SAINT-DIZIER
A peine ces troupes, commandées par le comte de Sanccrre et parle capitaine Lalande, eurent-elles le temps de s'introduire dans la ville : le 8 juillet elle était déjà investie par l'armée impériale , que les annalistes contemporains portent à cent mille hommes, l ue foule de capitaiues illustres, sous les ordres de Gonzague, dirigèrent les opérations du siège.
An bout de trois jours, les murailles, battues par une nombreuse artillerie, présentèrent une brèche praticable, l-es Espagnols, les Allemands, les Italiens, les Itelges, s’y précipitèrent tour à tour: c'étaient des assauts qui commençaient le matin et qui se prolongeaient jusqu'à la nuit ; le jeune prince Renaud d'Orange , atteint à l'épaule par un boulet, tomba mortellement blessé dans une de res attaques ; d'autres capitaines de l’armée impériale eurent le même sort. Du rété des assiégés, Lalande périt aussi frappé par un boulet. Après la mort de ce capitaine, tous les efforts des ennemis échouèrent encore, pendant un mois, contre le courage des habitants ; Charies-Quint ne dut même la prise de Saint-Dizier qu'à une ruse à laquelle le comte de Sanccrre se laissa prendre. L’empereur lui fit parvenir une lettre qui, habilement contrefaite et revêtue du sceau de lu maison de Lorraine, paraissait écrite par le duc de Guise sous la dictée du roi. Ce sceau était véritable, Charlcs-Quint l'ayant transporté d'une pièce authentique sur la lettre supposée. La fausse missive intimait au comte de Sancerre l'ordre de rendre la place ; ce seigneur promit de la livrer à l'empereur si elle n'était pas prochainement secourue. A l'expiration d'un délai de huit jours il en sortit en effet, suivi de sa brnve garnison et avec tous les honneurs de lu guerre. L'héroïque défense de Saint-Dizier ne contribua pas peu à sauver le royaume du péril d'une si terrible invasion ; aussi le parlement la lit-il célébrer à Paris, où l'on chanta un Te Deum en action de grâces dans l'église de Notre-Dame. I.orsque la paix de Crespy eut rendu cette ville à la France, le roi lit relever ses fortifications.
Depuis la réunion de Saint-Dizier au domaine de la couronne, Louis Xi en avait gratifié Guillaume, petit-fils de Jean de Vcrgy ; mais celui-ci, après sept années de jouissance, s'était vu retirer la concession royale. Plus tard, la ville fut donnée en douaire à Marie-Stuart, qui prit quelquefois le titre de Dame de Saint-Dizier. Pendant les guerres de religion, les Guises l’occupèrent, de 1585 à 1591 ; Claude de Lorraine la remit à Henri IV, qui la visita en HS03.
Près de deux siècles de repos suivirent ces événements. En 1775, un violent incendie dévora plus de deux cents maisons à Saint-Dizier ; l'église de Notre-Dame, fondée au xif siècle par Guy II de Dampicrre, et tous les édifices publics furent enveloppés dans cette destruction. M. de Juigné, évêque de Chàlons, donna aux incendiés d'éclatants témoignages de sa générosité, et les habitants de Vitry-le- Frnnçais leur envoyèrent des secours considérables en pain et en vêtements. Bientôt Saint-Dizier sortit de ses ruines plus régulièrement bâti et avec une physionomie toute nouvelle ; des temps passés, il n’a conservé que des souvenirs. Les opérations militaires des souverains coalisés contre Napoléon devaient d'ailleurs ajouter une dernière page à cette histoire. O fut à quelque distance de Saint- Dizier que le général Duhesmc, par un glorieux combat livré le 27 janvier, ouvrit la campagne de 181V Le 2.‘t mars suivant, Napoléon entrait dans la ville: il y reçut la nouvelle de la rupture des conférences du congrès deChdtillon; enfin,
CHAMPAGNE
après avoir fatalement hésité cinq jours, il en partît le 28 pour courir au secours de Paris. L'empereur avait trop tardé, lui qui connaissait si bien le priv du temps ; quand il arriva à Fontainebleau la capitale de la F rance était au pouvoir des alliés
Les fortifications de Saint-Diiier ont complètement disparu ; il reste quelques traces de son ancien château. Sur l'emplacement occupé autrefois par l'une des tours les plus considérables de la ville, s'élève aujourd'hui la belle promenade du Fort- Carre, la population de Saint-Dizier égale presque celle de Lang res et surpasse celles de Chaumont et de Vassy, les trois chefs-lieux de la Haute-Marne ; on y compte plus de 6, WM) habitants , qui font avec Paris un commerce considérable en fer et en bols de construction. Le pays abonde en forèls et en minerai, les deux principaux éléments de la richesse métallurgique. Près de la ville sont les belles forges de Clos- Mortier et de Murneval, l'une établie sous Charles IX, l'autre sous - Henri IV. Le port est situé dans le faubourg de La Noue, à l'endroit où la Marne devient navigable. Il y a un tribunal de commerce à 8aint-I)izicr. Ses armes étaient: une tour crénelée, posée sur une nef, avec cette devise: regnum sustinent.
Quelques hommes distingués ont reçu le jour à Saint-Dizier. Nous citerons Dont Gabriel lluynot, de la congrégation de Saint-Maur, le continuateur de Y Argenis, de Barclay ; Pierre i\avier, auteur d'un traité estimé sur les contre-poisons; et le maitre des forges Pierre Grignon , correspondant de l’Institut. '