‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 35 sur 128 · TONNERRE · texte numérisé non relu

TONNERRE

les successeurs rie Guy II , depuis Guillaume V, son lils, jusqu’à Marguerite de Bourgogne , et son mari Charles d'Anjou, roi de Naples et de Sicile (1180-1281;. La charte de Tonnerre fut limitée par Pierre de Courtenay, quant aux franchises commerciales; mais il l’étendit beaucoup sur plus d’un autre point. Eudes de Bourgogne et sa femme Mnhaut renoncèrent à la petite dlme sur le croit du bétail; ils autorisèrent les bourgeois à élire six échevins, chargés de la défense* et de la conservation des libertés municipales Du temps de Mathilde , les affaires civiles ressortissaient au siège d’un bailli, dont la création remontait à l’an 1211 ; les crimes et délits étaient jugés par un prévoit institué la première année même du xii* siècle. Le sénéchal datait de 1 170 ou 1171. En 1212, on trouve un garriescel; en 1220, une école publique, dirigée par un nommé Richard, magisler tcolæ Tornoihrensis; en 1361 , un lieutenant-général de bailliage.

L’hôpital actuel de Tonnerre a été fondé en 1293, sous l’invocation de Piolre- Dame de Fontenille, par Marguerite de Bourgogne, lorsque, après la mort de Charles d'Anjou, elle vint habiter la capitale de son fief. Le souvenir de ses bienfaits est encore gravé dans le rœur de tous les habitants. On voit dans l'église de Saint-Pierre, devant le maître-autel , son tombeau décoré d'une statue de marbre blanc, érigé en 1826 pour remplacer l’ancien monument de. bronze qu’on lui avait élevé, et qui fut renversé pendant la tourmente révolutionnaire*.

Du comte Jean III, petit-fils de Guillaume de Chàlon, neveu de Marguerite de Bourgogne, jusqu’à François-Joseph de Clermont’, qui vendit, en 1684, 1e comté de Tonnerre à Michel-François Le Tellier, marquis de Louvois, ministre de Louis XIV, et de ce dernier titulaire jusqu'à nos jours, l'histoire politique de la ville et du comté peut sans inconvénient se résumer en quelques lignes En 1339, Édouard III d'Angleterre, venant de Reims, d’où il avait été repoussé, se présente devant Tonnerre : il s’empare de la cité basse; puis, ayant échoué dans toutes ses attaques contre le château où commandait Baudouin d'Henncquin , maître des arbalétriers, il met, avant de battre en retraite, le feu à la ville. L'incendie consume les maisons, les églises, et n'épargne que l'hôpital. En 1414 , Louis II de Chàlons appelle à son aide le duc d’Orléans contre le duc de Bourgogne, son suzerain. Les troupes de Jean-sans-Peur pénètrent aussitôt dans le Tonnerrois; la ville est saccagée, brûlée, et le château démoli. Ni ce château, ni la cité qui l'entourait, ni le bourg Saint-Michel, fondé par le comte Milon et Guy son fils, n’ont été rebâtis depuis cetle catastrophe.

En 1472, le comte de Roucy, fils du connétable de Saint-Pol, frappe sur les bourgeois, au nom de Charlcs-le-Téméraire, une contribution de trois mille huit cents écus d'or. François l", étant à Tonnerre avec toute sa cour, accorde , en 1542, dans la grande salle de l'hôpital, une audience à l'ambassadeur de Gharles-Quint , venu pour lui déclarer la guerre. I-a ville est de nouveau

t. On complaît quatre hôpitaux à Tonnerre ..vers la lin du xn« siècle ; Ilôt). Sur ce nombre, il en riait deux, Y Hôtel-Dieu, pour les pèlerins, el la Maladrerie ou Léproserie , qui avaient été établis par les habitants. Les deux autres étaient Saint- Antoine, le premier en date, et le Saint- Esprit , pour les vieillards. Tous les quatre ont été détruits.

t. Le comté de Tonnerre était passé dans cette famille par le mariage d'Anne de Husson, sœur de Claude dcHusson, arrière-petit-fils de Marguerite de Cliftlon, avec le vicomte de Clermont en Viennois, rhamMIun de Louis XII.

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la proie des flammes en 1356. A ce sinistre, œuvre de la malveillance, et dont on accuse la duchesse de Crussol , succèdent les dissensions civiles et les horreurs de la peste ( 1570). A peine sortie de ses ruines, la commune est forcée de payer cinq mille livres au prince de Condé pour se racheter du pillage ( 1368). Elle ne recule pas cependant devant les dépenses nécessaires à la fondation d'un collège, et assure un traitement au recteur et au principal (1571). Les habitants de Tonnerre, quoique zélés catholiques, demeurent d'ailleurs complètement étrangers 4 toutes les manœuvres de la I.igue : ils se contentent d'énumérer leurs griefs et d’exposer leurs doléances dans les cahiers destinés aux États de Blois. Leur comte, Charles-Henri de Clermont , qui jusqu'alors avait servi les intérêts des Guise, s'empresse de reconnaître le roi de Navarre pour roi de France, après la mort de Henri III. Hans le courant de celte année (1589), Hesgriseltes , capitaine ligueur, lente de surprendre la place : son entreprise manque, et il est tué avec douze hommes de sa compagnie. En 1631 , le 30 du mois d'avril , Louis XIII , à son retour de Metz, s’arrête dans le château de Tonnerre : il y est reçu par ce même Charles-Henri de Clermont, dont le (Ils aîné, François, présente, le 2-2 juin 1674, les clefs de la ville 4 Louis XIV revenant victorieux de sa seconde expédition contre la Franche-Comté.

Sous l'ancien régime, Tonnerre était le siège d'une élection et d'un bailliage relevant du présidial de Sens : c'est aujourd'hui le quatrième chef-lieu de souspréfecture du département de l'Yonne. L'arrondissement a une population de 45,000 Ames : la ville en renferme 4 peu près 5,000. On fait dans le pays un assez grand commerce de grains, et les vins du cru sont très-estimés. L'industrie consiste en clouteries, tanneries, fabriques de faïence, forges et papeteries. Les carrières de marbre des environs de Tonnerre jouissent d'une juste célébrité; elles ont fourni les blocs de marbre blanc dans lesquels on a sculpté les statues et les colonnes de la chapelle de Versailles. La ville est assez bien bâtie; les maisons sont en général construites avec celte pierre de taille tendre qu'on emploie à Paris dans tous les ouvrages de sculpture. L’ancienne collégiale de Saint-Pierre et l'église de Notre-Dame offrent de remarquables beautés arrbitecturnlcs ; t’hôpitnl de Marguerite de Bourgogne, échappé miraculeusement 4 trois furieux incendies, est encore debout. Ou montre aussi dans la vallée un vieux château qu'on prétend avoir été habité par cette princesse, et dont M. de Louvois est actuellement propriétaire. Le gnomon tracé en 1786 sur les murs de l'hôpital est, sans contredit, un des monuments les plus distingués de la science.

Le fameux chevalier li’t'on [Chartes- Geneviève- Louis- Auguste- André-Timothée) est né 4 Tonnerre. Nous ne croy ons point nous écarter de notre sujet en rappelant ici le nom de l'illustre Nicolas Tithuu , natif, il est vrai, de la ville de Troycs, mais qui remplit les fonctions de bailli 4 Tonnerre, et auquel les habitants durent d'excellentes ordonnances de police , ainsi que les règlements les plus sages pour les corps de métiers. Nicolas Pithou a écrit un livre de recherches historiques sur le Tonnerrois. 1

1. Grégoire de Tours, — Les Capitulaires. — Aldrcvnldo, moine de Fleuri, Livre des miracles de saint Benoit. — G allia chrisliaua. — Art de vérifier les dates. — Annuaire de l'Yonne pou f Vannée 1839,

Les Tables de Peutinger parlent d'une cité gallo-romaine, appelée Bandrilum dont elles indiquent la situation entre Sens et Auxerre ; Lebeuf pense que Joigny occupe l’emplacement de cette ancienne ville. Généralement on attribue la fondation de Joigny au capitaine rémois Flavius Jovinus, le même qui, suivant quelques auteurs, bâtit aussi Joinville. Ammien Marcellin dit : Joviniaeum à Flavio Jotiino. nation* Galto , viro contulari. Or Ammien Marcellin se trouvait dans les Gaules l'an 353; l’existence de Joigny, dès le iv' siècle, ne saurait donc êtie contestée. Ajoutons qu’on a découvert, en 1820, les traces d’un vaste cimetière, è deux cents mètres au nord de Joigny, prouve manifeste qu’une agrégation considérable d’habitants s’était formée- depuis longtemps dans le voisinage.

Vers 998 ou 999 au plus tard (on n’a point de date sûre), Rainard-le-Vieux comte de Sens, fit construire un château-fort à Joigny, l’une des frontières de son comté. Le château s’éleva, partie sur les domaines de l’abbaye de Notre-Dame-du- Charnier, dont Itainard-le- Vieux était abbé commendataire, partie sur les terres appartenant à l’abbaye de Ferrières, qu’il usurpa : Nec non et nbbatiam sanetœ Mance virginie destmxit in quantum potuit, in cuju< possession* castrum quod Juvinianum diciiur,jirmai ii. Cette forteresse était située à peu près au milieu de la ville sur le sommet d’un mamelon isolé ; elle couvrait exactement le même terrain que le château neuf, bâti de 1570 à 1600 par le romte Louis de Sainte-Marthe et le cardinal de Gopdi, et dont les bâtiments sont aujourd’hui presque entièrement démolis ou en ruines.

En 1015, deux petits-fils de Rainard-le-Vieux, Rainard, deuxième du nom, et Frotmond I" étaient, l’un comte de Sens, l’autre sire de Joigny. Après une’vie très-agitée, Frotmond mourut à Orléans, en 1016, laissant une fdle et une veuve assez jeune encore. Beaucoup d’incertitude et de confusion règne ici dans les divers documents que nous avons sous les yeux; nous ne savons comment concilier les dates, les faits, les généalogies. La seule affirmation qui nous semble permise, c’est qu’à cette époque vivait dans le pays un chevalier nommé Etienne de Vaux, de Vntlibus, dont il est question dons tous les historiens comme d’un homms d’honneur et d importance. Les uns lui font épouser la femme, d’outres la fille de Frotmond, appelée Mantfride, de laquelle il eut un fils nommé Geoffroy, qui fut son successeur. Nous adoptons d outant plus volontiers celte dernière opinion, que si l’héritier d’Étienne, Geoffroy, soldat illustre, egregius mites , comme nous l’apprennent les partisans de la première version’, avait épousé lui-même la fille du sire de Joigny, il n’aurait pu, selon toutes les apparences, vivre encore en 1080 ou 1081, époque è laquelle fut fondé, par ses soins mi. .»

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et de son argent , dans sa ville seigneuriale , le prieuré de Notre-Dame pour des moines de l'ordre de Cluny, de la maison de la Charité-sur-Loire. Le nécrologe de ce prieuré, où fut enseveli Geoffroy, le qualifie premier comte de Joigny : officium fat pro Gaufrido primo comité hujus villa ; et, parlant ailleurs de son fils, Kainard ou Penaud, il dit : Rainaldus, cornes secundus hujus villa, flius Gaufrait' .

A quelle année cependant faut-il rapporter la création du comté de Joigny, et comment ce fief, placé d'abord scus la mouvance immédiate de la couronne, relevait-il alors des comtes de Champagne? Nous ne saurions hasarder à ce sujet que des conjectures. Cette érection n’eut lieu, sans doute, que l'an 1055, après la mort du frère de Frotmond, Penaud II , décédé sans enfants, quand le comté de Sens eut été définitivement réuni A la couronne par le roi de France Henri I". Les intérêts des seigneurs de Joigny s'étaient trouvés plus d'une fois étroitement liés à ceux des comtes de Champagne: ceux-ci, plus anciens et plus puissants, durent les prendre sous leur protection ; et le nouveau comté dépendit désormais de cette province pour ne plus cesser d'en faire partie. Le titulaire devint l'un des sept pairs du comte de Champagne, qui lui conféra plus tard la dignité de doyen et de premier pair, « s'asséyant en tète de ses collègues, près du comte, lorsqu'il « tenait ses états es grands jours, » prérogatives conservées même après la réunion de 1361 , et confirmées successivement par Charles VI et Henri III.

L’un des descendants de Penaud, deuxième comte de Joigny, fut Jean II, qui, l'an 1300, de concert avec sa femme Agnès de Hrienne, et moyennant quatre mille huit cent cinquante livres de finance, accorda aux habitants de Joigny une charte de commune, les déclarant affranchis, hommes et femmes, nés et à naître, à peipéluiti, de toutes tailles, servages et servitudes qu’ils pouvaient avoir sur eux. La ville fut dès lors gouvernée par un maire et des échcvins, et la perception des deniers publics confiée il des receveurs de leur nomination. Celle charte, en vertu de laquelle les bourgeois jouirent aussi du droit de chasse, fut, du consentement des rois de France, confirmée tour à tour, en 1326 pnr Charles de Valois, comte d’Alençon, mari de Jeanne, unique héritière de Jean If, et en 1368 par Miles de Noyers, fils de Jean, seigneur bourguignon, qui, dès l'année 1337, avait acquis par échange le comté de Joigny du mari de Jeanne, après la mort de celle-ci. Le droit de chasse subit, il est vrai, quelques modifications dans l'acte confirmatif de Charles de Valois; mais les privilèges de la commune reçurent une nouvelle extension dans la charte de Miles de Noyers, qui, fait prisonnier à la bataille d'Auray (1361), voulut ainsi reconnaître le don de quatre mille livres que les habitants de Joigny avaient payées pour sa rançon.

Dès qu'ils se trouvèrent en possession de leur charte d'affranchissement, les bourgeois songèrent à se défendre eux-mêmes en établissant une milice urbaine, commandée par huit capitaines, à chacun desquels les magistrats municipaux remirent la surveillance et la garde de l'un des huit quartiers de la ville. L'indépen-

1. Nous sommes mi p lotis ces points eu désaccord complet avec l'auteur do VA rt de vérifier tes data, i|ui nomme premier comte de Joigny Geoffroy I*r, de naissance inconnue, et qui fait époii— sera Étienne île Vaux la sieur de Geoffroy II, dont la mère s'élail mariée en seconde» nmv* kiigiliert . «mité de Brienne.

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