‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 38 sur 128 · LANGUES · texte numérisé non relu

LANGUES

roi Gondebaud chassa ec prélat de sa ville épiscopale. En 500, la réunion s'accomplit , et, pendant plusieurs siècles, Langres eut à souffrir do tous les partages et de toutes les agitations de la grande monarchie des Frank s En 830, l'évéque Albéric reçut à l.angres l'empereur Louis-le-Débonnaire et son fds Lothairc; en présence de ces princes fut tenu un concile provincial auquel assistèrent Agobard , archevêque de Lyon, et plusieurs évêques et abbés; on y conlirmn les donations faites à l'abbaye de Bèze. Déjà Louis avait placé l'église de I .a ogres sous sa protection spéciale, ainsi que les terres et les possessions du chapitre. Deu» autres conciles eurent lieu , l'un à I-angres , l'autre à l'abbaye des Saints- Jumeau \ , près de cette ville (859) , sous le règne de Charles-le-Chauve , auquel l'ancienne cité des I.ingons était tombée en partage.

Le siège épiscopal de Langrcs avait alors et conserva longtemps une grande importance. Le pape Jean VIII vint visiter en 877 l’évêque Isaac, renommé pour sa piété , et se rendit ensuite à Poutières et à Troyes ; ce fut l'évêque Geilon qui couronna et sacra empereur Gui de Spolète, après la déposition de Charles-le- Gros (887). Le comté de I .an gros avait été donné par Lotlmire à l’évêque Arhard. Il passa depuis dans la maison de Saulx, sans que l'évêque et le chapitre eussent perdu leur juridiction dans la ville. Au xn* siècle, Gui de Saulx et le comte du llar vendirent ce domaine au duc de Bourgogne, Hugues II; il fut de nouveau réuni à l'église de Langrcs par l'évêque Gauthier, onde du duc Hugues III. Gomme ses prédécesseurs , ce prélat jouissait de grands avantages dans sa cité épiscopale. Charles-lc-Gros avait accordé à Geilon, en 880, les murailles de laville pour l'indemniser des frais de réparation; il lui avait, en outre, confirmé' le droit de battre monnaie , tant à Langres que dans le château de Dijon. Plus tard, les évêques de Langres furent ducs et pairs de France, et c'est en cette qualité qu'ils parurent, au xn’ siècle, dans les cérémonies du sacre; aussi avaient-ils le pas sur l'archevêque de Lyon, leur métropolitain. leurs domaines étaient considérables ; les villes de Chaumont et de Montbar relevaient d'eux , et l'on voit, en 1222, Bobert, duc de Bourgogne, faire hommage de cette dernière cité à l'évêque Gui. En 1239, Thibault-lc-Chansonnier, comte de Champagne,’ prêta foi et hommage à l'évêque Robert de Torotte pour Bar-sur-Seine ; enfin , en 1216, Guy de Forez remplit les mêmes devoirs envers l'évêque Hugues pour la ville de Tonnerre.

Les premiers signes d'émancipation de la ville de Langres se trouvent dans une charte donnée par l'évêque Godefroy en 1153 ou 1151 , et renouvelée par Gauthier en 1168, dans laquelle le prélat affranchit les habitants de toutes tailles et autres levées arbitraires. En 1166, le chapitre arcorda à ses hommes la même liberté; en 1232, sur les plaintes qu'avaient fait naitre les prévêts, baillis et collecteurs d’impêts, l'évêque Robert déclara qu'à l'avenir aucune contribution ne serait levée que de son consentement formel , pour des cas déterminés et par des prud'hommes jurés que les habitants éliraient. On voit, par d'autres actes, que les bourgeois gardaient les clefs des portes et veillaient à la s lire té de la ville ;' mais il ne parait pas que Langres ait eu, dans les temps anciens, une administration municipale. En janvier 1115, Charles VII permit aux hongrois d'élire quatre d'entre eux pour gouverner la ville.

CHAMPAGNE

Pendant Ica luttes intérieures qui ensanglantèrent le règne de Charles VI, Langres embrassa le parti du duc de Bourgogne, Jean-sans-Peur. En 1433, elle retomba entre les mains du roi de France; les habitants, en se soumettant à Charles VII, stipulèrent la conservation de leurs privilèges, et, après la publication du traité d'Arras, ils mirent fin solennellement à leurs anciennes inimitiés. Rassemblés devant le bailli , ils déclarèrent se pardonner les uns aux autres toutes injures , villenies , malreillances et rancunes; puis ils allèrent à l'église et jurèrent sur les reliques sacrées de demeurer désormais en paix et union. Le même serment fut prêté par l'évôquc et par le clergé.

Au xvr siècle, la ville de Langres voulut donner plus d’éclat aux charges de ses magistrats municipaux. On lit dans des lettres de Henri III, du mois d’octobre 1580 : « Par concession des rois, les bourgeois de langres ont toujours eu « pouvoir d’élire par chacun an certains notables personnages pour administrer la « chose publique et vaquer aux affaires communes, qu'ils ont appelés procureur « et eschevins; mais comme ils ont appris que le nom de procureur n’estoit pas «de telle dignité que celui de maire, ils demandent au roy le changement de u nom. » Cette faveur fut accordée aux habituais. C’était le temps où toute la France était partagée par les passions politiques et pur les passions religieuses : les Lungrois , quoique zélés catholiques et placés au milieu d’un pays tout dévoué à la Ligue, restèrent fidèles, dans ces mauvais jours, à la cause de la royauté; ni les sollicitations, ni les promesses que leur fit le duc de Guise, ni les maux que leur valut leur résistance au parti dominant, ne purent les décider à entrer dans l'Union. Ils avaient, dit-on, écrit cette devise sur leurs murailles :

Langres soutient les lois de la querelle sainte.

De Henri de Valois contre la ligue feinte.

En apprenant la mort de Henri III, les habitants de Langres s'assemblèrent et s'engagèrent par serment à persévérer dans la religion catholique et romaine et à reconnaître Henri de Bourbon pour souverain. Les ligueurs voyant que la ville leur était formellement contraire, tentèrent de s’en emparer au moyen d'une surprise : dans la nuit du 30 août 1591 , trois è quatre mille hommes, envoyés par le duc de Lorraine , se glissèrent jusqu'à la première bascule d’une des polies. Quelques-uns d'entre eux devaient placer un pétard sous la porte même, et la troupe devait s'introduire dans la place à la faveur du tumulte causé par l'explosion. On se croyait si silr du succès que des habitants de Chaumont avaient amené des chariots pour enlever le butin. Mais les veilleurs, — un boulanger, suivant la tradition , — reconnurent l'approche de l'ennemi , et quelques coups d'arquebuse mirent en fuite les soldats du dur de Lorraine. Tous les ans une procession solennelle rappelait le souvenir de la délivrance de la ville, que l’on attribuait à l’intercession de saint Bernard.

L'homme qui prit le plus de part à tous ces événements et qui, on peut le dire, les domina constamment, fut Jean Roussat, lieutenant-général au bailliage de lamgres, élu quatre fois maire de la ville. Cet administreur habile et énergique eut le mérite de maintenir les Langmis dans l’obéissance de Henri III el de Henri IV. Il eut avec res princes une correspondance étendue que l'on a imprimée

Page 1