‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 34 sur 128 · TONNERRE · texte numérisé non relu

TONNERRE

Tonnerre, comme l'indique, du reste, suffisamment sa situation élevée sur les flancs d'une montagne, est une ville d'origine toute gauloise; mais on n'a sur son existence , dans les temps antérieurs à la conquête de Jules César et même pen • (tant la domination romaine, nucun renseignement assez positif pour entrera ce sujet dans le moindre détail. On sait seulement qu’à cette dernière époque elle était traversée par une grande voie publique , qui en faisait un point central de communication entre Sens, Alise et Langres; elle donnait son nom, comme cheflieu d'un pagus, à un territoire considérable, et les Romains avaient construit, à

!. Commentaires de César. — Ammien Mareellm — Gdllia christmna. — Histoire ecclésiastique de l'abbé Fleury. — Leheuf, Recueil de divers écrits pour servir à l'histoire de France. — Art de vérifier les dates. — Ordonnance* des rois de France. — Augustin Thierry , Lettres sur l'histoire de France. — HesReln, Di tionnaire universel. — Théodore Tarbé , Rechercha historiques sur la ville de Sens et ses environs. — Mifhaud , Biographie universelle.

118 CHAMPAGNE

une distance de trois lieues, un camp sur la rivière d'Armançon, près de la route militaire. Le nom sous lequel Tonnerre se trouve désigné dans Grégoire de Tours est Caslrum Tornodori; les Capitulaires l'appellent Vatjus Tornutrensis; enfin, Aldrevaldc, moine de Fleuri, qui écrivait au ix’ siècle, dit que le château de Tonnerre était en Itourgogne : Caslrum in lluryundiœ parti b us , super Jluvium Hcrwensionem , et que toute la région d’alentour en tirait son nom : à Tumodoro vii ina reyio Tornodorensis dicitur.

On ignore en quelle année et par quel apôtre le christianisme fut introduit dans le Tonnerrois. Hilarius, patrice ou gouverneur de la province, reçut dans le château de Tonnerre , au commencement du v* siècle , la visite de suint Germain d’Auxerre et de saint Loup de Troyes. Bientôt, les maisons religieuses se multiplièrent dans le pays, quoiqu'il fût limitrophe des marches de Bourgogne, et exposé à de fréquentes invasions. Aussi le bourg et le château changèi'entils plus d’une fois de maître, pendant les querelles incessantes des enfants de Chlodn ig. Compris dans le royaume de Bourgogne , ils furent ensuite soumis li Clotaire II. Dès le vu f siècle, cependant, le Vutjus Turnolrensis , sous le rapport ecclésiastique , constituait un des six archidiaconés du diocèse de I .angles. Louis-Ic-Débonnaire donna le château à fiel ton, évêque de cette ville, par acte daté d’Aix-la-Chapelle, l'an 81V. Ce diplôme, cité dans le Gallia Christian a, poite : Caslrum Tornolrense, capul ridelicel comilalüt. Le Tonnerrois était donc érigé en comté, au ix' siècle. Les deux premiers titulaires connus sont saint Guéry, mort archevêque de Sens en 708, et saint Ebbon, son neveu, qui, s’étant retiré du monde comme son oncle, remplit le même siège que lui, et décéda le 27 août 750. Une longue lacune règne, après eux , dans la succession des comtes de Tonnerre : elle ne finit qu’au milieu du xc siècle. En 954, Hugues, duc de France, donna ce tief à un seigneur nommé Miles ou Mi- Ion, dans la famille duquel le comté resta jusqu'à Hugues-Renaud, qui, s'étant voué à l'église, en transmit, l'an 1065, la possession à son purent Guillaume I", comte de Nevcrs.

En 1174, Guy II, de la maison de Nevers, accorda une charte d'affranchissement à ses vassaux. Le servage pesait, avant lui, sur toute l’étendue du comté de Tonnerre; dans la ville même, il n’y avait qu’un très-petit nombre d’hommes libres. Outre les sujétions de la taille et de la main-morte, les Tonnerrois devaient le service militaire à leur seigneur; ils étaient, au civil, régis par des lois fort dures. Ainsi, tout héritage collatéral leur échappait; tout habitant qui avait quitté la ville perdait le bien de son père. Bref, le comte était l’administrateur unique, le dispensateur suprême du domaine public; il avait pour officiers de justice un sénéchal et un prévôt. Guy H substitua à la taille une dime prélevée sur tous les nuits de la terre, plus un impêt de cinq sols par chaque faîtage de maison. Il établit pour les simples délits un taux uniforme d’amende, réservant son jugement et sa volonté quant à la punition des crimes, tels que le vol, le rapt , le viol et l’homicide. La condition des juifs fut également déterminée sur des bases plus stables, et il les imposa de vingt sols en sus des autres habitants. Cette charte, mise sous la protection des évêques de Langrcs , d’Auxerre et de Noyon , qui s’en étaient rendus garants, fut successivement confirmée par tous

Page 1