagnant, A passer avec nos montures. La nuit était sombre et couvrait la terre de ses ténèbres lorsque j’entrai dans la basilique de Saint- Faron. les religieux se préparaient encore A cette heure A faire une collation de charité ; c'était pour eux un jour solennel. Ils me reçurent comme un frère, m’adressèrent des paroles de bienveillance et m’offrirent un bon repas. »
Malheureusement pour nous, tticher n’entra pas dons Meaux dont il n’eiU pas manqué de nous faire une pittoresque description; le lendemain il quitta l'abbaye ; il avait hâte d'arriver A Chartres où il se rendait pour étudier un manuscrit des Aphorismes d’Hippocrate. Élève du célèbre Herbert, Kicher, comme tout le clergé instruit, ne partageait pas le préjugé populaire sur la fin prochaine du monde, annoncée pour l'an 1000. A quoi lui aurait-il servi d'apprendre l’art de prolonger la vie, à la veille de la destruction universelle de l’humanité?
Nous sommes arrivés à l'époque à laquelle la possession des richesses et l’organisation féodale éloignent le clergé de l’esprit d’égalité religieuse et de communauté patriarcale des temps primitifs Un écrivain ecclésiastique nous fait un triste tableau de l’état où était l'église de Meaux pendant le xi* siècle, a Les monastères dont Dieu s’était servi pour ranimer dans le clergé séculier les premières açmenecs de la religion, tombèrent bientôt eux-mémes dans le relAchement le plus effroyable et dons l’abandon ouvert de toutes les règles, je ne dis pas seulement du christianisme et de l’état monastique, mais de l'honneur même et de la bienséance. » Ni la sainteté de l'évéque Gilbert , ni la science de Gautier Sareyr, ne purent apporter de remède à un mal dont ils ne comprirent pas, sans doute, la véritable cause. L'évéque Gautier (1015-1082) d'ailleurs, homme de cour et grand seigneur, n'était pas disposé à ralentir le mouvement féodal. Ce prélat fit au contraire acte de souveraineté temporelle en battant monnaie, usage que ses successeurs suivirent jusqu'à la lin du xnr siècle. Lue circonstanre dut vraisemblablement contribuer à augmenter la réputation de savant dont jouit Gautier I"; nous voulons parler du voyage, fort extraordinaire pour l'époque, qu’il fit en I0V7, lorsque Henri I" l'envoya A Kief chercher Anne, tille de luroslaw, duc de ltussie. Du reste, nous avons un échantillon de la littérature de ce temps dans les œuvres de Fulcoius, sous-diacre de Meaux ; outre la vie de plusieurs saints, on y trouve des épitaphes, des épilres et même des épigranunes ,
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et dans ces morceaux, dont plusieurs sont remarquables, on voit percer, à travers la forme léonine , une certaine tradition antique qui déréle la lecture des bons auteurs latins.
Herbert, fils d’Herbert H, comte de Verraandois et d’Ilildebrante, fille de Robert-le-Kort, avait été seigneur de Meaux jusqu'il sa mort, arrivée en 993. Étienne, son fils, étant mort sans enfants, en 1019, Eudes 11 , comte de Blois, profita d'une parenté, assez éloignée déjà, qui le liait à la famille de Vermandois , pour s'emparer de la comté de Meaux qu'il réunit à la comté de Champagne. Pendant la guerre de Thibault IV contre le roi Louis-le-Gros, ce prince , accompagné de Robert H de Flandres, attaqua un jour le comte aux portes mêmes de Meaux, où il le contraignit de se réfugier à la hâte. Thibault échappa, mais le comte de Flandres, qui le poursuivait, tomba dans la Manie et s'y noya.
Le siège épiscopal de Meaux hit occupé vers la fin du xir siècle par le cardinal Pierre , homme distingué auquel le pape Alexandre 1 1 1 confia plusieurs importantes missions. Il l’envoya en qualité de légat, en 1173, contre les Vaudois; en 1177, pour rétablir la paix entre Henri II, roi d'Angleterre, et Richard, son fils; et enfin, en 1178, (mur prendre part à la prédication organisée contre les Albigeois et par laquelle on préludait à la déplorable croisade de 121 0. En 1179, l’évêque de Meaux Simon alla à Rome assister au troisième concile de Latran. La même année vil s'accomplir un acte de la plus haute importance. Le comte de Champagne , Henri I", surnommé le libéral , établit la commune de Meaux , du consentement de Marie, sa femme, et de son fils Henri. La charte comprend dans la commune Tril-le-Bardou et Charmentray, sauf les droits de l’évêque, et Chambry, Congy, Nanteuil, sans conditions. Ce code, aussi bon qu’on pouvait le faire à cette époque, soustrayait les Meldois à la judicature épiscopale et au bon plaisir des prévôts civils. l)om Toussaint Duplessis assure que cette nouvraulr ne plut pas à bien des gens. L’évêque de Chartres, revêtu par le pape de l'autorité nécessaire, excommunia le comte de Cliampagne; mais l’évêque de Meaux eut le bon esprit de comprendre que la liberté fait la base du christianisme ; il ne tint pas compte de la sentence. ta charte de commune fut plusieurs fois confirmée. Les effets de cette institution se font encore sentir aujourd’hui, et l'on peut remarquer que les habitants des trois derniers villages désignés dans la charte de 1 179 jouissent d'une aisance bien rare ailleurs.
L’expulsion générale des juifs, ordonnée par Philippe-Auguste, en 1182, s’accomplit à Meaux comme dans les autres villes; mais on sait que les embarras financiers dans lesquels se trouva le roi le décidèrent seize ans plus tard à rappeler les enfants d'Israël. Ils revinrent certainement dans la Brie , car le rensier de 1248 taxe leur cimetière à vingt-neuf deniers , et la maison du juif Robert, au faubourg de CliAge, à huit deniers; un acte de 1252 mentionne une maison située dans la Juiverie ; il existe encore un quartier de la ville qui porte ce nom. Enguerrand III de Coucy, qui devint plus tard (1162) vicomte de Meaux, avait établi une colonie de juifs dans sa terre de Condé-sur-Mame.
Outre un synode tenu , en 962, sur la Marne, in pi go Meldensi, deux conciles, où l'on ne s'occupa que de la déposition de quelques évêques, avaient été réunis à Meaux, en 1080 et en 1985, sous la présidence du légat du pape. En 1204, la
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cour dp Rome fit convoquer un autre concile à Meaux par son légat à l’occasion du jugement de la cour des pairs, qui ordoiuiait la conliscutiou de tous les domaines du roi Jean-sans-Terre au profit de Philippe-Auguste. La réunion prochaine de cette assemblée alarma Anseau, évéque de Meaux; craignant que le légat ne favorisât le roi d'Angleterre, il en appela au pape et partit même pour Rome, afin de soutenir personnellement son appel. Cette patriotique intervention porta ses fruits ; Innocent III excommunia Jean et voulut même le dépouiller de son royaume d’Angleterre.
Ceux d’entre nos lecteurs auxquels la topographie de Meaux est familière, ont dd remarquer que dans notre récit nous avous mentionné deux faits, l’arrivée de Kit lier à Saint-Façon et la mort de Robert de Flandres, qu'il est impossible de concilier avec la disposition actuelle des lieux. Ceci mérite une explication. Meaux était alors situé sur la rive gauche de la Marne, tandis qu’aujourd’hui la ville borde la rive droite de celte rivière. Jusqu'au xiu' siècle la Marne suivait son cours naturel vers le nord au pied de la chaîne de rochers que domine Crégv ; puis, parvenue à ce point , et toujours contrainte par la montagne, elle revenait au sud et longeait la ville vers le faubourg Saint-Remi. Une charte de 1235, du comte Thibault VI, nous apprend que le chapitre de Meaux se plaignait de ce que la forteresse et ses fossés, principalement ceux de Cornillon, faisaient . tort à leurs ccnsives et à leurs moulins, par suite de la division des eaux. La Marne avait été détournée et conduite au pied du château, qu’elle rendait presque imprenable, en traversant de l’est à l’ouest une portion de terrain assez basse et certainement habitée antérieurement, comme le prouvent les constructions dont les plongeurs ont reconnu l’existence nu fond du lit de la rivière.
Ce château des comtes de Champagne domine toute la ville de Meaux; reconstruit presque en totalité à diverses époques , il sert actuellement de prison. Mais on voit encore sur la muraille de l’est quelques ogives en applique, soutenues par des eolonnettes ornées de chapiteaux à crochets. Cette décoration du xili' siècle est absolument semblable à celle qui distingue les constructions souterraines de Provins. La Marne, en se précipitant dans son nouveau lit, abandonna son ancien cours. Les eaux qui descendent de la montagne de Crégj se sont divisées en deux ruisseaux, lesquels vont rejoindre la rivière. En un mot la ville, qui était avant le xiu' siècle située dans un grand segment limité par une courbe de la Marne, se trouve actuellement au nord de cette rivière et par conséquent en dehors de la Brie. O déplacement explique comment, lorsque, en 1622, on érigea le siège de Paris en archevêché, on put lui donner pour sulTragont l’évêché de Meaux, qui, par sa position, avait cessé d’appartenir à la province de Sens.
La guerre acharnée des papes contre les empereurs de la maison de Hohenslauffen eut du retentissement jusque dans la Brie. En I2'»0, Jacques, évêque de Paleslrine et légat du saint-siège, assembla a Meaux un concile dans le but de promulguer la sentence d’excommunication dont Grégoire l\ venait de frapper Frédéric IL, On ignore si l’évêque de Meaux, Pierre de Guis), fut du nombre des préhits qui tentèrent de se rendre à Rome pour y seconder le pape , et qui furent forcés par la flotte impériale de renoncer à celte entreprise.
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Ijt reine Jeanne de Navarre, femme de Philippe-le-Itel, morte en 1305, choisit pour exécuteur testamentaire l'évéque Simon Festu, à qui la tradition , consacrée par divers écrivains, attribue l'emploi d'une somme considérable à la construction de la cathédrale de Meaux. Cet édifice , commencé au xr siècle , sous Gautier tvaveyr, n'a pas dé être fort avancé à cette époque, car on n'en voit aucune indication dans l'édifice actuel, dont les parties les plus anciennes ne remontent pas au delà du xnr siècle. Il est évident qu'au xiv' on poussa fort activement les travaux de construction et que les portions les plus importantes de la cathédrale appartiennent par leur style et leur arrangement à cette époque élégante. Ce qui semble confirmer la tradition, c’est que l'on voit au grand portail les figures de Jeanne et de Philippe agenouillés et accompagnés de leurs deux patrons; puis, au-dessous, dans une scène du Jugement dernier, la reine, subie du roi, que des anges introduisent au séjour de félicité. I.a reconnaissance des Meldois absolvait le petit-fils de saint Louis des condamnations de Bonifnce VIII.
Dons le temps même où les rois et les prélats dotaient les couvents et les églises, un simple bourgeois de Meaux conçut l'idée de fonder un établissement d'utilité pratique. Jean Itose institua, en I35U, un hôpital pour vingt-cinq aveugles et dix pauvres enfants, et contenant en outre douze lits pour les vojageurs malheureux. Diverses donations vinrent dans la suite augmenter la prospérité de cette maison, qui était desservie par des religieux de l'ordre de Saint- Augustin.
Après la sanglante bataille de Poitiers, le dauphin Charles, pressé de tonies parts, se réfugia à Meaux, en 1357, avec la duchesse de Normandie, sa femme, Isalielle, fille du roi, la duchesse d'Orléaus et plus de trois cents dames et nobles demoiselles les avaient suivis, fuyant la Ja/gueric <lr llrauvoijtin. D'un autre côté les habitants de Paris, attachés au parti des Anglais , voulurent s'emparer de Meaux, et, appelés par le maire Jacques Soûlas, ils vinrent en grand nombre, sous le commandement d'un épicier nommé Pierre Gilles, pour se rendre maîtres de la ville. I,e Dauphin était parti depuis quelques jours pour aller à Sens d'où il devait se porter contre l’armée anglaise ; mais il avait laissé à Meaux le comte de Foix, le captai du Buch et le sire de Hangcsl, qui se retirèrent avec les dames dans le Grand Marché, lieu défendu de tous côtés par la rivière et formant comme une forteresse, lii ils eurent deux assauts à soutenir, l'un de la part des Parisiens réunis aux bourgeois de Meaux , l'autre des jacquier*, dont le nombre déliassait neuf mille. Ceux-ci, ayant pénétré librement dans la ville, se présentent à la porte du pont qui conduit au marché; mais le comte de Foix et le captai de Buch les repoussent vigoureusement , les précipitent dans la Marne ou les passent au fil de l'épée , « et en unirent tant qu'ils en estaient tous ennuyez, » dit Froissart ; c'est à peine si deux mille d'entre eux |>arvinrcnt à s'échapper. I.es bourgeois n’eurent pas un meilleur succès; la noblesse les défit, les poursuivit dans les rues ; le château et les maisons des chanoines furent incendiés : la cathédrale échappa à ce désastre. On décapita Jacques Soûlas et plusieurs habitants, d'autres furent pendus.
Le roi Jean venait souvent chasser à Germigny, prés Meaux , résidence qui appartenail à l'évêché; ce fnt là qu'en 1303 il donna le duché de Bourgogne nu quant. lu
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trième de scs (Ils, Philippe le Hardi. Tel fut le commencement de cette puissante famille, si funeste à la France.
En 1374, Robert de Juilly, seigneur de Clayc et grand prieur de France, fut élu grand maître de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem. Ce chevalier, dont tous les historiens altèrent le nom , était originaire des environs de Meaux ; il mourut en 1 37(5 à Rhodes, où l’on voit encore son tombeau dont les Turcs ont fait une fontaine. D’autres personnages de la Brie occupèrent un rang distingué dans les ordres militaires : Renaud et Nicolas de Giréme lurent chevaliers de Rhodes et grands prieurs de France en 1393 et en 1460; un de leurs parents, Robert de Giréme, fut évêque de Meaux, et, sous son épiscopat, un membre de la même famille prit part à la défense de cette ville.
Les habitants refusaient de reconnaître l’autorité d’Henri V, roi d’Angleterre ; ils faisaient même des sorties, allant menacer, jusque sous les murs de Paris, le prince anglais, qui résolut de se venger. Il s’avança donc vers Meaux à la tête d’une armée considérable, et le 5 octobre 1420 il établit son quartier général au eliAtenu de Rutel; le lendemain il vint ramper à Saint-Faron ; le duc d’Exeter, le comte de la Marche et le comte de Warwick prirent position à ChAge, aux Cordeliers et à l’extrémité du faubourg Saint-Nicolas, c’est-à-dire au nord et à l’est de la ville. La place était défendue par le bâtard de Wauru , commnndant en chef, le grand bailli Louis Gast, le gouverneur Perron de I.nppel, Sinador de Giréme, Gnirhard de Glissé, Philippe Mallet, Jean d’Aunay, Bernard de.Meurville et Jean de l’Espinasse, A la tête d’environ mille combattants d’élite, sans compter les bourgeois, qui tous avaient pris les armes. Parmi eux se trouvait un religieux de Saint-Denis, Philippe de Roubaut dcGamachcs, d’une illustre famille de Picardie, et dont le frère, Guillaume de Gamaches, défendait en ce moment la ville de Compïègne contre l’ennemi de la France. Les habitants de Meaux soutinrent le siège pendant cinq mois , sans laisser prendre aux Anglais le moindre avantage ; A la fin, cependant, ils manquèrent de vivres. Au commencement de mars, le sire d’OITemont tenta d’introduire dans la place quelques provisions. Comme il montait à l’échelle pour franchir les murailles, A la faveur de la nuit, un soldat qui le précédait laissa tomber sur sa tête un sac de luirengs qui le précipita dans le fossé; au cri que poussèrent ses compagnons, dans leur surprise, les sentinelles anglaises arrivèrent, et le sire d’Otleinont fut fait prisonnier. Les assiégés, n’espérant plus de secours, abandonnèrent enfin la ville et se retranchèrent dans le marché. IA, ils se défendirent encore pendant deux mois, puis finirent par se rendre à discrétion. Louis Gast fut conduit A Paris et eut la tête tranchée aux halles. Sept ou huit cents personnes moururent dans les prisons, de faim ou de misère. L’évêque de Meaux fut emmené à Londres; quant à Philippe de Gamaches, qui avait été élu abbé de Saint-Faron, il devint le prix de la ville de Compïègne, qui d’ailleurs ne pouvait plus tenir contre les forces anglaises. Le bâtard de Wauru fut pendu, et nous devons reproduire ici le trait d’étrange cruauté dont le Journal de Charles 17 arcuse ce capitaine.
On rapporte qu’ayant un jour capturé un jeune paysan des environs de Meaux, et n’en obtenant pas assez promptement la somme d’argent qu’il exigeait, il le lit pendre- A lin arbre. La femme du paysan étant venue, trop tard, apporter sa
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rançon , fut attachée demi-nue au même arbre , dont les branches supportaient une centaine de cadavres. L’infortunée était enceinte ; elle accoucha dans celle horrible situation , sans que personne osât la secourir, et les loups vinrent la dévorer ainsi que l'enfant qu’elle mettait au monde. Cette histoire, dans laquelle nous entrevoyons le commentaire exagéré d’un de ces traits barbares , malheureusement très-communs au moyen âge, eut une immense célébrité. Quoi qu’il en soit, le bâtard était coupable, aux yeux du roi d'Angleterre , d’avoir défendu la ville; il fut accroché à l’arbre, ainsi que son cousin Denis de Wauru.
Meaux demeura di\-sept ans au pouvoir des Anglais; ils Cirent élire un évêque à leur dévotion, Paquier de Vaux, qui devint plus tard chancelier d’Henri VI. Pendant l’occupation étrangère, la ville, ruinée par le siège, eut beaucoup â souffrir; les mœurs s’étaient tellement corrompues que , suivant dom Toussaint Duplessis , « à peine une honnête tille osait-elle mettre le pied dans le cloître des chanoines. » Enfin le 11 août l'»38, le connétable de ltichemont prit la ville d’assaut. Jean Talbot accourut de Normandie pour secourir ses compatriotes , et six cents Anglais parvinrent i se maintenir dans le marché jusqu'au 1 A septembre, qu’ils capitulèrent. L’année suivante, ils se rendirent encore maîtres de la ville; mais le connétable les en chassa une seconde fois, le G septembre. Au siège de 1120, les Anglais s’étaient servis, pour attaquer Meaux, de grosses bombardes de fer forgé, à l'aide desquelles on lançait des boulets de pierre. Le connétable de Kichemont lit usage de machines de la même espèce, avec lesquelles il battit deux tours en brèche. Quelques unes de ces pièces, conservées è Meaux pendant quatre siècles, ont été apportées récemment au Musée d’artillerie. A la suite des Anglais, vinrent les bourguignons, qui ravagèrent le pays et incendièrent les archives de l'abbaye de Jouarre, après avoir dispersé les religieuses. Pendant la dernière moitié du xv* siècle, l'histoire de Meaux ne se compose que du récit, très-peu intéressant, des luttes du clergé régulier contre l'autorité épiscopale, et des vaines réformes que celui-ci tentait d’opérer dans l’organisation des couvents. Ces conflits incessants peuvent être comparés aux craquements précurseurs d’un édilice prêt à s’écrouler. Il se préparait, en effet, un grand mouvement dans l’Église , et l’on va voir que Meaux y prit une part importante. Le diocèse de Meaux est le premier, en France, qui ait donné asile aux réformateurs. Ce fut sous l'épiscopat de (iuillaume Briçonnct, prélat instruit et zélé, que quelques étrangers distingués dans les lettres vinrent apporter dans la Brie, avec le goût des études classiques et bibliques , les premiers germes de la doctrine que Zwingle et Luther propageaient en Allemagne. Le célèbre Guillaume Farel, Jacques Fabri, Arnaud et Gérard Roussel séduisirent, par leur érudition, l'évêque de Meaux ; il leur donna des charges dans son église , et il n’en fallut pas davantage pour le faire accuser d'hérésie. Il est vrai que, tout en protestant contre les innovations des réformés, il voulait forcer les curés à la résidence, et qu'il gémissait de l’état religieux de son diocèse, où « il ne se trouvait pas quatorze prêtres en état d'enseigner. »
En 1521 , Clément VII ayant accordé des indulgences â toute la chrétienté, à la condition d'un jeûne de trois jours , quelques Meldois déchirèrent les affiches placardées à cette occasion, et en exposèrent d'autres dans lesquelles ils déela-
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raient que le pape était l’antechrist. On les saisit, et, un arrêt du parlement les condamna à être fouettés publiquement, à Paris, trois jours de suite, par la main du boum'au ; après cette exécution on les renvoya à Meaux , où ils furent de nouveau fustigés puis marqués d'un fer chaud et chassés hors du royaume. I.’un d'eux , Jean Le Clerc, se retira à Metz où, ayant brisé quelques images, il fut condamné à mort; il eut le poing coupé, le nez arraché, les bras, les cuisses et la poitrine tenaillés; enfin, il fut brûlé à petit feu. Ce fut le premier martyr protestant de France. Deux ecclésiastiques de Meaux, Mathieu Saulnier et Jacques Pouvant, accusés d'hérésie, furent conduits à Paris , et là le dernier fut brûlé en place de Grève.
A res malheurs d'autres non moins terribles étaient venus se joindre. De 1921 à 1525, la peste ravagea Meaux et ses environs. Nous ne savons si ce fut pour conjurer le (lénu que Guillaume Briçonnct fit brûler vifs Drnys de Itieux et Philippe Papillon, chanoine de la cathédrale. Vingt ans après, Charles-IJuint parut, à la tète de son armée, près des bords de l'Ourrq : pendant le mois de septembre 15’ii, quelques Impériaux s'avancèrent même jusqu'à La Ferlé -sous- Jouarre. Les habitants de Meaux abandonnèrent leur ville, mais leur terreur ne fut pas de longue durée; quelques jours plus tard la paix était faite.
Comme on le pense bien, les rigueurs excessives de l'oflicialité n'avaient fait qu'enflammer le zèle des réformés; aussi, malgré les auto-da-fé, s'étaient-ils considérablement accrus. En 1516 on se saisit de quarante hommes et de dixneuf femmes qui furent condamné-s, par acte du parlement en date du à octobre, quatorze d'entre eux à mort, d'autres à faire amende honorable, en chemise et la torche au poing, quelques-uns au bannissement et au fouet. Les quatorze condamnés, en tête desquels figuraient Pierre Le Clerc et Étienne Mangin que l'on traîna sur une claie nu lieu du supplice, furent brûlés nu Grand-Marché, après avoir subi la question extraordinaire. Un enfant fut pendu par les aisselles et fouetté par le bourreau. La maison de Mangin fut rasée. L'arrêt du parlement parut encore trop doux, et les exécuteurs reçurent l'ordre de couper la langue à huit de ces protestants, sous prétexte qu'ils ne s 'étaient point confessés. L'évêque Jean de Buz, qui avait accusé ces réformés d'idolâtrie, fit brûler sur le Pré-des- Mortiers, le 22 mars I5U, le nommé Mallé, convaincu de sorcellerie. Du reste, ce prélat, fort déréglé dans ses mœurs, mourut bientôt après d'une façon qu’on nous saura gré de ne pas rapporter.
Le frère de l'amiral Coliguv et du cardinal de Chdtillon, d'Andelot, colonel de l'infanterie française, était , en 1558, au château de Montreaux, près de Meaux, où la cour d’Henri II résidait alors. Interrogé par le roi au sujet de la religion catholique, il fit une réponse un peu brusque. Henri, transporté de colère, saisit une lance et voulut en frapper d'Andelot qui esquiva le coup, tandis que le Dauphin fut blessé. Le colonel fut envoyé en prison à Meaux, sous la conduite de Jean Babou de La Bouilaisière. Charles IX ayant, nu mois de janvier 1562, permis aux protestants le libre exercice de leur culte , le prince de Coudé célébra la cène à Meaux avec Coligny, d'Andelot et le vicomte de Hohnn; les huguenots construisirent un temple au faubourg Cornillon. Pendant plusieurs années on les vit détruire les chapelles, dépouiller les églises, chasser les prêtres catholiques;
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mais, au milieu de leurs excès, ils ne versèrent pas de sang. Les catholiques s'en prenaient de préférence au\ personnes. En 1563 un grand nombre de calvinistes assiégés dans le château de Signets s étaient rendus À la condition qu'ils auraient la vie sauve; on ne leur tint point parole; amenés à Meaux, ils y furent étranglés ainsi que l'échevin Jean Cavilier.
I.e coup de main que tentèrent les calvinistes en 15G7 est devenu célèbre. Charles IX était au château de Monteeaux, où il se préparait à tenir un chapitre général de l'ordre de Saint-Michel; le prince de Coudé et l'amiral résolurent de s'emparer de sa personne ; mais le maréchal de Montmorency amena à temps six mille Suisses, et le roi, après avoir passé une journée à Meaux, se retira vers Paris, marchant avec toute la cour au centre d'un carré que la cavalerie du prince harcela pendant la route sans pouvoir le rompre.
En 137*2, Charlotte de Bourbon, fille de Louis II, duc de Monipensier, abbesse de Jouarre, abandonna son couvent, et, suivie de quelques religieuses, elle se retira chez l'électeur palatin ; toutes abjurèrent la religion catholique. Charlotte de Bourbon s'étant rendue à Brielle y épousa (iuillaume de Nassau, prince d'Orange et stathouder de Hollande.
On pourrait croire que la fuite de l'abbesse de Jouarre et de ses religieuses fut motivée par le soupçon de persécutions nouvelles contre les calvinistes ; dans ce cas l'événement aurait justifié sa conduite : ce fut en effet quelques mois après que s’accomplirent les massacres de la Saint-Barthélémy. Meaux eut extrêmement à souffrir; des rues entières furent dépeuplées. Le lieutenant général du bailliage Cossct et son sergent Denys Rolland se mirent à la tète des meurtriers. Dès le 2'v août, on remplit les prisons de calvinistes; le lendemain on fit main basse sur les femmes de quelques-uns d’entre eux qui avaient pu s'enfuir; elle furent violées et l'on en poignarda vingt-cinq. Jean Maciet , procureur au bailliage, fut mis en pièces dans la rue. Le 26 , la populace se porte aux prisons ; là on appelait par leur nom les calvinistes qui y étaient renfermés, et à mesure qu'ils sortaient, ils étaient assommés à coups de leviers ou passés au fil de l'épée. On en égorgea ainsi environ quatre-vingts, parmi lesquels se trouvaient Nicolas Ozannc , élu , et le greffier Nicolas Maciet , ainsi qu'un grand nombre de bourgeois. Quelques années plus tard de nouveaux troubles désolèrent la ville; les chanoines prêchèrent la ligue en février 1577. Cette innovation répondant au besoin de mouvement qui tourmentait les esprits fut accueillie favorablement, et puis c’était un prétexte pour les processions de pénitents et les exécutions, genre de spectacle très-recherché de tous. Scipion de Meaux, seigneur de la Ramée, fut saisi les armes à la main au moment où il enrôlait force gens pour s'emparer de la ville. Il fut décapité le 22 juin 1580 devant l’église cathédrale, « au même lieu et du même glaive choisis pour l’exécution de son père, dixhuit ans auparavant. »
En 1585, le duc de Guise et le cardinal son frère vinrent intriguer auprès des habitants de Meaux pour obtenir d’eux qu’ils embrassassent leur parti , ou du moins qu’ils s'engageassent à refuser une garnison royale ; la ville , par une espèce de transaction , se maintint neutre assez longtemps. En 1587, Henri III y reçut le dur de Guise. A la nouvelle de la mort de ce dernier prince et du cardinal son
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frère, les Meldois célébrèrent un service funèbre en leur honneur et se déclarèrent pour le duc de Mayenne , contre le roi. Ils reçurent alors pour gouverneur le sieur de Villarceaux. Ou apprit le 20 mai 1580, que les troupes royalistes commandées par La Noue, Longueville et autres venaient assiéger Meaux. D’abord elles s'emparèrent du faubourg Saint- Remi et de son église, d’où elles tirèrent force coups d’arquebuse contre la ville, mais on leur répondait du haut des tours. Le lendemain le Marché fut pris par les royalistes, qui, après avoir remonté la Marne depuis Mareuil, forcèrent la barricade élevée au bord de la rivière par le chevalier de Thury. Celui-ci fut contraint de se retirer vers la ville. Pendant qu'il tenait tète aux assiégeants , on tirait de tous côtés sur le,s remparts. La Neuville somma les habitants de se rendre. Le sieur de Villarceaux demanda trois jours pour en conférer avec ceux de Paris, délai qui lui fut refusé. Alors on tint conseil, et le chevalier de Thury menaça de faire jeter dans les fossés quiconque parlerait de capitulation. On résista donc, et quelques jours après, les troupes royales, craignant l'arrivée de Mayenne, levèrent le siège et s'éloignèrent.
La ville persévérant dans son engouement pour la Ligue , proclama , après la mort de Henri III, le cardinal de Bourbon et refusa l'entrée aux troupes du roi de Navarre. Le L'août 1590, le duc de Mayenne prit la Ferté-sous-Jouarre après avoir tué une trentaine d'hommes qui défendaient le château et pendu le capitaine i une fenêtre, puis il vint établir a Meaux son quartier général ; c'est en ce lieu qu'il fut rejoint , vers la fin du même mois, |Kir le prince de Parme à qui la garnison, le clergé et le corps de ville rendirent des honneurs royaux. Au mois de septembre de la môme année, le duc d'Aumale imposa aux gens de Meaux le sieur de Rentigny comme gouv erneur ; et ce fut quelques jours après que la garde wallonne du cardinal Caïetan pilla le faubourg Saint-Nicolas et brûla le prieuré de Sainte-Céline.
Pendant quatre années les ligueurs de Meaux livrèrent des combats continuels aux troupes royales cantonnées dans les châteaux des environs ; les coups de main, les assauts, les engagements de troupes, se succédèrent sans relâche; enfin, le 12 décembre 1593, Vitry, qui commandait Meaux, étant allé trouver Henri à Mantes, convint de lui rendre la ville , et l’assemblée convoquée à l'hôtel de ville le jour de Noël, approuva cette résolution. On écrivit à Mayenne pour lui faire savoir que l'on abandonnait son parti. Le duc déchira avec les dents, dit-on, les lettres des bourgeois de Meaux. Le dernier jour de décembre, les échèv ins, accompagnés d'une vingtaine de notables, allèrent trouver Henri IV à Damraartin. Le lendemain, 1°' janvier 1594, le roi se présentai cinq heures du soir au faubourg Saint-Nicolas ; trois cents habitants de Meaux allèrent à sa rencontre ; Bertrand Grandin , président au siège présidial , lui adressa une harangue qu'Henri écouta attentivement et à laquelle il répondit : « Vous avez été ci-devant abusez par mes ennemis sous prétexte de religion ; mais vous avez bien conuu qu'il y a de l’ambition et qu'ils n'ont d’autre but que de mettre mon roiaume aux mains de l'étranger. Vous vous en êtes retirez des premiers , et pour cette cause je vous veux non seulement maintenir et conserver en vos privilèges anciens , mais je veux vous les augmenter. » Alors, s'avan-
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çant vers la porte de Meaux , il la franchit avec son cortège , puis il alla , au bruif de l’artillerie et au milieu d'une foule immense, jusqu'à la cathédrale où le clergé l'attendait, l'ne belle porte, en forme d'arc de triomphe, avait été construite à l'entrée de la ville pour rappeler ce souvenir ; elle a été détruite il y a une dizaine d'années , sous prétexte d'utilité publique.
Henri IV venait souvent au château de Montceaux , qu'il avait fait reconstruire pour fiabrielle d'Estrées , marquise de Montceaux et dame de Meaux ; on voit encore dans le parc de cette résidence royale une allée en pente rapide que le roi lit parcourir à grands pas au duc de Mayenne le 31 décembre 1395. Malgré la saison, le duc, qui était fort gras, ne put supporter cet exercice, et il Unit par avouer qu’il n'en pouvait plus « Mon cousin, » lui dit Henri IV, a je vous jure que voilà tout le mal que je vous ferai pour celui que vous m'avez fait lorsque vous étiez chef de la Ligue. » Le duc, rassuré par ces paroles, et considérant qu'il n'y avait pas grand avantage à lutter contre un capitaine qui marchait si bien , se milia dès ce moment tout à fail au roi , qu'il servit depuis avec fidélité.
lorsque l'avénement d'Henri IV eut donné une forte unité au gouvernement, les villes des environs de Paris disparurent du théâtre politique, et Meaux , plus que toute autre, peut-être. La Ligue y avait régné souverainement, la Fronde n’y produisit aucune sensation. Pendant la première moitié du xvn* siècle, on semble n’avoir eu d’autres préoccupations que de fonder des maisons religieuses qui se multiplièrent , tant dans la ville ipi’aux environs, d'une manière incroyable. La reine Anne d’Autriche vint faire un pèlerinage à Saint-Fiacre , petit village où les femmes vont demander à Dieu d'être fécondes, et c’est à l'accomplissement de ce devoir religieux qu'elle attribuait la naissance de Louis XIV.
En 1681 , l'évêché de Meaux fut donné à llossuet. Quoique l'éloquent prélat n'ait pas toujours fait sa résidence dans son diocèse , il est intéressant de savoir comment il l'administra, llossuet commença par poursuivre l’abbesse de Faremoutier, qui lui refusait le droit de visite ecclésiastique; puis, après avoir eu gain de cause , il tourna son zèle contre les calv inistes. Ceux-ci, qui , comme on se le rappelle, avaient tenté leurs premiers établissements dans le diocèse de Meaux, venaient d'v tenir un synode très-important par sa durée et l'affluence de docteurs : cette assemblée devait être la dernière où il leur serait permis de discuter publiquement leurs intérêts. L'évêque de Meaux s'occupait à opérer force conversions ; il fut puissamment secondé dans ses travaux apostoliques par le roi l-ouis XIV. Après la révocation de l'édit de Nantes, en octobre 1683, Bossuet , en moins de deux mois , obtint plus de neuf cents abjurations dans sa ville épiscopale. L'illustre orateur s'en prit ensuite aux doctrines des quiétistes. Sa lutte avec Fénelon est trop connue pour qu'il soit nécessaire d'en raconter les circonstances; puis vint le tour des jansénistes, puis celui de i'abbesse de Jouarre, qui prétendait rester complètement indépendante de la juridiction épiscopale. Henriette de Lorraine invoquait, en sa faveur, des précédents nombreux et anciens; mais Bossuet porta l'affaire devant le parlement, qui lui donna raison. Néanmoins, lorsqu'il se présenta devant t'abbaye, l’entrée lui fut refusée, et l'évêque, pour se faire ouvrir les portes , dut attendre un nouvel arrêt du parlement. Le 2 mars 1692, il vient, accompagné du lieutenant général de Meaux et