‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 51 sur 128 · RETHEL · texte numérisé non relu

RETHEL

tour du Louvre , y mourut, eu 1521 , le 27 du mois d'aodl. Survint alors un nouvel accommodement par lequel le comté de Ne vers fut donne à son fils François , et celui de Kcthel à Udet de Foix, vicomte de Lautrec, époux de Charlotte d'Albret, sœur de Marie {juillet 1525).

Eu 1521 , après la prise de Mouzon et pendant le siège de Mézières, le comte de Kifourcet, noble allemand, avait quitté le camp des Impériaux pour aller à la maraude dans le Rethelois. François de Silly, lieutenant du duc d'Alençon, se trouvait en ce moment à Retliel. 11 souleva les paysans, cl le comte de Rifourret, attaqué dans les bois, y perdit presque tous les gens de sa suite, dont cinq ou six seulement , échappés au massacre , l'accompagnèrent dans sa captivité.

Odct de Foix , nouveau seigneur de Rethel , fut maréchal de France , et fit , sous Charles XII et François I,r, les campagnes d'Italie. Son fils Henri mourut en 1 5i0 ; il eut pour successeur Gui de Laval, qui avait épousé Claude, sa sœur. Aucun enfant n'était issu de ce mariage, de manière qu'à la mort de Claude, en 1519, François, fils de Marie d'Albret et de Charles de Clèves, créé duc de N'evers dix ans auparavant, réunit ce domaine au comté de Rethel. (I eut pour successeurs immédiats ses deux (ils, François II et Jacques, et sa fille Henriette, laquelle épousa, en 1565, Louis de Gonzague, Ois du duc de Mantoue. la Ligue compta un moment Louis de Gonzague parmi scs plus chauds défenseurs; mais il n'hésita point à s’en détacher, et reconnut Henri IV dès son avènement. Ce prince le députa, en 1593, auprès du pape Clément VIII, pour lui demander son absolution. Louis de Gonzague fut le premier duc et pair de Rethel (1581 ) ; il mourut en 1595, et son fils, Charles II de Gonzague, qui fut, comme son père, l'un des hommes les plus éminents de son siècle, lui succéda dans le duché de Rethel et de Nevers, à la mort de Henriette de Clèves, sa mère (1601 ). Le nouveau duc fit exécuter des travaux importants au château de Rethel , travaux continués plus tard et achevés par le cardinal de Mazarin. Il acheta de Louis XIII la suppression du grenier à sel de cette ville, ainsi que de celui de Mézières; mais il remplaça cet impôt par une redevance annuelle appelée rente ducale du lésion. En 1 600, il avait suivi Henri IV dans son expédition contre Sedan ; en 1617, les princes l’attirèrent dans leur parti contre le maréchal d'Ancre. Le duc de Guise envahit alors le Rethelois, avec l’armée qui avait accompagné Louis XIII sur les frontières d'Espagne, lors du mariage de ce jeune prince avec Anne d'Autriche. Rethel et Ch.lteau-Porcien furent assiégés et pris après une résistance vigoureuse, qui avait duré, pour la première de ces places, dix jours, pour la seconde, vingt-six. Le duc Charles , depuis cette époque , n'entra plus dans aucune ligue contre la cour; il leva même des troupes à ses frais pour repousser l’agression du comte de Mansfeld.

En 1650, l'archiduc Léopold s’empara de Rethel ; le 13 décembre de la même année, les Espagnols en furent chassés par le maréchal du Plessis-Praslin ; le 15 eut lieu, à quelque distance de la ville, l'engagement auquel est resté le nom de combat de Rethel, et où Turcnne, qui avait voulu secourir la garnison, faillit être fait prisonnier par les troupes du maréchal.

Le dernier duc de Rethelois, de la maison de Gonzague, fut Charles III, petitfils de Charles II. En 1659, il vendit au cardinal de Mazarin toutes ses seigneuries lit. 23

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de France , afin d’aller finir ses jours en Italie dans ses duchés de Mantoue et de Montferrnt. Le comté de Rethel, uni à la baronnie de Rozoi, avait été, comme nous l'avons déjà dit, érigé en duché-pairie, l’an 1581. Le cardinal fit confirmer cette érection, au mois de décembre 1663, en faveur du mari de sa nièce, Charles- Armand de la Porte de la Meilleraye , avec cette clause singulière que le nom de tlazarini serait substitué à celui de Rethel, et que ce domaine ne pourrait jamais être incorporé à la couronne, à défaut! d'hoirs rndlrs. Guy-Paul-Jules de la Porte, petit-fils de Charles-Armand, épousa Louise-Françoise de Rohan-Souhise ; il en eut une fille , Charlotte- Antoinette, qui fit passer, par mariage, le duché dans la maison de Durrord-Duras, laquelle en a joui jusqu'à la révolution de 1789.

Kethel ne se ressentit pas directement des événements militaires de la révolution ; ses souvenirs politiques de la même époque ne présentent aucun intérêt. Dans les premières années de l’empire, cette ville fut visitée par l'impératrice Joséphine et le prince Eugène. Sans doute ses enfants ne restèrent point étrangers aux luttes de la France contre l'Europe coalisée; « ils aiment mieux la guerre que le travail,» disait l'abbé Expilly des Rethelois, vers 1770. Aujourd'hui cette ville, d'après M. Jean Hubert, «est le centre d’une fabrication considérable de tissus légers, tels que sclials, llnnellcs, napolitaines, rircassiennes, etc. » Outre six grands établissements de filature de laine, on y comptait, il y a quelques années, une vaste manufacture de machines, des tanneries et des brasseries, l'nc sous-, préfecture, un tribunal de première instance et un collège compensent faiblement, pour Rethel, la perte de son titre de chef-lieu du Rethelois, d'un duché-pairie, d'un bailliage et d'une élection. Ses couvents des Capucins et des Minimes ont également disparu, et la ville, qui est bâtie sur les bords de l'Aisne, n'ofire pas un seul monument remarquable. L'arrondissement de Rethel , le second des Ardennes, renferme 68,487 habitants, son chef-lieu 7,184. Chàteau- Porcien compte 2,200 âmes; Chàtenu-Regnnult, environ 700. Les célébrités du pays sont François-Bidal, maréchal de France, né à Asfeld-la- Ville, sous le nom de laquelle il est plus généralement connu; le professeur Anot de M (lisières, de Saint-Grrmainmont ; le théologien haubert, les deux Wilban, peintres, et le conventionnel Mcnesson, sortis tous les quatre de Chàteou-Porcien ; le poète latin lirouet, né à Chàteau-Regnault; le peintre Antoine Robert, deSery; Jean Oerson, l'auteur de l’ Imitation de Jésus-Christ , né dans le hameau de Gerson, dont il ne reste plus de trace; Robert de Sorbon, du village de Sorbon, le fondateur de la Sorbonne. Enfin Rethel a donné le jour à Saint- Amont, à Réntrir, reine de Sicile ; au père Cornard, général des Minimes, nu mathématicien Isseur, nu minime Raulin, orateur distingué, et au théologien Copelle. '

1. Chroniques de Monstrdet, t. II. — Chroniques de Saint-Denis. — Le Continuateur de Guillaume de fiiangis. — Bibliothèque royale, fonds Saint-Germain. — L'Art de vérifier les dates. — Kxpilly, Dictionnaire des Gaules. — Jean Hubert, Géographie historique des Ardennes.

MEZIERES

La fondation de Mézières { Naceriœ ) est fixée par les auteurs à l'an 899, date pour le moins hypothétique, mais on ne saurait déterminer son origine d'une manière plus précise. Antérieurement à cette époque, re n'était, à ce qu'on prétend, qu'un château appartenant à un comte de Castriee, nommé liuarin, lequel château passa, l'on ignore comment, avant la fin du x* siècle, à Manassès, comte de Itethel. la; bourg de Castriee ou Castries, dont il est question dans un dipléme de Charles-le-Gros, s'élevait sur la montagne de Boizanval, située à l'orient de la ville actuelle de Mézières. Il était dominé par une forteresse que le feu du ciel consuma, ainsi que le bourg lui-même, en 847, et que le seigneur du lieu, Erlebalde, rebâtit sur une éminence voisine. Ce nouveau château fut celui de Mézières. Martot, d'après Flodoard, entre dans quelques détails à ce sujet. L'archevêque llervée, dit-il, s'embarqua sur la Meuse, afin de se faire remettre certain château de son diocèse, qu'on appelle Mézières, et qui était occupé par Erlebalde, comte de Castriee. Il raconte ensuite que cette forteresse, usurpée par Landbcrt, fut rendue, l’an 960, à l'archevêque de Reims, Artalde, en présence de Frédéric, due de Lorraine. Sous le règne du roi Lothaire, Adalbéron, l'un des successeurs d'Arlalde, la garnit de troupes, ainsi que Mouzon, suivant le conseil que lui avait donné son ami Gerbert, qui regardait cette mesure comme urgente et de la plus grande importance.

On s’accorde généralement à dire que la ville de Mézières n’était qu’une simple bourgade, au commencement du xm* siècle, mais qu’après 1a bataille de Bouvines (1214), elle acquit peu à peu toute l’importance d’une cité, grâce à l'affluence et à l’industrie d'un grand nombre de Liégeois, qui, menacés par l'empereur Othon d’une vengeance terrible, s'il sortait vainqueur de sa lutte avec Philippe-Auguste, vinrent chercher un refuge au pied de la forteresse champenoise. Outre la permission de s’établir sur ses terres, le comte de Relhel, Hugues H, accorda aux émigrants diverses franchises, entre autres le droit d’échevinage ; privilèges précieux qui furent confirmés et augmentés par son fils et son épouse, dans une charte datée de l’année 1233. C’est à cette époque qu'on rapporte la construction de la- première enceinte de Mézières, ainsi que l’institution des compagnies bourgeoises. Il parait cependant que , dès la fin du x' siècle, une ville assez considérable s'élevait déjà autour du château, puisque Dom Marlot, dont l'autorité est grave, qualifie en propres termes Mézières de cité remarquable, illustre, en racontant qu’il n'a pu découvrir de quelle manière elle passa du domaine des archevêques de Reims en la possession des comtes de Rethel : nt guonain modo lam insigne oppidum ab Ecdesiâ ai ulsum

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comitum UerjiHesensium ililioni cessent, non salis camper i- Le seul fait constant, ajoute-t-il , c'est que le comte Manassès résigna entre les mains de l’archevêque de Reims la propriété d'une chapelle bâtie et dotée par lui dans cette même ville, afin que le prélat y fondât treize prébendes destinées à autant de chanoines séculiers ( 1 177). L'église collégiale, sise dans l'endroit le plus haut de la ville, existait encore au temps où écrivait Marlot, au milieu du xvii* siècle.

Quoi qu’il en soit , la plus grande prospérité de Mézières data surtout de la dernière moitié du xv* siècle ; elle fut encore duc à des Liégeois échappés au sac de leur ville par le duc de Bourgogne, Charles-le-Témérairc (14U8). Les nouveaux émigrants avaient conservé des relations d'intérêt avec la mère-patrie; ils servirent d'intermédiaires dans l'échange des vins et autres denrées de France contre le cuivre et le plomb de leur pays. Le cercle de ces transactions s’élargissait chaque jour; Mézières fut bientôt l'un des centres de commerce les plus actifs et les plus riches de toute la Champagne. Aussi, fallut-il, pour provoquer et consommer insensiblement sa décadence et sa ruine, plusieurs circonstances fatales, telles que la fondation de Charlcvillc exemptée des impôts énormes perçus sur la Meuse, les guerres de la Ligue et surtout le fameux siège de 15-21 par les généraux de Charles-Quint. Nous grouperons ici quelques faits secondaires, dont l'énoncé remplira l'intervalle qui nous sépare de ce siège fameux : d’abord l'incendie du chêteau (1308); ensuite la fondation de l’hôpital et de l’église Notre-Dame ( 1412-1 499 ) , enfin la construction, au commencement du xvi* siècle, par François d'Aspremont, du ehitteau des Fées, plus connu sous le nom de Forteresse île Voierie, et nu moyen duquel ce seigneur, ayant coupé toute communication avec Mézières par la Meuse, put rançonner impunément, pendant de longues années, les voyageurs et les marchands.

Mézières était devenue l'une des places fortes les plus importantes de la frontière de Champagne, et en quelque sorte la clef de cette province, lorsque la querelle particulière du duc de Bouillon avec Charles-Quint fit tout à coup éclater la guerre entre le roi de France et l’empereur. Le comte de Nassau et le comte Francisque de Sickingcn, après avoir pris en passant la ville de Mouznn, se dirigèrent vers Mézières, à la tête de trente-cinq mille hommes. Bayard, le bon chevalier sans peur et sans reproche, que le l'oi y avait envoyé comme son lieutenant-général, s'y était jeté deux jours auparavant. Il fut bientôt renforcé, dit Martin du Bellay, par l’arrivée d'Anne de Montmorency, qui « amena avecques luy Claude, seigneur d'Annebault , le seigneur de Lucé, le seigneur de Villeclair et plusieurs autres. » La garnison se composait d'une compagnie de cent hommes d'armes du duc Antoine de Lorraine, d'une compagnie de gens de pied, égale en nombre, fournie par le seigneur d'Orv al, gouverneur de Champagne, et de deux corps d'infanterie de mille hommes chacun, commandés, l’un, par l'écuyer Bniioal, surnommé du Refiùge, l'autre, par le baron Montmoreau ; mais ceux-ci avaient si peu d'expérience de la guerre, que la vue seule des pièces de canon mises en batterie leur fit prendre l'épouvante, et ils s'enfuirent aussitôt, qui par la porte, qui pur-dessus les murailles. Bayard releva le moral du reste de la garnison par la fermeté de son attitude, par la hardiesse et l’originalité de ses saillies, disant aux officiers et aux soldats qu'il était bien aise, quant h lui, qu'ils

% MÉZIÊRES.

pussent ainsi gagner pins d'honneur dans la défense du poste confié à leur courage, et leur communiquant enfin tant d'assurance et de bonne humeur, « qu'ilz « pensoient tous eslre, » dit l’auteur de sa trés-jogeuse , plaisante et récrcutire histoire , « en la meilleure et plus forte place du monde. »

Les Impériaux s'étaient divisés en deux corps d'attaque : Nassau, gardant avec lui vingt mille hommes , avait assis son camp nu delà de la Meuse , vers la porte des Ardennes, et Siekingen [te comte ou le seigneur Francisque, comme l'appellent du Bellay et l’historien du bon chevalier) s’était établi avec quinze mille combattants en deçà de l'eau, l'n héraut fut envoyé à Bayard chargé des paroles les plus courtoises pour l'engager à se rendre; mais il n’en rapporta qu’une réponse pleine à la fois de fermeté et de modestie. Les deux généraux dressèrent aussitôt leurs batteries et se mirent à foudroyer In ville sur laquelle, .en moins de quatre jours, on tira plus de cinq mille coups de canon.

Les assiégeants étaient surtout incommodés par le feu de Siekingen qui , logé en deçà de la Meuse, sur une éminence, plongeait de haut dans la place et battait les murs plus à l’aise. Bayard faisait bien de temps à autre des sorties qui étaient presque toujours à son avantage; mais ses munitions s’épuisaient et les maladies avaient décimé la garnison. Alors il s'avisa d'une ruse excellente, pour se débarrasser de celui des deux généraux qui le serrait de plus près. Il dépêcha vers le duc de Bouillon, à Sedan même, un paysan chargé d'une lettre, dans laquelle il priait le duc de décider enfin le comte de Nassau à abandonner l'empereur, car douze mille Suisses et huit cents lances n'étaient plus, au moment où il écrivait , qu'à trois petites lieues de Méziêres ; ces troupes devaient, le lendemain, a la pointe du jour, assaillir le camp du seigneur Francisque, et il était probable que celte division de l'armée impériale serait complètement anéantie. Siekingen, entre les mains duquel le bon chevalier savait bien que tomberaient la lettre et le messager, repassa sur-le-champ la Meuse, ne doutant pas que le comte de Nassau n’eût en efi'et conclu un traité particulier avec le roi de France, et que son projet , en lui assignant le poste le plus rapproché de la ville, n'eût été de le faire massacrer, lui et sa division , par les Suisses. I.’explication que Nassau demanda à son lieutenant faillit même dégénérer en une collision sanglante. Pendant ce temps, et au milieu du désordre occasionné par tout ce mouvement de troupes, un secours de mille hommes avec plusieurs charrois de munitions, sous la conduite du seigneur de l.orges, réussit à pénétrer dans la place. Désespérant alors de l'emporter d’assaut, et instruits que l'armée du roi s'avançait rapidement des bords de l’Aisne, les deux chefs, qui s’étaient réconciliés, troussèrent leurs quilles et levèrent le siège : il avait duré six semaines. L'enthousiasme de la garnison et des habitants était nu comble, l'éloge de Bayard dans toutes les bouches. François I" se rendit dans son camp, « où le bon chevalier alla lui faire la révérence, » dit le chroniqueur ; « le roy son maître lui list recueil merveilleux, et ne se povoit saouller de le louer devant tout le monde. »

La mémoire de Bayard est toujours chère aux habitants de Méziêres ; on conserve précieusement, à la maison commune, un étendard qu'on prétend être le sien, et qui porte l'empreinte de son effigie ; chaque année, le 27 septembre.

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jour anniversaire de la délivrance de la ville, il est solennellement promené dans les rues, et la fête, commencée par un service religieux, se termine par un bal.

Vingt-quatre ans après la glorieuse défense du bon chevalier sans peur et sans reproche, François I", inspectant les places frontières du royaume, visita Mézièrcs, et y fit construire des fortifications. Il bâtit en même temps la petite cité de Villefranche, dont les murs furent bnstionnés, afin de repousser plus sûrement les courses des Bourguignons. En 1570, le dimanche 26 de décembre, le cardinal de Bourbon, archevêque de Itouen, célébra, dans l'église Notre-Dame, la messe de mariage du roi Charles IX avec Élisabeth, fille de l'empereur Maximilien. La grande rue qui conduit à l’église était toute tendue de tapisseries, et le pavé même recouvert de draps. A la cérémonie succéda un magnifique repas de noces, dans lequel figura, dit-on, le premier coq d'Inde importé en France; le soir, il y eut grand bal, le lendemain tournoi et carrousel, et les fêtes se prolongèrent encore pendant deux jours.

Sous Henri III, les habitants de Mézièrcs, dont le zèle pour lu religion catholique était si ardent et si profond, nous apprend dom Mai-lot, que jamais le souffle de l’hérésie ne put infecter leur ville, quoiqu'elle ne soit point éloignée de Sedan, jadis sentine et réceptacle de toute impureté; les habitants, disonsnous, se déclarèrent ouvertement pour la sainte Union. Ils élargirent le cadre de leur milice bourgeoise, et, plus d'une fois, eurent nfTairc aux troupes de Henri IV, principalement au siège du chûtenu d'Omont, dont ce prince s'élail emparé en 1591, et qui, cette même année, fut repris par les Ligueurs. Il parait que l'esprit de la ville avait changé dès les premières années du xvn* siècle, ou bien que la foreur du maréchal d'Ancre avait réuni tous les cœurs dans un même sentiment de haine contre le favori, puisqu’on 1011, les princes, mécontents de la reine-mère, se donnèrent rendez-vous à Mézières. Le lieutenant du marquis de La Vieuville, qui, en son absence, commandait dans lu place, refusa cependant de leur en ouvrir les portes, et le duc de Nevers fut obligé de faire venir de l'artillerie de Sedan pour lui arracher une capitulation.

En 1 097, un incendie dévora le palais des Tournelles, bflli l’an 1566 par Louis de Gonzague, à qui appartenait Mézières, du chef de sa femme, Henriette de Elèves, sœur ainée et héritière de Jacques, duc de Itcthel et de Nevers. En 1750, on fonda l'hôpital Saint-Pierre, et l’on commença de construire les bâtiments où est aujourd'hui la préfecture. Deux ans auparavant, Louis XV avait créé dans cette ville une école du génie militaire; Monge qui avait été l'un de ses professeurs la proposa, en 179'*, à la Convention nationale pour modèle de l’école centrale des travaux publics. les hommes les plus distingués, entre autres Carnot, sont sortis de l'école de Mézières, et c’est à ses savants professeurs, l'abbé l'ossut, Ferry, Monge, Hcznut, etc., que la science des projections est redevable du degré de perfection qu’elle avait acquis à la fin du xviii* siècle. Les idées de 1789 furent, d'ailleurs, accueillies avec faveur par les habitants de Mézières: ils coururent aux ormes, ainsi que les paysans, en 1790, et se portèrent avec eux sur la frontière, à la nouvelle que l’ambassadeur d’Autriche avait demandé qu'on livrât passage aux troupes autrichiennes sur le territoire français, pour aller attaquer les Belges. L’administration du département des Ardennes se. pro-

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nonva, néanmoins , en 1792 , dans un arrêté vigoureux, contre la suspension de Louis XVI. Le procureur général syndic Dchay, avocat de Itetlicl, incrimina, dans son réquisitoire, les auteurs du 10 août; il fut destitué par l'Assemblée législative, et, en 1791, le 7 mai, le tribunal révolutionnaire envoya à l'échafaud tous les signataires de l’arrêté départemental.

Quelques divergences dans les opinions politiques n’avaient nullement altéré les sentiments patriotiques des habitants de Méziêres : assaillis en 1815, après la défaite de Waterloo, par une armée de Prussiens, de Hcssois et de Wiirtembergeois , ils renouvelèrent , quoique avec moins de bonheur, les prodiges du siège de 1521. Des canonniers bourgeois, servant les pièces des remparts, empêchèrent longtemps l’ennemi de braquer les canons contre la ville et la citadelle.

Il fallut quarante-deux jours de tranchée ouverte et de bombardement pour les contraindre à capituler. Ge succès coûta, dit-on, aux alliés environ cinq mille hommes sur vingt mille.

Dom Marlot et Adrien de Valois décrivent à peu près dans les mêmes termes la position topographique de Méziêres. Le premier ajoute quelques mots relatifs à la citadelle sise au versant d'une colline , sur la rive droite de la Meuse , et il vante la situation pittoresque de la ville, la fertilité de la campagne qui l'entoure, l’abondance et l'excellence de scs fruits et de scs pâturages. La Meuse divise Méziêres en quatre parties bien distinctes: la Gilé proprement dite, le Ponlde-l’ierre, le Ponl-d'Arcbes et Saint-Julien. Les rues de tous ces quartiers sont étroites et tortueuses, mais assainies par de nombreuses fontaines publiques qui répandent partout la vie et le mouvement. On ne remarque d'autres monuments à Méziêres que l'église Notre-Dame, l'hôtel de la Préfecture et l'IIêtel-Dieu. La salle de spectacle est petite, mais assez jolie; la promenade du quartier Saint- Julien, très-agréable, quoique peu fréquentée. Plusieurs inscriptions couvrent les murs de Notre-Dame : les deux plus curieuses se rapportent au siège de 1815, pendant lequel les alliés dirigèrent surtout de ce côté le feu de leurs batteries. On raconte même qu'une bombe s’arrêta sans éclater sur la voûte, au-dessus de l'autel; c’est ce que rappelle l’une des deux inscriptions : l-ectar, leva nculos ad fornieem , et vide quasi quoddam divhuv m anus indirium. Méziêres a été dotée, par le comte Jaubert, d'une bibliothèque, où l'on trouve à peine encore au-delà de trois mille cinq cents volumes, mais tous de première ulililé et du meilleur choix. Chef-lieu du déparlement des Ardennes et place de guerre de deuxième classe, cette ville renferme une population qui dépasse 3,700 âmes; elle est le siège d'une société d'agriculture , sciences , arts et commerce. La population de l'arrondissement s'élève à 73.37U habitants; relie du département, à 319, IC7. Le commerce de la ville reprend, depuis quelques années, beaucoup d'activité et d'extension; des fabriques de toiles et de serges l'alimentent, ainsi que des brasseries, tanneries, ferronneries, clouteries, etc.

Plusieurs hommes distingués, ou célèbres à divers titres, sont nés à Méziêres. Nous citerons Evemberl, abbé du monastère deWaussorts, qui, dit la chronique de cette abbaye, fut un homme très-instruit dans les belles-lettres et un ouvrier très-habile à manier l'or, l'argent et l'airain; Anaslase Cochelet, dominicain controversiste et ligueur déterminé ; le savant Oudin , contemporain et ami de Ba-

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luze ; Jean liienuisc , fameux médecin attaché à la personne de Louis XI V ; l'ingénieur géographe Pierre l.apic; le professeur de géométrie descriptive Jeun-Pierre Hm helte; et le physicien Félix Stivnrl, membre de l'Académie des sciences. Dans l'arrondissement de Mézières sont nés : l'historien bénédictin Poncard, au village de Vendresse; le curé Jeun Mcslier, à Maierny; tiilmrr, recteur de l'Université de Paris, et poète et orateur du xvr siècle, à Boulzicourt, sur la Verne; Hubert Hubert , jurisconsulte et théologien, à Monlhermé; le général Leclère, à Thin. Fils d'un bûcheron, Leclère alla faire fortune en Amérique; il y devint grand bastuneywj , ou chef suprême de la peuplade des Crekt. '

CHARLEVILLE. — ROCROI

G I VET. — OBÀRLIMONT.

La ville d'Archcs ou d’Archis, Arcte Item or uni, a été le berceau de Charleville, dont elle n'est plus aujourd'hui que le faubourg. Elle avait pris son nom d'un dores nombreux palais ou ehAteaux que les rois de la seconde race possédaient sur leurs domaines , et dans lesquels ils avaient l’habitude de résider à certaines époques, soit pour y consommer les denrées du lieu, soit pour se livrer au plaisir favori de lâchasse. C'est au palais d’Archis que Charles-lc-Chauve et Lothaire, son neveu, conclurent leur traité d'alliance contre Louis-le-Germaniquc (8.19). Charles-le-Simple le donna, en 894-, à l'église Saint-Lambert de Liège : dès lors il appartint aux évêques de cette ville. Les Normands le détruisirent au x' siècle ; un comte, nommé Bertrand, le releva de scs ruines; mais, en 9:t:i, il fut renversé de nouveau pur l'évêque de Liège, Casletltim ecertit, dit Flodoard, eo qiutd sua in eectesia terra situm esset. En 1293 , Louis I", comte de Kethel , et Jeanne, sa femme, achetèrent le Ivourg d'Archis du chevalier Jacques de Montrhambon. Leurs successeurs se qualifièrent princes d'Archcs, et cette seigneurie particulière suivit dans ses diverses vicissitudes les transmissions du Kethelois.

Il nous Taut maintenant, pour arriver A la fondation de Charleville, franchir plus de trois siècles, durant le cours desquels nous ne rencontrons aucun fait important relatif à la principauté d'Arrhes.

En 1 000 , à son retour de Rome , où il avait été envoyé en ambassade , Charles 1 1 de Gonzague , dur de Rethcl et de Ncvcrs, enferma dans une enceinte , flanquée

f. Flodoard, lib. IV. — Historiens de France, tomes IX et XI : Chronique du monastère de H aunorti, et Recueil des Lettres de Gerbert. — Adrien de Valois. — Dont Marlot , Mrtrnpolis Remcnsis historiée liber III, caput VII. — La très joyeuse, plaisante et récréative histoire du bon Chevalier sans paour et sans reprouche. — Les mémoires de Martin du Ucllay, livre Irr. — L'Art de vérifier les dates. — Histoire de France d‘IIenri Martin. — Razin , Histoire de Louis XIII. — Jean Hubert, Géographie historique des Ardennes. — Victoires et Conquêtes. — Le Moniteur universel. — La Biographie universelle. — Notes communiquées par notre collaltomieur M. Tetil«*t , des Archives du royaume.

CHARLEVILLE. — ROCROI

de dix bastillons en briques le lieu d' Arrhes, où se trouvnil encore, dit la chronique, une ancienne résidence royale, ce qui prouverait que le vieux château n'avait pas été complètement démoli ou bien qu'on l'avait réparé. Charles de Gonzague fit commencer des constructions dans cette enceinte, et, en 1608, il appela la ville, de son nom, Carolopolis , Charles ille. Les quartiers se formaient rapidement : le duc, afin de subvenir aux dépenses, avait imaginé de contraindre les cités de son domaine et de son gouvernement de Champagne à y bâtir chacune à leurs frais une maison; de là ces singulières inscriptions de Reims, Aï, Chàlons, Épernay, Mézièrcs, Attigny, Rcthel et Cbâteau-Porcien , qu'on voit encore gravées sur les portes d’entrée de quelques pavillons. Les avantages offerts aux émigrants attirèrent bientôt à Charleville une grande affluence des habitants de toutes ces cités, ce qui porta surtout un coup sensible à la prospérité de Mézièrcs. Le dur. tranchait d'ailleurs du souverain ; il avait un conseil qui rendait la justice en son nom ; il prenait le titre de prince d’Arches et de Charleville, et faisait frapper de la monnaie à son coin et à son effigie. En 1609, il réunit à su principauté la forêt de la Havatière avec les villages de Lûmes et de Watrincourl ; en 16tl, il acheta du prince de Conti le Mont-Olympe, où les Romains avaient assis un château-fort et consacré un temple au dieu de la guerre. Depuis longtemps les projets d'indépendance de Charles de Gonzague avaient été pénétrés par Henri IV : la reine-régente n'osa cependant, en 1612, lui refuser les franchises qu'il demandait pour l'importation ou l'exportation , en France ou hors du royaume, des denrées et des marchandises de la cité naissante ; mais plus tard, afin de la tenir sans doute en respect, le plan qu’avait conçu le duc de fortifier le Mont-Olympe fut exécuté par l'ordre de Louis XIII lui-même. Charles de Gonzague, renonçant à scs espérances ambitieuses, employa le reste de ses jours à embellir Charleville : il y fonda un collège dont la direction fut confiée aux jésuites (1613) et plusieurs maisons religieuses.

L’année 1680 fut marquée par l'établissement d’une manufacture d'armes. En 1108, à Ferdinand-Charles de Gonzague, duc de Mantnue, mort sans postérité, succédèrent , dans les seigneuries d’Arches et de Charleville , Aline de Bavière , veuve de Henri-Jules de Bourbon , prince de Condé, et Bénedictine-Henriette- Philippc de Bavière, veuve de Jean-Frédéric, duc de Bruns* ick-Lunebourg et Hanover. Louis XIV commença par s’emparer de l'héritage, tandis que les deux princesses s'en disputaient les débris ; il réunit la principauté à la couronne, et bientôt après un arrêt du parlement de Paris supprima la cour de justice de Charleville, à laquelle on substitua un bailliage connaissant de toutes les affaires civiles en premier ressort, sauf recours au parlement. Les deux seigneuries étaient échues cependant à Anne de Bavière : elles passèrent ainsi dans la maison de Condé, qui les a conservées jusqu a la révolution. C'est aux princes de cette famille que la ville fut redevable de l'hêtel-dieu Saint-Louis et de ses écoles de la doctrine chrétienne.

En 1789, Charleville renonça à l'ancien privilège dont elle jouissait de ne payer aucun impét ; elle envoya, une année après, Adrien-Pierre Cochelet à l'Assemblée nationale. En 1791 , un décret de cette Assemblée autorisa les entrepreneurs de la manufacture d'armes « à extraire, en exemption de tous droits, de la mine de in. 2'v

186 CHAMPAGNE

Saint-Pancre et de Saponge, un million huit cent mille voitures de mine lave poulies forges de Berchwe, à la charge de rapporter desdites forges à Charleville six cents milliers pesant de fer. » l.a manufacture était en pleine activité en 1792; elle expédiait à Chiliens des voitures chargées de ses produits : le peuple, craignant qu'elles lie fussent destinées à l’ennemi, les pilla et massacra l'offirier d'artillerie qui les accompagnait. Ici s'arrête l'histoire de Charleville. Nous la terminerons en rappelant que ce fut sur le rapport de Baudin des Ardennes, qu'en 1796 , le 23 messidor an îv ( 15 juillet) , elle devint le siège de l’école centrale du département.

La construction de Charleville est très -régulière; de la place Ducale, située au centre et décorée d'une fontaine, on aperçoit les quatre extrémités de la ville, qui n'est séparée de Méiières que par une chaussée bordée de beaux arbres, et par la Meuse que l'on traverse sur un pont suspendu. Charleville a un tribunal de première instance et de commerce , un collège , une école normale et une bibliothèque publique. On y compte près de 8,900 habitants, qui font un commerce considérable en vins, eaux-de-vie, grains, charbon de terre, fer, ardoises, marbres, savons, etc. ; des brasseries, des tanneries et des fonderies de cuivre constituent leur principale industrie. La liste des hommes éminents nés à Charleville est assez longue; qu'il nous suffise de nommer: Pierre Carpentier, bénédictin philologue; Michel /.e Conte, prieur des Jéronimites, théologien ascétique; Louis Dufour île Longuerue ou Longerue, auteur d'une description de la France ; Adrien- Pierre Cochelet , docteur en droit de la faculté de Keims, député à la Convention nationale; Edmond-Louis- Alexis Dubois de Crancé, membre de la Constituante et de la Convention; le baron Hulol, maréchal-de-eamp; et Jeun Hubert, qui a écrit une excellente géographie historique des Ardennes.

Rorroi ( Itupes regia , ou Itaucroix dont l'étymologie serait, par conséquent, toute différente!, ville forte et chef-lieu de sous-préfecture du département des Ardennes, s'élève dans une vaste plaine entourée de tous côtés par des marais et par la forêt de ce nom. Le sol y est froid , la température très-rigoureuse, le commerce presque nul, quoique les magnifiques forges de Saint-Nicolas se trouvent sur son territoire, et qu'elle jouisse de quatre foires annuelles. Ce n'était, en 1 119, qu'un misérable hameau, comme l'indiquent des lettres patentes de Charles VII, qui , en considération de la pauvreté de ses habitants , les exempta de toutes tailles, impositions et gabelles. François I" le fortifia, et Uenri 11 lui accorda le nom de ville; elle n'acquit que sous Louis Xll! l'étendue qu’elle a aujourd'hui, lorsque ce prince, après avoir acheté la terre de Rocroi , en eut achevé les fortifications. En 1555, quoique à demi ouverte, elle soutint vaillamment un long siège contre les Impériaux. Les calvinistes s'en emparèrent en 1586, mais elle fut bientôt reprise par le duc de Guise.

Pendant la minorité de Louis XIV ( 1643), Don Francisco de Mello et le vieux comte de Fuentes, généraux de l'armée espagnole dans les Pays-Bas, se portèrent à ('improviste sur llocroi qu'ils investirent le 13 du mois de mai. Lejeune duc d'Enghien accourut aussitôt d’Amiens à la rencontre de l'ennemi. Des deux côtés, on s'en tint d'abord à quelques escarmouches ; le maréchal de l.'IIô pilai,

CHARLEVILLE. — ROCROI. 187

chargé de surveiller l'inexpérience du prince, opinait pour qu’on évitât un engagement; mais celui-ci, impatient de combattre, livra bataille le 19. Les deux premières charges furent terribles; la victoire flottait indécise. R'Enghien traverse impétueusement le champ de bataille à la tête de toute sa cavalerie : il tombe sur le corps de Mcllo qui avait enfoncé l’aile gauche des Français, le culbute, le disperse, et massacre les soldats occupés déjà du pillage. Restaient au centre les vieilles bandes espagnoles à peu près intactes ; le comte de Fuentes, âgé de quatre-vingt-deux ans et enchaîné par la goutte, se faisait porter de rang en rang sur une chaise. Ces hommes de brome déployèrent une constance héroïque ; deux fois ils balayèrent les escadrons français avec leur artillerie. Le duc se résolut alors à les démolir à coups de canon comme une citadelle. Fuentes fut tué; les chevaux, lancés au galop, pénétrèrent dans ces brèches vivantes, et la lutte dégénéra en boucherie. La perte des Espagnols se borna à huit mille morts et sept mille prisonniers ; mais leur puissance militaire ne devait point se relever de cette défaite.

Dix ans après une victoire si glorieuse, le prince de Condé, conduisant ces mêmes Espagnols qu'il avait vaincus, enleva Rocroi à Louis XtV (3 septembre 1653 ), et cette place ne fut rendue au roi de France qu’à la paix des Pyrénées. En 1815, une poignée de gardes nationaux mobilisés la défendirent pendant un mois contre dix mille Prussiens, qui entrèrent aussi dans Givet au bout de quelques jours de résistance; mais ils ne purent emporter Charlemont, où commandait le comte Bourk. L’arrondissement de Rocroi renferme 49,838 habitants, sur lesquels 3,682 appartiennent à son chef-lieu de sous-préfecture.

Givet-Saint-Hilaire et Givet-Notre-Dame, situés à quarante kilomètres de Rocroi, ne forment, comme on sait, qu'une seule ville, dont les deux quartiers, séparés par la Meuse, communiquent par un pont commencé sous l'empire, en 1810, et achevé sous la restauration, en 1816. Charlemont, une des plus fortes citadelles du royaume, les protège l'un et l’autre, du haut de son rocher à pic, sur la rive gauche. Cette citadelle (ht bâtie vers 1540 par Charles-Quint, dans cette partie du comté d'Agimont qu’il avait acheté du comte de Krrnigslein , et cédée à In France par le roi d'Espagne Charles II , en 1679.

La population de Givet est de 4,293 habitants. Son industrie consiste en fabriques de blanc de céruse, pipes, cuivres, colle forte, crayons, cire à cacheter, marbreries et tanneries ; on exploite dans les environs des carrières de calcaire bleu. Givet a donné le jour au compositeur de musique Mihul; au graveur l.ongueil; aux deux frères La Contamine, maréchuu\-de-camp, et au général Lion; Rocroi, A ,\oél de Champagne , qui fit des prodiges de valeur aux deux sièges de cette ville, et au général républicain René Moreau. Le théologien René llilluart, l'astronome Lacailtr, le docteur en Sorbonne Tissier, et Collet, traducteur de l'Amadis des Gaules, sont nés dans l’arrondissement de Rocroi, le premier, à Revin , les trois autres, à Rumigny. '

t. Adrien de Valois. — Flodoard. — Annalet de Saint-Berlin. — Histoire manuscrite de Sedan, Bibliothèque royale. — Ciganiul. — Le Moniteur universel. — Jean Hubert.

AGRICULTURE. - INDUSTRIE. - COMMERCE. — CARACTÈRE. — MOEURS. - ANTIQUITÉS.

Nous ne reviendrons point sur ce que nous avons déjà dit, dans notre intro duction, au sujet du sol de la Champagne; cette province, peu favorisée par la nature, doit en grande partie sa richesse agricole à l'industrieuse activité de ses habitants. Là, les productions naturelles n'ont point la vigueur spontanée, exubérante, que leur communique ailleurs la fertilité innée des terres. la vigne même, dont l'exploitation est si répandue et si florissante dans la Champagne, n'est pas une culture indigène; et ce n'est qu'à force d'essais, de travail, de soins , que les Champenois sont parvenus à l'acclimater chez eux. La grande plaine formant les deux tiers du département de la Marne, et qui s'étend entre Reims, Isles, Sainte-Menehould , Vitry, Sommepuis, La Fère, Sézanne, Vertus, F.pernay. Aï, se compose presque partout d'un tuf de craie ou de grève, revêtu à peine à sa surface d'une légère couche de terre. Aussi voyez comme dans cet espace aride les villages, les habitations, les arbres, les buissons même, sont elair-semés : espèce de solitude, immense et triste comme les steppes de la Crimée, et qui était bien digne de servir de champ de bataille et de tombeau à l'armée d'Attila.

Le département de l’Aube peut se diviser en deux moitiés ou zones : daus l'une, celle du sud-est, les terres sont fortes et très-productives; dans l'autre, celle du nord et du nord-ouest, on rencontre encore la craie à la superficie des plaines et des coteaux ; çà et là, elle s'v mêle incidemment à des couches de sable ou d'argile, et plus souvent encore elle les recouvre d'un lit crayeux.

De belles vallées se déploient entre les versants des montagnes de la Haute- Marne : les plus fertiles sont celles des arrondissements de Langres, de Chaumont, de Vassy ; la terre végétale y repose presque partout sur un massif de calcaire. Peu de parties de la France sont plus boisées que cette contrée de la Champagne. Dans le département de Seine-et-Marnc, les arrondissements de Meaux et de Coulommiers se distinguent par des plaines d'une grande fertilité : une couche d'argile sablonneuse , qui retient l'eau et forme de nombreux étangs, y constitue le fonds supérieur des terres. Le sol de l’Yonne, mélangé d’argile, de pierre ou de craie, paie en général très-largement les peines du cultivateur. Les Ardennes se divisent en zones champenoise, axonienne, centrale, ardennaise, et chacune a un caractère particulier : dans la première, où la terre végétale se montre à peine, la roche fondamentale est de craie pure ; cependant, grâce au travail assidu des habitants, elle égale presque la seconde et la troisième pour la qualité et la quantité des

productions naturelles. Quant à la zone ardenuaise , l’industrie agricole y est presque nulle.

I.es terrains secs, légers, pierreux, et principalement composés d'un sable fin et d'un limon très-délié, sont favorables à la culture de la vigne; cette plante s'accommode, d'ailleurs, merveilleusement du climat de la Champagne. Dans le département de l'Aube, l'atmosphère, douce, humide, variable, diffère peu de celle de Paris; elle est, en général, assez tempérée, dans l'Yonne, la Marne et la Haute-Marne ; seulement, sur les plateaux de Langres et de Chaumont, l'élévation du sol modifie les conditions de l'atmosphère : le froid y est plus intense, la chaleur moins élevée qu'à l’extrémité septentrionale du département. Dans la grande plaine de lu Marne, appelée la Champagne Pouilleuse, on a observé que l’air est vif et sec, parce que rien n’y attire, rien n’y arrête l'humidité. Im craie qui, en se mêlant avec l'eau des puits, la rend souvent lourde et malsaine, réagit aussi sur le climat. Comme il est dans sa nature d'absorber, de renvoyer tour à tour l'humidité, elle augmente en hiver le froid, en été la chaleur. La région élevée, montueusc, boisée des Ardennes, n'est point soumise aux mêmes influences météorologiques : la température y est généralement lourde et humide , bien que sujette à de fortes chaleurs et à de brusques variations.

A l'époque où Domiticn fit arracher toutes les vignes de l'empire, cette plante était-elle cultivée en Champagne 1 quoique nous n’en ayons aucune preuve, tout nous porte à le croire. I-es Sénonais et les Lingons, qui avaient appris l'art de faire du vin en Italie, durent l'introduire dans leur pays. Yers la fin du vr siècle, saint Kemi possédait plusieurs vignes à Reims, comme on le voit par son testament ; il eu laissa une , plantée par ses soins , aux prêtres et aux diacres de son église. Les produits de cette culture, contrariée , étouffée pur les guerres intérieures et les invasions des Barbares, ne jouirent que beaucoup plus tard de quelque réputatiou. Pendant longtemps, on leur préféra les vins bourguignons, dont les Rémois , au commencement du xvi* siècle , prohibaient encore l'usage , dans l'intérêt des vignobles de leur pays. Les vins fermes, liquoreux, colorés de la Marne, commencèrent à prendre faveur à la cour sous les successeurs de louis XII , « et c'est une tradition, » dit M. de Gérusez, « que Charles V, François 1", Henri VIII et Léon X, avaient chacun un commissionnaire résidant à AI , pour s'assurer du meilleur vin. » Encouragés par cette faveur si marquée , les cultivateurs s'appliquèrent à perfectionner les produits de leurs vignobles; bientôt on estima, presque à l'égal des vins d'AI, ceux qu'on recueillit à Hautvillers et à Lumières. Les crûs des montagnes de Reims, quoique plus légers et plus délicats, n’eurent pas d’abord la même popularité; ils ne commencèrent à être appréciés que sous le règne de Louis XIV. Aujourd'hui, les vins des arrondissements d’Épernay et de Tonnerre ne sont guère moins recherchés que les produits des vignobles rémois. Comme eux , ils ont contribué à porter, à populariser le nom de la Champagne chez les différents peuples de l'Europe, et jusque daas les parties les plus reculées du monde.

La production annuelle des vignobles des quatre principaux départements champenois est estimée à un million sept cent soixante-un mille quatre cent quarante-sept hectolitres; sur ce nombre total, 481, 234 sont recueillis dans la

CHAMPAGNE

Marne; 508,138 dans la Haute-Marne; 692,2-25 dans l'Aube, et 79,550 dans les Ardennes, l.a valeur des seuls vins mousseux est annuellement de dix millions sept cent quarante-trois mille francs.

Les connaissances agricoles sont très-inégalement et très-imparfaitement répandues parmi les Champenois ; les méthodes nouvelles n'ont pu prévaloir sur de vieilles habitudes; presque partout, on s'obstine à suivre les anciens procédés. Cela est surtout vrai de l'industrie vinicole, dont les charges pourraient être diminuées et les bénéfices considérablement augmentés, si les vignerons s’appliquaient davantage à simplifier et à améliorer la fabrication. Outre ses bois, ses prairies artificielles, ses melons renommés, ses fruits, ses excellents raisins et ses miels, la Champagne est riche en produits naturels : céréales de toute espèce, légumes, pommes de terre, graines oléagineuses, lins, chanvres, etc. Les bestiaux sont, pour la plupart, de médiocre ou de petite espèce; cependant on estime beaucoup les moutons de la Haute-Marne pour leur chair délicate, et ceux des Ardennes pour la beauté de leur laine. La valeur annuelle de la production agricole des quatre départements s’élève à deux cent cinquante-six millions neuf cent cinquante-six mille francs. Hans ce chiffre total, la Marne compte pour 78,476,000 fr. ; les Ardennes, pour 72,268,000 fr. ; l’Aube , pour 54,048,000 fr., et la Haute-Marne, pour 52,164,000 fr.

Les Champenois ont une remarquable aptitude pour les travaux de l’industrie et du commerce, auxquels ils se sont appliqués de bonne heure avec beaucoup de succès, et longtemps même avant qu’ils eussent songé à tirer par la culture un si riche parti de leurs terres. Chose vraiment remarquable et caractéristique , les quatre villes, qui, h différents titres, ont été les capitales de la Champagne : Heinis, Troyes, Provins, Chftlons, se sont élevées nu premier rang parmi les cités industrielles de la France. C’est d'ailleurs dans le sein d une famille de négociants champenois que naquit et se forma Colbert , ce puissant génie qui a développé et constitué si merveilleusement notre industrie manufacturière et notre richesse publique. Les fabriques de Provins et de Ciblions sont bien déchues ou n’existent plus; mais celles de Troyes et celles de Reims surtout ont encore une haute importance, line autre ville de la Champagne, Sedan, s’est élevée, plus réremment, à une grande prospérité industrielle. Le commerce des quatre départements, alimenté par leurs productions agricoles et manufacturières, est des plus actifs : bois, bestiaux, grains, huiles, vins, eaux-de-vie, comestibles, draps, casimirs, couvertures de laine , flanelles, laines peignées, coton filé, chAles façon cachemire, bonneterie, toiles de coton, droguets, gants de peau , cuirs, bougie, savon, blanc d’Espagne , coutellerie, etc., il embrasse presque tous les objets de consommation. La Champagne a de nombreuses carrières de pierres de taille, de marbres, d'albâtre gypseux, de grès, de pierres meulières, d'ardoises, etc. I.a Haute-Marne et les Ardennes trouvent une source d'inépuisables richesses dans l'abondance du minerai de fer : la fabrication de ce précieux métal y occupe une multitude de fonderies, de forges.de martinets, de laminoirs, de platineries. Le seul département des Ardennes compte vingt-huit hauts-fourneaux, qui produisent annuellement deux cent treize mille quintaux métriques de fer.

La valeur de la production industrielle des quatre départements surpasse de

Digiti;

beaucoup celle de ses produits agricoles ; elle est de deux cent quatre-vingt-huit millions deux cent soixante mille cent soixante-quatre francs, ce qui constitue une différence en plus d'environ trente-deux millions. Voici comment cette somme totale se répartit : Marne, 78,176,000 fr. ; Ardennes, 72, -268, 000 fr.; Aube, 54,048,000 fr. ; Haute-Marne, 52,164,000 fr.

Nous avons esquissé en quelques lignes, dans notre introduction, le caractère moral des Champenois : ils ont cet esprit actif, mais calme, raisonnable, calculateur, positif, qui ne se laisse ni troubler, ni séduire , ni emporter par une imagination trop excitée; leur bonhomie, c'est-à-dire la simplicité et l'égalité bienveillante de leur Âme, tient aux mômes dispositions. L'Ardennais, réfléchi jusqu’à la taciturnité et souvent brusque dans ses manières, se ressent du séjour des montagnes, auxquelles il doit aussi la vigueur de sa constitution, sa peau brune et sou teint coloré. Rien, du reste, ne parait l>eau à l'habitant de la Champagne comme les vastes plaines blanches, tristes et nues, au milieu desquelles il a été élevé. Cet amour du sol se retrouve chez les hommes de toutes les conditions. Le maréchal Rrouct-d'Erlon en a donné un exemple remarquable : sentant sa lin prochaine, il se lit transporter à Reims pour avoir la consolation d'y mourir et de reposer dans sa ville natale.

Le Champenois parle la langue commune de la France ; il n’a point de patois comme le Rourguignon. Quoi qu’en ait pu dire C rosie y, une liste plus ou moins longue d'expressions locales inusitées, bizarres, ne prouve pas que les Troyens aient eu et conservent encore un langage à part. Quelques-uns des termes de ce vocabulaire ont, sans doute, une physionomie fort pittoresque; par exemple : nnyouler , avaler d’une bouchée ; baffrer, manger gloutonnement ; faire bais, présenter quelque objet et le retirer au moment où l'on va le prendre; bassoter, s’occuper chaudement do petites choses; bobeyer, conter avec embarras et sans suite; bofflabal, homme gras, court et ventru ; somme, source ou tète, mot souvent employé pour désigner les noms de lieux, tels que Somincpuis, Sommevoir, Sommefontaine, Sommerai, etc. Dans les Ardennes, les gens de la campagne et môme les habitants des villes entre eux, parlent un patois dans lequel le celtique, le wallon, le flamand et le français sont confondus. On y dit, par exemple : aprilo, allô, dispêcho-vo, pour : apprêtez, allez, dépôchez-vous ; li taujfe, li chéri, li poin, li birre, pour : la table, les chaises, le pain, la bière.

Aucun trait d’un caractère bien tranché, bien original, ne distingue les mœurs des habitants des v illes. La fêle des fous, le conv oi du carême-prenant, si célèbres autrefois à ChAlons, la flagellation de l'alleluia, qui se reproduisait annuellement dans la cathédrale de I .migres; la diablerie de Chaumont, procession bizarre en l’honneur de saint Jean, dans laquelle figuraient douze hommes habillés en diables, et qu'on venait voir des extrémités de la Champagne : tous res usages, sortis du paganisme, ont entièrement disparu depuis le xxT siècle. Il en est de môme des anciennes superstitions de Provins, dont M. Bourquelot nous donne une peinture si curieuse. Mais parmi les paysans de la Haute-Marne, la croyance aux sorciers, aux loups-garous, aux revenants, subsiste toujours; si, au milieu de la nuit, on entend des rires bruyants, le miaulement d'un chat, le hennissement d'un cheval , c'est le diable qui fait danser la ronde aux mauvais esprits dans les

CHAMPAGNE

champs •>» qui s'est tapi le long des chemins. Il y a plus d'imagination et de poésie dans les croyances populaires des Ardennais. C'est à Château -Régnault, dit M. Hubert , que « se retrouve l'histoire des quatre Jils Agmon , et la légende du bon chevalier Régnault, qui joua plus d'un tour à Charlemagne, et qui porta sur son dos des blocs énormes pour bâtir la cathédrale de Cologne. » Ias Ardennais ont foi aux reboulturt étaux eiromaneiem , charlatans habiles, auxquels ils supposent une connaissance proronde de l'art de réduire les fractures et de guérir les maladies. Ils ne doutent point non plus de la puissance miraculeuse des tenues cabalistiques, de la vertu surnaturelle de certaines plantes, des amulettes composés d'un morceau de toile, ou d’un ruban disposé d'une certaine manière, etc. Comme tous les montagnards, ils sont naïfs, crédules et superstitieux.

Les druides n'ont laissé presque aurune trace de leur séjour dans les forêts de la Marne, de la Haute-Marne et des Ardennes. C'est à peine si l’un y rencontre quelques monuments celtiques, comme lu haute-borne, près de Vassy, et la tublr de )laugis, à Châleau-Regnault. On remarque toutefois quelques tombelles gauloises dans les environs de Sens, de Châlons, de Reims, de Provins et de Montereau. Le culte superstitieux des fontaines sacrées s’est perpétué jusqu'à notre temps en Champagne ; nous citerons celles d'Aron, à Saint-Clément-lès-Scns, de Divonnc j Dtonna ) près d'Auxerre, de Sainte-Rerthe , non loin d'Kpernay, de Snint-Gcngnul, dans les environs de Langres, etc. Quant aux antiquités romaines de la Champagne, nous avons déjà eu l'occasion de les décrira : les plus remarquables sont la Porte de Mars, le tombeau de Jovin à Reims, quelques parties des anciennes fortifications de Sens, la Motte de Ciar et les restes de chaussées qu'on découvre jusque dans les Ardennes, Iji cathédrale de Reims est le seul monument architectural d'un grand caractère que cette province ait conservé du moyen âge; le temps a amené la destruction de ses abbayes, de ses résidences royales et de ses forteresses les plus fameuses. Le tomlieau d' Héloïse et d’Abailaril, enlevé du Parnclet en 1790, et transféré à Paris en l'an vill, par l'ordre du ministre de l’intérieur, décore aujourd'hui le cimetière du Père-Lachaise; c’est peut-être, de toutes les œuvres de l'art champenois, la mieux conservée et la plus intéressante.'

1. Flodoard, Histoire de Reims. — Buirette de Verrières , Annales de Châlons. — De Mangin , Histoire du diocèse de l. an grès. — Tarin*, Histoire de Sens. — Ephémérides de Gmdejf. — Félix Bourquelol, Histoire de Provins. — Gérusd, Description historique de Reims. — Vallet de Yiriville, Archives historiques de l'Aube.'— Jean lluliert, Géographie historique des Ardennes. — Bourgcois-Jessainl , Uescrii tion topographique de la Marne — Blindé, Tableau statistique de l’Aube. — Annuaires de la Marne. — Annuaire administratif de l’Aube, année 1811. — „4nnuafrf* tle l’Yonne. — Nous devons à l'obligeance de notre collaborateur, M. Moreau de l'Yonne, de l'Institut . les renseignements statistiques que nous avons donnés sur la valeur de la production agricole et industrielle des quatre principaux départements de la Ciiauqiagnc.

FLANDRE WALLONNE. — FLANDRE FLAMINGANTE. — 1IAINACT. — CAMBRESIS.

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE. — HISTOIRE GÉNÉRALE

La Flandre, dont le nom est resté comme l’appellation générique d’une grande partie de la Gaule-Belgique , ne comprenait primitivement que la ville de Bruges et le territoire environnant jusqu'à la mer. Saint Ouen, qui le premier, au vir siècle, a fait mention de ce pays de Flandre, le nomme Municipium hlandrense, et le distingue de ceux de Tournai, de Gand, de Courtrai. Ce petit coin de terre devint le foyer d’une principauté qui en prit le nom, comme l’Ile-de- France donna le sien au royaume des descendants de Hugues Capet. Nous n'avons à nous occuper que de la portion de In Flandre qui se trouve aujourd'hui enclavée dans les limites de la France. Quatre peuples , ou plutôt quatre grandes tribus d’origine germanique , occupaient primitivement cette contrée , qu’ils avaient conquise sur les Celtes environ deux cents ans avant l'ère chrétienne : c’étaient les Nerviens ( Kervii ) , les Atrébatcs ( Alrehales j, les Morins ( Morini) et les Ménapiens ( Menapii ). Les Nerviens étaient établis dans le Hainaut et la partie du Cambrésis située à la droite de l'Escaut; les Atrébates possédaient l’autre fraction du Cambrésis et l’Ostrevant, c'est-à-dire le territoire compris entre l'Escaut et la Scarpc jusqu'au confluent de ces deux rivières ; les Morins habitaient le pays resserré entre la Lys et la mer, et les Ménapiens, la contrée qui s’étendait de la Lys à la Scarpe, et qui, plus tard , a formé la châtellenie de Lille.

Lorsque les légions romaines, conduites par Jules César, arrivèrent dans cette région septentrionale de la Gaule-Belgique, ce n'était encore qu’une longue suite de forêts entrecoupées çà et là par des marécages et des. terres incultes, une pauvre et sauvage contrée voilée par d'éternels brouillards, attristée par des vents glacés, et dont les eaux de la mer inondaient souvent les parties basses. La lutte des Romains contre les vieux Belges, qui, d’après les historiens du temps, avaient la taille gigantesque, l’œil bleu et farouche, la chevelure d'un rouge ardent , fut longue et pénible. La conquête de la Belgique ne coûta pas moins de neuf années de combats et de travaux à César : il ne lui avait fallu que deux ans pour s'emparer des autres provinces celtiques; mais ici ce n’étaient plus les Gaules qu’il avait à soumettre, c’était la Germanie elle-même. Or, Tacite disait: «Ni lit. ' 25

FLANDRE

Sarmates, ni Carthaginois, ni Espagnols, ni Gaulois, ni Parthes, ne nous ont causé plus d'alarmes que les Germains : c’est que le trône des Arsacides est moins inébranlable que la liberté germanique. »

Les Romains campèrent au nord des Gaules l’espace d'environ quatre siècles, sans que leur influence civilisatrice modifiât le caractère des vaincus. Les Germano-Belges ne voulurent point se courber sous le niveau de la domination impériale, et conservèrent leur sauvage indépendance. Errants dans les forêts et les retraites marécageuses, ils faisaient une guerre incessante aux envahisseurs; et lorsque les légions quittèrent ce pays où elles avaient séjourné si longtemps, on y retrouvait encore les dignes enfants de ces Belges, nommés par César les plus valeureux entre tous les Gnulois. Le séjour des Romains ne laissa guère de traces que sur le sol. César avait à peine rencontré quelques simulacres de villes dans la Gaule-Belgique; mais, depuis la conquête, les itinéraires dressés par les empereurs romains nous signalent plusieurs localités qui subsistent encore aujourd'hui. Ce sont : cher les Nervicns , Cambrai | Camerncum ) , Tournai ( Tomurum ), Bavai ( Bagnco Nertiorum) , Farnars (l'itnum Martis) , Escaut pont ( Pons-Scaldis), Somain ( Hennoniacum ), tlargnies ( l.ncus Hornensis ) ; cher les Ménapiens, Cassel [Castel tu ni Venapiorum), Wervick (Virotincuin), Estaires (Minarîacum)-, puis des camps retranchés dont on aperçoit seulement les vestiges, des routes stratégiques, connues de nos jours sous le nom de Chaussées Hnnthaut. Du reste, la majeure partie de la Gaule septentrionale ne perdit pas son aspect primitif; il est même probable que les Romains ne pénétrèrent jamais dans certaines portions du pays.

L'ère de la civilisation ne devait guère s'ouvrir pour la Belgique qu'à partit de la prédication du christianisme, qui y fut introduit sous les règnes de Dioclétien et de Maximien par des missionnaires de la Grèce et de Rome, Fiat, Chrysole, Eucher; tous trois scellèrent de leur sang la religion nouvelle, le premier à Tournai, le second sur les bords de la Lys, le troisième à Comines. A res apôtres en succédèrent d'autres, qui, comme eux, paraissent avoir porté le (lambeau de la foi, plutôt dans les lieux occupés par les Romains, que parmi les Belges eux-mêmes ; tandis que presque toutes les Gaules étaient déjà chrétiennes, ces peuples restèrent asservis aux superstitieuses croyances de leurs pères jusqu’au-delà du ivc siècle. Cependant, nu v*. l'œuvre apostolique tend à se régulariser, et pour la première fois, dans les deux Germanics et dans la première et la seconde Belgique, apparaissent des missionnaires otliciellement députés de Rome . sous le nom d evêques régionnaires. Saint Victricius, évêque de Rouen , se hasarde seul dans les forêts nerviennes et jusqu’au fond des terres marécageuses habitées par les Morins. Mais l’invasion des Frnnks ne tarde pus à faire disparaître ces traces primitives de la prédication épiscopale. L'nnHS, Chludion, chef des Franks sa liens, passe le Rhin et la Meuse, soumettant, le long de sa route, les longres et les Texandriens; puis, traversant la forêt Hercimenne, il s'avance jusqu'à l'Escaut et, après avoir battu et chassé les Romains, se rend maître de la ville de Tournai et de celle de Cambrai . ou il fait massacrer les chrétiens, qui, pour la plupart, étaient de race romaine. De là Chlodion marche vers le littoral de l'ücéan, dompte les Morins et saccage Térounne , leur princi-

pale cité. Cette invasion est suivie de celle des Huns, qui, entraînés par Attila, ravagèrent presque toute la Relgique , vers 449. An milieu de ces ruines, une puissance nouvelle s'élevait : plusieurs colonies franques, commandées par des chefs auxquels les chroniqueurs contemporains donnent le nom de reguli, petits rois, s’étaient établies dans les terres conquises sur les Romains. Hilderik, père de Chlodwig, fut l'un de ces chefs ; il régnait sur presque tout le pays formant aujourd'hui la Flandre proprement dite. Deux autres rois franks, Hararik et Raghenahrr, occupaient, l'un le territoire des Vlorins, l'autre le Cambresis.

A la Flandre appartient donc la gloire d'avoir été le berceau de la monarchie française : ce fut, en effet, avec les Franks du royaume d’Hilderik, son père, que Chlodwig vainquit Syagrins et accomplit la conquête de la Gaule. Vingt-quatre ans après, il revenait dans la Belgique et s’y emparait, par le meurtre et la trabison, des États des rois Hararik et Raghenaher ses parents ( 486-51 1 ).

Contrariée sans cesse par ces guerres et ces révolutions, la régénération religieuse des Flamands se poursuivait avec lenteur : ils s’obstinaient à mêler les superstitions germaniques aux dogmes et aux cérémonies du christianisme. Vers l'an 601, un missionnaire, du nom d'Eligius (saint Éloil, descendit le premier des sources de l'Escaut jusqu'à son emboucliure ; par ses prédications , il contribua puissamment à dégager la foi de ces éléments étrangers. Dans le courant du vu* siècle , bien qu'elle n'eût pas encore pénétré chez toutes les peuplades qui « couvraient la Gaule-Belgique, la religion du Christ avait fait néanmoins de grands progrès. On vit alors s'élever de toutes parts des églises et des monastères. Saint Amand fonda les abbayes d'Elnon et de Marchiennes, tandis que saint Orner s'efforçait de détruire chez les Menapiens et les Morins les derniers vestiges du paganisme, et que, de concert avec saint Bertin, il élevait l'église de Térouane et fondait la fameuse abbaye de Sithin. Disons-le, toutefois, dans ces contrées où un instinct d'association s'était introduit, depuis longtemps, avec les peuples d'origine germanique, le christianisme n’eut point à opérer une révolution complète ; il modifia seulement, et épura ce qui n’était chez les barbares qu'un besoin vague d'agglomération et d'assistance mutuelle, très-compatible avec le dogme, et la morale de l'Évangile. Les ghildrt de la vieille Germanie, sociétés auxquelles une même communauté d’intérêts affiliait les hommes de toutes les conditions, ne perdirent point cette énergie vitale que la féodalité, à sa naissance, devait bien amortir, mais qu'elle ne sut pas neutraliser. Déjà, au temps de Charlemagne, il était prescrit de réprimer les alliances des serfs flamands qui s'associaient pour s'émanciper; plus tard, ces mêmes serfs, transformés en bourgeois affranchis, firent trembler sur leurs trônes les ancêtres de Charles-Quint.

Les éléments qui constituèrent le comté de Flandre ne furent pas improvisés, comme on vient de le voir, au moment même où ce grand fief prit naissance; ainsi que toutes 4es institutions politiques, celle-là fut préparée de longue main. Mais que furent ces forestiers héroïques, ces sortes de demi-dieux qui précèdent les comtes, et sur lesquels on a débité tant de merveilles? Certes, tout n’est pas fabuleux dans leur histoire ; il n'y a point de tradition qui ne renferme un peu de vérité. Selon nous, les Liedrick de Bue, les Estorède, les Burchard, les Liedrick d’Harlebecke , les Ingelram . qu'on aperçoit mêlés d une manière assez

FLANDRE

confuse aux événements politiques des vu* et vin* siècles, étaient les préposés des l'ois franks dans ces pays couverts de forêts. S’il est vrai qu’ils aient transmis à leurs enfants les charges dont ils étaient investis, ce fut assurément sous le bon plaisir des rois et par tolérance, plutôt que par droit de propriété. C’étaient, en un mot, des bénéficiers et non des feudataires. Du reste, parmi tous ces personnages, il n’y a qu’Ingelram qui soit signalé d’une façon authentiquement historique. Il est nommé dans deux capitulaires de Charlcs-le-Chauve, des années 844 et 853, comme envoyé royal (inisxus) aux pays de Noyon, Vermandois, Artois, Courtraisis. Alors on voit s’établir au nord des Gaules une véritable organisation politique; alors se fonde et se consolide cette dynastie des comtes de Flandre qui commence aux rois chevelus de la race des Mérovée, pour se perdre sept cents ans plus tard dans l’immense monarchie de Charles-Quint.

Le rôle que les souverains flamands ont joué dans l’histoire est trop important pour que nous puissions nous dispenser d’en retracer au moins une esquisse. A Ingeiram succéda son fils Rauduin, ou Baldwin, mot d’origine germanique signifiant audacieux; le même fut aussi appelé Bras-de-Fer, parce qu’un jour, dit la chronique, assailli sur l’Escaut par le diable qui voulait le noyer dans le fleuve, il le repoussa victorieusement. En 863, Bras-de-Fer enleva Judith, fille de Charlcsle-Chauve, qui, forcé de consentir à leur union, institua son gendre marquis des Flamands. Bauduin (879), fils et successeur de Bras-de-Fer, fut surnommé U Chauve , en souvenir de son aïeul maternel : il opposa partout dans son gouvernement une résistance énergique aux invasions des hordes normandes; mais ses exploits furent ternis par le meurtre et le brigandage. Ce fut lui qui assassina Héribert, comte de Vermandois, et le vénérable Foulques, archevêque de Reims. Son fils Amoul-le-Pieux expia dans des pratiques religieuses les actions violentes de sa vie; il associa de bonne heure au gouvernement son fils aîné Bauduin, qui depuis quelques années avait épousé Mathilde de Saxe et auquel on attribue les fortifications d’Ypres, Fûmes, Rourbourg, Dixmudc, Ardembourg, Rodembourg, Roulers, et autres villes, ainsi que l’établissement des marchés et foires de Bruges, Tourhout, Courtrai et Casse). Bauduin mourut le 1“ janvier 961, dans l’abbaye de Saint-Bertin , laissant un fils nommé Arnoul comme son grand-père. Celui-ci survécut à Bauduin jusqu'au 27 mars 974. Lothaire, roi des Franks, envahit aussitôt les domaines du jeune Arnoul, d'où il ne se retira qu’après y avoir amassé un butin considérable. Amoul-lc-Jcune commença par faire la guerre à Hugues Capet , qui venait de mettre la couronne des rois franks sur sa tête ; le nouveau monarque se porta rapidement vers la Flandre et ravagea tout sur son passage ; afin de l'éloigner, Arnoul se déclara son vassal; il mourut peu de temps après, et Bauduin, surnommé Belle- Barbe, lui succéda.

Le fils de Belle-Barbe est désigné dans l’histoire sous le nom de Bauduinte- Débonnaire ou de Bauduin de Lille, ville dont il fut le fondateur. Fiancé de bonne heure à l'une des filles du roi de France Robert , cette alliance illustre exalta son orgueil, et il se révolta contre son père, dont il ne tarda pas cependant à implorer le pardon dans une assemblée solennelle convoquée à Audennrde. Devenu marquis des Flandres à la mort de Belle-Barbe (30 mai 1036), Bauduin se montra, dèscjtte époque, aussi sage qu'il avait été turbulent dans sa jeunesse.

Sa fermeté, sa prudence, étaient si bien connues, que la tutelle du jeune prince Philippe et l'administration du royaume lui furent confiées par le roi Henri I,r à son lit de mort. Bauduin de Mons, Ois de Bauduin de Lille, réunit le Hainaut à la Flandre par son mariage avec Richildc, unique héritière du comte Kainier V ; il en eut deux fils , entre lesquels il partagea ses domaines : l’aîné , Arnoul , qui eut la Flandre, et le cadet, Bauduin, qui fut investi du Hainaut. L’ambition de Richilde mit aux prises les deux frères : Arnoul, vaincu à Casse! et à Bavinchove, péril dans cette dernière bataille ; son oncle, Robert-le-Frison, fut alors proclamé marquis des Flamands. Robert II lui succéda : il fut l'un des compagnons d’armes de Godefroi de Bouillon dans la Terre-Sainte, et le dernier des souverains de la Flandre qui prit le titre de marquis; ses successeurs ne se qualilièrentplus que de comtes.

Le fils de Robert , Bauduin, fut surnommé à -la- Huche, à canse de son amour pour la justice : en lui s'interrompit la ligne masculine de Bauduin- Bras-de-Fer; ce ne fut qu'en 1195 qu’on la vit reparaître en Flandre dans la personne de Bauduin IX, descendant par sa mère Marguerite de Robert-le- Frison, et comte de Hainaut du chef de son père Bauduin-lc-Gourngeux. Bauduin IX Gt réintégrer à la Flandre une partie de l’Artois qui avait été cédée à la France par son prédécesseur Philippe d’Alsace ; plus tard, il eut la gloire d’étre élevé sur le trône impérial de Constantinople , et de périr pour sa défense dans une sanglante bataille contre les Bulgares. L'alnéc de ses tilles, Jeanne, épousa Fernand, fds du roi de Portugal. C’est ce Fernand qui , après la bataille de Bouvines (27 juillet 1 214. J , fut enfermé dans la tour du Louvre , où il demeura captif jusqu’en 1227, pendant la minorité du roi saint Louis. Jeanne n'avait eu d'enfants ni de Fernand , ni de son second mari Thomas de Savoie; elle mourut en 1244, et Marguerite, sa sœur, recueillit son héritage. L’avénement de Guy de Dampierre, fils de Marguerite 11280), ouvrit une ère de calamités pour la Flandre. Philippe-le-Bel , après avoir pénétré sur ses terres avec une puissante -armée, le retint prisonnier, ainsi que ses deux fds Robert et Guillaume, et confisqua tous ses domaines. Les Flamands se soulevèrent à la voix du tisserand Koninck et du boucher Breydel; le roi de France, afin de les soumettre, envoya contre eux son Cousin, Robert d'Artois, à la tète d’une brillante armée, qui fut anéantie dans la plaine de Groeningue, aux environs de Courtrai (II juillet 1302), cruelle défaite dont Philippe prit sa revanche, deux ans après, à la bataille de Mons-en-Pevèle.

Quatorze mille Flamands perdirent la vie dans cette journée ; mais les milices que le roi de France avait détruites furent aussitôt remplacées par d'autres : « En vérité, je crois qu'il pleut des Flamands ! » s'écriait-il en voyant les forces toujours renaissantes de ce peuple. Le comte Guy de Dampierre finit ses jours dans le donjon de Compiègne : son fils, Robert de Béthune, n'obtint la liberté qu'au prix des sacrifices les plus humiliants. Par le traité conclu à Paris en 1320, il abandonna à la France les v illes de Lille, Douai et Orchics. Robert de Béthune mourut , en 1322, laissant la Flandre A son petit-fils, Louis de Nevcrsou de Crécy; ce prince, faible et inhabile, fut obligé d’appeler Philippe de Valois à son aide, pour réprimer une révolte de ses sujets ; le roi de France défit les insurgés au pied du mont

Cassel. Les intérêts industriels des Flamands, qui ne pouvaient se passer de l’allianrc anglaise, les poussèrent enfin à embrasser la rause d'Édouard lit pendant la guerre de re monarque contre Philippe de Valois. Le fameux tribun de Gand, Jacques van Artevelde, promoteur de l’alliance anglaise, acquit alors une autorité sans bornes sur les Flandres; elle lui fut arrachée dés qu’on le soupçonna de vouloir substituer dans le gouvernement du pays le prince de Galles au comte Louis de Nevers. Le Ois de relui-ei, Louis de Male , donna sa fille en mariage à l’hilippe-le-llardi, frère du roi de France Charles V, et le romté de Flandre passa de cette manière, après sa mort, dans la maison de Bourgogne (janvier 1383). L’aversion personnelle de Louis XI pour le sang de Charles-le-Téméraire lui fil perdre l’occasion de réunir la Flandre et la Belgique à la couronne , en fiançant Marie, fille de son rival, au Dauphin, depuis Charles VIII; il se contenta de confisquer la Bourgogne et de susciter à Marie des embarras, qui la déridèrent enfin à épouser Maximilien d’Autriche, fils de l'empereur Frédéric.

Sous les successeurs de Marie jusqu’après Charles-Quint , l'histoire de la Flandre, surtout de la Flandre wallonne, se ronfond tellement avec celle de la France, qu'il est impossible de l’en séparer. En 1635, le cardinal de Richelieu, profitant de toutes les circonstances qui pouvaient contribuer à l'abaissement de la maison d’Autriche, conclut avec les Hollandais un traité de partage des Pays- Bas, et envoya au secours de la L'gue protestante une armée de quinze à vingt mille hommes. Cette armée échoua devant Louvain, et périt en grande partie dans scs quartiers, de maladies et de misère ( 1636). Plus heureux , sinon plus Imbile, Mazarin conquit, en I tiVi , plusieurs villes dans le Hainaut, l’Artois et le Luxembourg. A la mort de Philippe IV, roi d’Espagne, Louis XIV envahit la Flandre afin de revendiquer les droits de sa femme Marie-Thérèse sur te I.imbourg et le Brabant. Les traités d'Aix-la-Chapelle, de Nimègue et de Hiswick, assurèrent au grand roi la possession de ses principales conquêtes dans les Pays- Bas et la Flandre; enfin, parle traité de Rastadt, les Pays Bas espagnols furent rendus à la maison d'Autriche, et la France conserva définitivement une partie du Hainaut, la Flandre wallonne et l'Artois. Vers le milieu du xvnr siècle, les évènements de la guerre conduisirent aussi en Flandre le surcesseurde Louis XIV : deux belles armées furent réunies dans cette proVnce, en 17H, sous les ordres du duc de Notifies et du maréchal de Saxe. I.ouis XV revint en Flandre, l'année suivante, avec le Dauphin. Ses généraux, pendant ces deux campagnes, gagnèrent les glorieuses batailles de Fontenoy, de Raucoux , et prirent Menin , Y près , Fumes, Tournai, Gand, Ostende, Audenarde, Bruges, Dendermorde, Berg-op- Zoom , etc. ; toutes ces places furent rendues à la reine de Hongrie par le traité de paix d’Aix-la-Chapelle. I jv France faisait encore des conquêtes, mais elle ne savait plus les garder.

Au commencement de la révolution ( 1791 ), la guerre fut portée dans les Flandres, où les Autrichiens eurent presque toujours l'avantage jusqu’à la bataille de Jemmapes; ils prirent même, après la défection de Dumouriez, Landrccies, le Quesnoy, Condé et Valenciennes, que l'Empereur déclara incorporées à la Belgique. Lille , bombardée par le duc de Saxe-Teschcn aux mois de septembre et d'octobre 1792, lui avait opposé la plus héroïque résistance. En 1793, les

Anglais et les Hollandais investirent Dunkerque : la victoire d'Hondschoole renversa les plans des coalisés ; les Autrichiens furent chassés des places tombées entre leurs mains; Pichegru occupa les Flandres et le Brabant, et termina cette glorieuse campagne par la conquête en plein hiver de toutes les provinces ha tares. Les idées révolutionnaires n'avaient cependant trouvé que peu de sympathies cher les Flamands; aussi leurs députés passèrent-ils presque inaperçus dans toutes nos assemblées législatives; mais le pays fournit aux armées d'excellents soldats et des officiers très-remarquables. En 18li, les alliés entrèrent sans coup férir dans toutes les villes ouvertes de la Flandre française , dont ils assiégèrent les places fortes. Les Anglais et les Prussiens formèrent, en 1815, des camps dans le Brabant et le Hainaut, tandis que Napoléon concentrait ses troupes dans la Flandre. Quelques districts et forteresses, détachés du Hainaut par le second traité de Paris, furent réunis au nouveau royaume des Pays-Bas.

L'ancienne Flandre française se divisait en Flandre maritime ou flamingante, et en Flandre wallonne; division basée sur la différence des langues, comme ces noms l'indiquent assez. I.a Flandre maritime était bornée, au nord, par la mer; à l'ouest, par le Calaisis; au sud, par la Flandre wallonne, et à l'est, parla Belgique: elle forme actuellement les arrondissements de Dunkerque et d'Hazebrouck. Tout l'intervalle situé entre la mer et la colline de Casse), depuis la rivière d'Aa jusqu'au canal de Bergues à Dunkerque, et depuis ce canal jusqu’il l’Ipcr, qui comprenait une partie de la châtellenie de Bourbourg, de Bergues, de Fumes et le territoire de Dunkerque, est plat et bas, à l’exception d’une chaîne de dunes ou de monticules de sable qui s'étend depuis Nicuport jusqu'à Gravelines, et semble servir de digue à ce pays qui a été conquis sur la mer. Le reste de la contrée jusqu'à la l.ys offre un aspect moins monotone; on y trouve des coteaux, des vallées ; il existe même une chaîne de petites montagnes qui règne depuis Watten , sur la rivière d'Aa , jusques auprès d’Ypres , en Belgique, et qui se subdivise en plusieurs branches dans les cantons de Cassel et de Bailleul. La Flandre wallonne, bornée par la Flandre flamingante, l'Artois, le (îambrésis et le Hainnut, compiend les territoires de Lille, Douai, Orchies et Saint-Amai d. C'est encore un pays de plaines d'une admirable fertilité, et qui , dans sa vaste étendue, ne présente d'inflexion remarquable que le coteau de Mons-en-Pevèle, dont la direction est du nord-ouest au sud-est, et quelques collines d une hauteur peu considérable qui s'élèvent entre Douai et Valenciennes , et s’étendent jusque dans leCambrésis. Cette province est couverte de bois assez considérables sur la limite du Hainaut, depuis Marchiennes jusqu'à Coudé, et ce rideau de verdure rompt la monotonie de plaines immenses où la vue cherche en vain des sites pittoresques et animés. Le Hainaut, dont Valenciennes était en Franre la capitale, était limité , nu nord , par ce qu'on appelait le Hainaut autrichien et le pays de Liège; au sud, par la Picardie et la Champagne; à l’est, par le Namurois et parla Thiérache liégeoise; au sud-ouesl, par le Cambrésis, et à l'ouest, par l'Artois et la Flandre française. Il est traversé par la Sambre et par l’Escaut. La région qui s’étend vers la Flandre française est toute en plaines, terres labourables et prairies ; elle est assez fertile ; mais la partie comprise entre la Sambre et la Meuse, et qui forme l'arrondissement d’Avesnes, l'est beaucoup moins. Il n'est point dans le nord de la France de pays plus couvert de bois et plus accidenté de collines

Fl. AM) K K.

Ces coteaux cependant ne sont |ws très-élevés, tour direction varie beaucoup : ceux qui sont le plus rapprochés de la Sambre se dirigent, comme celte rivière, du sud-ouest au nord-ouest ; ceux qui avoisinent les deux rivières de la petite et de la Grande-llclpe ont leur direclion du sud-est au nord-ouest.

Le Cambrésis, borné par la Flandre, le Hainaut, l’Artois et la Picardie, et qui, aujourd’hui, se compose de l'arrondissement de Cambrai, est baigné par l'F.scaut et la Selle, bordé parla Sambre, l'Écaillon et la Sensée. On y rencontre en outre plusieurs torrents considérables, ce qui ne se voit guère dans les autres parties des Pays-Bas. Il n’y a point de montugnes, car on ne peut appeler de ce nom quelques ondulations de terrains. Néanmoins , c’est nu sud du Cambrésis que se trouve le point le plus élevé du nord de la France, les hauteurs de Ronavis, situées à cent quarante-cinq mètres au-dessus du niveau de la mer. Le territoire du Cambrésis est couvert de bois assez nombreux, mais que des défrichements partiels font insensiblement disparaître

Quand la Flandre maritime, la Flandre wallonne, le Hainaut et le Cambrésis furent irrévocablement acquis à la France, par le droit de conquête et par les traités, il fut créé un tribunal supérieur, sous le titre de Conseil souverain , qui siégea pendant quelque temps h Tournai et fut transféré, en l(i8ti, à Douai, avec le titre de Parlement de Flandre. Sa juridiction s'étendait sur les trois provinces, A l'exception des villes de Dunkerque, Gravelines et Bourbourg, qui continuèrent de ressortir au parlement de Paris. Sous le rapport administratif, le territoire dont se compose aujourd'hui le département du Nord possédait deux généralités ou intendances : l'une siégeait à Lille, comprenant la Flandre maritime, la Flandre wallonne et même l'Artois ; l'autre comprenait le Cambrésis et le Hainaut français, dont une partie est entrée depuis dans le département des Ardennes. Les intendants de Lille et de Valenciennes étaient chargés de l'administration générale et de la haute police ; mais les étals provinciaux avaient conservé une grande partie de l'administration. La Flandre maritime avait scs états qui siégeaient àCassel ; les états de la Flandre wallonne, embrassant les châtellenies de Lille, Douai et Orchics , se tenaient à Lille ; ceux du Hainaut A Valenciennes. Quant aux anciennes circonscriptions religieuses du pays, elles ont souvent varié ; mais, avant la révolution, le nord était soumis, pour le spirituel, A l'archevêché de Cambrai, aux évêchés d'Arras, de Saint-Omer, de Tournai, d’Vpres et de Liège. Aujourd'hui, le département du Nord forme seul un diocèse archiépiscopal, dont le métropolitain siège A Cambrai.

En 1790, In Flandre , le Hainaut et le Cambrésis renfermaient environ 808,000 Ames -, d’après le dernier recensement , on y compte 1,085,278 habitants. Le département du Nord, qu’un célèbre agronome a appelé la Ferme-Modèle de la France, présente une superficie totale de 581, A24 hectares, sur lesquels H0,52 hectares sont en culture. De tels chiffres disent assez combien est riche, fertile et populeuse celte contrée, si merveilleusement conquise et transformée par la civilisation. *

I. Commentaires de César. — Danville, Géographie ancienne. — Notice de l’Empire. — Baluze, Capitularia regum francorum , 1 , 775. — Edward Le Gliy, Histoire des comtes de Flandre. — Dieudonné , StatistiqueUlu Département du Nord.

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