‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 36 sur 128 · JOIGNY · texte numérisé non relu

JOIGNY

dance de cette milice fut si complète que, très-souvent, elle et le comte combattirent dans des rangs opposés. Il lui fallut seulement, de toute rigueur, se soumettre aux diverses obligations du service militaire, tant que Joigny fut considérée comme place frontière, avant la réunion du duché de Bourgogne au domaine royal. De cette milice , désorganisée sous Louis XIV par la création des charges vénales , il ne restait, au commencement du xvnr siècle, qu'une compagnie dite des arquebusiers, dont une ordonnance, en 1717, approuva la réorganisation.

Les droits des comtes, cependant, n'avaient pas été sensiblement restreints par la concession de la charte de commune : ils continuèrent d'exercer sur leurs terres haute, moyenne et basse justice. Ils avaient, en outre, une juridiction des eaux et forêts, à laquelle Louis XIV porta la première atteinte en 1707 ; et ils prélevaient sur tous les vins de Bourgogne, passant sur ou sous le pont de la ville, un impôt dit l 'écu du pnnl, dont le produit annuel montait souvent jusqu'à trois cent mille livres. Tous ces droits et revenus furent successivement diminués par les donations ou fondations pieuses des comtes : telles que la chartreuse de Valprofondc , l'hôpital, la maladrcrie, les commanderies de Saint-Thomas et de la Madeleine, le couvent des capucins et un couvent de religieuses de la congrégation de Notre- Dame. On trouve en 1163 et 1175 deux vicomtes de Joigny, nommés, le premier Isnard, le second Hilduin, investis tous les deux de prérogatives importantes, pour lesquelles ils prêtaient serment de féauté au comte leur suzerain.

En 1409, le comté de Joigny passa dans la maison des La Trémoillc, par le mariage de Marguerite, fille unique de Louis de Noyers ', avec Gui de La Trémoille, seigneur d'Huchon et de Bourbon-Lancy. Gui avait offert le secours de son é|»éc nu duc de Bourgogne; il était l'un des partisans les plus ardents du roi d'Angleterre. Les bourgeois, avec lesquels ce comte eut de fréquents démêlés, ayant séparé leur cause de la sienne, repoussèrent en 1429 une division anglaise qui revenait du siège d'Orléans. En 1530, pendant la minorité de Louis de Sainte-Maure, petit-fils de Charlotte de Châlon, fille de Charles de Chilien, neveu de Louis de La Trémoille, un violent incendie détruisit en partie la ville et les archives. Sully, en 1591, dirigea une attaque contre Joigny, dont les habitants, devenus ligueurs, contraignirent les troupes royales à battre en retraile, et soutinrent ensuite, en 1594, avant de se résoudre à capituler, un furieux assaut contre le duc de Biron, tandis que leur comte, René de Laval, se battait pour Henri IV.

A Charles de Sainte-Maure avait succédé Jean de Laval, son cousin (1576). Gui, fils de Jean, mourut des blessures qu'il avait reçues a la bataille dlvry (1590). Les deux sieurs de son père, Gnbrielle et Anne, recueillirent la succession de leur neveu. En 1605, René de (-aval, fils de Gabrielle, seul héritier du comté de Joigny par lu mort de René de Chandio , son cousin , vendit ce domaine à Philippe-Emmanuel de Gondi. Le comté resta dans cette maison jusqu'en 1675, époque à laquelle Paule- Marguerite-Françoise de Gondi, petite-fille de Philippe-Emmanuel, épousa Franço:s-Emmanuel de Blanchefort-Créqui. Le fils issu de ce mariage, Jean-François- Paul de Créqui, étant mort en 1703 sans laisser de postérité, sa mère institua Nicolas

1. Un seigneur de cette famille, Jean II, périt dans la masenr tde imaginée par Charles VI , le 31 janvier I3fl3.

12V CHAMPAGNE

«le Neuville, duc de Villeroi, son unique légataire. Le dernier titulaire du comté de Joigny a été un petit-neveu du maréchal de Villeroi : il est mort sur l'échafaud le 9 floréal an H (28 avril 1791).

A part la fin tragique de ce seigneur, Joigny ne ressentit que faiblement le contre-coup de la révolution; sous le consulat et l’empire cette cité resta dans un calme profond. En 1815, le 19 mars, Napoléon parut un moment dans ses murs : il était accompagné seulement des colonels Germanowski et Duchamp, du chef «l'escadron Raoul et de quelques lanciers polonais.

La ville de Joigny s'élève en amphithéâtre sur une colline baignée par l'Yonne. De In rive droite où elle est située à la rive gauche où sont les faubourgs, on eom mimique par un beau pont de pierre à six arches. La fondation de la première enceinte doit se rapporter à l'année même de l'érection du comté (1055) : elle comprenait à l'est le prieuré de Notre-Dame , bâti plus tard par le comte Geoffroy, et finissait vers l'ouest il la porte au Poisson, qu'on a démolie en 1827. la» seconde enceinte ne fut commencée qu'au milieu du xii* siècle ( 1150). Le comte de Champagne guerroyait alors contre son suzerain Louis-le-Jeune. Les villageois et les paysans d'alentour s'étant réfugiés à Joigny pour échapper aux violences des troupes «lu roi, y construisirent uu nouveau quartier, qui , partant à l'ouest de la porte au Poisson, aboutit à une autre porte qu'on appela de Saint-Jacques. Les murs régnant à droite et à gauche furent reliés à la première enceinte, de manière que la ville eut, «lès cette époque, la configuration qu'elle a conservée jusqu'A nos jours. Des quais et des promenades ont remplacé les anciens fossés. Du cAté de la ville, au-dessus du pont, on trouve une esplanade plantée de plusieurs belles nlhies d'arbres. L’accès de la cité proprement dite est assez difficile ; on ne pénètre pas sans fatigue dans ces rues étroites et montueuses, dont quel«|ucs-unes même seraient impraticables si l'on n'avait eu la précaution d'y établir une rampe en fer le long d«;s maisons. Les seuls monuments qu'on y remarque sont le quartier «le cavalerie et les trois églises gothiques de Saint-Jean , Saint-André et Saint-Tlii bault, renfermées autrefois, la première, dans l'enceinte même du ch&teau ; la secondc , qu'on appelait alors Saint-Martin , dans celle du prieuré ; et la troisième , sise au couchant, dans les vignes, en dehors des murailles. I.n salle d'audience «lu tribunal mérite aussi de fixer l'attention.

Joigny, chef-lieu de sous-préfecture du département de l'Yonne, était, avant 1789, le siège d'une élection créée en 1578 par Henri III. On y faisait déjà un assez hou commerce consistant en blés, vins, eaux-de-vie, bois et charbons ; commerce qu'alimentent aujourd'hui des fabriques de toiles et de gros draps, des vinaigrcries , des tanneries , et , les mercredi et samedi de chaque semaine , un très-fort marché pour les grains. La population de l'arrondissement atteint presque le chiffre de 93,000 Ames; celle de Joigny est de 5,800.'

1. Tables de Peutinger. — Aminien Marcellin, Histoire des Empereurs. — Nécrologe du prieuré d • Joigny. — Chronique de Sainl-Pierre-lê-Vif. — Letieuf, Recueil de divers écrite pour servir à l’histoire de France. — Gallia christiana. — Art de vérifier les dates. — Almanach de Se ns de 1783. — Annuaire de l'Yonne pour l’année 1837.

Page 1