‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 43 sur 128 · s '47 hnbil.uiu . i · texte numérisé non relu

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chef-lieu du département de la Haute-Marne , et en n'accordant à Langrcs que le titre de chef-lieu de district. Les Langlois curent beaucoup de peine à supporter la suprématie dune ville en réalité moins considérable que la leur; et, espérant reconquérir leurs droits par la force, ils se présentèrent en armes devant tihaumont, au nombre de deux ou trois cents. Les r.lmuniontois leur ouvrirent leurs portes et les reçurent dans leur ville ; mais ils ne les laissèrent sortir qu'uprès les avoir désarmés. La troupe expéditionnaire revint un peu confuse à Langrcs, où la campagne de Chaumont est restée proverbiale.

Le I" mars 181V, les souverains alliés, niaitres de Chaumont, y signèrent le traité d’alliance par lequel l'Autriche, la Prusse, l’Angleterre et la Russie s’engagaicnt à réduire la France à ses anciennes limites : c’était précisément vers le temps où les rois coalisés prenaient cette décision, (pie leurs plénipotentiaires, réunis il Chiltillon, s’y jouaient de la confiance de l’empereur Napoléon en paraissant discuter avec ses ministres les bases d'un traité plus favorable à la France.

Le département de la Haute-Marne renferme 257,507 habitants, l'arrondissement de Chaumont 87,39V, et son chef-lieu 6,037. Chaumont était autrefois le siège d'un présidial et d'un bailliage fini étendu, que régissait une coutume particulière. Deux tribunaux, l’un de première instance, l'autre de commerce, un collège communal et une société d’agriculture, des sciences et arts, sont aujourd'hui les institutions les plus importantes de cette ville. Chaumont a des fabriques de draps, de bas de laine drapés, de droguets, et des filatures, des tanneries, des corroieries assez considérables. Ses rues sont bien bâties, larges et propres, mais généralement escarpées. L’église principale est dédiée a saint Jean. L'espèce d'arc de triomphe commencé sous Napoléon et terminé sous Louis XVIII, l'hOtel-de-ville et l'hùpital, méritent de fixer l'attention, t'ne machine hydraulique fait monter les eaux de la Suize et alimente les fontaines publiques. De très-belles promenades couronnent les hauteurs de la montagne sur laquelle Chaumont est bâti.

Cette ville a donné naissance à Jran de Montmirel, évêque de Vaison et référendaire secret du pape Sixte IV; à Cuit la u me liosr, évêque de Senlis ; au père Lemoine; au sculpteur Bouchardon. lin auteur y fait naître aussi le vice-amiral Denis Décrits; mais cet ancien ministre de la marine impériale était de Château- Vilain , commune de l'arrondissement de Chaumont. 1

REIMS

Ville gauloise, muniripc romain, métropole ecclésiastique, Reims est au premier rang parmi les plus nobles cités de 1a France. Fille existait longtemps avant

I. IV M:«ii|ciit . Histoire ecclésiastique et civile. — Expilly, Dictionnaire des Gaules. — Quelques heures û Chaumont en septembre !Hi8. — Moiilrol, Résumé de V histoire «le lu Champagne.

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l’invasion romaine, sous le nom de Dtirocorlomm , et plus tard elle prit le nom des P.cmi, peuple de la seconde Belgique, dont elle était la capitale. Nous ne rapporterons point ici les traditions mensongères qui lui donnent Kémus pour fondateur, et qui en font ainsi la sœur jumelle de Rome. Il n'a pas été difficile à lu science moderne de détruire de pareilles fables; mais ces légendes offrent cela de remarquable , qu’elles sont mentionnées par Flodoard , et dans un historien de cette époque , les préoccupations étymologiques méritent d’étre notées. Riche et civilisée autant que pouvait l’élrc une ville barbare, Reims avait un atelier monétaire; on connaît des pièces de bronze qui portent, l’une: Rbuo, avec trois tètes, emblèmes des trois Gaules, l'autre : R km os atisios, avec un lion entouré de divers symboles. Alliés aux Amhianais, aux Itellovaques , aux Atréhates, les Rémois jouissaient dans la Gaule d’une grande prépondérance politique et d’une autorité morale qu'ils devaient à leur courage et à leurs armes autant qu’à la sagesse de leurs institutions et à leur réputation d'équité. La conquête romaine ne les fit point déchoir, et en allant d'eux-mèmes au-devant de l'alliance de Rome, parce qu'ils désespéraient de la victoire, ils échappèrent aux dangers de la défaite. I.’an 48 avant Jésus-Christ, César s'étant présenté devant Reims, les habitants lui députèrent Iccius et Antebroge pour lui offrir leur soumission et des otages. Cette offre fut acceptée : le vainqueur des Gaules reçut leur serment , et les admit à l'alliance de Rome; il leur demanda même des conseils , et régla , d'après leur avis , le plan de la gueirc qu’il voulait porter chez les Belges. I.es Gaulois du nord virent une trahison dans cette conduite; ils profitèrent de l’éloignement de César pour armer contre les Rémois : ceux-ci invoquèrent leur puissant allié; le général romain répondit a cet appel. Rémois et Romains marchèrent ensemble contre les Belges, qui furent vaincus; mais le chef de la république rémoise périt dans l’expédition. César, pour les dédommager des dangers auxquels les exposait la haine de leurs voisins, respecta la liberté des Rémois et leur constitution politique; aussi, par reconnaissance, ils le servirent utilement dans la guerre contre Pompée.

Pendant les règnes d'Auguste, de Tibère et de Néron, Reims fut paisible et florissante; mais, à la mort de ce dernier empereur, un chef batave, Civilis, entraîné par son courage et les prophéties de Velléda , tenta de secouer le joug de Rome. Les druides chantaient que les derniers jours de l'empire étaient arrivés, et que la domination de l'univers allait passer aux nations transalpines. Les vieux souvenirs de liberté se réveillèrent. Comme nous l’avons dit dans notre notice sur Langrcs, Salamis, combinant ses efforts avec ceux de Civilis, s’était fait proclamer César; déjà les Langrois et les Séqunnais en étaient venus aux mains, les premiers pour établir l’empire des Gaules, les autres pour défendre la puissance romaine. Les Rémois s’interposèrent dans la querelle ; ils publièrent que chaque canton de la Gaule envoyât des députés, afin de décider en commun si on voulait l’indépendance ou la paix. Bientôt , les députés gaulois s’assemblèrent à Reims; le Trévire Tullius Valontinus, le plus ardent promoteur de la guerre, éclata en insultes contre le peuple romain. Le Rémois Julius Auspex parla des biens de la paix , de la sainteté des traités ; et , comme le dit Tacite , « il parvint à les contenir, les plus sages , par lo déférence et le devoir, les plus jeunes , par

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le danger et la crainte. Ils louaient le courage de Valentinus, ils suivirent le conseil d'Auspcx.» Vespasien, maître de l'empire, récompensa cette médiation pacifique qui l'avait sauvé des plus grands périls.

A dater de cetle époque jusqu'au régne de Julien , tout se borne , dans l'histoire de Reims, au récit du passage des années et des empereurs. Cette ville, sous la domination romaine, jouissait de tous les avantages de la civilisation la plus avancée; elle avait un amphithéâtre, un eapitolc, des palais. Sa Corme était celle d'un ovale, traversé du nord au sud et de l'est à l'ouest par deux grandes rues qui se coupaient à angles droits , et à l’intersection des angles se trouvait la place d’Armes. Chacune des quatre rues principales se terminait par une porte triomphale : à l'orient , la porte de Cérès; à l’occident , la porte de IVnu» ; au midi , la porte Collai ice; au nord , la porte de Mars.

Si l’on eu croit Flodoard, la foi aurait été apportée dans cette ville par saint Sixte, que saint Pierre lui-méme avait envoyé dans les Gaules. Les écrivains légendaires parlent encore, dés le i" siècle, de cinquante martyrs, dont les chefs étaient saint Timothée, saint Maur et saint Apollinaire; mais ces traditions ord été justement rejetées par la saine critique historique, et ce n'est point mentir è la vérité que de placer vers le milieu du iv' siècle les premiers triomphes des apôtres du christianisme. A cette date, on voit figurer parmi les néophytes un enCant de cette ville, consul en 3GG, Jovin, soldat et négociateur, qui , après avoir aidé Julien à monter sur le trône de Constance, le suivit eu Asie dans son expédition contre les Perses, comme maître de la cavalerie. Cet illustre capitaine rendit aux successeurs de Julien d’éminents services, en repoussant les Barbares que In flot des invasions rejetait sans cesse sur la Gaule. Déjà , en 357, Julien, pour les combattre et les vaincre, s'était rendu de sa personne à Reims. Quelques années plus tard, en 360, ils reparurent devant cette ville, et Valentinien y accourut, accompagné de Jovin , qui remporta un avantage décisif sur les bandes germaines. Valentinien, pendant son séjour à Reims, rendit sur la discipline ecclésiastique un décret que le pape saint Damasc fit publier g Rome.

En 406, d’autres Barbares, les Vandales, arrivèrent sous les murs de la ville. Une partie des habitants s'enfuit à leur approche; les plus braves les attendirent sur les remparts; mais, après plusieurs assauts, la place fut emportée. Les Rémois se réfugièrent dans l'église de Notre-Dame, auprès de l'évêque saint Nicaise, qui n'avait point voulu les quitter, et, quand toute espérance de vaincre fut perdue, l'héroïque pasteur, après les avoir exhortés au repentir et â la mort, périt avec eux. Les Huns succédèrent aux Vandales, et, en 451 , Reims fut de nouveau saccagée. Des temps meilleurs s'approchaient cependant ; l’église s'était fortifiée nu milieu de ses désastres mêmes, et les conquérants devaient bientôt s’humilier devant les vaincus. Maître de la Gaule-Belgique par la mort de Syngrius, Chlodwig eut des relations de politique et de bonne amitié avec l’évêque de Reims, saint Remi, qui joignait aux vertus d'un grand saint l'habileté d'un homme d’état. Le chef barbare, tout païen qu'il était encore, ménageait les évêques, paire qu'il reconnaissait leur ascendant moral, et Remi s'était fait le courtisan de Chlodwig pour t'attirer à la foi. La politique du prélat fut heureusement secondée par Chlo- Ih’lde; quand le chef frank se rendit à Reims, après la vjrtoire de Tolbiac, rette

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princesse vint au-devant de lui pour le presser d'accomplir le vœu qu'il avait fait pendant la bataille. Suint Itcmi joignit scs prières à celles de Chlothilde. Ghlodwig consulta les Franks; ils répondirent qu’ils renonçaient aux faux dieux. Alors saint Hcmi les fit jeûner pour les préparer au baptême , et les catéchisa dans la chapelle de Saint-Pierre, qui attenait à la cathédrale. I.a cérémonie du baptême eut lieu le 25 décembre 495. Les rues que parcourut le cortège étaient ornées de riches tentures, mais rien n'égalait la magnificence de la cathédrale. « Le peuple , dit Flodoard, se croyait transporté dans le séjour habité par les anges, » et Chlodwig lui-même, en entrant dans la basilique embaumée et rayuunante, demanda au saint évêque si c'était là ce royaume de Dieu dont il lui avait promis l'héritage. Le Sicambre fut plongé trois fois dans le baptistère, et il obéit a saint Remi , qui lui ordonnait de courber la tète, il adorer ce c/u'il avait brûlé , de brûler ce qu’il avait adoré. Les deux soeurs de Chlodwig et trois mille guerriers, avec leurs femmes et leurs enfants , entrèrent comme lui dans la piscine sainte.

Itien ne devait manquer à cette imposante cérémonie, pas même la sanction des miracles. Remi, après avoir béni les fonts baptismaux, attendait le saint chrême qu'un clerc était allé chercher ; mais ce clerc fut retenu dans la foule, et, au même instant, une colombe plus blanche que la neige descendit du ciel, et déposa, dit-on, sur l'autel une fiole remplie d’un baume divin. Cette fiole, si célèbre sous le nom de suinte ampoule , était de verre ou de cristal, et remplie d'une liqueur tanné»; peu transparente à la vue. Conservée de siècle en siècle dans l'église de Saint-Remi, la sainte ampoule fut brisée le 5 octobre 1793, au pied de la statue de Louis XV, sur la place Royale, à Reims. Mais quelques habitants recueillirent des fragments du cristal dont elle était formée et du baume qu'elle contenait. Le 20 février 1819, l'authenticité de ces débris fut constatée en présence du procureur du roi ; on les déposa dans le tombeau de saint Remi , et depuis ils en ont été tirés pour le sacre de Charles X.

Les rapports qui existaient entre Chlodwig et Remi, l'influence que ce saint évêque exerça sur les rois mérovingiens, sont des faits qui appartiennent à l'histoire générale, et qu'il suffit de rappeler en quelques mots. Nous n'insisterons pas davantage sur les nombreux miracles attribués au pieux évêque. Chlodwig l'honora dans sa famille elle-même, en mariant Arnould, parent de saint Remi, avec sa propre nièce Scariberge, qu'il dota du comté de Reims. En présence du nouveau pouvoir, des modifications furent nécessairement apportées dans le gouvernement de la ville, mais on ne sait rien de précis à cet égard ; on a lieu de croire cependant que la magistrature urbaine, qui avait succédé à l’antique sénat rémois , conserva dans les affaires une large part d’action. Parmi les successeurs de saint Remi , les uns ne sont guère connus que de nom ; d’autres, comme Gilles lEgidius), n'apparaissent dans l’histoire qu’avec un rôle odieux; ce prélat indigne intervient sans cesse au milieu des terribles débats de Frédegonde et de Rrunchilde , comme un instigateur ou un instrument de crimes. Reims , annexée au royaume d'Austrasic , relevait du domaine de Sigebert. Un possession de cette place importante tenta Chilpéric I", roi de Soissons, qui s'en empara en 503 ; mais Sigebert la reprit peu de temps après ; ces actes d'hostilité ne firent qu'envenimer les haines, et l’évêque Gilles emplova toutes les

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