‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 53 sur 128 · Quidquid enirn Iota sihi flaroma cremakilc villa · texte numérisé non relu

Quidquid enirn Iota sihi flaroma cremakilc villa

Repperil, ahsumsit, reliquutn instrumenta deorsum

Ferre» dejiciuot terne striclique linottes

Ne quid ihi maneat habitabile deiuto Flandris.

(inillatime-le-Breloii , Philippide , chant ix.

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les moyens d'échapper au danger. Ceux qui peuvent se sauver, fuyant A pied ou à l'aide d'un cheval vigoureux , évitent la double fureur des flammes et de l’ennemi , et , le cœur plein d'épouvante , s'élancent à la suite de Fernand , à travers les broussailles et en rase campagne, hors de tous sentiers, se croyant toujours prés des portes fatales, n'osant tourner la tète... La fortune cependant vint au secours des vaincus... La terre humide, toute couverte de joncs de marais et cachant ses entrailles fétides sous une plaine fangeuse et brillante, exhalait des vapeurs à travers lesquelles l'œil ne pouvait plus guider les pas. Les noires donc ne poursuivirent les fuyards que tant qu'ils purent s'avancer à la lueur de l'incendie. Ils tuèrent toutefois un grand nombre d'hommes, et firent encore plus de prisonniers. Le roi, les faisant marquer du fer brûlant de la servitude, les vendit à tout acheteur pour être à jamais esclaves. Ainsi périt tout entière la ville de Lille, réservée pour une déplorable destruction. »

Le panégyriste de Philippe-Auguste ne se doutait pas que, peu de jours après , les Lillois échappés A la mort chercheraient , au milieu des débris fumants , les traces de leurs foyers domestiques ; il ignorait que l’amour du sol natal ferait bientôt surgir de ce lieu de désolation une cité nouvelle, et que cette cité deviendrait un jour l'une des plus riches et des plus puissantes du royaume dévolu aux descendants de l'exterminateur. S’il avait pu le prévoir, quel beau texte pour un poêle ! Cela eût bien valu l'éloge de l’incendie et l’apothéose du massacre.

Philippe-Auguste ne poursuivit point le comte Fernand, qui s'était réfugié à (land; il resta dans Lille pour y achever son œuvre. Les habitations n'existaient plus, mais le vieux donjon des Liedrick et des Bauduin avait résisté aux flammes. Il le lit démolir, puis rentra en France, afin de se préparer à combattre la formidable coalition formée contre le royaume par l'empereur Othon , le roi d'Angleterre et les autres princes confédérés, au nombre desquels était le comte de Flandre. Deux ans s’étaient à peine écoulés que d'innombrables armées couvraient encore les environs de Lille, et que s'y accomplissait, près du village de Bouvines, un des plus grands événements de notre histoire nationale (27 juillet 1214). On connaît les péripéties de cette mémorable journée. La milice de Lille , comme celle des autres villes de Flandre , y combattit vaillamment la chevalerie française, dont le terrible et premier choc donna sur le corps d’armée du comte Fernand. La mêlée, de ce côté, dura trois heures, et pendant trois heures elle fut effroyable. Il s’y passa des scènes homériques. Les chefs flamands, pour encourager leurs soldats, les haranguaient tout en frappant d'estoc et de taille. Tour à tour ils parlaient des aïeux et de leurs exploits ; ils rappelaient les femmes et les enfants laissés nu foyer domestique ; puis , évoquant les cruels souvenirs de l’incendie de Lille et de l'invasion française , ils appelaient la vengeance par des clameurs de mort. Un chevalier de la châtellenie de Lille, Eustache de Marquillics, auquel les historiens du temps donnent une stature gigantesque , se faisait surtout remarquer par son indomptable furie. Seul au milieu des rangs ennemis, il bondissait comme un lion, s’excitant lui-même en criant : Tue! tue! Et, en ciïet, la terre autour de lui se joncha de cadavres jusqu'au moment où une épée française, plongée dans sa gorge, le renversa mort du haut de son destrier. Lille revit Philippe-Auguste

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victorieux , tandis que le comte son seigneur, prisonnier et chargé de fers, s'acheminait vers la tour du Louvre, où il devait rester enfermé pendant treize ans.

La comtesse Jeanne, épouse de Fernand, gouverna la Flandre avec beaucoup de sagesse et d'habileté, durant la captivité de son mari. Elle répara les maux de la guerre, fonda de nombreux établissements de charité, et donna, de son propre mouvement, une grande extension à la plupart des franchises communales. Ainsi que nous l’avons dit plus haut, Lille fut dotée, par cette princesse, d’institutions fort libérales; elle lui dut, avec son existence politique, l'origine de sa prospérité matérielle. A la vérité, les Lillois parurent oublier un moment de tels bienfaits , lorsque , partageant le fol enthousiasme de quelques villes de Flandre et de Hainaut, ils accueillirent, comme leur légitime seigneur, le fameux imposteur Bertrand de Kains, qui se faisait passer pour le père de la comtesse Jeanne, miraculeusement échappé de la bataille d'Andrinople ou des prisons de Johannice, roi des Bulgares. Le faux Bauduin paya de sa vie le trouble qu'il avait répandu dans le pays. Après avoir été jugé à Lille, et avoir solennellement confessé son crime, il fut roué vif devant les halles, traîné sur une claie à travers la ville, puis accroché à un gibet où les oiseaux le mangèrent. On conserve encore, aux archives municipales de Lille, la charte originale, par laquelle la comtesse Jeanne pardonne aux habitants leur félonie, en voulant bien croire qu'elle n'était que le résultat de l’aveuglement et de l'erreur (25 août 1225).

Marguerite de Constantinople, qui succéda, en 12H, à sa sœur Jeanne, fit, comme elle, beaucoup de bien à la ville de Lille, dont la prospérité, d'ailleurs, s’était accrue rapidement à la faveur d’une longue paix. Lorsque Gui de Dampierre, fils et successeur de Marguerite, arriva au pouvoir, il ne vit pas, sans inquiétude, l'élévation de cette cité et de plusieurs autres. I.es bourgeois y rivalisaient avec les grands et le clergé, et se montraient, avec raison, fiers de leurs franchises et de leur opulence. Le comte en prit ombrage, et chercha les moyens d’atténuer des privilèges qui lui paraissaient porter atteinte à son autorité souveraine; il ne réussit qu’à s’aliéner les Flamands, et à se préparer de longs malheurs, en rendant plus faciles les intrigues de Philippe-le-Rel. Le roi de France, profitant des dissensions qui régnaient en Flandre , déclara la guerre au comte , sous un frivole prétexte, et Lille devint l’objet de ses plus vives attaques, car il savait que la possession de cette ville le rendrait maître de tout le pays wallon. Pendant onze semaines, il en pressa le siège à la tète d'une armée formidable. D'énormes machines lançaient dans la cité des quartiers de rocs; les habitants déployèrent un courage inouï pour la défense de leur ville. I n jour, Robert de Bethune, fils du comte de Flandre, était à table avec ses chevaliers, lorsqu'une pierre, envoyée par la baliste du comte de llainaut, qui s'était allié avec le roi de France contre son parent , vint tomber dans la salle et tua deux des convives assis près du prince. Plus déconcerté que Charles XH dans une circonstance analogue, Robert ne dit pas : « Qu'a de commun la bombe avec nos affaires? » il capitula ; mais les Lillois, réduits à toute extrémité, ne consentirent à ouvrir les portes de la ville qu'après que le roi eut juré de maintenir leurs privilèges (1297).

La domination de Phiiippe-le-Bel devint bientôt insupportable aux Flamands. Le pays s’insurgea ; Guy de Chàtillon, qui gouvernait pour le roi, l’avait exaspéré

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par ses tyrannies. Le sang français coula à Ilots dans Brnges et dans plusieurs autres villes; les étrangers furent chassés, et les fils du comte Guy reprirent le pouvoir, tandis que leur père était retenu prisonnier en France. Toutefois, Lille ne rentra sous leur obéissance qu’après cette mémorable bataille de Gourtrai, dans laquelle les Français, vaincus par les Flamands, perdirent vingt mille hommes de pied et sept mille cavaliers, dont près de sept cents étaient seigneurs bannerets, onie cents nobles, et soixante-trois princes, ducs et comtes (10 juillet 1302). Le roi de France, en 130'*, prit une sorte de revanche à Mons-en-Pevèle; la commune de Lille, dans cette journée, figura honorablement au centre de l'armée flamande avec les milices de Gourtrai et d'Vpres. Après une lutte pleine de confusion qui s'était prolongée jusqu'au soir sans résultat décisif, les Flamands, harassés de fatigue, exténués par la faim, ayant perdu leurs tentes et leurs provisions, retournèrent vers Lille. Pbilippe-ie-Bel , une fois son armée réorganisée, vint assiéger celte place, que sa situation et son importance exposaient plus que nulle autre aux horreurs de la guerre. Malgré des elTorts héroïques, les Lillois, prives de secours et réduits aux dernières extrémités, furent obligés de se rendre. Un peu plus tard, la cession de Lille, de Douai et d’Orchies, c’est-à-dire de la Flandre wallonne, fut confirmée à la France par un traité signé à Athies (1312).

il n'est pas étonnant que la possession de Lille fût, dès lors, si vivement ambitionnée ; cette ville Figurait au premier rang parmi les cités flamandes que le commerce et l’industrie rendirent si florissantes au moyen âge. La fertilité du sol, des ports nombreux et faciles, l'amour combiné du travail et du bien-éirc matériel, un instinct de négoce, enlin, que les bouleversements politiques n'affaiblirent jamais, telles étaient les sources fécondes de la richesse du pays. Au commencement du xiv* siècle, les relations commerciales de la Flandre avaient pris un développement prodigieux. Depuis les croisades, on connaissait les côtes d'Espagne, d’Italie, d'Afrique et d'Orient ; et de ces contrées lointaines arrivaient déjà une infinité de produits livrés en échange, de grains, de bestiaux, et surtout de riches étoffes que l'on fabriquait à Bruges, à Gand, à Ypres et à Lille. Les marchands de Venise, de Gènes, de Florence, de Pise, connus sous le nom de Lombards, favorisaient ces transactions, en fréquentant les foiras établies dans les principales v illes de la Flandre. Les foires célèbres de Champagne et de Brie formaient aussi , pour les Flamands, un centre actif d'opérations et de trafic. Au noixl , ils négociaient avec toute l'Allemagne. Les marchands de la Basse-Saxe et de la Prusse, appelés Osterlins , dont les rapports s’étendaient jusqu'en Russie, on Suède et en Norvège, trouvaient en Flandre une grande facilité d'échange, des capitaux abondants et des débouchés assurés vers les contrées méridionales ; précieux avantage à une époque où la navigation, encore imparfaite, rendait les voyages de long cours si difficiles et si dangereux. La Flandre, marché commun et entrepôt général de l'Europe, possédait des comptoirs sur divers points des Iles Britanniques : à Londres, à Winchester, à Saint-Yves en Cornouailles, à Berwick en Écosse ; et , taudis que l'Angleterre lui fournissait des laines en abondance, elle lui renvoyait des draps, des tapis et autres produits fabriqués, dont elle tirait d’importants bénéfices. A diverses reprises, les empereurs d'Allemagne,

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jes rois de France et d'Angleterre, avaient accordé des franchises et des immunités au commerce flamand; son action était, en outre, régularisée par des lois et des tarifs, établissant une juste réciprocité de garanties , et surtout par une association établie sur des bases larges et solides. A l'exemple de ce qui se voyait chez les villes maritimes teutoniques, connues sous le nom de villes hanséatiques, il existait, entre les cités flamandes et quelques villes des provinces voisines, une société de haut commerce , appelée la Hanse de Londres ; c’était une sorte de ligue à laquelle devait s'affilier tout homme qui voulait profiter des avantages et de la protection réservés à chacun de ses membres. Entre autres dispositions de ce pacte fameux à qui la Flandre dut jadis sa grandeur commerciale, on trouve que, si un étranger refusait, comme débiteur, de payer un membre de la Hanse, ou s'il lui vendait de mauvaises marchandises, ou s'il lui faisait eniin un tort quelconque, les frères de lu Hanse devraient à l’instant même cesser toutes relations arec lui ; il était comme frappé d'interdit dans son négoce. La ville de Lille Ggurait à la tête de cette association avec les grands centres manufacturiers de Bruges, de (Jand ctd’Yprcs; ses négociants y puisèrent la fortune, et, ce qui vaut mieux encore, l'exactitude et la probité dans les affaires ; qualités qui ne sc sont point affaiblies chez leurs descendants, et auxquelles on a, de tous temps, rendu hommage.

Durant la domination temporaire des Français, au *iv siècle, Lille contribua à la rançon du rot Jean, pur un don volontaire; plus tard, le roi récompensa les Lillois, en leur accordant des privilèges commerciaux , et en confirmant un droit dont ils étaient très-jaloux. L'était l 'Amin, coutume barbare, empruntée, saus doute, à ta législation des peuplades germaniques qui avaient primitivement occupé le uord des Gaules. L'arsin consistait à briller juridiquement, dans le ressort de la chillellenie, l’habitation de celui qui avait offensé un bourgeois de Lille. Plainte était portée, d’abord, au conseil des échcvins. Le rewai'l, ou chef de ces derniers, allait sur les lieux où l’insulte avait été commise et procédait à une enquête. Le plaignant était-il convaincu d’avoir été l'agresseur ou d’avoir dénaturé les faits, ou le condamnait à payer les frais de l'enquête, et on le punissait suivant la gravité du cas; si, au contraire, l'accusé était reconnu coupable, un ban, publié par la ville , ordonnait aux bourgeois de se tenir prêts pour la vengeance. Alors l'accusé était sommé de donner satisfaction de l’injure; s'il ne co (reparaissait pas dans le délai prescrit, la ban-rloke du beffroi appelait les citoyens aux armes. Les quartiers se rassemblaient sous leurs bannières respectives , les corps de métiers déployaient leurs emblèmes et l'on se rendait à l’hôtel-deville, où le rewart, les éehevins, les jurés, revêtus de leurs costumes d'apparat , et précédés du grand gonfalon de la cité, armorié d'azur à la fleur de ly.s d'or, sc mettaient ù la tête du cortège. Au son lugubre du tocsin, la commune, silencieuse et en bon ordre, s’avançait vers le lieu de l'exécution , où elle devait remplir elle-même l'office de bourreau. Le rewart adressait à haute voix une dernière sommation; puis, saisissant une torche enflammée, il mettait le feu au logis ; donnant ensuite un coup de hache aux arbres et aux clôtures d'alentour, il commandait au peuple d'achever la vengeance. En un inslant , tout ce qui appartenait nu coupable ne formait plus qu’un immense bâcher, ù In lneur duquel la

procession reprenait le chemin île la cité. Le droit d'Arsin subsisla longtemps à Lille, et ne fut abrogé que sous la domination des ducs de Bourgogne, à la supplication du clergé flamand.

Mais revenons aux événements politiques dont Lille lut le thrlttrc. Eli 134>'J, quand Pliilippe-le-llardi, duc de Bourgogne et père du roi Charles V, épousa l'héritière de Flandre, Lille fut, ainsi que Douai et ((relues, restitué au comte Louis de Male. Eu recouvrant son ancienne nationalité, cette ville resta néanmoins attachée au parti français dont le comte s'était fait le principal adhérent, et qui se composai! d'un grand nombre de nobles Flamands, connus dans l'histoire sous le nom de Leliuerlt ou partisans des lys. Dès les temps les plus reeulés, une profonde antipathie de race avait divisé les Flamands parlant la langue romane ou wallonne de ceux qui, d'origine tudesque, ne connaissaient que l'idiome de leurs pères. Cette antipathie s'était révélée dans des luttes nombreuses, et elle se manifesta de nouveau lors de la grande insurrection qui, à la fin du xiv' siècle, enleva pour un moment la Flandre flamingante au souverain légitime, et en remit le sceptre aux mains plus Imhiles, il faut le dire, du fameux Vnn Artevelde. Lille ne se jeta point dans cette révolution; rumine la plupart des villes du pays wallon, elle demeura Adèle au comte, un connaît Cette scène de carnage au milieu de laquelle Louis de Male, seul, la nuit, dans les rues de Bruges, poursuivi par les (■antois, se réfugia dans le sombre logis d'une vieille femme; on sait que s'échappant ensuite de la ville, il erra longtemps égaré dans la campagne, trouva enliu une jument de labour et îles acenuircmcnis de valet à l'aide desquels il parvint jusqu'à Lille. I.es habitants se montrèrent pour lui pleins d'enthousiasme et lui offrirent un asile assuré. En 1382, les insurgés se présentèrent devant Lille. La commune, avant en tète son rewart, ses éehevins, ses jurés, sortit en armes et bannières déployées. Les rebelles se retirèrent et ne reparurent plus. I ji bataille de Itoosebeke soumit bientôt après les Flamands à l'obéissance, cl le dur de Bourgogne, devenu comte de Flandre après In mort de son beau-père, ouvrit, par son régne, une ère nouvelle dont Lille devait partager la gloire et les splendeurs.

IMiilippe-le-Bon affectionnait le séjour de Lille, et se plaisait à y faire éclater sa mngnifleenec. C'est IA, dans la collégiale de Saint-Pierre, qu’il tint le premier chapitré de l'ordre de In Toison-d'Or, dont il était le fondateur; c'est là, dans le palnis de Hihours, que son père avait bâti et que lui-mème venait d'embellir, qu'il reçut les cinquante envoyés de l'empereur d'Orient , chargés d'implorer son secours contre les Turcs ; c’est là aussi et dans ce même [valais qu'eut lieu le vœu du Faisan. L'histoire de in chevalerie n'offre rien de plus merveilleux que les fêles données a Lille à l'occasion de ce vœu, qni semblait devoir faire revivre le temps Héroïque des croisades. Le faste et les réjouissances publiques étaient d'ailleurs dans le goût des Flamands, et il n'est pas de peuple chez lequel on retrouve plus de cérémonies symboliques, plus de coutumes remplies d'originalité et de poésie.

Parmi tant d’institutions romanesques, on distinguait à Lille celle du roi île l'Épin'tte. Le Lillois investi de celte dignité était chargé d’nssurer et d'ordonner les plaisirs dont ses concitoyens devaient jouir pendant l'année. Le dimanche qui précédait le jour des Cendres, le roi qui allait déposer le sceptre invitait à un banquet les principaux habitants el ceux qui nvnienl été autrefois honorés de In lll. 27

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royauté. Le mardi suivant avait lieu l'élection du nouveau roi. On le conduisait sur la place , où il était reconnu du peuple , et un héraut d’armes lui présentait nne brandie d’épine. Ramené chez lui en grande pompe, il réglait, le lendemaiii, l’ordre des joùtes par lesquelles il devait inaugurer sa pacifique et joyeuse domination. Le vendredi, le roi, suivi de femmes vêtues en Amazones, de chevaliers et d'un grand concours de peuple, se rendait au village de Templcmars pour prier saint Georges de lui accorder un heureux règne. Puis les jodtes commençaient le dimanche suivant. Le roi de l'Épi nette y présidait à cheval et armé, et revêtu d’un surtout de satin blanc. « Son palefroi, dit une chronique, étoit armé et housséde même jusqu'à terre , ayant des houppes , sonnettes dorées, morillon doré , bien emplumasse; ses gros varlets le suivoient accoutrés aussi de jupons de soie verte. » l,o roi restait simple spectateur du tournoi les premiers jours ; mais pendant les quatre derniers . il entrait en lice pour combattre à tous venants. Le vainqueur recevait un épervier d'or des mains des dames, on le portait triomphalement à l'hôtel— de-ville, et, dans cette marche, les quatre plus belles demoiselles de la ville le tenaient par quatre rubans d'or. Les ducs de bourgogne ajoutèrent souvent à l'éclat de ces fêtes par leur présence. La royauté de l'Ëpinette devint bientôt ruineuse; les plus riches bourgeois ne pouvaient suffire aux dépenses toujours croissantes qu'elle entraînait : l'un d'eux, nommé Üostende, préféra même la prison à l’honneur d’être roi. Jaloux de conserver cette institution, Philippe-le-Rou permit aux magistrats de lever un impôt sur diverses denrées, afin de pouvoir donner une liste civile aux rois de l'Ëpinette, et il alla même jusqu'à conférer la noblesse à tous ceux qui porteraient dignement le sceptre. Outre l’institution des rois de l’Épinette, il y avait encore à Lille des fêtes et des usages populaires qui se sont conservés jusqu’à nos jours et que nous retracerons en leur lieu.

Heureuse et prospère sous les ducs de Bourgogne, Lille, à diverses reprises, témoigna de son dévouement envers ces princes. En 1472, une disette régnait dans l’armée que Gharles-le-Téméraire avait conduite en Normandie. I n citoyen de Lille, appelé Gantois, sc chargea de nourrir à lui seul toute cette ai-mée, et lui envoya, par une rare générosité, un immense convoi de biscuits. En 1474, la ville de Lille Dt plusieurs levées d’archers habillés et armés à ses frais pour le service du duc Otaries. Quand, après une série de revers qu'il ne pouvait imputer qu’à ses fautes, le téméraire Bourguignon eut trouvé la mort devant Nancy, sa jeune Hile Marie, en butte aux astucieux projets de Louis XI, reçut pour époux, de la main séditieuse des Gantois, l’areh'duc Maximilien d’Autriche. Ce prince , afin de soutenir vigoureusement les droits de sa femme contre le roi de France, eut besoin de recourir au patriotisme des Flamands et à celui des citoyens de Lille en particulier. Le IB février 1480, il rendit un mandement qui appelait sous les drapeaux les habitants de Lille et de la châtellenie, de dix-huit à soixante-dix ans. Ils s’y rendirent armés et vêtus à leurs frais d’un paletocq blanc et sanguin, orné, devant et derrière, d’une croix de Saint-André. Tous ces paleloeqvelt, comme on les appelait, étaient munis d’une lance de dix-huit pieds, et chaque archer portail douze flèches. A la mort de Marie de Bourgogne, des bruits de guerre s'étant répandus, et la sûreté du pays se trouvant de nouveau menacée, le magistrat résolut, le lu juin 14 2, de lever des gens de guerre pour la défense de la ville. C’est

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