LANGRES
Langres [Andemalunum, Andematunnum l.inyonum, Civilat Lingonum, Lingonet) est assise sur la pointe d'un rocher qui s'avance dans la plaine comme un long promontoire. C'est une des villes de la France les plus élevées audessus du niveau de la mer; aussi, on a supposé que l'emplacement qu'elle occupe avait été habité dés les premiers Ages du monde. Le bon abbé de Mangin dit fort gravement : « On est porté à croire qu’elle a pu être bâtie peu de temps « après le déluge et après que l'entreprise téméraire de la tour de Babylone eut « échoué. » Mais laissons pour ce qu'elles valent ces conjectures, ainsi que celles qui font remonter la fondation de Langres à Lan go, sixième roi des Celles, dixhuit siècles environ avant Jésus-Christ. D’après les premiers témoignages historiques , les Lingonrs , peuplade gauloise qu'il faut bien se garder de confondre à cette époque avec la ville de Langres, apparaissent avec les Senonrs sous le règne de Tarquin-f Ancien. Selon Tite-Live, les Lingons ayant envahi l'Italie, chassèrent les Étruricns, et établirent plusieurs villes dans les pays conquis. Plus tard , leurs colonies penétrètrent jusque dans la Pannonie, et concoururent, avec les soldats de Brennus, à la prise de Rome. A la suite de la bataille du lac de Vadimon , les Sénonais et les Lingons furent chassés de leurs possessions italiques; une partie de ces derniers rentra dans le pays des Boiens, avec lesquels elle se confondit.
Les Lingons, à l'époque où César franchit les Alpes, occupaient cette portion de la Caulc bclgique qu'entouraient les territoires des Sénonais, des Séquonicns, des Leuques, des Médiomatriricns, des Rémois, et qui s’étendait, au midi, jusqu’à Alise. Ils reçurent l'armée des Helvétiens, après sa défaite, sans toutefois donner aucun secours aux vaincus, et bientôt même ils firent alliance avec les Romains. Plus tard , les Lingons et les Rémois, persistant duns leur Gdélité à la république, refusèrent de répondre à l’appel de Vercingétorix. Sous Auguste, le pays de Langres fut compris dans la Gaule celtique, et les habitants élevèrent un temple à l’empereur. Ils refusèrent de prendre part à la révolte de Vindex, et se montrèrent également contraires à Galba ; celui-ci , parvenu à l'empire , se vengea d'eux en les accablant d'impôts et en les privant d'une partie de leur territoire. De leur côté , les Lingons excitèrent contre le nouvel empereur les légions germaines qui passaient leurs quartiers d'hiver dans la Gaule. Après la mort de Galba, Othon, pour les attacher à sa cause, leur accorda le titre et les privilèges de citoyens romains. Ils accueillirent d'abord avec enthousiasme la tentative de Givilis pour rendre la Gaule à la liberté : Julius Sabinus, né à Langres et puissant parmi ses concitoyens, les excita à la révolte, se fit proclamer César, et, après avoir renversé les statues des empereurs, les tables d'airain et les monuments
lîti Champagne.
<le l'nlliancc dos Romains avec les Lingons, il marcha brusquement contre les Séquanais , restés fidèles à la fortune de Rome. Vaincu dès les premières rencontres et épouvanté par l’approche des légions, Sabinus s'enfuit, gagna une ferme qu'il possédait près de Langres, y mit le feu pour faire croire à sa mort , et se cacha dans un souterrain où il vécut neuf ans, grâce au dévouement de sa femme F.ponine. Tout le monde connaît les détails de cette captivité pleine d’angoisses; tout le monde sait que Sabinus fut à la fin découvert et conduit à Yespasien, qui le lit exécuter sans pitié, malgré les prières d'Époninc. La déroute et la disparition de Sabinus ne découragèrent point les Lingons ; avec les Bataves et les Sénonais, ils continuèrent la lutte; mais Cériulis n'eut pas de peine à les soumettre, et, pour obtenir leur pardon, ils fournirent un subside de soixante-dix mille hommes armés à Domilien , second fils de l’empereur. Ce contingent peut donner une idée de la puissance que les Lingons avaient conservée après le morcellement de leur territoire et les désastres que la guerre leur avait fait éprouver. Aussi, forcés d’obéir au peuple romain, dont ils avaient jadis accepté l’alliance , ils conservèrent dans leurs relations avec Rome une fierté à laquelle la maîtresse du monde n'était point habituée. Valentinien voulut les assujétir à payer tribut comme les autres peuples de la Gaule : a Que l'empereur sache bien, répondi- «rent-ilÿ, que* les Lingons aiment avant tout leur liberté; s'il veut les con- « traindre à faire quelque chose qui y soit contraire , il verra bientôt combien ils « sont prompts à prendre les armes. »
Cette confiance dans leur courage ne put soustraire les Lingons au joug des barba les du Nord. Antlemntunum changea son nom pour celui du peuple dont elle était le chef-lieu. Elle avait des temples, un théâtre, un capitule ; de grandes voies la rattachaient aux autres cités de la Gaule; tout fut détruit. Il reste seulement aujourd’hui des débris informes, et un édifice, hflti en 210, en l’honneur des deux Gordiens. Ravagée par les Vandales, sous la conduite de Chrocus (260), prise et pillée par Attila, Langres perdit en grande partie l'importance et la splendeur dont elle s’était montrée si Hère.
D'après les traditions locales, saint Bénigne, vers l'an 165, avait apporté le christianisme dans cette ville. Il convertit les trois jumeaux, Speusippe, Méleusippe et F.lcusippe, qui furent à Langres les premiers martyrs de la foi. On les honore encore d'une façon toute particulière; mais pour les érudits il y a doute s'ils ont vécu et s’ils sont morts dans la Cappadore ou dans la capitale des Lingons. Saint Sénateur, qui vivait au in* siècle, parait avoir occupé le premier le siège épiscopal de langres. Après lui vinrent saint Juste et saint Didier. Ce dernier fut immolé par les burbares , et probablement par les Vandales du Chrocus. Le chef avait menacé de passer les habitants de la ville au fil de l’épée ; Didier court implorer sa clémence , et s’offre en victime pour ses concitoyens; mais scs prières ne sont point écoutées, et l’ordre de le décapiter est donné aux soldats. I.e saint évéque fut inhumé dans l'église de la Madeleine , que lui-méme avait fait bâtir.
Lors de la grande invasion des barbares, Langres passa sous la domination des Bourguignons. Bientôt Chlodw ig chercha à s'emparer des possessions de ces peuples; ses desseins furent favorisés par l'évéquc de Langres , Apruncule; mais le