ROUBAIX. -TOURCOING
Quelques savants donnent pour étymologie à Roubaix le mot Rubetum , lieu planté de ronces, de buissons ; de même qu’on fait dériver le Quesnoy de quercus, chênes, et Sailly de salices, saules, etc. Vers l’an 300 de Jésus-Christ, saint Chrysole prêcha l’évangile dans un bourg ou hameau appelé Rubetum, dont il n'est fait aucune mention dans l'Itinéraire d’Antonin. Sept siècles après, probablement ou temps des croisades, le domaine de Roubaix fut inféodé à un certain Alard de Roubaix , le premier qui ait j>orté le nom et les armes de cette terre. Roubaix n’était encore, d’ailleurs, qu’un très-petit village : état d’infériorité qui , en se prolongeant, la mit tout à fait en dehors du mouvement communal des xii* et xm* siècles. Dans le courant du xv*, ce village fut entouré de murs par Pierre de Roubaix, surnommé d'IIerzelles, du lieu où il était né, et beau-frère d’Antoine, sire de (’.roy et de Renty, chambellan du duc de Bourgogne. Pierre y lit , en outre , construire un chétcau où il fixa sa résidence. Roubaix n’offrait même alors qu’un chétif assemblage de quelques maisons couvertes en chaume; il ne jouissait d’aucune franchise, tandis que Tourcoing, Lannoy et de simples échevinages, tels que Bouvines, avaient depuis longtemps leur coutume : on y voyait pourtant un hêpital, sous l'invocation de sainte Élisatieth, fondé, en 1488, par Isabeau de Luxembourg. Pierre de Roubaix, comme nous l’apprend son épitaphe, bâtit aussi de ses deniers la chapelle de Saint-George, ainsi que celle du Saint-Sépulcre. L’enceinte, le r bateau et les autres édifices dus à sa munificence, étaient sans doute terminés vers 1449 ou J 450 au plus tard, puisque Roubaix est qualifié de ville, dans les chroniques, vers le milieu du xv* siècle. I a nouvelle cité n’eut d’abord d’autre beffroi que celui du château, et il se passa bien des années sans qu’elle obtint des privilèges. Les seigneurs de Roubaix, longtemps avant cette époque, n’en étaient pas moins les chefs titulaires d’une
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m FLANDRE.
haute justice établie dans le village de ee nom, et dépendant de la cour féodale de Lille. En 1759, la terre de Roubaix fut érigée en marquisat par le roi d’Espagne Philippe II, en faveur de Robert de Melun, second fils du prince d'Espinoy.
Dans les premières années du xvii* siècle, l'ancienne enceinte de Roubaix fut reculée à cause des agrandissements successifs de la ville. « Le gros du bourg, » dit un ancien document déposé aux Archives , « est de forme ronde , plus longue que large ; il y a sept rues : la principale a sept cent soixante-dix toises. » La population s'accrut bientôt, et, malgré une épidémie survenue en 1037, atteignit le chiffre de huit mille Ames. En 1682, les baillis et échevins obtinrent du roi l’autorisation d'emprunter la somme de vingt mille florins, destinée au pavage des plus belles rues et des abords de Roubaix. Le violent incendie de 168’» arrêta tout à coup les habitants dans cette voie de prospérité. L’église paroissiale de Saint-Martin échappa seule aux flammes. Roubaix ne tarda pas pourtant à sortir de ses mines ; les baillis et échevins recommencèrent le pav age , en 1680 , par relui de la grand’ me; et, en 1719, ils ordonnèrent que , dans six ans, toutes les maisons précédemment couvertes en chaume le fussent en tuiles. En 1766, ils divisèrent la ville en quatre sériions, renfermant en tout quatorze mes, une place et un grand chemin. De 1775 à 1777, on pava plusieurs autres sentiers; Roubaix demeura ensuite stalionnairc jusqu’en 1809: A dater de cette époque, qui est marquée par l’ouverture de la place de la Mairie et l’établissement de la maison commune sur une partie de l'hôpital Sainte-Élisabeth, on perça de nouvelles mes, et l'enceinte prit au fur et à mesure plus de développement.
L’aisance dont jouissaient les habitants de Roubaix était due à l’industrie des bourgeteun et saietteurs , le seul corps de métier qui edt exercé son industrie dans cette ville. Pierre de Roubaix obtint pour eux, en 1469, du duc de Rourgogne, tlharles-le-Téméraire, un diplôme portant privilège « de drapper et faire draps de toutes laines. » Ces riches manufactures, où le travail avait été ralenti par les troubles religieux, en 1595, excitèrent bientôt la jalousie des fabricants de Lille; rivalité qui dégénéra en contestations, et éveilla la sollicitude de l’archiduc d’Autriche. Le 3 mars 1609 parut un arrêt du conseil , permettant A Roubaix b de faire bournts et futaines, » et déterminant trois endroits : Roubaix, Tourcoing et Watrelos, « où les ouvrages seraient ryardés. » L'industrie des bourgeteurs et saïetteurs tirait de grands avantages d’un marché établi A Roubaix , sur lequel la ville avait le droit de tonlieu ; elle se développa avec une rapidité vraiment extraordinaire et s'éleva A une haute importance. Aujourd'hui non-seulement elle efface les autres cités manufacturières pour les étoffes en laine rase , mais encore ses fabricants rivalisent avec ceux d’Elbeuf, de Louviers et de Sedan, pour la draperie-nouveauté, avec ceux de Laval pour les coutils, et ceux de toute la Flandre pour le linge de table. Ses magnifiques tapis, ses lainades, connues sous le nom d 'étoffes de Roubaix, s’exportent jusqu'en Amérique. En 1839, cent soixante-trois fabricants entrepreneurs de tissage occupaient 27,369 ouvriers, la plupart disséminés dans les campagnes environnantes, et livraient à la consommation 260,679 pièces d’étoffes d'une valeur de 31,377,594 fr.
L’histoire de Roubaix, comme on le voit d'après cette esquisse, n'es! nullement politique, Nous ne trouvons, au xvi* siècle, qu'un seul fait à signaler ; le pillage