‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 55 sur 128 · I. Carnot , De la dt fente de « plates fortes · texte numérisé non relu

I. Carnot , De la dt fente de « plates fortes

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n-propos redoubla l'enthousiasme , et la pièce s'aeheva au milieu des bravos et des rris d'admiration. Ce fut un des plus beaux triomphes de Voltaire avant celui t(ue Paris lui réservait vingt-huit ans plus tard, lors de la reprise A' Irène , et à l'enivrement duquel le vieux philosophe devait succomber. La tragédie de Vuhowet fut jouée plusieurs (bis de suite à Lille. « On trouva à Lille, dit un avis d’éditeur qui nous parait être un avis de Voltaire lui-même, que celte pièce était d'un goût si nouveau , et.ee sujet si délicat parut traité avec tant de sagesse, que plusieurs prélats voulurent en avoir une représentation, par les mêmes acteurs, dans une maison particulière. Ils eu jugèrent comme le public. » Les idées, on le voit, avaient fait alors de notables progrès dans toutes les classes de la société, et on était déjà bien loin du temps où un prédicateur lillois s'était vu contraint par le gouverneur de faire amende honorable pour avoir en chaire anathématisé les Français, et s’être permis des allusions malséantes contre la reine Marie- Thérèse, femme de Louis XIV.

Cependant Lille conservait encore, à cette époque, dans ses moeura et ses habitudes, cette originalité qui tient à la race et ne s'efface jamais complètement; ses habitants étaient plus Lillois que Flamands, et plus Flamamls que Français. Les raffinements du luxe, l'élégance, l'urbanité, les belles manières enfin, qui, dans le monde parisien, commençaient à se refléter des hauteurs de l'OF.il-de- Bfleuf sur les finauciers et les gens du haut négoce, étaient inconnus à Lille. La noblesse elle-même, assez nombreuse, mais en général de moyenne volée, la noblesse n'y avait pas dé|>ouillé cette sorte de rusticité féodale et ces façons surannées qui avaient un peu égayé les cours dédaigneuses de Louis XIV et de Louis XV lors de leur passage en Flandre. Quant au bourgeois, si opulent qu'il pût être, c'était toujours l’homme des anciens temps, bon, simple, honnête, admirateur des belles choses, mais aimant par-dessus tout son comptoir, sa famille, l'aisance, la propreté du foyer domestique, et puis les paisibles voluptés de l'estaminet, rendez-vous d'affaires et de plaisir tout à la fois. «Ces réunions, écrivait un auteur il y a cinquante ans, produisent souvent des tableaux dignes deTcnierset de Mrtzu. Quelquefois c'est à cûtéd'un pot de bière et à travers les nuages de tabac que se soufflent nu nez deux négociants , que se discute et se conclut une affaire qui fera mouvoir dix mille bras et circuler des millions. » En 1733, des goûts un peu plus relevés que ceux du cabaret se révèlent dans la haute classe de la société lilloise. Plusieurs notables bourgeois formèrent alors une compagnie , dit le règlement , « tant pour y exercer la musique , le jeu de la petite arc-balèteet autres petits divertissements, pour, parce moyen, éviter la fréquentation des cabarets, particulièrement les dimanches et fêtes, n

l'n des caractères distinctifs de la population lilloise nu dernier siècle était toujours cet amour des réjouissances publiques dont nous avons parlé, et qui tient une place si grande dans la vie sociale du peuple flamand. Si Lille avait alors perdu son roi de l'Épinettc , elle avait conservé dans toute sa splendeur primitive la procession semi-religieuse et semi-prorane que la comtesse Marguerite avait instituée en 1300 , et dont il ne reste plus aujourd'hui qu'une insignifiante transformation. Celte cérémonie avait lieu le dimanche dans l'octave de la Fête-Dieu. Toutes les châsses des saints dont les églises et les couvents de In ville possédaient

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des reliques y étaient solennellement portées. Les corps de métiers y figuraient avec leurs emblèmes et leurs bannières, surmontés d'un flambeau historié. Les compagnies bourgeoises de canonniers, archers, arbalétriers et tireurs d’armes, précédées de leur musique , ouvraient la marche. Les valets ou les fous de chaque compagnie, ayant à leur tète le fou de la ville, personnage important investi de prérogatives et de privilèges, couraient en avant pour Taire ranger la foule. Derrière les compagnies venaient des chars de triomphe représentant la cour des anges, le paradis, l'enfer, etc.; puis, à une assez longue distance, la procession religieuse chantant des psaumes.

C'était un événement grave que le retour de cette fête, dont le but était tout à la fois d'émerveiller, d'édifier et d’enrichir la cité, en attirant dans scs murs un grand concours de monde. La veille, une cavalcade, dirigée par le fou de la ville, jetant des dragées au peuple, parcourait les rues , les ponts, les remparts, alin de s’assurer si tout était en bon état de réparation et si la marche triomphale pouvait circuler sans encombre. Chacun des corps qui devaient y figurer y avait son représentant : on y voyait trois chanoines de Saint-Pierre, le secrétaire du chapitre, le prévôt de la ville, deux échcvins, les greniers, les sergents du magistrat et ceux du chapitre, suivis de leurs ouvriers assermentés. La cavalcade rentrait au cloître Saint-Pierre après la visite, et un grand souper lui était offert par le chapitre. « De mon temps, dit l’abbé d'Artigny dans ses Mémoires, le fou de la ville était un agent de change et un banquier fort à son aise , qui avait un fils chanoine de Saint-Pierre, qui est la principale église de Lille. Il était obligé de faire par lui-méme les fonctions de sa charge. Le peuple ne croyait pas que la procession fût complète, si le fou n’y paraissait pas avec tous ses attributs. » Mais le temps approchait où, avec les vieilles institutions de la France féodale ou monarchique, les usages et les coutumes des siècles passés allaient disparaître dans les profondes modifications d'une grande réforme sociale.

Lille adopta les principes de la révolution avec une réserve et une sagesse qui la sauvèrent des excès de l’anarchie. Elle n’eut à déplorer que quelques collisions isolées et des extravagances antireligieuses que, du reste, le bon sens de la population ne toléra pas longtemps. Lorsque le proconsul Joseph Le Bon manifesta l’intention de visiter les Lillois, ceux-ci menacèrent de braquer contre lui ces canons dont ils s’étaient si bien servis contre les Autrichiens.

Nous venons de faire allusion à la défense de 1792. C’est un des plus glorieux épisodes de l'histoire de Lille; il couronne dignement le passé et montre encore une fois ce que peut l’amour du foyer domestique joint à l’amour de la patrie. L’Europe coalisée avait lancé ses armées contre la révolution, et, comme toujours, le nord de la France devait être le principal théâtre de la guerre, comme toujours, Lille allait supporter les premiers et les plus rudes coups de l’ennemi. Dès le 24 septembre, le rapitaine-général Albert de Saxo-Cobourg, commandant l'armée autrichienne, forte de vingt-cinq mille hommes d’infanterie, de six à sept mille cavalière et d’une artillerie formidable, avait pris position devant la place. Tandis que, les jours suivants, il cherchait, sous le feu des Lillois, à ouvrir la tranchée et à établir ses batteries, la ville, réduite à une très-faible garnison, se disposait à soutenir éneigiquement le siège, résolue qu’elle était d’en souffrir lli. 28

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toutes les horreurs plutôt que de capituler. Le 29, dans la matinée, et alors que tout était prêt pour l'attaque, un officier supérieur autrichien se présente à la porte Saint-Maurice. Il est introduit et traverse les rues en voiture et les yeux bandés. Arrivé devant le conseil de guerre, il remet deux dépêches- adressées par Albert de Saxe, l'une au général Kuault, commandant en chef, l'autre à la municipalité. Le prince sommait la ville et a citadelle de se rendre à l'empereur et roi . Dans ce moment solennel , la municipalité et le général commandant , pénétrés de la grandeur de leur devoir et inspirés par le plus noble patriotisme, écrivirent aussitôt ces réponses que l'histoire doit recueillir. — Le général Ruault. — « Monsieur le commandant général, la garnison que j'ai l’honneur de commander et moi, sommes résolus de nous ensevelir sous les ruines de cette place, plutôt que de lu rendre à nos ennemis ; et les citoyens , fidèles comme nous à leur serment de vivre libres ou de mourir, partagent nos sentiments et nous seconderont de tous leurs efforts, n Même énergie dans le langage de la municipalité de Lille il Albert de Saxe. « Nous venons de renouveler notre serment d'être fidèles à la nation, de maintenir la liberté et l'égalité ou de mourir a notre poste. Nous ne sommes pas des parjures. Signé - André, maire, et ttohart, secrétaire greffier.» L'officier autrichien partit, porteur de ces deux réponses, et le peuple, qui connaissait les motifs et le résultat de sa mission, l'escorta avec ordre et dignité jusqu'à la porte , mais aux cris mille fois répétés de vive la liberté! vive la nation. ' l’eu d'instants après, une effroyable détonation se faisait entendre, et une grêle de bombes et de boulets rouges tombait sur la ville.

Le bombardement continua presque sans interruption durant neuf jours et neuf nuits. Quatre cent cinquante maisons ou édifices publics furent réduits en cendres, sept à huit rents criblés par les boulets. Ces effroyables désastres n'ébranlèrent pas le courage et le sang-froid de la population, qui ne songea pas un seul instant à capituler. Les célèbres canonniers sédentaires, qui, dans les sièges précédents, avaient déjà rendu de grands services, restèrent constamment sur les remparts avec la garnison, et ne cessèrent de répondre au feu de l'ennemi par un feu non moins nourri et non moins meurtrier. Les Autrichiens, après avoir eu plusieurs de leurs batteries démontées et avoir essuyé des pertes considérables, désespérant d'ailleurs de réduire une ville si héroïquement défendue, levèrent enfin le siège et battirent en retraite vers Tournai. Cette défense mémorable, qui eut pour effet de retarder les progrès de l'invasion , excita par toute la France une juste admiration, et la Convention nationale décréta que Lille avait bien mérité de la patrie ! Le nom de Lille fut, en outre, donné à l'une des principales rues de la capitale de la république française. Le temps n'a |>oint affaibli ces sentiments de juste admiration. Un monument commémoratif du bombardement de 179-2 s’élève aujourd'hui nu milieu de la place de Lille : c'est une colonne cannelée, entourée à sa hase des obusiers pris sur l'ennemi, et surmontée de la statue en bronze de la cité guerrière, montrant d'une main la place où elle est décidée à mourir plutôt que de se rendre , et tenant de l'autre un boute-feu allumé

I. Celle œuvre remarquable esl due au ciseau du statuaire lira: le monument , dont loin |<» inonde admire la hell • ordonnance, est de Inrcliilecte Bcnvignat. Ces deux artistes sont Flamands.

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La révolution avait porté des coups funestes à la prospérité industrielle et com • moniale de Lille; ce fut donc avec bonheur qu'elle vit le retour de la paix, et lorsque, peu de temps après la conclusion du traité d'Amiens, le premier consul vint, avec madame Bonaparte, passer trois jours dans ses murs, il y fut accueilli comme un libérateur dont la sagesse devait cicatriser tous les maux de la patrie. Lille n'était plus alors un des boulevards de la France, dont les limites s’étendaient jusqu'à Hambourg; mais le premier consul comprenait toute l'importance de cette ville, non -seulement comme place de guerre, mais aussi comme grand centre manufacturier. Il savait les pertes quelle avait essuyées, il promit de les réparer; il connaissait le patriotisme que Lille avait montré naguère, il voulut la récompenser et y plaça le siège de la préfecture du Nord, qui avait été primitivement établi à Douai. Ainsi, la capitale de la Flandre française conservait, dans la nouvelle organisation politique de la France , le rang que son importance lui assignait; elle devenait le chef-lieu de ce vaste et riche département, qui compte plus d’un million d'habitants voués à l'agriculture, à l'industrie, au négoce et aux actes permanents d’une civilisation avancée. Les gloires de l'empire ne laissèrent pas les Lillois insensibles; mais ils en eussent été plus touchés encore si elles avaient été moins stériles, si elles avaient amené moins de désastres. Eu effet, pendant ces longues guerrres, l’agriculture et le commerce languirent privés de bras et de débouchés, et, deux fois, le pays eut à subir des invasions non moins douloureuses que celles qu'il avait essuyées aux premiers temps de ses annales. La restauration fut accueillie par elle avec d'autant plus de faveur qu'elle marqua la fin de ces désastres, et ouvrit à Lille une nouvelle ère de prospérité industrielle. Cette ville fut tour à tour visitée par Louis XVIII, le duc de Berry et Charles X. On sait qu'avant de se retirer en Belgique, le premier de ces princes revint à Lille en 1815. 11 y passa la journée du 22 mars, et il en sortit le lendemain , accompagné par le duc d'Orléans et les maréchaux Berthier, Macdonald et Mortier.

Si l’on nous demande maintenant quel est, dans cette grande cité, l’esprit public, chose toujours assez muable et difficile à fixer, nous répondrons qu'en général, le Lillois, ami du travail, de l'ordre, éprouvé par de longues vicissitudes, froid et réservé par caractère, subit les événements sans les provoquer; qu'il s'en émeut peut-être , mais ne s'en trouble point. Dans ses relations particnlières comme dans la gestion de ses affaires, il apporte les mêmes principes de prudence et de sagesse; aussi le voit-on rarement se lancer dans ces spéculations hasardeuses qui sont, pour la caisse du négociant, ce que les coups d'état sont pour les gouvernants. La vieille réputation de probité flamande s’est conservée intacte à Lille, et les rares désastres financiers qui y arrivent sont plutét le fait du malheur que celui de l'impéritie ou de la mauvaise foi. I.C Lillois est afliible cuvera les étrangers, mais il ne les recherche pas, il les attend. Sa famille suffit, en général, à scs besoins de sociabilité. Généreux, quoique toujours circonspect, il ouv re plus facilement sa bourse que scs salons; quand il les a ouverts, c'est pour y donner une franche et généreuse hospitalité.

Nous avons dit en quoi consistait le commerce flamand au moyen âge. A l’an-

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tique fabrication des (ils retors et des toiles se sont jointes, pour Lille, dans les temps modernes , d'autres sources fécondes de prospérité. Il n'existe aucuns renseignements statistiques, même au ministère du commerce et de l’agriculture, comme nous avons pu nous en assurer après de longues et pénibles recherches, qui nous permette de constater par des chiffres la quantité et la valeur de la production de chacune des branches de cette vaste industrie. Nous devons signaler, toutefois, la filature du coton, celle du lin, à l'aide des nouvelles machines anglaises, le tissage des étoffes de fil, de laine, de coton et de soie, l’extraction et le raffinage du sucre, l’épuration des huiles de colza ou de pavots, appelées ailletles dans le pays. Entrepôt des denrées coloniales que reçoivent les ports de Dunkerque, Boulogne, Calais et même le Hâvre, Lille étend son commerce sur presque toutes les parties du globe, où elle exporte les inépuisables productions de son sol et les précieux articles sortis de scs fabriques. Au milieu de cette impulsion puissante donnée aux affaires se manifeste, plus que jamais, de nos jours, l’amour des arts, des sciences et des lettres. Lille possède dans son sein des hommes qui les cultivent avec succès. 11 suffit, d’ailleurs, de jeter un coup d’oeil sur les monuments et les institutions d’une cité pour en apprécier le caractère. A côté de ses manufactures, de scs magasins, de ses éléments de travail et d’opulence ; à côté de ses magnifiques hospices et de ses nombreux établissements, déjà si dignes d’admiration , Lille montre avec orgueil scs académies, ses musées, ses écoles de beaux-arts, ses richesses littéraires. LA, ce sont des tableaux des Rubens, des Van-Dyck, des Jordaens, des Raphaël, des Murillo, des chefsd’œuvre de toutes les écoles réunies dans les salons du vieux palais de Rihour ; là, c’est une incomparable collection de dessins originaux des grands maîtres italiens, collection qui , à elle seule, forme tout un musée, au frontispice duquel se trouve inscrit le nom de son généreux fondateur, le chevalier Wicar. Plus loin, c’est une bibliothèque de trente mille volumes, riche en manuscrits, en éditions rares; enfin, dans un palais bâti tout exprès pour elles, ce sont les célèbres archives des comtes de Flandre , augmentées de celles de la maison de Bourgogne- Autriche. Cent mille chartes originales, depuis les premiers temps de la monarchie jusqu'à la conquête de la Flandre par Louis XIV; vingt mille lettres écrites ou signées par les rois de France, d’Angleterre, les empereurs d'Allemagne, les papes, les personnages les plus fameux des siècles passés, une innombrable quantité de documents de toute nature sur l’histoire des hommes et des choses, tel est l'appàt que présente ce précieux dépôt aux hommes politiques et aux amis de la science.

Le patriotisme éclairé qui a sauvé ces trésors des ravages du temps et des révolutions, et qui les conserve aujourd'hui avec une si vive sollicitude, n’a pu malheureusement empêcher, nous l’avons dit A notre début , la destruction des édiffees religieux ou civils qui faisaient naguère l’orgueil des citoyens lillois et l’admiration de l'étranger. L’art ancien n’offre plus de vestiges A Lille que dans les églises de Saint-Sauveur et de Saint-Maurice et dans quelques portions du palais de Rihour, monuments élevés au XV siècle, sous le règne des premiers ducs de Bourgogne ; tout cela n’est vraiment plus digne d’attirer l’attention ; on ne se

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douterait pas qu'on est si près de Tournai , de Bruxelles, d’Anvers, de (îand , de Bruges, où tant de merveilles architecturales sont encore debout et intactes. Le palais de la Bourse , érigé par le roi d'Espagne, Philippe II , dans la première moitié du Jtvn* siècle, est mieux conservé ; grâce à une restauration intelligente, il présente un curieux spécimen de ce style espagnol, toujours un peu fantasque, mais presque toujours aussi original et gracieux. Plusieurs rangées de maisons, notamment aux environs de la place, bâties au temps de Charles-Quint ou de son fils, portent le même cachet que la Bourse et sont, comme elle, chargées d’ornements sculptés avec goût. Quand on a vu le bel arc de triomphe, dressé à la gloire de Louis XIV, et qui forme la porte des Malades ou de Paris; la citadelle, coup d’essai et chef-d’œuvre de Vauban; l'esplanade; les casernes, destinées à recevoir dix mille hommes ; le grand corps de garde de la place et les fortifications qui entourent la ville, on a une idée de ce que l'architecture militaire a fait à Lille de plus remarquable. En fait de batiments modernes, on peut encore citer le théâtre, ouvrage de l’architecte Lequcux, élevé, en 1785, et presque entièrement reconstruit en 181-2 ; le Pont-Neuf, bâti, en 1 701 , par Yoland, à qui l’on doit aussi la porte de Paris ; la salle des concerts, qui passe pour l'une des plus belles de France; l'hôtel de la préfecture, d’un style pur et régulier; l’hôpital général, vaste édifice, d’un aspect sévère et assez grandiose; le palais de justice et le palais des archives.

Le luxe des décorations est poussé très-loin à Lille, soit dans les lieux destinés au public, soit dans les habitations particulières ; le goût s'y perfectionne chaque jour en toutes choses, et la civilisation matérielle y marche de pair, on peut h; dire, avec la civilisation intellectuelle et morale. La physionomie générale de la ville est fort animée et ressemble il relie des quartiers les plus populeux de Paris ; malheureusement, le paupérisme, cette plaie des grandes agglomérations industrielles, y afflige trop souvent les regards par ses allures abruties et par ses haillons. Un temps viendra, peut-être, où l’on trouvera les moyens de guérir un mal aussi déplorable; on s'en occupe déjà a Lille, où les plus louables efforts sont actuellement tentés dans ce but.

Lille n’a jamais produit de res personnages fameux qui tiennent un haut rang dans l'histoiie, et dont la renommée forme toute la gloire des cités qui les ont vus naitre; elle n'avait pas besoin d'un tel genre d’illustration; quoi qu'il en soit, elle compte, à toutes les époques, parmi scs enfants, des hommes très-remarquables. Nous avons déjà cité Alain de Lille, le docteur universel et les célèbres trouvères Jacquemart Grêlée, et Gauthier de Châtillon. Avant eux et nu xi' siècle, un philosophe illustre, parmi les dialecticiens, professait à Lille, dans la naissante école de la collégiale de Saint-Pierre dont il était chanoine et écolàtrc ; c'était Rambert, disciple de Jean-lc-Sophiste, chef de l'école appelée des Xominaux. Il discuta longtemps contre les Réalistes, l'importante question de l'illusion ou de la réalité de nos idées. A partir de la renaissance , Lille revendique : au xvT siècle, Guillaume Haneton, savant jurisconsulte, Walcraml Hangouarl, théologien et aumônier de l'empereur Charles-Quint; les poètes latins, Jérôme du Mortier, Théodore Van de Wale et Jean Vincart; Jean Molan, docteur et professeur de théologie à Louvain ; Jean Sylcius ou Du Bois, célèbre médecin ; Pierre d'Ovde-

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gherst, l'auteur des Chroniques et un noies de Flandre; Dominique Baudier, professeur d'éloquence à l'université de Leyde. Au xvn* siècle , le poète sacré Jacques Jardin; Mathias de Label , médecin et botaniste du roi d'Angleterre, Jacques 1"; le peintre de fleurs Munnoyer. Aux xvil* et xvm* siècles, la famille des Godefroi, savants historiographes, au chef de laquelle, Jean Gode/roi, Louis XIV avait confié la garde du précieux dépôt des archives de Flandre; la famille des Lestiboudois, botanistes renommés, chez qui la science est également héréditaire; le graveur Masque lier, les historiens Montlinot et '/ iroux. Enfin de nos jours, Lille renferme dans son sein des hommes fort distingués à divers titres ; nous citerons, entre autres, parmi les manufacturiers et économistes industriels, MM. Scrive , Detcsalle, Debuchy, Kotb-Bernard , etc., etc.; parmi les savants, MM. Kulhwan, à qui la chimie doit des découvertes fort importantes; Macquart, l'un des meilleurs enthomologistes de France ; J. Lefebvre, agronome habile ; enfin deux membres correspondants de l'Institut, MM. Lestiboudois, de l’Académie des Sciences, et Le Glay, de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

Lille est aujourd’hui le chef-lieu de la seizième division militaire. Parmi ses institutions publiques, nous nommerons le tribunal de première instance, la chambre et le tribunal de commerce, un conseil des prud’hommes, une bourse, une banque, un hôtel des monnaies, dont la marque distinctive est la lettre W; le collège communal., la caisse départementale, l'académie royale de musique, succursale de celle de Paris, l’école de beaux-arts; une caisse d'épargne, une société royale d'agriculture, sciences et arts; une association pour l’encouragement des sciences, des lettres et des arts dans le département, et qui compte plus de cinq cents membres ; un cercle musical ; une société hippique pour l’amélioration de la race chevaline et l’organisation des courses départementales. Lille renferme six paroisses, dont cinq avec titre de décanat; une église consistoriale de la confession d'Augsbourg, une maison pour le culte wesleyen, et une synagogue. Les établissements de bienfaisance y sont nombreux, et ils doivent l'étre dans une ville qui compte trente-cinq mille indigents. Les principaux sont ; l'hospice général, qui donne asile à quinze cent vingt personnes, et l'hôpital i-oyal de Saint-Sauveur, qui contient trois cents lits. La ville est, en outre, pour la distribution des secours publics, div isée en six arrondissements qui ont chacun un bureau de charité. La moyenne du budget communal s'élève annuellement à uu million , tant en recettes qu’en dépenses. Le dernier recensement porte la population du département à 1,085,228 Ames, celui de l'arrondissement de Lille à 328,005, et celui de la ville elle-même à 03,093, chiffre inférieur à celui des années précédentes, où il s’est élevé jusqu'à 72,0u0, mais qui s'explique parla migration des habitants, trop resserrés dans l'enceinte des fortifications, et forcés de s'établir dans les faubourgs, lesquels, aujourd'hui, forment des communes très-populeuses, telles que Wazennes, qui compte 8,500 personnes, les Moulins, 3,120, la Madeleine, 927, Fives, 1,5G5. Un grand nombre de inanufaeturiers ont été, en outre, s'établir dans les villes ouvertes des environs, rumine Roubaix et Tourcoing, qui doivent surtout leur prospérité actuelle au voisinage de Lille. Il a été longtemps question d'agrandir celte cité eu élargissant la circonférence de son enceinte continue; pris et repris plusieurs fois,

ROUBAIX. — TOURCOING, ce projet est aujourd'hui agité de nouveau. L’opportunité en est effectivement d’autant plus gronde, que les voies de fer vont unir Lille à Paris et au reste de la France, et augmenter sans doute beaucoup son importance commerciale par la rapidité des communications. 1

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