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le redoutable rhrtteau de Porte-Mars, elles torturaient souvent pour en tirer de grosses rançons. Les discussions qui éclatèrent à Keauvais en 1232, à l'occasion du droit de commune, et la part que l’archevêque, Henri de Broinc, prit dans cette querelle comme métropolitain de l'évêque de Beauvais, excitèrent de nouveaux troubles. Henri de Braine, ayant voulu ajouter de nouvelles fortifications au cliAteau de Porte-Mars , les bourgeois en armes tombèrent sur les ouvriers , enlevèrent les matériaux et firent le siège de la forteresse. L'excommunication fut prononcée contre eux, par l'official d'abord, et bientôt pnr le pape. Les évêques suffragants du diocèse de Reims s'assemblèrent en concile provincial à Saint -Quentin, et déclarèrent que si l’archevêque invoquait le secours du roi, celui-ci était teim de venir en aide nu prélat sans faire aucune enquête. Cette dérision fut signifiée au roi par l’archevêque en personne , et comme le roi , après deux entrevues et deux sommations, n'avait point donné de réponse? décisive, un nouveau concile s'assembla à Senlis , et les terres du domaine royal furent mises en interdit. La conscience de Louis s’effraya de la sentence ecclésiastique; il condamna les bourgeois à réparer les dommages qu'ils avaient pu causer à l’archevêque, et le prélat fut rétabli dans tous ses privilèges; mais, en 1257, la commune essaya de nouveau de reconquérir ses franchises, et Louis IX dut intervenir une seconde fois. Pendant la dernière moitié du xw* siècle, et dans le siècle suivant , les mêmes débats se renouvellent encore ; mais déjà la société s’est régularisée ; au lieu de recourir aux armes, on plaide, tout se déride par des procès en parlement , et comme le dit M. Augustin Thierry, dans les pages éloquentes qu’il a consacrées à cette période de l'histoire de Reims, » à la fin du xiv' siècle, la commune de cette ville cesse de jouer un rôle politique. Elle ne fut point abolie , mais elle s’éteignit sans violence et sons éclat sous la pression de l’autorité royale. »
A dater de cette époque jusqu’en 1789, l’échevinage de Reims traverse trois phases distinctes : au commencement du xiv" siècle, la couronne envoie à Reims un rapitaine, et le conseil de ville, jusqu'il l'invasion anglaise, est constitué comme une capitainerie royale ; pendant l'invasion , c’est un parlement anglais avec une aristocratie inamovible et une bourgeoisie élective ; pendant la Ligue , c'est un gouvernement absolu. Le conseil se composait d'un capitaine choisi par le roi , et de huit ou dix bourgeois élus par le peuple ; il y avait , en outre , l’assemblée générale, composée des bourgeois notables, des nobles et du peuple, réunis sous la présidence du capitaine. En 1443, le nombre des conseillers fut fixé à vingt-quatre, dont seize étaient élus parle peuple; l'archevêque, le sénéchal du chapitre et les abbés de Saint-Remi , de Saint-Nicaise et de Saint-Denis , en faisaient partie de droit. Reprenons maintenant le récit des faits.
Le sacre de Philippe-Auguste par l'archevêque Guillaume, en 1179; un incendie qui, en 1210, détruisit une partie de la ville; une guerre soutenue, vers 1262, par les habitants de Reims contre les habitants de Verdun , guerre qui fut suspendue , en 1265, par une trêve , et terminée , deux ans plus tard, par un traité de paix; la construction d’une enceinte fortifiée en 1294, tels sont, à côté des débats soulevés pnr la commune , les événements les plus importants que présentent les annales de Reims dans le cours du xne et du xui' siècle. Tout atteste
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qu'à cette date la ville était des plus importantes ; elle avait une milice nombreuse commander par des connétables ; le commerce des toiles et des vins assurait à ses habitants de précieuses ressources , et déjà on voit apparaître dans une confrérie d'étudiants, désignés sous le nom de Bons Enfants , l’origine de l’université rémoise. Ces lions enfants, qui portaient pour vêtement une cape grise, vivaient sous la direction de l’écoldtre de Reims ; ils étaient astreints à réciter chaque jour l'office de la Vierge, et à se donner la discipline toutes les nuits. C'était là, du reste, ce que leur règle offrait de plus remarquable.
Iji milice de Reims , qui avait dignement payé sa dette sur le champ de bataille de Bouv ines , trouva , dans le xiv siècle , de nombreuses occasions de se signaler. En 1312, cette milice eut à combattre une troupe de brigands , composée de bannis et de vagabonds, qui, sous les ordres de deux Rémois, exerçait dans le pays d’impitoyables ravages. Après plusieurs engagements , ces deux chefs furent pris et pendus. Quand les ennemis manquaient à leur courage, les Rémois se Imitaient entre eux , et leur ville offrit plus d'une fois le spectacle de ces guerres intestines où plusieurs familles armées, comme dans les républiques italiennes, les unes contre les autres, entraînaient toute la population dans leurs querelles.
En 1336 . les milices de Reims , sous les ordres de leur archevêque , Jean de Vienne, expièrent dans les champs de Crécy la victoire de Bouvines; mais, en 1339, elles prirent une glorieuse revanche, et forcèrent l’armée anglaise à la retraite, après avoir soutenu centre elle et contre Édouard en personne un siège1 de trente-sept jours. L’arrière-garde ennemie fut taillée en pièces, ('.elle courageuse résistance sauva le royaume; et telle était l’ardeur des Rémois, qu’après avoir chassé l’ennemi loin de leurs murs , ils allèrent attaquer les Anglais dans les forteresses qu’ils occupaient aux environs , et /mur leur loyauté garder et principalement l'honneur du roi, ils passaient au (il de l’épée les garnisons qui tombaient entre; leurs mains. C’était peu cependant que l’invasion ; des désordres et des maux de toute espèce désolaient le pays. Quelques années auparavant, Gilles de Kodemanehe, seigneur de Chassepierre, avait fait aux Rémois une véritable guerre de brigand, et ses soldats étaient venus porter l’incendie jusque dans l’enceinte de la ville. Bientôt on souffrit de la peste et de la famine, et à l’époque du sacre du roi Jean, Reims était entièrement dépeuplée.
Sous le règne de Charles V, Reims fut paisible et florissante ; la lutte que l’échevinage avait eu à soutenir pour le maintien de ses droits contre l’archevêque Jean de Craon s’était terminée à l’avantage des citoyens; mais Charles VI ne tarda point à compromettre de nouveau la fortune du royaume. Ce prince, qui avait été sacré à Reims en 1380, y revint de nouveau en 1 397 ; et y fut rejoint par l’empereur Veuceslas, dans le but de mettre un terme au grand schisme en consommant l'œuvre de la réunion. C'est là , jusqu’à l'époque où fut conclu le traité de Troyes (1330), le seul fait notable que nous ayons à mentionner. Égarés par les conseils du capitaine de ville, Guillaume de Chàtillon, les Rémois adhérèrent à ce traité, et se placèrent ainsi sous le sceptre de l'Angleterre; mais la ville des sacres ne pouvait subir longtemps le joug flétrissant de l’étranger : Jeanne d’Arc écrivit aux villes de la Champagne pour les presser de reconnaître leur souverain légitime. Guillaume de Chàtillon essaya vainement de retenir les
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habitants «le Keims dans la voie funeste ou ils s'étaient engagés, en leur représentant que Jeanne était la plus sotte éhose que l'on eût jamais vue ; ils répondirent parle cri de Vire le roi.' Charles VU se présenta bientôt devant la ville, et y lit son entrée le 16 juillet 1429. Jeanne lui offrit les clefs, et marcha devant lui en lui montrant la route, comme pour accomplir de tous points cette prédiction qu'elle avait tant de fois répétée, qu'elle saurait bien le conduire à l'église de Reims pour l'v faire sacrer. Charles, en effet, resta quatre jours dans la ville, et fut sacré par l’archevêque Renaud. On crut à un miracle, car le royaume était sauvé, et Jeanne avait rempli sa mission, de par le roi du ciel, son droiturier S~itjneur et souverain , ainsi quelle disait dans sa lettre aux villes de la Champagne.
Charles VII, pendant toute la durée de son régne, témoigna aux habitants de Reims une extrême bienveillance ; mais il n'en fut pas de même de son successeur. Louis XI, au moment de son sacre, leur avait promis une diminution de taill«“s ; mais, nu lieu de réduire l'impôt, il l'augmenta, et en exigea le paiement avec une rigueur extrême. Les citoyens s'armèrent pour résister; le roi punit comme il le savait faire, impitoyablement ; et la ville eût peut-être subi les dernières rigueurs sans la généreuse médiation de Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne. Quelques années plus tard, Louis, craignant que Reims, dont les fortifications étaient délabrées, ne tombât au pouvoir de ses ennemis, conçut le projet de la raser entièrement, et il fallut pour le détourner de ce dessein les vives instances du commissaire même qu’il avait envoyé dans la ville, l'ne peste en 1481, un incendie qui consuma la couverture de la cathédrale, les débats de l'échevinage et de l'évêché signalent seuls les dernières années du xv* siècle; et, à part les cérémonies des sacres, nous ne trouvons rien dans la première moitié du siècle suivant qui mérite d'être rapporté. Pendant le règne de François I", Reims, par sa situation géographique, échappa aux ravages de la gueiTe ; par la ferveur de son catholicisme, elle échappa aux séductions de l’hérésie; et en effet, la ville où se conservait la sainte ampoule, la ville qui devait à cette relique illustre une partie de sa gloire, ne pouvait donner la main aux ennemis des reliqucs et des images. Les archevêques, d'ailleurs, avaient pris soin de ranimer la ferveur par des fondations pieuses, de prévenir le schisme par de sages réformes. Charles de Lorraine , en 1547, fonda une université sur le modèle de celle de Paris; et, en donnant ainsi à la foi l'utile appui de la science, il contribua puissamment à maintenir son troupeau dans la vieille tradition catholique. Charles de Lorraine qu’on nommait le l’ére des rois, parce qu'il avait sacré Henri II, François II et Charles IX, fut nommé par le pape Paul IV légat du Saint-Siège dans toute l'étendue du royaume ; et, en 1564, il fit accepter par un concile provincial les canons du concile de Trente, en réservant toutefois les libertés de l'église gallicane.
Les grands souvenirs que Charles de Lorraine avait laissés en mourant, l'avénement de son neveu Louis au siège archiépiscopal de Reims soutinrent dans cette ville le crédit de la maison des Guises ; cependant, quand la Sainte Union fut proclamée, quand le duc de Guise, en 1585, se présenta devant Reimi pour y pénétrer malgré la défense du roi, l'assemblée générale des habitaids décida qu'o/i ne donnerait point entrée dans ladite ville audit sieur de Guise. Les roya-
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listes lurent longtemps eu mujurité ; mais l’assassinat de Blois mit tout eu l'eu. I je chapitre de Reims déclara par un mandement que le peuple français était quitte et absous du serment de fidélité à Henri de Valois (1589). Dés ce moment le parti de la violence l’emporta. Le cardinal de Pellevé, que les historiens ont surnommé le boutefeu de la Ligue, fut nommé pur le pape au siège de Reims, contrairement aux lois du concordat : cette circonstance ajouta encore a la connaître des ligueurs , et les prêtres, comme partout, se montrèrent les plus ardents soutiens de la sainte Union. Mais la bourgeoisie ne tarda point à se lasser de toutes ces agitations; et, en 1595, la ville rentra sous l'autorité du roi. L'année suivante, un imposteur, nommé la Ramée, se présenta à Reims en se faisant passer (tour un lils de Charles IX et d'Élisabeth d’Autriche, et il annonça aux habitants qu’il venait se faire sacrer dans leur ville. Le présidial de Reims le lit arrêter; on le condamna à être pendu; et la sentence, confirmée par le parlement, fut exécutée a Paris.
Le séjour de Henri IV, en IGOü, l’établissement des jésuites cette même année, le sacre de Louis XIII, nous conduisent jusqu'en 1050, époque de l’invasion des Espagnols dans la Champagne. Reims à cette date fut occupée par l'armée du maréchal du Plessis-Praslin ; et l'ennemi se présenta plusieurs fois devant ses faubourgs , mais sans réussir à les forcer. Praslin fit valoir à la cour la conduite des Rémois; et, pour les récompenser, Louis XIV, par lettres-patentes de 1055, rétablit le conseil de ville dans ses anciennes attributions, en félicitant les habitants de leur patriotisme. L'année suivante ils en donnèrent de nouvelles preuves en combattant à leurs frais et de leurs personnes le gouverneur espagnol de Rocroi, Montalde, qui ravageait la Champagne.
Du règne de Louis XIV à ta révolution française , Reims n'occupe dans l’histoire qu’un rang tout à fait secondaire. Les querelles politiques du xvir siècle n’avaient eu dans les murs de cette ville qu'un faible écho; il en fut de même des querelles religieuses du siècle suivant ; le fait le plus important que nous rencontrions dans les souvenirs du jansénisme est la persécution dirigée par l'archevêque de Reims Armand-Jules de Rohan contre Philippe et Godiiiot. Le 1 1 juin 1775, Louis XVI fut sacré à Reims; et, dans cette circonstance solennelle, il laissa échapper un de ces mots tristes, que l'histoire recueille comme un présage quand les événements leur ont donné une signification : lorsqu'on plaça la couronne sur le front de Louis, il y porta la main en disant : Elle me gêne Henri 111 avait dit ; Elle me pique. C'était là comme le premier acte du drame qui devait se dénouer sur la place de la Révolution. Les événements marchaient vite alors. Seize ans plus tard on brisait à Reims, nous l'avons déjà dit, sur le piédestal de la statue de Louis XV, la fiole sainte qui servait à l'onction des rois. Un Liégeois, nommé Couplet, Carra , Pierre de la Manie et Sillery se rendirent à Reims, en 1791, afin de préparer le travail de cette ville. MM. de la Cundamine de Lescure, grand archidiacre, Gérard de Vachères, chanoine de la cathédrale, de Montlosier, maréchal des camps et armées du roi, et quelques ecclésiastiques périrent victimes de la terreur révolutionnaire. Mais la population voyait avec horreur ces terribles exécutions; la plupart des personnes inscrites sur les listes de prescription s'échappèrent ou furent cachées par les habitants. La populace elle-même
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protesta par des représailles et brilla, le 6 septembre, l'un des terroristes les plus exaltés. Lorsque le célèbre décret du 10 novembre 1 793 eut substitué au culte, catholique le culte de la raison , les adeptes de cette foi nouvelle , pour signale! leur prosélytisme , se revêtirent d'habits sncerdotaux , montèrent sur des ânes et tirent une cavalcade dans l'intérieur de la cathédrale.
Menacée , mais de loin , par les l’russicus , pendant la campagne de Valmy, Heinis, moins heureuse â la seconde invasion, vit deux fois l'étranger dans ses murs. Sous l’empire elle avait été loisible et prospère ; elle eut largement sa part de malheurs dans les derniers revers. Après la bataille de Craonne, un Français, armé contre son pays, le comte de Saint-Priest , se présenta sous les murs de Iteims , à la tète de quatorze mille Russes. La place n'avait pour toute défense qu’une enceinte en ruines, pour toute garnison que cent hommes de la garde, cinquante gendarmes et les cadres de trois bataillons. Les habitants secondèrent avec un grand courage cette poignée de braves , mais il fallut céder au nombre. Occupée par les Russes le 16 février 181 V, reprise le 5 mars par le général Corbiueau, puis occupée de nouveau par l'ennemi, Reims fut encore attaquée le 13 du même mois par Napoléon, qui en chassa Saint-Priest. Les Russes, dans cette dernière a (Ta ire, perdirent six mille hommes et vingt-deux pièces de canon. Ce fut là un des derniers et des plus brillants faits d'armes de cette mémorable campagne.
Déshéritée par la révolution de la cérémonie fameuse qui faisait sa splendeur, Reims vit se renouveler, sous le dernier des llourbons de la branche aînée et pour la dernière fois peut-être , la solennité de l’onction royale. Il est peu de solennités dans le cours du moyen âge qui aient impressionné les peuples plus vivement que la solennité des sacres ; et la persistance du cérémonial est à elle seule un fait remarquable. Voici à ce sujet quelques détails. Postérieurement au baptême de Chlodvvig, le premier sacre sur lequel l’histoire nous ait transmis des souvenirs précis est celui de Philippe I", en 1059. C’était le jour de la Pentecôte ; la messe fut célébrée dans la cathédrale de Notre-Dame, par l'archevêque (iervais , rar les archevêques de Reims prétendaient qu’à eux seuls appartenait le droit de placer et de bénir la couronne sur le front des rois de France. Avant l'épitre le prélat se tourna vers le prince; et, après lui avoir fait une exposition de la foi catholique, il lui demanda si cette foi était la sienne et s'il voulait la défendre. La réponse fut affirmative. On présenta ensuite à Philippe un écrit qu'il lut à haute voix et qu'il signa sur l'autel. C’était l’engagement de maintenir les droits de tous et de gouverner avec équité. Cette première formalité remplie, Gervais fit les onctions saintes au jeune prince, qui fut proclamé roi par les assistants : d’abord par l’archevêque, puis par les légats du pape, les évêques, les abbés, le clergé, les ducs, les comtes, la milice et le peuple, o II nous plaît, «ou» le roulons; qu'il soit notre roi! I.audamus, volumvs, fiat! » Telle était l’exclamation de la foule.
A dater de Philippe-Auguste, le cérémonial du sacre, qui, jusque-là, avait été réglé par la tradition, fut soumis, par édit royal , à des formes fixes et à une invariable étiquette. Quand le jour de la cérémonie était arrêté, le roi en informait par lettres closes les érhevins ou le conseil de ville. Il était d’usage que le tu. 19
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prince se présentât aux portes de la cité, monté sur un cheval blanc; là les ciels lui étaient offertes par les magistrats municipaux ; mais, à partir du régne de Charles VII, les magistrats municipaux furent remplacés par une jeune fille, trèsprobablement en mémoire de Jeanne d'Arc. I.e roi se rendait directement à la cathédrale; il s'agenouillait à la porte, l'archevêque lui donnait l'évangile à baiser et le conduisait dans le clm*ur; on chantait le Te Oeum , ce cantique îles rois, et le monarque se retirait ensuite à l'archevêché. Le jour du sacre les évêques de Laon et de Beauvais allaient, en grande cérémonie, chercher le prince dans scs appartements. En même temps une autre députation se rendait à l’abbaye de Saint-Denis |>our y prendre In sainte ampoule. Quatre personnes de haute noblesse étaient déléguées à cet effet ; elles juraient sur l’évangile d’exposer leur v ie , s'il en était besoin , pour la conservation de la précieuse relique , et, si on l’exigeait, elles restaient même comme otages à l’abbave.
Le cortège royal se rendait ensuite en grande pompe à la cathédrale; là, l'archevêque requérait le roi de conserver au clergé et aux églises leur juridiction et leurs privilèges. Le roi le jurait : alors les évêques de Laon et de Beauvais le présentaient à la foule et demandaient aux assistants s'ils l'acceptaient pour souverain. Quand la foule avait donné son assentiment, le roi, la main sur les évangiles, prêtait devant l’archevêque, en latin et à haute voix, le serment du sacre, qui était de conserver la paix à l'église, de réprimer les violences, de faire respecter la justice, d'exterminer l'hérésie. Le roi, dans les derniers temps, prêtait encore trois autres serments , l'un en qualité de grand-maître de l’ordre du Saint-Esprit, l’autre en qualité de grand-maître de l'ordre de Saint-Louis, et enfin, te troisième, comme chef de toute justice ; à ce titre, il jurait de faire observer les édits sur les duels.
Beudant ce temps, on disposait sur l’autel le vêtement d'apparat, la camisole de satin rouge garnie d'or, la dalmatique, le manteau de velours blanc semé de fleurs de lys, et les insignes de la royauté, la couronne, le sceptre, l'épée, les éperons. Bientôt l'archevêque, s'approchant du roi, faisait les onctions saintes; il élevait ensuite la couronne au-dessus de la tête du monarque, et le conduisait à un trône élevé sur le jubé. Après l'avoir fait asseoir, il S'inclinait devant lui, le baisait, et criait par trois fois: vivat rex in œternum. Les douze pairs du royaume répétaient la même cérémonie. Le peuple entrait bientôt. Les oiseleurs lâchaient du haut du jubé les oiseaux du sacre, et le roi était reconduit en grande pompe à l'archevêché, où l'attendait un somptueux repas. Sa table était servie par les officiers de sa maison, et les autres tables par les membres de l'échevinage de Reims et les notables bourgeois, qui, tous, portaient l’habit noir avec une (leur de lys brodée d’or, le manteau et le rabat. Le lendemain du sacre le roi allait en cavalcade à Saint-Denis pour entendre la messe et toucher les écrouelles.
Au sacre de Charles X, le 29 mai 1825, le cérémonial de l'onction et du couronnement fut à peu de chose près conforme au cérémonial observé dans les anciens sacres, mais le serment fut modifié, et , dans la formule nouvelle, on pouvait retrouver la trace de la révolution. Le roi ne parlait plus des hérétiques, il disait encore mon /.ci pie; mais des mots nouveaux, la Charte constitutionnelle ,
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démentaient cette tradition de l'ancienne monarchie. Le lundi 30 mai , le roi tint à la cathédrale un chapitre de l'ordre du Saint-Esprit , où il nomma vingt-un cordons bleus; enfin, le 31 mai, il visita la ville et se montra aux habitants. Le Dauphin , le duc d'Orléans et le duc de Bourbon se tenaient à ses côtés pendant la marche du cortège , et derrière lui suivaient, en calèche découverte, madame la Dauphine, madame la duchesse de Rerry et mademoiselle d'Orléans. Arrivé dans la rue Saint-Denis, le roi mit pied h terre et entra dans l'hôpital de Saint- Marcoul, où sont les malades atteints d'humeurs froides. Il en toucha plusieurs, en disant, suivant l’antique usage : Dieu le guérisse, le roi te touche. Charles X quitta Reims le 1" juin. La solennité du sacre coûta à la France plus de trois millions.
C’était sans doute un insigne honneur pour Reims que la royauté française fût ainsi consacrée dans ses murs, mais cet honneur la grevait d'une lourde charge ; caries frais du sacre, sous l’ancienne monarchie, étaient payés par la ville. Du reste, elle était assez riche pour subvenir à ces dépenses, assez importante pour donner pendant quelques jours l’hospitalité aux rois. Comme ville ecclésiastique , Reims, sous l'ancienne monarchie, était au premier rang. Le prélat qui en occupait le siège prenait le titre d'archevêque duc de Reims, premier pair de France, légat né du Saint-Siège, primat de la Gaule Belgique. Le chapitre métropolitain se com|>osait de soixnnte-quatre chanoines, cinquante-un chapelains et quatre grands prêtres. Les archevêques de Reims jouissaient du droit de commande ou de protection surla plupart des abbayes du diocèse ; et c'était là une des principales sources de leur puissance. Au moyen âge ils avaient une milice régulière, des officiers qui portaient les mêmes titres que les officiers de la couronne, un sénéchal pour faire les honneurs de leur table, un maréchal pour commander leurs soldats, un panetier, un gruyer, un maître des eaux et forêts. Les agents de leur puissance spirituelle étaient au nombre de vingt-six, dont un geôlier et deux greffiers du registre des excommuniés ,- ils étaient métropolitains de onze diocèses, ils avaient juridiction temporelle et spirituelle sur onze abbayes, droit de patronage sur deux monastères ; et les habitants de Saint-Quentin et de Saint- Valéry étaient obligés de venir plaider à leur cour. Du xr au xiv* siècle, ces puissants prélats battent monnaie comme les rois-, la plus ancienne de ces monnaies date de l’épiscopat de Guy (1021-1033), la dernière, de l'épiscopat de Jean III (1355- 1373). Outre le chapitre métropolitain , Reims avait encore les trois collégiales de Saint-Symphorien, de Saint-Timothée et de Sainte-Balsamic , treize cures, un séminaire fondé en 1504 par le cardinal de Lorraine, les abbayes de Saint-Dcnys, de Saint-Nicaise, de Saint-Remi, de Saint-Étienne-ics- Dames, de Saint-Pierre-les-Dames et des Clarisses; deux rommanderies, celle du Temple, qui datait de 1040 , et celle de Saint-Antoine , qui était une espèce d’hôpital ; six communautés d'hommes , les Dominicains et les Cordeliers établis en 12-20 , les Carmes en 1229, les Auguslins en 1320, les Minimes en 1672, les Capucins eu 1693; trois communautés de femmes, les religieuses du Longucau, les Carmélites amenées de Paris à Reims par la reine Anne d'Autriche; et une congrégation fondée en 1336. Les établissements de bienfaisance n'étaient pas moins nombreux ; nous citerons l’Hôtel-Dieu , fondé en 860 par Hiucmar, l itô-
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pilai général et l'hâpital de Saint-Marcoui , qui se sont conservés jusqu'à nos jours.
De tous les monuments religieux de Reims, le plus ancien est l’église de Saint - Remi. Cette église, commencée en 1015, fut consacrée en 10'ifl par le pape Léon IX : c’est là que reposait saint Remi, et que se trouvaient les toml>enu\ de Carlomnn, de Louis d'Outre-Mer, de Gerl>erge, de Lothaire et de vingt-quatre archevêques. Au mois d'octobre 1793, le peuple de Reims mutila d’une nliominable façon ces précieuses reliques; les tombeaux furent profanés; et les restes du saint qui avait sacré Chlodnig furent enterrés dans le cimetière, sous le cadavre d'un soldat mort à l'hépital. Quant à la cathédrale, fondée dès les premiers temps du christianisme en l'honneur de saint Sixte, elle avait été détruite et plusieurs fois rebâtie sur des emplacements différents. Telle qu'on la voit encore de notre temps, elle est l’œuvre de Robert de Coucy, et elle fut commencée en 1212. Sa longueur est de quatre-vingt-treize pieds, sa hauteur de deux cent cinquante-six depuis le pavé jusqu'au sommet des tours; le portail est composé de trois arcades et décoré de six cents statues environ ; l'intérieur est éclairé par quatre-vingts verrières et dix roses tant grandes que petites; et, au-dessous des verrières, règne une galerie composée de cent soixante-treiie arcades à jour. Quoique la cathédrale de Reims, comme tous les monuments religieux du moyen âge, ait souffert des outrages révolutionnaires, elle peut encore aujourd’hui compter au premier rang parmi les édifices les plus imposants que nous ait légués la piété de nos aïeux. Deux autres églises, Saint- Nicaisc et Saint-Pierre-les-Dames, toutes deux également remarquables au point de vue de l’art, ont été détruites pendant la révolution. Saint-N'icnise datait du *iii* siècle, Saint-Pierre-aux-l)ames du xvi*; et on les citait romme des modèles de hardiesse et d'élégance. Parmi les monuments qui attestent l'importance de Reims dans le passé, et sous l'empire d'une autre civilisation, nous rappellerons l’arc de triomphe de la Porte de Mars, élevé par les Rémois en l'honneur de t’.ésar et d’Auguste, et le sarcophage romain désigné sous le nom de tombeau de Jov in. Il serait trop long d’indiquer ici en détail les nombreuses découvertes d'antiquités gallo-romaines qui ont été faites à différentes époques dans les murs de Reims; il suffira de mentionner le caveau orné de peintures, qui fut déblayé en 1738 à l'extrémité du Barbâtre; les débris de toute espère déterrés sur l'emplacement du cirque, qu’on désignait sous le nom de Mont d'Arènr ; la s’atue de Jupiter Olympien et la statue de Mars, trouvées au commencement de ce siècle , l'une à la porte aux Ferrons , l'autre entre Saint-Rrice et Champigny. Parmi les monuments ou les embellissements modernes de Reims , l’hôtel— de-ville , commencé en 1627, le palais épiscopal et la place Royale, méritent seuls d'étre mentionnés.
Reims, avant 1789, était une subdélégation de l'intendance de Châlons. Elle fut constamment comprise dans la juridiction du bailliage de Vermandois; mais, en 1523, François I" y établit un siège royal, et un présidial y fut créé par Henri II, en 1551. On y trouvait, en outre, une justice consulaire, une élection, une maîtrise des eaux et forêts, etc., et dix justices seigneuriales, dont la plus importante était le bailliage ducal de l'archevêché. Aujourd'hui, Reims est
SAINTE-MENEIIOULD. — V OU ZI ERS. — ÉPERNAY. 140 le chef-lieu d’une sous-préfecture ; on y compte environ quatre mille trois cents maisons et 39,185 habitants; l’arrondissement renferme près de 129,000 Ames.
Celte ville a une bibliothèque publique, un grand et un petit séminaire, un collège royal, une école de médecine et de chirurgie. Son principal commerce consiste en vins de Champagne, et l'on assure que ce commerce s'élève, pour l'arrondissement, à la somme annuelle de vingt-cinq millions. Ces fabriques de casimirs, de flanelles, de couvertures de laine, de schalls façon cachemire, etc., ont une haute importance industrielle ; enfin, Reims a attaché son nom, comme tout le monde le sait, à la fabrication du pain d'épice, des biscuits, et à la préparation des fruits sers.
Parmi les noms de ses enfants, la capitale de l'ancien Rémois peut, A toutes les époques, citer des noms glorieux : J ovin, le consul romain, le compagnon d'armes de l’empereur Julien ; Colbert, le ministre du grand roi ; Aurr/irn, musicien habile du ix” siècle; Robert de Coucy, l'architecte de la cathédrale; le célèbre graveur Robert iïanteuil; de la Salle, le fondateur des écoles chrétiennes; le poète Coquillart, que Marot appelle [honneur de la Champagne ; Beryier, fauteur des Grands Chemins de l'empire; Thierry liuinart; Iscrque de Pouilly; l'abbé l'Iuche, Linguet, Mar lot ; le célèbre teinturier Gobelin; Le I laiteux ; Tronçon du Coudray , Godinot. Les noms de MM. Geruzes , Paulin Pdris, Louis Paris et Varin, s'ajoutent, de nos jours, à la liste honorable des littérateurs et des érudits qu’ont vu naître la ville de Reims ou ses environs, et la continuent dignement. 1