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ressources de son esprit pervers pour servir lu politique' (le Frédégonde, dans ('intérêt de sa propre ambition, jusqu’au moment où, désespérant de dominer dans le royaume d'Austrasie, il résolut de le renverser. On sait quelles trames il ourdit contre Childebert 11 et comment ce prince le fit saisir, puis déposer par le concile de Metz et reléguer A Strasbourg 390).
Victime oubliée de tant de désastres, le peuple remois, à cette époque, n'a pus même une page dans les souvenirs de l'histoire. L’Église elle-même succombe à la décadence universelle; et à l’exception de Hinrmar et de Kigobert, le siège épiscopal de saint Remi est occupé par des prélats indignes. Aux sanglantes querelles de Frédégonde et de Brunehilde succèdent les ambitieuses rivalités des maires du palais, et Reims a une Inrge part dans les malheurs du temps. En 681, l'évêque Rieule se rend complice d’Ebroïn dans l'assassinat de Martin, frère de Pépin d'Héristal et roi d'Austrasie; ce prélat, pour rassurer le malheureux prince et l'engager plus sûrement dans le piège, jure, sur des châsses dont ou a enlevé les reliques, qu’il n'a rien à redouter de la haine d’Ebroïn, et prélude ainsi A l'assassinat par le sacrilège et le parjure. Oui le croirait cependant ? le nom de saint Rieule ligure dans les litanies du diocèse de Reims, et l'abbaye d'Orbais, dont il étnit le fondateur, lui rendit, dans le cours du moyen Age, un culte public et solennel.
Les vertus de saint Rigobert furent la consolation de l'église de Reims. Ce prélat avait tenu Karl Martel sur les fonts baptismaux : quelque souvenir qu'il en eût gardé, il se conduisit avec une fière et noble indépendance quand ce prince, en 719, se présenta devant Reims pour enlever celte place A Rainfmi, maire du palais de Chitpéric 11. Les habitants remirent A leur évêque le soin de décider du sort de la ville. Reims conservait encore alors son enceinte romaine, percée de quatre portes dont l’évêque gardait les clefs. «Seigneur Rigobert, » dit Karl en s'avançant au pied de la porte Basiliquairc, «seigneur Rigobert, faites -moi ouvrir celte porte, que j'aille faire une prière A Notre- Dame. » — « Cette porte , » répondit Rigobert , « ne vous sera point ouverte avant que la victoire n'ait déridé de votre droit. » Karl fut forcé de s'éloigner, mnis il revint bientôt, et animé par le souvenir de l'affront qu'il avait reçu A la porte Basiliquaire , il fit démanteler la ville, relégua l'évêque en Gascogne, et le remplaça par Milon, un de ses courtisans. Le siège épiscopal de Reims resta vacant plusieurs années, mais, en 768, Carloman, A qui l'Austrasie étnit échue en partage , le donna A Tilpin ou Turpin , moine de Saint-Denis, que le pape éleva A la dignité d’archevêque. Turpin paya ce bienfait par une ingratitude profonde; et, A la mort de Carloman, il engagea les seigneurs de l'Austrasie et les habitants de Reims A se déclarer en faveur de Charlemagne. C’est ce Turpin, on le sait, qui joue un rôle si important et parfois si bizarre, dons les romans du cycle carlovingien ; c'est A lui que le moyen Age attribuait la chronique célèbre où se trouve consigné le récit des prouesses fabuleuses accomplies en Espagne par Charlemagne et ses douze pairs.
L’entrevue du pape Étienne III avec répin, dont il nous est impossible de préciser la date, celle de Léon III avec Charlemagne en 801, le concile convoqué par l'archevêque Vnlfar, le cmironr.emeul de Louis-le-Débonnaire et de sa femme
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CHAMPAGNE
Ermengarde pur le pupe Étienne IV en 81(1 , tels sont les événements qui signalent , dans les annales de Keims, la fin du viil' siècle et le commencement du ix*. Par une coïncidence qui mérite d'étre remarquée, ce fut un archevêque de Keims, Ehbon, qui contribua à enlever à Louis cette fragile couronne que le chef de la chrétienté avait posée sur sa tête dans l’église de Saint-Kemi. Ehbon, nu début de son épiscopat, s'était signalé par les actes les plus louables; il avait raffermi la discipline ecclésiastique , embelli la ville , protégé les arts , rebâti les églises ; mais bientôt son ambition politique le jeta dans la révolte, et après avoir ruiné la cause de Louis-le-Débonnairc , il assista à la dégradation de ce malheureux prince, l'ne révolution nouvelle avant rendu la puissance à Louis, Ebbon fut dégradé à son tour par le concile de Metz (835). Il vivait dans l’exil à la cour de Louis de Germanie, quand il apprit qu'IUncmar venait d'être élu archevêque de Keims (8Ï5). A cette nouvelle, il en appela au Saint-Siège, en réclamant la dignité dont il avait été dépouillé ; mais, après bien des négociations, llincmar fut maintenu. Ce prélat illustre, qui occupa pendant trente-sept ans le siège archiépiscopal de Keims , se trouve mêlé à toutes les grandes choses de son temps , et tout en dirigeant les affaires, tout en gouvernant la royauté elle-même, il travailla à la splendeur de sou église et à la prospérité de la ville dont il était le pasteur, llincmar obtint de Cliarles-lc-Cliauve des privilèges pour les ouvriers; il traça des rues nouvelles, fonda un hôpital, et rendit aux écoles monastiques l’éclat dont elles avaient brillé sous Charlemagne (882).
Le successeur d'Ilincmar, Foulques, intervint comme lui dans la politique active. En 893, il avait donné Ponction royale à Eudes, comte de Paris, dans l’église de Keims. A quelque temps de la, il se mit à la tête du parti qui appuyait Charles-le-Simple ; sous prétexte de traiter d’affaires ecclésiastiques, il assembla un concile à Keims, fit proclamer ce prince roi de K rance, et le couronna. Eudes, pour se venger, vint mettre le siège devant Reims; mais Charles le contraignit à In retraite. Cette triste époque n’est signalée que par des guerres, d’impitoyables ravages, des désordres de toute espèce. L'évêque Seul Tes vend son siège archiépiscopal au comte de Vermandois pour un de ses fils; ce fils, nommé Hugues, est élu archevêque de Reims à l'âge de vingt ans, et son élection est approuvée par le pape Jean X (922-930). Plus tard , Hugues trouve dans Artaud, moine de Saint-Kemi , un compétiteur redoutable. Les deux rivaux appellent à leur aide les Normands et les Allemands; après huit années de lutte, Artaud s’établit en vainqueur dans la ville, tandis que Hugues, dépossédé, court les ram pagnes et les ravage comme un chef de brigands (918). Parmi les prélats successeurs d'Artaud, Adalbcron, chancelier du royaume sous Lothaire, et Arnould, fils naturel de ce prince, en intervenant dans la politique, en se mêlant à la révolution qui porta Hugues Capet sur le trône, attirèrent de nouveaux malheurs sur le pays. En 990, Charles de Lorraine, rival de Hugues Capet, s’empara de Reims; mais ce triomphe dura peu. Dans la nuit du jeudi saint, 6 avril 991, Charles, qui se trouvait alors h Laon, tomba, par trahison, au pouvoir de Hugues Capet. L'archevêque Arnould bit pris en même temps, lin concile s'assembla pour le juger dans l'abbaye de Sainte-Barbe, auprès de Keims : il fut déposé; mais un autre concile le replaça , peu de temps après,
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sur son siège archiépiscopal. En 1049, un troisième concile fut tenu à Reims par le pape Léon IX, qui s’était rendu de Rome dans cette ville pour y faire la dédicace de l'église de Saiut-Remi, dont l’abbé Hérimar venait d'achever la construction. Une dispute, soulevée par une question de préséance, s'étant élevée entre l’archevêque de Reims et l'archevêque de Trêves au moment où l’assemblée ecclésiastique entrait en séance , le pape se tira d’embarras en faisant asseoir tous les prélats en cercle, et en se plaçant au milieu d'eux. Dix ans après le concile de Léon IX, en 1059, Henri I,r fit couronner à Reims, par l'archevêque Gervais , son fils Philippe l*r, et, à cette occasion, il confirma à l'archevêque le comté, les abbayes, les terres dont il jouissait, et lui couféra, en outre, la dignité de chancelier de France. Philippe, dans la formule du serment qu'il signa sur l'autel, promit de rendre « au peuple une exacte justice , selon les droits et les coutumes de chacun ; » et bientôt le peuple de Reims réclama , pour sa part , l'exécution de ce serment.
Nous ne suivrons point en détail les événements qui signalèrent dans la seconde moitié du xi" siècle l'histoire de l'église de Reims. Il suffira de rappeler qu’à cette date saint Bruno, le célèbre fondateur de l'ordre des chartreux, était chanoine et écolûtre de la cathédrale de cette ville, et que de son école sortit Eudes ou Odon de Châtillon, qui fut depuis le pape Urbain II. Dans les premières années du siècle suivant, la vacance de l'archevêché de Reims faillit soulever en France les mêmes débats que la question des investitures soulevait alors en Allemagne. Raoul Le Verd et Gervais, fils de Hugues, comte de Rhétel, avaient été élus simultanément; l’un était soutenu par le pape, l’autre par le roi; la ville fut mise en interdit (1108). Le peuple vivement ému prit part dans la querelle. Deux partis se formèrent: on se battit avec acharnement, et les habitants de Reims, après ce premier essai de leur courage, songèrent à leurs droits. En 1 109, ils préludèrent à la conquête de leurs franchises par de sanglantes émeutes ' contre les collecteurs de l'abbaye de Saint-Denis, et il fallut l'intervention du pape pour désarmer les bourgeois et les moines eux-mêmes, qui, sous la conduite de l'abbé Joran, avaient combattu comme des troupes aguerries.
En 1119, le pape Calixte If célébra dans la cathédrale de Reims un concile général, composé de deux cent vingt-quatre archevêques, évêques et abbés; on y traita des différends qui s'étaient élevés entre Henri I" et Louis- le-Gros, à l'occasion de la Normandie usurpée par le roi d'Angleterre sur la couronne de France. Le pape y prononça en outre l'excommunication contre l’empereur d’Allemagne Henri V. Dix ans plus tard, ce dernier prince ayant pris les armes contre la France, s’avança dans la Champagne avec, l’intention de s’emparer de Reims et de faire disparaître une ville dans laquelle l’anathème avait été lancé contre lui ; les habitants, dans cette circonstance menaçante, fournirent au roi de France un contingent considérable, et l’empereur n'osa point conduire à sa fin la vengeance qu'il avait projetée. En 1148, un nouveau concile, composé de orne cents prélats, fut tenu dans la cathédrale de Reims par le pape Eugène III. Cette assemblée est célèbre par la condamnation de Gilbert de La Forée , dont les doctrines théologiques attaquaient le mystère de la Trinité, lin autre hérétique, nommé Eon, y fut condamné également; nous avons raconté son étrange histoire dans notre
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esquisse historique sur Loudéar. Le concile fit enfermer ce fou dans une tour qui a subsisté jusqu’à la lin du xvip siècle, sous le nom de tour d'Éon.
Jusqu'ici c’est l'église qui domine, mais à l’époque a laquelle nous sommes parvenus, le peuple npparait enfin, et les habitants de Reims figurent au premier rang dans la révolution communale du xir siècle. Cette ville, après la conquête franque, avait conservé de nombreuses traditions du régime municipal romain. On y trouve, au ix' siècle, une magistrature urbaine, rendant la justice dans les causes qui n’entralnaient point la peine capitale, et, jusqu’en 1095, on y voit le peuple intervenir dans les élections canoniques. Lorsque Noyon, Beauvais et taon eurent donné le signal de l’indépendance , « les Bernois , » dit M. Augustin Thierry, » résolurent de reconstituer, par un effort commun, et de rendre à l’avenir inattaquables les garanties des libertés dont les débris s’étaient conservés chez eux pendant plusieurs siècles. »
Vers 1138, pendant la vacance du siège épiscopal, les bourgeois s’organisèrent en compagnie et obtinrent des lettres de Louis VII, qui leur octroya une commune sur le modèle de la commune de taon. Cette concession, dans l’origine, ne concernait que la Cité, c’est-à-dire la partie de la ville enfermée dans la vieille enceinte romaine; mais les paroisses rurales attenantes à cette enceinte ne tardèrent pas à réclamer pour elles-mêmes les garanties octroyées à la Cité. Le chapitre, qui voyait d’un œil jaloux l’affranchissement des bourgeois , repoussa les réclamations formées par les habitants des quartiers extérieurs, et une lutte violente éclata bientôt entre le tiers-état et l’autorité ecclésiastique. Les membres du clergé de Reims adressèrent des plaintes au légat du Saint-Siège et au roi. Saint Bernard intervint dans la querelle et en api>eln au pape , en lui représentant que la dignité de l’Église était outragée. Le roi, dans une lettre sévère, admonesta les bourgeois; mais cette lettre fut impuissante à calmer l’irritation des esprits. Les habitants de la paroisse Saint-Remi, qui demandaient à être agrégés A la Cité, se portèrent en armes contre le palais archiépiscopal; l’archevêque. Sanson de Malvoisin, que l’émeute tenait comme assiégé, demanda des secours à Suger, abbé de Saint-Denis, et régent du royaume pendant l’absence de Louis VIL Suger envoya une petite armée ; à l’approche de ces forces l’émeute se calma, mais sans que l’esprit de révolte fût vaincu , et la lutte continua sourdement jusqu'à l’époque où le propre frère du roi, Henri de France , passa du siège épiscopal de Beauvais sur le siège de Reims. Fort de l’appui de son frère, Henri se montra intraitable à l'égard de la commune. Les bourgeois coururent de nouveau aux armes; Louis VH arriva bientét avec un corps de troupes et fit abattre cinquante maisons. Enfin, après de longs débats et de continuelles représailles, l’archevêque consentit à traiter avec les bourgeois, et s'engagea, moyennant une somme de quatre cent cinquante livres, à respecter les droits de la commune. En 1 182, le successeur de Henri, l’archevêque Guillaume, prit le même engagement, et s’y montra fidèle ; mais en 121 1 , sons l'épiscopat d’Aubry de Haut-Villiers, les contestations recommencèrent , et cette persistance des bourgeois à lutter contre la seigneurie ecclésiastique n'a rien qui étonne, quand on songe aux vexations cruelles qui les frappaient sans cesse , à l'autorité tyrannique des prélats qui , sans qu’il y eilt ni délit ni procès , faisaient jeter les bourgeois dnns les cachots de leur forteresse ,