‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 48 sur 128 · MOUZON · texte numérisé non relu

MOUZON

CARZONAN.

Le s plus anciens documents où il soit parlé de Mouzon, l’appellent Mosotnagus , c’est-à-dire, d'après l’explication de Dom Bouquet, demeure, manoir, forteresse sur la Meuse : quasi ad Mosam mansio. Flodoard la nomme Mosomus , et saint

I. Peyrao , Histoire de Sedan. — L'Art de vérifier les doits. — lluberl , Géographie des Ardenms. — Roulainvilliers, Etat de la France. — Villcrmé , De l'état physique et moral des ouvriers.

Remi, dans une de ses lettres, Locus mosomagensis. On ne saurait douter qu'elle ne fût déjà très-ancienne, lorsque Chlodwig la donna, dans le v* siècle, au saint évêque qui lui avait administré le baptême. Les soldats de la garnison romaine portaient, avant cette époque, le nom de Musmagienses ( Musmagienses intra tiallias, ru in VI magistro equitum constitua).

En 862, Charles-le-Chauve convoqua, in confinio mosomagensis et von semis comitalils , la diète où il fut question du mariage de Lothaire avec sa concubine Valdrude. Cette ville, dès le ne siècle, a\ait donc le titre de comté; elle jouissait même des privilèges du muniripe : en effet, Lit) ho dit que le concile de 874 , dans lequel on traita des mariages incestueux et des spoliations des biens de l'Église, s'assembla apuil Duziacvtn (Douzv) sec us municipium mo'omum. Deux autres conciles ou synodes furent réunis dans cette x ille, en 935 et en 1187. Carloman s'empara de Mouzon et dévasta tous les lieux environnants (871); les Normands, en 88-2, brûlèrent le château; il fut rebâti, en 881, pnr l’archevêque de Reims ; les Hongrois incendièrent la ville en 889. L’archevêque Hervé la releva de ses ruines et l’entoura de fortes murailles. Louis d’Outre-mer l’assiégea en 947; les Lorrains l’occupèrent et en détruisirent le château une année après ; l’archevêque de Reims Adalbéron parvint à y rétablir la domination de son église et reconstruisit l’enceinte vers 970.

Le* pape Calixte et l’empereur Henri V eurent une entrevue à Mnuznn en 1119. L’empereur Frédcric-Barberoussc et Philippe-Auguste se virent, en 1187, entre cette ville et Ivois { Epoissium, Epusum , Evosium ,) bourgade qui était située dans le Luxembourg français, sur le territoire de Sedan, pour y ronférer sur leurs affaires. En 1198, le pape Innocent III accorda à Guillaume, archevêque de Reims, l’autorisation d'ériger un siège épiscopal à Mnuznn. Dans le Mil’ siècle ( 1248- 12521, une querelle assez vive éclata entre l’archevêque de Reims et l’évêque de Liège; il en résulta d’abord une rencontre sanglante, dans laquelle les troupes liégeoises furent battues; ensuite, la prise momentanée de Mnuzon, d’où l'archevêque les contraignit à s’échapper en désordre ; enOn , un nouveau siège de cette ville, que l'ennemi abandonna presque aussitôt. En 1579, Charles V, avec le consentement du pape, échangea la ville de Vailly contre celles de Mouzon et de Beaumont que lui céda l’église de Reims ; le roi donna des armoiries à sa nou- - vellc acquisition; «‘Iles furent d'azur, au donjon maçonné d'urg nt flanqué de deux louis de même, surmontées d'une bannière aux cinq fleurs de lys d'or. Ci même année, Charles V déclara, dnns des lettres-patentes, que les habitants ne pourraient être tirés de leur ville pour fait de justice, et il en nomma le Dauphin gouverneur. Depuis cette époque jusqu’à Louis XI inclusivement, les Dauphins de France ont porté le titre de gouverneur de Mouzon. Charles VII, étant encore dauphin et régent du royaume, y établit un bétel des monnaies ( 1418). Le cardinal d’Amboise s’y aboucha, en 1505 avec les députés de. l'empereur Maximilien. En 1521, la place se rendit au comte de Nassau , général de Charles- Quint ; mais lorsque les Impériaux eurent renoncé au siège de Mézières, le comte de Saint-l’ol se mit en marche afin de la reprendre, et le bâtard de Nassau, qui en avait le commandement, ne se croyant pas assez fort pour s'y défendre, se relira sur Ivois après avoir vainement essayé d'incendier la ville.

MOHZON.

François I" visita deux fois Mouzon (1535-1545) et l'enferma dans une enceinte de murailles; d'un autre côté, les Espagnols fortifièrent I vois , que Henri II leur avait enlevé en 1562, puis rendu cinq ans après. En 1591 Mouzon fut enlevé aux ligueurs par le vicomte de Turenne, l'un des capitaines de Henri IV. Ce prince y passa avec la reine, en 1G06, an retour de son expédition contre Sedan, et entendit la messe dans l'église de l’abbaye. Louis XIII voulut lui donner un Ivaillt , en 1635; mais, sur les représentations de l'abbé, l'ordonnance royale n'eut point de suite. Les Espagnols cependant étaient toujours maîtres d'Ivois, d'où ils faisaient des incursions fréquentes sur le territoire de Mouzon. Les habitants ne reculèrent pas devant un engagement avec des troupes réglées. Piccolomini vint les attaquer en personne ; mais le maréchal de ChAtillon l'obligea de battre en retraite. Enfin Louis XIII y établit son quartier général, pendant que ses troupes investissaient Ivois (1038). Louis XIV, en 1654 et 1G.Y7, traversa Mouzon se rendant, la première fois, au siège de Stenay, la seconde à celui de Montinédy. En IGGI , il renouvela l'édit de Louis XIII portant rréalion d’un bailli et supprima la justice ancienne. Les fortifications furent démolies en 1071, pour donner un nouvel essor h l'industrie. Le prince Charles de Lorraine s’empara de la place sans coup férir, en 1G77, mais il en fut délogé presque aussitôt par le maréchal de Créqui. Ivois était tombé, en 1662, au pouvoir des Français, qui en avaient rasé les murailles et les maisons; cette ville, érigée en duché-pairie par levais XIV , en faveur du comte de Soissons, de la maison de Savoie, reçut alors le nom de Carignan, sous lequel elle est connue aujourd’hui.

Mouzon, autrefois capitale d'un petit pays appelé le Mouznnnnis, est située aux confins du ltcthelois, dans un bel emplacement, sur la rive de la Marne, doid un bras la traverse , et au pied d'une montagne assez haute, au levant, qui séparait la France des terres du roi d'Espagne. Le monastère, rebAli par l’archevèquc Hervé, avait des abbés commandataires. L’église de cette abbaye existe encore : on n’y voit plus, il est vrai, que deux tours, sur trois dont elle était ornée, et l’édifice a grand besoin de réparations. Tel qu'il est , ce monument n’en est pas moins regardé comme un chef-d’œuvre d’architecture; il sert aujourd'hui de paroisse Mouzon avait aussi, sous l'ancien régime, un collège, fondé en 1653. Le dépôt de mendicitédu département y avait été établi en 1810; il fut supprimé dans la première année du règne de Louis XVIII. La population de la ville est de 2,528 habitants. Son commerce est alimenté par des fabriques de drap, des distilleries, des filatures, des bonneteries, des tanneries, etc. ; on y élève aussi des abeilles. Au nombre des pei-sonnages célèbres nés à Mouzon, on distingue : saint Victor, martyr; Pierre Futgence, auteur d une chronique manuscrite sur cette ville; le théologien Haxny; le savant médecin Massue! ; le professeur Dori;)/ , jésuite; et le général Hardy , fils d’un tonnelier. Aucun homme éminent, que nous sachions, n'a reçu le jour à Carignan. Celte petite ville, où l'on trouve des filatures, îles fouleries et des lamineries en tôle et une fabrique d'épingles, ne renferme pas plus de 1,700 habitants. 1

1. Motire de l’Empire. — Flodoarl , Histoire de Reims. — Saint-Remi, Lettre à l'évtque Falco n. — Annales Bcrliniani. — Gallia Christ iana . — Mémoire * manuscrits de Pierre Camnrt — Jean Huherl, Géographie historique des Ardennes.

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